‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 12 sur 75 · I.VIl · texte numérisé non relu

I.VIl

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

J’ay employé tant de temps à vous escripre une lettre de 3 feuilles sur le subjet des deux cueilliers d’argent antiques de M"" de Montagul qu’il ne m’en est point resté pour respondreà voz dernières despesclies du 10 de ce moys dont je me contenteray de vous accuser la réception et de vous faire de très liuinbles remercirnentz (jue je doibz de cez belles lettres de M*' Grotius qu’il vous a pieu me communiquer (lesquelles je ne manqueray pas de vous renvoyer par le prochain) et de tous ces aultres curieux advis dont il vous a pieu me faire si bonne part, vous suppliant d’excuser les faultes et ignorances ([ue vous trouverez dans cette relation que j’estois obligé de vous faire tant pour vous rendre raison de chose dont l’acquisition m’a esté procurée par ceux de vostre maison, que pour satisfaire au désir de M'' de Alontagnt qui s’estoit laissé dire qu’en vain je ebereberois aulcune réglé dans les mesures de ses cueilliers par des personnes auxquelles il a voulu faire paroistre qu’il y en avoit un petit plus ([u’ils ne s’esloient figurez, dont je ne l’ay peu esconduire, quoyque ce n’ayt ])as esté sans (juelque regret de les rédiger par escrijit si précipitamment comme j’ay faict et sans voir les livres qu’il falloit voir et examiner tout à loysir. C’est pourquoy je debvois desirer que cela ne feusse point veu que je n’y eusse mieux pensé, mais il vouloit faire voir à AU Bignon ([ui estoit présent, ce dit-il , lorsqu’on luy soustenoit l’impossibilité d’en rien faire qui vaille, qu’il y a encore plus de ressource qu’il ne sembloit (pi’on en deubst esperer. Il fauldra doneques consentir que Monsieur Bignon en aye la veüe, le père Sirmond aussy qui estoit lors de la partie, mais je desirerois bien qu’il n’en lusse point tiré de copjiie en attendant ce ([ue je pourray changer ou adjouster si ce n’est pour Monsieur de Saulmaise, à qui je ne serois pas marry (ju’elle fust communiquée, car cela luy

luraïuiikiic «ATio^iLC.

pourroit faire naistre l’envie de nous en escripre son advis, ce qu’il ne sçauroit faire sans nous enseigner une infinité de belles singularitez à nous incogneües, ayant comme il a veu tant de beaux livres qui n’ont jamais passé par noz mains. Et je sçay bien qu’il excusera mes faultes aussy volontiers qu’aulcun aultre, sçachant comme il faict la vénération que je porte à sa vertu. Je ne vous parle pas de Monsieur de Tlîou, car je ne pense pas que des choses si basses puissent mériter de faire descendre jusques à elles un esprit si relevé que le sien et à qui il ne manque pas d’aultres plus dignes entretiens; mais parce qu’il s’est meslé si avant de toute ceste alîaire et que c’est sur son compte principalement que se doibt mettre toute la gratilfi cation que j’ay recette de la part de M^' de Montagut de la participation de ces pièces que j’avois tant désiré de voir, il est bien raisonnable de luy en faire sçavoir ce que vous trouverez bon de luy en dire quand vous l’aurez veu; appréhendant la peine et la perte de temps qu’il y aura pour vous, mais la notice que j’ay de vostre courtoisie ne me permet de révoquer en doubte que vous ne m’en veuilliez excuser comme je vous en supplie et de me tenir tousjours,

Monsieur, pour

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 1 novembre i63/i.

J’oublioys de vous dire que de Rome l’on m’escript que le R. P. dom Du Puy en estoit party pour venir en Chartreuse, ce qui me faict tressaillir de joye en l’esperance que j’ay de le voir icy en passant soit au venir ou au retour, et de [le] pouvoir embrasser.

Je faicts retenir un dupplicata de la lettre dont il me fault adresser l’original à M. de Montagu, et s’il peult estre faict à temps pour cet ordinaire je pourroys bien vous envoyer ce duplicata à l’advance, à la charge que vous me le r’envoyiez s’il vous plaict, en attendant qu’il vous porte 1 original qui pourroit tarder jusques environ la Noël. Mais je croys bien qu’il ne le lauldra pas faire voir pour luy laisser le plaisir

AUX FU E ni-: S du pu y.

d’en donner ou porter les nouvelles Iny niesme à M'' Bignon et au B. P. Sirrnond.

