Le Cannétable de Bourbon, acte V, se
S. Marie-Louise-Nicole de La Rochefoucauld, née le 22 septembre 1716, fille aî:i(ie d'Alexandre, duc de La Rochefoucauld et de La Roche-Guyon, prince de Marcillac, troisième et dernier descendant de l'auteur des Maximes, Elle avait époiist}. le 28 février 173'2, son parent Jean-Baptiste-Louis-Frédéric de La Tloclicroncauld-Royc, marquis de Rouci, puis, par brevet, duc d'Anville eu 17311. dont eile devint \euvc en 1746. Très liée avec les encyclopiîdisles, oa l'avaii buruounuée la sœur du pot des j)hilosophe8. Elle survécut à la Révolution.
4. "NVilliaiu Petty-Fitz-Maurice, comte Shclburne, marquis de Lansdowne, né en ITS?, membre du cabinet de Pitt en 1766, retiré avec lui en 1768, aprt» lui chef de l'opposition, ministre d^, oouTeau eu 1782, mort en 1805*
bonne fortune, vous ne Tauriez pas omise dans mon pompeux inventaire, -— Oui, M. de Condorcet est chez madame sa mère : il travaille dix heures par jour, il a vingt corri-:pondances, dix amis intimes : et chacun d'eux, sans fa(uil(^, pourroit se croire son premier ohjet; jamais, jamais on n'a eu tant d'existence, tant de moyens et tant de félicité. — Mais voilà que je me rappelle que vous ne m'avez pas dit un mot de M. le duc de Choiseul; est-ce que votre sojoir à Chanteloup n*a pas môme fait de tra^îe sur la route? î!é bien I voilà où il en est à Paris* : le public lui échappe absolument^ et il me semble que ce qui peut lui arriver ('e mieux à présent, c'est de rester dans cet oubli : car il ne gagneroit rien aux comparaisons, aux rapprochemens. Nous aurions pu lui devoir, il y a dix ans, M. Tjirgot, et il avoit choisi les Laverdy, les Maupeou, les Terrai, etc. — Voire lettre à M. d'Alembcrt est excellente ; et comme nous sommes IrèS'Communicatifs, nous l'avons donnée ce soir même à M. de Vaines, qui en étoit charmé, et quia voulu la faire voir à celui qui pouvoit en jouir sans que cela pilt alarmer sa modestie. — Ah 1 mon Dieu ! vouloir vous faire une nvilhonnêteté à vous, à qui il n'a pas répondu, parce qu'il vouloit avoir le plaisir de vous répondre de sa main î Mon ami, les gens vertueux ne peuvent pas ûlre insoiens, et ils chérissent le mérite et les talens. — Vous ne devineriez jamais ce qui m'occupe, ce que je désire : c'est de marier un de mes amis. Je voudrois qu'une idée qui m'est venue pût réussir : l'archevêque de Toulouse pourroit servir beaucoup au succès de cet affaire. C'est une jeune personne de seize ans, qui n'a qu'une mère et point de père; elle n'a qu'un frère. On lui donnera, en la mariant, 13,000 liv. de rente; sa mère la logera, la gardera bien longtemps, parce que son fils est un enfant. Cette fille ne peut pas avoir moins de 000,000 francs, et elle pourroit être beaucoup plus riche : cela vous conviendroit-il, mon ami? Dites, et nous agirons, et nous n'aurions point de dégoût, parce que l'archevêque de Toulouse a autant d'adresse que d'honnêteté. Nous causerons de tout cela'; etsicela ne réussitpas, je connois un homme qui seroit bien heureux de vous avoir pour gen-
!. Le duc de Choiseul, exilé à Chanteloup depuis 1770, atait reçu le lOjuiu la permission de renir à la cour, et avait été reçu le 13 à LaMuellc. Il aspirait à rentrer auv affaires, grâce à l'appui de Marie -Antoinette. Corr. de madame Du Deffant, t. U, p. 413.
iSl LETTRES DB MADEMOISELLE ©E LESPlNAfiSE-
lirtî : mois sa fille n*a qu'ouze ansj elle est unique, et eîlô sera bien riclie. Mon ami, je \oudroîs par-dessus toul votre bonheur; et le moyen de vous le proiurL'r deviendroit le premier ialértU de ma vie. Il fui un temps où mon âme n'aurojl pas été si généreuse; mais elle répondait à quelqiTi n qui auroil rejeté avec horreur Templre du monde, ÔtJf't souvenir, mon Oieul qu'il est doux et cruelï Bonsoir, ïrn»n ami. Sj j*in, cofumo je re>p^^re, de vus nouvelles dein'»in, j'ajouterai encore à ce volume. — Depuis deux jours faj moin!? scutîcrt. Je suis à deux ailes de poulet par jour; et si ce régime ne me réussit pas plus que le reste, je me mcltrai au îail pour toute nourriture.
roujours dimanche, 9 octobre I77é«
Cet adieu étoît bien prompt, bien brusque ; et vous com* pivncît bien qu'il me re^tti uiille otio^esà vous dire ; car si je ne me trou<pe, e'ost la dernière fois que je voua écris. Je saurai à quoi m'en tenir demain : j'aurai de voi nouvelles, mon ami : ce n'est pas à mon désir que je me /ît% mais c'est il votre bonlé- Vous me dites bien que voui nllrzà votre légion; vous m'avex écrit deuY fois le nom du] lieu où elle est; mais grilce à la beauté de l'écriturei je n'en sais rîen ; je lis Livourne^^ ci â coup sûr ce a^esl pas M où vous ollez. Mon ami, écrivez-moi de partout: vous ave» a me dédommager de laprivation oûjeseiaî de vous écrire. Je ne me liens pas pour assurée que voui eoycît parti aujour* d'iiui, Commcul pourriez-vous refuser madame votre môre, surtout si elle n'est pas en convalescente? et on est encore bien malade lorsqu'on a la flùvre, Enfin, J'espère que voua n'avez point il t^ lort, et que je vous verrai dans quinze jours. Quinze jours l c'est un terme bien long;! j'en ai vu un plua pr^s. Ahl je frémis! quel souvCnir affreux! il empoisonne jusqu'à respérance. Aiiï mon Dieul et c'est vous qui aviez troublé, renversé le bonheur de cotte (Ime si tendre et s' pa^î^ionnée ! c'est vous qui nous aviez condamnés à un maK heur affreux, et c'est vous que j aime l Oui, on bail le mal ijuViO tmlf et on est entraîné» le serois morte de douleur, et Jesuis deslinée à en vivre, à laDguir»àg<*mir, à vous craindre, à musaimerj à maudire sans cesse ta vie, et à en cbérîr quelques
insfati9. — On m'a interrompue, an qû venu me proposct i\ oll&r clicz Duiilctsis^ C'esl un pcinlte dépérirait qui sera à iôIl' de Van l\kk. Je ne sais si vous avez vu l'abbé Arnand peint par lui. Mais, mon ami, ce qu'il faudra voir* c'eiît <iiûclv*; L'csl un (tcgr^ de vérité el de perfeclion qui est mîeax et pins quL* la nature» U y avoit là ùh lûtes loules de caractères dlflY'reiis : je n ai jamais rien vu de beau el de vrai â ce point-là. M. d'Argenlal y est venu : il nous a fait voir une letlte qu'il venoit de recevoir de M. de Voltaire; je l'ai trouvée si bonne, le Ion en eât si douv, si naturel, oa est si près de lui en le disant^ que, sans songer si cela était indiscret ou non, j'ai domaudé cette lettre; j'ai de* rnandé d*en prendre une copie; dans ce moment on la (ail, el mon ami la lira jet cette penséeesl au bout de tout ce que je bens. Mon araî, je me répctcrois cl je dirois connue Sterne à LiBctle * : Vofrej>ljii^iy est le. premier. husDÙi iL:jtiiaji-4«tfT*r. — Mon Dieu l oui, il est difljcllQ de commeiuer une lettre, quand cVbt avec de lY^sprit qu'on fail du sentiment- Mais I r pendant il faut écrire à madame de liôuillcfs, DUe ne m'a pas seulement dit voire nom; je n*en suis pus lâctiée : mais comment ne saisit-on pas loules les occasions de parler de ce qui plaîlHl y a un certain degré d'affection qui gêne î c'est celui-là qui m*a empécbée de lui parler de vou.^j mais clic n'a jamais senti cel embarras J'en suis bien sûre : elld n'a que faire d'aimer; elle est si aimable l — Mon amî^ je me connois^i bien, que jeserois tentée ducroire que-vons vous moquez de nioi, lori^que vous me parlez de mi s âuctêft dans le monde. Oh 1 mon Dieu 1 il y a buit ans qui; j'en suis retirée du monde; du moment que j'ai aimé, j'aurois eu du dégoût pour les succès. A-l-on besoin de plaire quand on t est aimiiSe? [icàte-t-il un mouvement, un déèir qui n*aiant / pour objet la personne qii ou aime, et pour qui on vou- i droit vivre exclusivement V Mon ami, vous n'en voulez pai tant, n'est-cc-pas?
