‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 11 sur 75 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

Monsieur,

J’ay receu par le dernier ordinaire du ‘27"'" du passé les curieux advis dont il vous a pieu me faire part, dont je vous remercie ti-ez humblement comme des aultres pièces qui y estoient joinctes mesmes

de ce beau Psaulme i38 dont j et de cette vieille piece de l’an • trez belles choses à remarquer et quelque jour Dieu aydant. C’est

sub Novembris initium ) Mercurii cuni sole conjnnctio.» Le récit du séjour de Cainpanetla en Provence et de toutes les gracieuses attentions que Peiresceut pour lui, se prolonge jusqu’au bas de la page 4 2 6. Avant de citer te reconnaissant éloge l'ait par Campanella, dans le' tome II de ses œuvres coin-

e sçauroys bien volontiers l’autheur, 107 où j’ay certainement trouvé de dont je me pourroys bien prévaloir pourquoy je m’en tiens grandement

plètes, de la générosité «le l’eiresc, (îassendi rappelle que le moine à râme intrépide, qui n’avait pas versé une larme an milieu des plus alfreuses tortures, ne put s'empêcher de [)leurer d’émotion à la vue des boutes dont son liôte le combla.

‘ ‘ Vol. 718, fol. 96.

redevable à vostre courtoisie, et ne rnanqueray de vous renvoyer vostre extraict, aprez l’avoir transcript, ce que je n’ay encores peu effectuer, m’estant trouvé icy tout d’un coup surprins de tout plein de gents d’honneur et de mérité, auxquels il m’a fallu rendre les debvoirs que j’aypeu. Ëntr’ aultres un honorable Pere d’importance, qui vient de Rome et s’en va à Paris, et qui vous porte de mes lettres, l’ayant fait partir ce matin en littiere pour les incommoditez de son aage, d’une part, et ]VP de Montagu d’Aulun d’aultre, qui nous a surprins lorsque nous l’attendions le moings avec M’’ son filz et nous a apporté ses deux ciieillers, et tout plein de bagues, brasselets et chaisnons d’or, que j’ay esté bien aise de voir, mais ce n’a pas esté sans mortification quand j’ay trouvé que la marque d’or de sa grande cueiller estoit si gastée que la piece en estoit quasi toute emportée, et en paroissoitfort peu, disant que ce fut le bon P. Sirmond qui le fit sans y penser en y portant son onglet pour esprouver si c’estoit dorure ou marquetterie. Je n’ay pas encore eu le loisir de les mesurer, tandis que je leur ay tenu compagnie, et depuis qu’il est voulu monter à cheval pour la S*** Raulme, il m’a fallu escrire encor pour le Maronite Moïse de Giacomo parent du sieur Gabriel, et pour le sieur RulTe qui s’est chargé de le conduire et desfrayer, et est encore party quant et liiy, estant maintenant constrainct d’abreger les escriptures pour ne laisser eschapper 1 ordinaire sans vous escrire comme je doibs. Et de remettre au prochain mes responses à cez Messieurs, particulièrement à M. Valoys à qui je ne diray mot de ce que je vous avoys demandé permission de luy escrire puisque ne le trouvez pas bon, vous remerciant encores trez humblement de 1 assistance que vous promettez à M‘' Petit tant pour le Josephe que pour ses aultres interests, auxquels je prendray tonsjours la part que je doibs, comme aux obligations que vous continuerez d acquérir sur luy, quelque inclinaison que vous puissiez avoir de vostre mouvement. Si nous voyons icy M* le chevalier de la Maleniaison, vous pouvez croire et en asseurer Monsieur son pere, que je reputeray à

On devine (|ne le fervent antiquaire a dû maudire l’ongle terrible du P. Sirmond.

IKkU] aux FlîÈllES DUPUV.

grand licur de le pouvoir servir, soit icy on ailleurs, partout où j’en pourray faire naistre des occasions, ou obéir à ses connnandemenls. Vous m’aviez adressé une lettre ])our le sieur Aubin ((ue je vous renvoyé, d’aultant qu’il ne s’est trouvé persone de ce nom là cliez M'' nostre Arcbevesque d’Aix qui est party ce malin en carrosse pour la cour député du pais contre les establissemenls de Ab' Talion. Aussv bien avoit on escript l’arcbevescpie d’Aiicb * et non d’yVix. Si vous aj)prenez rien de ])lus pour la personne tant de Ab Grotius ([ue du bon homme Scbikard, vous m’obligerez bien de m’en donner des nouvelles, J’ay receu par les sieurs Moreaux l’exemplaire des eclogues de la relieure du Gascon et un en blanc de la Tartarie de Ab Bergeron'^ avec un livre des S. S. Cbancelliers de France, dont je vous remercie Irez bumblement, attendant bien impatiemment les aultres fagots et demeurant.

Monsieur,

vostre trez bumble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 7 novembre i63/i.

J’ay donné à M, de Montagu un lionneste bomme pour guide en son pèlerinage de la Baulme, et pour passer jusques à Boysgency où il trouvera mon frere,mais il n’a pas voulu promettre d’y aller disant eslre pressé d’une assignation à Grenoble.

Les prisonniers de Tarascon onteidin esté remis ez mains d’un huissier de la cour de parlement et traduits aux jU’isons royaulx de cette ville. Elles 5 archers du Prévost ont esté mis en liberté, l’eslognement de Ab le Alareschal ayant laissé le cours à la justice ordinaire A

' Djiniiiûjuede Vic,(|uisicg-ea(le iG-jyà ibG'i.Voir Gallia Christinna , t. I,col. 1007 et 1008.

llelatiou des voyages en Tarlarie de frère Guillaume de Uubruquis , frère Jean de Plan- Carpin , frère Ascelin, et autres religieux de saint François et de saint Dominique qui y

Ml.

furent envoyez^ par le pape Innocent VI et le roy Saint Louys (extrait du latin); plus un traité des Tartares,de leurs origines, mœurs, religion , etc. , le tout recueilly par Pierre Itergeron {Var\^ , li. de Ilenijneiiville, i636 , in-8").

^ Vol. 718, fol. r)7.

•tli

lyrRIMCItlC RATtO'IAlC.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR

À PARIS

Monsieur,

Aprez vous avoir accusé réception de vostre despesche du 3“" de ce moys, et faict les reniercieiuents les plus humbles que je peus de la continuation de rhonneur de vostre souvenir, et des bons offices que vous y adjoustez incessament, il l’auldroit (jue je vous entretinsse de ceulx que je viens de recevoir de la part de M'' de Montagut pour l’amour de de Thon et de Monsieur Du Puy vostre frere, aussy bien que pour l’amour de vous, Monsieur, et encores de M*" l’advocat general Rignon, qui de sa grâce a daigné contribuer à niesmes lins le credict qu’il pouvoit et debvoit avoir sur ce personage qui s’est trouvé tellement vaincu, qu’il est passé jusqu’à l’excez de toute fbonnesteté qui s’en pouvoit desirer, car comme vous aurez apprins par mes precedentes, il s’est donné la peine de venir en persone faire un si grand voyage en une saison si incommode b pour m’apporter non seulement cette cueiller dont j’avoys tant désiré la communication, et une aultre qui ne nous fournira pas moings de matière de discourir de ce que nous nous en pouvions promettre de plus agréable et plus utile à la cognoisçance de ce que nous en espérions tirer, mais un bien grand nombre d’aultres pièces d’or cappables de passer pour un thresor bien considérable, toutes lesquelles il me vouloit remettre, qui luy eust laissé faire, mais avec une franchise si obligeante que je ne fus jamais si surprins de ma vie, n’ayant sceu si bien faire qu’il ne ni’ayt laissé en partant ses deux cueillers d’ai’gent à une seule condition bien

* Il faut rapprocher de cet entliousiaste récit de la visite de M. de Montagut ce (pi'en a dit Gassendi (livre V, p. iay). Le biographe, voulant parler de la longue lettre que l'on va lire sous le n° LVI, ajoute que

son héros écrivit, à cette occasion, aux hères Dupuy des pages (pii débordaient d'inépuisable érudition : Ilinc ad Piiteanos /itéras dédit et fusissimas et pleiiissimas iiiexluiustœ eruditionis , etc.

lejjeie el bien iacile quoy ([ue je n’aye eiicores peu m’en acquitter comme je ])eiisoys taire j)ar cet ordinaire, à sçavoir d’en escrire mes sentiments à quelqu’un de noz ])ons seippieurs et amys, et luy en adresser les lettres ouvertes comme je pensoys iaire ])ar le presant courier.

