XVII. — Au même
Cher ami,
Paris, 3 juillet 1861.
Je suis nommé chevalier de la Légion d’honneur. J’ai voulu vous l’annoncer le premier. J’ai eu un grand succès, cette année, mais le tableau de Charlotte Corday ne me sera pas acheté par l'Etat. Waleski s’y est refusé, à cause du sujet (où diable va-t-on fourrer la politique?) J’enverrai donc ce tableau à l’exposition de Nantes, et puis après, en Angleterre, ou en Russie, ou à Anvers, où on me l’a demandé.
Les départements de l’Ouest devraient me l’acheter par souscription. Lancez donc cette idée à Nantes; cela deviendra ce que cela pourra.
J’ai eu de la gloire, mais pas un sou, et si on me donnait une vingtaine de mille francs de ce tableau, qu’un marchand vendrait quarante, je serais bien content.
J’irai vous voir bientôt à Nantes; j’attends l’accouchement
dè ma sœur aînée. Je serai parrain encore une fois. Gela devient mon titre perpétuel dans la famille.
Je vous embrasse de cœur.
Veuillez me rappeler au bon souvenir de Mme Gauja et de vos enfants.
La princesse Mathilde me donne une petite croix princière. Je vais ce soir à Saint-Gratien.