I. Joicplt Sifictle Diii»lefiS^ oé eu 1715, de L*Â.t:Adéiiiîfl de peinture tm 1774, n4ort eu 1602, • J
1, Ce portraîi fuU iiti|oitt'd1ial p&rtie de Ia gftlci'U impéifiJite do Vienne, k 1 Éa*iucllc]l fi f In veutc? de rillustfo composileur. V, De^iuài-sietret,
Gltu'h et i'. , 18/*, |). ?t* Outre ces pwrtmits de TithliLî AubaiA
il dti Gluck , ^u.» rncore de lui t-cui lîe Thoma», Mmmoijtel, Praiikliii,
Si, cl m hd aille Nitlcer*
3. r.liii Orafief, à l(ifiuel|« *wiil «dre»ée» lei Yorirk*» Luttera tù £/i*a, el )iti inspira h Slctut» tme «i lendre pnfisiuii, ?* njiynal, Wat, phil, d«â dfià» h^dei, Uf. lU, ch. 1«*
lundi, après rarrirée du facteur, 1774.
Point de lettre! en vérité, si j'avois plus de confiance en votre amitié, je me vengerois en ne vous écrivant pas non plus. Mon Dieu I comment peut-on avoir cette négligence, cet oubli pour ce qui nous aime? Comment est-on assez occupé ou dissipé pour ne pas mettre en première ligne le plaisir de soulager ce qui souffre ? Enfin, comnien t répare-t-on un mal sensible, profond, et dont rien ne peut distraire? Je serai jusqu'à samediavec cette pensée; cette douleur pèsera sur mon âme, elle me donnera alternativement des regrets et des remords. Mais que vous importe tout cela? ce ne sont pas mes lettres que vous attendez ; ce n'est pas mon repos qui vous occupe. Eh bien, que ce soit ce qu'il vous plaira: ce n'est pas de vous que je suis mécontente; c'est de moi, ce n'est que de moi. Oui, mon ami, je voua aime : vous m'avez fait mal, mais vous me guérirez.
Vendredi au soir, 14 octobre 1774.
Mon ami, je sors A'Orphèe: il a amolîi, il a calmé mon âme. J'ai répandu des larmes, mais elles éloiont sans amertume: ma douleur étoit douce, mes regrets éloient mêlés de votre souvenir; ma pensée s'y arrôtoit sans romords. Je pleurois ce que j'ai perdu, et je vous aimois ; mon cœur suffisoit à tout. Ohl quel art charmant! quel art divin! la musique a été inventée par un homme sensible, qui avoità consoler des malheureux. Quel baume bienfaisant que ces sons enchanteurs I Mon ami, danslesmaux incurables, ilne faut chercher que des caïmans; et il n'y en a que de trois espèces pour mon cœur, dans la nature enlière: vous, d'abord, mon ami, vous le plus efticace de tous, vous qui m'enlevez à ma douleur, qui faites pénétrer dans mon Anic une sorte d'ivresse qui m'ôte la faculté de me souvenir et de prévoir. Après ce premier de (ous les biens, ce que je chéris comme le soutien et la ressource du désespoir, c'est l'o-
plum: il ne m'est pas cher d'une manière sensible, mais il m'est nécessaire. Enfin ce qui m'est agréable, ce qui charme mes maux c'est la musique: elle répand dans mon sang, dans tout ce qui m'anime une douceur et une sensibilité si délicieuses,, que je dirois presque qu'elle me fail jouir de mes regrets et de mon malheur; et cela est si vrai, que, dans les temps les plus heureux de ma vie, la musique n'avoit pas pour moi un tel prix. Mon ami, avant votre départ, je n'avois point été à Orphée; je n'en avois pas eu besoin ; je vous voyois, je vous avois vu, je vous attendois, cela remplissoit tout; mais dans le vide où je sui'3 tombée, dans les différents accès de désespoir qui ont agité et bouleversé mon flme,jemesuis aidée de toutes mes ressources. Qu'elles sont foiblesl qu'elles sont impuissantes contre le poison qui consume ma vie I Mais il faut vous détourner de moi, et vous parler de vous, je n'aurai pas changé d'objet. — -M. Turgot vous a écrit: il a réparé ; car il vous a prié de le servir, et je suis bien sûre que c'est ainsi que vous l'auroz senti. M. de Vaine» me disoit hier; « Faites donc revenir » M. de Guibert, il nous éclairera; il noussera utile surdos » choses que nous nous ignorons, et dont nous avons besoin.» Hélas l jugez-moi, jugez de ma disposition: il est question du premier, du seul intérêt de ma vie; je n'ose avoir un sentiment arrêté,
Et mes plus doui souhaits sont pleins de repentir
Oui, la vertu diroit: Venez, arrivez, et je meurs. Mais, mon ami, une voix plus forte, plus profonde, plus intime me crie: En le voyant, la vie sera un bien; le malheur deviendra supportable; et si cette pensée étoit encore une eiTeur, si je me faisois illusion, ce seroit du moins la dernière. — Je vous écrivis un billet à la hclte au moment où Je venois d'apprendre que je n'avois pas de lettre de vous; fen étois aussi irritée qu'affligée, et je ne sais si je vous l'ai exprimé : car j'étois si pressée que je ne pouvois former mes Jettres. Le duc de La Rochefoucauld m'altendoit pour aller dîner chez lui; j'y trouvai le comte de*** et son premier mot fut: Vous avez fait ma commission, je viens de recevoir une lettre de M. de Guibert en réponse cl la vôtre. Je fus charmée, c'éloit savoir de vos nouvelles, mais ma lettre étoit à la poste: ainsi vous aurez vu tout mon ressentiment. Le comte de*** étoit ce soir à l'Opéra; il vint me voii
dans ma \o^e, il mo park beauroup de ses affaires. Une grande fortune esl tme graodc charge : il a des procès? le foilâ occtipésans relâche à une foule d'objols dont il résulle pour lui plus de profit que de gloire. Khî non, le bonheur i/rst pas dans frs grandes richesse!?! Où donc est-il? chez qndi|ues érudîts bien lourds et biea solitaires; chez de boLi nrlîsaiis, bien occupés d'un (ravail lucratif et peu pénibley chrz de bons fermiers qui ont de nombreuses familles bien agissantes, et qui vivent dans une aisance honnête» Tout Iti rôsle delà terre fourmille de sots, de slupîdi3s ou de fous dans cette dernière classe sont tous les malheureux, et J& n'y couiprends poiaï ceux de Charenlon: car le genre de Llie qui fait qu'on se croit le Père Eternel vaut peut-être mieux que la sagesse et le bonheur.