Mais l’entrée de M*’ de S‘ Cliaumont qui se lit le jour mesme de son ])artement pour Grenoble, et mille embarras des compliments ])ubliques et ])a]'ticuliers qu’il a fallu rendre en cette occurance, non senlement à ce seigneur, mais à la plus grande ])art de la noblesse de la Province qui estoit accourue en ceste ville pour le sallüer et accompagner à son entrée, ne m’ont pas laissé quasi un moment de temps, et ([uasi aultant dans la nuict que durant tout le jour non sans une nécessité inesvitable de m’exposer au vent et au serain, qui m’a en mesme temps faict sentir des efl'ects de la suj)pression d’urine, qui m’avoit aultres foys tant incommodé, dont j’ay neantmoings esté ([uitte à bien bon marché, au prix des aultres foys, espérant de pouvoir Dieu aydant satisfaire à une partie de ce mien debvoir, au premier relasche, et de donner de l’exercice qui ne sera possible pas dezagreable à ces Messieurs qui ne desdaigneront pas d’ouyr parler de cette matière. Ayant faict voir au dict sieur de Montagu , sur le champ , d’aultres petites curiositez et tesmoings du temps qui ne sont pas de moings d’autliorité que ce que nous en pouvons apprendre dans les libvres qui nous restent aprez la perte de tant d’aultres qui ne nous eussent pas tant laissé d’occasion de doubter si nous les avions. 11 voulut mesme voir faire l’examen de la mesure et contenance de l’une et de l’aultre de ses deux cueillers et ne fut pas moings estonné de les voir si esgales l’une à l’aultre, quelque ditTerance qu’il y eusse en leur forme et figure, que d’y voir descouvrir peu à peu les ouvraiges de marquetterie ou d’esmail voire de rapport, qui estoient cachez soubs la rouille de l’une de ses cueillers, où nous trouvasmes inesperement l’image d’un gros poisson nageant dans une mer, en un champ environné d’une bordeure grenettée, à laquelle se termine la proportion de la mesure de la moitié de la contenance de toute la dicte cueiller, tant les anciens estoient ponctuels et scrupuleux à ne rien faire casuellemeut, ou sans dessein

LETTHES DE PEIHESC

bien airect6,Sce qui l’engagea à me promettre la communication de quelques aultres cueillers d’argent de moindre ca])pacité, pour lescomj)arer à une petite que M" Venotavoit recouvré de lui mesme, laquelle ayde grandement toutes nôz conjectures et inductions de l’authorité des anciens [)our l’esclaircissement de cette matière. Et possible me resouldray je maintenant d’escrire à iVE Rubens pour pouvoir taire comparer la sienne, et une aultre que j’avoys veüe aultres foys chez un curieux de ce^pais là, pour vous mieux asseurer de la réglé de la mesure, plus generalement atîectée que nous ne voulions croire.

Cependant nous vous sommes bien redevables de ce que vous nous en avez procuré d’esclaircissernent de ce costé cy, et vous en rends mes trez liumbles actions de grâces, et vous snj)plie de les vouloir par mesme moyen faire lendre à touts cez Messieurs qui y ont si libéralement employé leur favorable et puissante entremise. Attendant que je leur en puisse lendre moy mesmes les compliments que je doibs. Au reste j’ay esté inliniment aise d’apprendre de vous la bonne nouvelle que Tubinge n’a pas esté pillée ne prinse, et (|ue le bon homme M'' Schickard s’y sera peu saulver, car j’en estoys en trez grande peine et anxiété. Croyant bien que M*’ Grottius aui'a pourveu à sa seureté, encore plus facilement que l’àultre, estant comme il estoitdesjà quasi en voyage avec toute sa famille, et par consequant en meilleur estât de la taire transmarcher ^ où besoing seroit.

.le plains bien la ])erte ([ue vous avez faicte en la personne de M" Vialard vostre parent si l'enommé'^, et celle de M*" vostre neveu qui estoit si dignement employé ])rez de luy. Mais puis que ce n’est pas chose remediable^, il la lault recevoir comme de sa maitC, et es})erer

* l.e mot transmarcher n’a pas oté recueilli (tans le Dictionnaire de Littré. Je ne le trouve pas davantage dans le Dictionnaire de Trévoux , mais Oudin le donne avec le sens d'aller jiar un chemin de traverse.

^ (j’étail le président Vialar, ambassadeur en Suisse, mort à Soleure le 1 7 octobre 1 6-t//. Voir te Recueil Avenel , t. IV, p. baa , noie o.

® t^a Curne de Sainte-Palaye cite sur le mot remediable des vers d’Eustache Descliamps. Même citation , sans nulle addition , dans le Dictionnaire de Littré.

' Peiresc a voulu dire : comme de la main de Dieu. Il avait oublié (pi’il n’avait pas écrit ce dernier nom.

[IGSA]

que ce seroit possible pour le mieux, si tant est, comme je le souliaicle, que M'' vostre neveu puisse faire quelque fonction , durant l’entretemps de l’arrivée d un successeur, pour mieux faire paroistre sa prudente conduitte entre ces peu])les.

Mais vous ne nous dictes rien d’une Ambassade, dont nous avons eu quelque vent, à laquelle j’ay bien de la peine à croire que celuy que le P. Joseph^ propose veuille se resouldre en une si fascbeuse conjoncture. Il sera tousjours assez à temps que nous en soyons adverty quand vous l’aurez agréable. Et à tout le moings si à quelque chose malleur est toujours bon, nous y pourrions bien prollitter en passant la veüe d’une personne que nous ne pouvons assez dignement reverer et servir, comme nous vouldrions.

Tant est que je seray toute ma vie.

Monsieur,

vostre trez humble et Irez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i4 novembre i634.

Monsieur le Mareschal est devenu si modéré depuis avoir veu le ])rocceder de M"" de Chaumont dont la doulceur estoit adorée communément, qu’il a ravy tout le monde en admiration de sa patience, et dict qu’il en avoit ordre particulier dans quelqu’une des dernieres despesches qu’il a receües de la Cour, ayant bien monstré à ce coup qu’il se pouvoit commander quand il vouloit, ce que l’on n’ensse pas creu. Il s’en revient de Tollon sans passer par icy, où il eust trouvé la plupart de la noblesse et les vœux publiques pour M'' de S‘ Chaumont. M’’ de-Lomenie vous fera voir son entrée au Parlement.

Je crains d’avoir oublié de vous accuser la i-eception du registre de Cypre et du volume des eclogues relié par le Gascon, ensemble un

' Sur le P. Joseph il faut signaler en première ligne les récents et remanpiabUs iravaux (le Al. Fagniez.

exemplaire de la Tartarie de M*" Bergeroii en blanc L Nous attendons en bonne dévotion les aultres.

