Où maître Jacques est bon à tout, acte lll, se
3. M. de Guibert émerveillait beaucoup ses contemporains par cette rapidité dans ses lectures. « Il lit cinq ligues de gazette d'un coup-d'œil. Vous contevex, aa moyen de Tactivité de cet organe chez lui, combien il doit avoir meublé sa mémoire. On assure qu*elle ne fait point tort à son imagination et même à son raisonnemeut ; qu'il digère sa lecture aussi rapidement qu'il la fait. On raconte qu'ayant parié de digérer cinq gros volumes en unt; nuit d'un Uvre assez abstrait, il en rapporta pour preuve le lendemain un extrait du plai «t des priocipaux détails exact et assez étendu. (L'Espion anylaiê, 1779, t. II,
fSÛ LETTREtJ DE MADEMOISELLE DE LE^PlNASSE*
■aeéin avec luîj et vous verriez quil eat bien supérieur atJi gens qui le jugent avec prévcution cl avec passion. — ïl y a quelque» jourà que vous me miuidiezj sans doule pour me ravir jusqu'au ciel : C'est d'ici que je vous dis que js vùus aime, d'ici oàje mis aimé, ûù je siâù ocmipé, trafiquille^ etc^ Eh l mon ami t cela court les mes que d'èlre àvmé lorsqu'on est jeune, lorsqu'an a une figure aimable, lorsqu'on a let mias et les manières d'un homme qui prèlcnt k plaire et lorsque sodoul Loules les actions de sa vie prononcent que l'on ne tieut Ibtlement à rien: e îcotnment ne seriei* TOUS pas aimé? les fats et les sols le sont bien 1 51. d^ B..,..,, est adoré de sa femme qui est jeune, jolie c> aimable j et ce qui me confond, c'est qu'il ti'a x^as la tète.
tournée ; il ne croit pas comme le comte de C ^ qiril
auroiL été choisi ; il se souvient que ce sont 35,000 liv. de jente qui ont fait son mariage. Mais savez-vous ce qui est piquant, ce qui est rare, co qui est cïlraordinaircj ci qui lient du prodige, quoiqu^ll y en ait qnelqucs exemples, comme ceui de Diane de Poitiers, de madame de Maintenouj de mademoi-elle Clairon * ? c'est de pouvoir dire : je suis aimée, lorsqu'on est vieille, laide, triste, malade et aljîmée dans le malheur, et surtout lorÈqu'ou pcui se dire: je suis aimée d'uu homme aimable et honnêLe, qui est daas cette saison de la vie oii Von est plus délicat et pins dilûdle, et où Ton est cependant en droit de prétendre à tout €l de m<5riter d'Ûlre préféré : voilà, mon ami, ce qui vaut la peine d'être ditj parce que cela esl miraculeux* Mais lirer vanilé d'être aimé de sa femme, lorsqu'on psl charmant, al que, du matin jusqu'au soir, et du s^flr jusqu'au matin, on veut lui perEuadereL lui prouver qu'on e^i passion liément amoureux î ehl fi donc; cela esl si commun l Le comte de C.*.* dit de mûme et jouît de même; mais à lav^jrité, je ne crois pus qu'il y ait aucune créature qui soit (enlée de se mettre en tiers, et qui soit assez abandonnée pour n'clamcr le surplus de cette grande passion. Adieu, mon ami; je ne sais pourquoi j'ai élé vous entretenir de tout cela. Si j'ai de la fièvre, je n'en ai pas assez pour que ce soit du délire; mais j'ai du plaisir à causer avec vous, et je dis tout ce qui me
1. Celle célèbre tragédienne, née en 1723, morte en 1808, alors toute puissante à la eour du margrave de Barculli, se trouvait on ce mt>fnent même à PariSf où Ton psrlait beaucoup d'elle. {Mém. de Bachaumont, t. VIII, p. 196 et i03,)
TÎtal, EiTiveï-moi donc, j^aî besoin frûfrc consolée et sou- Itinue : mon Ûmo et mon corps sont dans un d^plm i * état» Mûu aini, vuus êtes à quatorze lietics ; c*est bien et cela teroU Lien prùs, si Mais udteu.
tiifdi, quatro heurj:^^ IToetobre ITT9*
'atteodois le facteur : je voulois une lettre de vous, mais vous ne l'aveî pas vonlu. J'ai vu le timbre de Fontûiucblcaii sur nue lettre, j*en ai respiré plus à mon aise, et puis j'ttî vu ma méprise. Oh ! non, cette lettre n'étort pas de vous. Mon Dieu ! que je suis foUe et injusle, et surtout que je suis malheureuse l Mon ami, si je pouvois ne vous pna aimer, si je pouvois aimer ce que je n'aime points peut- ^tre que ce qui me reste a vivre no seioit pus dévoué à un gupplit^e qui met mon corps et mon flme à la toi ture. Cependant je suis moins souffrante aujourd'hui ; j'ai pris^de ripikacuatiha en grande dose, qui m'a d'abord fatiguée à mourir ; mais il me semble qu'il a rendu de l'air à mes pou* mons : hier je ne respirois pas. Mon amt^ je ne sais pourquoi je vous parle de ma sanlé; quand je vous vois, je ue vous en parle jamais ; mais c^est qu'alors je ne soutire plus. Comment n*aimeroîl-on pas un peu une créature à qui Ton fait tant de bîen^ et surloul à qui Ton fait tant de mal? Aht pourquoi aime-t-on, et pourquoi n'aîmet-on pas? Qui sont les sots, ou les âmss de glace qui ont jamais su en rendre compte? Le chevalier ne mnnqueroït pas de nous l'apprendre, et il sera toujours bien plus eon* tenl d'avoir fait un rdisonnement que d'éprouver un sentiment. L'on m'a dit qu'il en avoit eu un pénible, ces jours passés, à une repréi=eulation d'une pièce de M. de Savaletto ^ qui fut applaudie avec transport, et que mesdames de Grammont et de Beau veau ne pou voient cesser de louer* Le chevolierfin éloit dépité, et il ne put jamais cacher son
1 , €ouEm g^rroam de \& ni&rquî&e et Gléon et Trèie de la ct^tritr^ss^ile lU'v«|^ de rcAîiAtnti Grttiim! «lu Fort^ coiDi«Me d'Orany, ai«ri« es I74t, f\ le iii irlà:u« Ihipliit dtt Perron.
tô2 LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPINASS5B.
môcontcnlement. Madame de Gléon* fit de môme, el tous deux jouiTent le plus détestable rôle dans leur socîëté. Je vous dis là le secret de Téglise, et non pas celui de la comédie. Pour remonter un peu leur amour-propro, il donne aujourd'hui Roméo et Juliettet suivi d'Agathe. Madame de Beauveau a retardé son dt'part pour assister au triomphe, et pour le faire ; mais je me meurs de crainte que Roméo ne lue le succès ô* Agathe, Ce Roméo, mon ami, le counoissez-vous? Cela n'est pas mauvais, cela n'est pas médiocre, cela n'est pas mOme ennuyeux; mais cela est monstrueux, cela est à faire fuir. J'ai entendu dire à la comtesse de B....* que cela était beau comme Corneille, et meilleur que la pièceanglaise. J'étois avec elle à la première représentation; et moi, j'étois animL=e si différemment, que je désirois de ni'é* vanouir pour être emportée de cette salle. G'éloit moi sans doute qui avois tort; mais il m'est impossible d'être à froid, et de me composer un avis contre mon sentiment.
J'envoie cette lettre à M. de Vaines; je ne doute pas qu6 vous ne soyez avec lui à Montigny. Monami, les lieux, les personnes, les choses, le charme de tout cela vous aura-t-il laissé la liberté de penser que vous pouviez m'écrirc parNangis? Vous êl(=s arrivé diuiaiicheà Fontaincbl'.'au ; si vous m'aviez écrit lundi matin, j'auroiseu de vos nouvelles aujourd'hui : mais vous avez voulu voir tout à la fois la Uoine, M. de Duras, les ministres, vos amis, vos coiinoissauccs, ceux qui ne le sonl pas; enfin il fauî bien tout voir, tout entendre, •.eut sa\oir. On a des aiïairi'S, on k.s fait mal, mais n'icii- '.lOite, on a beaucoup vu, beaucoup Oté, et au bout de '.ajournée, l'on esl Gic^-J an comme d vant; mais l'on a salislait ù celle cliarmante activité de l'écureuil, et l'on se dit que dans dix ans. Ton aura une télé et des aft'aires mieux
i. Geneviève Savalette, uée vers {"Zl, bello-fille tl'uu ueve.i de Voltaire, M. de La Houlièie, lequel avait épousé sa n-èiO; iiuirivie, K' 7 s plembre 17 48, à J.-aii do (llôuii, mar<iuis de Gl('>un, mot le à ViccuC" en ITy:. Elle est l'aiileur •'.1111 lU'Cuil de (\)m'\1ics nouvi'lU"< J^arls, 17>7, ::>>), dont le chevalier il.- Choi-ieliiix se fit l'^'dikMi!-/, et qui funi.ji; ï'a-^iiu'I'IuI de îa ref^tu ou Id ?-uiS(in'iiP philusvj)lif, la Fausic .«,•;'>;'.■../:•' d If Xu.trriUyte provindah vil lit dai:s rAv^rlisseiiieul a que, si ii.aiia::.^' la î:!.!!-.),: se ::e Ci... n'a compost; ses fuméiiies que pour enipl.)ycr d»'.- houies de iciraito et de loisir, elle & ct'-d.^ «'hS'.iiU' h l'cpinioii de 5;^s aii.is. qui si>i ;r. un e }d'is frivorablc à ses (uvra>:os .;uc lit sieiiiii; piopre, tf qui i'a de:»; !,.'!i «c ; pi.'!;i;rr le puMic pour |-.,:i' tn'.i'- eux et elle;» et encoie u p.u- >c \..l.;. e Siia l)i- iiiôt sui\i d'u!> ft tre si l- s'.i.eôs rt'p.md à son atlcute. • Ce f.iic.i:id \oli.::ie u'a j..:i'.ais paru,
î. De Cjjfileis.
LETTRE ex XXVI.
réglt?os, l Ton s'abuse, je tou» assure. Moo Dieu î qu'il étoit doux dVîmcr et de vivre pour quelqu'un qui avoit tout connu, toul Juge, loul npprécii^, et qui avoit Onî, comme fe sage, par trouver que tout n'est que vanité ï Aimer suffisoît à son cœur et à son âme. Ali! qu'elle tUoit noble^ qu'elle éloil grande, celle .Imel je n'ai jamais vu réunir tant de passion à tant de vertus. Mon ami, je donnerois ce qui me reste à vivre pour que vous l'eussiez connu,... — Je veuï encore augmenter votre mouvement ; je vous prie de chercher chez les gens qui vendent des livres un Dialogue en^rc un évéque et un turé.sur le mariage des protcsfam ^ Ou dit que cela est excellent ; lî«ez-le, et envoyez-le-moi par M, de Vaines; on oe le Irouve pas ici. En grAce, ne donnez [joint de lettre avec cette brochure^ parce qu'elle ne seroil pas caclielée. Savez-vous ce qu'il y û de pis en vous? C'est 'indllîérence dont vous Ôles pour tous les incouvéniens et même pour les malheurs attachés à votre manière d'Otre. Vous en direz lout ce qu'il voui plaira, celle incurie lient iH une mauvaise lî^le. Adieu, mon ami, je vous aimi? ; mais ]e mo sens bien bOte, el il me semble que c*esl un grand dégoût que d'Olre aimé par une b^le. Qu'en pen.sez-vous7 Je crois que si je lisois Clarisse ce soir, je n'y trouverois ni amour ni position. Mon Dieu l pcul-on tomber plus bus? — iû n'aime point Fonlainebleau, seroît-ce parce que vous y êtes? Mon ami, si vous avliz eu le choix, auriez^vous encore mieux aimé que ce fût moi qui se trouvât à Monligny, que madame la comtesse de B,.,.«? C'est un bonheur que [e n*ii\ jamais éprouvé que d*ôtre à la campagne avec ce que Ton aîute le plus dans le monde.
AlcrcrefîL au soir, 18 uctobrt? »775.
Enfin, vous voilà à Fontainebleau, Je vous y attends depuis dimanche 13. Je vous ^ ai écrit tous les âotrs; deui
1. •» U, 1775, in-tSy Ktlrihué pai* Biirbier .1 Vahhé Loik Guidl. Le 1 publia Htït iuilB lia DtalùgWf «tc»f 1. 1.| i774)| in-ll* I. De auura«îrt.
S5I LETTRES DB MAlDEMOISELLIs DE LESPINASSlf.
le 1 Eres chez M* d'Agucs^seau ^^ et UQ& r\ ^. de Valses^ à Mod<tîgny, où je cioyoîi que voys seile^. Moti amî, ne fût-ce que pour loâ jeler au fePj létlamez ces trois leiires, jo vous en prit*. M^îiidess-mol, n vou& Je savez. le jour que vous comptel repartir^ pour que je m'arrange de manière à ue pas Être encore à fonlainebleau lorsque vdus eu serez puili. J aîmij bien k vous suivre, mais nûn pas à rester derrière TOtiSj parce que vous avez taut d'autres lutérOiSj que voui ne vous aviser guère de reloiiiner la lûlc. — Vous ai'écri* vei une lnUvù cou de, uion aaii, mais voue êies bien ai* niable i si vous ne pouvez pas oi'ûter le seûtipueal de moa îiiuthoLir, vous m'ôtei souvent la forcé de m'en plaindre* Mon DieUi qull nj'auroit été doux de vous devoir la congolatioQ de ma vie, et de ne plus eonnoUie de pt.iidr que par vousl mais vous avez loui délruit, jusqu'à respL^rance. IK-lasI je ne mérîtois pas d'être ménagée ; j'étois déjà d lualbeureuse quand vous m'avez connue! vons en avci trop fait, je ne méiitois pas l'inlérét que vous m'avez marqué. 11 m*a égarée, je me suis préi imitée diins un abtme: vous m'y avez conduiiej, vous m'y avez pousst'e; et il n'y a pluB de moyen d'y apporter secours* 11 faut subir mon horril>le dcBÎînéo» souHVir, vous' aimer» et mourir bientôt. Aîi t non, mon ami. Je ne veu.ï plus peser sur votre 4lme,je ae veux plos la fatiguer : il y a de la lâcheté et de la cruauté à fEiire partager des maux qui n'ont plus de remède. La né cesâité de souffrir me rendra gÈm'reuse* Mon ami^ voire bonbeur et votre repos seront, si je le puis, mon unique intérêt. Mttis je n'ose répondre de moi : la durée de la duuieur rend si foîble j et puis quand on a abaolument renoncé au bonbeurpour soi, on juge trouvent que la contrainle seroil sottise ou folie. Enfin je ferai comme Je pourrai j et vous,
i . llmB ccmmuB&uté de foûfa et dMEudee n'ivalt |^&i été étrangère I celt* gfftiide amilié fûrmée entre le cliËvaLior d'A^ues^seau et >I. de Guiberl, Ëd irjiçaul dans sort Essai général de indique le v^te plun d'une Wôtoirfi de Far* iniluoirC) qvi aurait embraisé non-Sreulenfent &ea varialit^ns pioprenienl dit@S| mtfi encore le tablait des ■ cûustUuIJaDâ mjHiair^â des aucknâ pCLi^det^ aiiiâi que leun rapporis avi;c \û& iroDsti lui ions îiûHLiqui.'fi, ■ M« de Guîbert ajootaii : Cet Duviàgâ ■ ËSt digne de dùIvq siècle...; j'y encaurage un de itiei aniit (M, le ctipialier d'Aguciseatj), qai le niéditc et la îsri^pariî depnîs bug* teii3{is. Jti dénoiiL-e ici auu natn^ aop plan, ses ialerjls. Je Tuudrois liii faire couiractfi^r m-à vis de îfia citoyena (sic) un L"ti|:apniEnt iju'il eU eo état île rÊin- 1*1.» et dotil rci<?culion sera «a ^Wire paiiiculiére en mèoie (cmpi ijiit rjOfVucIiaa publique, i {Eimidt iacii^u?, 1771, p« ]U.1U.)
