LETTRE V
Oh! j'en conviens avec vous, marquis, une femme qui n'a que de l'humeur et des caprices, est d'un commerce bien épineux, et qui rebute à la fin. Je conviens encore que ces inégalités doivent faire de l'amour une longue querelle, un orage continuel. Aussi n'est-ce pas à une personne de ce caractère que je vous ai conseillé de vous attacher. Vous allez toujours au delà de mes idées. Je ne vous ai peint dans ma dernière lettre qu'une femme aimable, et qui le devient encore davantage par une nuance d'inégalité, et vous ne me parlez que d'une femme maussade, qui n'a que des choses désobligeantes à dire. Que nous sommes éloignés du compte ! Quand j'ai parlé d'humeur, j'ai uniquement entendu celle qui donne un goût violent, inquiet et quelquefois un peu jaloux ; celle en un mot qui naît de l'amour même, et non pas de la dureté naturelle, qu'on appelle ordinairement humeur. Quand c'est l'amour qui rend une femme injuste, quand lui seul cause ses vivacités, quel sera l'amant assez peu délicat pour s'en plain-
dre? Ces écarts ne prouvent-ils pas la violence de la passion? Pour moi j'ai toujours pensé que quiconque savait se contenir dans de justes bornes, était médiocrement amoureux. Peut-on l'être en effet sans se laisser entraîner par la fougue d'un penchant impétueux, sans éprouver toutes les révolutions que nécessairement il occasionne ? Non, sans doute. Eh! qui peut voir toutes ces agitations dans l'objet aimé sans un secret plaisir ? Tout en se plaignant de ses injustices, de ses emportements ; on n'en sent pas moins délicieusement au fond qu'on est aimé, qu'on l'es*' avec passion, et que ces mêmes injustices en sont uni preuve d'autant plus convaincante, qu'elle est involontaire. Voilà, marquis, ce qui fait le charme secret des peines qu'endurent quelquefois les amants, et des larmes qu'ils répandent. Mais si vous allez croire que j'ai voulu vous dire qu'une femme de mauvaise humeur, une capricieuse, une forcenée, peut vous rendre heureux, détrompez-vous. J'ai dit, et je persisterai toujours dans ma pensée, qu'il faut de l'inégalité, des caprices, des tracasseries dans un commerce galant pour en chasser la langueur, et pour en perpétuer la durée; mais songez que ces assaisonnements ne produisent cet effet que lorsque l'amour même est leur source. Si l'humeur naît d'un fond de brusquer e naturelle, ou d'un caractère inquiet, envieux, injuste, je suis la première à le dire, elle ne formera qu'une
femme haïssable, elle n'occasionnera que des querelles rebutantes. Une liaison de cœur devient alors un vrai supplice, dont il faut se délivrer le plus tôt qu'il est possible t
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