‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 15 sur 75 · I>XXI · texte numérisé non relu

I>XXI

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu plus tard que nous n’avions encore faict par l’ordinaire vostrc despesche du 2 de ce moys, le courrier de Bourgoigiie n’estant arrivé à Lyon ({ue le 8® bien tard, et le vostre icy le lundy 1 2 au soir, pour s’en retourner ce jourd’liuy inesmes, de sorte que je n’ay quasi pas eu le moyen de lire ces lettres que j’avoys receües, ce qui me servira, s’il vous plaict, d’excuse si je tranche plus court que je n’eusse désiré L Je vous remercie donc trez humblement de voz soings poulie payement des lihvres du sieur Gramoisy, dont je vous suis trop redevable, et du bon ménagé que vous avez faict avant le descry des monnoyes, (jui est d’une prévoyance nom pareille. J’escripts à M*’ de Thon en responce de celle dont il a daigné m’honorer, et vouldroys bien avoir des moyens de le servir à souhaict; je luy avoys escript cez jours passez par un bonneste homme dont j’ay oublié de luy faire mention; j’estoys lors si pressé que je ne m’acquittay guieres bien à mon gré de mon debvoir comme je ne le sçauroys faire à cette lieure. Je suis bien aise que la cassette de papier du sieur de Bonnaii-e soit pour vostre compte; je la vous envoyeray par la première commodité de voicture, car elle est assez grosse. Je vous remercie du soing de me pourvoir de ce libvre du bonhomme M. Berger de Blieims^, et de la nouvelle relation de Canada et des loix Academiques à la publication desquelles vous me promettez de vous souvenir de

‘ A rapprocher de cette phrase d'Honord d IJifd, dans WXstrée: rrCela lut cause qu’elle trancha sou discours assez court.

^ l.e dessein' de l’histoire de Reims, avec diverses curieuses remarques touchant l’cta-

hlissemcnt des peuples, et la fondation des villes de France, par feu Nicolas Bergier, advocat au présidial de Iteinis (Reims, chez François Bernard, i635, vol. petit in-4°)-

moy. Cette nouvelle de Pliilibsbourg nous a louis desolez^ jugeant bien de la consequance et que pour en avoir la revanche il fauldra des efforts que nous sentirons bien avant. Dieu sçait mieux que nous ce qu’il nous fault, et aprez y avoir faict ce qui se peult nous ouvrira les moyens et les remedes convenables aux occasions presantes. .

AP Gassend et mon frère vous remercient du plus proffond de l’ame de riionneur de vostre souvenir, et je ne sçauroys vous entretenir de rien qui vaille, tandis que nous sommes en l’attente de la venue de l’Eminentissime Cardinal de Lyon pour son voyage de Rome, qu’on dict debvoir eslre la première semaine de caresme au plus tard, sans passer par Aix ne par Marseille. II y avoit eu quelque contention entre le Parlement et la Chambre des comptes, pour un arrest que ladicte Chambre avoit voulu casser en Audiance par un de la Chambre recassé par la Cour, que la Chambre avoit voulu casser comme le précédant en Audiance aussy, sur quoy la Cour fit emprisonner la partie et le procureur des comptes qui avoient donné reqnesle en cassation. Eufiii M‘‘ de S‘ Chaumont ayant faict prier le Parlement de relaxer ledict procui'eur des comptes, la Cour le hiy octroya d’honnesteté, et depuis il s’est rendu médiateur de l’accommodement du restant de l’affaire, et sur ce je finis demeurant,

Alonsieur,

vostre trez humble, trez obligé et trez obéissant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce i3 febvrier i6.35\

‘ Dans la nuit du 23 au ülx janvier, le surpris la ville de Pliilisbourg, comme on le baron de Fernamonde, à la lêtc de six nulle voit dans les Mémoires de Montglat.

Impc^riaux, avait, à la faveur des glaces, * Vol. 718, fol. i32.

IHPRIUIftlt 5ATIO>Al.i;.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

\ ostre ordinaire n’est pas arrivé du tout si tard que l’aultre semaine, mais toujours est ce un bien grand retardement du vendredy au lundy, puis que là il n’y a encores aultre dellay du jiartement que du matin au soir du mesme jour de vendredy, à ce que je puis comprendre de voz lettres du 9“^ et qu’on ne Ta pas du tout remis du vendredy au sannnedy, comme il sembloit qu’on vouloit faire, auquel cas on y eusse recouvré la commodité des Gazettes courantes que nous sommes constraints de prendre de Tedition de Lyon. Si vous pouvez sans incommodité nous envoyer voz lettres par la grande routte, nous y aurons tousjours quelque advantage, et les plus paresseux comme M*" Gailliard pourront tenir la voye de Bourgogne pour leur soulagement quand il leur plaira.