avec un peu de morale et beaucoup de bonté, vous subirez la peine attachée au mal que vous m'avez fait : vous penserez, pour soutenir votre patience et votre courage, que je m'en vais, et que vous, vous commencez une carrière qui vous promet du bonheur, et qui vous fait goûter le plaisir. Ab I Ton est bien fort quand on est parvenu à étoufTcT tant de regret, et- qu'il ne reste plus qw'ài plaindre une malheureuse créature qui ne se plaint plus, et qui est parvenue au point d'éteindre en elle jusqu'au désir et à l'espt'rance vague que conservecnt tous les malheureux. Oui, mon ami, cela est vrai : en nie recherchant bien, en me regardant de bien près, en m'interrogeant sur ce que je veux, sur ce qui reste pour moi dans la nature, je ne trouve rien à me répondre, sinon ce que demanderoit un voyageur bien las, un gite^ et je vois le mien à Saint-Sulpice*. Mais mon talent est d'être toujours hors de propos. Voyez quel ton, quelles images à présenter à un homme qui quitte le plaisir, qui vient occupé de mille affaires, qui ne sait auquel entendre, à qui la Reine, le Roi ont parlé avec une bonté', avec une grâce infinies I Mon ami, quand j'y pense bien, si vous me faisiez justice, vous auriez tout à la fois du mépris et de l'horreur pour moi. — Mais, pour changer de ton, je veux' vous dire que dans une de mes longues insomnies, je suis venue à penser à la C... de B....» Je me demandois ce qui faisoit qu'avec beaucoup d'esprit, de grâces et d'agrémens, elle faisoit, en général, aussi peu d'effet et surtout aussi peu d'impression; je crois en avoir trouvé la raison. N'allez pas être bête, et me dire que je n'ai pas eu assez d'esprit pour expliquer ma pensée. Écoutez-moi : ne convenezvous pas qu'il y a dans tout un vrai de convention ; il y a le vrai de la peinture, le vrai du spectacle, le vrai du sentiment, le vrai de la conversations etc. Eh bien! madame de B.... n'a le vrai de rien; et cela explique comment elle ft passé sa vie sans loucher, ni intéresser, même les gens à
!• Paroisse de roademoisflle de Lespinas«e, sur laquelle elle fut enterrée.
t. On peut voir là une allusion à ce mot charmant de Marie-Antoine' te i U. de Guibert, qui lui annouçait les chanjjements qu'il avait faits au Connét'ible, en vue d'une reprise de cette pièce, qui allait bientôt avoir lieu à la cour ot à laquelle s'intéressait beaucoup la reine : Vous avez donc voulum'éter le pliisif ie vous défendre. Le roi paraît avoir été moins enthousiaste. (Voir VEspion anglais^ t. II, p. S'^S.)
i. Est-ce la comtesse de Boufflers? Le portrait ea fe.cavl dQ\\V«t«
i ^^ iù plus d^envie de pkîre. Voutex-vous voir 1% la médaille? Vous coDnokseï une personoe qui a ^^Q louie la vie d L'année des agrrniens de la Ëgure^ et dea grflces qui peuvenl plaire, inléreaser et ïouciierj et cependant ceiir rsonne a eu plus de euccès^ el a élé mille foia plus aîmi qu'elle ne pouvoil 1ê prétendre, Savcz-vous [& aiot de Cfcitii Cvsi qu'elle a loujoura eu le vrai de Îoul, et l'elle y a ioinl d'être vraie en ïout- Det^préaiiï a mis eu sullat ce que je viens de délayer dans un las de paroles :
Klen a'cii beau que le Trai% le Tnl utul Cdt almibl» Il d( régner |isrtuutp ei tué me dani 11 î^bLe ' .
3i'avea d'abord trùQvée un peu bâte, je li^Ditû assommonte. Après vous avoir fait pieurcr u^ .. e, je vous ferai bliîîer d'enuuL En vérité. Je m'épuise luiiuuient avec vuus, que je u'écrirai à per- Boniie ce sûir^ quoique je doive desn^ponses à Funtainebleao à des gê[is que ^e ne fais pas bcLillei- Mais c'est qu'ils ont nu grand funcîs d'indulgence : car il ne faut pas toujours étrct'fïïVi^, qutjiquil y ait encore bien du vrai là dedans. Oh I mon ami 1 ce qui est de première véritéj c'est que je voua aime avec autant d'arme, que si vous iiviez fait à moQ repos et à mon plaisir le sacrilice de voire bonbeur. Oui, mon mallieur me paraît d'autant plus accablanl, que c'est à vous que j'aurois voulu devoir d'i^tre heureuse. Je ne voua écrirai plu? que demain jeudi, parce qtie j'imagine que vous partirez Bamedi. La cour auroit-elie plus d'altrai que....?
LETTRE CXXXVIl
Ce jeudi au soir, 19 octobre li'%.
Mon ami, je serois accablée de vos reproches, si mes ré-^ oUitions ne les avoient pas prévenus. Je m'accusois hier, et je vous disois qu'il y avoit de la cruauté et de la lAchelé à risquer de vous faire souffrir d'un malheur sans ressource. 11 faut en vivre ou en mourir; mais surtout il faut se taire. Vous avez l'âme assez animée, vous avez assez cinnii et
!• EpUre IX\ v. 49,
LETTRE CXXXVIî,
fCnlî le Bialheur et la passion, pour cancevoîr lea excès où l'un et Ttiiilre pcuveol porter : je les déleste et Jes ahjure tous; je voudroia ùivù inorltî avant que d'avoir pu vous offenser. Je pressontuis peul-iître co nouveau mallicur, lorsque je vonlois quitter la vie et vous fuir. Je senloiE ([u'après la cruelle perte que je fais^ois^ mon âme ne pourroit plus se remcUre on mesure ; en effet, je ne devoir plus aimer, jô ne pouvois plus aioier. Le prin^ ipe de ma vie, le Dieu qui me soutcnoit, qaî m*animoit» n'c^toil plus, je leatôis seule dans la nature. Ah ï pourquoi vous y étcs-vous trouvé? Pourquoi vous rapprocher de moi? Dans cemomenlje n'avoir besoin ni de consolalion, ni d'appui. Pourquoi me di- »iez-vous des mois que mon Ame tHoil accoulumL^c d'entendre avec sensibiHit5 ou transport? Pourquoi preniez^ vous le langage de Thomme qui vcnoît de mourir pour moi? Enfiti pourquoi égariez-vous la rai.^on do quelqu'un que Texcès du malheur avoit drjà troubU^? CV^toil à vous de juger, de prévoir; je ue pouvois que g?^mir et mourir. Vous voyez l'horrible suite qu'a eu ce moment d'oubO de voire part. Sans doute, dans cet instant, vous ne pouvic» pas pri3voir de quel genre de poison vous abrcuveri» z mon âme; mais vous saviez que vous ne n'aimiez pas assez pour faire voire premier inlt^rûl de la consolalion et du re[>os de ma vie* Ah I c^esl là la t^ource et la cause de loul ce que je iouIVre. En devenant coupable, mon âme a perdu son énergie. Je vous ai aimé, et dès lora je n*ai plus été capable de rien de noble et de fort. Je juge ma conduite, mon ami, e' je la blûniO plus que vous; lorsque vous avez prononce mon arrôl, il falloit le subir, il falloîl m'arrnrber à vous, ou A la vie : il y a de la bassesse à vouloir ^tre plainte et soulagée par ceUii qui vient de vous frapper i, et cela est si ?rai, que JVprouve sans cesse un combat affreux : mon ^Imc §e rtWûlte contre votre action, et mon cœur est rempli de tendresse pour vous- Vous ùles as^ez aimable pour ju^lidiT mon penchant ; mais vous m'avez trop mûrlellenienl offLu* Bée, pour que je ne m'en seule pas humiliée. Won amî, je vous l'ai dit souvent : ma situation est impossible à supporter; il y faut une catastrophe : je ne saii si c'est la nature ou la passion qui la produira. Attendons et surtout laisons- DOus, Vous avez assez de bonté, assez de déliralesse pour t^purgncr ma scnsibilihî; et vous me croyez» moî, assez cruell» I pour vûututr eiorccr et alarmer la \t\K^\ X\l , mc^u tw\^A
25S LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPlNASSB,
fi le onalîieur rend quelquefois personiiely il rend aussi bien ilèlrcat : les arnlheureux onï pour rordînaîre k mam bien k'g(' ro ; \h ci'aignenl bien tle blessePj ils sont sans cessa avertis pur leur propre douleur. Et vous croijeï que lors* quM peine il me reste la forfC de nie plaindre^ je chercherai, je choisirai les expressions qui pourront von s raire le plus rie raal? Vous ne me connoissez pas i car m je pouvois m'anûtej^ avec vous^ &i je n'élois pas Iputc de premier mouvement, iiaiB doute je nieltrois du soin à éviter de vous faire de la peine; mais songez donc que je vous aime. Voilà moo crime envers vous. Âh t mon nmi i la main sur l& corm* cîepce, et je suis bien sûre que, sans un grand effort de géîiêroBÎté, voys me pardonnerez? Mais je le jurej je n'aurai plus beioin de votre vertu i je veuï élever mon S me au point de o*a voir plus besoin que vous me fiiâsies grâce. Adieu*
LETTRE CXXXVin
Voiuireât ïoldl, tl octobre 1 7TB*
Je me presse comme si vous deviez rn'eniendre plus tût. Mon ami, vous Êtes fou I Vous allez dire du mal de M. Turgot à M. dp Vaines! et c^esl pour moi, et c'est mon intérêt qui vous L'gnre. et qui vous fait presque dire à M. de Vaines qu'il a tortl Mon Dieu I quelle mauvaise tOtel mais que de bonté 1 que vous ùtes aimable ï Mats vous vous môprencî, si vous iilb z croire que c'est la pauvreté, ou le bîen-tître qui vient de la fortune, qut pouvoit rien ni peur mon bonheur, ni pour augmenter mon malheur. Mon ami, ce n'est ni M. Turgot, ni M, de Vaines, ni le Roi \ ni tout ce qu'il y a de puiÉsaut sur la terre, qui peuvent rien pour mon bonheur, pour calmer mon Ame> pour tn ciiasscr un scnlimoni détliininl, puur remettre du baume dans mnn sang. HéiasI jt faudroil que vous m'eussiez aimée; mais il vous est plus faâk dr solliciter, de haïr un luiuistre, [larce qu'il a ThonnûteLé do ne pas songer à ma for! une. xMorî ami,
l. Il eM âvide^ùl qu'il s'ogit îfj d'une pcnslou que les diiiia dé TiiAdclnd&EilIfl 4c Li^j'pKi'jiËje cheLctisieiil à lui fana obteritir, et iclle rut suns douïe I aiigine de rÎHâ'ii'iutln'n nialvciUaule de madame du BElTiiLid rappuHécr pliif liiHt p, 164, m\^ I-
IiETTRE CXXXVIII. t59
Ni for, m les grandeurs ne nous rendent heureux *•
Cela est plus vm pour certaines âmes, que je ne puis T exprimer. Je n*ai jamais connu d'<?quivalenl, de dédommagement à rien de ce que j'ai désiré : la passion est absolue. Les goûts se plient aux circonstances ; je n'ai jamais voulu, ni aimé qu'une chose, et en cela plus cons(?quente qu'il n'appartient à ma mauvaise tOte, je ne me suis jamais repentie de ma manière de me conduire dans les différentes occasions que j'aurois eues de m'enrichir el d'augmenter, ou, pour parlerplusjuste, d'acquérir de la considération, de celle du moins qne les sots distribuent et dont les têtes et les âmes vides font leur aliment. Bonjour, mon ami. J'entends le vicomte de Saint-Cbamans. Je reprendrai après l'arrivée du facteur. J'espère, oui, je crois que j'aurai une lettre de vous. Après avoir vu des indifférons tout le jour, vous serez rentré chez vous hier au soir, en disant : je vais faire quelque chose pour le plaisir de ce qui m'aime.
Temdredi, quatre kcures, après l'arrivée de la poste.
-Point de lettre de vous l Savez-vous combien je suis juste? Cela me fait haïr celles des autres. Qu'importe tout le reste, lorsque l'Ame et la pensée sont fixées sur un seul point? Je conçois à merveille comment Newton a passé trente ans de suiteàla même chose', et le but qu'il se proposoit ne vaut pas celui que je me promettrois. Mon ami, aimer est le ()remier bien; être aimée par ce qu'on aime, c'est être trop heureuse. Il y a eu des temps dans ma vie l mais, mon Dieu! que je suis tombée I — Je n'ai point de lettre de vous? C'est ma faute : M. de Vaines vous aura envoyé trop tard la lettre que je luiavois adressée. J'ai voulu vous suivre partout, et vous ne vous êtes pas soucié de me prévenir. Pour se rencouirep sûrement, il ne faut pas s'attendre. — Mon ami, j'ai relu votre lettre d'hier trois fois tout de suite : ce que vous dileg sur la différence de l'espritet du génie est excellent, et de de la plus grande éloquence; la comparaison est de (jétae. Mais je ne peui^e pas, comme vous, qu'il faille, pour gouverner, des gens pleins de passion. Il faut du canutère et point de pa^sion; l'esprit suffît, et il est peut-être préfé-
!• La Fontaine, VhUémon et Daucis, v. 1. ' t. A U découverte du principe de l'allractioiu
DE MADEM^ÎlSfiLLE DE LEiPlNASSfi.
I me monarthîe, oùn Taut une marche uniformej iiuite i*o..*.fur doil ùlre prêïôré à la glôiraj et e/ûst parce que jû et ois que ce n'est ni lu pni?siQn, m îo gi^oie qu'il faut à un mîniètie françoiSj que je pen^e qu'il n'y a poiot d'homme ( ui fût plus capable de tiovis bien gouverner que L. de '^ Kt je vous rcpùnds qu'il n*y a point d'clme plus ioaccci aux passiona. Ce n'est pas non plus pour Tènergïe ^m h faut le louer : il a du caractère, beaucoup de lami^iri j^, utie graude aclivilé et une facililé el une amabilité quiàpUini^seuL toutes les difQcuîlég. Vuilàce que je réponds à tout ce que vous me disiez de M. T.,, ■; il ressemble ploi à Lycurgue, et L. de V*,., rit Uiilde [iîchelieu et à Colberl : car il ïfauroit ni la U *i ratrocité du uardmaL — Mon imi, vous recevrez c€ re demain samedi^ et sana doute ce sera la derïiîèrô, pi eje ne doute pas que vous ne parliez dimanche. Voïci s .^. ^res i vous feic^ un paquet de toutes mes Icllres^ \onB j meltrcK mon adresse, el ce $eroot vos mains qui le remettront dans celles de M. de Vaîneâ qui coiUreHiJiuera ce précieux dÉpôt, Vous partirei aprùs,et vous ne m'uârîieîs point dani ce paquet , mais bien par It posle. Je veux savoir l'heure^ le moment où vous guittcre* Foniainiddeau; ouï, j'y ai un hitéiLM : où n'en mct-ea pa> lorsqu'on aime ? Je vous ai bien dit que jti ne me pkindroîs plusj que je ne voua accabkrûiû plus du poids de mes maui Mai^ souvenez-vous bien que je ne me mh pas engagétî a avoir une eonduite parfaùe^ égale. Cela viendra pcut-t^trc s J'indiffL^reuee ne sera pa^ toujours impossilile à mon cœur. Je dis donc que je ne vous ferai plus soulîiir de mon niaN heur; mais entendez bien que j(3 ne serai ni as<ez courageuse, ni assez raisonnable pour faire semblant de ne pa» souffrir lorsque je me sentirai dijchirc^c. Adieu, mon ami.
II me semble que je me sépare de vous pour bien longtemps, et celte séparation me fait plus de mal que lorsque vous ^tes là, et que vous me dites adieu : alors il n*y a que cet instant pour moi, je vis de toute ma force dans un point; mais aujourd'hui il n'en est pasdemOme, je me sens triste, abattue, j'ai la privalio:i de vous, de voire lettre, et
i. L'archevêque (le Toulouse, Loraénic de Brienne, qui, en eiïel, devint ministre en 17 S7, el perdil alors toute la répulaliou que ses amis lui avaient faite par anticipation Ce fut sous sona(ii?^-"i«tiation que M. de Guibeit eatra au conseil dt guerre.
». Turgot.
e vois' encore demain et après! Ah! cet avenir sera bien long. Adieu^ adieu.
Mardi au soir, 24 octobre ITT*).
Le» oracles avoient cessé, parce qu'ils craignoient de parler aux échos. Ma dernière lettre est de vendredi l'aprèsdîner :j'avois jugé que vous partiriez dimanche ou lundi, aujourd'hui j'imagine que vous attendrez l'arrivée de M. de Saint- Germain* qu'on attend mercredi ou jeudi. C'est un homme de mérite, c'est un homme isolé : il est arrivé là sans intrigue; on doit croire qu'il ne voudra que le bien, s'il fait des réformes et des changemens. Il aura la confiance du militaire, parce qu'on sait qu'il est insiruil, et qu'il a une grande expérience. Personne ne peut mieux que lui faire usage de vos talens, vous mettre en activité *; d'ailleurs il faut penser à vous. Ne m'avezvous pas dit qu'il ' étoil prévenu pour vous d'un grand intérêt? Il ne faut pas tourner le dos à la fortune.
