‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 70 sur 128 · Lasarej cdesdum forck$f saint Jean, si · texte numérisé non relu

Lasarej cdesdum forck$f saint Jean, si

2. De Vaines, qui avait épousé, en 1768, la sœur deM. de 8alTerte,le fermier général, avait un des salons «les plus agréables du temps » . Diderot peint ainsi les deux époux : • C'est une des femmes ou plutôt des enfants les plus aimables qu'il goit possible de voir ; de la raison, de la vivacité, de la naïveté avec on peu de réOexion, une figure assez agréable, tout plein de talents. . . M. d« Vaines commence à perdre ee ton léger et charmant qu'il tenait du grand monde ... Je lui soupçonne plus d'ambilion qu'il n'en montre. » ( Diderot, Mém. et Corr., 1834, 1. 111, p. 8Î, 167.)

3. Emmanuel- Félicité de Durfort, duc de Duras, né le 19 décembre 1715, fils de Jean-Baptiste et d'Angélique-Victoire de Bournonville, ambassadeur à Madrid en 1752, troisième maréchal de Duras, mort en 1789. 11 fut reçu à l*Académie française en remplacement de Belloi le 15 mai 1775, le même Jour que le cheTalier de Chastellux. «Son discours a paru noble, simple et d'un ton parfaitement convenable; il est fort court, comme il devait l'être. M. de BufTon a répondu aux deux récipiendaires. . . On a cru voir dans les discours de M. de Buffon une vteillesse déjà marquée; cependant on reconnoit quelquefois l'ongle du lion. . . D'Alembert a lu l'éloge de La Motte et celui de Bossuet : le premier, trop semé d'épigrammes et de petits traits, défauts qui le retrouvent dans presque tous les éloges qu'il a lus et qui les fait trop ressem* bler à des Àncis faits par un homme d'esprit ; le second est fort supérieur à l'autre et le meilleur de tous ceux qu'il a récités à l'Académie. Il y a de la noblesse et même quelque onction, qualité rare chez l'auteur qui est, en général, plus spirituel qu'intéressant, et qui a plus de précision que de charme. • (la Harpe, Çorr. /t/l./t. I, p. 145.)

nn discours qui est fort applaudi, exact» noble, simple et délicat. J'ai là un détachement de rAcadémie. J'enverrai chez vous demain à huit heures, et M. d'Alcmbcrt ira à dix ou onze : pour moi je n'irai pas si vous ne me dilos point d'y venir. Adieu. — Dormez celte nnit, reposez-vous, calmez-vous, et oubliez, s'il le faut, tout ce qui souflre.

LETTRE GVÎ

Minuit, [mai] 1775.

Paites-moi dire, ou sj vous en avez la force, diles-niol comment vous avez passé la nuit ; j'espôre que ce sera sans fièvre. Je viens de voir, dans mes livres, que la camomille romaine ne vous empoisonnera pas : elle est adou^ cissante, et on en fait usage dans les coliques; dites-moi donc à présent si elle vous a soulagé. — Le mariage vous fera des merveilles ; TintérOtde votre femme, celui de tout ce qui vous entourera vous forcera à mieux soigner votre santé. Vous jouissiez déjà aujourdMiui de la douceur du ménage ; vous avez bien fuit de ne le pas quitter pour l'Opéra : c'étoit les limbes. Cette musique a les pâles couleurs : il faut que mon ami Grétry s'en tienne au genre doux, agréable, sensible^ spirituel^ c'est bien assez ; et quand on est bien fait dans sa petite taille^ il est dangereux et sûrement ridicule de monter sur des échasses *. On tombe sur le nez, et les passans rient. Vous remarquerez que ce n'est point en contradiction, mais bien en confirmation de mon engoûment pour Zémire et Azor, pour VAmi de la Maison, pour la Fausse Magie, » etc., elc, que jf. vous parle ainsi.

Je ne sais si vous avez eu de ces instructions ; elles ne se vendent pas, ainsi je vous en envoie. J'ai reçu aujourd'hui deux lettres qui m'ont bouleversée, mais qui ont rempli mon âme. Figurez-vous quelles dates : Madrid, 3 demai 1774. En montant en voiture pour vous voir ; et l'autre de Bordeaux, 23 mai i774. En arrivant, et presque mort, \i\ je les reçois un

1 . n s'agit de Céphale et Procris, ballet héroïque de Marmonlel et de Gi étiy, représenté pour la première fois à l'Opéra le 2 mai 1775.

2. Opéras comiques de Grôlry, représentés pour la première fois tn 1771^ l772etl77S.

liETTEB» DE MADEMOISELLE DE LKSPINASSB^

an après leur date 1 ccU me pnrotl tenir du prodige. Il semlilc que ce soit un nouvel avertissemenL Cela me IroublCj cela m'occupe. Je réponds oni, el ccpcndaQt je remercie It? Ciel qui m*a laissée vivre pour recueillir encore ce qa*il y avûit de plu» cher tt de pltïs bmtù pour moi dans ruoivers.

