‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 69 sur 128 · I. Le Cannitable de Bourion^ Bcle L^ &c · texte numérisé non relu

I. Le Cannitable de Bourion^ Bcle L^ &c

XM LIITRES DB UADBMOISEL|:iB BS LESFIKASSE.

le Tai trouvée charmante* el blan digne âe rintérâk qu'elle vous inspire : la manière, k âgure et îe ton de sa^^V mère sont également aimaUes et iotéressans. Otii; voubt^^serez heureux; Je vous sais gré du hasard qui me lei a faîM rencontrer. Bonsoir.

LETTRE Cil

Onieheores, 1778^

Mon ami^ que m'avez-vous fait? je me sens si profonde»* ment triste, si malheureuse^ tellement accablée du poids de la vie^ qu'il faut que ce redoublement de malaise et d€ douleur me vienne de vous. La crainte que vous me causez, la défiance que vous m'inspirez, sont deux supplices. qui mettent sans cesse mon flme à la torture, et ce genre de tourment suffiroit pour me faire renoncer à votre aiTection, ou du^moins &ce q[ni y ressemble. Je ne sais quel affreux plaisir vout trouvlÉ Â j^rter le trouble dans mon ftme : jamais vous ne cherches & me rassurer, et même en me disant vrai, vous y mettez Tacicent de quelqu'un qui trompe. Eh, mon Dieu J que j'ai mal à l'âme l que je souhaile passionnément d'être délivrée, il n'importe par quel moyen, de la disposition où je suis! J'attends, je désire votre mariage; je suis comme les malades condamnés à une opération : ils voient leur guérison , et ils oublient le moyen violent qui doit la leur procurer. Mou ami, délivrezmoi du malheur de vous aimer. 11 me semble si souvent qu'il n'y a presque rien à faire pour cela, que je me sens une sorte de honte d'y avoir pu mettre l'intérêt de ma vie; mais plus souvent encore je me sens tellement enchaînée^ garrottée de toutes parts, que je n'ai plus un mouvement de libre : c'est alors que la mort me paroît la seule ressource et le seul secours que j'aie contre vous. — Je ne voulois que vous dire de ne pas venir chez moi aujourd'hui, et je crois que c'étoit bien votre intention. Je passe la soirée chez madame de B...., je vais à Orphée, et dans l'intervalle du souper à l'Opéra, je vais chez madame de Châtillon qui est toujours malade. Vous n'avez pas voulu dîner demain

i« Ceit bien aijui qu'elle tppar«lt daas le eor^ait de Greuie.

LETTRE cm. 195

avec moi : vous trouvez que c'est trop de deux dîners dans une semaine; mercredi^ vous me direz de môme : eh bien l faites donc tout ce qu'il vous plaira, je ferai de mon mieux pour que cela me plaise aussi. Adieu.

après aToir reça f«tre lettfe*

Par quel genre de poison vous ranimez ma vie l Est-ce donc un bien que de sentir un instant de plaisir et de bonheur, lorsqu'il ne reste plus le temps d'en jouir? Ah 1 que rous avez olé cruel ! vous m'avez retenue à la vie, et vous saviez que bientôt après je ne devoîs plus vivre pour vousl Mais, mon ami, je ne devrois pas vous faire des reproches: vous me comblez de louanges, et je n'en mérite aucune; non, il ne faut pas me louer, il faut me plaindre d'être animée d'un sentiment qui donneroit de Texpression aux pierres. Comment parler froidement de ce qu'on aime? Comment ne pas désirer son bonheur et sa gloire, de préférence à tout ce qui n'est que soi? Mon ami, vous me faites mal en me louant : est-ce que vous croiriez consoler mon âme en flattant ma vanité TJHon Dieu 1 si vous saviez qu'il n'y a ni dédommagemen|i*n compensation dans l'uni-, vers entier à ce que je ^ÉS*^ et à ce que je crains î Oh ! oui, vous le savez : ca#**Smis voyez au fond de mon Ame, et vous voyez ce qui la remplit, ce qui l'anime, et ce qui la désespère. Bonjour, mon ami. Votre lettre est bien aimable; elle m'aidera à passer cette longue journée.

