Voir p
vin NOTICE
pénible. Quand madame du Dcffand vint à Ghamrond passer Tété de 1752 chez son frère et sa belle-sœur, si elle remarqua Tesprit et le charme de mademoiselle de Lespinasse, elle fat frappée aussi de l'air de tristesse répandu sur son visage. Bientôt elle obtint ses confidences, et elles nous ont été transmises par elle-même : x< Elle me dit, a-t-elle raconté, qu'il ne lui étfiit plus possible de rester avec M. et madame de Vichy, qu'elle en éprouvait depuis longtemps les traitements les plus durs et les plus humiliants; que sa patience était à bout; qu'il y avait plus d'un an qu'elle avait déclaré à madame de Vichy qu'elle voulait se retirer,... qu'elle ne pouvait plus soutenir les scènes qu'on lui faisait chaque jour^ » C'est sans doute en songeant à celle époque de sa vie et en faisant aussi allusion au mystère do sa naissance que mademoiselle de Lespinasse écrivait plus tard à M. de Guibert :
« Il n'y a point de malheur que je n'aie éprouvé. Quelque jour, mon ami, je vous conterai des choses qu'on ne trouve point dans les romans de Prévost ni de Ricliardson. Mon histoire est un composé de circonstances si funestes, que cela m'a prouvé que le vrai n'est souvent pas vraisemblable. Les héroïnes de roman ont peu de chose à dire de leur éducation ; la mienne mériterait d'être écrite pour sa singularité. Quelque soirée, cet hiver, quand nous serons bien tristes, bien tournés à la réflexion , je vous donnerai le passe-temps d'entendre un écrit qui vous intéresserait, si vous le trouviez dans un livre, mais qui vous fera concevoir une grande horreur pour l'espèce humaine. Ah I combien les hommes sont cruels l les tigres sont encore bons auprès d'eux. Je devrais naturellement me dévouer à haïr; j'ai bien rempli ma destinée; j'ai beaucoup aimé et bien peu haï. Mon Dieu ! mon ami, j'ai cent ans; cette vie qui paraît si uniforme, si monotone, a été en proie à tous les malheurs et en butte à toutes les vilaines passions qui animent les malhonnêtes gens*. »
t. Volrp. LXXIV.
S. Lettre 46. Voir p. 91.
SUR mademoiselle: de LESPINASSE. IX
M. de Guibert, à qui elle confia ces douloureux socrols de son cœur, a dit également : « Elle m'avait raconte^ plusieurs fois les premières années de sa vie. Quo tout ce qu'on entend sur nos théiltres, que ce qu'on lit dans nos romans est froid et dénué d'intérêt auprès de ce récit ' ! » Se passa-t-ii à Ghararond des faits plus graves que ceux indiqués par madame du Dejîand ? Il serait difficile de rien alTirmer à cet égard, bien que certains mots dont se sert mademoiselle de Lespinasse le fassent supposer, ni de savoir si ces allusions se réfèrent aux années de son séjour à Chamrond ou bien à celios qui précédèrent la mort de sa mère.
Quoi qu'il en soit, mademoiselle de Losp!na<se était résolue à se jeter dans un cloître plu loi que de rester plus longtemps près des Vichy, lor.qui' madame duDeffand, qui, déjà presque aveugle), cherchait k se donner une compagne, lui proposa do \omv vivrf avec elle, à Paris, dans ce couvent de Saiiit-Joii^pli «[ ;i, sans avoir rien de claustral, servait, comnin d»» nus jo.irs celui de l'Abbayo-aux-Bois, de relraile déoenli^. inais encore très-mondaine, à un petit nombre do f.'iiinios de qualité, et où elle occupait un appartement ind^'-pciidant et séparé. C'était vers la fin d'octobre Hoi cinc ma dame du Deffand avait fait cette ouverture à luauiSiiciselle de Lespinasse, quelques jours seulomeul avant b rupture définitive de celle-ci avec les Vichy et son d(> part pour Lyon. Ce ne fut cependant qM) siûze mois plus tard, au mois de mars 1751, quo mademoisolle du Lespinasse vit se réaliser une proposition (p.i'olhî avait tout d'abord acceptée avec empressomenl. Ce tom;)s avait été employé en négociations, tant de la pari de mademoiselle de Lespinasse pour obtenir le coii.^e::!*ment du jeûne comte d'Ailaon, que de celle de P-ia-
!• Éloge d'Éliza. Vuir <> 357.