Je vous envoie Textraît d'une leltre écrite â Tambassadeur de Suède* : vous verrez avec quelle élt'gancc les «étrangers parlent français; croyez qu'il n'y a pas une virgule de cban^iée, — Jii lis un mauvais livre sur le Ihcdire*, où il y a une quantité de boni es choses; je vous le giirde,^ Tout le monde esta Fontainebleau', et j'en suis bien aise: j'écrirois souvent sur ma porte comme ce savant: Ceux qui viennent me voir m*^ font honnair; ceux gut n^y viennenl pan me font plaisir* — ?il, Marmimlel me proposa mercredi de me lire un nouvel opèra-comique; il vint, il y avoit douze personne». Les voilA en cercle, et moi dans le dessein d'écouler le Yteua; Garçon ; c'est le titre de l'ouvrage. Le commencement de la première scène me parut embrouillé, embarrassé* Savez-vous ce queje fis, sans que ma volonté y eût la moindre part? c'est que Je n'en entendis pas un mot: mais cela est si exact, que j'aurois été pendue, plutôt que de dire le iiom d'un personnage, ni le sujet de la pièce, et je m'en lirai en disant la vt^rilé; c'est que le temps m'avoil paru bien court, El eu elVet, je fus réellement étonnée quand j*ealendis parler tout le monde. Eh bien 1 depuis qu'il m'est jmpossible d'accorder de Tattenlion à rîan J'aime les lecturei
I • Le CQinto dé Crcutz.
1« Il f*Bf it dt! l'ouvrage de Mercier : Du théâlrt^ uti n&uvfi eêsai âfû* Aiali4U£i(La Haye, I77t, îu-(i)^ i^tans (i>quel ^ suivant l'eTprcsaiou de Grimir , • tes iû3ii)iidtr« d route a de rûutêur ëtnieiil pr)>fOi'ê6 à CQrnelll«% TiiPineet IWolièr« «t où Dttlerot receviiit de graud« étages, {Corresp ûd Gnmm, Paill, i%Zi
9. La coiir r^l4 à FouLalnebleau du 40 octobre au 9 uavemi^ro*
LETTRE LXI. iîè
à la folie, cela me laisse libre; au lieu que dans la conversation, malgré qu'on en ait, on est trop souvent rappelé par les autres. Ah! ce sont surtout les gens qui donnent des préférences qui sont assommans. 11 y a deux hommes qui ont la bonté de faire assez de cas de moi . pour me dire à Toreille ce qui seroit indifférent tout haut: il me faut vraiment de la vertu pour écouter et répondre. Mon ami, vous avez beau dire, je n'aime la conversation que lorsque c'est ^vous ou le chevalier de Chatelux qui la faites. — A propos, il est bien content de moi: j'ai échauffé ses amis, et les choses sont si bien arrangées, qu'il ne nous faut que la mort d'un des quarante, pour qu'il soit reçu à l'Académie *. Cela 8st juste sans doute, mais cela n'étoit pas sans difficulté: l'intérêt, le plaisir, le désir qu'il mettoità ce triomphe, m'ont animée. Mon Dieul Fontenelle a raison : il y a des hochets pour tout âge ,- il n'y a que le malheur qui soit vieux, et il n'y a que la passion qui soit raisonnable. Mon ami, ce ne sont point là des paradoxes; pensez-y bien, et vous verrez que cela peut se soutenir. Bonsoir, il est temps de vous laisser respirer:jevousai écrit sans m'arréler. Les jours d'Opéra sont mes jours de retraite: j'y suis seule, je rentre chez moi, et ma porte est fermée. — M. d'Alembert a été voir Arlequin; il aime mieux cela qu'Orphée: tout le monde a raison; et je suis loin de critiquer les divers goûts, tout est bon.Mais, adieu donc; à demain.
Samedi trois heures, après le facteur.
J'ai dtné chez moi pour avoir de vos nouvelles une heure plus tôt; cela répond à votre dernière question, si voua n'avez rien perdu. Mais, mon ami, vous m'affligez vraiment, en ne me disant seulement pas un mot sur ce que vous ne m'avez pas écrit le dernier courrier : vous aviez pourtant à me répondre. Mais comme vous sentez bien que vous avez eu lorl, vous voulez m'en détourner, en me promettant de
1. M. de Chaslellux aurait, en effet, été élu à la place de Dupré de Sainl- Uaur, décédé le 1*' décembre 1774, s'il ne s'était retiré lui-même dotant H de Maleshcrbes. L'année suivante, il succéda au poë:e Châteaubrun, Jiim, secrets, t. Vil, p. 252.)
ISO LETTEfiS Dl IfÀbBUOiSSLLl DE L'SSPINASSIS
mîaax faire & l'aTetiIr ; rouB serez Wcu aimaliio, moQ a) je TOUS en reoiercf e d'arance. Je n'ose pas désirer votre tour, mais Je compte les Jours de votre absence. Mod Di qu'i^Boat leotsl qu'ils sont longs l qu'ils pèsent ânr âm& I qu'il est dirgcile, qu'il est même impoEsible distraire un motnent du besoin ÛB l'âme i Les livres, la société, ramitié^ eteufln toutes les ressources" imagïDables ne serveufqïT^ fâTrëiiiieux sentir le prix éî TepouToir de cû qui vous man^iue» Je ne r^épouds pas, mais je suî» pénétrée jusqu'au fond du cœur de ce que vous me dites sur M, de Mota. M* d'Âlembert a écrit à M* de Fuecslès \; il a étiii û& son seul mourcinênt, et eu me lisant ceitû lettre il pieuroH et me faiioit Tondre en larme?p Mon Dieu! ccllâ pensée ma dëchirel Mon ami, je yeux m*occuper de vou^. et vou* juitiSer le mouvemeot qui m*a fait brûler vos lettres ; je comptûis ne pas sumTreTingt-qn^tre heures à te sacrifice; et dans ce moment^ mon saug, mon cceur étoieut glacés par le désespoir : je n'ai senti la perte que j'avoU faite quoplufi de six jours après, Atil vingt fois^ cent fois j'ai re« gretté d'arbÎT brûlé ce que voui aviez éerit ; rien ne peu^ réparer cette pertej et j'en suis désolée, — Oui, M. Turgi^ travaille aux corvées*. Bonjour^ mon ami;n'ôtes-vous pas las de Hre ce grifTonnage?
Dimanche toir, IS octobre 1774.
Mon ami, Je n'ai point répondu hier à votre charmante lettre, et je ne répondrai jamais à mon gré à ce que vous me dites sur M. de Fuentès. Eh, bon Dieu l où trouver des expressions qui rendent un sentiment tout nouveau pour mon âme? Ah l vous m*avez pénétrée de la plus tendre, de la plus vive reconnoissance; oui, il me semble que jamais je n'ai dû autant à personne : en effet, voire mouvement,
I . Voir, à V appendice t ceUe lettre en date du 30 septembre 1 774.
t. Le premier édil qui supprimait la corvée pour les convois militaires, ea la remplaçant par un impôt de 1 200 000 liv., parut le 29 août 1775 ; le second, qui transformait en un impôt lur les propriétaires de biens-fonds U «orvée pour la confection des chemins, fut rendu en mars 177S.
