‹ Lettres de Ninon de LenclosChapitre 63 sur 65 · LETTRE LIV · texte numérisé non relu

LETTRE LIV

Il n'est plus temps, marquis, de vous dissimuler les véritables sentiments de la comtesse à votre égard. Tant que j'ai pu garder son secret sans trahir l'amitié que j'ai pour vous, je l'ai fait : mais si je vous cachais ce que je vais vous apprendre, vous pourriez peut-être un jour m'en faire de justes reproches. De quelques infidélités que vous soyez coupable, quelque soin qu'on ait pris de vous persuader qu'on vous avait totalement oublié, vous n'avez jamais cessé d'être tendrement aimé. Quoiqu'on ait essayé de vous punir par une indifférence affectée, on ne voulait cependant pas se priver du plaisir de vous voir, et c'est par complaisance pour la comtesse que je vous ai fait quelques agaceries : elles pouvaient vous attirer plus souvent chez moi. Mais toutes ces ressources n'ont pu satisfaire un cœur profondément blessé, et elle est sur le point d'exécuter un dessein auquelje me suis longtemps opposée. Vous en serez instruit par vous-même, en lisant la lettre qu'elle m'écrivit hier, et que je joins ici :

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