J*ai reçu vos lettres de vendredi et de dimanche : elles sont courtes, elles sont rares... Mais, mon ami, je ne me plains pas, vou&avez tant d'intérêts divers! cela vous donne tant de soins, que je ne conçois pas coonnent vous y pouvez suffire; tout le monde doit vous remercier et personne ne doit être heureux. Ne me répétez plus qu'il faut que je
1. Claude-Louis, comte de Saint- Germain, qui remplaça le maréchal du Uuy
- au ministère de la guerre le 25 octobre 1775, né en lT07,morteu 1778. Quoiqua ministre réformateur, il fut d'abord assez froid pour M. de Guibert, que sov Connétable desservit auprès de lui. • Il lui a mérité de M. de Saint-Germain, disent 1rs Mémoires de Bachaumont, une réception peu flatteuse; ce ministre Ta persitlé pendant toute la durée de la conversation, et a fini, en le quittant, par affecter de l'appeler brave jeune homme. • (8 janvier 1776, t. IX, p 7.)
2. Ce vœu de mademoiselle de Lespinasse se réalisait presque à ce moment même. « Le 27 octobre 1775, M. de Guibert fut attaché au comte de Sauit- Geitmain, qui se servit de sa plume pour rédiger un mémoire au roi, dont M ■ dit lui-même : Ce travail était l'œuvre « d'un jeune colonel, aussi disliiiçué par ses talents, par l'étendue de ses connaissances et par son esprit, que par la chaleur de son âme, qui, peut-être quelquefois, l'entraîne au-delà du but, mais dont les écarts mêmes peuvent être justifiés par le plus ardent amour pour le bien et parle patriotisme le plus rare. » {Mém, du courte de Saint-Ger" mainf p.- 36,)
ÎC2 LKTTflES DE MADEMOISELLE DE LESPm ASSB.
fà:he de me faire à votre sîLuation. Moa ami, cei molâii faut îâther^ quand H s'agît de senliment ou de patieoce, sont autant de dotUea et d'absurdilés : c*eât lor^qull s'agit da conduite, d';ilTaîres, de ctiûses d'inl^^rét qu'il faut en effet klcïm; qu'il faut sa faire effort, parce que les ae lions, lêl fit' mm cb es 301) t alors dirîg*!iiSt ou doivent être dirîgéei fU la rullexîon; et c'est de la BoUise ou de la k^gôrelé qoe de se mettre sans cesse en conlrafliciion avec ses projels et sei iDU^réisi. Mais moî, je tâche rai, je me ferai cIToîtj et pouT» quoi? Qu'eit-ce que je me proposfùf qu'est-ce que je vonlois? NoHj non, mon ami, j'ai manqué le but de ma vie, il n'7 a plus d'interâl pour moi. Je me lairai sat)s doute, mm ^Q ne sera pas en tâchant t ce sera aprï^s avoir tout apprikié, lotit îngéj et surtout aprôs avoir vu de bien près le terme; ^'est poui me calmer, s'il est pnssîiblc, dans ces derûieri temps de souffrance. L'on supporte tout à la ûa d'un voyage; je ne veux pris vous coûter un regret. Je n'ai point besoin de î armes après ma mort. Je ae vous demande plui que rîndLîlgeuce et ïabont(5 qu'on accorde aux malades el aux malheureux* Adieu, mon ami. J*ai passé une cruelle journée, j'ai toussé à mourir. J'ai un peu de fièvre ce soir. U faut cependant que j'écrive un mot à M. de Vaines. Ja lui eQVoie cette lettre.
Jeudi, ux heures du sotr, SI ûclobfc ITTi.
Vous aurez iin mot demain malin. Je reçois votre lettre ^ • c'est la première que j'ai eue le lendemain de sa date, ordi- Daircnient c'est le iroisiÈuie jour. Mais, comme vous dîtes^ il faut se plier à celte manière d*étre, car vous n'en cban* gcresÊ pas. Mais aussi vous ne devez piu trouver extraordinaire que, dans celle incertitude perpiUuelladc ce que vous faites et du lieu où vous êtes, on ne soil pas toujours aussi exact. Je vous ai écrit hier, c'e5l4*direj mardi au soir, et par le courrier de M, Turgob Je priai Aï, de Vaftics de voni envoyer ma lettre, — Ebl bon Dicul étes-vous fou d'aller dem;Hider de mes nouvelles au comte de C,..? Il ne saura plus qu'une cbose de moi : il saura ma mort; tout le restf
est pour lui couinie ce qui se passe en Chine. Il sait qu'il aime sa femme, il sent qu'il est riche; et voilà, je vous jure, les deux parties de son discours dont il ne se tirera en effet que par la vie éternelle. — Non, je ne me porte pas bien : j'ai une toux convulsive qui ne me laisse pas un moment de repos. — Je ne vous réponds point sur M. de Saint-Germain? c'est que j'en ai mes poches pleines. Mon ami, tout ce que ce que je désire, c'est que vous ne mettiez rien contre vous; sûrement cet homme a du mérite et tjcaucoup. 11 vous a aim(.\ pourquoi voudriez-vous, comme dit précieusement M. de Sainl-Marc*, donner cent coups de bâton à votre étoile. Adieu. — Mais est-il bien vrai? avez- V0U8 besoin d'être aimé de moi? cela ne prouve pas que vous soyez sensible, cela prouve seulement que vous êtes insatiable. Je vous écrirai par le courrier de M. Turgot; envoyez chercher une lettré chez M. de Vaines demain vendredi à six heures. Mais au nom de Dieu, écrivez-moi avant neuf heures du soir: la poste part à cetle heure-là, et si vous saviez combien il est triste de recevoir une letlre qui a trois jours de date lorsqu'on est à quatorze lieues! Cela annonce iant d'indifférence I J'ai eu ce matin à neuf heures une .ettre d'hier au soir, de la même heure, et ainsi tous les jours. Vous avez beau dire, les soins, l'attention, prouvent quelque chose. — Ma chambre est pleine, et môme il y a des personnes que j'aime bien.
LETTRE GXLI
Jeudi, minuit, 26 octobre 1775.
La conversation n'aura pas été interrompue longlemps,. et cependant vous aurez eu le temps de respirer. Vous êtes bien heureux si vous respirez à l'aise : car pour moi cela m'est impossible, et je ne puis pas exprimer de quelle souffrance cela est; mais c'est de vous que je veux parler, mon ami. — Je pense que vous ferez mal de quitter tout de builc M. de Saint-Germain. Dans ce premier brouhaha, il ne
t. Jean-Paul-André des Rasins, marquii de Saint-Marc, né en 17t9, œort i 1818| écriyain de Técole de DoraU
vÊrm ï rien ne fom trace, ou lieu que, si vous tHîeilâ
après M' ■ retîiier oiomriil, il b*apf>rochoroit de vous; voui pourrit^K Li illre utiîii en mille uùose^, C*î1 homme torube des DU?? il aum des milliers de qucsiîans à fairej et il a t35€z hVq lérience pour ne les piâ^ faire au tiasard» Il vods a vu fî jo âe ^ vous t^liea âa/^ /l^s, el Ton ne craint jms de se coQimeUni vis-à*vis d'un jeyue honmie qu'on aîmc. Enfia je puit me Ironipt-r, raaii je re^^H'cJe tes premiers rnooiem comme bien impoiians pour vous. Vo^eï, mon amij ne mettes ni fausse g>}nLTosilé| oi légèreté dans votre conduîie» /e voua dia comme je va^ Ja tms bien qu'il y a un degré d*ÎD!érÛt qui Irouble i« i lais vous ÛJes encore plut
piȐs de V0U8 que je nVi ainsi dtQez voua donu de
vous-mêaiCt — Vous ne ^s pluB rien Oe vos affaires 5
qu'est- ce que cela pro it-dies lerminées cumme
vous ïe tîésirîeï ? ou y mL s amaiU de négligeticâ quo
M. le maréchal de Duras j ù légùrelé-7 0hï leii eieel-
ieos n<^'gociateurs 1 — M* c a: me fail voire éloge» mdâ
de la meilleure manière r cn&t son âme qui vous toue, Jo ^ous dis Ct*^. pour vous prouver que vous ne I avez pas blessL^ te jour que vous lui avez parlé de moi; muis c'ost moi que vous btesâcriez aclucîk^menlj si vouà reveniez à la cliarge. Mon ami, lu premiùro rigle daas.L'amilié, c'est de servir nos amis comme ils veulent i'étre, fussonl-ils les plus Isizarres du monde : l'on doit avoir la délic:ite6se de se plier a leur volonté sur ce qui leur est ilirec terne ul personnel. Celi posé, ma manière, ma m^iuie, li vous voulei, à moi, t'esl de n'ôtre servie par persoime ; je liens compte des infeulions, comme les aotrcs liennenl comple dos actions. Ainsi laitscz donc là votre aclivilé, portez* la sur d'auïrei objels : car je vous le répèle encore, vous m'offenseriez si jarnuis vous veniaz à vous occuper de mes inlértMs, Songez donc que, si j'avois voulu, je ne serots pas restue pauvre: il faul donc que ia pauvreté ne ioit pas le plas graud mol pour moi, JJon ami, croyez-moi; je dis toujours vrai, ci je sais bien ce que je veux.
Vous ne m'avez point parlé des spectacles, vous ne me diles pas un mot de ce que vous faites; vous n'avez pas be«
1. Pendant la guerre de sept ans, alors que M. de Guibert servait dani état- major gén*!ral du maréchal de Bruglic, et particulièrement à Roftbach, «à Al . de Saint-Germain avait pu toir combattre le jeune officier. I. Sans doute aa suet d'une reprise du Connétablt»
9Cft
soia d a causer, vous u'avex besoin que d'Ôtr^ partout, et dô voir louL Je voiiJrûiâ que Dieu l^ù\ vous luire don de la puissance qu'il a d'ûLie préscml parloul. Pour moi, je seroia au désespoir d'avoir ce lalcnHàj je suis hîen loin de di^sirer d'^lre partout, car je voudrois bien n'(}lre nulle pari. Ahl mon Dieu I je voudrois avoir la chimère qu'a madame lie Aluy; je croiroîs avoir reli^ouvtî le bouhuur : elltï est sùro qu'elle re verra M. de Mu^ ; quel appui pour une Urne dt'soléol— llya quai re ans dansce lempS'Ci,que je rccevois régulièrement deux lellres par jour de Foolaineblenu. I/abseucô fut de dix jours : j eus vingt-deux Jellres; mais c'est qu*au milieu de la dissipation de la cour, étant Tobj cl de la mudei <îlaut devenu celui de Tingouemenl des plus belles d.rinos, il n'avuil qu'une affaire, îl n'avait qu'un plaisir : il ^ouloiî vivre dans ma pensée, il vouloit remplir ma vie; cl, en elTel, Je me rappelle que ces dix jours-là Je ne sorlîs pas une fois : j^aUcndofs une îclfre, et j'en et rivoiîi une. Ali! ces souvenirs me luenil cependant je voudrois bieu pouvoir recommencer, et à des condi lions plus cruelles encore* Mon amij si vous voyez le fond de mon fluie, quii vous devez me plaindre l mais ne me le diles pas : c'e^^t du courage que j*ai l^csoin; oui, j'en ai besoin, je soulfrc cruellement* — Diti^Ê-moi si vous avez r(^'guli<} renient des nou» velles de madome de*^. Avcz-vous fait quelque chose pour ce qui IM'nlcrcfsoil? Vous oc me dites rien; mais vous êtes sî pressé 1 — Est-ce que vous ne comptez pas suspcndrô votre travail sur le livre de M. Dume^nil-Durand *. M, de Saint-Germain y répondra peut (ître en quatre mois ; cola vous épargnera bien de la peine; cependant sî cVloil un moyen d'^outcr à votre réputation, je le regreltorois pour vous.
Le chevalier va faire Jouer une pièce qu'il vient de com^ poser; il ne Ta fait voir à personne : celle uiunière lui a bien r<5ussi pour Agathe^ ^ et je soubnile qu'il ^'en trouve aussi bien cette fois-ci. Ce que c*cst que le monde, le tor-
i, Prunçois-Jein de Grrijsi'iorge a t'ij^çvjke. i..[im.ij de .uenu-iHiriinJ, né «o l7î9,mor( en 179ft, colouel d'état-ftittjor en 1768, et qai se fil la ilef^u.^L'ur Jq i'ordre profoni contre Vorilre mince, rccominaflJfî par Guibinl thiiS tt ractrque. C'Cftl pour le réfuler que ecluUei composm m Orfitat du t;/9ti'iNrd!« ^mrré mndfrjif^ Iravflil luquel faîl icj «Ituiioa msitomoi&cHe àt Lcâpiuti^c»
9. AlddBtne de GtfiUs quatiHc At « jolie comâilie a cettu pièce r«M>V£.%W^N& du cheviller de Cha»lcUui* âti^moin$^ t. 1U| p» îtiJ^
rent de la société! ils jouent* et font des comédies; ils onl soiis cesse des scènes entre eux qui sont d'un genre larmoyant ; ils se tourmentent du matin au soir : c'est Tamouppropre qui se plaint, d'un côté, et deTautre, c'est une vanité cllïénée. Je me meurs de peur qu'avec les lalens qu'ils ont tous les deux pour la comédie, et même pour la tragédie, ils n'amènent une scène de dénouement à une pièce qui devroil finir sans éclat. Ohl comme tout le monde est malheureux 1 — Vous voyez bien que je ne peux pas vous écrire jusqu'à votre départ, surtout lorsqu'il n'est pas fixé; j9 ne veux pas qu'il reste une lettre après que vous serei parti. Adieu, je vous aime partout où je suis, mais non partout où vous êtes. Voilà le dénouement pour nous.
LETTRE GXLII
Vendredi, 27 octobre 1775.
ie viens de recevoir trois lettres de Fontainebleau : elles
?onl du 20, et M. de Sainl-Gcrmain n'ctail pas encore arrivo. Mon ami, vous iijC disiez mercredi matin que vous m'écririez le SMir, et vous n'avez pas pensé à uioi. Depuis ce'i instant, di;es-moi donc au moins si vous avez reçu deux IfUrci pariM. de Nairies, et une par la posle, l'une de mardi ( ! (iciix d'iiier. Quand j'ai vu toutes ces lettres de Fonlaiuc])\(\ u, je n'ai pas mis en doute qu'il n'y en eût une de NU..::. -Mon Dieu, que vous me rendez injuste! mon premier uiouvenient est toujours de lire avec dégoût les lettres de Funlainebleau, lorsqu'elles ont trompé mon espérance. Ehl non, non, ce n'est pas vous qu'il faudroit aimer : vous êtes dune agitation, d'une évaporalion qui ne permettent pas de compter sur vous. Je ne vous critique pas; mais je me condamne par tout ce qui me reste de raison ou de force. — Les archevêques d'Aix et de Toulouse* sont partis ci
\. Ce pluriel se rapporte à M, dvî Cbastellui et à ma lame de Gléon, qui
vlail toujours sous-entcndue quand il s'apis^ait du chevalier et de ses comédies. 'l. Il était alors beaucoup questiju do l'entrée de rarolie\èque de Toulouse, Luiiiénie de Brieir.e, au ministère. I.e comte de Mcrcy écrivait, le 19 novemibre ITTo, à Maiie-Tliéièso : « Il y a grande apiiarcnce qu'il ue tardera pas s entrer au conseil. U y a loni;t<mps qu'il y serait placé, si U supériorité de se* taleuts u'aT&it pas causé uu peu d'ouibra^je au coui^ de Maurepas, qui a tou*
matin* pour Fontainebleau. Mon ami, vom avez jugé de IVtat de ce dernier avec ce vif inti5rût qui fait dire au comte
de G que je me porte bien; il est en bien mauvais état
et j'en suis bien inquiète : il a le meilleur régime; mais j'ai bien peur qu'il ne suffise pas contre son mal. Il est gai et môme sans inquiétude : il tient peu à la vie, quoiqu'il n'ait guère seiili le malheur. — J'admire votre justice, mon ami ; lorsque vous blâmiez le choix du nrinislre, c'étoit M. Turgot qui l'avoit fait ; depuis, après y avoir mieux pensé, vous avez trouvé que c'étoit le plus excellent choix qu'on pût jaoaais faire; ce n'est plus M. Turgot, c'est M. de Malesherbes. Tout comme il vous plaira, mais vous aurez bien de la peine à me(tre dans ces deux têles-là deux volontés : il n'y en a qu'une, et c'est toujours pour fnire le mieux possible. Oh! oui, je les aime; ce n'est pas le mot : je les chéris et les respecte du fond de mon âme. lis ont eu l'honnêteté de me faire partager le plaisir qu'ils avoient du choix du Roi. Ce n'est pas par rcconnois?ance que je tiens à M. Turgot : il oublieroit que j'existe, que je me souviendrois de môme de tout ce qu'il vaut. Voilà ma réponse à tout ce que vous me mandiez de Montigny; par sagesse je m'absliens de répondre, de premier mouvement : vous m'aviez blessée, et je me tus; je n'y sais plus que cette manière. Je ne sais si M. Nicole^ a oublié' ce moyen de conserver la paix : il en vaut bien un autre. Adieu, mon ami. Vous ne m'avez rien dit, et je vous parle. J'ai là trois lettres, et je ne réponds pas. A propos, j'ai oublié de vous dire que madame de Boufflers m'a répété deux fois qu'elle vous croyoit bien heureux; je lui ai dit que je n'en doutois pas. — Madame de Mart.... est à Montigny. Mon ami, elle va peut-ôlre donner ou recevoir un acquit comptant des 22,000 livres de rente. — Si je ne vous paroissois pas trop outrée, je vous dirois que je hais, oui, que j'abhorre l'argent, quand je viens à penser qu'il est le prix de tout. Fil
jours résisté aux désirs que lei sieurs Turgot et Malesherbes ont de s'associer le prélat dont il est question. » [Corresp. secrètef publiée par MM. d'Àructh et GefïVoy, t. II, p. 402.)