LETTRE LiEir. 131
TOli'e sentîinenl sont nobles et élevés connime la vertu; pourquoi donc ne mettrois-je pas mon ]»onheur à les adorer? Je ne sais de quello nature est mon sentiment : mais c'est vous qui en ôtes l'objet, et il y a des instans où je suis toute prêle à m'écricr ;
Enée est dans mon cœur, les remords n'y suut plus \
Hélas I je n'ose prononcer ces mots : je le sens, on ne aauroit tromper sa conscience: quel trouble s'élùve en moi! que je suis malheureuse ! Mon ami, croyez-vous qu'il soit possible que la paix puisse rentrer dans mon âme en vous aiaiant, ou bien, croyez-vous possible que je puisse vivre Bans vous aimer? C'est à vous que ie demande compte de moi: je ne me connois plus; avec un mot, vous changez la disposition de mon ûme.Je ne sais si cela vient de ce que je suis affoiblie par la douleur, ou bien si c'est que mon sentiment s'est fortifié par le soin que j'ai mis à le combattre et à le détruire. Si cela est, convenez que je dois avoir une grande opinion de .moi. AhJ mon Dieu I que la passion m*est naturelle, et que la raison m'est étrangère I Mon ami, Jamais on ne "s'est fait voir avec cet abandon; mais comment pourrois-je vous cacher mes plus secrètes pensives? elles sont remplies de vous; et comment pourrois-je vivre si j'avois à me reprocher d'usurper votre estime ou votre opinion? Non, mon ami, voyez-moi telle que je suis, et accordez-moi, non pas ce que je mérite, mais ce qu'il faut pour m'empéchur de mourir de douleur, ou pour m*en donner le courage : car je ne sais encore ce que je préfèrerois de vous devoir, la mort ou la vie. L'une et l'autre tient à vous*; et de quelque manière que vous en décidiez, je vous rendrai grâce. — Mon ami, avcz-vous bien senti la force de ces mots : et mon j^lus Qrand mallieur scroit de vous refroidir. Vous vouliez diminuer mon tourment, etc. Ah! ciell quel moyen vous employez l Mais je ne reviens point sur le passé : j'espère que vous ne me tromperez
I • Didon, tragédie de Le Franc de Pompignan, jouée pour !a première fois le 11 juin 1734, acte 1, se. 4.
Tremblante de Trayeur, de remords déchirée, Aux mânos d'un époux je me croyols livrée. Mais CCS triftes objets sont enfin disparus. Euéo est dans mon cœor, les remords n'y sont plof
t. L'édition de iSii a corrigé: tiennent à vous.
139 LETTRES DE MADEMOI?ÊLtB !i
plus; ai je ne suis pas ce que vous aime* le miear. Je n du moins dans votre âme la place que vous m'y laissez, el }c m'engage à no jamais prétendre qu'à celle que vous me donnerez. — J*ai encore ♦Mé ce soir à Oî^kée; mais j'y élDis avec madame de CLfltiUon*: il est vrai que j'aurois biea m luvaise opinion de moi, si Je ne raimois pas î elle exige si peut et elle donne taolt
Lundi m«tifi.
Comment meftez-VQUs en queslîon ai vous auriez dû me laisser ignorer que vous aviez la fièvre? Ob! mon amî ! ce n*est pas moi qu'il faut uiL'nager : je vous aime trop pour ne pas préférer à toul de souiïrîr avec vous et par vous. Tous CCS gens qui se ménagent ne s'aiment guère; il y a bien loin en Ire les senti mens qu*ûn se commande et ceux qui nous commandent : les premiers sont parfaits et je les abhorre. Si un jour vous deveniez parfait comme madame de H***, comme le froid Grandisson, mon ami, je vous admireroîsi mais je serois radicalement gui-rio. — Je suis interrompue par madame de Ch — Elle rae demanda
' dYciire à la suite de ceci; je lui oiTre du papkr et de Tencre» Mais ma lettre Cela n'est pas possible 1 Pardoû»
..£e2*le-moi^ mon ami,
Luadi» après la facteur.
Vous avez été alarmé, iroua êtes encore triste. Mon Dieu ! que je soutTre de toul ce qui vous a fait soulTrir, et que je 5UÎS dtl'sok^e d'avoir ajouté de Tinquiétude à votre disposi- •ion! Oui, je suis coupable, je suis fciblCj je me condamne, je me liais : mais ce n'est pas réparer le mal que je vous ûi fuit. Vous avei vu, le cou nier d'après, que cette fièvie o*éloit que la suite de Télat violent où étoit mon âme : ma macliine n*esl plus assez forte pour on supporter les seiousses. Mon ami, ne me plaignez jamais^ dites-vous : elle' lit folle, el celle pensée vous calmera, et si vous ne soulFr»^!
f . A.dneanc-F.milie*Paiciii de la Baume Iq Blauc, nfie le Î9 aoil» 1740, Itlo de Louis-tVSsir , duc de La Valllère, le célèbre l)tblJo|4iJle , el iAtiii(i*Juitci-FnB4;nlsc de Crtiisot d^Uics, inaHâs en octobre *tT&6 à Lokiij AftUcluT, iiiiù Au C.U& illun. doni eUe devint Teut^ecj} (76S. C'âlaît *tà pasiiou • U'Hwrâcc W ' iijc Du DefTanl écrivait à cdoi-ci, le SO «viil I77T:
* Je* tie 1.1 ^ uà la (çi'iiudc linison qu'elle avait avec la L«apiiia^e •
LKTTRIÎ LXllU
pas, Je sernî heurense. Maïs j*e&pi>re que voos me direz avec Boin el avec détail drs Tioiivclles de vos malades* Il csl affreux do conrioUre la craiute pour ce qu'on aime : celle espèce de lourraent esl au dessus de ma raison et de mes forces. Mou Dieu i out, il faul resler avec vos parens î voiro d*5f'Qr( sera un grand mal pour eux, cl il ran\ leurépargnor tout le temps qnlls auront à s'occuper de leur sauié, Dana cet état, lout ce qui excilcï'la seoHbîlilé devient douleut-. Mais je n'ai rien à vous dire : vous voyez mieux que moi, el vous sentez avec plus de délicatesse. Mou ami, je «uis presque mrcoolente de ce que vous oe trouvez pas de la douceur à me faire partager votre disposition, surtout lorsqu'elle vous est pénible; c'est alors que je voudroîs que vou* Y0U8 dissiez, dans un sens contraire, (fe que di.-oit Mou» taîgnc : Il me semble que je lui dérobe sn pari '. Oui, mou ami, il ne devroil plus vous ^tre libre de suulTrir seul, Ui^lasl je éuis si fort au ton de tout ce quisoutTfe.c'csl si fort me parler ma langue, qu*iî me semble qu'il n'est pas mt^^me nécessaire de compter sur mon fiiïection pour trouver de la douceur î se plaindre à moi. Adieu, mon auii. Je coniptois vous diro mille riens, mais volro tristesse ra*en Ole la force; j*ai bLnu me dire ; sa disposition ne sera plus la même; mais celte où ilétolt m'a gagnée, elle ne cliangera que lorsqu'il voudra. Ab î quel ascendant 1 quelle force ï quelle puissance I cota agiroil à ujîlle lieues. Je vous le disois, ce seutimcnl que je nose nommer est la seule chose que les honmirs n'ont pu gAter, Mon ami, s'il étoît perdu sur la terre, ditesvous bien, tant que je vivrai, que vous savez où il vil, où il rt>grie avec plus d'énergie qu'il H'ûpparlient à une Françahe d'eu avoir.