Pour respondre donc à la vostre, aprez mes remerciements trez humbles des nouvelles dont il vous plaict nous faire part, je vous supplie d’agreer que je les face encores ici à M*" de Bonneval de 1 honneur de son souvenir, bien inarry d’en estre si indigne comme je suis, et si incappable de le servir en revanche. Pour M*' de Thon, je luy escripts, et vous supplie de m’ayder à faire excuser mes infirniilez Provençales. Ayant esté bien aise d’entendre que la coppie du Syncellus sadvance toujours, car si j’estoys cappable de vous en rien conseiller, je ne vouldroys pas attendre un moment quand elle sera achevée, sans 1 envoyer à ce cardinal, quoyqui puisse arriver du reste, ne doubtant point que vous n’en veniez à bouct à souhaict tost ou tard. Et je craindrois que le retardement de Texpedition et envoy de ce livre ne nuisit a 1 establissement de la lortune du pauvre M*' de Fontenay Bouchard qui n en peult mais et qui a tant d’interest de mettre

au jour cet ouvrage plustost que])lus lard, pour tant de bons respects. Et le pix est que comme le commancement n’eu est que dans ce volume, il nesçauroit commencer défaire roullerla presse que par là. Nostre ordinaire de Rome qui devoit eslre icy dez vendredy n’est encore arrivé au mardy à midy; s’il tarde plus guieres, j’estime qu’il aura esté retardé à la semaine suyvante, comme il arrive assez souvent, attendu qu’il y a plus de semaines en l’an que de moys de k semaines. Mais il vient d’entrer tout présentement dans ma chambre comme j’en esloys sur ce discours, et je m’interrompray pour recevoir sez lettres et voir s’il y a rien de la part du dict sieur de Fontenay. J’ay donques depuis ouvert mon pacquet et n’y ay rien trouvé de la part que j’attendoys le plus du dict sieur de Fontenay ne d’aultre de vostre cognoissance, si ce n’est du sieur Bourdelot que l’on a contrainct, pour s’accomoder à l’air du pais, de prendre sa sottane et le long manteau. 11 est toujours dans des supererogations d’honnesteté ^ les plus extraordinaires du monde tant du chef du bon P. Campanella que de celuy de ses parents et du sien ])ropre. Je vous remercie trez humblement du mémoire qu’il vous a pieu m’envoyer de ce livre de Gamerarius et de l’édition qui est sur le tapis de cez instructions et mémoires du sieur de Fresnes Canaye. G’estoit le bon P. Mercene qui m’avoit donné l’advis du Tertullian, mais il se l’estoit laissé donner de trop bonne loy par des gents qui en avoient abusé à ce que je puis comprendre, l^eu M*^ du Vair n’avoit jamais pensé à rien de pareil, et ne me pouvoys pas facilement persuader que M®'' le Garde des seaux d’à présent eusse ])eu se donner tant de loisir qu’il y en lalloit. Quant au libvre de Baccon Sylva Sylvarum, il fauldi’a le faire venir d Angleterre avec les aultres que demandoit le cavalier del Pozzo, et si M*" Deodati n’y veult em])loyer quelqu’un de ses amys et correspondants, il fauldra passeï* par les mains de (juel([ue marchandbanquier qui y traffique. Et sur ce attendant de vous envoyer du

' Peiresc a écrit ainsi ce mot : konesté.

r’eijfort de moyens, pour supplément du delî'ault de ce peu qu’aviez eu jusques icy, je fmiray demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 20 febvrier i635.

J’escripts pour une mienne curiosité de la Guienne à M*’ Luillier et à M*‘ Roubicbon et ay laissé la lettre à cachet volant et prié Luillier avant que la rendre de la faire voir à M*' du Puy vostre frere et à M*" Godefroy s’il est de retour afin que si du Trésor des Chartes ou des recueils de M*' de Lomenie, il se peult tirer aulcun secours, on lasche de me le procurer, vous suppliant de le faire et de croire (|ue vous m’obligerez de m’y adsisterh

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

L’occasion de la venüe de Ms^ le Cardinal de Lyon et de son'enibar- (juement sur le Rliosne pour son voyage de Rome fit advancer tout plein de monde et nous fit avoir plus tost d’une couple de jours que nous 11 eussions peu faire par l’ordinaire les premiers advis de l’arresternent^ de Puylaurens^. Et la despesche du Roy dattée du mesine jour, 1 û“de 1 execution, que nous avons veüe à ce matin dans le Palais avant lAudiance, nous en a apporté la certitude et les principaulx motifs, avec les asseurances que Monsieur n’avoit eu aulcune part à

* Vol. 718, fol. i33.

^ LiKré, sous le mot arrestation , rappelle ([ue le vieux français avait areslemcnt, arestoison, arestance, arestée.

^ Sur reinprisonnement d’Antoine de Laage, duc de Puylaurens, voir tous les ine'moires du temps, et principalement ceux de Rassompierre (t. IV, p. 168-170).

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