I. De CQttTOfllleti
conscience, mai, que J'en appellerai toujours, el c'est 1a mienne qui vous jugera, lorsque mn pnsdion se laira» Mon Hmi, vous me failes mal : vos lettres sont froidri?, Iriâft'ri et iDdiiï(5rentesj vous ne m'avez pa» dit un mol qui vîui du cœur. Pourquoi donc le mien s'est-il abandonné à vouiî Enfin dili^s-moi pourquoi je vous aime^ lorsque j'aurois d{ fti forlcs raisons dt^ ne vous aimer pas: el ce n'est pourlau point commi! la plupart des femmes, par solle et plat' vanilô ou par désœuvrement* A Tt^gard du vide et df déaoEQVremoDt» je ne le connois pas : mon âme seroit occu péc cent ans de ce que j'ai aimé et de ce que j'ai perdu,^ el ma vie seroit pleine de mille înlérôls, si je le voulois- lo repousse, J'écarte sans cesse ce qui voudroit péuf'trer jusqu'à mon rime. Ainsi vous voyez donc que c'est par une fatalité loute particulière que je suis condamnée uu supplice qui me lue; et vous, vous vous en faites spectateur froid l vous étiez tant accoutumé à ne plus avoir signe de vie de moi, qu'«?ïe feuille de papier blanc répondoit à tout ce que vous pensiez et senliez pour moi, mon ami l et Ja VoUB ai écrit des volumes : songez*vous ce que c'eët que la gaucherie et îa sottise de ma conduileT J*en suis confuse^ mais jo veux uu peu m'en venger en voua disaal que, dans celle lettre à laquelle je réponds, celle du !«' juillet, iJ y a quelque chose de bien m.iuvais goût, mais bien mauvais. Oh I Je vous le garde, et si lorsque je vous confondrai, ?ou« ne me haïssez pas, il Tiuit que vous sojez bien bon. Mais, oui, vous ùxes doux, vous êtes bon, Ah ï vous êtes aussi bien méchant, bien dur, bien incooséquenl; mais ce que vous êtes plus que tout cela et qui couvre taul, c'eôt que vous êtes b.*. a,..l Je n'ose pas écrire ces mots en toutes lettres : il me semble que c'est comme si je disois : Je 8UÎS folle^ vous seriez capable de le croire, et Ton se met Irop à ftoa aise avec les fous. Je veux vous gôncr, je veux fous tyranniser» je veux vous frjire souffrir pendant une heure ce que vous me faites souffrir (ouïe ma vie. — Mais à propos, Je no vous ai pas encore parlé dtj cette l>ague quo vous m'avez donnée en parlaal : elle éloît le symbole, l'emblème de tout ce qui est arrivé, Jw la mis à mon doigt, et deux heures apnYs elle êtoit brisée. Ce n'est point une plaisanterie, cela uio fut du plus tï'iBle am Vcnez mon ami. Donnez-inoi une bague forte et du comme mou sentiment : cdio que voasm'avef donnée ic^-
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seœbloit trop au vOire, elle ne tenoit gu'à un cbeTeâ./ ^ Vous n*ame% éom flm que téudef El cependant ioi%'C-\ dédaignez la gloire. Bn vérité, vous éles un grand pbilosà!-.,::,! phe, lorsque TOUS êtes triste; mais cet hiver, vous scre» rt ï heureux^ si riche, si gai, si dissipé^r qu'alors il ne sera piiîè * question de cette profonde philosophie. Âh! non, votm ' vie n'est pas si avancée, votre tête est encore bien jeune; ;i elle a encore besoin d'être purgée de bien des choses qqi . ^ t^garent votre ftme. Mon ami. Je suis bien impertinente, '^ n'est-ce pas? Je vous critique sans cesse, mais je vous aime ^ '^ mieux que ceux qui vous louent toujours. M. d'Aleniberl vous aimé comme si J'y consentois. Adieu. Écrivez-moi . ^; donc et beaucoup.
Mardi, Il juillel I77S.
fai fait mon thème en deux façons; et comoae ce qui en est le sujet et l'objet à la fois ne vous est pas absolument indifférenl, je vous envoie ce brouillon. Je ue crois pas qu'il diffère de beaucoup de mon premier jugement; mais cependant il doit y avoir de la différence : c'est que la dernière fois, i'écrivois en venant de lire M. de la Harpe, et cette fois-ci, c'est en venant de vous lire. Jugez si j'ai mieux senti, si j'ai été plus ou moins bête. Entin, mon ami, ccndamnez-moi; mais ne diles pas que je ne suis pas occupée de vous jusqu'à vous en fatiguer. — M. de Maléshorbes ne sera en possession que samedi, ou dimanche. Il a été dire adieu à sa solitude de Malesherbes', et je crois que ce ne sera pas sans avoir eu Je cœur serré. Uu ambitieux aura peine à croire qu'on fasse des sacrifices en devenant ministre; mais si vous connoissez M. de Malesherbes, vous verrez que je dis vrai. Bonjour, mon ami. — Je vais envoyer à la grande poste. Je vous ai écrit hier un volume. C'est demain que j'aurai de vous quatre lignes, bien sèches et peut-être bien durcs^ Eh bien I quelles qu'elles soient, je
4 . Le château de Malesherbes, commune de ce nom, sur l'Essonne, à iS kilomètres de Pilhiviers. Ce fut le 21 juillet que M. de Malesherbes prêta fermeot entre les mains du Roi, et le 23 qu'il siégea au conseil.
les attends avec plus d'impatience que vous n'attendez un plaisir. Je donne ordre qu'on m'apporte mes lettres chez madame Geoffrin *. Au moment où elles arrivent, et jusques là j'ai bien peu l'esprit à la conversation. Mes yeux et mon âme sont attachés sur la porte et sur les mains de tout ce qui entre dans la chambre. Mon ami, il n'y a donc de manière d'exister fortement qu'en souffrant. Mou Dieu I j'en ai connu une autre; que ce souvenir est môle de douceur et de regret!
LETTRE GXVIII
Mercredi au soir, 1 2 jaillet 1775.
Dites-moi : peut-il y avoir une bonne raison pour ne m'avoir pas écrit ce courrier-ci? Vous deviez répondre à ce que je vous mandois, que votre éloje étoit au contours;
et puis vous deviez Eh non,- vous ne deviez rien^ puis*
que le cri de la douleur n'a pas touché votre âme. Vous avez bien fait de ne me pas répondre, vous m'auriez blessée et je ne suis qu'affligée. Je me rappelle que je vous disois alors que, fussiez vous le plus dur et le plus injuste des hommes, je ne me reprocherois jamais le mouvement que le désespoir m'arrachoit: et vous vous taisez! c'est en gardant le silence que vous comptez soulager une âme accablée et déchirée tout ensemble. Mais si vous étiez coupable, vous ne seriez pas digne du regret que je vous marque; et si vous ne l'êtes pas, mon ami, je vous demande pardon : car j'afflige votre cœur, en le supposant insensible à ce que je souffre. Il faut attendre à samedi. Jo ne sais si je dois le désirer, c'est peut-être le jour le plus important de ma vie x s'il ne me laissoit qu'une ressource 1 lih bien! vous auriez mis le complément à une destinée exécrable, et il me semble que je vous en bénirois. Oui, je vous en chérirois : car je ne puis plus, je ne veux plus vous haïr; cet horrible sentiment est trop étranger et trop violent pour mon âme. J'ai pensé en mourir, tant cela avoit mis mes nerfs en contraction et en convulsion. Je n'obtiens après cela du calme qu'a\cc une do^e d'opium, qui me jette dans un étal d'affais-