Vous gardez votre chambre, ainsi il vous sera moins îm* porlun de chercher et de rassembler mes lettres. Eu grâce, ne me refuscjt pas ce momenl de soiu j soyez assuré que je D*ûl>userai pas de votre bonite

Jecompfe sortir demain à midi^ el rentrer à quatre heures pour ne plus sortir. Je ne me permets pas de désirer de TOUS voir. Ce que je vpu%, de préférence a mou plaisir, c'est Tolrc bonheur, voire volonté, cl mûtue voire fanlaisic, laat Je uic rends facile I

lettre: cvii

Vous me trjilcs mal, vous m^affligoz, vous me toutraer lez, et pnis vous dites que je me suiaaccoulumtc à trop di sévcrité avec vous, Ahl mon Dieu ! je ne vous passe rieof Mon ami, comment osez-vous prononcer ces mots? mais je vous pardonne ; el quoique vous ne myvz pas trop bien avec moi, il s'en faut bien que vous y soyez aussi mal que j*7 »ui$ moi-même. Je suis tiouldtk*, agilée, et d'une inconséquence qui va jusqu'à rêgfiromcnl. Je ne sais ce qui rûsis- ♦era îe plus longl<>mps» de ma (tHe. nu de ma vie; mail il est impossible de supporter un L-lat aussi violent . Si je vous disois tout> je vous forois peur, vous me haïriez. Ah l que je suis souffrante, que je suis malheureuse 1 que je regrette que je crains Tavenir 1 mais il ne lient qu'à moi. Arlieu, mon flmî. Ma Léle, mon âme sont renver^^ées ; je ne puis plus me calmer ; et, dans le trouble où je suis, je ne sais si je vous aime. — VoiU ce biliet de l'Académie *. — Voua devriez aller dluer chez madame la duchesse d'An vil le ; on se met à table à une heure, el tout le monde va à TAcadémic, M, de Coudorcet y sera ; il a priifsé la soirc^e avec moi liier, ce sera de môuie atyourd'hut : mais dema:n j'espùr«

I* four ti réeepUoQ év due dio Duras, qui eut tieu le f 5 mal.

LETTRE CVIII. SOÎ

qu'il n'aura pas tant de bonté ; et vous en aurez, vous, assea pour venir le matin me dire si je puis compter sur vous le soir.

Onze heures du soir, [15 mai] 1775*

Eh! mon Dieu I non, je n'ai pas été à TAcadéraie : je voulois vous voir pendant la séance, et vous ne l'avez pas vouln. J'ai vu des gens enivrés de plaisir, et j'étois péné'rée de tristesse, j'élois inquiète. Vous souffriez, et vous n*aviez pas besoin de me voir : voilà ce que je sentois, et j'entendois mal tout ce qui se disoit autour de moi. —M. d'Alembert vous contera son succès, il vous dira le plaisir vif qu'il a eu de faire applaudir l'archevêque de Toulouse jusqu'au trans port*; l'archevôque en a pleuré de joie et de reconnoissance. J'aime ce mouvement ; c'est à coup sûr un des momens le plus heureux de sa vie. J'en suis bien aise, mais c'est de la pensée seulement : car mon âme souffre, et le plaisir n'y peut plus pénétrer. Mon ami, vous y avez mis le dernier sceau de la douleur, mais ce n'est pas de moi que je veux vous parler. — Dites-moi des nouvelles de votre nuit : je voudjois bien qu'elle eût été bonne. Au moins êtes- vous sans fièvre? et voiidrez-vous que je vous voie à une heure ou à cinq? dites ; mais ne vous contraignez pas surtout.

1. A propos d'j la charité chrétienue de Bossuet, qui prodiguait les consoiations aux plus humbles Gdèles de sou diocèse, et à qui « l'étude de l'Évangile avait appris que pour un prélat l'obligation de toutes les heures est d'ouvrir ses bras à tous ceux qui souffrent et d'essuyer leurs larmes » , d'Alembert avait ait cette allusion à Lomenie de Brienne, archevêque du Toulouse et membre de 'Académie depuis 1770 : « Avec quelle satisfaction l'évêque de Meaux n'eùt-il pas TU ces principes si éloquemment exposés dans la lettre qu'un prélat écrivoil à ses curés sur le fléau qui désolait alors la province du Languedoc ; ouvrage dicté par Thumanité la plus tendre, la bienfaisance la plus active et la relYio:: a plus éclairée. {Œuvres, 1805^ t. Vil, p. 287.)

tK> UTTRBS J>B MAD[!M0ISELL1I BK {,£SI>Jllf^SSB.

LETTRE Cil

Non» mon aml| Je ne me coucherai point ^ns vous faîrâ partager l'estime, le respect et l'eolhousiaime dont e suis pénétrée et exaltée. Âh I que cela est beau, que cela est vertueux, que cela est noble t qua je me sens d'admiratioa pour Marc-Aurèle *, et d'estime pour sou vertueux pariL^gyriste I II faut ai>soluirient que le Roi le liie : j'ai déjà agi pour cela ; J'espère que mon vœu sera rempli» et en VL^rilé, ce n'est pas pour M. Thomas que je'le soubaiiç* L'excellent homme n'a besoin que des JouiBâanees que lu! donne sa vertu. Yous croyez bien que Je viens de lui dire deittn mots sur cet éloge. Mon amij ma mort seroit Qirék^e pour demain, que Je sentirois encore le besoin d'honoreiv de chérir les lalens et'hivèrtp. Croyez-inûi Mie si vous vonïez : c'est du m<>in8 le j^nre de folie dont étoit animé ce que j'ai adoré pendaQt'lu4t ans. Ah l |e sens avec déchircmeot ce que dit lIoataigDe';^ il me semble quand je sens^ quand Jei jouis seule, que je lui dérobe sa part. ^