M‘’ de Lomenie vous pourra faire voir les nouvelles (jue je ne sçauroys maintenant reiterer.

L’extraict de ce procez des Chartes ne peult estre que grandement recommandable, et pense qu’il fournira quelque chose à nostre histoire de ce temps là, niarry de ne l’avoir encores pu lisrc h

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

En vous accusant la réception de vostre despesche du 1 7““= avec tout ce que vous y aviez joinct, dont je vous remercie trez humblement, il fault que jewous die que comme mon homme cachettoit les lettres que je vous escrivis la semaine passée, il laissa tomber par malleur une chandelle allumée sur la première feuille de l’original d’une mienne lettre, dont vous eustes lors un dupplicata, laquelle feuille en estoit demeurée si gastée et difl'amée^ quelle n’eust sceu paroistre devant des persones de vostre sorte sans me faire trop de honte. Et de bonheur l’honime à qui M’’ de Montagu avoit donné cliarge de la prendre fut constrainct de différer son partement qu’il avoit assigné à ce jour là, ce qui me vint tout à poinct pour pouvoir refaire celte feuille. Je dicts refaire, parce que je l’avoys faicte à tant de diverses reprinses, et parrny tant d’interruptions, que je n’y avoys peu observer aulcune suitte, ne quasi aulcune liaison du discours, ce qui me la faisoit lascher assez mal volontiers. Mais la crainte de desplaire audict sieur de Montagu, et la presse qu’on me faisoit, ne me permettoil pas de me dispenser de l’envoyer, ne quasi de la relire. De façon

‘ Vol. 718, fol. io3. — ’ Dans le sens de défigurer, salir, gâter. Liltré cite, à ce sujet, une phrase de Molière et un vers de Boileau.

que comm’ on dict, à quelque chose ce malleur là fut bon, tant du retardement de riiomme d’Autun, que de la cheutte de la chandelle sur une hesoigne si precipitament brochée ^ pour vaincre ma paresse et me constraindre d’y remettre la main, dont je n’ay pas esté marry, car je fus un peu plus heureux que devant, de la pouvoir refaire sans avoir tant d’interruptions comme la première foys que j’y avoys mis la main, ce qui me lit employer tout plein de petites conceptions qui me viendrent en la pensée en escrivant, ou que les interruptions m’a voient faict eschapper de la mémoire l’aultre foys, et si je n’eusse esté si négligent et paresseux comme je suis naturellement, j’eusse volontiers refaict les aultres deux feuilles suyvantes comme la première, attendu qu’elles ne sont gueres moings en dezordre. Mais la confiance que j’ay en vostre desbonnaireté et charitable affection m’a faict flatter ma dapocaggine ou poltronerie jusques là, souhs l’esperance que vous excuserez mes faultes et mes foiblesses, et que vous m’ayderez à les faire pareillement excuser à cez aultres Messieurs auxquels vous trouverez bon de les communiquei". Cependant, pour gaigner temps, et pour vous donner plus de moyen d’en tirer s’il est possible l’advis de M*’ de Saulmaise, tandis que M’’ de Montagu se disposera au voyage de Paris, je vous ay faict faire ung aultre duppiicata de cette chettive relation, un peu moings dezordonnée que devant, afin que vous la iuy puissiez faire tenir quand vous en rencontrerez la commodité opportune, m’imaginant que vous en pourriez bien avoir la response avant l’arrivée dudict sieur de Montagu, et que M*' de Saulmaise me j)ardonnera, et ne sera peult estre pas marry de voir ce que les anciens avoient affecté de mystère en leur sextans, aussy bien qu en leur once et quelques aultres portions de leur livre de monnoye dont je l’avoys cy-devant entretenu. Ozant me promettre ([ue s il met la plume à la main pour vous en accuser la réception, il aura de la peine à s’empescher de vous en dire quelque chose, et

Sous ce mot employé familièrement comme é(piivalent de faire sans soin, Littré ne cite (|ue deux écrivains très modernes, Voltaire et Paul-Louis Courier. — ^ INous avons déjà vu (|ue ce mot fainéanlisc , nonchalance.