1 . Le célèbre janséniste, auteur de cet Essai de morale sur les Moyens de conserver la paix avec les hommesy dont Voltaire a dit que • c'était un chefd'œuirre, auquii on ne trouve rien d'égal en ce genre dans l'antiquité. •
!08 LETTRES US MADBmOISELLB DK lïJSriîfASSlC'
LETTRE CXLIIl
Herercdl, ^ noTcmbre f7?l,
Mes lettres vous manquent, et ma présence oo vous ait pas néQGgsaire. Vous avez pïissé cinq jours â Paris^ eu n>e rf'prfidmnl et à vous aussi, tous les momeus que vous | re.^lii.'z. Vous avez ùié quinze joura à FonïnîupblenUj ftt î^ ne s'y est guère passé de joiir où vnus n'eussiez trouvé une occasion comnaode pour aller el revenir. Vous saviez que j'éluis malade, vous saviez la part que vous y a\iez; et puis voiii3 me mandez^ et cel-i doit me rombSer d'aise et de reconuoissancc, que, si vom étiez vmn à Paris, faums été h seul objet de votre vo^jage. Aussi ne l'avez- vous pfis fail; el puis vous osez dire que^ si cela ne me |>6nètre pas àa sensibililé, c'est que je suis devenue lien difficile et bien injuste. Ohî que vous pesez mv mou cœur, lorsque vous voulez me pmuvor qu'il doil être coulent du vôtre I Je ne me plaîndrois jamais, mais vous me forcez souvenlàcrier, (ant le mal que vous me f?ïites est aigoet protoadl lUoriami j'aiéh': alméi^ je le suis encore, et je meurs de regret en pepsaul que ce n'est pas de vous. J'af beau ma dire que Je ne méritai jamais le bonheur que je regrette 5 mon cœur cf?lle fois fait taire mon amoui^piopre : il me dit que ai je dus jamais éUe ai tuée, cYHoil de celui gui auroit assea de charme k mes yeux, pour me distraire dû M. de Mora, et pour me refcnir à la vie après l'avoir perdu. Mais est- on jaumîsaimé par ce qu'on aime? cnfre-t-il de la justice et de la rr flexion dans ce sen liment si involontaire el si absolu? — Je n'ai fait que languir depuis votre départ; je n'ai pas été une heure sans souffrance : le mal de mon âme passe à mon corps; j'ai tous les jours la fièvre, et mon mé^ decin, qui n'est pas le plus habile de tous les hommes, me répète sans cesse que je suis consumée de chagrin, que mon pouls, que ma respiration annoncent une douleur active; et il s'en va toujours en me disant : Nous n'avons point de remède pour Vâme, Il n'y en a plus pour moi; ce n'est pas guérir que je voudrois, mais me calmer, mais retrouver quelques momens de repos pour me conduire à celui que la nalure m'accordera bientôl. Il n'y a que cette pensée qui me repose : je n'ai plus la force d'aimer; mon dnie me fatigue, me tourmente : je ne suis plus soutenue
LETTRE CXLIV. *(J9
par rien. Le désir et Tespcrance sont morts en moi; plus je n'affolbiis et plus je suis obsédée par une seule pensée. Sans doute je ne vous aime pas naieux que je vous ai aimé ; mais c'est que je n'aime plus rien, c'est que les maux physiques me ramènent sans cesse à moi. Il n'y a plus ni dissipation, ni diver&ion : la longueur des nuits, la privation du sommeil ont fait de mon sentiment une manière de folie; cela est devenu un point fixe, et je ne sais comment il ne m'est pas déjà échappé vingt fois de dire des mots qui découvriroient le secret de ma vie et celui de mon cœur. Quelquefois, en société, je suis surprise par mes larmes, je «uis obligée de m'enfuir. Hélas! en vous peignant l'cxcôs démon égarement, je ne veux point vous toucher, puisque je crois que vous ne lirez jamais ceci. D'ailleurs, dans l'état où je suis, qu'est ce que j'ai à prétendre ou à craindre de vous? il me suffit de vous croire honnOte, pour être Lion sûre de tous vos procédés jusqu'à la fin. 11 y a dos situations qui forc^roient une âme dure ei insensible : tout ce qui m'entoure paroîl plus animé pour moi; en voyant de près une séparation éternelle, on se rapproche. Je ne saurois assez me louer des soins et de l'intérêt de mes amis; ils ne me consolent pas; mais il est certain qu'ils mettent de la douceur dans ma vie. Je les aime, et je voudrois les aimer davantage. Adieu. Je succombe à tant de pensées douloureuses; cependant, en répandant mon âme, je l'ai un peu soulagée.
Jeudi, onze heures du soir, • noyembre 177S.
Mon ami, je vous ai écrit quatre pages hier; jamais je ne puis finir ma journée sans prononcer que je vous aime. Je viens de voir la personne du monde de qui je suis la plus aimée, et cela ne m'a fait que mieux sentir à quel point je vous aimois. Après trois mois d'absence, si je vous avuis entendu annoncer sans m'y attendre, comme j'aurois tressailli de la tète aux pieds! comme je n'aurois pas su un mol de i t que je disois, ni de ce qu'on me disoil! Mon au)i, il faut wmcr pour connoîlre tout ce que la nature a accordé da biens et de plaisirs aux hommes. U est doux sans doute d*{:-
ïre aimé ; mais où est le bonheurî car de Jugei', d^upprécier l'affection d*i3fi homme aîmablej ûè répondre avec honnûtélé à des mùOYeraens involcntaires , de voir tour à tour la tristesse et le mécontentement se peindre sur le visage dû quelqu'un tout rempli du ûémt de votre bonheur; ohl si cela flatte l'amour-propre de quelque sotte femme, combien cela afflige une Ame honnête et aeneible! Mon ami, Je pourroii vous dire comme Pyrrbusà Andromaque
Âh! qa'uffl t£til def louplri qui! ntou cctur vous cnTolÇi S'il ft'écbappaft V9ti elle, j pG»Heroit de jùle ^ .
— Mon Dieu l est-ce que vous ne soutTririca poîot de n'avoir point de mes noaveHes î est-ce que cela ne fait pas un yile dans votre vîeï Seriez-vous occupé oti gdï*' vrê au point de ne pus épiouver tour à tour un besoin aclif et une grande langueur? Est-ce que jii ne suis paa bîeïi près de votre peu sue lorsque je ne la sui^ pas? Ahl m on ami, ces questions ne vous pûigncnt qu'une bien foi Me partie de ce que je aens; je meurs de trislcsso* Mes amis me ccoienl nITeclée de iBt% mau^ ', Je vopia ce s^dr la bonté de M. d'Andezî et de M. de Scboniberg : ils me rassuioient sur ma poitrine; ma toux les déchiroît, et ils me consoloicot. Les excellentes gensï ils ne savent p:i8 tout ce que je souffre 5 mais Je ne mérite pas d'âlro p tain te, mCnie par voui î cflPJucîL'Z de Fexcôi de ma foliej je sens q^ue je vous aime pai'-delà les forces de mon a me et de mon corpg. Je seng fue je me meurs de n'avoir point de communiCQliûQ*aVec Tout î celte privation est de tous les supplices le plus cruel pour moi. Je compte les jours, les beures, les minutes; ma tôte s'égare sans cesse 1 car je veux rimpassible, je veux avoir de vos nouvelles les jours où le courrier ti^arrive pomt ! en tin, que vous dirai je? je vous aime à la folie. Eh bienl upvès cala, comprenez-moi si vous pouvez. Je ne vous envoie point mes lettres; je voua choque, je vous iiTitH, ne fût-ce que par contradiction : il y a plus, c'est que si^ par quelque hasard, vous veniez à Ûlre forcé de rester d^ma le lieu où vous ùlm, six mois ou un on, ou toute la vie, je crois pouvoir répondre que vous n'entendriez jamaîi
t. Bdit rie iâi.49, €ês matiî. N^ïjs adoptont U eotrcctitii de Tidltde Htt| qw ûoua parait jusLiCâë par le *cni.
parler de moî. Concevez, d'après celie disposition, l'horreuf que m'a causée ce maudit billet, daté d'un lieu qui se pein4 à moi d'une manière plus effroyable que l'enfer ne s'est jamais peint à sainte Thérèse et aux tètes les plus exaltées. Nulle raison dans la nature ne peut combatfre une aussi funeste impression : je frissonne encore, en me rappelant cette date et le peu de lignes qui la suivoient. 0 ciel ! qu'éliez-vous devenu! aviez-vous donc cessé absolunientd'ôlra sensible à mes maux? Adieu; ce souvenir flétrit moa cœur.
10 novembre, vendredi, après l'heure de la poste.
Non, les effets de la passion ou de la raison (car je ne sais laquelle m'anime dans ce moment) sont incroyables. Après avoir attendu le facteur avec ce besoin, cette agitation qui font de l'attente le plus grand tourment, j'en étois malade physiquement : ma toux et ma rage de tète m'en avoient avancé de cinq ou six heures. Eh bien ! après cet état violent, qui n'est susceptible ni de distraction ni d'adoucissement, le facteur est arrivé, j'ai eu des lettres. Il n'y en avoit point de vous; j'en ai reçu une violente commotion intérieure et extérieure, et puis je ne sais ce qui est arrivé, mais je me suis, sentie calmée : il me semble que j'éprouve une sorte de douceur à vous trouver encore plus froid et plus indifférent que vous ne pouvez me trouver bilarre. En me prouvant que je ne suis rien pour vous, je crois qu'il me sera plus aisé de me détacher de vous. Il m'est tellemeut démontré que vous ne pouvez faire que le malheur de tous les instans de ma vie, que tout ce qui me donne la force de m'éloigner de vous, de m'en séparer, est réellement pour moi le plus grand soulagement que je puisse sentir. Me voilà à souhaiter que vous soyez retenu par goût, ou par force, dans le lieu où vous êtes: votre absence cesse d'être un mal pour moi ; c'est du repos. Adieu,
LETTRE GXLV
Lundi, trois heures après midi, 1775,
Mon ami, que vous êtes aimable, et que vous justifiez bien l'excès de mon égarement et do pion malheur! Oui, je lo
tBS DE MADEMOISELIiE DE LESPI^'ASSK,
I S j'ai soufÎBrU ce que j^atlends^ fian n'a u mît
m'ompCclier, de me garantir de voua sîmeFÎ"
*i j.^ ..^ L'^'i >aimoi5 pas. Il y ^ ries t:îi3?cs qui me ruol croire àlii fat : je devois donc vivre pour voua revoir^ et j*en devoiâ rif. Mais, mon ami^ je vaus ai aimé, je ne me
plaîDa plu Luisscz-moi donc subir ma destinée, et garJezvous-de m«L,Ere le comEiltiù mes aiauï, en n)e TniBUnl aimer îa vie aamomeai où 11 faodrcà la quiîLer, où je sens qu'elle T-*-f happe. Kéla^, mon umi! par bontéj par pilié, hiîsseimoi cTohd que la mort n^c délivrera d'un forde^iu qui m'accable Laissez moi arrêter, reposer ma pensée sur ce moment Uuii duiiiê, si aUendu, et (lout jn me senâ approcher avec une sorte de (ra isporL Mais aussi, lor>que je vous dcoutoia hler^ que je voua voyoïs^ je penaoia avec aUendrissemenl que biuntôl je vous dirais adieu pour jamais. Je me Iclloia, j'aurois voulu do me pas croire si malade^ je regrelloia de ne pouvoir plu?? espi^rer. En lin, mon ami, ma tendresse pour vous remplissoit mon âme et ne rae permettolt plus dû former un souhait qui eûï pour objet de me séparer da voua. Ah! sous cet aiïreuï rapport, la morisera un m;il, un grsnd maT. Mon Dîepl vous ne saureK jamais le détihirement, respèce de mort et d'angoisse uù je viens de passer CCS trois dernières Bcmaines. Ce n'est pas la perte de mes force?, ma maigreur. VexcH de mon changement (ïui sont étranges. Ce qui est inouï, c'est qua ma vie ait ri^siatâ à . celle torture, il ara vous voilà; je vous ai retrouva pleio do bontt^, de sonsîbîliti^ î vous avez calmù mon âme, vous avex mis du baume dans mon sang. Il m*ctoit moins pénible de souffrir celte nuit; je n'ai point dormi, j'ai eu la fièvre, j'ai l0Liss»5; mais en vérité je n'ai pas été malheureuse: car j'é* lois occupée de vous d'une manière douce et sensible. Je pensois que je vous écrirois, et je n'osois pas espérer recevoir de vos nouvelles. Mais cela ne me paroîssoit pas impossible. Jugez du sentiment de bonheur que j'ai eu lorsqu'cn entrant dans ma cliamhre, l'on m'a dit : De la part de M. de Guibert... Mon ami, ces mois m'ont fcrlifiée pour ma journée; je ne crains plus la fièvre avec voire letlie; le remède a plus de pouvoir sur m )i que le mal. — Seulement, je chasserai de ma pensée ce qui vcul y revenir sans coifse.// est arrivé samedi à cinq heures à Paris, et il a atten hi jmqiCà dimanche une heure pour savoir si fctois morte, malade ou au toinblê du malheur. Ah! mon ami I vous aviez donc ouhJ.r»^
s LETTRE CXLVI. 273
que je vous aimois, et vous ne saviez donc plus comment j'aime avec toutes les facult(5s de mon ûme, de mon esprit, avec l'air que je respire. Enfin, /atme pour vivre, et je vis pour aimer.
Je meurs d'envie de savoir ce que vous aura dit M. de Saint-Germain. J'ai pensé de nouveau à sa lettre : elle est fort bien, mais fort bien; et je ne doute pas que vous ne soyez content de la condiiile qu'il aura avec vous. — Si ce n'esl pas le matin que je vous vois demain mardi, écrivez-moi un mot, car je ne doute pas que vous ne reveniez ce soir. Si vous ne venez pas le matin, et que vous ne puissiez pas me donner votre soirée, il faut que vous sachiez que, depuis quatre heures jusqu'à cinq et demie, je suis seule : aûnsi voilà trois manières de me voir avec liberté. Prenezen donc une, mon ami; car j'ai besoin de vous voir. Bonjour. Vous voyez que je me dédommage. Eh ! bon Dieu I j'ai tant souffert de me taire I Mon ami, croyez-vous qu'il y ait pu qu'il y ait eu quelqu'un dans le monde plus vivement frappé de vos agrémens, et plus profondément occupé de vous? croyez-vous enfin qu'il y ait un degré de tendres>c el de passion pnr delà celui qui m'anime? Les ballemens de mon cœur, les pulsations de mon pouls, ma respiration, Iput^ela n'est plus que l'effet de la passion; elle est plus marquée, plus prononcée que jamais; non pas qu'elle soit plus forte,. mais c'est qu'elle va s'anéantir, semblable à la lumière qui revit avec force avant que de s'éteindre pour jamais. Adieu, mon ami. Je vous aime.
