PORTRAIT DE M. LE M'"" DE CONDORCET
Par M'^ Ds LBSPCfÂsss >•
Si vous Qdcherchiet qae la vérité, et non le plaisir, J*ftVhJ rois le coarage de foire ce que vous exigez de moi; mais ej^ peignant un homme supérieur, en vous faisant connoltrc^^S une des productions de la nature les plus originales et lc|l^ . plus extraordinaires, tous exigez encore que Je vous readisfj^ les contrites qui composent cet liomme rare^ et que je Ics^.^ rende d*yne mainiàre. piqùanta. II ne vous sufBt pas quo jf' pe^ne rasseUôblanti il &at encore que le dessin soit éxaci ; sans être frc^d, et que le coloris soit agréable sans rîcti : faire perdre^à rexpression. Ahl vous m'en demandes trop; et si vous tn*ob1igez à m*occuper de moi, de mon ton et dif ma manière, ce sera autant d'attention que j*enlèverai A l'objet que je veux vous faire connoîlre. Je vais donc ne regarder que lui, ne penser qu'à lui; je le peindrai, et d'après mes observations, et d'après l'impression que j'ai reçue.
La figure de M. de Condorcet annonce la qualité la plus dislinctive et la plus absolue de son âme, c'est la bonlé; sa j)hysionomie est douce et peu animée; il a de la simplicité et de la nt^gligence dans le maintien. Ceux qui ne le ver« roicnl qu'en passant diroient plutôt: Voilà un bon homme, que voilà un homme d'esprit; et ce jugement seroit une sottise. Car si M de Condorcet est bon, et s'il eM bon par excellence, il n'est point ce qu'on entend par un bon homme. Ce qu'on appelle un bon homme est presque toujours foible et borné; cette sorte de bonté ne consiste qu'à ne pas Faire le mal, et assurément ce n'est point par les qualités négatives que je peindrai M. de Condorcet. Il a rnçu de la nature le plus grand esprit, le plus grand talent et la