Je vous recommande le pacqnet ])Our M*' Gailliard L

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCÂT EX LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS

À PARIS

Monsieur,

Vous aviez grand subject d’admirer la vertu et le courage de M*" de Montagu, comme vous le l’aictes en la lettre qu’il m’a rendue de vostre part, luy voyant entreprendre un si long voyage, dans l’aage où il est, et l’auriez, je m’asseure, admiré davantage de le voir icy en la saison que nous avons eu le bien de l’y voir, desja bien advancée dans les incommoditez des pluyes qui ne le sceurent einpescher de prendre la route de son retour droict à Grenoble à travers les liaultes montaignes, pour regagner une partie du temps qu’il avoit perdu à venir laire un si grand destour. De quoy nous avions un regret extreme, qui nous a tenu en anxiété jusques à ce que nous ayions apprins son arrivée en bonne santé dans Grenoble, dont nous avons esté un peu consolez, attendu que de là chez luy, il n’a plus de si mauvais ])aïs à franchir. Au reste il nous a laissez tout comblez de honte de la peine qu’il s’est donné pour un si indigne subject, et d obligation de sa munificence, n’ayant jamais voulu remporter ses deux cueillers antiques, dont il nous pouvoit et debvoit snlfire d avoir faict les essays que nous en avions laict en sa presence, ou nous avons inesperement rencontré la mezure plus réglée qu’il

On a vu dans la lellrc ])recé(leiite que Peiresc ii’avait à se reprocher aucun des péchés d oniission dont il s’accuse ici. — ^ Vol. 718, fol. q8.

[168^1] AUX FRÈHES DUPUV.

ne sembloit que nous peussions faire, quand nous nous trouvasnies desclieus de l’impression (jue nous en avions prinse à l’advance. Vous verrez ce qu’il a voulu que j’en aye mis par escript, à q»oy je n’ay peu manquer de luy obeyr quelque appréhension que je deusse avoir de laisser exposer à voz ieulx et de cez aultres Messieurs (auxquels il a désiré de le faire voir pour sa particulière satisfaction) des discours si mal bastys et si descousus, que je n’ay peu achever d’escrire sans une infinité d’interruptions, qui m’ont souvent faict perdre te fil de mon discours et la mémoire d’aultres conceptiojis qui y eussent possible esté mieux employées que tout ce ([ui m’y est escliap])é à la desrobée. 11 lauldra quelque jour y penser un peu j)lus à loisir, et en faire la comparaison avec d’aultres pièces, tant de celles du temps que de ce qui s’en peust recueillir des anciens manuscrits Grecs et Latins aussy bien que des imprimez. Cependant je vous supplie et conjure de tout mon coeur de me vouloir pardonner les faultes que j’y puis avoir commises plus tost par ignorance que par presomtion ou manquement de bonne foy, et de m’ayder envers cez aultres Messieurs ])our en obtenir les mesrnes excuses, si quelqu’un d’eux peult se donner assez de patiance pour voir toutes mes chettives pensées sur ce subject, si bas et si inutile. Et de vouloir considérer que c’est par obéissance qu’il m’a fallu lascher cette lettre, me promettant que M" de S‘ Saulveur ne la fera voir qu’aux aniys plus afiidez et qui seront plus susceptibles d’y excuser mes bezveües comme je vous en supplie. Et d’aultant que depuis le départ de AL de Montagu, j’ay apprins qu’il avoit une affaire en la chambre de lédict a Paris contre un Huguenot brouillon qui luy a faict de la peine, je vous supplie tout aultant qu’il me peult estre loisible, sans entreprendre sur les inclinations que vous avez pour les persones de tel mérité, de vouloir favoriser et appuyer sa cause chez M"" le Procureur generaP s’il y escbeoit et chez (juelqiies uns de voz plus spéciaux amys, vous asseurant que je vous en seray eternellernent redevable.

Mathieu Mole.

comme je le suis desja de l’acquisition et participation de deux si rares j)ieces, estant de toute mon affection,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 1 novembre iG3'i

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

Nous avons eu le bien de voir icy M*" de Montaigu, Lieutenant de la Giiancellerie d’Autun, et de le gouverner seulement un jour ou deux si à la desrobée qu’estant allé voir la Baulme, il est voulu revenir tout court sans passer outre, ayant laissé en arrière Maximin où sont les reliques de la Magdelaine, qui n’estoit qu’à deux ou trois lieiies de là, tant estoit pressé de se rendre à Grenoble à quelque assignation précisé; il nous avoit apporté non seulement la cueillier d’argent antique dont nous avions tant désiré la communication, niais encore une autre de pareille contenance qui ne s’est pas trouvée moins digne de remarque ains presque plus capable de fournir de la matière à des observations et esclaircissements des dilïicultez d’un tel subject; elle estoit couverte d’une rouille epoisse quasi comme un teston laquelle nous fismes oster si proprement qu’il ne s’y est rien altéré de l’ouvraige d esmail noir qui y estoit caché et dont la descouverte n’apporta pas moins de plaisir que d’estonnement audict sieur de Montaigu, qui se trouva^ bien surprins (juand il y vid paroistre une faulse bordeure interne en lorme de cbappellet, mais composée de petits triangles assemblez d ouvraige de rapport ou de marquetterie d’esmail noir que les

Vol. 718, fol. 102. — ^ On lit très bien : qui se trouve. Un peuplas loin : qui se trouvé. J’ni cru devoir mettre partout : se trouva.

[1634] AUX FIIKHKS DUPUY.

orplieiivres appellent du NelU Et eiicores plus cpiand le poursuyvant il y vid dans le fondz l’image d’un gros poisson à teste de dauphin avec sa queue fort entortillée nageant dans une mer, le tout de mesmc ouvraige d’esmail noir de rap])ort qui ressort et paroist fort bien dans ceste coquille d’argent. Je fis peser alors la matière du corps de ladite cueiller, laquelle ne fut guieres moins de deux onces de jioids de marc, et en voulus examiner la mesure de la contenance avec la mesure du Mystrum, du Fannius ou du quart de Cyathe, (pii ne s’v trouva pas juste à le prendre exactement, sans laisser desborder ou combler la liqueur sur ladicte cueiller non sans quehpie mortitication mienne, anssy bien que du jiremier coup que j’avois examiné la contenance de l’empreinte de l’autre cueillier du Mercure, laquelle se trouva pareillement trop courte pour pouvoir prendre commodément toute la liqueur dont se remplit ledit Mystrum, 11 fallut doncrpies y chercher autre employ, et ayant faict remplir d’eau le vuide du vase de ma pille antique (dont le bronze pese pareillement deux onces Homaines et dont l’buille capable de remplir ledit vuide ne ])ese pas davantage de deux drachmes qui est le sextans du Cyathe, comme les deux onces du poidz du vase font le sextans de la livre), je la fis verser dans ceste cueillier laquelle en demeura si justement et esgalement remplie que toute la compagnie en fut dans quehjue admiration, principalement quand nous (ismes le mesme essay sur l’autre cueillier du Mercure qui se trouva de contenance esgalle à celle là. Et quand je fis aussv verser dans la cueillier du ])oisson seulement la moictié de ceste eau là qui suffit pour remplir le vuide de l’once de ma pile (où il ne demeure qu’une seule drachme d’huille), car ceste moictié d’eau remplit tout le champ du fondz de la coquille, juscjues à la susdite laulce bordeure grenettée d’esmail noir au delà de lacjuelle bordeure se pouvoit loger l’eau d’une seconde mesure pareille, n’excedant la conte-

' Le mot manque flans le Diciionnaire de Trévoux, comme dans celui de La Lurne fie Sainte-I*alaye , comme aussi dans le G/ossaire et répertoire fjui suit la Notice des émaux , ni.

bijoux et objets divers exposes dans les galeries du Musée du Louvre, par Le'on fie Laliorde (Paris, i8ô3).

iveniui

;atio'iai r.

