L\XV
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY
A PARIS
Monsieur,
J’ay receu avec vostre despesche du 16“" jusques à six pièces des appartenances du traicté de Colanges pour l’appanage de la Duché de Guienne^, dont je vous remercie trez humblement. J’ay aultres foys veu dans la Bibliothèque du Roy en la longue allée au nombre 696 un volume qui estoit au 2® rang ce me semble ou plus tost au troisiesme assez prez de la fin, dans lequel estoient contenues une douzaine de pièces trez curieuses pour l’Angleterre. Entre lesquelles y avoit un don de la Duché de Guîeiine, faict au Prince de Galles par le Roy Edouard son pere, aprez le traicté de Bretigny avec certaines commissions en suitte pour le faire installer, dont je vouldroys bien avoir maintenant la copie s’il estoit loisible. La première piece mise en teste du volume est sur le couronnement du Roy Richard lE et est suivye d une maniéré pour tenir le parlement d’Angleterre, qui est bien curieuse aussy comme plusieurs aultres pièces qui seroient bien du goust
‘ Vol. 718 , fol. 189.
Voir dans le livre II des Mémoires de Philippe de Coinniynes le chapitre xv intitnlé : Comment h Roy feit tant par subtils moyens, (pie Monseigneur Charles, son frère, se contenta de la duché de Guyenne, pour Brie et Champaignc, contre l’attente du duc de Bourgogne. Le li'aité d’echang-e est daté d(i mois d’avril 1/109, ap>'ès Ih'iques. Le 1 0 juillet suivant Louis XI fit enregistrer au Parlement et à la Chambre des comptes les lettres d’apanage.
^ Ce fut en i36i que le roi d’Angleterre, ayant réuni en une seule principauté tous les Etats situés entre la Seine et les Pyrénées, la donna en lief à son fils aîné, avec le titre de prince d’Aquitaine. Le jirince de Galles commença à toucher les revenus de sa principauté le 19 juillet 1.S62.
' Richard II, né h Rordeaux le 6 janvier 13O7, était âgé de dix ans et demi quand il fut couronné ;i Westminster, le 1 6 juillet 1 377.
de M’’ de Lomenie s’il ne les a desja, et bien que je soys fort petit conipajTiion, je ne plaindroys pas la despence ])our le faire transcrire au moings la pluspart du volume, je dis la pluspart, d’aultant que ])our le traicté de Bretigny nous l’avons assez sans cela, et ])lusieurs lettres et dépendances que vous pouvez avoir veues en un vieulx livre en j)arcliemin couvert de boys, que j’avoys eu d’Angleterre, lequel a esté longtemps chez vous, ce me semble. Sur tout je vouldroys maintenant ce don de la Ducbé de Guienne, qui est en ce volume de la bibliothèque du Pmy, avec les suittes qui peuvent servir à l’esclaircisseinent des droits et appartenances de la dicte Ducbé de Guienne. Et si pouvez trouver ce volume sans trop de peine, vous m’obligerez bien d’en faire transcrire cette piece fiar Quentin, ensemble ce couronnement de Richard II, le rnodus tenendi Parlementarium , modus facieridi Duellum coram rege Angliæ, de officio Marescalli Angliæ, et les statuts et ordonances à tenir en l’ost du dict Roy Richard II. Que si parmy voz beaux recueils ou ceux de AP' de Lomenie vous avez aulcunes instructions concernant spécialement la Duché de Guienne et le Diocese de Bordeaux, j’en verroys volontiers le bordereau ou inventaire que Quentin pourroit transcrire à vostre commodité.
Alais je vouldroys bien avoir au plus tost que faire se pourra la coppie de quelques pièces de l’an i3o3 et en may, portant commission du Roy Philippe le Bel cà l’Archidiacre de Lisieux et au Prévost d’Amiens, pour aller faire la restitution de la Duché de Guienne au Roy Edouard III d’Angleterre, avec le verbal des dicts commissaires de la reelle restitution par eux faicte en l’Eglise s‘ Æmilian au conte de Lincolne, soubs certaines reserves. Ne vous mettez pas en peine de m’envoyer le traicté de Poton de Sentrailles' de l’an i/i5i en juin
' Poton, né en Amenais, an cliàtean de Xaintrailles, (tout son [>ère était soijjnenr, raoiirul, le 7 octobre i'i6i. à Rordeaux, ajirès avoir été noininé tnaréclial rte i''rance ( i" avril 1 hak). Il avait reçu avec Danois, en juin i45], ia soumission des Bordelais. Le 3o octobre it fut nommé gouver-
neur de Bordeaux et ce fut ilans le ciiâteau Trompette qu’il dicta son testament (20 mars i/iüi). En attendant une monographie complète de ce vaillant capitaine, on peut consulter l'article d’A. Vallet dans le tome Xfdll de la Nouvelle Ino/frajÀic (féiiérale.
