‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 48 sur 128 · De AI. de Uora · texte numérisé non relu

De AI. de Uora

8 LETTRES DE MADEBtOlSELLS DIS LESPIN^SSB* ■

glaa^ mes sens; enfin, je lus et je ne trouvai qu'une parller de ce que favois craint. Je n*aî poîul à Iremblcr pour let Jours de ce que j*JiiQiej mais à Tiibri du plus grand <lei raalheiirs, mon Dieul qu'il me resie encore îl i?oiilTiir î que je me sens encore accabh'e du fardeau de la viel la durée des maux esl îîu-dessus des forces huraain*^s; je ne o.e sens phisqu'nn ct^urage, el Irès-ï^ouvenl je n*ai qu'un besoin. Voyez si Je dois vous aimer, si je dois chérir voiie pr(?5euce: fOus avci eu le pouvoir de f.nrc diversion à un mal aussi aigu el atissi profond; j'ailends, je désire vos lellres. Ouï, crayo2-moi, il n'y a que les malheureux qui soîcnl di^^urf d'avoir des .imis; si votre Ame o^avoil point soutTert, jamaia vous n'anrirz <?lt^ Jusqu*à îa mienne. J'aurois admiré, j'au» rois loué vos lti]ens, elje njc scrois éloignée, parce que j*ni une sorle de répugnance pour tout ce qui ne peut occuper que mon Cî^pril : il faut ôtre calme pour penser; dans Tagllutioîi, on ne sait que scnlir et souffrir» Vous me dites que vous eies agité do regrets, de reuiords même ; que votre nansiliilité uVst que de la douleur; je vous crois, et cela m*^ifnîge ; mats cependant je ne sais pourquoi riniprf?ssîoQ quL' j*ai reçue de voIrc lettre est si contraire à votre disposition. Il me paroil qu'il y a du calme, du repos el do la. force djjns toutes vos expressions; il me semble que voua parlez de ce que vous avez senti, el non de ce que vous seulez; euRn, si j'avois des droils, si jNHois délicate, si Tamitié n'étoil pas facile, je vous.dirois que Strasbourg est bien loin, mais liîcQ îoiu de la rueTaranne K Le président do Mon* Usquieu prétend que le cliuiiit a une grande influence sur le moral»; Sfra^^bourg seroit-il donc plus au nord que Paris? Jugez ce qu'il y auroil à craindre de PétersbourgI Non, je ne crains point ; je crois en vous ; je crois en votre amitié. Exptio'jez-moi pourquoi j'ui celte con tl rince ; et gardezvoirs de croire que l'amour-propre y soit pour rien. Mu*» senliment pour vous est pwgr de ce vilain alliage qui cor* rompt el aJToiblil toutes les aiïeclions. Vous auriez été bic4i niiniible de me dire si ma lettre était seule à Strasbourg Vovez si je suis généreuse ; j'uuroîs voulu qu*elle pût être changée en celle que vous auriez désiré d'y trouver. RégloB^

I. MaaemoîBetle de l.es|)ioA9$e haJtltnil rue SaÎDt-Oomln^tîv**, près le ooiiteul lie lielItt'Cliasii'!^ pai irè&>lotii Je la rue Taranuei où it>giî4rt pcuMittf U. de Gualieit.

t. Dans t« livre XIT te VEiprit dn loif. ^M

nos rangs, donnez-moi ma place ; mais comme Je n'aime pas à changer, donnez-la-moi un peu bonne. Je ne voudiois point celle de cette malheureuse personne ; elle est mécontente de vous, et je ne voudroîs point non plus celle do celle autre personne : youb en aies mécontent. Je ne sais pas où vous me placerez ; mais faites, s'il est possible, que nous soyons tous les deux contons, ne chicanez poinl, accorJczmoi beaucoup, vous verrez que je n'abuse point. Oh ! vous verrez comme je sais bien aimer I je ne fais qu'aimer, je ne sais qu'aimer. Avec des moyens médiocres, vous ^avez qu'on peut beaucoup quand on les réunit tous à un seul objet*. th bien I je n'ai qu'une pensée, et celte pensée remplit mou âme et toute ma vie. Vous croyez que la disiipalion et Tinslruction ne feront que vous distraire de vos amis. Conno!ssez-vous mieux, et cédez de bonne foi et de bonne gi Ace au pouvoir que votre caraclère a sur votre volonté, sur votre sentiment et sur toutes vos actions. Les gens qui sont gouvernés par le.besoin d'aimer ne vont jamais à Pétersbourg; ils vont cependant quelquefois bien loin, mais ils y sont condamnés', et ils ne disent point qu'ils rentreront dins leur âme pour y trouver ce qu'ils aiment ; ils croient ne l'avoir pas quitté, quoiqu'ils en soient à mille lieues ; mais il y a plus d'une manière d'être bon et excellent ; la vôtre vous fera faire bien du chemin dans toutes les acceptions de ces mots. Je plaindrois une femme sensible dont vous seriez le premier objet ; sa vie se consumeroit en craintes et en regrets; mais je féliciterois une femme vaine, une femme fière; elle passeroit sa vie à s'applaudir et à se parer de sop goût; ces femmes-là aiment la gloire, elles aimetit Tupinion, l'éclat. Tout cela est bien beau, bien noble, mais cela •St bien froid, et bien loin de la passion qui fait dire :

La mort et les enfers paroissenl devant moi; Ramire, avec pluisir, j'y descendruis pour toi '.

liais je suis folio, et pis que cela, je suis curieuse; je n'ai qu'un ton, qu'une couleur, qu'une manière, et quand elle n'intéresse pas, elle glace d'ennui. Vous me direz lequel

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