Bonsoir. A demain^ vers une heure et demie, au plus tard, vous me rendrez cet éloge ; Je ne veux pas m'en séparer. Mon Dieu I j'ai été de môme aujourd'hui de votre pensée, rien ne pouvoit m'en détourner. Oh I que je serois malheureuse, si mon âme se tournoit toftt entière de ce côté-là! il me faudroit du courage pour m'arracher à ce que je vais perdre pour jamais. Adieu. I^uissent ces afifreuses pensées ne pénétrer jamais Jusqu'à votre âme 1

LETTRE GX

[Mai], minuit, 177»,

Le voilà donc signé cet arrât î Dieu veuille qu'il ait prononcé aussi sûrement pour votre bonheur qu'il a prononcé lur mon sort l Mon ami, je ne puis plus soutenir ma pen-

i. Le célèbre éloge de Thotoas, lu à l'Académie en 1770, ne fut imprimé qu'au mois de mii 1775, après que la défense d'imrrimcr eut été levée.

LETTRB OXI. "203

8ée. Vous m'accablez, il faut vous fuir pour retrouver la force que vous m'avez ôlée. Adieu I puissiez-vous être toujours assez occupé et assez heureux pour perdre jusqu'au souvenir de mon malheur et de ma tendresse ! Ah I ne faites plus rien pour moi : votre honnêteté, vos bons procédés ne font qu'irriter ma douleur ; laissez-moi vous aimer et mourir.

Mardi, Il mai, ooie heures du soir, (775.

Êhl mon Dieu î suivez votre dépit, partez : j'ai besoin de repos, vous me troublez ; je suis mécontente de vous. Je me hais ; j'ai des remords. Ah ! pourquoi vous ai-je connu? Je n'aurois qu'un malheur, ou plutôt je n'en aurois plus. Je serois délivrée d'une vie que je déteste, et à laquelle je ne suis retenue que par un sentiment qui met mon âme à la torture. — Ce que j'ai fait aujourd'hui ? ce que j'ai pensé ? ce que j'ai senti ? * hélas ! je ne vous ai pas vu, je n'ai donc connu que le regret, la douleur, et le désespoir- de vous craindre et de vous désirer. Adieu. Ne me voyez point ; j'ai l'âme bouleversée, et vous ne me calmez jamais. Vous ne connoissez ni le tendre intérêt qui console et qui soutient, ni cette bonté et cette vérité qui inspirent de la confiance, et qui rendent au repos une âme blessée et affligée profondément. Ah l que vous me faites mal, que j'ai besoin de ne

I. Mademoiselle de Lespinasse traversait, en effet, une crise bien doulou* Jeuse pour sa passion : le mariage de M. de Guibert. Voici comment celui-ci I noté les sentiments qu'il éprouvait alors : — « l^'juin 1775, jour de mon mariage, commencement d'uue vie nouvelle, frémissement involontaire pendant ''a cérémonie; c'étoit ma liberté, ma vie entière que j'engageois. Jamais tant de sentlmens et de réflexions n'ont fatigué mon âme. Oh 1 quel abisme, quel labyrinthe que le cœur de Thommel Je me perds dans tous les mouvemens df mien ; mais tout me promet le bonheur : j'épouse une femme jeune, jolie, douce, sensible, qui m^aime, que je sens faite pour être aimée, que j'aime déjà. B — I Du 1*' au 8. — Jours passés comme un songe. C'en est un, en effet, pour moi, que cet état nouveau : amour, amitié, candeur, amabilité de ma jeune femme. Son âme se développe chaque jour à moi : je l'aime, je l'aimerai; je crois fermement que je serai heureux. Je la quitte avec regret. » (Vùyagei «h France, Paris, 1806, in- 8, p. 5 et 6.)

iOi LETTRES DB MADEMOISELLE 1>B LSBPIKA^SIS

>ous [)lus voir t Si vuug faites bien, partez deiûaîn après dîner Je vous verrai le tnatîn, c'esl bîâa assei.

LETTRE CXil

Le Irouble cl ragîtaUon de mes iilées et de moti <imfl m*out privée longlemps de l'usnge de mes facultés. J'éprouvais ce que dit Rousseau, qu'il y a des eiluations qui ii*oâ» ni motâ DL larmes. J'ai pa^sô huil jours dans les convubiun& du di^sespoir : j*;ii cru mourir, je voulois mourir, el cela roc pa/oiifsoii plus aUé que de renoncer à vous aimer, la me suis interdit les plnlules et les reprochcîî il me sem- Moil qu'il y auroil eu de la bassesse à parler de mon mal heur à celui qui le faisoîl volonlniremeal. Votre piiié m'aa rr.ùl humiliée^ et voire iasensibililé auroil revoit*? mon Jltoe < ti un mol, je aentois que, pour conserver quelque mesure^ il l'alloii garder le silence el vous alleiulre, PeuMlre me IrompoiS'je : oiais je croyoîs que, dans telle eir^otisluacet vous me dévie» quelques soins : el sans vous supposer ai beaucoup de tendresse, ni beaucoup d'Intértil pour mo?^ je tTojuis devoir complcr sur ce que l'hoauéb lé et mon mal* bcur vous prescrivoieiil, J'attendois donc; al au boul do plus de dix jours d'ali^enco, je reçus du diilloau de C,.,, i un billet qui esl un chef-d'œuvre de froideur et de durolé. J en ftis indignée, j*en cunçus de rhorrcur [>our vous, j'ep eus bientôt pour moi, lori^que je vins à considi^rcr que c*é* loit pour vous (pardouoeaile-moi), oui, que cVMoil pour vous que je voyois si cruel, que j'avois pu nie rendre si loupLihle envers ce quM y a jamais eu de plus digne d'ôlrô aimé. Je m^abhorroisi la vie ne me paroï^soil plus supporlab!e, jV'lois déclurée par la haine et par R^s remorti ; et, dans mun di?sespoir, j'arrêtai avec moi m^me !e jour, le

