‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 62 sur 128 · U Journal politique et liitéraire · texte numérisé non relu

U Journal politique et liitéraire

4. te même sans dûute que madame du DctTant ddsigne sous le nom de %/lk oital Coke. Corresp. âdU. de M. de Saiat'^ulaîre, LU, tO.

5. Chat k s- lie 11 ri, baroo do Glcicben, né à Neraersdorf, dans t - - t^t* dé Bayreuth, eu 1735, oiorl à tlalisbonnc^ le 5 avril 1807 ; s ,t lîliambrrllan de U maigravo do Bayreulhj 4«ur dcPréd^îricn, qu i , \ i ta luHc (n&â), où U eoQUut te duc de Chutseul; envoyé da margiaveeu franco C!7bO}i anibiissadeur de DaneiusLrk en r.fipûgtte de !760 à n73, puis cai france où il reiuplaga le comte Wcdcl rrie«, de 17Ô1 à 1776 j euvoyd un latà tact à Na(iU'E en 1770. Ayant donna sa diJmiiËSÎuQ pour ne paii aller a WurtrÎT^ b«rg, ou il a^ait été nommé, il revint ^ Hier à l'ariscl yre^ta jusfiu'à U Revo t Uou française. Voir ses Souvtnir», publiât par M. Grcmblvî, paris, <8Câ j lr»i Mém^ de Marmontfl^ l, 19(. « M. de Gle^cheu atteud tonjouiis pour parler 4iiie idée tiig^nicuâC ; el ceui qui a'enlrelienneul avec luiuut lalr de ne mrw qu a rempliâ^age* > (Madame Ncckor, Noaviauz vvélaf>ge$^ 1, IQlîfiy.) U dearu' rai' quai det Tbéiiias^ aujourd'hui quai V«itialic«

tETTRB LXVII. 145

*tê v^us de voir le comte de C... Je lui ai dit qu'il venoi/ ^^puter un mauvais air, et que, dans l'ivresse de félitilô 4M »i vivoit, il me sembloit que c'cUoit pour exercer les oeuvres de miséricorde qu'il venoit me voir; que jn serois pour lui à pou près comme ces monumens que quelques philosophes conservoient pour les faire souvenir d'être bons et justes. Vous viendrez me voir, lui disois-je, et en me qnillant, vous vous direz : Le malheur est donc sur la terre. Votre cœur sera touch'\ et le m'en aw^a joui de votre bonheur. — Les lettres de M. de Condorcet sont vraiment charmantes*. Sijesuivois mon premier mouvement,je vous enverrois tout ce que j'ai senti; et puis je m'arrête, en me disant : il reviendra, je le lui ferai lire; il se moquera de moi, il me trouvera exaltée. Flh bien ! oui, j'aurai tort, mais il sera là. Ah ! mon anii, à cette condition, je consentirois à ne pat avoir le sens commun tout le reste de ma vie; mais je gage que voqs seriez bien plus difficile que moi : vous m'abandonneriez; alors je me retrouverois dans la foule, et la bêtise console de tout. — Je crois que, pendant tout ce tempsci, les Gracques* ont bien été oubliés : vous y reviendrez avec plus de chaleur et d'intérôt. — Mon ami, admirez ma transition ; la bêtise me mène au génie^ et cette maiche est assez naturelle : c'est M. Turgot, après l'abbé Terrai. Il y a des cas où les gradations et les intermédiaires doivent disparoître. — Je ne sais que faire du temps d'ici à samedi : je veux le faire peser un peu sur vous, en vous forçant à m'écoutev. — J'espère, je mie promets une longue lettre samedi : si j'élois trompée! si seulement elle n'étoit que de quatre pages! en vérité, je me plaindrois. Mon ami, vous «oyez, la bonne forlu ne me tourne la (Ole: je deviens prcsqi:c; iniperlînente parce que j'ai eii de vos nouvelles aujourd'hui. Ce qu'il y a de sûr, c'est que, si quelqu'un pou\oil être dans monscciel, on connoîlroil à ma santé, à toute ma manière d'être, si j'ai eu une lettre de vous. Oui, la circulation de mon sang en est sensiblement altérée, et alors il m'est impossible de prendre part à rien. Ce à quoi je ne m'accoutume point, c'est au redoublement d'intérêt que cela inspire à mes amis. Mon Dieu I me plaindroient-ils, s'ils

1 . Lettres d'un théohgUn à l'auteur des Trois SiàcLBS (Œuvres de Condorcet, l. V, p. 273'^. Dirigiics contre Sabatier de Castres, rrilique ennemi dof philosophes, elles avulout été attribuées un instdnt à Voltaire.