LKTTRES DE PEIRESC

iiance d’une drachme d’huille, de façon que ceste seulle cueiller donne la juste mesure d’une seule drachme si on veult la restraindi e à sa bordeure intérieure et la mesme du didrachme ou du sextans du Gyathe, si on la veult faire remjdir jusques à fleur de son bord extérieur. Ce qui est tellement conforme à l’intention des anciens que j’ay plusieurs cueilliers de bronze antiques de la mesme contenance de cez deux là d’argent. Voire, ])our monstrer que ce ne debvoit pas estre fortuitement et sans dessein, je fis voir audict sieur de Montagu^huict ou dix monnoyes de bronze des plus anciennes de Rome, du temps de l’usage de l’ÆS GRAVE, chascune desquelles avoit les deux palettes de la marque du SEXTANS, et ne pesoit guieres moins de deux onces de la livre Romaine. Mais la plus part avoient pour symbole ou devise l’image d’une coquille à double oreille, comme le PEGTUNGULUS, les unes avec les stries ou carreleures des Pettoncles, les autres lizes. Et y en a une qui d’un costé représente la convexité de la coquille, et de l’autre face de la médaillé représente le costé concave de la mesme coquille pour plus d’aflectation à ce rapport de mesure d’un sextans du Gyathe dans la figure d’une coquille marine. Il y en a une aussy qui au lieu de coquille de ])ettoncles a la coquille d’une petite tortue qui ne seroit pas aussy sans quelque rapport aux mesures, et à la personne de Mercure dont la teste se voit bien souvent aux monnoyes Romaines du sextans de tous les siècles, ou en delfault d’icelle, son Gaducée, qui faict quasi tousjours les revers de toutes celles où sont les coquilles. Je luy en monstray mesmes d’aulcunes de la mesme valleur du sextans (avec les marques des deux falottes, pouj‘ exclure tout subject d’en doubter) lesquelles n’estoient pas de forme ronde, comme sont generalement toutes les monnoyes, ains défiguré ovale, pour une particulière alfectation à celle de la cueillier. Ge qui m’a bien confirmé dans l’opinion que j’avois conceue desja que comme à l’exemple de la division de la livre Romaine en Xll onces et de la dénomination et désignation de la valleur d’une ou de plusieurs onces ])ar les molz de SEXTANS, OVADRANS et autres, les anciens divisoient et iiommoient les subdivisions du Pied, du .lugerum, de l’As, de rHemina,

AUX FRKRKS DUPUY.

et rnesmes du SEXTAHILIS eu Xll Gyatlies, ce (|ui est constant et indubitable; ilz ne se contentoient ]ias aussy d’avoir divisé buir Gyatlius en Xll dracbnics, depuis que l’usage en lut iniroduict, niais y allectoienl pareillement l’employ des noms du 8EXTA1NS ou QVADRAXS, ou 1 RIENS, comme si toutes les dracbmes de leur contenance estoient aultanl douces ou bien d’UNCdELÆ en jirenant le Gyatbe sur le pied de la livre ou de l’AS de monnoyc. Et pense que leur superstition les avoit portez à attribuer à Mercure cpielque particulière intendance ou direction des jiroportions des poidz et mesures, comme des monnoyes, dont ilz luy bailloient une jileine bource, jiuisqu’il s’est trouvé non seulement une, mais deux cueilliers avec son image. Monsieur* en ayant une si pareille à celle de M*' de Montagu, voire qu’entre les mesures celle de la cueillier et de sa contenance réglée au sextans du Gyatbe, comme le sextans des monnoyes, debvoit estre spécialement dediée à Mercure, en conséquence vraysemblablernent de ce que iMercure estoit réputé l’inventeur des poidz et des mesures au rapjiort de Diodorus Siculus (encore que Pbilostrate, Strabon, Pline et autres veullent attribuer cet bonneur à d’autres moins anciennes origines) et de ce qu’il est advoué quasi généralement pour l’inventeur non seulement des lettres et du bien dire, mais aussy de tout commerce et civilité entre les hommes, pour raison de quoy la langue luy estoit particulièrement dediée, ce qui ne seroit pas du tout incompatible avec la dénomination de ceste petite mesure de la LIGVLA ou Gochlear que d’autres ne t’aisoient pas dilliculté d’appeller LIGVLA (-sfc), pour plus de marque de son Etvmologie, et du rapport de sa figure avec celle de la lingua, et de l'aict aux sacrifices rnesmes la langue estoit spécialement reservée à Mercure, comme il est trivial^. Or comme l’usage ancien n’avoit pas moins communément admis le nom de GOGHLEAR que celluy de LIGVLA, qu’ilz ont encores confondu avec celluy de

‘ On sait quel merveilleux cabinet d’an- tant d'un passage de saint J<M'ôme que tous tiquités possédait le frère de Louis Mil. les écoliers savent par cœur, rap|)elle "pas-

^ C’est-à-dire comme la chose est bien sage si trivial connue. C’est en ce sens que Bossuet, par-

LETTRP]S DE PEIRESC

MYSTRVM et de CHEME, bien que selon la diversité des siècles et des nations, ilz liiy ayent donné de bien dillerentes mesures, et que soubz le mesnie nom ilz en ayent mesmes eu de plus grandes et de plus j)etites avec la seule distinction de la grandeur ou petitesse joincte au nom qu’ilz y vouloient approprier, il y a de l’apparence que la tigure de tels coquillages fusse comprise dans les appartenances et dépendances de Mercure, aussy bien que celle de la langue, comme sont ])lusieurs de ces Pettoncles, et de ces autres qui portoient le nom de (’beme ou de Gliame. Ausquelz les naturalistes attribuent des maniérés de vivie, et de bazarder ou exposer non seulement à la nage, et à pousser hors de leur coquille une partie de leur corps, pour attrapper leur aliment à la desrobée (sans neantmoins s’en destacber tout à faict) et puis se cacher et renfermer dans la mesme coquille pour le manger plus à son ayse, et s’y tenir plus à couvert, qui sont des industries bien approchantes à l’humeur et aux habitudes qu’ilz attribuoient à Mercure, tant pour le larrecin et les advantages qui se peuvent prendre dans le commerce, que pour la navigation, et le soing de se tenir à couvert de l’injure du temps parmy les pérégrinations loingtaines, à quoy le petase ou le pileus (comme ses aislerons) n’estoient pas inutiles, puis- .ju’ilz n’en usoient quasi pas que dehors de leurs villes. Et d’aultant que l’animal qui se norrit dans ces coquillages est bien informe, et que neantmoins il ne laisse pas d’estre compris soubz le nom general des poissons, je ne sçay si dans ceste grosse cueillier (dont la forme a son rap])ort tout évident à celle des Pettoncles ou coquilles à double oreille, bien que plus allongée que les communes, et un peu plus platte, et plus approchant de la forme de la langue), l’on n’auroit point allecté de représenter la figure un peu mieux formée ou moins informe et conluse d un poisson dans sa coquille et dans son eau naturelle. Si mieux on naime en rapporter l’image à ce poisson qui estoit particulièrement consacré à Mercure, que d’aulcuns appellent BOGA, ou PIIOGA, et que Ion tient avoir plus de voix et par conséquent d’usage de la langue que les autres. Mais on leur donne des bras et une forme un peu trop ditlérente di* celle (pii est repi-esentée dans ceste cueillier.