I. DeCouredtes. L% lerr^" (ie Courcclles avait appaiccnu au poifte ittama» llqge O»ncourt, qui s> *lait relira, ni y ôlaîl mort Pii I7il5, la Uftsaul eu hârîtago a sa filte cidcite, &IarJa-A>nne, surnoniiJiéu Alimi DaDcoml, uôe ver* 163!>| i}> «ftiî, rclin.*«du IhâAtrc en 1728, avait éfJOosiJ Samuul Douûmuu ici lïayiM, (iU d'un IWutt^ûiinl-géniirsitraitilkilê.el mourut eu 1790, âgé«ie ^ualr^- vingt tiiiuie âiiA. Elle & ap{>arlciiu Uepuia nu marL^cImt MaodoaiiM.

LETTRE CXît,.

moment où je me dêlivrcroîs du poids quî m'ac(^abloii. Je fixai la morL elle élbit le lerme de lous mes maux. Il faut que ce niomenl lcrrii)lc labse taire loulcs îcs passion:? ; car, dès ce momeriNA, je me sentis troi*1e el calme. Je me pro* mis de De plus ouvrir vos lettres ; je vouîois ne plus m'occuper que de ce que j*avoÎ3 aÎQn5; mes derniers jours de^ voient Ctre employés à adorer ce que j*ai perdu : et, ea elîeijje ne fus plus poursuivie par votre pensée. Cependant, s'il mVuTivoit d'avoir quelques inslans de sommeil, je me réveiilois avec effroi par le son de ces horribles mots : V%rez, rivez i je ne Buis ims d gne du mal que je vom f'tiB* Non, »n> mVcrîfii-je, vous ii*éliez pas dîgue dVlre aimé ; mais, oi, il fiilloit que j'aimasse l'perdùmeut pour devenir aussi coupable. Vous avesE eu la cruaulé de me retenir à la vie, et de m'allaeher à vous. Sans Joule que c'éloit pour me rendre la morï plus nécessaire. Ah ï que vous me parois- |iez Cl oêl, qu'il m'en coûloit peu pour mVloigner de vous [ pour renoncer à la vie l Mais pourquoi mourir, me disiMSquelquefoîs, en retournant sur moi, et en me sentant aiuiéo el enlourcc de gens qui voudroienl faire ma « otmolatfon et mon bonheur? Pourquoi faire croire à rhonirne que Je hais, que je n'ai pu vivre sans l'aimer? En mourant» ce ne seruit pas mùine m'en venger. Je senlois mon âme se fortifier en tn'éloignaril de vous, J'étois dans celte disposition à l'arrivi^e du paquet adressé à M, de Vaines. ï\ me ramena à un mouvement plus doux j il fallut bien l'ouvrir, puisqu'il conlenoil Tidoge de Câlinât. Je ne saià si c'est foi« blessp, on délicatesse, mais je me persuadai que, quoiqiii» je ne vous dusse plus rien, je ne pouvois pas vous refuser des soins dans une alTaire pour laquelle vous vous en élit» rapporté à moi*. Je pensai que mon rcssen liment ne dtîvuit pas me permettre de manquer à un piûcôdé qui m'éluil impoâé par la couBanco que vous m'aviest m arquée* Ce tut donc par morale que j'ouvris ce paquet. J*y vis voire tel* tre ouverte, je la lus ; elle éloiL hunnâle» niais froide ; ellfe auroîi pu Être sensibb^, et alors j'aurois peut-Ôtre nu à couibaltie ma rdsoluticn : elle fU mieux, elle m'y confirma» Je continuai mes soiiis pour votre Éhge % el je jouîs^oit

1« Édit, aii^tn^lo ((SÛ9] i pouf um MUitù de faquedc toui, * |. Elle les lui cijoiifiUA« (*n l'iTcl, cutnuie \ts prouva ce pnssrtgv de La flar]>e; « Àu ftoiV' *euue &i^atico où l'on ^tttail du kix Ici deui discuurâ cjt oonca^'

~ avec

Ik m DE MADËMOItiELLS Dl I^ESPINÂSIE,

avec uiiG sj le vie plaisir û\x genre d^intcrél qui ii/tmimoit. Ce n'élûît ^jas voui, ce n'éloît pas mon sentitoenl que je &ali<faiiois, c'éloit mon orgueil que je çotileolûis. J'ui donc assez de force, me di sois -Je, pour obligei", pour servir ce que je bais et ce qui m'a fait mal; et par k nmuière que f y meitraij je si/is sûre qu'il ne me sera pas obligé. Celte pensée souienoit mon courage : je me semoi» latit de force contre vous, que je relisois votre leHrej et loia que moa âme s'en amollît, elle devenoit plus forte, en voyant le peu d'intérêt et de regret qiîè vous me montriez. Je ia jugeai sans passion ; car elle ûe mMmloit point ; elle me prouvoit seulemenl quej'avoii prislôBenl parti rai&oanabie, J^ continuai donc à agir pour le succès de votre affairet et j^j mis Uml d'actnité, que Ton pou voit me croire animée du pins vif intiîrèt, — Je reçus votre billet de Bordeaux/ j jg pensai qtie je ne devoîs pas en craindre FelTel, et qu'au conU'âire, voui> me donnenez de nouveaux motifs de m*élûigncr de vous. Je l'ouvris donc avec empressement : il dloit courtj et quoique dénué de sentimentj il uie montroit