[1634] AUX PRÈRES DUPUV.

qu’il ii’en sçauroit dire si peu qu’il ne nous descouvre de Irez belles notices et qu’il ne nous enseigne de grandes singularité/, dans les advantages qu’il a d’une si grande littérature, et d’une mémoire si ])rodigieuse et sipresante à tou1 ce qu’il en veult tirer. Je laisi'ay toutefoys à vostre disposition d’en faire comme vous le jugerez plus à propos et de ne la luy pas envoyer si ne l’en estimez digne, comme certainement elle ne le sçauroit jamais estre, à la mesurer à sou aulne. Mais en tout cas je vous supplie de me renvoyer l’aultre duplicata que vous receutes par le dernier ordinaire, et de me pardonner toutes cez importunitez. J’oublioys de vous dire que M*' de Montagu a voulu de mes lettres non seulement pour Monsieur du Puy vostre frere, et pour vous, mais aussy pour M*" de Thou, pour Monsieur Bignon, pour ^lessieurs Le Pelletier, Du Mesnil Aubery, et mesme pour le P. Sirmond, à qui j’ay demandé son advis sur la figure assise représantée en l’une de ses cueillers qui tient une bource à la main comme Mercure, mais qui est despouillée de son petase, et tient son caducée d’une si extraordinaire façon que je ne vis jamais rien de semblable, se soubstenant dessus comme sur une crosse, et comme si le sculpteur l’avoit voulu desguiser et faire paroistre soubs la pei’sone d’un homme malade comme les poetes le desguisoient aultres foys en des jiersonnages de vallets et aultres. Et vouldroys bien l’avoir mis en humeur de nous en dire ses sentiments, mais je ne sçay si je le doibs esperer de l’humeur dont il estb

Au reste je n’avoys pas deub vous nommer le P. Campanella, pour ne contrevenir à ses ordres et ce que j’avoys veu observé par M*" le comte de Noailles, et M‘' Bourdelot, mais je ne suis pas marry ipie M" Diodati aye si opportunément suppléé à mon dclïault jiour vous oster de peine. Vous verrez un trez galant homme et dont la conversation est superlativement doulce et agréable. Le bon M" L’iluilliei’ n’en estoit pas moings en peine que vous, à ce que M"" Gassend ma faict voir, mais je croys bien qu’il n’aura pas tardé de rencontrer

C’est-h-flire un peu capricieux, un peu {grincheux, un peu bizarre.

M" Diodati. Je suis bien aise que M*' Petit soit desjcà si avancé en Tedition de ses loix Attiques, mais je crains que son ouvrage n’aille si viste et ne le charge tant qu’il ne puisse pas desrober du temps pour conférer le Josephe comme il desiroit sur les manuscrits du Roy et de AP de Thou, et qu’il ne puisse pas s’arrester davantage de par delà par aprez pour y vacquer. Auquel cas je croys bien que M/' de Thou ne fera pas de difïiculté de luy confier son manuscrit et si besoing estoit quelqu’un de ceux de la Bibliothèque du Roy, pour les conférer et examiner plus à loisir chez luy. Je me rendray trez volontiers sa caultion pour la fidele restitution de cez manuscrits. Et s’il estoit pressé de partir de là avant la INoel, et qu’il n’ayt pas dezagreable de jetter les ieulx sur cette chettive relation des cueillers, je vous prie de la luy faire voir, afin que s’il rencontre dans ses estudes chose qui y puisse ayder, il nous en puisse faire part, s’il luy plaict. Je seray bien aise aussy que AP Aubery du Alesnil en aye la veüe en son temps, s’il ne luy est trop à charge (à cause qu’il m’a envoyé des pièces qui m’ont bien servy à cet usage) et AP' L’Huillier aussy L Nous n’avons pas eu le bien de voir icy Messieurs les Chevaliers de Alalemaison; j’envoyay leur pacquet à Alarseille aussy tost que je l’eus receu à M'' de Gastines quia grand commerce à Malte, pour le leur faire tenir là, s’il peult apprendre qu’ils y soient jà passez ou pour le leur garder jusque à leur venüe s’il sçait qu’ils ne s’y soient pas encor acheminez. Je plains toiisjours bien le pauvre bonhomme M'' Schikard^ et le vouldroys sentir deçà le Rhein comme AJ. Grotius. Je ne sçay si AI. Luillier n’aura pas trouvé moyen de lui envoyer des lettres de AI*' Gassend par lez Ambassadeurs Allemans. Aujourd’buy Messieurs les gents du Roy voyent le procez du dict sieur Gassend pour y conclure, et j’estime

