‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 16 sur 75 · AUX FHÙUUS DU PL Y · texte numérisé non relu

AUX FHÙUUS DU PL Y

cez iiomelles conspirations, dont nous avons , grandement ioiic'^ la bonté divine et le bonlienr du Roy et de la France. Mais les circonstances qu’il vous a ])leu nous en escrire nous ont bien l’aict admirer davantage la rare conduitte d’une si grande et imj)ortante allaire, et nous en ont lourny de si belles et si bonnes instructions, ([u’il n’y restoit (|uasi rien à desirer que d’apprendre le progrez et les suittes que le tem])s nous pourra faire sçavoir tost ou tard. Cependant je vous en remercie Irez himiblement et vous en sommes toiits redevables comme d’une piece des plus notables du temps. La descouverte de cez armes enterrées dans Nancy est pareillement bien importante, et nous faict croire que le Duc Charles se retirera bientost au delà de la riviere ayant manqué son coup de ce costé là, principalement s’il void approcher le lioy comme l’on nous veult assurer qu’il s’achemine en cez quartiers là, dez le commancement du caresme. Je m’estonnoys que les Espagnols eussent laissé un si long temps leur gouverneur de Perpignan dans la debtention où il se jecta, sans en faire d’aultre démonstration effective. Mais leurs représailles ne sont gueres bien pareilles, puisqu’ils se sont saysis d’une persone ecclesiastique, laquelle ne peult pas faire faulte à la guerre en occasion de rupture comme leur gouverneur de Perpignan, qui a esté, ce dict on, quelques années vice Koy dans les Indes, aprez avoir esté aux guerres des Pais bas et d’ailleurs. Et dict on qu’il estoit en predicament d’un homme de main des plus vaillants et plus cappables de faction qu’ils eussent. Je plains bien cependant le pauvre abbé de S‘ EuverouD, et Messieurs ses parents, car cette affaire est pour tirer long traict^, et si cez gents là se recognoissent, et qu’ils fassent d’autres représailles de personnes d’aultre profession que la profession militaire, ce pourroit bien estre un jour la pierre d’achoppement et l’occasion d’une rupture ouverte sans y penser, aussy bien que d’aultres affaires et entreprinses de plus grande conséquence.

J’ay esté infiniment aise de l’heureuse ari'ivée de àP Grottius avec

' G’ëlait Nifolns llaligre, abbé de Saii)t-E\roiil, fils du chancelier. — ^ (.elle loculion n’a pas t'bi recueillie, ce me semble, par l.illrë cl ses devanciers.

toute sa famille en un si cligne employ’^ et ne manc{ueray de l’en féliciter, mais je ci’ains bien de ne le pouvoir pas faire à ce coup à cause (|ue mon ancien dans la Grand Chambre (cjui avoit esté député avec ceux cjui doibvent aller sallüer M®'’ le Cardinal de Lyon) s’en estant allé à Thoulouse, j’ay esté subrogé à sa place, et nous sommes en incertitude du temps et du lieu où nous le pourrons aller voir, ne s’estant encore rien résolu de certain puis son arrivée en Avignon, pour la routte c|u’il doibt tenir, ne pour le temps mesmes qu’il doibt partir, les galères l’attendant à Toullon. Et je me doubte qu’il ne nous faille estre demain à cheval; c’est pourquoy j’ay anticipé à ce soir l’acquittement de ce mien petit debvoir en vostre endroict. Et si je ne pouvoys escrire auxamys, je vous supplie de me faire oster pour l’excuse^ envers ceux cjui vous viendront à la main. Son Eminence arriva en Avignon dez le vendredy au soir à l’entrée de la nuict, et y fut logé chez AL de Montreal. Mon frere eut l’honneur de le voir quasi au desbarquer, et luy forma les dilFicultez qui luy estoient inesvitables, par toutes les routtes qu’il avoit voulu prendre sans passer par Aix ne par Marseille, son carrosse ne pouvant le porter jusques à Toullon que par le chemin de cette ville icy. M*' de S‘ Chaumont estoit en Arles où il a faict son entrée, et vouloit passer jusques aux Maries au fonds de la Camargue, tant par dévotion, ayant faict porter les clefs des reliques qui sont aux archives du Roy, que pour achever la visite de la coste marine, quoy que la saison soit assez mal propre en hiver pour les grandes eaux qui s’y respendent aux environs. Mais ayant apprins l’arrivée de son Eminence en Avignon, il résolut de l’y aller voir, et j’estime que ce fut dez hier. L’on adjoustoit mesme que M*" le Duc d’Alluin s’y pourroit bien rendre aussy, comme ont faict Messieurs Miron et Le Camus, intendant de Injustice en Languedoc, et comme vouloit taire encore M*' de Narhone^. Ce qui aura possible esté la cause (|u il ne soit party d’Avignon ce jourd’huy pour continuer son voyage. Oultre que les pluyes ont esté bien grandes et extraordinaires toute

L ambassade de Suède auprès du roi de France. — ^ Sic. Peiresc a voulu dire : de nie faire tenir pour excusé. — ^ Claude de Rebe, (jui siégea de février 1628 à mars i65g.

la journée. Je ii’auroys pas de besoing d’un si mauvais temps demain ou tel aultre jour qu’il nous fauldra aller au devant. J’entends que M‘‘ le Comte de Talard^ a ])rins la traverse par Sisteron pour l’aller attendre et sallüer à Toullon. Et puis que M'" de S‘ Gliaumonl a escript que sa vende lui avoit faict rompre son voyage de Maries, il tault qu’il ne veuille plus retourner à Arles, et y a quelque apparance qu’il vouldra accompagner son Eminence jusques à son embarquement.