S. Tragédie en vers c'e M. de Guibert^ publiée après sa mort, cr. 18tl.

U6 LETTRES DB MADEMOISELLE DE LESPIN'ASSS.

voyoient le'fond de monftmeTcette usurpotiûD yy^-eré pas bien crimiaeile î Mod ami, ne me faites pas unAf-r^sui* conscience*: dîtes-moi que je si^is coupable; plaigneMrrvni» consolez-moi : vous ne m'avez que trop égarée. — ïai hhvie de vous envoyer une lettre que ]'ai lue aujourdtiui avant la vôtre : si J'avois pu pressentir, cela n'auroit pas été Tordre que j'aurois mis dans ma lecture; vous verrez dana cette lettre sij'ai souffert de votre absence. Oui, j*en ai inquiétéM. d'Alembert. L'homme qui m'écrit^ n'a jamais su un motdecequim'occupoit : il me croit victime de la vertu et du préjugé : mais, depuis trois ans, il me voit si malheureuse, qu'il est souvent tenté de me croire folle. Et en effet, il passe sa vie à faire des épigrammes contre moi; mais, à la vérité, le trait est toujours un mot de scnlimeul ou de ressentiment : lisez, reconnoissez; à coup sûr, c'est un homme d'esprit.

I, 80 octobre 1774.

J'ai été avertie trop tard : il y a un paquet encore par le courrier d'aujourd'hui. Quand je reçus votre lettre, j'avois déjà envoyé chez M. Turgot pour faire conlre-signer. Je comptois vous écrire un mot après l'arrivée du acteur, par la voie ordinaire; mais il n'importe : j'espère (^je mon volume ne sera pas perdu; il vous sera envoyé, et avec d'autant plus de soin qu'on verra le nom de M. Turgot. — Vraiment je le crois, il est aisé de vous critiquer sans vous blesser; mais il n'est pas si aisé de vous louer comme je sens, et comme vous mériteriez de l'ôtrc, sans courir le risque d'être trouvée bien exagérée, bien fade et bien monotone. Eh bien l je m'y abandonne, et je vous dirai tout grossièrement que votre lettre à M. Turgot est excellente, parfaite : c'est le ton, c'est la mesure; enfin c'est vous, cl je ne sais rien de mieux, ni de "plus dans la nature. Je vous disois, mon ami, que désormais je ne pourrois plus regarder que ce qui me faisoit élever les yeux. Pour vou.^, vous Otea si haut que je ne pourrois y atteindre à la longue que par un trop grand effort. Mais, mon ami, que faites-vous donc, à quoi vous laissez-vous aller ? Savez-vous bien que vous me

ioiiei. oOiïJtDe ai ^ous aviez à me plaire ? 0 bon Dieu ! oubi^eA-VuiiS qu'en ce genre, voire fortune esl faite? et elle 661 âe celi^i lient ou ne connoît plus les bornes : ce sont les b»^aUfMii, ies Clive V etc. Ahl que je voudrois que vous eussiez, en HthÀy une fortune, non pas comme celle des malheureux que je viens de nommer! ils meurent d'ennui* sur 1eur.s riehes-ses; mais je vous voudrois de l'aisance : je voudroH que vous ne^ussiez pas forcé de causer bras et Jmbes à vos talens, de lordre le col à votre génie; enfin je voudrois que vous ne fussiez pas condamné à vous remettre dans la ibule. Oui, en honneur, ce n*est que pour vous, ce n'est que pour l'intérêt de votre gloire que le mariage me fait peur, et, à cet égard, je puis vous dire avec vérité :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur • •

Tout cela dit, mon ami, que, s'il y avoit un excellent parti, si vous aviez quelque vue, si moi, si mes amis, nous pouvions vous servir; oh ! comptez sur le zèle, sur l'activité et sur la passion que nous mettrions pour réussir : oui, je connoîtrois encore une fois le bonheur et le plaisir, si je pou- ▼ois vous voir heureux.

Les jolis vers que ceux que j'ai lus dans votre lettre 1 Ce besoin de vivre fort est, je crois, le besoin des damnés. Cela me rappelle un mot de passion qui me fît bien plaisir : si jamais, me disoit-on, je pouvais redevenir câline^ c'est alors que je me croirais sur la roue. Cette langue n'est à l'usage que de^gens qui sont doués de ce sixième sens, Vâme. Oui, mon ami, je suis assez fortunée ou assez malheureuse pour avoir le môme dictionnaire que vous. J'entends, ou plutôt Je sens vos distinctions, vos définitions, tandis que, les trois quarts du temps, je ne comprends pas le chevalier*. Il est si content de ce qu'il a fait, il sait si bien tout ce qu'il fera,

!• Le célèbre et trop riche gouyerncur de l'Inde, né en 1725, mort en 1774 et dont le procès avait en 177 3 occupé toute l'Europe.

2. Le financier Beaujon, lui, ne mourait pas seulement d'ennui. « Je le trouvai seul, assis sur un grand fauteuil à roulettes, dans une salle à manger ; il avait les mains et les jambes tellement enflées, qu'il ne pouvait se servir ni des unes ni des autres ; son' dîuer se bornait à un tr'ste plat d'épinards ; mais plus loin, en face de lui, était dressée une table de trente à quarante couvert! uù se faisait, dit on, une chère exquise. • {Souvenirs à» madame Vigée Lebrun, t. II, p. 254.)

S. Phèdre, acte IV, se. 2.

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