XXII. — Au meme
Rome, 27 mai 1870.
Cher Monsieur Gauja,
Vous aurez su avant ma lettre ma nomination à l’Institut ; mais je viens néanmoins vous annoncer moi-même la nouvelle.
Je ne me suis pas présenté ; j’étais ici, non prévenu de l’époque fixée pour l’élection, lorsque j’ai reçu un télégramme qui m’apprenait ma candidature d'office. J’ai accepté, et me voilà dans la noble compagnie, sans avoir fait ni demande, ni démarches, ni visites.
Je suis venu à Rome pour retrouver la chère solitude nécessaire à mes travaux. J’ai été déçu dans mes espérances. J’y mène une vie agitée, inquiète; la présence inattendue d’un de mes amis malade, gravement malade, renverse tous mes projets. Je l’accompagne partout. Nous allons aller à Venise qu’il veut à toute force revoir, malgré l’avis des médecins. — Je vais à la grâce de Dieu.
Vous aurez peut-être su que mon jeune frère a eu, l’année dernière, le plus éclatant succès pour un projet d’hôtel de ville à Vienne (en Autriche). S’il n’avait été Français, il emportait d’emblée la construction de l’édifice (une dépense de 20 à 30 millions). Il vient d’obtenir la première des récompenses décernées à l’architecture au salon de 1870, pour un nouveau travail, une restauration d’ensemble du forum romain.
J’espère qu’on le fera chevalier au mois d’août. Il l’aura parfaitement mérité.
Soyez assez bon, cher Monsieur Gauja, pour m’envoyer un mot de vos nouvelles. Vous savez combien je vous suis fidèle. Je pense quelquefois, dans mes jours de vanité, à la réception si noble et si digne de vous que vous fîtes au petit Baudry et à sa mère lorsque j’allai vous exposer mon plan de cam-
pagne. C’est, aujourd’hui, le membre de l’Institut qui remercie encore Monsieur le Préfet et mon cher ami M. Gauja.
Je vous embrasse de cœur, et me recommande aux bons souvenirs de tous les vôtres.