I. Zulimey tragédie de Voltaire, acte U, scèue ft
iO LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPINA8SE.
des deux effets elle aura produit; mais ce que vous mo direz aussi, s'il vous plaît, c'est comment vous vous portez; et moi je vous dirai la seule nouvelle qui m'intéresse : V École militaire n* est pas encore dontiée *.
Ce ajain 1773.
AJon Dieu ! que ce qui fait plaisir est rare, et vient lentement I il me semble qu'il y a un temps infini depuis le 2i, et je ne sais combien il faudra attendre encore une lettre de Dresde*; mais au moins me promettez-vous, ôtes-vouB dans la disposition de m'écrire autant que vous le pourrez? n'aurai-je contre mon plaisir, contre mon intérêt, que ce qui ne di''pendra pas de vous, c'est-à-dire, l'éloignement et la lenteur des courriers? mais je m'afflige de ce que votre curiosité, de ce que votre activité, en un mot, de ce que vos qualités et vos vertus me sont ('«gaiement contraires. r4et amour de la gloire^ par exemple Jera que votre amitié, ou plutôila mienne ne sera qu'un malheur de plus dans ma vie; cependant voui pouvez me dire comme Phermiteà Zadig: «J'ai quelquefois répandu des senlimens de consolation dans l'âme des mal-
1 . Il s'agit probablcmeDt ici des fonctions de gouverneur de l'École royale militaire, devenues vacantes par la mort du marquis de Croismmre, lieutenantgénéral, et que Guiberl pouvait ambitionner pour son père, qui, en 1782, occupa celles de gouverneur de l'Hôtel des Invalides, réunies, en i 773, à rrllet de siirinteudant de l'Écolo militaire, entre les mains du marquis de IttcateynarJ.
9.. M. de Guibert arriva à Dresde le 8 juin, à minuit, après avoir visité Kehl, « gardé par quelques invalides, » SlolliofTen et ses lignes forcées par Villirs, et qu'^l juge « trop étendues pour les troupes qui les gardoient ; • l.iBt.idt, Durlach, Bruchsal et Sun châlcau, résidence de l'évèque de Spire, où il voit, sans les admirer, les peintures du peintre Zick^ Wisloch, lleidelborg, Maubeiin (27-29 mai); Darnistadt, qu'il juge une « caserne^» où s'exerce « la manie de rKiccleur, pour imiter tant qu'il peut le militaire piussienj • le champ de bataille de Bi'rglien. et son souvenir de victoire ; Francfort, Hanau, le bassin de la Kinche, près de Gelnhausen, où il s'abandonne à cette apostrophe poét que : u Vallée charmante, je te salue, je te remercie de l'illusion où ton aspi'Ct m'a jeté ! t, Neuhoîl", Fulde, dont l'abbé souverain lui iuspire cette autre apostrophe, moins poétique et qui sent le soldat pliilosophc ami ie d'Alembcrt: « Grand abus que ces ecclésiastiques souverains! 0 Frédéric (le roi de Prusse), si tu vis encore vingt ans, je te les recommande l », Eisenach, Gotha, Erfurt, Leipsick et son clramp de bataille déjà célèbre par la mort de Guslave-Adolphf. (Journal, 1,1(5, 131.)
LETTRE y. 11
heureux* » ; ouï, je tous dois ce qui fait le charme et la douceur de Vamilié, je sens que ce liea est d(?jà trop for*, qu'il a pris trop d'ascendant sur mon âme; quand elle souffre, elle est tentée de se tourner vers vous pour y chercher de la consolalion; et si elle éloit calme, elle seroif entraînée par un mouvement plus actif, môme par le goût du plaisir. Voyez si je suis tout cela pour vous, et si en eiret je ne suis pas mieux fondée à vous aimer et à vous rcgrotter; tout au plus, mon sentiment vous a été agréable, et moi, avant que de vous avoir jugé, vous m'étiez devenu nécessaire; mais que pensez-vous d'une ftme qui se donne avant de savoir si elle sera acceptée; avant d'avoir pu juger si elle sera reçue avec plaisir, ou seulement avec reconnoissance? Mon Dieu ! si vous n'étiez pas sensible, que de chagrin vous me causeriez ! car il ne me suffit pas que vous soyez honnête : j'ai des amis verlueux, j'ai mieux que cola encore, et cependant je suis occupée de ce que vous iMcs pour moi; mais, de bonne foi, n'y a-t-il pas de la folie, et peut-fitre même du ridicule à vous croire mon ami? Ko pondez-moi^ non pas froidement, mais avec vérité. Quoique votre âme soit agitée, elle n'est pas si malade que la mienne, qui passe sans cesse de l'état de convulsion à celui do rabattement; je ne puis juger de rien : je m'y méprerulrois sans cesse, je prendrois du poison pour du calmant; voyez si Je puis me conduire, éclairez-moi, fortifiez-moi; je vous croirai, vous serez mon appui, vous me secourrez comme la réflexion; elle n'est plus à mon usage, je ne sais rien prévoir^ je ne dislingue rien; concevez mon malheur; je ne me repose que dans l'idée de la mort; il y a des jours Quelle est mon seul espoir; mais aussi j'éprouve des mouvemens bien contraires ; je me sens quelquefois garrottée à la vie; la pensée d'affliger ce que j'aime m'ôte jusqu'au désir d'être soulagée, si c'étoit aux dépens de son repos. Enfin que vous dirai-je? l'excès de mon inconséquence égare mon esprit, et le poids de la vie écrase mon Ame. QueBôis-je faire? que deviendrai-je? sera-ce Charenton, ou ma paroisse qui me délivrera de moi-même? Je vous rends victime, et j'en suis affligée, si vous vous intéressez a^sez à moi pour prendre part à ce que je soutire, et j'en niuui rai de confusion, si je ne vous ai causé que de l'ennui. iNe