Jeudi, 1771.

AhJ mon Dieu i que votre billet venoit de haut I csl-ce là le ton que vous feroit prendre votre bonheur? en ce cas, je n'oserois pas m'en plaindre, mais je veux seulement que vous sachiez qu'il n'est pas en mon pouvoir de souffrir la protection et la compassion : mon Ame n'a pas été façonnée à tant de bassesse; votre pitié mellroit le comble à mon malheur, épargnez-m'en l'expression. Persuadez-vous Kue vous ne me devez rien et que je n'existe plus pour FOUS. Ce n'est pas un effort que je vous demande, comme

]fiO L!£'rtl:E8 DE MADEMOISELLE DB LEâPIXASSS.

VOUS voyez : eVsi sculetnenl de conserver avec mol l'hûl tilde quti vous en avi^z; n'ayex poiul de ces retours de com^ niiséra(îo!i qui llclrissent el ubalient jusqu'à la morl ceut qui en soal rubJL'I. — Corament vous portez-vous? — Alles-vous à Versaille^T— Votre Éloge est entre le» mains d*uo docteur ••

Oniebeurcf du «ofr, 1771*

Eh bien! mon amî, je vous ai pardoiint' : maïs comme ce n*esl pas par g(:'iit?rosiU% je suis punie; mais pnr vous, cela i?$t-U JLiâlti ? — Dilos-moi de vos nouvelles ; nvez-vous prb du petit lait? Vous Oies- vous Ijoigné? lintln une fois fâ rcî5-voU8 ce que vous avez dit que vous feriez? Save^-vou l)ion que vous avez en vous de quoi giit^rir de vous m<}me," el d'une manière inluilliUle : cette vériSé commence à mVHrji démonln'e d'une manière qui m'effraie quelquefoi». Oui, la mon n'éloît rien; vous me l'avez rendue épouvanlable. Maïs je détourne ma pensive d'un souvenir qui glace mon sang et qui me dL-tache de vous. — Mon Dieu l je ne TOUS ai pas vul je vous attendois, c'éloît un sentiment diiuv, lorsque M. le prince de Pignatelli ■ est arrivé. Sa pr^ijcnce me tue, le son de sa voix me iuit frissonner de la l«îte aux pieds ; je suit alternatjvemenl péuélrée de sensibililéi et d'effroif en5û, il agile mon Ame au point de me faire oublier que j*aurois pu vous voir. Il ne m'a quittée qu'ù dix heures, et j'ai été depuis dans ud abalteuieûldoni vous seul pouvez me tirer.

1. Bordeu, lani doute , niAd»du de iii«demoiietl6 de Lespioaue et dt

i. Second fîla de Joachîni-AtbanasePîgiiatdlî y Arrogon, comte de Foenlé*, l'AûCirn ambassadeur d'Espagtte à ta cour de France. Ygltaire, i roccoisîon d*tiiie Ytsite qtre lui fil, à Furuey, en juillet 1770, eepriacederipn^ateUi, vnute tsa lupérîoriié d'esprit sur l»s ' ^ de loa dge ». {Œmns^ t. LXV^j

|t. 44)>) On â'etpliqup airi rétiiotiou de mademoiselle de Lo*pi^

mi&c eu présence de ce fi êie , f e 3îorè , C'est te mémo qu\ avait épou3d|l

en jiiillet 1768, sa p'jrente d ujic autre branrhe des Pigti^teOJ, Al)>!ït>usme» Lou»»(fJ»li<?-Félicîe, fllle de Casinvir, priooe ï'Ii;DttleUi, due de iJiîaccîa, eomtc 4'Eg:niout^ frère de b duchesse de TheTrense, et de Blaoclje *ie Smat-StivcrlQ d'AcagoDi née \c 5 oclôltre I 7» t , el do«t le liHv. devenu vtuf épousai en 1 756, La ûUe ilu iiKk/i''. Ii.jI (le Ri.'-iliir'liMi s,i ruiniiiiÉ' i,iiii^ te tidrede romlesic d'JEgLUdat*

LETTHB GIV.

