‹ Lettres de Ninon de LenclosChapitre 38 sur 65 · LETTRE XXX · texte numérisé non relu

LETTRE XXX

Je suis enchantée d'apprendre, avant mon cTepart pour la campagne, que vous êtes plus tranquille. Je vous avouerai franchement que si la comtesse avait persévéré à vous traiter avec la même sévérité, j'aurais imaginé, non qu'elle fût insensible, mais que vous aviez un rival heureux. Cette résistance aurait en effet passé les forces de la raison lorsqu'elle combat toute seule. Car vous devez être bien persuadé, marquis, qu'une femme n'est jamais plus intraitable que lorsqu'elle prend, dans les bontés qu'elle a pour un amant favorisé, de la fierté contre tous les autres hommes.

Tout ce que vous me dites me prouve cependant que vous êtes aimé, et que vous l'êtes seul. Je saurai \ous en uonner incessamment des nouvelles certaines, car je veux moi-même examiner la comtesse. Cette résolution vous surprend sans doute. Votre étonnement cessera dès que vous ferez attention iue la maison de Mme de la Sablière, où je vais | huit jours, est voisine de la terre de votre aimable

veuve. Vous m'apprenez vous-même qu'elle vient de partir pour s'y rendre : joignez au voisinage l'envie démesurée que j'ai de la connaître, et vous ne serez point étonné de la promesse que je viens de vous faire... On ne me donne pas le temps d'achever ma lettre, ni même de vous l'envoyer. Il faut partir à l'instant : ma compagne de voyage me lutine d'une façon étrange, et prétend que j'écris un billet doux. Je la laisse prétendre, et je mets ce papier sur moi, pour continuer ma lettre à la campagne. Adieu. Quoi ! la maladie de Mn'e de Grignan ne vous permettra donc pas de nous venir voir dans notre solitude?

Du château de.

Je vous écris de chez la comtesse, mon cher marquis; voilà la troisième journée que je passe à sa terre ; c'est vous faire entendre assez clairement que je ne suis pas mal avec la maîtresse du logis. C'est une femme adorable, j'en suis enchantée. Je doute quelquefois si vous méritez de posséder un cœur comme celui-là. Me voilà sa confidente décidée. Elle m'a dit tout ce qu'elle pense de vous, et je ne désespère pas de découvrir, avant notre retour à la ville, les raisons du changement que vous avez remarqué dans son caractère. Je n'ose pas vous en dire davantage; on pourrait venir dans mon appartement, et je neveux pas qu'on sache que je vous écris d'ici. Adieu.

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