[Verg le i 0 oclobre] quatre heures, *775.
Mon ami, je n'ai pas fait ce que vous vouliez, je vous en demande pardon: mais il est au-dessus de mes forces de vous adresser une lettre dans le lieu où vous êtes. Cependant je ne suis pas assez injuste pour souhaiter que vous n*y soyez pas, et môme avec plaisir et intérêt. Je suis inconséquente, foible et malheureuse, voilà tout. Souffrez-moi telle que je suis, et moi je vous aimerai à la folie tel que vous êtes. Mon Dieu! que vous êtes aimable de m'a voir écrit
%là LETTRES OE MADEMOISELLE DE LESPlKAesJS*
ce pclîl m«)t en partant I [l a ranimé un instant mon fimê aîjallue. Ah ! mon ami î quiî m'est dirflciie de vivre ! votre présence seule peut me foire supporter le aeri liment de la perte quû j'iii laite : tout le reste m'avûrtil qi e mon mal* benr est sans rei?source comme sans consolation ; tous mas amirf, touB leurs soins me font senlîr querien ne peut àé- Boraïaîs pt-nulrer juj^qu'à mon coeur. CMloît M. de Jïora, c\Hoît mon sen liment pour lui qui animoit tout pour moi; tiore V0U3 et mon alîecîîon pour vous, tout s'est éteint avec lui. La nature enliine meparoît OiOrte» ]e ne voudrois pas la lanimerj mais je voudraîs m'am^anlir. Que faire d'une Gxi&it^nce n,um douloureuse et aussi languî^sanle! Mon ami, vous m'aiderez à la supporter^ et cela suffira quelque temps à votre boulé et à voîre délieaiesse» Vous vouâ dîreï ; je soidage- j'adoucis le malheurj j'essuie les larmes d'une per- Èùnuo qui ne lient à la vif* que par moi, Mais, mon ami, ce senilmenl de vertu ne sauroit satisfaire entièrement votre unie : son ardeorj &a chalcurj son activité ne se conîenleront I oint d'avoir adouci mes mao^; vous voudrez, et avec raison^ faire nu consolation^ m^ds cela sera impossible^ et bieniôL vous vous refroidirez. Je sens, je prévois cet avenir, et i! me paraît tout près de moi. Pourquoi ^attendre? Ne seroil-îl pas doux et facile de le prt venir î Alil laissezmoi achever de mourir! Ne chcirchez point à réchauffer, à ranimer une âme que le plaisir et la douleur ont consumée. Je vous trouve si aimable, si digne d'être aimé, que vuus me feriei regretter â chaque instant la force et la tÎvaciié que j'ai perdues. î^on, ce n'est pas moi, en effet, qu'il faut aimer. Vous sentiriez trop souvent que vous me faites giûce^ et cela flétriroit votre coeur. Vousàevei régner sur «ne âme vive, jeune, remplie de chaleur et de passion: la mienne ne peut plus s'élever Jusque-là- Elle n'est animée que par la lendresse et la sensibilité. Vous en êtes l'objet; il n'y a pohit de moment où je ne trouvasse de la doucear & vou&en donner des preuves î maïs puisqu'il y a mieux, et plus que cela^ vous y pouvez prétendre^ et avee raison. — Mon ami, le ehevalier de Chatellux a résolu de me tourner îa léte; il est encore venu passer la soirée hier avec moi. U est arrivé de Choi^fy ' k onze heures, et il est venu descendre
I . où la cour sëjourtiâ du 4 au 9 ûcCobrc^ Avanl de k rendre à FoDtdpe'^ bkûu, ce qui asai^nerpîl à titiie lûltro due date intérieure I cellci de ti
thez moi. Il m'a trouvée avec M. de Condorcct et M. d*Ândezi. J'élois presque morte quand il est entré, et je n'ai pas été plus en vie pendant tout le temps qu'il a été avec moi; Il est bon, plus encore qu'il n*estvain ; car il m*a demandé plusieurs fois si je souffrois. Il comparoit mon état de la veille à celui où j'étois, et il ne se doutoit pas que le charme qui me soulenoit, qui m'animoit le jour d'avant, étoit évanoui. 11 agissoit ailleurs sans doute, et cette pensée n'étoit pas consolante pour moi. Je me suis couchée fort tard. Je n'ai point dormi, et à six heures j'ai pris de l'opium, mais en assez petite dose, pour diminuer seulement le besoin que je sens d'en prendre cent grains. En effet, il m'a ôté l'activité et le déchirant de ma douleur. Je souffre, mais aussi Je sens que je vous aime. — Je pense que je vous verrai dimanche malin ; que peut-être j'aurai de vos nouvelles demain: si cela n'étoit pas, j'en serois quitte pour reprendre deux grains, et je vous atlendrois sans me plaindre et sans vous aimer moins. Mon ami, je me sens d'une douceur, d'une modération qui me font peur. Cette dernière vertu me paroît faite pour les habitans des limbes, et je crains d'y être condamnée. Je n'ai connu que le climat de l'enfer, quelquefois celui du ciel. Il n'y a plus moyen de façonner mon ûme à une autre température : cela veut dire que, lorsqu'on a touché le dernier terme du malheur et de la félicité, il ne reste plus qu'une chose à faire, mourir. Et voilà, en effet, où j'aspire, où j'agrois déjà atteint si vous Dû xxi'en aviez détournée. Adieu. Je vous aime de toute mon ame ; mais ce n'est pas assez, ce n'est rien pour ce que vous méritez, et ce que vous devez inspirer. — Si j'ai de vos nouvelles, je vous en remercierai, et puis je vous enverrai ma lettre pour que vous la trouviez en arrivant.
M. d'Andezi va dîner mardi à Auteuil, il sera ravi de vous mener. —Je ne vous ai pas dit que j'avois répondu le billet le plus 8ot, le plus plat. Mais il ne m'importe guère ; elle est au moins indulgente, et mon amour-propre ne peut plus être difficile à contenter. Adieu donc.
Après l'arrivée de la poste.
Non, VOUS ne vous y méprenez pas, vous connoisscz mon sentiment : vous voyez dans mon âme, vojjp savez ce qu'elle est pour vous; vous avez vu ses combats, ses remords» vous
Toyei ta dotjleur* Je vis; après cela ai-]e besoin de vous dira qiia JQ vou:^ aime, que ce qui me reste d'acliulé est employé ,1 vous dui;iri2t, a craindre voke absence, à croire que je ne i'ouna; pas la supporler? el ei n;a pen&ée pôut s'j arrêier avec un peu de calme, c^esl en me disant que Je retrouverai peut-ûlre le courugô que nj'ôte voire ptt^sence : car comment trouver la forœ de mourir, quand on voit ce qu'on ikhne l Mon ami, voire letlre esl aimahle comme vous: elle est pleine d'iiUcrtil, j'en a vois besoin. Âti! moQ Diêui comme yai gouiïeit cetle nuiU je n'en puis plusi mais je vous aime.
Ft apportez-moi ma lettre et pardonnez-moi; on ae guéfil pas do la pear.
LETTRE GKLVII
Oalfi beoretât dêinîA dniolr, IT7Ï.
Vous ne venez pas, et je n'ai pas de lettre de vouisl Cela est bien vide. Men ami, jo vous aime, sans doute, mille fois mieux que Bérénice n^ainio il Titus ', Mais mal heure use ment je ne puis pas faire le mùme emploi de mon ten^psî je ne saurois le pasàcr tout entier h. vous attendie, et ceci n'est pas hors de propos- Par exeniple, l'espi^riince de vou5 voir ' ce soir m'a fuit éconduire un do m^a amis. tJcla m'apeinée en voua attendant, el aetuelloment, cela m'inquiète : car même le^ amis s'éloignent bien vite. On a tant d'affaires et de dissipi-uion^ qu'il raut une grande bonté pour me sacrifier des siiirée». Vuus atleï avoir mauvaise opinion de moi, je Dé serois ni inquiétée, ni atÛigéB, si j'avoiiï éconduit ce qui in*aime. Il a actuelleaicnt ce degré d'intér(}t qui pardonne et qui fait qu'on ne prend point un refus pour ua di'^giuU. Mais M. D,... n'en est pas là. En se répétant dem Ibis, on ne peut pins la voir, il s'y Sûumeltra comme à la nécessitù. Cependant le moyen de ravoir là, quand je voui attends l Si bien donc que je vous prie de ne me pas faire par* tager vos doutes : ils tourmentent mon âme, et ils laisse toient mes soirées trop solitaires. — Savez-vous bien quti "ai passé trois heures fort alarmée sur l'état de M. de Saint*
i . Voir Racine, Birérè''c9,
SermainT On disoit qu*il étoit mal, qu'on craignoit un« fluxion de poitrine*, et cette pensée me faisoit frémir. La France est donc frappée de malédiction î me disois-je. Et puis vous, voire intérôt, tout cela m'agitoit, et je me taisois. Sur les sept heures, on m'a annoncé une jolie femme, elle s'est mise à côlé de moi. Sauriez-vous des nouvelles de M. de Saint-Germain? — Oui, vraiment, j'en ai de sept heures du matin : elles étoient fort bonnes ; mais j'ai donné ordre, chez moi, de m'apporler ici des nouvelles de cinq heures que je dois avoir à huit heures. J'ai été alors tout à fait calmée, et je n'avois plus besoin de sa lettre, qui est pourtant arrivée comme elle l'avoit dit: elle étoit datée de la chambre de M. de Saint-Germain, et elle étoit si rassu-. rante, que je suis persuadée que vous aurez pu travailler avec lui. Mon Dieu I je le voudrois I car lorsque réellement on n'est pas ministre, il y a bien peu de chose qui d.édoramage de la perte de sa liberté. On ne fait guère ce sacrifice ^u'à la fortune et à l'amour; et en vérité on a bic-n raison : ."idée de chaîne, fût-elle d'or, révolte mon âme. Bonsoir. ^ J'ai souffert, je ne connois plus que la douleur, et cependant vous dites qu'il faut chérir la vie; cela ne me paroit pas bien conséquent.
Onse heures du matin.
Je reçois votre lettre, mon ami. Je vous remercie de nu m'avoir pas laissée dans l'incertitude plus long-temps. J'en ai encore sur votre retour, et c'en est bien assez: car vous me dites bien foiblemenl que vous me verret aujourd'hui. En tout, ce billet est un peu froid, mais il est une marque de bonié et d'attention; ainsi je dois m'en louer. Bonjour, iDon ami. J'enverrai cette lettre chez vous pour que vous rayez en arrivant, et j'espère que si je ne vous vois pas ce soir, j'aurai de vos nouvelles demain matin de bonne heure. Écrivez-moi en vous levant, ou avant que de vous coucher.
1. Et non une attaque de goutte, comm« cela armait louvent à Maurepai et à Turgot, ce qui faisait dire au facôtieus marquis de Bièvre, que • le miaiS' 1ère s'en allait goutte i goutte. »
278 L£ÏTUES l'E MADKMOISELLE DE LESPINASSI.
Ooze heures du soir, 1776.
J'ai bien pons« que, si vous n'ôtes pas heureux, très-heureux, il faul qnn le bonheur n'existe pas, qu'il n'y ait pas une It.'lle rho?c il.uis la nature: car vous ûtes justementfait, tout cxprùs, pour jouir beaucoup et pour souffrir peu. Tout vous sert, vos défauts, vos bonnes qualités, votre sen- ?ibilitt% votre h'-gt-reté. Vous avez des goûts, point de passioiit; vous avt'z derûme, et point de caractère. En un mol, ilsoinble que la nature se soit étudiée à faire les combinaisons les plus justes pour vous rendre heureux et pour vous rendre aimable. Vous me demanderez Tà-propos de cola? Ahl si vous ne le trouvez pas, croyez que je divague^ et r^ni- (ont fois vous rencontrerez juste quatre-vingt-dix ni':il. — Mon ami. je ne vous attendois guère ce soir; cependant je me suis arrachée avec peine de chez moi, à dix liciiros, pour aller passer une heure avec le comte d'Andczi chez M. de Saint-Chamans dont j*étois inquiète.
Oiiand vous verrai-je? Combien vous verrai-je? Aurezvous la forco de me refuser trois jours? Vous qui Otes si l-icile avec tout le monde, mon ami, songez ce que sdiil trois jours sur toute votre vie, sur des liens qui 'luKTont ujamiis. Ma vio sera si courte à moi, nos liens H,]\\ ^i frtHos ! oli, mon Dieu ! je les croyois rompus. 11 n'y a ciilro nous de solide, de bien fondé que le malheur: vous vil ti\éz signé l'arrOl par le sacrifice de votre liberté, et par le. repos de to:it ce qui me reste à vivre. Adieu. Dites-vous que, iuiisque vous m'avez condamnée, vous ne nie devez rien : soyez cruel si vous pouvez. Enfin donnez-moi le coup :1e î;rAce, que je vous bénisse et que je vous chérisse encore. — I.e comte de C voudroil vous donner à dîner
vendredi ou dimanche; il est à la campagne jusqu'à demain. Dites-moi, i\ présent que tous vos désirs, que tous vos goûts sont satisfaits, à qui doivent appartenir les mo" me:is qui vous restent. Je vous demande seulement de ne Il'S pas jeter jiarla fenêtre.
Mis lettres, mon ami.
Je n'ai point reçu les papiers que madame Geoffrin attend îivec impatience : renvoyez-les moi tout de suite, jd vous en prie^
LETTRK CXLIX. 273
Minuit, 1776 [et mieux 1775].
Mon ami, vous ne m'avez pas attendue, n'est -il pas vrai? Vous n'avez pas eu le temps de penser à moi, et il y auroit de la gaucherie et de la sottise à me faire des reproches et à vous des excuses :
Il faut se croire aimé pour se croire infidèle.
Mais, dans le vrai, avec la volonté et le désir de vous écrire, je ne l'avois pas pu. Depuis quatre heures jusqu'à cet instant je n'ai pas été seule une minute. D'ailleurs, que vous dire, mon ami, lorsque vous voulez que je vous parle de moi? Avec deux mots, je puis toujours exprimer ma disposition physique et morale: Je souffre, j'aime: et depuis quelque temps, cela est dans cet ordre-là. Oui, je souffre beaucoup. J'ai eu la fièvre. J'ai la fièvre, et je sens que ma nuit sera détestable; je meurs déjà de soif et j'ai la poitrine et les entrailles brûlantes, c'est aussi ma mauvaise nuit; ma journée a éti^, assez tolérable. Il y a eu si bonne compagnie, si bonne conversation dans ma chambre que je vous y ai désiré pour vous : car pour moi, le bon, le médiocre et le mauvais n'ajoutent rien au besoin que j'ai de vous voir; c'est le besoin de mon âme, comme le besoin de respirer est celui des poumons. Mon Dieu ! que je voudrois modérer, éteindre môme ce besoin ! il est trop actif pour la foiblesse de ma machine, et puis il est plus nécessaire que jamais que je m'accoutume à vous voir rarement. Ah! mon Dieu! tout nous sépare, mon ami, et tout me rapprochoit d'un homme quiétoit né à trois cents lieues de moi. Hélas I il étoit animé de ce qui fait faire l'impossible. Ah ! je ne me plains point : vous m'accordez assez, on se trouve toujours trop riche quand on va déménager, ou tout perdre. — Kh bien î mon ami, avez-vous rempli vos projets? ave»- ^ous beaucoup travaillé? Je n'en crois rien. Voici ce que vous aurez fait : dîner, après dîner causer, à cinq heures nller au Temple où vous aurez lu vos changemens sur le Connétable^; ils auront été exaltés jusqu'aux nues, et avec
I. Chei le prince de Conti, grand-prieur de France depuis 1749. Cette lecture ayant nécessairement précédé la reprise du Connétable, laquelle eut
cellcdoucê facondci les Ueuros coulenl bien vitD« Vous Béret»] reiilié un peu avant neuf heures; il eslhien commode di vOgrter en îamWle^ et de ac faire adorer Jusqu'à onze heurei^ et demiCj ml no il. Ici j^empîoic Tart du poinlre d'Agaaiem»] non', et je me tais. Bonsoir. J'i ne sais qoi^lle heun*' vous m€ destinez deuiaiu, quoique von s m'ayez bien dit que ce seroîLJ la K>irée, mais il se passe Innl de choses dans votre tO!e,qïii.J Tos projets ne doivent jamais être regardés comme des etK^ gageuieo:?. Knfin, mon ami, vous me donnerez ce que vous J pourrez. Mais ne venez pas à quatre heures; j'ai dit k quel-1 qu'un de venir à ceile heuiwlà, parce que j'ai bien jugâf que ce n*B9t pas celle que vous choisiriez. Je me rejirûchô] de vous retenir aï fongtemps, vous aies entouré comme nu] mtnisfrei Mais comme ihsonl sujets à confuodreles p.ipiei»'] qy'ili reç'iivciiE, je vous prierai de rassembler les quatre feuilles que vous avez de moi et de me les rapporte^
Osui« beuret du toir, 177^ {et mieut J77!y]i
Onolqoe triste que je sois, j'fii joui vivement du plaisÎT de recevoir réponse, sur les cinq h coures du soir, à une lettre que je vous al tïcrite à cinq tieures du matin. Voili ce qui fait aîmei les grandes ville et Paris par-de^isus foui. On D'à rien oublié de ce qui pouvoitrt[re commode et ulile. Vous ne me dites pas de vous (écrire, ainsi c'est un peu hasarder d'être perdue ou égarée. — Mon ami, vous ûles vraiment d'un excelleut conseil, et soit qu'il vous soit dicté, ou par la sensibilité, ou par la lassitude de mes maux, je n'aurois rien de mieux à faire, comme vous dites, que d'en essayer. Vous traitez ma toux, ma maigreur, mon estomac détruit, mes insomnies, Tirrilalion de mes entrailles, comme vous traiteriez les fantaisies de toutes ces belles dames : ce sont
lieu le samedi 30 décembre 1775, il semble qu'il faille dater celle lettre de novembre ou de décembre 1775, et non de 1776, con^mc la fait le premier éditeur.
i . Timanlhe, qui, peignant le sacrifice d'Iphigénie et désespiîranl de rendre 1 douleur du père immolant sa fille, le repr^}seiita la tète voilée.
