‹ Lettres de Paul BaudryChapitre 9 sur 30 · VII. — Au même · texte numérisé non relu

VII. — Au même

Rome, 29 décembre 1852’.

... Sais-tu, par exemple, pourquoi je ne t’ai pas écrit trois mois plus tôt ? G’est parce que, depuis mon retour, je travaille comme un gai . . un Cayennais, à deux tableaux que j’ai com-

1. Je ne vous transcris qu’un tiers de cette let're, les deux tiers n’étant que des redites sur l’inconvénient des séparations, l’ennui d’écrire pour

mencés,un grand et un pptit. Le premier a pour objet ou sujet la Lutte de Jacob avec l'Ange (Genèse) ; le second, qui est petit, une fable de La Fontaine : La Fortune et l'Enfant qui dort au bord d'un puits.. A\ paraît que mon vilain Thésée a été jugé sévèrement, quoi qu’en ait dit ton indulgente amitié. J’ai reçu le rapport écrit et manuscrit (celui-ci est plus détaillé) de l'Institut, et j’ai vu que mon Thésée ne lui avait pas paru assez beau garçon. Cependant, franchement, je n’ai pas trop à me plaindre de ce jugement; il renferme de vraies vérités , comme dit M. Thiers, dont je ferai mon profit. Tu en jugeras toi-même. Voici ce que l’on me dit pour le bien : exécution énergique — tête expressive — mouvement senti, et, pour le mal, tout ce que tu en sais et ce que tu as entendu dire. Je me suis beaucoup ennuyé sur cette figure, et j’ai cherché, cette année, à me rendre le travail plus attrayant; je crois que ça va mieux ; tu le verras plus tard.

Je ne te parlerai pas de ces affreuses loges où tu t’agites. Quel ennui pour moi de ne pouvoir te voir venir ici ! Mais que diable veux tu? on peut être peintre, après tout, sans avoir reçu ce baptême, et il n’y a pas à te désoler ; je ne sais plus ce que tu fais, et c’est le plus grand inconvénient de ces correspondances à bâtons rompus, de ne savoir comment renouer toutes les anciennes causeries et relier le passé au présent.

Je t’écris ce soir, quoiqu’il soit minuit ou une heure ; mais, le courrier partant demain, je n’ai pas voulu me coucher avant de t’avoir griffonné une ou deux pages. J’ai l’omoplate horriblement fatiguée par la gigantesque palette que je tiens depuis huit heures du matin jusqu’au soir, et, de plus, en ce moment, je ressens cet agréable frisson qui vous chatouille lorsqu’on vient d’écrire une dizaine de pages et que le feu s’est éteint. Je

s’entretenir à bâtons rompus de sujets manquant d’intérêt et d’actualité. B/idry affirme, en fin de compte, qu’à défaut de lettre, l’amitié veille

toujours.

11e t’ai écrit que pour te donner signe de vie et t’embrasser mille fois (au figuré, malheureusement).

P. -S. — Tu recevras, en même temps que celle-ci, une lettre de ce vieux Marionneau, qui bavardera pour moi, j'espère.

Adieu, cher Gustave.

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