‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 115 sur 128 · L'éloge de M. de Sacy. Yoir plus loin, p · texte numérisé non relu

L'éloge de M. de Sacy. Yoir plus loin, p

plus calme et moins flétrie, je vous parlerai des autres chagrins que je partage avec vous, mais qui, en ce moment, Bonl étouffés par une douleur plus vive et plus pénétrante.

LA UABQUISB DO DEFFANO A HORACE WALPOLB ^.

22 mai 1776.

J'ai envie de vous écrire; il me semble que je vous dois

• rendre compte de tout ce qui m'intéresse; je ne sais pas

trop pourquoi. Mademoiselle de Lespinasse est morte cette

nuit, à deux heures après minuit; ç'auroit étt' pour mol

autrefois un événement, aujourd'hui ce n*est rien du tout.

24 mai.

... il {le duc de Richemond) soupera demain chez moi, et lundi avec moi chez la duchesse du Carrousel {de la Vallière)\ sa fille (la duchesse de Ckàtillon), je crois, n'y sera pas; elle est dîins une violente douleur, ainsi que le vilain bossu (M, d'Anlczy). H y a un nombre considérable d'aflligos qui concourent d'intelligence à mettre le comble à la cvU\brilé de cette défunte; il ne reste plus rien d'elle ni des siens dans mon voisinage; je n'entendrai plus parler d'eux, et bientôt, en eflet, ou n'en parlera plus.....

9 juin 1776.

La diiclîesse de Ghatiilon est dans la plus grande

affliction do la demoiselle Lespinasse, laquelle a fait un testament olographe des plus parfaitement ridicules. Mon neveu, qui est ici, a voulu le voir ; il prétend qu'il éloit en droit de l'exiger; il falloit bien que cela fût, puisqu'on le lui a montré. Elle lui a laissé un perroquet * en le qualifiant de son neveu do Vichy ; elle charge son exécuteur testamentaire d'Alembert du soin de faire vendre tous ses effets, d'en employer le produit à payer ses dettes; et s'il

1. Correspondance complète de la marquise du Deffand; Paria, 1 IGS. t. II, p. 551 ul 560.

1. Vuir, sur ce perroquet, la Itllre de Galiani du 25 scptemS>rc 1772,

SOE Lk IIOET

ne suffit paSj elle compta as»ez sur ramilîé et la géoérctiitj de son iieTeu de Vichy pour le prier d'ajouter le suTplyJn A Végéta de* d'Albon, d\ù u'ea vaut poîr.t parler, dit*ellÊ parce qu£*, non-sèutyïïîeiJt, qyoique k^ilime, elle n'a reçi d'eux uncuQ bienfait, mais qulU lui oot voie uae somnm que sa mère avoîl mm en dépôl pour elle; elle a Sïgal ledit le&tamenl : Juuë d^\lbon. Voilà de ces riens quej^ TOUS ai (!*pargiit^s dans d'autres teUres, et que, pour puaitiofl' de ? QS réprjQiandefj j Insère dans celle-ci

KADEMOISILLE DE LE3FINASSB

A l'académie française.

Dan» le récit que k Gazette d? France fait de la séanee r^ceplîûQ de La Harpe àrAcadémierrançaise (20 juîo f776)j on lit 1 w M, d'Alembert a terminé par l'éloge de M. de dans leqnel il a t'tiit venir celui de rhéroîoe qu'il vient | perdre^ mademoiselle de Lespinaisûj qu'il n'a eu gardû noriirhei'j m:iis dont ïout le monde a seoli l'alUision, »

Cet éloge, où il était queslion du salon de îa marquise da Lauiberlï de l'amitié qui T unissait à M. de Sac y, et qui inspira d celui-ci sou traité de VAmitié, prûtail aux alIusionB et la douleur de d'Alembert s'y est évidemuieot complu. Voici le paasage qui le termine et où cea ait usions sont plus senï^ibtes.

a .Madame de Lambert, plus âgée que lui de sepi ant, et dont ramilié Bdèle et pure a voit fait la douceur de m vie» lui survécut pour consoler et honorer sa mémoire. Digne et , triste objet de ses pleurs, il n'en eut point à répandre sur^ elle* Ainsi la nature, qui avoit tant fait pour le bonheur de U. deSacy, y mit la comble par une vieillesse heureuse et paisible, exempte de ce sentiment douloureux que laisse au fond du cœur nue perte étûrncUe et Irréparable; sentîment dont l'iraprcsàon e?t d'autant plus proronde, que râm« Irouve une espèce d'attrait à s'y livrer, et de douceur à eu goûter rameiiumc; sentiment que sa tristesse mûme rend en quelque mimière désîrablej pulsqull nous fait regarder b mort comme un bicufait de h nature, non parce qu'elle met ïln à des larmes qui nous sont chèrei^ muis parce que

ce malheur de rhuaianité,'si c'est un malheur que de cesser de souffrir, nous est du moins commun avec ceux que nous avons tendrement aimés, et nous laisse l'espoir consolant de les suivre bientôt dans cet asile éternel et paisible où leurs ombres nous ont précédés, et où leur voix nous appelle. Madame de Lambert, qui survécut encore six années â M. de Sacy, entretint et nourrit toujours ce sentiment cher à son cœur. Elle y joignit un espoir plus consolant encore, celui que la divinité bienfaisante donne aux âmes vertueuses de se réunir un jour pour n'avoir plus à pleurer leur séparation; espoir en effet si propre à soulager les maux des cœurs sensibles; espoir dont la malheureuse humanité avoit un besoin si pressant, qu'elle a couru, pour ainsi dire, au-devant de lui, avant que la bonté suprême et éternelle voulût bien le lui présenter elle-même. Un sentiment profond et plein de vie, privé d'un objet chéri qu'il ne retrouveroit plus, et ne pouvant supporter Tidée accablante d'être anéanti pour Jamais, a inspiré la raison pour lui faire embrasser avec transport cette attente précieuse d'une existence immortelle, dont le premier désir n'a pas dû naître dans une tête froide et philosophique, mais dans un cœur qui avoit aimé. » {Œuvres de d'Alembert, Paris, 1805, t. VII, p. 376».)

I. Voici comment Grimm raconte Timpreseion que produisit cette lecture : t Jamais M. d'Alembert n'a écrit arec plus d'&me et de sensibilité. Quoiqu'il ne loi soit pas échappé un seul mot sur sa propre situation, tout le moode a reconnu le sentiment qui lui dictait des plaintes si tendres, et. tout le monde a paru les partager. Il faut bien que cette manière indirecte de faire pai liciper le public à ses regrets ait été infiniment délicate pour ne point blesser ; elle a Blême attendri, et la philosophie et l'amitié ne pouvaient rendre, ce me semble, i la mémoire de mademoiselle de Lespinasse un hommage plus flatlour et plut sensible. » (Corresp., Paris, i830, t. IX, p. 93.) D'un autre côîé. le nouvelliste Métra a dit! « Le ton dont il a prononcé cette espèce de pr^Qégyr'quo, loi larmes qui lui coulaient des yeux, ont fait partager son altendrissemeiit à tous les spectateurs. » ^Corresa. secrète de Métra, t. II, p. 134.)

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