LETTRES DE PEIRESG
pour les troys estais de Boiirdeaiix et aulires lieux, car je l’ay, mais si eu execution d’iceluy vous aviez quelc|ue chose de particulier, je le verroys Irez volontiers aussy. Et surtout pour le desnombreinent des Prélats et seigneurs qui ont esté en divers temps soubsmis aux Ducs de Guienne, ou bien aux Roys lorsque la Duché a esté reünie. Ce nous seroit un grand heur que M" de Bellievre peusse prendre son retour d’Italie par ce païs icy, mais il n’y a gueres d’a])])arance, veu ({lie les grandes allaires dont la négociation luy est commise requièrent tousjours de grandes celeritez au retour de telles Ambassades, Et il viendra de cez lieux si abondants en toutes raretez qu’il ne sçauroit trouver icy aulcune chose cappable de toucher sa curiosité. J’auroys bien plus d’esperance de pouvoir gouverner M*' de la Mothe, s’il anlicipoit sa venue de quelque peu auparavant celle de M'' de Bellievre, parce qu’il auroit plus de liberté de prendre son chemin de tel costé qu’il vouldra, et M*’ Gassend le desireroit bien aussy. Il me mande (ju’il a esté receu fort favorablement dans son église de Digne et généralement par toute la ville, dont j’ay esté bien aise pour sa particulière satisfaction. Je pense que la milice Romaine de M'’ de Saulmaise sei‘a toute aultre chose que ce que nous en avons veu jusques icy, et me tardera bien que son ouvrage se puisse voii'G et que ce soit sans retardation de son traicté de re vestiaria Pour ce qui est du voyage de M'' de Tbou, je ne doubte poinct qu’il n’y reuscisse grandement à soubaict, si Messieurs les Ministres ne l’abandonnent, comme ils font assez souvent les choses de cette nature. Mais si la paix generale dont on parle se pouvoit conclurre, il n’y auroit pas tant de subject d’aj)prebender de ce costé là. Car on auroit plus de loisir de se souvenir de ceux (pi’on y envoyé. Et y auroit sans doubte plus de moyen de veiller aux occasions d’en tirer M’’ de Cesy, que je vouldroys bien voir en estât de ne s’y plus maintenir à tort ou à travers, s’il estoit possible,
' t.e De re mililari Romanornm liber pondants de Peiresc (Dijon, i88ü, p. Sa), ne pnniL (ju en iGSy (Leydc, in-à°). ^ Nous avons ddj à vu que le traité t/e re
Voir une longue note sur celle publication vestiaria ne parut point, postlimne dans le fascicule V des Corres-
[1G35] AUX FRKRES DUPUY.
avant que d’y voir embarquer un personage si qualifié et de si innocentes moeurs et intentions que M'’ de Tliou. J’envoyay dernièrement à jM*' du Chesne par un amy qui alloit en poste trois petits manuscrits sans iuy pouvoir escrire comme j’ay faict depuis, vous suppliant de luy faire tenir ma lettre, et m’excuser de tant de continuelles importunitez et me commander comme.
Monsieur,
vostre ti'ez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 27 mars i635'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
11 me reste si peu de tenqis avant le partement du courrier que je ne sçay si l’on me vouldra laisser clorrc paisiblement ma despesebe tant j’ay eu d’interruption. Seulement vous remerciray je trez bumblement de la participation de l’advis concernant la conferance du P. Joseph avec M‘' de Tbou, et les espérances et bonnes dispositions pour ce qu’il luy falloit dont je me resjouys infiniment. Et prie à Dieu qu’il lienisse toutes ses bonnes intentions. Vous aviez oublié de m’advertir des cahiers que vous avez commancé de remettre au Nonce, dont je ne sçauroys assez louer vostre générosité, vous conjurant de continuer et de croire c|ue vous aurez enfin plus de contentement de vostre allaire cju’on ne vous en faisoit appréhender. M*" le Cardinal Barlierin ni a escript l’arrivée du R.^ P. Dom du Puy, et les mcommoditez qu il avoit ressenties au passage de rAppennin, mais il doibt bien louer Dieu de n’estre pas allé par la mer oîi il eust soulîert au centuple, s il fusl allé
‘ Vol. 718, fol. 189. — ^ Peiresc a mis un V pour un II.