LETTRE CL. 2di
leur» plumes *, leur lôîe en pagode, leur démarclie sur un talon, en un mot, toutes leurs sollises. Vous me proposez de me guérir, comme vous leur proposeriez de se corriger. Mon ami, vous êtes bien jeune, voilà ce que cola me prouve : car je ne peux pas dire que vous êtes bien froid et bien désintéresse^; croyez que ni ma volonté, ni rien dans la nature n'auroit plus le pouvoir de me sauver. Non, la résurrection de M. de Mora, qui seroit pour mon âme le premier de tous les biens, ne pourroit plus changer mon sort. Ah I si ce miracle s'opéroit, combien la mort me seroit effroyable! Il ne m'a connue qu'avec le besoin, le désir et le plaisir de vivre. Mais, mon ami, je m'accuse, je m« le reproche, je suis trop foible, je vous fatigue. Mes maux, mon malheur pèsent sur votre âme. Je ne veux plus que vous sachiez ce que je souffre : en ne vous le disant pas, votre sensibilité n'e sera plus exercée d'une manière pénible, et vous croirez que j'ai suivi votre conseil. Vous me trouverez un meilleur visage; et, ce qui est bien plus împorlant, vous me trouverez moins curieuse. Allons, je vais faire comme Sosie, je me donnerai du courage par raison*. Je ne vous promets pns d'aller jusqu'à la gaîté, c'est un tour audessus de mes forces. — J'ai moins toussé aujourd'hui, et si la nuit est de môme, je renverrai encore la saignée comme
dernière ressource. — Non, le comte de G ne vous a
point su mauvais gré : il m'a dit honnêtement qu'il auroit fait comme vous. Mais si vous voulez tout réparer, dînez- y dimanche, vous me donnerez la force de sortir. — Oh l je suis bien fâchée de ce que l'on commence à s'affoiblir : il faudroit être fort dans le moment où l'on a tout le pouvoir; s*il craint, tout est perdu.
Vous voulez donc écraser tous les sots et tous les méchans? Mon ami, cette ambition a moins d'éclat que celle
I. Le goût pour les plumes, dit M. J. Quiebertit, élait alors une vérilable rage. On en met dans les cheveux aussi bien que sur les bonnets. Files fureut plautées dans toutes les positions, devant, derrière, sur les côtés de la tète. Mentionnons le Qu'es aco^ formé de trois panaches plau tés derrière le chigoun, et la coiffure à la MiuervCy cimier de dix plumes d'autruche mouchetées il ycu de paon, qui s'ajustait sur une coiffe de velours noir toute brodée de paillel* d'or. {Histoire du costume, Paiis, 1875, p. 597.)
S. Molc:o t dit :
VaisonS'Dons du ^œur par raiMB.
{Âmp/iitryon^ acte l, il
232 LETTRlilS DB MADEMOISELLE DE LESPINASSB.
d'xilcxaiidie, mais elle est tout au«si vaste. Adieu, adieOi uion ami. Vous iMus si pressé, si alfairé que c'est manquer d'égard que de vous retenir. Que je voudrois savoir si voui. revit'ndiez demain ! que je voudroisvous voir, que je voudroîs l'impossible.
Ooze heures du soir, 1776 [et mfcvt I775]«
Je ne vous ai p.is vu. Mon ami, je vous aime. Quand voub vernii-jc? Voilà le n'suUat du passé, du présent, et de Tavcnir, s'il y a un avenir I Ahl mon amil que j'ai souffert, que jo soulFie I Mes maux sont afl'reux; mais je sens que je
vous aime. — Le comte de C a rapporté de Versailles
que M. de Saint-Germain étoit dans son lit avec un gros rhume. Si vous ne deviez pas le voir, j'aurois grand regret à voire voyage. Adieu, mon ami. Quand ce seroit le dernier, je ne le prononcerois pas avec plus de tendresse et de regret. Mais pardon: vous ne voulez pas que je vous parle, ni de mon mal ni de mon espérance.
li::ttrk clii
Odic heure? .l;i iii;it!:i, 1776 [et nuieux 1775],
Eh li'Viy mm }'^r(\ \ous ma Inoz, \uiis l'tii^z moins cruel hier. Ah! laissez-moi giiodr, ou numiir! Ne vous justifiez pas. — Non, mon ami, si vous nùWs pa? mort, si vous n'avez Pauvf'î la vie à personne, il n'y a point d'excuse. Ahl mon hiiMi, jo mcursl mon Amo ne ?(» po?si'do plus. Vous r.ivcz rxalh'G ct' malin, et vous m'abandonnoz! Mon ami, je pi'«'ssi'[is qiio Vdii- mo forcerez un yniv à vous donner un ^rand cIia.LMin. Ilrla^! peut-èlro vous lr()uverez-vous soulagé. Oh! qiio, cotte pensée mo d()nno de forcel — J'ai manqué à madame de Sainl-Chamans ce soir, j'ai éloigné mes amis. Dcunain jo serai onformée depuis midi jusqu'à d(Mix luMiros: c'est un rondoz-vous pris depuis quinze jcxars. Honsoir. Puissiez-vous dormir et jouir d'au-
tant de plaisir que vous m'avez fait éprouver de torture et d'angoisse! non, je ne sais pas comment on ne meurt point de la force de la pensée. — ISe venez pas demain malin.
LETTRE GLIII
1776 Cetmieiii 1775].
Von ami, ôtes-vous toujours aussi coulent? voire zèle n'est-il point refroidi? n'avez-vous rien à rabattre de tout le bien que vous espériez et désiriez? Enfin, mon ami, étesvoiis content? avez-vous pris des arrangements positifs pour le Connétable? avez-vous vos loges, vos billels? est-ce toujours demain matin que vous avez une répartition? Trouverez-vous, au milieu de tant d'affaires, un moment à me donner? la réponse à cette question n'est pas celle qui m'intéresse le moins. J'ai besoin de vous voir. Mon ûme languit ; c'est, je crois, cette disposition que les dévots appellent un temps de sécheresse, et qu'il ne faut rien moins que l'amour de Dieu pour rendre supportable. Imaginez, mon ami, que le plus vif intérêt de ma journée a été un dîner excel.. lent, dont je suis sortie tourmentée de remords, et pénétrée de regret d'avoir eu et trop de foiblesse et trop de force tout ensemble. Vous ne connoissez pas le plaisir de manger poussé jusqu'à la passion. Eh bien ! j'en suis là depuis douze ou quinze jours, et les médecins, qui sont des îgnorans ou des barbares, prétendent que c'est un mauvais symptôme pour ma poitrine. Si je pouvois calmer ma toux, je ne me soucierois guère de leur pronostic. — Mon ami, je n'ai vu que des gens d'esprit à ce dîner : ils ont élé aussi maussades que des bêles; il n'y a pas jusqu'à l'ambassadeur* qui n'ait donné dans le genre ennuyeux. Tigurezvous ce que c'est que de venir lire des vers italiens pendant une heure. Mais en tous cas, s'ils m'ont ennuyée, je le leur ai bien rendu en importunité, je n'ai pas cessé de tousser. Bonsoir, mon ami. Je me souviens que je vous aime, mais je ne le sens pas.
A propos, c'est tout de bon qu'il faut que je cherche un
I. Le marquis de Caraccioli, ambassadeur exlraordiDaire d'Espagne prèi U eourdd France de 1771 à 1781.
184 LETTRES DE MÂEtE^OtSELLE BE LE!^FiNASi?E.
logemeiil. Je mn de ce malin que je oe pourrois pus garder calui'Ci, quand ]e le Toudrois. Voye^ doQC à votre porte.
CJtiq keureE d« matm, f TTft '
le nesaurois dormir : mes enlmillos, ma lûte, mon âme, tout cela m*éveille el me lourmenle. Pour cbarmer Qiei niaus, je yeux voua parler. — Vons Tojfez bJen, mon ami. que je no peux pas, que je ne peux plus aller dhicr chei M Brjolin*. Je vous ai mandé que je lui avois écrit pour m'excuscFî et en vérllô, cela seroit au-dessus de mi^s forcés. EîceptL^ vous, je ne saurois écouter, ni parler à personne* J*ai ûié si boule ver&ée, il me reste encore tanl d*in quiétude, que je ne saurob me trouver bien qu'avec celle famille désolée: je Eoolfre et Je sens comme elle. Mon ami, mon cœur est plein de larmes, et celles que je répands n'onl pas seulement M. de Saint-Cbamam poor objeL Âhl que tous tenez de près à tout ce qui anime mon âmcl cVsl vous, c'est toujours vous, sous quelque foroie et de quelque manière que j'exprime un sf?ntimenl douloureux* Me^ regrets^ mes cruinles, mes remords^ tout est rempli de vous, et com-
d'EUt, coud j mué à mort p^r le iribuual rdvnltiliuunnire Lb J1 JyiIkH JT^I {4 tbiimiidor ^m U)^ [û nieiue jùiir que M.>«dfî La Rincla. U hv^it dté Tup di^i premli'i fi n inh-iuSuiri^ In rnndo drs jardJQii aïi;;his dans Sû domL^iirc do la rue de Ctictij, ucicuic jua4u'cu lôuG oouot Ic nocit (le Tivoli qu'il lui avait donné. Madame Yigée Le Brun décrit ainsi ces jardins et leur propriétaire : ■ M. Boutin élait petit et boiteux, gai, spirituel, et d'un caractère si affable, si bon, que l*on s'attachait véritablement à lui dès qu'on le voyait un peu intimement... H faisait les honneurs de chez lui avec une grâce parfaite... J'ai pu en juger sou» •vent; car il avait arrangé pour moi, disait-il, un dîner de jeudi où se trou-, ▼aient tous mes intimes : Brongniart, Robert el sa femme, Lebrun le poëte, fabbé Delille, le comte de Vaudreuil... lis avaient lieu dans cette charmante maison de M. Boutin, placée sur les hauteurs du magrdfique jardin qu'il avait nomrcé Tivoli. A celte époque, la rue de Clichy n'était point encore bâtie, et quant on se trouvait là, au milieu d'arbres superbes qui formaient de belles el grandes allées, on pouvait se croire tout à fait à la campagne, d (SouvenirSf t. Il, p. 26i).) — Toujours médiocre admirateur de noa imitations de jardini anglais, Walpolc, qui visita le Tivoli de .M. Boutin en 1771, a dit « qu'ilres- «emblait à la carte d'échantillon d'un tailleur. • (De Bâillon, Letlresde H. Wali pôle, p. 229, 236.)
ment cela ne seroit-il pas? Je n'existe que par vous et pour vous. Eh I mou Dieu! vous dites que je rejette, que je re^ pousse tout ce que vous faites pour moi. Expliquez donc ce qui m'attache, ce qui m'enchaîne à une vie de douleur que j'aurois dû quitter au moment où j'ai perdu ce qui m'en avoit fait connoître tout le prix, ce qui me l'avoit fait chérir. Qui est-ce qui me retint alors? qui est-ce qui me retient encore en déchirant mon cœur? Vous savez aussi bien que moi si je vous aime; vous savez qu'en vous disant que je vous hais, je vous prouve encore que je vous aime : mon silence, ma froideur, mes torts, tout vous est une preuve qu'il n'existe pas dans la nature une passion plus tendre et plus forte. Mon Dieu, qu'elle est combattue l qu'elle est abhorrée I et elle est toujours plus puissante que ma volonté et ma raison. — Mon ami, envoyez vite vous excuser de ce dîner de M. Boutin. Gardez-moi votre bonne volonté pour demain mercredi chez madame GeofTrin. J'espère que je pourrai y aller, si nous avons des nouvelles aujourd'hui. — J'ai reçu votre lettre de Versailles en rentrant, elle étoit arrivée à minuit. Je ne vous ai pas assez dit combien j'étois touchée de cette bonté compatissante. Bonjour ou bonsoir, mon ami, car je vais commencer ma nuit. H est bien plus doux de causer avec vous que de dormir; mais pour vous aimer, pour souffrir encore quelque temps, il faut bien avoir du sommeil : car pour aimer il faut vivre; et il est bien certain que je ne vis que pour vous aimer. Adieu, la plug aimable et la plus chérie de toutes le» créatures. C'est pardonner, mais oubUerl Ah, mon amil
Quatre heures, 1776 [et mieux 177b].
Mon ami, je suis malade, bien souffrante. Mais aussi je suis folle, depuis deux jours. Je ne sais ce qu'est devenue mon âme, c'est un désert : je n'y trouve plus ni sentiment, ni passion, mais des regrets déchirans, une parfaite douleur, l'étuiinement d'exister encore, la sensibilité et l'égarement des premiers momons où la mort impiloyable m'enleva ce qui seul m'avoit fait chérir la vie. Ah, mon Dieu i
LETTEEB ïiE MADEM015ELLB I>B LESPIÎfASSl^
poar^^uoi m'empL^chaies-voiig de le lukrel poarqyd me Cûodumtiâ tes- vous à une mort si lente et si douloiirciisÈt Voilà, mon ami, tes pensées qui ont rempli ma vie- depuis mardi au soir. J'en ai été plus malade; j'ai paisse tinc ni3Jt sans me coucher, je n'ai été dîner nulle part, et je vous Favonerai, le ComiéUîble ©al venu rarennent à ma pensée Ju crois mi^tne que, sL voua ne m'aviez pas t^crit, je n*aaroii pas eu la force de vous mon! rer à quel point Je suas triâle et abattue, — Eh, mon Dieuî non^ je n'irai pas à Versaillea a d'abord ]ê iui? trop malade j et puis je seroîsaur la roua pendant la représealation. Je ania plus difficile que vonssur voire îûtérêt* D'ailleurs^ si cette tragédie amène, comme je J*espère, un grand saecès, je ne me soucie pas d'exalter mon âme : elle est trop fatiguée^ il ne lui faudroit plus que du repos et du calrae* L'on m'a déjà envoyé demander Iroia fois ce billet de loge, cela m'importune à mourir. Je fais serment de ne jamais me mû 1er des plaisirs de personne. C'est le premier intérdt de tous ces gens-là, et moU loin d'avoir le projet de me divertir, je me sens 3a mort dans IMme.
Vous ne m'avfiï pas rendu mes lell^es^ je suii bien suit que si je les euvoyois demander chez vous, je les aurois. -^ Vous é liez bien pressé mercredi; en loul^ le mouvement vous est bien plus nécessaire que Faction., Cela paroît bien subtil, mais pensex-y, et vous verrez que cela cat juste. — Mon ami, je vous remercie do l'intérêt que vous mettez à ce logement. Mon Dieu^ que je voudrois en avoir un h Sainl- Sulpicel Ab! ce qui est affreux, c'est que je fais peser mon mallieur sur ce qui m*ûime ; mais ce n'est p^s vous,— Voui devriez venir dîner dimanche chez madame la duchesse d'Anvillc* J'altends de vos nouvelles ce soir, et je me flatta que ce billet de loge y sera. Pardon, mon ami, de vous oc cuper, de vous détourner, et surtout de n'avoir pas eu li force de vous cacher ce que je soniTre.