LETTaE LXIIl
Veudredi Att loirj 21 octobre 1774*
Mon ami I que le temps s'écoule lentement ! depuis lu un tn suisa.-somniéej et il n'y a rien que je n'aie tenté pour
r. EfsaUt llv, I, ch. i7* — « Dcpuli \t bur que le le p^iillt (ion ami It ikle)| le o« foyi qii« tratEuer Inngufssant; et lespldsirs mesmc^s qui i'oiIr«r:t rmoy« au lieu de ra« cousojcr, me rcJoubli!!)! le rcgrgt de fâ perle : «uni estlont k nioitjé d« tout} Il lae lembie que le luy deBfdbe ia p'iri. • (ÉdiliOd toiwûOn! î I'aHï^ Charpetttler, t l. p* t7»0
iJi LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPINASSB.
tromper mon impatience. J'ai toujours été en mouvement s j'ai été partout, j'ai tout vu, et je n'ai eu qu'une pensée ; pour une amc malade la nature n*a qu'une couleur : tous les objets sont couverts de crêpe. Dites-moi : comment faiton pour se distraire, comment fait-on pour se consolera Ah! c'est de vous seul que je puis apprendre à supporter la vie. Vous seul pouvez y répandre encore ce charme mêlé de douleur qui îait chérir et détester tour à tour l'existence. — Mon ami, j*aurai une lettre de vous demain ; il n'y a que cet espoir qui me donne la force de vous écrire ce soir. Vous jne direz si vous êtes rassuré sur la santé de ce qui vous est cher; vous me parlerez, peut-être, de votre retour : en un mot, vous me parlerez; et si vous saviez combien je me sens dénuée, abandonnée, lorsque je ne sais rien de vousl Ah! que cette petite lettre éloit courte, qu'elle étoit triste, qu'elle étoit froide I 11 me semble qu'on me disant que vous aviez été inquiet et même alarmé, vous no. nie disiez pas toutl Qu'aviez-vous donc? me cachcriez-vous votre cœur? voudriez-vous encore déchirer le mien ? Ne m'avez vous pas dit que vous me diriez tout; que vous auriez une confiance sons réserve; que j'étois votre amie; que votrci Ame s'épancherolt dans la mienne; que vous me feriez vivre de tous vos Liouvemens;que ce qui pourroit blesser mon C(jL'ur ne me seroit pas inconnu ? Ah ! mon ami, connoissez-moi bien : voyez ce que je suis pour vous; et, d'après celte connoissance, je vous réponds qu'il vous sera impossil)le de concevoir le projet de me tromper, ni même de me rien cacher.
Samedi m&l:n.
Je vous quittai hier par ménagement pour vous : j'étois si triste I je venois à'Ovphée, Cette musique me rend folle : t;llc m'en (raine; je n'y puis plus manquer un jour : mon /.me esl avide de cette espèce de douleur. Ah ! mon Dieu i que je suis peu au ton de tout ce qui m'entoure ! et cependant jamais on n'a dû chérir autant l'amitié : mes amis sunt d'excellentes gens; leurs soins, leur intérêt ne salassent poiiil, et je suis à comprendre ce qu'ils peuvent trouver en moi qui les allache. C'est mon mallieur, c'est mon trouble, c'est ce que je dis, c'est ce que je ne dis point qui les anime et Icj échauffe. Oui, je le vois, les âmes honnêtos et senfiiblci aiment les malheureux; ils ont une sorte d'attrait
qui occupe et exerce l'ûnae : on aimo ta se trouver sonsible, et les maux des autres ont cette juste mesure qui fait compatir sans souffrir. Kh bien ! je leur promets celle jouissance tout le temps qui me reste à vivre. — Mon ami, je voulois ▼eus dire la dernière fois que vous devriez loger dans le môme hôtel garni que le chevalier d'Aguesseau : cela vous «5pargneroit la peine de vous aller chercher réciproquement : cela vous seroit commode, et je serois assurée que vous ne quitteriez pas mon quartier. Oui, c'est toujours Tintérôt personnel qui couvre tout, qui anime tout; et les sots ou les esprits faux qui ont attaqué Helv(5tius* n*avoient sans doute jamais aimé, ni réfléchi. Ahl bon Dieu ! que de gens qui vivent et meurent sans avoir senti Tun, ni connu l'autre ! C'est tant mieux pour eux, et tant pis pour nous; oui, tant pis : car je ne puis pas vous exprimer le dtf'goût, Je redoublement de dégoût que je me sens, je ne dis pas seulement pour les sots, mais pour ces gens qui sont si Inen à ma mesure, que je prévois tout ce qu'ils vont dire lorsqu'ils ouvrent la l3ouche I Ahl je suis bien malade I je ne puis plus souffrir les gens qui me ressemblent : tout ce qui n'est qu'à côté de moi me paroît trop petit; il faut me faire lever les yeux pour regarder, sans quoi je me fatigue et m'ennuie. Mon ami, la société ne me présente plus que deux intérêts : il faujtjque j'aime, ou qu'on m'éclaire. De l'esprit n'est point assez; il faut beaucoup d'esprit : c'est vous dire que je n'écoute plus que cinq ou six personnes, et que je ne lis plus que six ou sept livres. Cependant il y a plus de gens que cela qui ont des droits sur moi : mais c'est par le sentiment et la confiance; et cela ne change rien à la disposition où je suis pour le général. Voici le résultat : ce qui est moins que moi m'éteint et m'assomme; ce qui est à côté de moi m'ennùîe el nie fatigue. 11 n'y a que ce qui est audessus de moi qui me soutienne et m'arrache à moi-même; et je dirai toujours comme cet ancien : Mes amis, sauvez- Tioi de moi-même. Tout cela prouve que la vanité est bien éteinte en moi, mais qu'elle est remplacée par un dégoût universel et mortel. — La comtesse de Boufflers n'en est pas là; aussi est-elle bien aimable. Je l'ai vue beaucoup celte semaine, elle vint dîner chez madame Geoffrin mer-
i , Le livre de V Esprit est tout enlicr consacré à développer le principe 4e la morale de riutéiét.