* En somme, presque tous les amis parisiens de Peiresc, capables de goûter sa dissertation archéologicjue, devaient en recevoir communication par l’in ter mëdiaire des frères Dupuy.

^ A cause des malheureux ève'nements dont le pays de Tubingue était alors le

théâtre (guerres entre les troupes impériales et celles du duc de Wurtemberg). Scliickard , pendant tous ces troubles , se retira siir le territoire autrichien avec sa famille, et il revint à Tubingue quand le danger fut passé.

qui! pourra estre bientost despeschô Dieu aydaut. Il vous remercie de riioniieur de vostre souvenir, avec de grands senlimeiils d’obligation. Mou fl 'ere est à Boysgeiicy entre les mains des médecins pour sa colique renale qu’il avoit trop négligée. Il vous est trop redevable de l’iionneur que vous luy faictes. Je vous renvoyé les lettres de Grottius avec mille mercys, et l’acte de Verdun, vous suppliant de me tenir tousjours, Monsieur, pour,

vostre Irez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 98 novembre i634.

J’oiiblioys de vous dire que le cardinal Biquy arriva ces jours passez en Avignon et entra à pied luy deuxsiesme l’espée au costé tout vestii de rouge, parlant à un chevalier tout liault d’affaires de jirocez, sans que les gardes s’en apperceussent, et s’alla coucher dans le lict chez le sieur Bianco pagador, où toute la ville l’alla sallüer et des otbciers et des dames, et le soir on fit tirer le canon, et les ceremonies ordinaires. On avoit appresté un batteau peint pour l’aller recevoir sur le Bosne, qui coustoit 6 escus le moys de garde. Mais il avoit promis de surprendre aiusin les sentinelles. Il est à Garpentras et doibt revenir en Avignon quand M'’ le Cardinal de Lyon y sera environ les Boys, et puis y passer le carneval ce dict onL

Le jour que nous fusmes de festin l’un des gents de M'' de Giiaumont bailla à l’iiri de Messieui’s noz Presidents une coppie de (|uelques belles inscriptions latines faictes par M*’ son maistre, dont j’ay retiré une coppie brochée un peu à la haste qui est venue encor à temps pour entrer dans ce pacquet, m’asseurant que vous serez bien ayse de les voir si ne les avez desja veües comme je pense et que la qualité de l’aultheur les fera ti’ouver encores meilleures, cette curiosité meshuy ne pouvant estre que grandement louable^.