LETTRE CLVl
Sti heum dki mAtto, illt*
Je ne puis pas dire que ma preniîère pensée est pour vous: car je n*m point encore dormi: mais ma peDSf^e est
pleine de vous, el je veux vous dire que je vous aime avant que quelque moment de sommeil m'enlèse au plaisir de le sentir. .Mon ami, je me suis couchée bien triste : je vous avois attendu longtemps, et cet espoir avoit animé et soutenu mon âme. Mais quand l'heure d'espérer a été passée, ahl je suis tombée bien bas; car mon corps étoit bien abattu. Il y avoit du monde autour de moi, mais je n'aurois pis été plus seule dans un désert. Eh, bon Dieul me di sois-je en entendant annoncer, tout ce qu'on n'attend point, tout ce qu'on ne désire point arrive, est exact, assidu. Il est affreux de ne vivre que dans un point, de n'avoir qu'un objet, qu'un désir, qu'une pensée. Mon ami, ce que cela fait éprouver, n'est sûrement pas le remùde de la fièvre; mais cependant je l'ai beaucoup moins forte que la nuit dernière; je n'en ai ni la soif, ni la chaleur, ni l'espèce de délire. Figurez-vous qu'il m'étoit impossible de m'occupcr de vous : mon sentiment m'échappoit comme tout le reste, et ce manque de pouvoir sur ma pensée augmentoil ma chaleur et mon agilalion. Actuellement je suis plus calme ; je souffre, mais d'une manière supportable. — Êtes-vous à Paris, mon ami? Vous verrai-je ce malin? Mon Dieu! je ^ous souhaite la meilleure, la plus grande fortune, tous les succès, mais qu'il est malheureux de s'être attaché à quelqu'un que tout éloigne de nousl Si M. de Saint -Germain vous occupe, vous serez sans cesse à Versailles. Les représentations de cette pièce vous y mèneront sans cesse, et puis une femme, une famille, des goûls, la dissipation I Ah, mon ami I je ne me plains de rien^ mais de bonne foi, dites-moi si je pourrois vivre au travers de tout cela. Ce que vous feriez pour moi, vous coûteroit beaucoup, et ce que vous ne feriez pas, me meltroit à la torture. II vaut bien mieux dire et faire comme la femme de Pœtus* ; je ne pleure jpoint, mais je meurs. Je ne sais si c'est la fièvre, mais depuis assez longtemps, ma tôte est épuisée et rassasiée de
1 . Ârria, femme de Cscina Pœtus. N'ayant pu sauver son mari, condamné à mort comme complice de la révolte de Scribonianus contre l'empereur Claude, elle se plongea un poignard dans le sein et le tendit ensuite à Fœtus en lui disant: Poète j non dolet, (Pline, EpistolXy III, 16, et Martial, Epigram.f lib. I, 14.) A ce souvenir de l'antiquité se mêlait sans doute dans l'espiHt de mademoiselle de Lespinasse celui de ce beau vers de la tragédie de Surena, da Corneille :
Moo, j« ne pleare poiat. madame, mais je meur*.
(Acie Y» «c. •«)
larmes. Je n'en ai plus, ce soulagemeot n'est plus àl'osage dû mu dùuk'ur. Mais, mon ami, c'est de vous que je veux ïous parler* — Voua files donc arrivé bien lard: car sûrement ] 'au rois entendu parler de vous aujourd'hui^ aï vont élîe* arrivé à cinq heures, N1 m porte, je vous ai me.
LETTRE CLVÏI
Eepï %muim [merciredij, I77t>
Oui, V0U8 aurez un mot, mais rien qu'un mmi. J'ai du monde ; vous, vous faites des Tiâiies, tout cela est d'un grand inlL^rât^ il faul en convenir. Ahl si roo atmoit, comme loul cela seroit platï maïs lout est bien, quand tout est mal. — A l'égard du logemeat, je n'iii que jusqu'à mercredi maîiii pour me dLTÎder, ainsi vos bontés et vos soins n'ont que celte t^ititude. — Je ne sortirai demain qu'à ueuT heures du soir, Je dîne chea moi. — Je n'ai pas vu le baron; au lien de cela, j'ai été passer une heure et demie au chevet du lit d'une charmante créature: songez donc quel charme elle a pour moi, puisque le lÊEe-ïi-i^te ne me pèse point.— Voua avez dû voir qull m'est imfjossible de mentir. Pour ce qui L'oncerne le secret Je quelqu'un, cela me parolt impos* Bible autrement. Je saii bien que l'on manque souvent à la moraie; mais il faul une distraction, ou un iiitérùt: ce seroit fLiire le mal en puie perte. Bonsoir. — La semaine derrière j'ai pu dîner trois fois avec vous, et vous ne Favei iiaa voulu, Je pou vois vous voir tous les jours ; car Tambassadeur, M, de Scboraberg, M, d'Andczi, etc., logent aussi toia que vous ; maia ils ne tiennent pas h tant de cboscs, ni à tant de personnes, mais ils n'ont pas des chaînesqu^ils aient choisies, moyennîint quoij ils les mettent souvent à lerre^ ris ont raboQj et vous n'avez pas lori î j'en auroismoi, ai je m'oublioîs à vous écrire, — Souvenez- voua donc de faire iuscrire toutes les listes pour la répétitioti 4e mardi; joignez-y M. et madame la baronne de Breil *,
Mon Dicul ne vous occupez donc plus de ma santé, cet
1. Peut être de la famille bretonne des du Breil, comtes de Pontbdant, çiiia produit plusieurt prélats distingués et un chef d'escadre en 1781»
tOTTES CtAniV
fSf
altérât me pcneire ; mais Je craîos qu'il ne vous fa&se souffrir.
LETTRE CLVIIl
Mlttîf mari ITTI*
Je n'enlenda pas ce que cela veut dire. A propos de c» propriétaire, vous dites î je rïai jaman rien vu de si diffL* c(le. Eu quoi? pourquoi? Je n'entends pas; mais puisque vous voulez bien prendre la peîae de faire faire ce bail, je voudrais que ce ne fût pas te vendredi. Ce Jour, ce nom me fonl • encore Trissonner d'horreur. Si cela vous est L^gal, cboîsisgei samedi ; ou bien je ne le signerai que samedi. Pardon de tout col ennui. Non, Je n'envoie ] lu chet vous^je ne vous presse plus de me donner du temps. Il me semble que c'est forcer uature* que de chercher à vous rapprorher. Par ta nature des choses, iiar les circonstances, par nos goOts, par nos flgesj nous sommes trop séparés pour pouvoir nous rapprocher. îl fa ut donc se soumet Ire à ce qui a encore pi us de force que la volonté et môme le penchant, la nêcemU. Voua êtes marié : votre prcmlei devoir, voire premier 5oin et votre plus grand pluisirae trouvent là; suivez-le donc, et songes que ce que vous enlevez à cela, ne sauroit contenter une ftme sensible. L'épuisement et V&llbiblissemt^nt de tout mon Cire me font fuir les convulsions de la passion. Je voudrois me reposer, je voudrois respirer, je voudrois essayer ce que peuvent tes sentiniens les plus vrais el Vamilié la plus tendre, pour la consolation d'une créature abîmée de douleur et de malheur depuis tant d'années! Oh l laîssex-mûi, lît suycz tout entier à vos goûts, à vos devoirs* et à vos travaux; en voilà bien assez pour remplir voire vie.
Non, ne venet pas ce soir : vous avei près de vous un dOlassemenl et un plaisir beaucoup plus efticaccs que ceui que vous viendriez chercher avec moi; d^ailïenrs, je suis restée chex moi hier au soir et je ne peui pos, je ne veux pas passer deux jours sans voir madame de Sainl-Chamans qui est maladi*. Oemaio, û voui voulei. Je vous verrai : Je
Édil, |S(jU« mit fait,
!^. lit» mùuîoif ttmpotribtê»
""ôtoe chez Faniba^sadeur de N '
êoir. Aujourd'hui, |ii vais chiv
— De tout Cfc quo Jo conoois, de luul cti qua J uiaià, de l«
cp fj^il m'aime, vou» ôteî ce que y \rsh !e moins, le ne
: jo mu dis au con ' cela est
li; el je détouroe vs ruée de an jijq
le ne saurois changer.
IfloQil, IT7(».
OUI VOUS éle» tout de glace, gens heureux l Gens tnoiide, vos âmes sont fermées aax vives, aux profondes i^ prês^ionsî Je suis iiri31e à remercier le ciel du mnlhcur * m'oi-xjble, el dont je meurs, puisqu'il lue laisse celle double sensibilité et celle profonde passion qui rendent îi sible rt tout ce qui aouirre, à (oui ce quia connu la doi à tout ce qui est lotirmeulé par le plaisir et le m d*ttimer, Ouip naon ami, vous êtes plu» beurenx que mais j'ai ptiis de plaisir que vous. — Je viens de d premier volume du Paymn perverti*. Celle deroièje p ' TTQU» a pas ravi; vous n'avez pas eu besoin de m*en parl( de me la lire! âme de glueel C'esl le bonheur, c'est le U gage du ciel. El U mort de iMànon, et sa pussion et ses morda, el ces mois doulouieux el passionnés» qu'elle cij ploie I Abt mon Dieu! nous avons passé bier la soirée «omble; le livre étoit là, vous Tavies lu et vous ne m'^
I* Le Paysan pem«r£i ou Ici Danger j delà mUei P«ritr 177e» 4 k-f t| par RcUr de U Breloone, La Harpe l'a ju^é ainsi t % Dans ce ron rtea D*est digéré, riea n'est inolivé, rien n'est bien écrit; et eepeadaat, j Ij^iÎÊU de ce chaos, on est élouné de truuTêr des morccaui qui prouvent ût( •ecfiikiillté cL de rimigliialioo. * (Corr, tilL.t. l, p. 300.1
2. %Iadua,qij! i'eii etopoiiotioéo pir désespoir de l'iuOdâUté d'Edmoodt^ inaru qu'elle i eependoot IrompA elle-même^ Lui parla Bin&i dam nii suprême^ tbli>e(tt:3 I
« Alonsieur) vous no t.irderet pas â èlre débarraBsé d*ua ohjol odieui..t « Miin(ni, <ïu*avei TOUS failî — Mon sort tous iul^fcisti encore T., , Je vai« dé inoiirir heureuse K,* Écoutez-moi ,^. C'est une amie qui TouiilraU qye on morN fài otUe, puisque s& vie n'éiait pas digue de le leodre h(?ureui.«* Pourqfl ti'tailler rn*^*^ dermcra niometitsY... le ne leî vouTàIe consacrer (|i/à loL ie i Orains pas laimTi qui t'avance ] sans la douceur d'ûire atmée, la vie uéleii rûm pour moi. Je re pouvait plui l'élre, ie oe le mérilAÏ* pii,*, t (te Fa\^ian pwr* terlt^ La Haye, I7^4| t, I, p, '4n,}
LETTRE CLITC.
toi
ûmez mot! Mon ara*, il y a ud peiit coin de voire Ame. et une glande ymlït de voire condnite quipouvoient sans to* lie et sans injustice faire faire un rapprùchemenl qui ne V0U8 plairoit pas. Oui, oui, il y a un peu d'Edmond dam voire affaire: vous ne lui ressenabioz [jûb de face, mais un peu de profil. Mon amij ce livre, ce mauvais livre qm manque de goût, de délicatesse, de bon sens mûme, ce livTo» ou je me trompe fort» e^\ fait avec le reste de pas* sîon et de chaleur qui animoit Saint Preux et Julie, Oîil il y a des mots délicieuît t si ce ne sont pas les dernières étin* relies de Ion génie, Jean-Jacques; si ce ne sont pas le^ reodres mal éteinirs de la pasi^ion qui animoit ton âme. Us tel ouvrage, je t'en conjure, el ton cœur fora animé d'in* téri^I pour Tau leur, qui a mal conçu et mal conduit cet ouvrage, mais qui est certainement capable d*en faire «n meilleur. Je vous punis, mon ami, je vous accable, mais vous vous tirerez d'affaire^ comme de coutume, en ne le lisant point. Edmond en auroit bien fait autant, et il étoit moins occupé que vous. Mon ami» voici le litre, ou la noie d'une lettre que j 'au rois faite comme Pierre * l'Éditeur. Edmond à Manon^ Comment pétition marquer i(ts mêmes sen* timens à tnnl d'objets différensf — Le monde *:shoi dangereum séjour pont quiconque a le cœur fait comme Edmond.
Voua me renverrez mon livre et mes lettres» Vous me dire* que vous avez été plus dissipé qu'occupé cette aprèsdtnée; l'opéra, des visites, les soins, les manièrea, la frivolité des gens du monde, du talent, du génie, le besoin d'avoir du mérite, ûbl rétonnaQtcontr/iste« et quel uH'reux malhear d'avoir vu de si prés un homme encore plus séduisant qu'il n'est aimable!^ — Mon ami, j'ai toussé à consterner tout ce qui étoit autour de moi, je n'en puis plus. En vérité, vous êtes oblîg»* do m'aimer, vous n'avez plus qu*un moment. Je le sens.
Une logo de quatre places pour des femmes, trois billets de parquet; pcnsez-y, ne méprisez pas un soin qui oblige ce qui vous aime.
le ne sortirai pas : J*aî la fièvre; et ma toux est coatinueJto,
I* Personnage qui^ dans le roman de Ilélir« est su).po»â «voir reeuciltt Im ■ttfvf df Mmoii, û'Sdtnuud, etc., dOQl 11 m eouipOM*
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!■ i.iili-i i\' I;i i',;'f. cl |.i.- t.iji.-: biil'its do parquel.
! Il « n 'jiM'. M-ii( : i.'iif. f] w, ('(i\\i\ iinporliincc que je
mil |.i hli" rli«,- 1-, f.iis tr.in.<;i(ti''t'. de Lulère ou de
Mon iiiiii, vi;M-(; À vous L-s( de n'eu mellre ni
> . il
aux grandes» ni aux petites choses. Il me revient dix lettres avant votre départ. Si je ne les reçois pas (car il faut employer la menace où la prière est inutile), je ne vous écrirai pas une ligne d'ici à un mois. Mais, mon Dieu I je sens quel cas vous devez faire de mes menaces et de mes résolu tiens I Si vous ne me croyez pas la plus fausse des créature^, vous devez me trouver la plus foible et la plus aimante. Bonsoir^ moji ami. — Pour pouvoir causer avec vous un moment, je viens de renvoyer quelqu'un qui ne dormoit pas comme Vous, que je n'ennuyois pas comme je vous ennuie, mais qui ne pouvoil pas retenir mon allenlion, parce que je voulois vous parler. Cependant je n'aime pas trop à vous écrire à Paris : vous êtes si pressé, vous répondez si peu et si mal I vous êtes si peu avec moi, lorsque je suis avec vousl en un mot, vous êtes si bien tout ce qu'il faut être pour plaire et n'être guère aimé, que je meurs d'envie de me mettre à ce régime. C'est la dernière ressource que j'aie à tenter pour guérir mon Ame, et soulager ma poitrine et mes entrailles : J'en souffre beaucoup dans ce moment-ci.
LETTRE GLXI
Mon ami, vous êtes bien aimable. Quand je vous vois, Je n'enterids, je ne sens que vous. Mais livrée à moi, je ne connois plus que le sentiment dé la douleur, des remords, " des regrets. Tout ce qui peut tourmenter une âme sans la détacher, voilà le supplice auquel vous m'avez condamnée Si j'avois de vos nouvelles, combien je vous en serois obligée I
Mais partez donc : vous arrivez toujours trop tard.
Six heures du soir, 1776.
Je ne veux pas, mon ami, que, dans le peu de jours qui me restent à vivre, vous puissiez an passer un sans vous
194 LETTRBB I>E HÂDEMOi^SBLLS DE LESPINÂSSB-
Bûuvenir que tous éles aimé à la Miû par la plus malheu* reusQ àù toutes les créature». Oui, mon ami, je vous aimei le veux que cette lri?le Térilé vous poursuive, qu'elle îroutite votre bouheur; Je veux que te poison qui a défendu ma \ie, qui la consuaie, et qui sans doyîe la terminera, répande dans VQlre âme celte sâeniibiHté douloureuse, qui du moins voua disposera à regretter ce rjui vous a aimé a?ecle plus de tendresse et de passion. Adiey , mon ami, ne m'ainiei pas, puisque ceîaaeroit contre voire devoir, et contre votre volonté; mais soufTreï que je voîib uirae, et que Je vous le rédise cent fois, mille fois, mais janaaiaavec Veipresdon qui répond à ce que Je sens.