reuce paur ce prui iVEhge db Calinal)t telui du Guibert et h raiea, Sl^ dû g4iiiUI,ei:nbcrl; aUa ches: «lUc, et, eu lui ruudaiit compta de ïeiïvl qi^^sToit produit sur lui ceUe l(^etufe, il ne lui caclia pas ta prdftifôûce qu'il dointoit à moiï tmiTugÇj et lu justJLk comme il ûUît capable de k faire. DiffS-vous toui ctla^ monsieur, à l'Académie^ lorsqu'il s'agira de prononcer ? — Oui, mademoi' selle, c*est mon devoir. Elle ne répondit pas un mot, mais des larmes tombèrent de ses yeux. Le silence et les larmes n'étaient que louables; mais ces mots: Direz-vous tout cela? ont grand besoin d'excuse, i (Corr, littir,, t. I, p. 386.)

1. Parti de Courcelles le 8 juin 1775, huit jours après son mariage, M. de Guibert s'était rendu à Libourne, où il allait rejoindre son régiment, par Gien, Argent, terre de M. Dupré de Saint-Maur, intendant de Bourges; d'Aubigny, c petite Tille et terre au duc de Richemont » ; Neuvi , où M. du Buat, ancien ministre de France à Dresde, se livrait, avec peu de succès, àdesessait it'économie rurale allemande ; Yierson, ci il déplore le mauvais état des forèttdu roi ; Châteauroux, Limoges, Tbiviers^ Mussidan, Libourue, où 11 soupe aveo les officiers de la légion corse et dont il trouve les casernes trop belles; Ftvtpsac, où il visite le pavillon bâti par Richeifeu, d'où l'on a « ia plus belle TMt du monde», mais qu'il dédaigne parce qu'il* aime être de plein>pied avec la nature. • C'est dans les loisirs que lui laissait la garnison de Libourne qu'il alla, souvent visiter Bordeaux, où il fréquenta particulièrement sa tante, madame de La Graulet, le président de Verthamont, « homme instruit, grand partisan des économistes!; M. de Goderville, ancien capitaine de cavalerie, dans le château duquel , à Puy-Guilleri , Uenri IV avait couché la veille de la bataille de Coutras; l'architecte Louis, en train de construire le célèbre théâtre de cette ville, et auquel il propose de substituer aux statues des Muses celles des plus célèbres auteurs français. ( Voyages de Quibert en France et en SuisM, Paris, in-8«, p. 6*35.)

nu regret qui tenoit à Thonnôteté ; je n'en fus pas touchée^ mais j'en fus plus calme. Tant mieux, s'il est honnûlc, me disois-je; s'il peut me paroître moins coupable, j'en serai moins humiliée. Mon âme n'a pas besoin de le haïr, c'étoit un tourment pour elle. L'indifférence me rendra au repos, et cette disposition me remettra peut-être en état de jouir des consolations qui me sont ofTertes. lljaut m'aban donner aux soins deraaiitié^il.faui répondre à des gens que j'aurois dû rebuter ; il faut leur plaire, et cette occupation me détournera des pensées qui flétrissent et abattent mon âme depuis si longtemps. D'après ces réflexions, je me prescrivis une conduite, à laquelle j'ai été jusqu'ici assez fidèle, et qui me réussit bien. Je mène une vie plus dissipée ; je me livre à tout ce qui se présente ; je suis toujours environnée de gens qui m'aiment, qui tiennent à moi, non parce que ]e suis aimable, mais parce que je suis malheureuse. Ils mç font l'honneur de croire que je suis restée abîmée par la perle que j'ai faite ; ils semblent jouir de l'effort que je me fais pour guérir : ils me savent gré de mon courage, ils m'en louent, ils se plaisent avec moi : ils m'enlèvent pour ainsi dire à ma douleur, en ne me laissant pas un instant à moimôme. Oui, je le vois , le plus grand bien, le seul bien est d'être aimé, c'est le seul baume d'un cœur déchiré. Mais rien, je le sens, rien dans la nature n'éteindra le sentiment qui a fait toute mon existence pendant tant d'années. Le besoin de me délivrer du tourment que vous m*en causez me fera rechercher des ressources que j'avois rejetées. Enfin, je l'espère, je le sens, une volonté bien éclairée, bien absolue a plus de pouvoir que je ne l'avois cru. Vingt fois j'avois eu le mouvement de me séparer de vous; mais je n'avois jamais été de bonne foi avec moi-môme : je voulois bien ne plus souffrir ; mais je n'avois jamais pris les moyens de guérir : vous m'en avez fourni un bien puissant, à la vérilô. Votre mariage, en me faisant connoître votre âme, a repoussé et fermé la mienne à jamais. — Oh ! non, ne croyez point que je suive vos conseils, et que je prenne mes modèles dans les romans de madame Riccoboni * : les femmes que la légèreté égare peuvent, en effet.