136 LBTTREt BB HADBMOXSSLLfi DE LS8PINASSB. , '^^K^
credi; elle fut charmaDté; elle ne dit pas un mot qui ne îùi un paradoxe. Elle fut attaquée, et elle se défendit avec tant d esprit, que ses erreurs valoient presque autant que4a vérité. Par exemple, elle trouve que c'est un grand malheur que d'ôtre ambassadeur, il n'importe de quel pays, ni chez quelle nation. : cela ne lui parott qu'un exil affreux, elc, elc. El puis elle nous dit que, dans le lemps où elle aimoit le mieux TAngletcrre, elle n'auroit consenti à s'y fixer qu'à la condition qu'elle y auroil amené avec elle vingt-quatre ou vingt-cinq de ses amis intimes, et soixante à quatre-vingts autres personnes qui lui étoient absolument nécessaires; et c'étoit avec beaucoup de sérieux, et surtout beaucoup de sensibilité qu'elle nous apprenoit le besoin do son âme. Ge que j'auroià voulu que vous vissiez, c'est TtHonnement qu'elle causoit à milord Shelburne. Il est simple, naturel; il a de l'âme, de la force : il n*a de goût et d'atlrail que pour ce qui lui ressemble, au moi js par le naturel. — Il a été voir M. de Malesherbes*; il est revenu enchanté. Il me disoit : «J'ai vu pour la première fois de ma vie ce que Je ne croyois pas qui pût exister : c'est un homme dont l'âme est absolument exempte de crainte et d'espérance, et qui cependant est pleine de vie et de chaleur. Rien dans la nature ne peut troubler sa paix; rien ne lui est nécessaire, et il s'intéresse vivement à tout ce qui est bon; » en un mot, a-t-il ajouté : « J'ai beaucoup voyagé, et je n'ai jamais rap- « porto un sentiment aussi profond. Si je fais quelque chose « de bien dans tout le temps qui me reste à vivre, je suis t sûr que le souvenir de M. de Malesherbes animera mon « âme. » Mon ami, voilà un bel éloge, et celui qui le fait est à coup sûr un homme intéressant. Je le trouve bien heureux d'être né Anglais; je l'ai beaucoup vu, je l'ai c^coulé celui-là : il a de l'esprit, de la chaleur, de l'élévation . Il me rappeloit un peu les deux hommes du monde que j'ai aimés, et pour qui Je voudrois vivre ou mourir. 11 s*en va danshuitjours.el j'en suis bien aise: il est cause que par des arrangemens de société, j'ai dîné tous les jours avec quinze personnes, et cela me fatigue plus encore qu'il ne m'intéresse. Il me faut du repos : ma machine est détruite. Bon-
1. Bappelé d'exil avec les autres parlementaires, il allait bientôt être replacé à la tête de la Cour des aides (t3 nov. 1774), d'où Tavult écarté le ruup d'Etat Maupeou, et devenir le collègue de Turgot au miDistcre (21 juillet 177 5).
jfrUr, m»jn ami. J alleads la poste ; foilA ce quim'oâl ni^cctfia ire.
Samedi, oprès h fadeur, ît «ïMrlobre 1771.
Mot! Dion ! que jâ suis troublée cl aflligée de ce qun voi:» m'iiyïprenez ! Je crois loul ce que je ur^iins; jugez si jo partage ce que vous souffrez. Ah 1 c'est à présent que Téloignemjnt m'est absolument insopporlabic. Mon arni^ vos maux soûl les mien:!; et il m*esl aiïreux de ne pouvoir pna vous soulager. Si J^Moîs avec voua, il me semlde que je ra'empa* rcroià si bien de toutes vos crainles, de tout ce qui vous fait treml>lei*, qu'il ue vous resleroit que ce qu^it me soroît liiuposaible de ue pus vous Ôlcr. Ah ! partager ue srToit pai l |ftssL»z. Je souUVirois par vous, pour vous; et avec cette len- 1 dresse et celle passion, il n'y a point de douleur qui ne soit adoucie, et point tralarme qui ne soit calmée* Mou Dieut que je Euis malheureuse I le seul moment de ma vie où mon an'ection eût pu vous faire du hien, je suis condamnée à vous Cive inutile. T^jut ce qui vous aime vous dîja comme moi, mieux que moi, sans doute; je suis trop près de voua pour exprimer ce que je sens, Y a-t-il donc des mots pour rendre tous les mouvemens d'one Ame souITrante, d'ur 5iiic frappée de terreur, à qui le malheur a interdit tout espérance? Mon ami, dans cet étal qui est le mien, on ne pont s'expliquer et s'exprimer que par ces mots : Je VQU$ aime.
Ah 1 s'ils pouvoient passer dans voire dme comme je les sens ! Oui, quel que soit votre malheor» vous épiouveriezle sentîmeTit le plus doux. C'est à prêtent que j'ai un regret mortel à ce qui vous manque d'affection pour moi : mon ami, nous en ferions delà cont'OÎation;lercm(jdeseroil4côtii du mal. Ah! qu-ind on est ra^illieureux, c'êbl alors qu'il est alVreux de n'aimer que foihlcment : car c'est en nous que nuus trouvons la véritable forcc^ et rien n*en donne autant que la passion; ks seulîmens d'un autre nous plaiseol, nous loucfient : il n y a que le nôtre qui nous soutienne, îiliii* celte r»sïiûurco manque presqu'â tout le momîo î prci^que tout ce qui ejtiste n'aime que parce qu'il est aimé^
Ah ! mon Dieu I la pauvre manière ! qu'elle laisse petit et foible ! mais cela ne tient ni à la volonté, ni à la pensée : ainsi il seroil aussi insensé de chercher à exciter que de travailler à éteindre. Restons donc ce que nous sommes, jusqu'à ce que la nature, ou je ne sais pas qnoi^en ordonne autrement. — xMais vous êtes trop bon, mille fois trop bon Je vous occuper de mes maux : souffrir est devenu mon existence; cependant je suis mieux depuis que je suis au poulet pour unique nourriture : je souffre moins. Adieu, mon ami; je vous parle de moi, et je ne songe qu'à vous. D'ici à lundi, je serai dans un état violent. Vous m'écrirez, ]e le crois.
Dimanche au soir, 23 octobre 1774.
Mon ami, pour me calmer, pour me délivrer d'une pensée qui me fait mal, il faut que je vous parle : j'attends l'heure de la poste de demain avec une impatience que vous seul peut-6tre pouvez concevoir. Oui, vous m'entendez, si vous ne pouvez me répondre, et c'est quelque chose : il seroit sans doute plus doux, plus consolant, d'être en dialogue; mais le monologue est supportable, lorsqu'on peut se dire : je parle seule, et cependant je suis entendue. — Mon ami, je suis dans une disposition physique détestable; je l'attribue à celte ciguè : elle a conservé, je crois, quelque propriété du poison; je me sens dans une défaillance, dans une angoisse qui m'a fait croire aujourd'hui vingt fois que j'allois perdre connoissance, et dans ce moment même, je suis dans un malaise inexprimable : je sens ce que disoit Fontenelle peu de temps avant sa mort, une grande difficulté d'être. Mais ce qui anime mon âme me donne la force do vous parler : car, en vérité, je n'ai pas eu un mouvement ni une parole de la journée. — Je ne sais si je vous ai dit que j'avois vu la femme du comte de....; sa figure est commune, mais elle a le ton obligeant, et elle a grande envie de plaire : cependant telle qu'elle est, je ne la trouverois pas assez bien pour être la femme de l'homme du monde que j'aime le plus. Mon ami, j'en suis plus sûre que jamais, tout homme qui a du talent, du génie, et qui est appelé à la gloire, ne doit pas se marier.
le mariage est un véritable éteignoir de loul ce qui est grand €t qui peut avoir de l'éclat. Si on est assez honnôle et assez sensible pour être un bon mari, on n*est plus que cela, et sans doute ce seroit bien assez si le bonheur est là. Mais il y a tel homme que la nature a destiné à être grand, et non pas à être heureux. Diderot a dit que la nature, en formant un homme de génie, lui secoue le flambeau sur la (été, en lui disant : sois grand homme, et sois malheureux ; voilà, je crois, ce qu'elle a prononcé le jour que vous êtes né. Bonsoir. Je D*eD puis plus ; à demain.
Londi, après le faotcur.
Point de lettre l cela me feroît trembler avec un autre que tous; mais je me rassure un peu, en me disant qu'il n'est pas en vous d'avoir de la suite et de Texactitude. J'espère donc que vous n'êtes pas plus malheureux ; je sais seulement que vous n'avez pas eu besoin de me rassurer. Cela est bien naturel; mais cela est afflgeant. Mon ami, je ne vous fais point de reproche : je vous plains seulement, quelle que soit votre situation, que Je retour de votre âme ne soit pas pour moi. Adieu. Je suis abattue , et dans un état de foiblesse qui est extraordinaire : il me faut un effort pour tenir ma plume. le n'attendrai plus de vos nouvelles, mais j'en désirerai tant que je respirerai.