* Je regrette de n’avoir pas utilisé ce picjuant récit dans ma notice sur le cardinal Biclii (fascicule VIII des Correspondants de Peiresc). — ® Vol. 718, fol. loG.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Depuis avoir escript et envoyé ma despesclie à l’homme qui s’estoit chargé de la retirer pour la porter à AU de Aloutagu, l’un de mes amys ayant désiré de voir les cueillers antiques d’argent qu’il m’avoit apportées, et m’ayant demandé tout d’ahord l’interpretation des deux lettres gravées en celle de l’image du Poisson, me constraignit de luy respondre (j[u’il m’empeschoit bien , pour le moings aultant que d’aultre chose qu’il eust sceu me demander. Et me lit tant de dilTiculté d’advoüer que ce peussent estre des lettres capitales de noms ou surnoms propres à quel([ue persone qui jmuvoit l’avoir fabriqué ou faict fabriquer, insistant tousjours f[ue son opinion estoit qu’elles fussent des notes de la mesure et contenance du vase, puisque nous l’y avions trouvée si réglée et si exacte, que je m’advisay d’un escart dont il demeura salisfaict pleinement et dont je ne l’ay esté gueres moings que luy de])uis y avoir un j)eu mieux pensé, à sçavoir que ce soit une Note P A pour signifier PONDO AS, relatifve anx siècles que la monoye de l’AS estoit reduicte au poids du DIDRAGIIME (sur leijuel pied il dura quelque temps) que les Grecs ne firent pas de scrupule de nommer ÀCCÀPION, comme les Romains ASSARIVS, tout de mesme que le double d’iceluy .TO AÎnOTNAION comme les Romains DVPONDIVS, soit ([lie 1 origine du mot de AS soit grecque, selon les curieuses observations de Ab’ Saulrnaise, naturalisée en Italie, ou que les Grecs l’eussent de recliel emprunté des Romains, depuis (ju’ils leur furent assubjectis,. car cest la proportion (jue donne le Gleopatras à son ÀCCÀPION ([ue de [leser deux drachmes comme à son TETPACCÀ- PION ilAAlKON de peser 1 once entière. Et Scribonius^ veult ([u’il

Le médecin Sci’iboniiis Largiis, cjue peceur Claude, fut l’auteur du De cotnposi- I ou croit a\oir elé coiiteinjiorain de 1 eiu- tioiie iHcdicamentorum imprimé à Bâle,

[1034] AUX FKÈRES DUP U Y. 1)33

soit de XII oboles, comme l’AS ou la livre de XII onces, ce qui revient à la mesme raison veu que les six oboles faisoient la Drachme. Or, j’ay plusieurs médaillés antiques de bronze de la ville de XIOC du poids de deux drachmes avec rinscription ÀCCÂPION, et d’aultres du double poids, avec l’inscription ÀCGAPIA A'fO, d’aultres du triple poids avec l’inscription ÀCGAPIA TPIA. J’en ay mesmes (pielqnes unes du temps d’Auguste battües en certaines colonies, où est escript fort distinctement, ASSIS, et en d’aultres seulement AS, qui sont pareillement du poids de deux dracbmes. J’en ay mesme qui ne sont pas d’une drachme de poids ou environ, qui sont battues en d’aultres colonies, et ont la note du S pour le Semis, et pense que l’usage en ayt duré assez longuement, quoy que du temps de Xlarcellus^ il fusse diminué de la moitié, s’il n’y a erreur en l’escripture, puisqu’il faict son TETRAS- SARIVS d’une demy once tant seulement, ce qui se confirmeroit bien encore d’ailleurs si besoing estoit, mais tant est que du temps que cette cueiller a esté fabriquée, l’usage pouvoit encores estre tel, à tout le moings s’estre conservé dans les mesures entre les médecins. N’estant pas mal compatible que les anciens ayent mis cez deux lettres P. A. pour la note de PONDO AS ou bien PONDO ASSARIUS, puisqu’il est trez certain que la lettre A sur les poids à peser se trouve communément apposée sur ceulx qui pesent une libvre entière conjoinctement avec une aultre note qui signilie libvre, ou AITPA, en cette sorte à peu prez A A, soit qu’ils ayent voulu signifier les deux noms de la livre et de l’AS ou bien qu’ils ayent voulu mettre la lettre A pour le nombre de l’unité comme ils mettoient /ÎV et TB ou bien T° A et T'* B pour les notes de l’once entière et du sextans, et ainsin des aultres portions de la libvre. Et j’ay mesmes un poids de bronze de la libvre Romaine du temps du bas empire et chrestien où est cette note P° î I pour une seule libvre ou bien PONDO LIBRA ou PONDO \NA. Que si Ion vouloit trouver estrange que le mot ou la note du PONDO semjiloyast

en 1829, in-8‘’, et souvent réimprimé de- Berthold (Strasbourg, 1786, in-8°).

puis. Une des meilleures éditions de ce ' Marcelliis Empiricus. V oir sur cet écri-

recueil de formules a été donnée par vain notre tome II, p. 889.

i^rnivcRie ^atioxaic.