KATIOHALC.
au coeur de l’hyver. Et n’eust pas esté sans incommodité, s’il fut passé sur les galeres. Je me resjouys de la prochaine venue de M*" Godefroy, et de la guarison de M"" du Ghesne, cez Messieurs méritants toute sorte de satisfaction et contentement de corps et d’esprit. Je les en félicité ray Dieu aydantavec un peu plus de relasche que je n’en ay. Vous remerciant trez humblement du souvenir que vous avez de l’Ælian et des planches du gentilhomme Angloys, et des oeuvres du Baccon^ que je vous recommande plus estroictement que devant, attendu que j’ay descoiivert que c’est pour le Cardinal Barberin mesme, ce qu’on m’avoit caché jusques à presant. J’en ay touché un mot à M*" Deodati f[ui a tant d’habitudes en Angleterre. Et demeure tousjours.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 3 avril l635^
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Je ne sçay quel malheur est celuy qui me suyt, que je ne puis quasi |)rendre la plume pour vous escrire, qu’à l’extremité et lorscjue le courrier commence à presser son départ, dont je vous crie mercy, et vous conjure de ne le poinct imputer à defi’ault de bonne volonté et de soing, mais je me confie tant en vostre desbonnaireté que je me jiersuade tousjours que vous m’excuserez plus facilement que d’aultres. Je n’ay pourtant pas laissé de faire tenir à AL Guibeville vostre brave neveu la lettre que vous luy escriviez avec les 9 pistoles que vous
11 a été j)lasieui'.s fois question de ces desiderata de Peiresc dans ses lettres pi’écédenles. — ' Vol. 718, fol. 1/10.
m’aviez ordonnées et luy despescliay liier un laquay exprez à Carpentras, à cause que nous eussions Iroj) attendu, en ce temps de Testes, des commoditez d’amys. Estant bien marry de n’avoir de meilleur moyen de vous tesmoigner mon service en revanche de tant de courvées que je vous endosse à toutes heures et que vous recevez si volontiers. J’estoys en peine de vous faire tenir de l’argent, depuis avoir apprins que vous aviez employé ce qui vous restoit en l’acquittement de mon contereau avec le sieur Cramoisy, de sorte que cette commodité m’est venue du ciel en attendant que je vous en fasse tenir davantage comme il en fauldra si cez libvres d’Angleterre peuvent venirh Je vous rends grâces du soing que vous avez daigné prendre de faire tenir le paquet à Ah Auhery, et de vous enquérir de Ah du Chesne de la réception des manuscrits que je luy avoys envoyé; il ne les avoit pas encores quand il m’a escript la lettre que vous m’avez maintenant envoyée de sa part avec des cahiers que j’ay veuz trez volontiers. Aussy bien que les beaux vers de Grammontius^ lesquels je vous renvoyé avec humbles remerciements, bien marry de ne vous pouvoir renvoyer la lettre de Dom du Puy parceque mon homme n’a pas retenu coppie de l’article de ce casale, comme je luy avoys ordonné, ce qui mérité d’estre approfondy et d’en sçavoir le succez, vous remerciant cepentîant de la communication qu’il vous a pieu nous en faire et de tani d’aultres gentiles curiositez que nous avons apprinses.
Vous m’avez envoyé vostre lettre de Ah Grotius qui m’a mis en bredouille de tant d’excez d’honnesteté que je ne l’oseroys faire voir poui’ ne rougir de honte de me recognoistre si indigne de tant d’honneur qu’il me daigne faire. Et toutefoys je l’eusse bien volontiers envoyée a
Ah Valoys pour luy faire voir en combien bons termes il parle de sa
grande lecture et de son bon jugement sur le subject de son édition des fragments de Constantin Porphyrogenete , dont je n’ay pas niampié de le remercier, en attendant de pouvoir escrire au dict sieur Vhiloys, et vous supplie de m’ayder à obtenir excuse de Ah Grotius d une si lourde
r.es livres indûjués dans la lettre précédente. — “ Scipion de Oranimont déjà nienlionne.
l'aiilte que la luieniie, d’avoir lant demeuré en arréragé de mon debvoir, qu’il m’aye prévenu, dont je suis si honteux que je ne pense pas avoir de quoy me laver de ce reproche de longtemps sans vostre bon secours. Je luy en escripts au moings mal que j’ay peu dans la presse où je me trouve, et ne me suis advisé qu’en achevant d’une aultre laulte que possible je commettoys encores plus lourde, de ne luy rendre les termes d’honneur qui luy peuvent appartenir en qualité d’Amhassadeur de la courone de Suede. C’est pour([uoy j’en faicts taire un duplicata de la main de mon homme, afin (|ue vous le luy fassiez rendre s’il vous plaict, si le jugez à propos, car d’ailleurs j’ay aussy eu de l’apprehension que sa modestie ne prinst en mauvaise part et l’Excellance et le Monseigneur; vous sçaurez je m’asseure son gousl, et le pourrez traicter selon iceluy. Et luy faire agreer ma bonne foy et sincérité, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 10 aviil iü35.