Mardi au soir, 28 octobre 1774.
Ah I j'ai été injuste; ce seroit un tort avec toul le monde; mais je me le reproche comme un crime avec vous. Pardonnez-moi, mon ami : je devois vous rendre grcicc, et je tous ai accusé. (Iel4e pensée me fait mal, comme si j'étois coupable; c<'pend int c'est la poste qui la été, et je le soupçonnois si peu, que, lorsqu'on m'a donné mes lettres aujourd'hui, je ne rc},^ardois seulement pas le dessus, lant i' m'étoit égal par où je commcncerois ou par où y. tinirois. Mon ami, à la sc»coude lettre que j*ai ouverte, j'ai fait un cri : c'étoil votre écriture ; j'en ai eu un battement di* cœur. Si c'est un mal bien douloureux que d'attendre sans voir vmr, c'est un plaisir bien vif et bien sensible que d'étr»?
MO LETTRES 0E MADEMOISELLE DU! IiEi$M?fA6&S.
ainsi surprise. — Mon umi, ]û youâ almo h la foHai (ûui tctê' l'apprend, lout me le prouve, et souvent bien plus que je na fouilrois, le vous donne plus quo vous ne voulez : voui i!*iivez pas besoin d'élre autant aimé, et moi j'avois hegojti de me reposer, cVst*à*dire, de mourir. Mais je suh trop personnoÎJe : je voUv^ occupe de moi, tmxdh que je ne fous pftrler que du plaisir quf j'ai senti en lisanl cet cela va mieux ^ cela va btcnjJG suis iranquifk. Ah 1 mon iimi, j'ai respiré ; il semble que cela m'ait redonné de la vie et de la force; j'clois anéantie depuis trois jours : on dît que cela tcnoit aux nerfs, et moi qui en sais un peu plus que mon médecinj jo crois que cela lenoit à vous. Je suii» coname Lueas, j'explique tout par mon métier de jardinier. Âb I moa Dîcnï comment puis-je suffire à ce que je sens, à ce que je sootfreî et cependant mon âme n'a que deux seoliraeus ; l'un me consume de doultiur, et quand je me livre à celui qui devroit me calmer i je suis pour&uivîe par le remords, et par un regret plus déchiianl encore quo les tortures du remords. Encore moil que je m*en veux d'y revenir sans cesse 1 mais m'en èloigner^ii-je* en vouâ disant que j'adore ?ûlre sensibilité et votre vérité? Alil ne me cache» jamais lieu; vous gagner trop i me faire voir tous les mouvemens qui vous animenL Mon ami, dans une situation toute pareille à celle où vous venez d'être, mais qui eut des suites plna funestes, M. de Mora me maudoit, el presque dans les mômes cxp^e^sîons, ce que Tagonie de sa mûre lui faisoil éprouver. La douleur qui le déchiroit le plus avoit son pi-re pour ubjetj it\ cela étojl si vrai, qu'il m'attendrissoit beaucoup plus sur Télat de M. de Fuentès, que sur la mort de sa femme, qui iut lente et douloureuse, fiton Dieul je vous Tai déjà dit : n'ayez jamais la pensée de me ménager, de mVpurgner; croyez que mon sentiment me mène plus loin que vous De pourrez jamais me faire aller. Mon ami, c'est inen fait do voir la convalescence de madame votre mère si prochaine; mais, quoi que vous en disiez^ vous resterez plus longtemps que vous ne [»ensez. — Vous ferez sûrcmi'ut utm (^toiinUrie: ce sera d*oublier de me dire de ne plus vous écrire, ou de vous écrire sur votre roule, l^t puis, quand les lettres ti'arrîveront pas, vous m'accuserez, ou pcul-Otrc aurez-vous aB^ez de bt)ntt^' pour éire inquiet; ei cependant un peu de prévoyance auroit évittl lout cela.
Le chevalier de Clialelux e*t actuellement à Chanlcloup*
LETTRE LXVl W
il (Suffit à tout^ et il attache une grande opinion à cette manière de se multiplier à l'infini. Il est si riche et si gént^rcux, qu'il dédaigne de recueillir : il lui suffit de semer; il ne reçoit rien, il va donnant partout et à tout le monde *. Il me disoit encore l'autre jour que son plaisir étoil de faire effet. .^ M. de Chamfort est arrivé*; je l'ai vu, el nous lirons ces Jours-ci son Éloge de La Tontaim. Il revient des eaux en bonne santé , beaucoup plus riche de gloire el de richesse, et .en fonds de quatre amies qui l'aiment , chacune d'elles, comme quatre : ce son t mesdames de Grammont ', de Rancé*, d'Amblimont *, et la comtesse de Clioiseul «. Cet assortment est presque aussi bigarré que l'habit d'Arlequin, mais cela n'en est que plus piquant, plus agréable et plus charmant. Aussi, je vous réponds que M. de Chamfort est im jeune homme bien content i il fait bien de son mieux pour être
1. A l'occasion de la mort de racadémîcien Dupré de Saint-Maur, en 177^ la Harpe écrivait : • W sera remplacé par M. le chevalier de Châtclux, homme de qualité , colonel, cultivant les lettres par goût, qui dans des temps dirUcileg a donné aux gens de leltics des marques d'une amitié courageuse, dont ils \% récompensent atijourd'hui en le recevant parmi eux ; honneur qu'il désirait ave^ autant de passion que les autres militaires de son rang désirent le bâtpn d maréchal. » {Corr, littér, I. 34). t
2. Des eaux de Barrège, où il éiait allé rétablir sa santé, el de Chanlcloup, où la duchesse de Grammont Tavait retenu chez son frère. 11 écrivait lui-mên^a alors : « Madame de Grammont est partie depuis le commencement de ce mois. 11 me serait impossible de désirer autre chose que ce que j'ai trouvé en elle; et nous avons fini encore mieux que nous n'avîous eommeocé. J'ai toutes sortes de raisons d'être enchanté de mon voyage de Barège. » {OEuvres dt Chamfort, édit. Auguis, 1825, t. Y, p. 263.)
3. fieatrix de (.hoiseul, née en 1730, fille de François-Joseph de Choiseul, marquis de Staiuville, et de Françoise-Louise de Bnssonipierrc, mariée le 10 août 1759 à Antuiue-Antouin, duc de Grammont. Elle était sœur du duc de Choiseul,le célèbre ministre, et mourut sur l'échafaud révolutionnaire le 17 aviil 1794. F.lle était fort laide, mais d'une énergie toute virile.
4. n faut lire probablement Ronce. Adélaïde-Julie- Sophie Hurault de Tibraye, fille du marquis de Vibraye, mariée le 14 juin 1751 au comte dt Koucée, et (kime pour accompagner de la comtesse d'Artois.
