XVIII. — A M*ne Gauja
Paris, 1861.
Chère Madame,
Je suis bien heureux d’avoir de vos nouvelles et je vous remercie d’avoir pris la peine de m’en donner vous-même.
Je suis bien touché de la bienveillance que les Nantais montrent pour mes ouvrages, et j’en jouis doublement, en vous reportant, à vous et à M. Gauja, tous les témoignages que j’en reçois.
Je suis, depuis mon retour, très occupé à la décoration Galbera dont je vous ai parlé, et d’ici le mois de janvier je ne prévois pas un moment de loisir.
Si la Ville de Nantes achetait pour son musée la Chai'lotte et si le roi des Belges ou quelque amateur de ce pays relevaient mes affaires qui sont, comme le saitM. Gauja mieux que personne, toujours assez médiocres, j’aurais à cette époque un moment de repos. Avant le voyage d’Italie et d’Afrique, que je ferais dans ce cas la même année, ce serait le seul moyen, puisque vous m’en demandez un, d’aller passer quelques semaines près de vous et pendant lesquelles je pourrais faire ce portrait mystérieux dont vous ne me nommez pas l’original, et que je ferais d’autant plus volontiers que je le suppose nantais et une des illustrations nantaises. J’aurais là une bonne occasion de remercier la Ville d’avoir aidé à ma fortune, à la
fortune d’un peintre qu’elle peut dire des siens, puisque vous y êtes.
Voilà le moyen, chère Madame; je prie la Providence et M. le Maire, ou plutôt que la Providence l’inspire à M. le Maire ; et c’est bien irrévérencieux, et j’ai peur qu’elle m’en punisse en ne le faisant pas réussir.
Ce à quoi elle ne changera rien, parce que c'est son décret, c’est l’affection profonde et constante que j’ai toujours pour vous, chère Madame, et pour mon bon ami M. Gauja.
Veuillez me rappeler aux bons souvenirs de vos enfants et de M. et Mme Deshorties.