1, Marie- Jeanne Laboras de Mézières, dame Riccoboni , auteur aimable, feiais un peu maniérée, de Fany /îuf/er (1 757), des Lettres de Catesby (1759), i*Ernestine (1779), née en 1714, morte en 1792.

9C8 LETTREB DB MABEMOISELLS DB LESPIKÀflSH.

fie cofiduTfi d'après des maximes et des principes de roman, tlles se fout illusion; ellus croieot ùire douces et grui»i*euàes, turaqu'tillcB ne sont que froides ^ bas»es el mépnâables : elles n'ont point aimé, elles ne sauroient haïr; en un mot, elles ne connoissent que la gala ni crie, leur flme n*o pu atleindre à la lia u leur de Tamour ei de la pasBïon ; et madiime Riccoboni elîe-mâme n*a pu s*y élever, ni^mt par rirnogination. Mon Dieu ! que je fus blessée de ce rap* prochonient que tous faisiez de mon malbeur à celle situation de roman t que vous me. paru les froid et peu dilical \ que je me Irouvai supérieure .i \ous, en nie scnlant capable d'une passion que vous ne pouviez pas inénic juger ÎAInis i] faut ternu'uer celte longue lelli^e qui vous mctlra en élaf de mieux apprécier nja position actuelle. Je vous ai rei»du coniple de tout ce que j'ai éprouvé : j*y ai mis la môme véritt> que j'ai (oujours eue avec vous i et par une suite de celt'^ vérité qui m'esl sacréei je ne vous dirai point que je désire votre amilié» ni que j'en ai pour vous : ce senlimenl ne peut avoir de douceur et de clinrme que lorsqu'il csl fondé sur la confiance. Adieu. SouilVeK ujoi le rnouvemenl d'orgueil e( de vengeance qui me fait Irouver du plaiï^ir â vous prononcer que je vous pardonne, et qu'il n'est plus CJi votre pouvoir de me faire counoilre la crainte, sous quelque rapport que ce puisse être.

Je joins ici trois letlres que je vous prie de relire î ce û'CFt pas que je prétende, ni que je veuille voué inspirer ni regret ni intérêt ; mais je veux que vous irémîssiez une fois de tous les maux que vous m'avez causé.^. J'exige {el foîre conscience vous dira que j'en ai le droit) que Toui me renvoyiez ces lettres sous l'enveloppe de M» de Vaines, el avec une double adresse» par le courrier qui suivra celui èd vous les aures reçues.

LETTftl!: GXIIl

Londi AU wîr^ 3 juillel I77S.

A l*nrrîvée du courrier de samedi, je venoîs de vous écrire un volume, et je ne vou% en ferai pas prAcc, quoique Voire leUrc m'ait fait cbanger^ non pas de façon de penser,

lETTilE OXIÎU

mais de manière desenfîn Cependant je restai contondue en^sanl que vous n*aviez que Vapparcnce d'élrc coupable envers moi, et que mon malheur {ondoh volro indidgence; el c*est vo is qui prononcez ces mois, etc*esl moi que \olre injustice fait mourir de doulenrl Ahl mon Dieu! oùtrouverh force dont j^iiuioîs besoîo? Mon âme ne peut plus s'arrêter, se fixer d rien. Je ne tous hais pas, je passe ma vie à voU5 condamner, à souffrir, à maudire ta vie h laquelle vous m'avez gnirollée. Alil pourquci vous ai*je connu? pourquoi m*avc2*vous rendues! coupable? El vous prononcez froidement que je suis malheimmeï Bien ne vous avertit donc que c*est vous qui avez rendu mon malheur irrc^ocable, e/ voué osez nommer le silence du désespoir, un (Westiîb!e CO' prke! fltîksi jo vous ai aimé avec tant d'abandon, mon flme a été lelleraent enlevée à tout autre Intérêt que celui de m& passion, qu'il est inouï que vous appeliez ctïjincc' le niuu\errienl qui m'éloigne de vous* Quoi l vous n'avez pas fuéme to langue du sentiment qui m'anime? Au momenl mémo où voua pnroissez vouloir me ramener» vous blesjjcz mon coeur, voua meurtrissez mon âme par vos expressions, Prenei garde que ce ne soil manquer de délicatesse que de vous p'aindie de moi, lorsque je suis accablée par vous. Ce n'est, diles-vous, ni le dt'pil. ni la reconnois^ance qui vous inspire, c*est le seniîmeu* le plus lendre, Âti I s'il étoil vrai, serois-je au comhle du malheur? iSon, vous vous mépre^ nfz, je le crois : car sans partager mon gentiment^ sans avoir môme besoin d'être aimé autant que j'aime, il vous en coule un peu pour renoncer à être le premier, Tunique objet d'une au je active et passion née^ qui mei^ sinon de rinlértSt, du moins du mouvement dnns votre vie. Oui, l*homrae le plus dissipé el le plus agile seul encore du vide lorsqu'il cesse d*élre aimé par une flme assez forte pour souffrir, et assez sensible pour (oui pardonner» ie n'étoU p.is assez généreuse ou assrs froide pour vous pardonner le mal qui me déchire; mais j'avois eu assf*z de raison pour chercher le calme dans le siterice. Mon flme éluii si malade^ que j*espérois que le besoin de repos me rauiùneroîl doucement i\ rindilîérence. Je ne croyois pas iuipofesible qu'en cesjsant de vous voir et de vous pj^rlcr, vous perdissiez enfin le pouvoir que vous avez d'égarer ma raison et de boule- ^i'rïcr mon lime. Eh ! bon Dieu ! que voulez-vous faire de cet ascendant? San/; doute le malheur de ma vie et le trouble