Mou ami, venez dîner demain chef madame Geoffrin. J'ai â pea à viifTej que rien de ce que vous ferez pour moi ne pourra tirer à conséquence pour t'aveDîr, Mon Dieu, l*aveniriqueje plaindrois ceux qui Tattondroient, s'ils voui aimoieoll — Mais adieu* J'ai du monde là- Qu'il est pénible de vivre en soci^téj loriqu'ou n a qu'une pensjée I ~
Orne bcuret du »oEr, 1T7>«
Bonsoir, mon ami. CommenI Êles-vous?Je ?uis inquiète de votre mal do gorge. Pour moi, je me suis traînée j et c'est le mot, cliei: rorabas^adeur de Kaples», J*iii toussé à as- Ëountir lea vingt-quatre personnes qui éloîeot 3a. Je suis renlrre, j'ai ou des convulsions si violon les, qu'il ne m'est rien lerité de mon dîner daas ïestomnc. J'ai vomi avec des angoisses inexprimables; cette secousse m'a donné la fièvre , et beaucoup plus forte que celle d'hier. Voilà du moins la dt^cision de mes deux médecins d'Andeziet la Rochefoucault qui viennent de me qnitler. Je les crois de reste, et je n'avois pas besoin d'eux pour savoir que j'ai la fièvre. — Mon auii, c'est M. d'Alembert qui vous remettra cette lettre : il va encore voir ce Monsieur si difficultueuxj e suis confuse des soins que vous prenez pour cette affaire.
I. Il habitait rue Montmartre, près de ce bel hôtel d*Uzès, tout récemment démoli par la spéculation, qui y a fait passer une rue.
LETTRK CLXIV.
JB ¥Ous demande cependant de ne pas m'abandonner jusqu'à ce que tous m'ayez vue perdue, c'esl-A'dLre, jusqu'à la fîgruUure du hîxU, Faites-vous rendre les condilious ou clauses que je veux qui y soieul insérées, et meUess de la pt'da[>iene H faire tout exécuter. Tous ces détails faitS} je n'ajouterai cependant pas, comme cet homme qui acca bloit sou ami absent, de soins, de commissions, etc. Mon cher ami, mettez beaucoup d*cxactilude et d'attention à tout ce que je vous demiinde : car je jnijitétesse fort ù ce qui y e regarde* Eu honneur, je ne trouve ni en moi, ni pour moi rnon premier intérêt, Ob I quand on a aim<^, quand on a perdu ce qui nous aimoit, peut-il rester quelque intérêt pour «oi? Mon Dieu I je n'en aî plus qu'un dan» la vie : c'est de fuîr ce qui me fait mal, et, par conséquent, d'<}lre délivrera du seul mat qui accable les malheureux, la vu, — Mou ami, je vous aî fait mal hier, en voui proufanL que vous jouidez du premier de tous les biens, si vous avieî daigné Tapprécier. Adieu. Il y a des choses que je voudrois elîacer de mon souvenir et reirancher de ma vie; el c'est justement tout ce que j'ai fuit pour vous, el tout ce que \ouâ avez fait contre moi. Vous me disiez' avec plus d*hoon<?(etô que de sensibililé» qu'en signant mon bail, je signcrois le tratté de votre bonheur. Mou ami, celui qui a pu ligner mon arrôl le premier de mai, ne doit plus (rouver ion bonheur en moi» Adieu. — Ne prenei pa^s la peine dâ venir demain malin chez moh
Neuf heures «t derntt^ ITTS»
ie le sais bien : vous écrivez des billets cliarmins, mai» vous rne faites mourir. J'ai froid, ai froid que mon ihermomètre est à vingi degrés plus bas que cilui de Hénumur. Ce fmid concentré, cet état de torture perpétuel me jettent dans un découragement si profond, que je n'ai plus la force de désirer une meilleure disposition. En elTetp que <lésirer? Ce qui me reste à sentir ne vaut pas mieux que ce que j'éprouve* Obi oui, il faut achever de s anéantir. Je ne repousse ni votre pitié, ni votre géoérosité. Je croirais vous faire mal
LKTTKIC!» DE HADHUOISSLLIC DR LESPINASaV.
f8«? ctCo etc, et Je voyois que ch^ique question a^ loin d*une réponse. Mon arai, expliquez-moi, si voi VÊX^ commt'.nt on peut conserver pour vou« le moin i liment, lorsqu'on esl certain, mais certain jui^qu'n i t^jf dence, que ce que vous appelez votre sentiment est dénué d'intérêt, d'aHealions, d'ami li^i, et enfin de tout ce qui répond aune âuie sensible et al tachée. Oui, je le crois, &i votii eu avex lo temps, et si vous pensct quelquefois â qu'on vous donne, et au peu que vous accordez, voo prendre ou en grande pitîc^ ou en grand méprî? pour moi, comme vous voyez^je ne le suis pas, mai: ; i.n
pis que cela; je pourrois vous dire dajis loua les in«Uos:
Quelle malédiction, mon Dieu 1
Avez-vous eu des nouvel les do M, de Saint-Germain M. d'Andeiî arrivoilce soir de Versailles, où Ton dtsoit qu'i étoil dans son lit : Dieu veuille qu'il vive et pour vous c pour la France 1 — Eh bien ! qu*est-ce qui Ta emporié C0 «oir, ou de mjidame de ••*, ou de madame His, ou dw travail? 11 fauï ^tre bien heureux pour Être toujours dans l!ett> barras du chois; pour moi, ]*avooe que ce n'est pas ainii que j'avois conçu le bonheur : et si je recommençois vivre, ce n'est pas de celui-là que je voudrois; il est bien plus fait pour contenter la vanité que la sensibilité; maïs tout le monde a raison, et vous plus qu'un autre : car vous êtes bien content 5 et je vous en fais mon compliment du fond de mon cœur. ^ Que ferez-vous demain, mou amlT non pas, comme de raison, ce que vous avez dit que vous feriez. J'ai eu un plaisir bien doux, bien sensible : j'ai embrassé M. de Saint-Chamans; il est mieux, mais il n'est pas guéri, et sa mauvaise siinlé l'attriste, car il vou droit vivre* — Le dégel m'a beaucoup rendu : ma chambre a été remplie de monde lout le jour; cela ne m'a fait ni plaisiri fi peine; jVi gardé le silence et ]'ai moins toussé. Je dois h mndame de Ûurtal* un sirop qui m'a tenu lieu de calmaat aujourd'hui et hier î depuis trois mois je vivois d'opiumi
1 . Teove d'Armèfid-.UetanUre'Rog6r de La Rocberoaaautdf comte de Diitt«|f fté le 10 octobre lT48t mort le 17 mar» tT74, »ecoQd SU de Louja-Àrmarid- Frmçoli ûa La Rochefourautd-Iloic, cotnte de RuucI, puis par brevet dua d'IsUisac ea 1719^ et de llXrt« de La Hochefuucaoldt aceur da 1« duch^ie 4'Anvatf,
ûô Tonl fait bannir. Donsoir. Voua voyez comme je suîi l'ralnéè à causer avec vous, cependaDt je devrois Cira ' dans mon Ut; ce n'est pas répondre au désir que vous avie* de me quitter ce matin.
LETTRE CLXÎX
Eh, mon Dieu J vous vous méprenez î ce n'est pat mol qui vous suis nécessaire, mais n'importe, puisque vout le voulez, je vous al (en d rai, el je passerai la soîrée avec vousj mais, en vérilé, c'est vous sacrifier mon repos; j'y ai re* gret, parce que ce n'est rien faire pour votre bonheur. Il y a deux sortes de choses dans la nature qui no supportent pas k médiocrité, et vous m'amenez à cette mesure que je dùlesle, et qui n'est pas faîte pour mon âme. 0 ciel l pourquoi vous ai-je connu? Je n'aurois pas éprouvé le remords et je n'existerois plus. Et voyez de quoi vous remplissez ma vie et mon âme I je ne vous fais point de reproches^ mais je vous exprime le viF regret que je sens de la méprise effroyable dans laquelle je suis tombée. — Rapport ez-moi la lellre de la comtesse de Doufflers. — M* de Vaines no viendra pas ce soir, il est venu bier jusqu'à onze heure?: il xD*a chargée de vous faire souvenir de lundi, parce qu'il ne savoit pas où vous logez. Bonjour; à ce soir donc : mais ne venez pas la*d, vous serez bien aimable î apportez-moi ce mémoire de M. de Voyer K
[«•fdî) nUé
Je renvoie M. de la Rochefoucauld pour vous répondre. Votre boulé, cet intérêt actif me touche bien seasiblemenl; mais^ mon ami, si le sentiment que tous avez pour mo
1. U&rie-BéDé de Voyer 6e Paulmr, m&rquîide Yoyer, né le 10 leptâmbn 1711, nii du comte d';irgoruoii| tnîtiiftri; de ta guerre, el d'.iiine Laicher| liettttJiljiUgéaâral tu 17 bS* >DQft lu 18 septembre ITSi.
mO IvETTRia DE MAT>KMÔISKLLfi DB LESPtNASSK.
VOUS est pénible el duulourôni, il faut donc que je lôij ^ halte de le voir refroidir : car il me seroit affreux dû TotnT faire souffrir. Ah ! nous devons tous les deux avoir le môme regret : 1»; jour qui nous a fait renconlrer (5toit un jour bien funohte; que nesuis-je tnorle la veiîlttl — Ma journée « éié remplie de douleurs, et ce qui est extraordinaire» d'un abattement que je croyois ne pouvoir pas s'allier avec raclivilé de la soulfrance.
Quel plaisir douloureuic J'ai senti en revoyant madame Geoiïrinî uh I elle m'a fait mal, j'ai vu sa Un plu» prCïa que la mienne*^ j je n'ai jamais pu me rendre maîtresse de mes larmes, elles m*ont surmontée devant elle, j'étois désolée. Ah ï mes libns sont trop forts» ils vont trop directement à mon cœur : il semble que je ne dcvroîs plus avoir qu'âne douleur el un regrel ; et cependant je retrouve souvent mon âme toute vive d aflectfoos et d'inlériîts qui me déchirent. Mon Dieu l si vous continuez à vous affecter de mes maujc, vous m'en ferez trouver la durée insupportable. Je vous connois bien, mon ami| mon agonie sera un mal pour vous; mais la rapidité de vos idées me répond que vous êtes pour jamais à l'abri doi grands malheurs. Eh| mon Dieut tant mieux, j'en bénis le ciel pour vous.
Mais demaini c'est votre jeudi, soyez- y fidèle : je ne sait ce que je dis, ce ne sera que mercredi. Venez donc, moa ami, si voue avez du courage et de la bonté : car il en faut pour soutenir le spectacle de la douleur el du découragement. Bonsoir. Je vais me mettre dans mou lit» d'où Je devrois ne plus sortir.
Hardi, quilre heum, 17 oelobre ITIY.
Il faut vous écrire l Mais en vérité, c*e&t presque me .,n faut monter datis la lune Mon ami» j'ai cédé, et mon \
i, Midime GeoCTria KTait fdl bo coaiineocemCial de 1776 une ttès-gr. tndadie^ dcot elle était relevée Tcrsle I" février, et doDt à celte époque clIé écrtvsit au roi de rotogôe t ■ H n'ai point été en dAngerf niait J'ai beaoooup iOufTert. » (Cb. de Mouy, Corrtxp, inédifBf p. 4i)9 ) Elle ikvut lurvitrre dii-Sfpt IQQÎB à uitJcinoîieUe de {.cpioasse : «tlciule d^ |^«i^&Ijtiir à b 60 dt t*Afiii«(! (77li elle mùurtil tf S octobre I77t*
LETTRK CtXXll,
^ret c'est que ce ne soit pas seulement h votre prière : er; tD'arracbant ce oui^ l'on ui*a fait fondre en larmes, et von* me le pardonnerez. Mais je n'en reviens pas : pourquoi Ci i fcharnement après ma vie? Ils me n'^pondent tous quejî)* naîô personne n'a si bien aimé que moi. Eh I bon Dieu 1 ce "mérite-là a tté payé de trente ans de souffrance, el puis la moit au bout 1 Je ne sais si cela encouragera nos dames A plumes. — Je verrai donc Bordeu* demain à quatre lieuresj car c*esl le poignard sur la gorge. Ne venez pas à celle heure*!à. J'ai vu toute ma lisle ; \h sont restés trois jusqu'à dix heures el demie, c^esl moi qui al renvoyé. — Je vais me coucher, car il a bien fallu me lever. Bonsoir, Vous êtes bien uimalilc, et sans une profonde expérience, il seroit impossible de ne pas se laisser eulraîner; tant de aoins, laut decbaîeur» si bien le Ion el les expression» du senti meni, el tout cela employt', mon Dieu! pour qui? pour une créature que la mort a enfin exaucée. Pourquoi donc voudiiez-Yous me rendre inconséquente comme le bûrhcron'î Hélas l il ne manqncroit plus pour complélcr mon horrible deslinée, que d'aller me mettre à regretter ce que Je ne puis plus contenir ou retenir. Adieu, mon ami; de vos nouvelles.
Oiu«heiirefl, ITT*,
Pourquoi me supposet-vous animée d'un sentiment aftreux? Voyez mieux ; en aurois-je îa force, quand mt^me fen aurois la disposition? el puis il faudroit autant de manque de délicatesse que de maladressej pour laisser percer du ressentiment lorsque je suis arrivée au point où Je n*ai pluâ besoin ni de di5fense ni de vengeance. Mon ami,
I. TbéopbUe tie Bordeu, docteur régeol de lei fscullè *lt médecinedc PitfU, «é eo 17ît. mort re 14 naTembre IT?6. U éUd i'aitjt et le mâ^ledn de d'à* tçn^berti «t figure cotnnie l'un det p«'r*nnTi?t^r^f. -tnp» ïe dinb^ue de Di'lerot, întitulé I Rêve de d'Atembtrt. {Œ paru, î375, i. Ut
p. ltl«) n Ubitait rue de Bonibnn, Lille, eu f*c« l*li6td
PruHn, mjourd'bd CftbBc dm l>é|)^!d - ...„.,. ,.„,.
f I'ii>tkr<bclifi piS| 6 moHT à tnorit rotirt^iul.
(La iTojiTirNf, fabl9$t Wf. I. Ot)
509 LETTRES DE MADEMOISELLS DE LBSPINÂ8SB*
Je meurs : cela salisfail à loul, cel» remplit lou(. Mais «avess-vûus ce qu'il faul faire de l'elTroyttble seatiinent que vous me 8Uppoaez7 qq calmaDl pour le vÔtrCi auquel luoa danger a donné un moment de vigueur ; il Taut vous refroidir, voua endurcir, fuir une malheureuse créature qui nô répand plus que la trJBlesse et TelTroi; enfin, il faut vous amener à la diaposîlion, où lorsque ri^véoement arrivera^ vous n'en éprouverez' plus aucun mal. Voilà C€ que ma gênérosiié et mon inlérôl- pour votre repos me font vous conseiiler» et c'est du fond de mon Ame* N'allez pas m'opposer la morale : mou amî, oo ne doit plus rien à qui a renouc<^ à loulj tout pacte, lout lien, tout est rompu. Vous le voyeitî non, mon Ame eel impénétrable à toute consoîalioo j 4a peine osé-je me promeltre quelque moment de Êouliige meut à mes maux physiques : je les croîs aussi incurable^ que ceux de mon cœur» — J'ai cédé à î'amitit^ en voyaui Bordeu: avant qu*il soit peu, la mÔme amilié gémira dâl riuulilité des secours. Bonsoir; Je souffre beaucoup; je voudroîs bien que vous ne puissiez pas dire de même.
Songez que c'est demain votre jeudi. Vous avez la bon lé de l'uiiblier s je dois m'en souveoir.
LETTRE GLXXÏII
Sii heures du ioir, i77A.
Ouï, ]'en(ends bien votre géni-rosité. Voué voudriez qu'un auti'e mo rachetât à la vie, ou du moins ra*enlevrir à la mort. Que de grâces je vous doisl le senîimenl de la haine n'auroil pas mieux fuit pour mon bonheur et mon repos. Plût au ciel que vous eussiez r(5pondu à ces avances si indiscrètes et si hors de propos, par de la haine l ce senfimeot m'eût éti^ moins funeste que celui qui vous a entraîné à me sauver la vie. Mais ce n*est point tout cela que je vouloîi vous dire. Je voulois vous remercier de m'avoir donûé M vos nouvelles, et de ra'avoir demandé des miennea : elles sont pis que jamais, mais trop bonnes encore.