‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 75 sur 128 · I . Qui obtint le premier prix · texte numérisé non relu

I . Qui obtint le premier prix

1 L'abbé d'Espagnac, qui obtint le second accessit. Né en 1753 et fîls du baron d'Espagnic, lieutenant-général, il mourut sur l'échafaud révolutionnaire le 5 afriJ1794.

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celui qui vous a été préféré. Soyez plus modéré si vous pouvez, cela sera honnête, et généreux à vous; et peut-être trouverez-vous, et dans vos talens, et dans le sentiment de votre force de quoi dédaigner l'accessit. Les académies de tout Tunivers ne sauroient vous faire descendre de la place où la nature vous a élevé. Je sais tout cela, je me le dis: mais je sens le dégoût, et j'en suis si près, que ce que je souffre, l'emporte de beaucoup sur ce que je pense....— J'ai besoin de vous voir, et de raisonner avec vous sur le parti que vous prendrez pour l'impression; mon avis seroit qu'il fût répandu dans le public avant qu'il pût connoîtro celui de M. de la Harpe, qui ne sera lu que le 25, et imprimé que le 28 ou le 30. Celte opinion n'est pas dictée par la rrflexion, mais voyez si elle contente la vôtre.

Je n'ai pas le droit d'être sévère: mais celui qui me rcs tcra toujours, c'est de sentir quand vous manquerez à l'amitié; et vous l'avez blessée en ne cédant pas à lagrAio que je vous avois demandée, et que je croyois pouvoir obtenir. Vous ne devriez plus avoir nicuriosilé, ni intérêt sur l'expression démon sentiment : il vous a été si bien connu, vous l'avez repoussé si cruellement dans le temps mémo que vous en exigiez le plus de preuves, qu'en vérité, je suis forcée de croire que le prix que vous paroissez y mettre dans ce moment n'est plus qu'un eifct de votre délicatesse, et peut-être aus^i un moyen d'étourdir votre conscience qui vous dit plus haut que moi que vous avez abusé de mon malheur, en paroissant vouloir l'adoucir. Ayez assez de vertu pour me sauver le dernier degré d'humiliation, qui seroit de devenir l'objet de votre pitié: car ce n'est plus que cela qui vous ramène à moi; et, je vous avoue que, malgré l'attrait invincible qui m'a entraînée vers \ous, celle pensée révolte tontes les facultés de mon dme. Quoi l j'ai été aimée de M. de Mora, j'ai été lobjit de la passion de l'âme la plus «rande, la plus for(e et la plis vertueuse, et vous voudriez m'humilier? Ah ! laissez- moi î\ mes remords, ils m'anéantissent ! J'ai été coup:ible, je suis punie, M. de Mora est vengé. Que vouloz-vous de plus? m'accabler, m'abîmer sous le poids de votre pitié? Je vous le déclare, je ne me sens pas l'aile pour celte abjection: vous hâteriez ma mort. Je ne démêle p;is si c'est àmon sentiment que je lieiis encore, ou bien si je suis arrêtée par l'horreur que je sens de faire le malheur de deux personnes qui donneroicnt

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leur fie [)our moi : ma mort les accablera, el je ne me fkUû poinl; je voudroîs au roalraire pouvoîi* les détacher, Ica éloigner do moi: j*co %exùh plus libre, |e me di'livrerois du tourment qui me lue, et je vous délivreroîs de Timporlu- !iitt5 de me voir ou de m'éviter.

Vous me dites que, peut-être, vous me verrez demain en passant : oui, eu effet, tout ce que vous feriez, pour «ïol, loul ce que vous m'accorderic* seroit en passant; voila comme est la vertu. Eile accorde en passant; il n'y a que le «eotiraenl qui arrôle, el en vérité je n'y prélends plus; et je vous cède A demeure à ce qui vouri possède.

Je dois vous dire, pour l'acquit de la vurité et de la juslice, que MM. Suard, Arnaud el d'Alembert ont fait Vintpossible pour vous épargner l'aciessil ; mais dix acafîcnaicieua Tonl emporté sur eui, et ils avoient Tusiige et îes slatulsde TAcadémie pour appuyer leur avis. Ils onl arrêté que le jour de rasr;embl<^e publique *, on parleroit avec la plus grande distinction de votre excellent ouvrage; il y a ou trois voix pour partager le prix* Voilà qui est fait, je n'en veux plus parler i qu'une fois à vous.

t^nndi, 18 août], once heures da toîr, ITTSi^

Uesprit est toujours la dupe du cœur* : comme cola eit j \rai, comme cela est juste, lorsqu'on traite avec rhommelô plus facilo el le plus susceplible de toutes lés impressions l Voilà ce que me disoif mou expérience, et mon cœur la démenloit tout bas; il disoit: il rcviaidra; el loul ce qui sent en moi rt^pétoit : Je le verrai. Oh ! mon ami, vous ne mêrétei pô*, en effet , ce que j'ai souffeit ; vous ne méritez pas lea combats que j'éprouve ; vous ne méritez pas le sacrifice qua^

I , Celte séance pobliquc eut lieu le fcudred» î5 aoàt, Jour de la Saint» Louit* Lt Sarpo^ doiU V Eloge de Câlinai obtint le preuûcr prit de prose, teniporta aiJï.si le prentinr []fix de poda^e, pour la pièce inlitulée : Cmi»fiU é [un |fufif jioile. D^Alembcrt, en rendant CQwplo du concours, *WU'otn ik' tie pai nommer M « de Gulbert^ et dit ; a que l'Acâddmie avait trouvé de &i graud^i beautés dans cet ouvrage» qq*cltc avait regretté de n'avoir q«*uii prii 1 doimtr, » {Mèm, de aarbaumonl, t. 3J» p. 3î*>.)

t, U TtucLefoucadd, {Maxtfm Cil, édit. Gilbat, u *, p. 7$.|

I#BTTR1Î CXXIII,

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