Il est vray qu’il y a un autre poisson nommé PHOCÆNA dont la figure y seroit plus convenable s’il a le mesme usage de la voix, ce que je n ay pas eu loysir de veriffier. Tant est que ceste image n’a l ien d’incompatible avec les apparences de Mercure quand ce ne seroit niesmes qu’un daulpbin, puisqu’il semble aymer quelque commerce avec les hommes plus grand que pas une autre espece de poisson, et ne sçay s’il n’a point encores quelque espece de voix à ce que j’en ay oüy dire, si je ne me trompe, par des gentz de marine, 11 resteroit à cbercber quelque cause d’affectation de la proportion du sextans à Mercure, jilustost que des autres portions tant du Gyatbe que de la libvre et de l’AS de monnoye. Car il y a grande apparence qu’il y en ayt eu tout aultant pour le moins comme l’on en a retenu encores pour le jour d’huy, pour quelque traditive superstitieuse de ne point passer le nombre de trente en comptant sans y entrelasser une bénédiction de Dieu. Possible pour l’ancienne affectation du nombre de trente jours des l’unerailles, et du trentiesme jour de chascun moys desvoué aux defuntz, oullre que le nombre de 3o pièces de monnoye sembloit réglé au prix de l’achapt des esclaves par la main desquelz se l'aisoit ordinairement tout le mesnage et supputation des impenses d’une maison, ou pour autres meilleures occasions dont je n’ay pas à ceste heure la mémoire. Bien est-il certain que le surnom de KOINOC ou de GOM- .\lVl\lS que les anciens donnoient à Mercure n’estoit pas sans quelque rapport à la creance que debvoient prendre à son assistance tant ceux d’un party que ceux du contraire, quand deux armées estoient sur le point de combatre, comme en matière de commerce aussy l’achepteur et le vendeur, car c’estoit pour la mesme raison que Mars et Bellone et la Victrice et autres Dieux avoient le mesme surnom de Gommuns, si je ne me trompe, bien que d’autres en ayent voulu tirer l’origine d’ailleurs. Que si cela estoit accordé, les deux partys qui se font la guerre, ou les deux partyes intéressées au commerce et en toute sorte de traictez et conventions pour ce regard, se trouvent reduictz dans les termes du nombre Duel ou Binaire, qui estoit le premier des nombres, et dont la parité le rendoit comme affecté à ces deitez inler-

oi^i LETTHKS DE PE IR ESC [1634]

iiales, jiisqiios où Mercure eslendoit son commerce, les nombres impairs appartenanlz aux Gelestes. Et je ne sçay si les deux serpentz du Caducée qui se void dans les plus anciennes monnoyes du SEXTANS parmy les Romains ne dépendent pas ou ne sont pas employez là par une aiïectation particulière à la dualité des onces du poidz et valleur de la dite monnoye, comme il se void tant d’autres pareilles affectations superstitieuses en autres pièces du mesnie temps pour y chercher des mystères et oinonymies^ plus on moins convenables que celle là, non seulement de celles des Romains plus antiques, mais aussy de celles des Hetrusques, lesquels sembloient estre encores plus superstitieux que les Romains. Entr autres en leur TRIENS où ilz avoient mis d’un costé une main passée dans l’anneau d’un Gestus, pour marque de la mesure du palmus des quatre doigtz cfe la main, relative au nombre quaternaire des quattre onces du poidz et valleur de la pièce. Hz avoient mis au revers deux Glaves^ d’Hercule, et pour faire voir qu’ilz n’entendoient pas qu’elles fussent là, sans avoir quelque relation au mesme nombre quaternaire, bien quelles ne soient que deux seulement, ilz ont mis dans leurs monnoyes du Sextans de deux onces, foigées de figure ovale, dont mention est faite cy dessus, le revers d’une seule clave d’Hercule, qui consequeinment doibt avoir quelque rapport au nombre Binaire, soit par sa longueur ou par sa gravité, ou pour frapper des coups dont l’un en valloit deux des autres sortes d’armes, et faisoit au double de mal. Comme les vestiges de son pied (s’il en lault croire Hérodote et la traditive des Scythes par luy rapportée) n’estoient pas de moins de deux couldées de longueur. Ce qui est certainement bien estrange, mais tousjours est il bien vrayseniblable que la longueur en estoit plus grande au double pour le moings de la mesure ordinaire des hommes, et de faict les conséquences qu’en

' Le Dictionnaire de Littré ne cite aucun auteur sous le mot homonymie.

^ Massue, du latin clara. Tout le monde connaît le proverbe dont les anciens se servaient pour caractériser une entreprise

impossible : Clavnm Herculi extorquere.

t/(Mileur du Dictionnaire de La Curne de Saiiite-Palaye mentionne le mot clave d’après le texte des Coutumes de Mâcon.

[1634] • AUX FKÙRKS DUPUV. -215

tira Pylliagore sur la mesure du stade 01ympi(jue ne s’en esloi'jne (s/V) ])as beaucoup. Voire ces coups ou blessures ne sont j)eut estre pas hors de raffectation de cez |)euples là en telles matières, puisque dans leurs monnoyes d’une seulie once en poidz et valleur, ilz inettoienf pour symbole un 1er de lance et une j)aiotte cappables l’une et l’autre de trapper un coup, soit par picqueure, ou par contusion, en sorte (|ue la blessure ou meurtrisseure peus.se faire tumeur, pour y clierclier 1 omonymie du mot de OCKOC en ceste sifpiitlication là, aussy bien ([ue du mot de AÔFXH ou LVNGHVS pour la lance et de ceux de PILVM et de PILA, tant pour l’espieu que pour la pâlotte, (|ui j)ouvoient avoir rapport à la valleur et au poidz et au nom de la monnove réglée à l’unité de l’once ordinaire. Auquel cas la Clave, (|uoy(|ue propre à Hercule, n’est pas si mal compatible aux appartenances de Afercure, si l’on se peult tenir à ce que Pausanias escript en ses Corintliiaques du depos que lit Hercule de sa Clave au Mercure Polygie des Trœzeniens. La forme de parler (jui dure encores parmy nous quand nous disons boire un coup, deux, troys coups, etc. , indilî’eremment an lieu d’une toys, deux et trois foys, pourroit bien descendre de ([uelque pareil usage des plus anciens, car telles lo(|uutions se conservent facilement par traditifve quand elles sont une fois introduites j)army les peuples, en choses qui sont dans un commerce et usage si general et si frequent comme sont les monnoyes courantes, et le compte de leur valleur et proportion. Supposant que l’usaige fusse receu comme il est bien vray de dire boire EX SEMISSE ou SEXTAINTE, etc., ])our des vases d’aultant de Cyatbes, que les monnoyes ainsy nommées valloient d’onces, dont les marques ou notes estoient vraysemblablenient pareilles et composées d’aultant de pointz ou pallottes qu’il en estoit necessaire pour en parfaire le compte et supputation, à quoy mesme le nom de PVNGTVM, qui est une picqueure, sembloit avoir quebpie esgard.