pour moings d’une libvre, il seroit bien aisé de monstrer qu’on s’en est servy pour signifier des simples onces, aussy bien que des libvres entières, quand on a dict PONDO QVADRANS, PONDO TRIENS etainsin des aultres. Et dans les mesures marquées anciennement quand ils ont marqué le SEXTARIVS des notes ASS. P. XX, c’est sans doubte qu’ils ont voulu faire entendre le sestier de vin qui devoit peser XX onces, car en le remplissant d’buille il n’en eust pesé que XVIII. Et le nom d’ ASSIS luy est attribué, à cause de ce qu’il contenoit XII cyathes. Qui ne seroit pas si mal convenable à cette cueiller, puis quelle se trouve contenir en buille le juste poids de l’ASSARIUS de deux diacbmes, et qu’elle se pouvoit diviser comme cette monoye, en aultant d’oboles ou chalques, dont le nombre estoit réglé à XII. Et de faict j’ay des petites ligules ou cueillers antiques de bronze et d’ivoire, qui ne contiennent pas davantage du poids d’un obole ou douziesme de la GHEME ou du sextans du Gyatbe. Et si la petite marque d’or de rapport (qui avoit esté mise soubs le siégé de la figure assise dans l’aultre cueiller) estoit demeurée en son entier, je ne sçay si nous n’y eussions pas descouvert quelque aultre petit adminicule ou mystère qui fust relatif à la proportion dont est question. Car selon les fragments qui en sont restez on peut juger que sa forme de lozange ou r’bombique estoit comme vuidée ou bordée et pouvoit bien contenir quelque petit chiffre ou note dans son vuide. Et tousjours fault-il advoüer que ce poinct seul n’est pas d’or ou doré que pour signifier quelque chose, car si ce n’estoit que pour ornement on eust plus tost doré d’aultres choses que cela , ou cela ne seroit pas seul doré. Le nom de GHEME estoit assez en usage , pour avoir peu passer pour un nombre entier divisible en XII comme le Gyatbe, le sestier, la livre, le pied, le ugerum et aultres de telle nature. Que s’il falloit multiplier la mesme cbeme XII foys, elle pourrait parfaire le nombre necessaire pour le GOTYLVS TRIVINGIARIVS de Marcellüs, ou bien la KTA0H P. III des mesures marquées anciennement de l’autliorité des Prefects de la ville de Rome. Auquel cas la lettre A, comme le seul poinct d’or, pourrait signifier simplement l’unité de la mesure entière d’une GHEME , si l’on

[IGSZi] AUX FRÈRES DUPUY.

en veult faire une XII“'= portion d’une aultre plus grande mesure (jui fasse le double Gyatlius.

Mais si l’on se peult contenter que la GHEME passe pour le sextans du Gyatlius, qui est d’une once et demy, comme je le tiens plus vraysemblable et plus conforme aux primitives origines et introductions, j’estime qu’il n’y aye rien d’incompatible puisque les anciens en cez petites mesures n’alTectoient pas tousjours tant les subdivisions en XII portions, qu’ils ne se contentassent pas de diviser l’once et [.sic pour eii\ VI SEXTVLES et non plus et particulièrement les Grecs leur drachme en six oboles, à l’exemple de quoy Gelsus voulut diviser son denier en six SEXTANTES, pour les accommoder aux oboles des Grecs.

Voila ce que j’ay creu debvoir adjouster à ma précédante despesche sur ce subject, que je vous prie d’y faire joindre, et d’excuser la trop grande liberté de mes conjectures, l’imputant à un désir de chercher la vérité et d’inviter ceux qui ont plus de cognoissance que moy de me faire part de leurs sentiments s’il leur plaict, et corriger mes faultes, plus tost qu’à aulcune présomption de moy, ne à aulcune opiniastreté, estant prest à relascher franchement à tout ce que je verray plus apparant, si cez Messieurs me payent des moindres raisons du monde, voire si les miennes ne sont cappables de les satisfaire. Gela me pourra bien suffire, pour me despartir de toute préoccupation et suyvre l’authorité de leurs sentiments, que je prefereray trez volontiers aux miens. Excusez, je vous supplie, l’importunité trop reitérée et ennuyeuse.

Monsieur,

de vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

A Aix, ce 3 O novembre i634 '.