Je suis bien aise qu’enfîn M*' de Montagut aye eu le bien de vous voir, il m’en a donné advis par un mot de lettre que j’ay receu quasi en mesme temps que le vostre; je vous suis infiniment redevable de la bonne assistance que vous me promettez luy rendre en son alï’aire, et vous supplie et conjure de tout mon coeur de n’y rien espargner de vostre favorable credict envers voz bons amys. Je vous suis encores bien obligé, et vous rends par mesme moyen les plus humbles actions de grâces que je puis du soing que vous avez desja daigné prendre pour le soubstien de la bonne cause de M'' Rubens, et vous réitéré les plus humbles, plus instantes et plus submissionnées^ conjurations^ que je puis de vouloir continuer de bien faire à un ])ersonage de mérité si eminant et si digne de l’iionneur de voz bonnes grâces. Nonobstant le ])rocedé certainement un peu mal excusable de M"" son fils d’avoir manqué de vous aller voir, mais ce peut estre un effect de jeunesse et d’inadvertance ou déplus de modestie, de respect et de honte de se produire, qu’il n’y en falloit. Car il faut qu’il soit grandement jeune, son aisné ([ui est passé en Italie pour voir le monde et qui avoit ordre particulier de M'' son pere de me voir en passant , s’en estant dispencé sans gueres de nécessité, bien qu’il fusse assez prez d’icy, la compagnie

* Roger d’Hostun , marquis de la Baume , baron de Charmes, coin mandant pour le roi dans les provinces d(ï Lyonnais, Forez el Beaujolais, père du maréchal duc de Tallarf.

^ A la fin de l’article soumission Littré

indique la forme provençale submission dont Peiresc s’est ici souvenu.

^ Sous le mot conjurations employé pour prières instantes accompagnées de protestations et promesses, Littré ne cite aucun écrivain.

LKTTUES DE PEIHESC

l’ayant emporté. L’obligation que vous acquerrez tant sur le pere que sur nioy et touts voz amys en sera tant plus grande et plus sensible principalement à moy. Car possible aussy que le pere n’a osé vous donner cette peine ny en prendre occasion de renouer avec vous le commerce qui avoit esté si longuement interrompu avec vous comme avec moy. J’avoys conceu bonne esperance, qu’il se pourroit mesbuy renouer, puis qu’il s’estoit descbargé des affaires qui en faisoieiit l’exclusion. Mais si les choses passent plus oultre à la rupture, il fauldra refaire d’aultres Ireves que je regretteray bien. Cependant tousjours aurons nous la consolation et le petit advantage, si nous lu y avons peu rendre quelque service en cette occurence, attendant que Dieu ouvre d’aultres meilleurs moyens pour r’adjuster toutes choses à une meilleure intelligence entre le Roy et ses cousins de ce costé là qui y restablisse le commerce aussy libre qu’il estoit aultres foys.

M’’ de Fontenay Bouchard m’a envoyé par la voye de la mer le catalogue des epistres de Libanius du Vatican, que je pensoys envoyer à M'' Valoys, mais je crains bien qu’il me fauldra remettre la partie à la semaine prochaine et ])our luy et pour d’aultres.

.l’ay receu par la mesme voye, de la part du Cardinal Barberin, le libvre del Bosio délia Borna SotterraneaL où sont les inscriptions et images des cimelieres de la primitive Eglise, ou je pense que les curieux des yVnti(|uités cbrestiennes pourront trouver de gentiles occasions de s’exercer, quelque rudesse qu’il y puisse avoir. Ce n’est ([U un ouvrage postume et qui n’estoit poinct achevé de la main de son autbeur, mais de ces gentillesses, toute sorte de fragments sont bons a recueillir et dignes d’estre veus pour en cboixsir cbascun quel- (jue cliosetle selon son goust. Cela aura tousjours beaucoup faict de rompre la glace et de frayer le chemin à d’aultres qui y pourront adjouster une infinité de trez belles choses en cette matière. Et nostre province eu lourniroit bien encore quelques unes assez notables, et cajipables de taire quelque bon supplément, quand nous ne prendrions

Il a ete déjà question d Antoine Bosio et de sa Roma Solterranca dans le tome II , p. 290 et en ce tome-ci, un peu plus haut.

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