Au reste, pour revenir à nostre BINAI HE, les Hetruscpies rej)resentoient leur lANVS avec le petase et sans barbe, ou bien leur MEB(i\ HL à double visage comme les Humains leur lANVS, et luy allribuoieiil

LETTRES DE PEIHESC

les mesmes inventions et introductions pour le bénéfice du genre humain d’où ilz rnesuroient leur félicité, laquelle ne se peignoit quasi point dans le Caducée de Mercure, de sorte que les deux visaiges de ce Mercure Hetrusque, et possible aussy les deux aislerons de son petase, peuvent bien avoir aultant d’esgard à ce nombre que les deux serpentz du Caducée, et la double corne d’abondance qu’ilz mettoient en main bien souvent à la rnesine image de la félicité au lieu de Caducée. Et ne sçay si ce n’estoit pas au second rang plustost qu’au premier qu’estoit logé anciennement au jeu de l’Alea ou du Trictrac, non seulement le point nommé ANTIGONVS au costé gaulche, mais aussy celluy de DIVVS au dextre. Sur quoy AE Saulmaise nous resouldroit plus facilement que tout aultre s’il vouloit, en ayant desja descouvert tant de belles particularitez que le temps avoit quasi abolies, et tirées de la congnoissance des hommes, et s’il nous avoit donné le livre ex professe qu’il promettoit sur le subject des jeux des trois et des quatre dez pariny les anciens, il auroit bien esclaircy d’autres dilTicultez, et possible descouvert tous les mystères que cez peuples alfectoient en toutes les faces d’iceux, et spécialement en celle du BÜNIO pour la restraindre ou appro])rier à Mercure plustost qu’à d’autres deitez. Car ce (|ue Plutarque escript en la 2 question du IX de ses Symposiaques que le Q\ ATERNAIRE est consacré à Mercure beaucoup plus que tous les autres nombres, présupposé qu’il y en aye d’aultres quasi aultant desvoüez que celluy là au mesme Mercure, et qui puissent estre de ses appartenances, possible comme choses acquises par succession du temps, à mesure que les hommes penetroient plus avant dans les secretz de la Nature et qu’ilz y descouvroient de plus grands mystères. Gomme si le premier lucre pouvoit estre représenté par le doublement du londz mis en commerce, et aussytost desvoué à Mercure inventeur dudit commerce, saul de luy en rendre de plus grandes recognoissances, quant le marchand ou le joueur le pouvoit faire quadrupler. Et possible est-ce pour cela que comme les anciens avoient originairement représente leur laiius seulement à deux visages, ilz le voulurent par aprez redoubler une seconde foys, et le faire à quatre

[163'i] AUX FHÈHES DU P U Y.

visages, et en fin le multiplier jiisqiies à la figui-e cubique, dont ilz composoient le tronc et le corps de leur Mercure et de tous leurs philosophes. Et voudrois bien pouvoir descouvrir à (juel jeu Mercure pouvoit avoir gaigné à la Lune la 70° partie de chasciin jour pour en accomplir enfin cinq jours entiers qu’il luy l'alloit pour la vraye réglé des années dont parle Plutarque de Iside et Oziride, si ce ne fut pas sur un trop foihle point que la Lune voulut tenir le Dé, si elle s’arresta au Binaire de Diane mentionné au mesme traicté, et si elle ne se laissa point vaincre par nu faict ou couj) plus favorable à Mercure, s’il rencontra le Quaternaire. Y ayant quelque apparence à cela, s’il est vray que la forme des obélisques soit véritablement relative à cet establissement ou reglement des années comme le croit Ludovicus Demont- Hiosus^ en son Gallus Romæ hospes^. Car lorsque l’obelisque du Vatican fut transféré en la place où il est k présent soubz le pape Sixte V, on le trouva posé sur quatre Astragales de bronze cbascun du poidz de six cents livres, lescjuelz estoient asseurernent situez sur l’un de leurs costez plus large, et vraysemblablement en sorte que la face nommée SENIO estoit contre le piédestal et par conséquent l’opposite qui faisoit l’VlNIO estoit près le dessus, pour y recevoir le fardeau de cet obélisque. Je dis vraysemblablement, d’aultant que j’ay des vases antiques, dont la structure monstre d’estre fort alîectée à divers mys-

‘ Louis (le Moiiljosieu, n(i dans le lloiiei gue, mourut, dit-oii, à la (in du \vi' siècle. Voir sur cet érudit, (|ui lut |)réce|)te’jr (pour les inatliématiques) du duede Joyeuse, pair de France, et du duc d’Anjou, Irère du roi, la liibliothèfine français! de La Croix du Maine, celle de Uu Verdier, cpii rap])eile Loys de Monjouziou, Y Histoire du président de Tkou (livre LXWlll, à l’année 1 5 83), le Dictionnaire critique de Bayle, etc.

* Ludovici Demontiosii Gallus Roime liospes. (Jpus in quinque partes trihutuin. iùi niulta antiquornm monumenta evpUcantur,pars pristinœ formœ restituuntur (Borne, i.58é,

in-6°). Le Manuel du libraire constate que cet ouvrage, dont les exemplaires sont rares, même en Italie, (!st encore estimé des anti- (piaires, et ejue la partie qui traite des arts du dessin a été réimpriiiKie à la suite de la Diatnjliothcca deGorlée, et dans le tome 1\ du Thésaurus antiquitatuni grecaruin de Gronovius. Le liv. de L. de Montjosieu, dédié au pape Sixte Quint, a été fort loué par le président de Tliou (pii dit de l’auteur : rara rei antiquariœ doetnna tnsigms, ce (pie Bavie a traduit ainsi : «livre qui ti'inoigiia (pi’il était un excellent antiquaire

IU»>ntUI.Rie NATIOXALI.

teres, (|ui sont posez sur des Astragales attachez en ceste inesme posture et situation contre le cul du vase par leur façade de l’IInio, inonstrantz (quand on renverse le vase sens dessus dessoubz) leur façade nommée SflMO comme contraire ou opposite à celle de TVNIO, estant bien certain que cez quatre Astragales regardoient les pointz de l’Orient, Goucbant, Midy et Septentrion par les costez plus estroictz de leur corps, airtsy qu’il se justilïie par les anciennes images de cet obélisque portraictes avant sa translation et par les crampons qui estoient attachez à deux de cez Astragales contre l’une de leurs faces plattes, ainsy que le représente le cavalier Fontana qui print le soing de ceste translation au libvre qu’il a faict des fabriques du pape Sixte L Et l’obelisque de Constantinople est posé sur quatre quarreaux de bronze dorez qui pourroient bien estre quatre dez ou tesselles, posées en sorte que les mesmes superstitions y eussent esté observées. Ce que j’ay voulu faire veritlier sur les lieux, mais il ne s’est pas trouvé de personne assez curieuse pour en faire la perquisition si exacte que la chose le peut mériter. J’en attendz encore la relation d’un homme qui s’en est chargé depuis peu, et qui m’a promis d’y monter luy mesmes pour le voir de plus prez.

Mais que direz-vous de mes badineries? Je ne les oseroys pas escripre à d’autres qui eussent moin sde charité que vous en avez monstré en mon endroict pour m’excuser et pour ne les pas faire voir qu’à des amys bieji conlidenz et bien disposez à me pardonner, comme pourroit estre M*‘ de Saulmaise à qui je voudrois bien par mesme moyen taire venir l’envie de nous en dire son advis, car ce ne seroit pas sans nous consigner de trez belles choses. Et comme c’est à ceste condition là que M*" de Montagu m’a laissé toutes ses deux cueilliers antiques de vous en escripre mes conjectures, je ne m’en j)ouvois pas dispenser. Toutesloisce n’est pas sans regret d’abuser par trop de vostre patience, attendu (pie ne puis obmettre de vous dire encores que comme ces deux

’ Dclla ti'ani)07'tazioHe dell’ ohchsco va- nico Eoiilaiin tiaqnil, en i5^i3, à Miü, au licano, e (telle fahrichc di papa Sixto V bord du lac de Cùiiie, et iiiourut à ^aples, (Rome, i.o()o, iu-l'ol.). 1/arcliilecte Dôme- en 1607.

