‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 5 sur 128 · VI NOTICE · texte numérisé non relu

VI NOTICE

non-seulement l'estime et le respe et, mais encore Taffec tion de ceux qui par le sang, sinon par la loi, étaientbieu réellement ses frère et sœur. Mise en possession par sa mère mourante d'une somme considérable qu; lui assurait un riche avenir *, elle l'avait généreusement, spontanément remise au vicomte d'Albon, et s'était ainsi réduite au modique legs d'une rente viagère de cent écus que sa mère lui avait fait dans son testament. Il paraît à peu près certain que les d'Albon répondirent à ce procédé loyal, désintéressé, par des défiances qu'ils auraient dû écarter de leur esprit autant que de leur cœur. Les lettres de madame du Defland, l'opposition que le comte d'Albon et sa sœur la marquise de Vichy firent à tout projet qui, en éloignant d'eux mademoiselle de Lespinasse, pouvait accroître son indépendance et avec cette indépendance le danger d'une réclamation d'état, attestent cette défiance. Ce sentiment dut bien vite envenimer les rapports de la jeune orpheline avec ceux qui, aux yeux du monde, n'étaient plus que ses protecteurs. Faut-il croire, d'après le récit de Guibert, qu'à cette défiance ils ajoutèrent une révélation brutale de la vérité et une grossière prise de possession du nouveau rôle qu'ils entendaient garder envers elleT Ce serait peut-être aller trop loin et accorder plus de confiance qu'il ne faut à un témoignage qui, dans cette partie du moins, n'est pas tout à fait exempt d'erreur. « Mademoiselle de Lespinasse, dit Guibert, resta abandonnée h des parents qui bientôt ne furent plus que des persécuteurs. Ils lui apprirent ce qu'elle était; de fille aînt^e et de fille chérie, elle descendit tout d'un coup, dans la même maison, à l'état d'orpheline et d'étrangère. La dédaigneuse et barbare pitié prit soin de cette infortunée,

J. Lettre de madame du Deffand à la duchesse de Luyms. Voir p. LXXIV'

SUR MADEMOISELLB DE LESPINASSB. VU

jusque-là si tendrement soignée par le remords et par la nature ^ »

On comprend aisément que M. de Guiberl ait pu se tromper sur les rapports d'âge qui existaient entre les divers enfants de madame d'Albon, mais toujours est-il que mademoiselle de Lespinasse, loin d'être l'aînée, était au contraire de beaucoup la plus jeune-; et celte inexactitude peut jeter quelque doute sur la fin de son récit. Ce n'est là, du reste, qu'une question dédale, et il reste prouvé que mademoiselle de Lespinasse ne trouva pas dans sa nouvelle position les égards qu'elle était en droit d'attendre.

Elle avait accepté, aussitôt après la mort de sa mère, la proposition que lui avaient faite M. ci madame de Vichy de les suivre à Chamrond, et d'habiter désormais avec eux. C'est dans ce château, situé sur la rive droite de la Loire, presque sur la crôte des collines qui s'étendent de Digoin à Roanne ot séparent le bassin de ce fleuve de celui de la Saône , qu'elle passa ces années douloureuses de sa vie. Les Vichy avaient trois enfants, deux fils et une fille, dont le plus âgé avait à peine huit ans. Elle croyait être traitée comme une amie, elle le fut presque aussilôl comme une gouvernante; mais l'amertume qu'elle en ressentit lui vint moins des humbles soins dont elle était chargée, que de la manière dont ils lui étaient imposés. Elle paraît, en effet, s'être attachée à ces jeunes enfants, et dans son testament elle parle av(ic alVeclion de c son neveu de Vichy : » c'est ainsi qu'elle le nuunne*. Malgré le zèle tendre, sympathique, avec lequel elle s'acquittait de ces soins, et les éloges qu'il lui méritait de M. et de madame de Vichy, la situation de mademoiselle de Lespinasse devenait cha(jU(; jour i)lu.s

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