Vol. 718, fol. 108.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

Le proccz de M. Gassend, qui a ce jourd’liuy esté mis sur le bureau, m’a desrobbé une bonne partie du temps que je destinoys à escrire ])ar cet ordinaire, et ayant veu que ALDiodati desiroit que j’escrivisse à Rome pour quelque cljose qui m’a touché L je me suis mis à y satisfaire, de sorte qu’il ne me reste plus de temps que pour vous accuser la réception de vostre despescbe du 2 A avec le paquet de M'' de Saulmaise que vous debvriez bien avoir ouvert en passant. Mais je le vous renvoyeray en luy respondant; le livre qu’il attend si impatiemment est achevé de transcrire et le vaisseau Anne me l’apporte. Je vous remercie Irez humblement de voz nouvelles et vous renvoyé pour ce coup à ce (jiie j’en escripts à M"" de Lomenie et à M*" de Tliou. L’arrest de l’iinion de Venceà Grâces fut donné au Grand conseil huict jours devant la datte du brevet de AR Pierre du Vair, à présent evesque de Vence^. Le sieur Alarescbal estoit advocat de son predecesseur, c’estoit environ l’an 1 Go 1 ou 1 G02 en esté; je n’en ay peu avoir d’aultres adresses pour le présent, les papiers du defîunct evesque de Grace^ qui poursuivait cette dezunion ayant esté desroliez la pluspart; toutefoys on y cherchera

‘ Ce quelque chose ëLait l’intervenlion de Peirosc auprès du cardinal Fr. Barherini en faveur de Galilée. La noble déniarclie de Peiresc pi’ovoqua la mémorable lettre dans la([uelle le neveu d’Urbain Vlll promit, le 2 janvier i635, au protecteur de Galilée d’intercéder auprès du Souverain Pontife pour que le grand savant cessât d’être soumis à la surveillance de l’Inquisition, lettre qui , d’après le registre XL! de la collection Peiresc à l’inguimbertine (i“ partie), a été

publiée pour la première fois par Guillaume Libri [Journal des Sav. , avril 1 84 1 , p. 2 1 9 ).

^ Ce frère du chancelier Guillaume»

du Vair siégea de 1601 jusqu’à la fin de juin i638. Voir Gallia chrisiiana, t. III, col. 1280.

^ Le dernier évêque de Grasse, au moment où Peiresc écrivait ceci, avait été Jean Guérin (1628-1632), lequel avait été remplacé (i633) par Scipion de Villeneuve.

Voir Gallia chrisiiana , t. III, col. 1180.

cliez les heritiers et successeurs; vous aurez cependant ung arrest donné sur un mariage clandestin déclaré non valablement contracté vendredy dernier, et je demeure,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 5 déceiDbre i634‘.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

J’ay esté infiniment aise d’apprendre par vostre despescbe du i" de ce moys que le bon P. Campanella estoit arrivé chez vous en bonne santé quoyque lassé du voyage, et qu’il aye peu prévenir les artifices de ceux qui luy avoient brassé^ quelque entreprinse de le faire arrester en arrivant, à ce que j’ay apprins. Et qu’il soit en si bon predicarnent à la cour où il doibt trouver sa principale protection. Vous remerciant trez humblement de ce qu’il vous a pieu m’en escrire et de la continuation de voz bons offices.

Je suis bien aise aussy que AP Bignon n’ayt pas veu la lettre qu’il vous a pieu me renvoyer, laquelle estoit brochée trop à la baste pour passer par une censure si exacte que la sienne, et suis bien honteux que AP de Tbou se soit donné la patience d’y voir tant de desordre et confusion, mais il est si bon que je ne doubte point qu’il ne m ayt pardonné. Je vous en ay depuis envoyé une seconde qui eust esté plus pardonable, et depuis celuy qui s’en estoit chargé ayant différé son partement (pour un meurtre où il s’estoit trouvé présent par

' Vol. 718, fol. 110. vains postérieurs à Peiresc, Perrot d’Ablaii-

^ L’expression brasser a été employée court et La Fontaine, cités dans le Dicliondans ce sens, au xvii' siècle, par deux écri- naire de Littré.

LETTRES DE PEIRESG

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