[168'i] AUX FHÙnES DUPUY. 219

cuilliers d ai{jeiit aiiti(|uc et des autres de bronze (|ue j’ay de |)areille contenance, à les mesurer bien au juste et sans combler, ne contiennent pas davantage (|ue ce ([ue peult prendre la quantité de deux drachmes dhuille, ce neantmoins si l’on les venlt taire combler, et recevoir tout ce qui s’y peult tenir de matière mesurable, ilz en i-etiendront bien encor une troisiesme, et bien plus facilement si c’estoil de la matière moins coulante que l’eau, ou du sel pulvérisé comme le ])resuppose Columella au libvre XII , cbap. 2 1 , quand il parle de la LIG VL A GVMVLATA vel mensura semunciæ beneplenæ, satis cocti et triti, et par a])rez quand il adjouste que ex eo molito post salituram niusti COCHLEAR CVMVLATIJM, vel simile genus poculi ejus qui est quarta pars Cyatlii adjicit in binas urnas,car à combler de la sorte les vases de mesure, comme je pense que par traict de temps l’iisaige s’en pouvoit estre introduict, l’une et l’auti’c de ces cuilliers porteroit la mesure du quart du Cyatbe de Columela et du Alystrum de Fannius de trois drachmes d’buille fort facilement. Et y a grande apparence ([ue ce soit ainsy que l’aye entendu Columella, mais je n’estime pas que (fuand il a parlé de la Ligula, il a entendu que ce fusse la mesme qu’il appelle Coclilear ])ai‘ aprez, quoyque les anciens en ayent souvent confondu les noms. Car comme plusieurs des modernes ont bien remarqué que la demye once ne pouvoit pas quadrer avec le quart du Cyatbe (pii n’a jamais excedé une once et demye en tout, je pense qu’en vain auroitil adjousté les termes de bene plena, parlant de la mesure de la demye once, puisqu’il avoit desja présupposé qu’elle fusse cumulata, si elle debvoit tousjours peser demye once. Auquel cas l’on n’avoit que faire de la combler, et suffîsoit de peser une once de matière. Alais puiscpi’il atfecte tant la cumulation ou comblement de la Ligula, et plénitude delà mesure nommée demye once, j’oserois quasi penser ([ue ce lusse le corps du vase ou de la Ligule qui pesast la demi once et qui ne deust contenir que la demye uncette du Cyatbe, c’est à dire une demye drachme, à quoy Fannius et autres autbeurs ont réglé la contenance de la Ligule, et de faict AF Venot m’envoya l’année passée une petite cuillier d’argent du poids de la demye once, et de la contenance dune

[l63/ij

demve di-aclime d’iiuille, poiirveu quelle soit comblée. Et dans ma pille antique comme le sextans ne contient que deux drachmes d’huille, et pese neantmoins deux onces de nietail et l’once de metail peult prendre la drachme entière d’huille, manquent les autres ])ieces plus meniies de l’assortiment de madite pille, mais j’ay des frappiienz ou pièces dezassoiTies d’autres pareilles pilles antiques, dont la demye once contient la seulle demye draclmie d’huille. Et ay un petit modelle anti(|ue de bronze d’un vase octaple, ou qui contient de quoy regler huict mesures des plus petites, lequel pese quatre onces Romaines, Et toutesl’oys ay mesuré les choses au juste sans combler; sa plus large cappacité ne pouvoit contenir que trois drachmes d’hnille, qui est le quart du Cyathe ou le Mystrum de Fannius. Celle (jui suyvoit aprez et qui sembloit la principalle à considérer l’ordre et structure du vase ne contient que le sextans du Cyathe ou les deux drachmes seulement et puis les autres moindres font la drachme, demye drachme et autres minuties de plus difficile disquisition. Mais pour revenir à l’induction de la piece il ne lault que la remplir d’huille toute comble pour en faire trouver quatre draclimes qui est le tiers du Cyathe comme le poids du vase pese tiiens ou les quatre onces de la libvre. Au moyen de quoy nous pouvons dire (]ue ces deux cuilliers donnent en les comblant la mesure du Cyathe du Cochlear de Columella et du Mystrum de Fannius, mais qu’à les prendre rie à rie et bien scrupuleusement à la mesure juste, ilz ne tiennent que le sextans du Cyathe ou bien les deux drachmes seulement, ce qui m’avoit fait révoquer en quelque doubte que Martial en disant LIGVLAM SEXTANTE MINOREM n’eusse entendu parler et distinguer les deux sortes de Ligules, à sçavoir celle qu il appelle mineure restreinte à la deiny drachme de contenance ou à la demye once de poidz d’avec l’autre plus grandette^ qui esloit réglée au sextans du poidz du vase, et au sextans de la contenance du Cyathe, comme sont cez deux de M' de Montagu. Je dietz plus grandette, car

Litlié donne les diminulifs grandelel , xvi' siècle, ajoulc-t-il. On xoil (\ue grandet grandeleltc el indique a 1 étymologie le s’employait encore dans la [)remière moitié genevois grandet, qui so disait aussi an du xvii' siècle.

[lG3/i| AUX FRKRES DUPUY. L>-)1

il est bien vray que le Mystriiin de Faiinius et le Goclilear de Goluniella poiivoient avoir des vases aussy adjiistez à leur conteuaiice du quart du Cyatlie comme est mou petit modèle susdit sans le combler. Et non seulement à cette sorte de mesure se donnoient promiscüement^ les noms de GOGHLEAR, EIGVLA, MYCTPON, XHMEÏ à cause de la conformation de leur corps avec les coquillages de caj)pacité pareille à peu prez, mais encore à d’autres plus grandz vazes soit de la forme ouverte des cueilliers et des coquillages dij)tyques, soit d’autre forme plus réduite ou enfermée. Et communément tous ceux qui estoient de forme ouverte et à queüe comme les cueilliers, j)ateres et poêlions retenoient les noms et de Mystrum et de Gocblear, Gocldeare, ou Gocblearium, les anciens autbeiirs leur donnant diverses ])roportions de grandeur non seulement jusques au quart de rOxyba])lms comme faict le Gleopatras en son plus grand Mystrum et au demy Gyatlius comme faict Gallien en son petit Mystrum ou sa petite (’dieme, et au double Gyatbe comme faict Gallien de son grand Mystrum (|ue d’autres ont appelé KTA0H pondo m, mais aussy jusques à la Gotyle entière que Gallien (ou celluy qui a faict le traicté des mesures qui se trouve soiibs son nom) appelle ROXAIAPION et TPYRAiON MIKPON. Et de faict j’ay Imict ou dix grandes cueilliers de bronze anticpies, ])lusieurs de verres et mesrnes une de crystal de roclie antique toutes en forme de pateres et cueilliers à queüe et toutes de la contenance de la Gotyle ou demy sestier, et en ay mesnies deux qui sont de la^ vraye forme des grandes coquilles canellées nommées de S‘ Jac(jues, mais si elles n’ont pas de queue leur figure est bien tant |)lus contorme à cez noms de coquillages. Voire j’ay un poisson de bronze anti(|ue à com te queüe de la contenance de trois Gotyles, que j’estime estre le Trybliion de Galien, ainsy que celluy là estoit le triple du grand Mystrum du rnesme autlieur, et rAcetabuluin , le triple du petit Mystrum du iiiesme Galien. Ge (|ui m’a faict plus facilement admettre l’alfectation de la

' Col advoi-be est incomiu de Littré et des auteurs du Dicliotiiiatre de Trévou.r. (-otgrave l'a enregistre avec le sens de confusément.

