MÉMOIRES SUR LA VIE DE NINON DE LENCLOS
réponses ingénieuses et vives qu'il lui fit, les talents prodigieux qui devaient l'élever un jour au rang d'un des premiers génies de notre siècle. La passion des vers, et l'amour de la gloire, semblaient déjà s'annoncer chez lui ; et Mue de Lenclos se fit un plaisir de les fortifier par les conseils qu'elle lui donna de n'y livrer ; l'amitié qu'elle se sentit pour lui, l'engagea même à lui léguer par son testament une somme qu'elle destinait à lui acheter des livres. Quelle pénétration dans Mlle de Lenclos ! Quel heureux début pour M. de Voltaire.
La santé de M"e de Lenclos s'affaiblissait tous les jours ; et dès qu'elle se vit assez mal pour craindre la mort elle osa l'envisager avec tranquillité : elle voulut remplir tous les devoirs de ce moment terrible, et sa raison n'en fut point troublée. On dit même que la dernière nuit de sa vie (1), ne pouvant dormir, elle fit ces quatre vers qui peuvent frapper du moins parleur circonstance :
Qu'un vain espoir ne vienne point s'ofirir, Qui puisse ébranler mon courage :
Je suis en âge de mourir; Que ferais-je ici davantage.
(1) Elle mourut le i7 octobre 1706.