tU> UTTUSS DS UAii>BMpiffitl» BS LS8PI^Â8sAi

de la vôtre : il (kul un -exeèB'd'amoiip^propre qoe^mé^inl* T(H8 exciter, pour ?o,uloir entretetiir un fentimont>qu'qp île peut pas partager. Vous iores bien que mon âme ine eonnolt pas la modération : «insi c'est me condamner aat .. i tourmens des damnés, que de Touloir m'occuper de >Toaa. - " Vous voudriez Timpossible, que je vous aimasse, et que ma . - . ; toison réglât tous mes niouvemeas; cela est*il dans la na* - - Cure? Il n'f a que les sentimens qu'on fait avec ta tét^ qui y puissent être parfaits; et vous savez si je sais rien feindre. , ' ^ iA je peux rien usurper, -si Je voudrois devoir le iMobeur .-- de toute ma vie à une coodaite qui ne me seroit pas dictée par la tendresse de mes sentimens, ou par la violence de ma passion. Vous le saves, voua le voyez, je n*ai pas a]ôme^,.> J:- Tusage de mon esprit «vec ce que j'aime. Mais c'est trop ; ^ vous parler de moi. Cest de vous que je veux savoir tout ce ;. "S^ que j'ignore depuis si longtemps : vous me devez compte de vos pensées, de vos actions, de vos sentimens ; oui, j'ai droit à tout cela. Gomment poavie&>vpus vous arrêter," rz^ lorsque vous m'écriviez? Et vous dites que votre -cœur et Wfire esprit Haieni pleins! avec qui vous Ikrerez-vous? Y at-il quelqu'un dans le monde qui puisse vous entendre mieux que moi? — Sur ce que vous m'avez dit du Conné^ table, j'ai envoyé chez M. le maréchal de Duras, qui a répété que le Connétable seroit joué S que vous auriez un congé pour la fin du mois, que vous iriez, au mois de septembre, à Metz, finir le temps de votre service. Il vous a écrit tout cela le dernier courrier, et je vous le répète pour ma propre satisfaction. Vous aviez donc trop présumé démon zèle, et de je ne sais plus quoi! Que vous êtes ingrat I s'il eût dépendu de mon honneur et de Uia vie, je n'y aurois pas mis autant d'activité. 11 y a au concours quinze éloges * de Gatinat; mais il n'y en a qu'un qui m'inquiète. Je dois le lire demain, et je vous promets de vous envoyer mon ju-

I. A la cour, le 26 aoAt, pour les fêtes du mariage de madame Clotilda. Lt Harpe se trouva là aussi en rivalité avec Guibert. « Vous savez, écri?ait<-il an grand duc Piful, que j'ai lu Menzicoff à la leine. M. de Guibert n'a rien eu de plus pressé que de lui lire son Connétable^ et cela n'a pas été difficile à obtenir. ■ {Corr, liU.^ t. I, p. 144.) La jeune femme de M. de Guibert, qu pir sa grAce avoit beaucoup plu à Marie-Antoinette, ne fut pas , paratt-il, étrangère à Tintérét que la reine prit à la représentation du Connétable f et suriMt à sa reprise à la fin de l'année. {L'Espion anglais ^ i770,t, lll,p.27S.)

S. Parmi ces quinze éloges, on connaît ceux de Guibert , ,de La Harpe , de i'êNfé (i'Sipagaao, de l'abbé du Roui«avu

LETTRE CXIII. Stl\

gement cacheté : nous verrons si je me rencontrerai avec l'Académie. Pour juger sainement, je ferai abstraction de haine et d*amour, et puis vous verrez si j'aurai de l'esprit. — N'avez-vous pas repris les Gracques ? et quoique toute ambition soit éteinte en vous, n*espérez-vous pas que cet ouvrage ajoutera beaucoup à votre réputation? — M. de Vaines doit vous envoyer tous les originaux du travail que vous avez fait pour M. Turgot. N'allez pas croire que j'ai oublié le mémoire de M. Du...., je l'ai envoyé sur-le-champ ; j'ai écrit avec plus d'intérêt que je n'en mettrai jamais à moi et à ma fortune. J'at prié qu'on ne me répondît pas sur-le-champ, parce qu'7u n'y a. que les refus qui soient si prompts. Enfin, Monsieur, j'ai pensé que^e serais un de vos amis, et cette pensée ne m'a pas permis de rien omettre pour réussir. — Que vous seriez ridicule, si vous n'étiez le plus aimable du monde! Votre lettre est un mélange de confiance dans mon sentiment, et de défiance d'avoir jamais pu être aimé, qui est trop plaisant; c'est un ton si poli, et puis c'est un ton si confiant I Cela me rappelle :

Philis, qu'est détenu ce temps, etc. *.