LETTHKS DE P El 11 ESC

mesure du sextaiis du Cyatlie et parmesino moyen du (riens du mesine ('iVatlie dans ces deux ciieilliers d’argent et dans mon petit modèle octaple qui pese le tiieiis de la livre; cette division ou multiplication par tiers ii’estant pas de moindre usaige, ains plus frequente que celle du quart, laquelle faisoit ])lns de fractions (pie l’antre dans les subdivisions.

11 s’en pourroit encores bien dire (l’autres choses, si je n’apprehendois que mon indiscrétion passast à trop d’excedz pour ce coiq). C’est pourqnoy je finiray en vous siqipliant de ne pas laisser courir ne voir cette lettre, que je n’ay presque jias releüe que fort précipitamment et (|ue je n’ay lascbée qu’à vive force, [leur de manquer à l’obeissance à laquelle m’a si estroitement obligé M'de Montagu, lequel je n’ay pas peu desdire de si jieu de chose, aprez les supplications que je luv ay faictes d’excuser mes besveües et de se donner la patience que j’y puisse avoir mieux pensé et reveu tout ce ([u’il faudroit pour parler pertinemment de cette matière et seulement pour arres de ce que j’espere faire un jour avec ])lus meure deliberation pour satisfaire cependant à quelque parcelle de sa curiosité, à cause des impressions qu’on luy avoit voulu donner qu’il ne s’en pouvoit rien dire sur quoy je jiensse prendre aulcun fondement de réglé ou de justesse des mesures anciennes.

Su r ce (pi on pense mesurer les anciens à l’aulne des modernes, (pii n’y regardent pas de si prez, et ([ui par exemple ne font pas de dilficulté d’habiller Pierre de tous les babitz pontilicaulx que portent aujourd’buy les Papes et qui ne songent rien moings qu’à la mesure que doibt avoir un vase d’argent quand ilz le forgent, n’y ayant (piasi plus que les tailleurs et cordonniers qui veuillent s’attacher à des mesures de leur besoigne propres à l’usaige auquel elle est destinée, de toutz ceux (pii tout des vases, n’y ayant quasi ])lus que les tonnelliers qui s astreignent à observer des mesures communément certaines pour leurs poinçons et autres plus grandz tonneaux, de ce que je suis dans reste erreur de me persuader (pie les anciens jiour la ])lus])art alfectoiciit (b‘s mesures certaines et réglées en toute sorte de vases, et de

[KiSA] AUX FIIÈHUS DUPU^.

tontes matières, jusques aux simj)Ies ])otz de terre, voire l)ieii souvent les ])oids du corps dn vase au moins pour les metanix de quelque prix ii’y estoit guieres moins alTecté que la contenance de sa capacité, comme j’ay des vases de la contenance de la (iotyle,(|ni pèsent une demye libvre juste de six onces, comme elle contenoit le demy sestier. Et comme M’’ de Montagu a veu, si je ne me trompe, que sa cueillier du poisson pese les deux onces et si bien l’antre de Mercure ne pese pas aultant, la raison en est bien esvidente, car le manche ou la qiieiie n’est pas en son entier, et monstre avoir esté i-ompne de tort longtemps, et le bout de ladite queiie avoit esté r’anté sur le tronc, sans (pi’on sache ce qui y peut manquer au vrav, mais on void bien (pi’il en a esté limé quelque ])en pour espargner nue cheville capable d’estre antée dans ledit tronc, où l’on a cavé de la |*lace pour la contenir sans la soulder, ou que la souldeure aye peu se conserver jusques à présent, ains la rouille s’y est formée comme an dehors. Et il n’y manque pas tant de poidz pour parbiire les deux onces qu’il ne manque assez de longueur à ladite ([uene (en la comparant à la longueur de la queiie non seulement de l’autre grande cueillier dudit poisson, mais aussy à celle de la plus petite d’ai-gent et aux antres que j’ay de bronze) pour faire croire que si elle se fusse conservée en son entier, elle eusse peu contrepeser les deux onces bien aj)paremment.

J’avois oublié de vous dire qu’en estant la rouille de ladite grosse cueillier d’argent, il s’y descouvrit deux lettres gravées dans le crochet qui porte la coquille et faict la liaison d’icelle avec le manche, lesquelles deux lettres sont l’une d’un costé et l’autre de l’autre dudicl crochet, à sçavoir un P du costé gaulche et un A du costé droict, ce ({ui me faict juger que ce soit pour signifïier deux [)ai‘oles, et not) pour faire le commencement ou la première syllabe d’un seul mot, ({ui vi aysemblablement ne seront que les premières lettres du prénom et du nom propre de celluy ([ui l’a voit faict laire ou de l’ouvrier «pii l’a voit forgé, si ce n’est qu’on y vouliist admettre le nom dePECTEN ou PEC- TVACVEVS ou de PISGIS, comme on y admel ceux de MYSTHVM, de CIIEME, de COCHLE VP» et de LIGVEA au mesme sens et pour le

inesine eiiiploy, auquel cas la seconde lettre A pourroit appartenir à la ville d’Autliun, mais je n’en voudrois pas estre garend. Ce que j’ay profitté bien à souliaict à mon gré en la descoii verte de ces deux lettres, et principalement en celle de l’A, a esté de voir quelle n’est pas aigüe, ains esmousséepar Tangle du dessus du cliaractere, en la forme qui se pratiquoit dans le bas empire, de sorte que j’estime que la cueillier ])ourroit bien avoir esté forgée du siecle des Empereurs Philippe et Gallien, dont il se trouva deux médaillés d’or avec lesdites cueilliers, auquel tem])s les cliaracteres estoient desja abusivement fermez de la sorte et quelques années auparavant, mais la maniéré de l’autre cueillier du Mercure est, ce semble, de trop bonne main pour n’estre plus ancienne. Car il n’est pas incompatible qu’en ce temps là on eusse conservé une cueillier de trois ou quatre générations pour le moins et la ruj)ture de sa queue antée, dez auparavant qu’elle fusse enterrée avec tout le reste de ce thresor, monstre assez qu’elle debvoit estre plus ancienne que celle du poisson dont le dessein et l’ouvraige n’est pas meilleur que le tem|)s de Gallien Em[)ereur, ne moins grossier que les médaillés <pii se forgeoienl pour lors. Sur quoy, en vous réitérant mes supplications de me pardonner mes faultes et besveües, aussy bien que mes trop libres conjectures, et de m’impetrer le mesme pardon de ceux à la censure desquelz vous trouverez bon de les exposer, comme ])ourroienl estre M‘' Bignon et le R. P. Sirmond que je sallüe trez liumblement et avec le plus de vénération que je peuz, je demeureray. Monsieur,

vosti'e trez bund)le et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 1 Moveiiibie iÜ3/i ‘.

' Nouvelles acqiiisilions fr. 5 1 70 , loi. 1. Cet important document, qui manque au volume 718 de la collection Diquiy, nous a été rendu par M. Léopold Delisie, qui avec tant d’autres centaines de précieuses lettres autographes, l'a reconquis sur l’Angleterre.

Libri l’avait ti-ouvé à la bibliothèque d’Inguimbert, parmi les papiers de Peii’esc, au- (juel les frères Dupuy avaient rendu celle pièce que la modestie de son auteur voulait tenir à peu près secrète.

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