‹ Lettres de Paul BaudryChapitre 13 sur 30 · X. — Au même · texte numérisé non relu

X. — Au même

Rome, le 28 avril 1853.

Cher Monsieur Gauja,

Votre lettre me remplit d’une émotion que je ne puis exprimer : ce ton fier, résigné pour vous, et, au milieu de cela, la grâce charmante avec laquelle vous m’écrivez, augmentent, si c’est possible, mon respect et mon affection pour vous.

Oui, j’étais persuadé que votre noble cœur ne pouvait douter de moi ; cette intime conviction m’a fait attendre presque tranquillement \q{yq lettre ; car, vous le savez, cher Monsieur, depuis la dernière visite que je vous fis à Nantes, la reconnaissance que je vous devais s’est augmentée de toute l’ardeur de l’amitié et de l’estime qu’on ne peut vous refuser en vous con-

naissant ; les larmes me viennent aux yeux en pensant que je ne peux vous dire que de vaines paroles, et qu’il y a des hommes assez méchants pour ne pas vous aimer comme je le fais ; mais, vous me l’avez dit, et je le savais, vous êtes au milieu des vôtres ; c’est l’affection, la tendresse, la droiture qui vous entourent, et ces charmantes têtes doivent vous cacher le reste du monde.

Vous avez aussi d’autres amis ; des amis éloignés, qui parlent de vous et qui portent partout votre souvenir. J’ai dit bien souvent votre nom dans de récentes causeries; je voyais tous les jours des personnes que vous avez reçues dernièrement à Paris. Mine Deshorties, M. Impost et ses nièjes, vous reverront avant peu, probablement, et vous parleront de moi ; ils répondront aux mille questions que votre bonne amitié voudra bien leur faire sur mon compte.

Je ne trouve pas le loisir de vous parler de moi, dans cette brève lettre, pleine de l’effusion des remercîments que mon cœur vous envoie pour vos bonnes paroles. Pardonnez-moi, il faut que je dise tout, il faut que je vous dise encore combien votre cher Gaston m’est sympathique ; combien j'applaudis à sa résolution et à sa persévérance ; permettez-moi de lui dire (je suis un peu plus âgé que lui) que j'espère, pour plus tard, une liaison entre nous; j’ai eu, moi aussi, je me le rappelle, de la résolution et de la volonté ; je ne l’ai point encore épuisée ; nous marchons tous les deux vers l’avenir. Il aura en moi; sinon un fort et puissant, du moins, un bon et sincère compagnon de route.

Je suis extrêmement content de ce que vous me dites, de la part de Mme Champy. Je dois lui en savoir d’autant plus gré, que je me souviens encore de mes excentricités de conduite envers elle ; mais elle a eu la bonté de devine^ à travers cette gaucherie et cette timidité d’enfant, une âme vive et sensible, qui adore ceux qui lui ont fait quelques caresses. G est encore à vous, cher Monsieur, que je dois cela. Üonservez-moi son

amitié et ne me négligez pas trop, cher Monsieur Gauja; pour moi, je vous aime, vous et votre chère famille, je vous écrirai souvent, et je suis, avec tout le respect possible, votre très aimant et reconnaissant

Paul Baudry.

P.-S. — J’ai fait cet hiver un grand tableau représentant la lutte de Jacob avec l’Ange. J’ai eu ici une espèce de petit succès. Paris, ce grand juge, décidera. Ce tableau sera exposé à Paris, dans le palais des Beaux-Arts, vers le mois d’octobre. Dans quelques jours, je serai à Naples. C’est de là que je vous écrirai. Ayez la bonté, cher Monsieur, de m’adresser toujours vos lettres à la Villa Médicis ; elles m’arriveront plus sûrement.

Page 1