Je ne sais pas si vous m'aimez, mais vous êtes presque aussi inconséquent que moi : est-ce que je vous enlraînerois? si vous saviez tout ce que mon silence vous a fait perdre? et je n'entends pas par là les preuves de ma tendresse; mais votre curiosité auroit été si amusée, si intéressée I j'ai tant vu, tant entendu de choses depuis votre départ! Je me disoîs : Tout cela seroit plein de vie et d'intérêt pour moi, si je pouvoisle lui communiquer; mais dès que je ne dois pas lui parler, ce n'est pas la peine d'écouter : et en effet, je me retirois dans mon âme, où je trouvois bien mauvaise compagnie, des remords, des regrets, de la haine, de l'orgueil, et tout ce qui peut faire prendre en horreur la vie. — Je veux que vous me disiez par quelle lettre vous avez commencé; je serois au désespoir, si c'étoit parcelle-ci; vous ne liriez le reste que comme les gazettes de l'année dernière, et je vous aurai offensé, f espère; je vous aurai révolté, vous m'aurez haïe, c'est quelque chose ; mais la sottise, la foiblesse, c'est d'avaler sur-le-champ ce que je vous

1 . Voltaire , les Tu et les Voue, épitre à mademoiselle de Livri , defenat sarqoise de Gourernet,

ai pourlani dit avec toute la vérité de mon ftme, Ohî il m'étoil t^chappé un mol, eo vous mandant que vous éiiez du concours, mol que je me suis hieo reproché. En effet, comment appeler mcm ami ce qu'on hait le plus dans la nature? quelle réminiïcence peut amener làî Cela n^esf pas conct:vublo* list-ce donc que cette haine seroit le premier anncnu dclachûîiie qui ne laisse pas un mouvement do liberlé aux maîlieuicux qui ont élt^ r^ubjugués malgré eux? Ah I V0U5 n'avez point assez (Tei^prit pour concevoir tout ce qu'on «oiiffre en aimant sérieusement un homme qui ne mi'rili.roild'ûlre aîm6 que par les femmes dont il flatteroit la vanil*^, sans occuper jamais Tâme. Voilà comme onalmej ?oi!à ce qu'on dit qui est aimable; et je ne sais comment, avec lanl d'a^Tément de part et d*auLre, il arrive cepen» dant de s'ennuyerà mourir au milieu de tous ces gens-là. Mon ami, oui, mon ami le plus cher à mon cœur, ne soyons plus mal ensemble : pardonnons-nous, nous avons encore de quoi être indulgons ; mais souvenez-vous que je suis bieiî malade et bien malheureuse: si vous voulez que je vive, aidcî-moî, soutenez-moi; faites-moi oubliiT tout le mol que vous m'avez fait. Ri^pondez^moi, il me revient un volume, Adiuu, adieu. N'êtes- vous pas lasî

trdi, «joUlet (77».

l'en suis bien fâchée i mais, mon ami, pourquoi me demandez-vous Vmpo5s>b!e? donnez-moi Toccasion de tous être utile dans ce que vous croirez juste, je vous réponds que cela se fera, et sans que je m'en m<?te : vous n'aurez qu'ii parler. SL vous saviez ce qu'il m'en coûte pour vous ta»ro quelqiîe chose qui me comhleroil de joie, si mon âme en étûil encore susceptible 1 mais c'est un bien, c'ej*l un plaisir qui conlente ma rrOexion, et qui fait jouir tout ce qu'il y a d'honniHe et de scnstblc en moi. Oh! mon ami, si vous étiez Iiii je ne serois pas discrète, car jo vous confie^ rois un secret que je dois garder. Il faut qu'on se doute de mon attrait pour vous, puisqu'on me disant l'importance du secret, on a ajouté « mais mur tout k monde ^ pour M* de

LETTRE CX^r.

Wuibert* Taî ri de celle condition, ol j'ai dit t 11 n^est dotïc ipas compris dans loul le monde? Ntm, non; il ne l'tsl pas Ipour uûîis; el vous voyez qu on avoil bien rabon, cor il n*y 'a que vous dans le monde à qui je pjîsse dire que je meurs de regrel de ne pouvoir parler.

IJ'iti CQ cel Llogcdû Calînat, je vais le lire. Mon Dieu! que les passions oui une morale relâthecl Me voilà, on reconnoissîince de la mnrque de confiance que tue donne Fau- (eur *, me voilà à d/sirer que son ouvrage soil bon, maie â ce tiegré qui ue permelte pas le doute entre vous et lui* Mon ami, je vous dirai vrai, mais je ne vous réponds pus que ce soit la vérité : ions savez bien que je n'ai poiul de goût el bien peu de sens commun, ainsi vous jugerez mon IjugeniHnl comme il le méritera, — Que dilea-vous de ce Itorrent d écriture? Ne seri<?z-vous pas raient foude à vou? Iplaindre de rexcès que de la disette t Bonjour, Si je n'ai pa^ lune lettre demain, il ny a point de justice à attendre de Itou».

Jeudi, ftjuittet 477ft,

7m point eu de vos nouvelle» hier, mon amî. Vous ¥Ous ^Il's iitssé de me pnrler, et moi je me &uis trop l^t llasséê de me faire : avec un peu plus de courage, laol de r douleurs, Innt d'efforts u'auroîenl peut-Ôtrepas étô perdus» Mou Dieu ! dili^s-moi, si vous le savez, comment cette tor lure finira? sera ce la liaiue? liudilTcrence, ou la inorf qui Itn'en délivrera? Mon ami, je ne veux pas être généreuse à idemi, je crois que je vous ai pardonné; ainsi je vois causer avec vou?, comme si j'élois contente de vous. — Je ^Vûié \om dire que d*jci h peu de Jours voici ce qui sera ■public î c'est que M. de Maleshorbes a toutes le.^ places de Hm. le duc de la Vrilliôre « i celui-ci donnera la démission

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