Mon amî, avez-vous reçu la réponse à cefte leUre charmante que vous avioz écrite hier matin? Quoique vous en disiez, vous aimez plus à plaire qu'à être aimé : je Vni éprouvé; vous étiez si aîrnabîe alors ï il me sembloil qull seroit 81 doux d'ûlrc aimée* Ahî que d'erreurs! el les regrels gui les suivront aoimeronl le dernier souifle de ma vie. — J'ai reçu aujourd'hui un présent ravissant, et la ninnièro dont on me Ta fait est si piquante el si originale, que je

feux vous la dire. « Je voua envoie ces C dt R qui voue

plaisent tant, et que par conséquent vous garderez jusqu'à ce qu'ils ne vous plaisent plus du tout î j'apprendrai par là combien de temps il faul pour que ce qui vous a plu vom déplaise, m

Si ce tour-là vous parolt commun, jo ne me connoîs nJ en esprit ni eu origiuûlité î oîais moi, je me sens bien béie pour répondre à cela; cependant, il faut au moins remercier. Répondez pour moi: ce mol que vous me ferez dire m'acquerra à jaraais le pas sur madame de Sévjgué : c'eàt la première fois que j'aurai senti du plaisir à usurper Topinion, et ù me parer des plumes du paon* Mon ami, plaisanlerie à part, ayez de Tesprit pour moi. Vous coniprenez que c'est un homme qui m*a fait ce présent; Je ne lui ai Jarnaia écrit, ainsi il ne comp^irera pas.

BoDsoir» Vous dînez demain avec des gons que vous connoîssez peu; vous serez bien aimable, devinez pourquoi. Pour moi, je dîne chez madame îa duchesse de Ch.ltilîon; Je serai bien morte, et c'est ma faule ; car on me disoil aujourd'hui : Je vais souper avec elle; je n'en ai jamais tant de désirs que lorsque j'ai dtné avec elle; cela veut dire qu'assez n'est point assez* Vous n^ôtes pas assez hi^ureus, vous, poLir avoir ce mouvement ; vous ressemble» bien plutôt à ce malMnreux qui u'aimc rien> — Mon ami, je veux mon dictiounaire et la lettre de madame d'Anville^ et celle de madame de DoufflLM's, et tes miennes; et puis, le veux vous voir* Si vous voulez éviter cette pernicieuse société, venez à une heure ou à cinq. — J'ai vu celte après -dînée vingt po:ftonnes» En vérité, je crois qu'en les jugeant sévèrement, elle» \ aient presque autant que celles qui ont rcm[«li votre journée. Mon ami, excepté dans un seul point, soyons toujours raisonnables et modérés, si cela est possible.

(9a UTTRBS DB MADSlf OIBBLLV DB LBUnirÀflBB^

B«ptluiiint,[iftiiiaqi7T5. '

Je TOUS remercie de m'avoir donné de vos nouvelles s l'en avois besoin. J'avois tenté trois-moyans d'en avoir, et Je n'avois pas réussi. J'avois compté vous aller voir, mais J'ai attendu de savoir votre volonté^ et vous ne me Tavei pas fait dire. Si vous aviez voulu me voir ce soirl mais Je suis comme l'homme de l'Évangile, J'attends, il faut me dire de venir, et je viens ^ En conséquence « dites-moisi vous voulez que j'aille chez vous demain à une ou à cinq heures; ce sera en allant ou en revenant de chez M. de Vaines '. Je crains que le mot que vous m'avez écrit ne vous ait fatigué.

Bonsoir. Si vous restez chez vous ce soir, comme Je TespèrOi vous auriez bien dû me le dire : mais apparemment vous n'aviez pas besdniBue J'en fusse Instruite; ainsi tout est bien. ^

M. d'Atembért ftmi ITavifo le plus grand succès à fÂcadémie. Il a iuTélôge de Bossuet. M. de Duras* a fait

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