SUR LA MORT
l)ur (Iniiàla rccher<;he et dans raiïectation. Elle ne faisoit point de (ormes nouveaux, elle n'eniployoit ni antithèses ni équivoque^. LUe applaudissoit quelquefois aux jeux de mots des au 1res, mais il falloit qu'ils fussent heureux, de bon goùl, ou bien dits dans Tabandon du naturel et de la facilil»', ce qui, d ses yeux, éloit toujours le premier mérite en tout genre; car la prétention, de quelque espèce qu'elle fût, lui éloit antipathique. Kile ne pouvoit supporter ce qui seiiloil l'effort et l'apprôl. Elle auroit presque préféré le rufle et Tibauché à ce qui éloit trop gracieux ou trop fini. De là ou peut Juger combien elle haïssoit les manières aiïectécs, le.s airs et autres sottises des gens du monde. Elle aNùit lu MiOmL' finesse et la mûme sévérité de goût pour les OLivriiiJL's dt'ïfpril. Elle n'avoit jamais pu s'accoutumer aux ^^iV6 du caidiimide Bernis, à ceux de Dorât, de.... et autres puëles 'e celle école. Elle ne faisoit aucun cas des romans de Crébllloij, Marivaux, et de tous ceux que leur genre a enfanlés après eux; mais, en revanche,' elle s*é toit nourrie de Uaiine, de Voltaire» de La Fontaine Telle les savoit par cœi'.r; elle éloit passionnée pour Jean-Jacques, elle aipoioit Privosl. I.e Sage; mais elle melloit au-dessus de tout Tim- .'i. i:- : !;■!':. riidson : elle riivoit lu, rolu, Iraduit; elle ado- ]■.'.. > r: ■..-. i "éluilolle qui a\ oit fait à Paris la réputation du r. ;/'-■'; :• ut- mcuML Les ouvrages incg'iux, imparfaits, :• ; W' - !...'i:.('j oblenoioni gnlfo à ses yeux, pourvu qu'elle :• :.■ i^" ■.. ;./i'|iie Irait de .i^ôuii' ou do sensibilité. C'est ; il. i ;; ■< !j ;.v.)i! t-u l.i palÎLMue do dc^friclier la première, ! .-.■ i;"-:. \A S!!:iudy. La immI (\' '.îanon dans le Vaij s an / '■ ■ /•• L-i 4Ul•Iqi:c^^ !>.':^cs senîb!al)le?, lui fais^oient :' •.. jiii •:.(.'. ).:ivra.::t\ d'aiil-.'urs n ;rj[ili de cliosos médiocres : iii.r .'■ ■;. i.ilil O'.iîiuni^ iKe .(oi! en loul genre amie de ce : :'. .:M. -.il i«v:nm-' e-le en joL:i:-t^oir, comme elle su\oit • ■ .■■.] lui avoif plii. et surlout C:\ qui l'avoit (ou- ... •; •'■ ■.■■i\o ci;.' av. lit bvsuiu de coiTiîuuni.juer son senli- • •.. i î ■■■.: i- » .[u'elie croyoil eapaid.; d«j 1..» partager I et ce \' '. ; ;. \i^uv des ouNrag:(;3 de littérature setilenjenl ■".' ■ ■'! i; su^Cl•plil)!e -ie ^e .).".> iniiîîer .'iu.a. Tous les arls "■■ ■ .:.'!'.; ■■..; ■; iiiiij^iiî.'itiur. a\(>ienî des dioils surèllo.Un beau \-..li'. ., •..;■ bon luoL^îL-au de 8cul[di:re, <i'i\\celleiîto !.; :'i<ir." l.i l'ialtoienl tour à tour, et dans ces dill'th'eus arl^î, ' i = !- ('•'• ■' ni-'oie sr-utible à tous les genres. LUe admiroit le '.j.ô.i.-.<]'.'e du cardinal -.le llichelieu, et le petit oiseau mort
d'IIoudon* alloit à son âme felle se sepoit passionnée pour un Rubens, et le moment d'aptes elle auroit joui d'un Petitot*. Elle étoit ravie de la musique de Gré.lry, et le lendemain un air d'Orphée lui sembloit la musique du cie^ Ohl que vous décelez des âmes stériles et froides, vous qui Taccusiez d'être enthousiaste, et de confondre tous les genres! Elle ne les coYifondoit pas, elle les sentoit tous, et en les sentant elle les jugeoit. Croyez qu'elle savoit mettre ù chacun d'eux son véritable prix. Si vous Toussiez observée de suite, si vous eussiez entendu sa langue, car elle en avoit une qui ne pouvoit être à voire usage, vous eussiez distingué dans ses sensations, et dans leurs expressions des degrés et des nuances. Il y en avoit de si marquées, de si variées, de si multipliées, de son plaisir à ses transports, de son estime à son admiration, de son admiration à son enthousiasme, de son enthousiasme à ce qui alloit plus directement et plus profondément à son âme. Ahl si quelquefois une expression, rendue plus vive par la situation momentanée de son esprit, lui arrachoit une expression exagérée, croyez qu'elle savoit ensuite s'en rendre compte dans le silence et dans le calme de sa pensée, et remettre à sa place ce qu'elle avoit quelquefois trop élevé.
On Taccusoit de même d'enthousiasme et de prévention dans ses senlimens. On ne pouvoit concevoir, disoit-on, que son cœur pût suffire à tant d'amis. Ames étroites et vulgaires, étoit-ce à vous à mesurer et à comprendre la sienne? d'abord tousses sentimens n'étoient pas des passions. Il en étoit de ses sentimens comme de ses goûts, ils avoient différens degrés suivant la différence de leur principe. Elle aimoit d'estime, d'attraits, dereconnaissance. Elle aimoit dans Ariste» le génie réuni à la vertu; dans Sainval* une âme de feu, et qui avoit peut-être avec la sienne quelque rapport; dans Cléon, dans Ergaste, dans Valére, etc., telle ou telle qualité d'esprit ou de caractère qui justifîoit son penchant. Mais dites, ô vous tous qui fûtes ses amis! si jamais quelqu'un de vousen particulier eutquelque reproche à faire àson amitiélsi quand vous fûtessouffrant, malade ou malheureux, il ne sembla pas que vous fussiez son unique objet.
I. Jean-Antoine Houdon, le célèbre sculpteur, né en i74i, inort^n 1818.
i. Célèbre peintre sur émail, né en 1607, mort en 1891.