5. Marie de Chaumout-Quitry, Glle de Jacques- Antoluc de Chaumout, marquis de Quitry, mariée le 17 juillet 1775 à Claude-Marguerile-Frauçuis Renard de Furhsamberg, comte d'Aniblinunt, fils du marquis d'Amblimont, et chef d'cïcadre ; madame d'Ambliniout avait été avec madame d'Esparbès les deux favorites de madame de Pompadour, qui les appelait mon torchon et ma salope,
6. Marie-Françoise Lallemand de Betz, née le 30 octobre 173i, fille de Miihel-Joseph-lIyacinthe, seigneur de Betz, el de Marie-Marguerite Maillet de Batlîly, mariée le 10 fév. 1749 à Marie-Gabriel-Floreut de Choiseul, comte de < hoistiul-Reanpré. Elle fut mère du comte de Choiseul-Goufûur, l'auteur du Voj^'igv ptiovt'aqiie de la Grèct»
143 LETTa^fl DS HADBMOISELLB DE LESPIXASSB.
modeste ^ M. Grimm est de retour * , Je l'ai accablé ûè questions. Il peint la Czarine , non pas comme une 80u« ■ veraine, mais comme une femme aimable, pleine d'esprit, de saillies, et de tout ce qui peut séduire et cbarmer. Dané . tout ce qu'il me disoit je reconnoîssois plutôt cet art cbarmant d'une courtisane grecque, que la dignité et l'éclat de l'Impératrice d'un grand empire. Mais il nous revient * une autrft manière d'un plus grand peintre : c'est Diderot; irm'a fait dire que je le verrois demain : j'en serai bien aise. Mais dani la disposition où je suis, c'est l'homme du monde que }e tou« drois le moins voir habituellement : il force l'attention, et c'est assurément ce que je ne puis, ni ne veux accorder de suite à personne au monde. Quand je dis personne , vous entendes bien que cela veut dire que je ne veux pas être, distraite de celle qui remplit toute ma pensée. Ah I que cette ■ explication est lourde! Mais c'est que vous êtes bôle : il faut vous annoncer ce qu'on veut vous faire entendre. Mon ami, courage : car je crois que,' pour cette fois-ci, vous aurez la rame de papier sans en rabattre une page. Vous remettrez cette lecture au temps où vous serez en voiture ; j'aurai rempli votre chemin, et vous m'y trouverez au bout. — Quoi ! TOUS croyez réellement que vous serez bien aise de me voir 7 Que ce que vous me dites est aimable ! qu'il seroit doux , en effet , d'être aimée de vous ! mais mon âme ne pourroit plus atteindre à ce degré de bonheur; ce seroit trop. Quel- I ques instans, quelques éclairs du plaisir, c'est assez pour ^ les malheureux : ils respirent et reprennent courage pour soulTrir*
Mercredi, Î6 octobre 1774.
Je viens de relire votre lettre : il y a un mot qui me ravit, il m'avoit échappé : c'est lorsque vous dites : je reviens à nos 'peines. Mon ami, si je me suis méprise, ne me redressez pas; mais je crains à présent pour vous tant de trouble,
1-2. « MM. Diderot et Crimm sont reyenus de leurs longues courses. Ili •ont arrivés chargés des présents de la magnifique souveraine qui les avoit appelés, et de différents souverains à la cour desquels ils ont passé. » Mém, iecrets^ 10 uov. t774, t. tu, p. 23Î.
LETTRE LTVII. 143
8i pnu de sommeil t ne serez-vous point malade ? J en meurs de crainte. Ah I dites-moi donc sur quelle pensée je pourrois m*arréter pour respirer en repos ; sur le moment de votre arrivée? Non, non, m,on ami, il me fait tressaillir, et Je n'ose pas môme le désirer; et s'il se retardoit, je crois que J'en mourrois. Concevez-vous Texcùsde cette inconséquence? Cet excès ne tient pas à un faux raisonnement; mais il vient d'une ûme bouleversée par les mouvemens les plus contraires, que vous entendrez peut-être, mais que vous ne pouvez pas partager. — Je suis interrompue, el toujours par madame de Gîi...*. Je commence à croire que la première de toutes les qualités pour se faire aimer, c'est d*ôlre aimant. Non, vous n'imaginez pas tout ce qu'elle invente pour aller jusqu'à mon cœur. Mon ami, si vous m'aimiez comme elle! non, je nelevoudrois pas : me préserve le ciel de connoitre deux fois un pareil bonheur !
Vendredi, 28 octobre 1774.
Que dites-vous de cette invocation? ne vous paroît-elle pas d'une tête perdue ? iMon ami, elle tient à un sentiment honnête. J'ai offensé M. de Mora; et cependant je trouve une sorte de douceur à penser que lui seul m'aura fait con-
Inoltre le bonheur; que ce n'est qu'à lui que je devrai d'avoir r senti, quelques momens, tout le prix que peut avoir la vie. ' En6n, quelquefois je me croîs moins coupable, parce que je me sens punie; et vous voyez bien que,sij'étois aimée, tout cela seroit effacé, renversé. 11 faut du moins tenir à la vertu par le remords, et à ce qui m'a aimée, par le regret de l'avoir perdu. Ce regret est bien vif et bien déchirant : il y a peu de jours qu'il m'a causé les convulsions do désespoir. — On m'a forcée d'aller voir Lekain dans Tancréde; je ne l'avois pas vu depuis sa perfection, et je ne m'en soucioi» point. Enfin j'y fus : les deux premiers actes m'ennuyèrent complètement; le troisième a beaucoup d'intérêt, et il va toujours en croissant jusqu'à la fin : au cinquième acte il y eut des momens, il eut des mots qui me firent transporter la scène à Bordeaux, et ce n'est pas une manière de parler. Je pensai mourir : j'en perdis connoissance : et toute la nuit, on fut obligé de me garder, parce que j'avois des défaillances continuelles. Je ne pus pas vous en parler les derniers jours : j'étois trop près de l'impression que
t • La ducbessf} de Châlillon.
VOIS reçue; je me suis !>îoo promis de ne plu» aller therclier ces alTreuse.^ secousses. 11 n'y a qu'Orp/iée que |e puisse soutenir^ el je vois h regret que voas no lerrt*» plus, — fi y aura un opéra nouveau * le 8 a»«l Timbre : h musique est de Fioqiict. Le public Taituera ficut Olrei oprès ce qui est bon, il applaudit ce qui est n^û* àiocre, et m^mece qui est détestable. — Enfin M, Dorât "T dfj'succèsî et c'est pourtant le publie qui f;tU les répulnlions: msûa c'est le public A la longue ; car celui (lu mon>onl n*a jamais le goût, ni les lumières qui meltenl le sceao d ce qui doit passer A la postérité* — Mou ami» je v^h envoyer contrc-siguer cette lettre; et pour que b* paquet ail plus d'importance, j*y joins les feuilles du nimnent n'est pas parce qu'elles sont bonnes; c'est parce qu'elles sont" nouvelles, et que d ailleurs vous lisez tout. Happorlez-moi la feuille de Liogucl', — Tout le monde est à Fontaine bleaa : mus il nous reste le barou de Kocke* et celui di Gîeichen* ; et je trouve qu'ils me restent trop tard le soir. Je ne sais si je me trompe; mais je crois que la solitude me fieioit bonne; la société ne m'intéresse presque jamEiîs, er elle uie fi^se presque toujours. Oh l que je suis un mauvais malade 1 j ai beau me rctouraer, jo me trouve toujours mal, Adieu, mon ami*
I. Astihn, oti U iermmt inditcrel, ballet héroïque en 3 nies, duat ta fremière icpresenlttiioa cul lie», mm j>as le 8, m&is le Î3 novembre 1774» et qui écnui I <j»»j>t doué lutlê três-\ ivc outre les g^tuckistes et leurs adversaires. Veulrjs €t mudettioisfitk CDémard j furent trè^up; UiiiJi.s.
S. Suecèà Je oirûunsiBtice que lui evait Talu une Epître à Tkemiit dan* laqut^ileâcs alluiiîuas aurclc^urda piirli^meiiL Qatlaieiit la passiou pûliliquc tlu mgmont,