Le sieur Pelicier est assez bon homme et a d’assez bons mouvements; je ne sçay s’il y ])ourra y (.sfc) reuscir. Je vous remercie de la faveur (|ue liiy avez laict de recevoir ses lettres, et de me les faire tenir, dont je vous suis redevable. J’avoys esci'ipt un mot à M*' de Thon pour luy à cause des alfaires du IjevaiitL
‘ Vol. 718, loi. 1 43.
LXXVIR.
À MOrVSIELR, MONSIEUR DE SAUNT-SALLVEUR DU l>UY,
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu par le dernier ordinaire deux lettres vostres du 0'"'= dont l’iine regardoit M*’ de Thon, à qui j’en ay adressé la responce. J’ay par mesnie moyen receu tout plein de petites curiosité/ bien gentiles dont je vous remercie trez humblement, mesmes de ce livret des négociations de Comans, dont je recouveroys (sic) volontiers un second exemplaire, si ce n’est chose diüicile. Vous envoyant en revanche un petit libvret du portraict du conte Duch dont cez Italiens l’ont quelque hruict ce dict on. Ce n’avoit point esté par équivoque que mon homme avoit mis un dessus à M'’ de Thon sur le dos d’une lettre escriple à moy, car je l’avoys prou ainsin ordonné, ne luy pouvant escrire ne taire sçavoir aultre chose que ce que m’escrivoit un homme de Marseille sur les alï’aires du Levant. Mais il fit équivoque certainement en ce qu’il print une vieille lettre venue du mesme lieu, qui n estoit que sur certaine viande dont la fantaisie avoit prins à M^*' le Cardinal de Lyon, de quoy j’ay bien esté honteux quand j’ay veu ce que vous m’avez renvoyé maintenant. Et je vous supplie de m’ayder à en obtenir l’excuse et le pardon de la besveüe. Je n’abuseray poinct de l’advis (|u il vous a ])leu me donner de la part de M’’ de Thou, et m’y comporteray tousjours avec toutes les reserves et circonspections que je doibs. Je vous remercie trez humblement du soing que vous avez daigné prendre de ce manuscrit de la Bibliothèque où vous voulez employer Quentin, et m’estonne que n’ayez trouvé ceux de Ponderihus sur la cotte des nombres. 11 fault prendre patience; si le coppiste que M‘’ Rigault avoit em])loyé estoit à Paris, possible en auroit-il conservé la mémoire locale. Je me resjouys de l’arrivée de M^’ Godelroy, avec un si précieux
Gaspar Guzman, comte d'Olivares, duc de San-Lucar.
lliresor de (diartres, dont je le félicité et ])ar niesnie moyen Monsieur du Puy vostre frere qui en fera si bien son ])roffit, ou plus iost celuy du public. Cette nouvelle de Treves nous a touts desolez de compassion de ce pauvre électeur, que nous avons si mal gardé ^ nonobstant l’exemple de Pbilibsbourg et de Cirque^; il me tardera bien de voir que le Pioy en puisse tirer quelque raison.
Nous attendions en bonne dévotion la vende de Monsieur nostre Premier Présidant suyvant l’advis qu’il vous plaisoit nous en donner. Mais on nous a depuis voulu i-enouveller les appréhensions qu’il n’y soit encores survenu quelque nouveau retardement, parce qu’estant allé visiter avec les députez de nostre compagnie M*’ le Mareschal le jour des Piameaux par ordre de noz seigneurs les Ministres de l’Estat, il n’avoil pas rendu sa visite avant que partir de Paris pour s’en revenir, s’excusant sur ^e pressant commandement de partir qui luy avoit faict laisser M?*' le Garde des seaux, aussy bien (jue M*' le Premier Présidant. Ce seroit un grand malleur pour nous si cela nous privoit d’un si grand bien cjue nous nous promettions de sa pi’ochaine venue avec le reglement qui a esté faict par le Roy pour éviter dezhormais les occasions de contention. La cour n’a pas laissé de députer à l’accoustumée ])our aller au devant de ]\P le Mareschal, mais je pense qu’à l’advance on luy fera sentir qu’il doibt donner quelque particulière satisfaction pour ce malentendu avant qu’arriver icy, pour y estre receu avec plus de correspondance. Sur quoy je fmiray demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 17 avril iG35.
' Ee 26 janvier, les linpe'riaux avaient surpris la ville de Trêves, et avaient eminend prisonnier l’électeur, ami et allié de la France.
^ Aujoui'd’hui Sierck (Alsace-Loiraine), petite place Ibrte sur la Moselle, près de la Irontièie du Luxembourg. On écrivait sou-
vent, au xvii' siècle, ce nom comme l’écrit Peiresc. Voir notamment le Recueil Avenel (t. V, p. 690). Il est rjuestion, dans la lettre reproduite à cette page, d’adresser, le 2 3 mars i635, à Servien le récit du fait de Cirque, c’est-à-dire de la surprise de cette ville.
J’oiiblioys de vous dire que j’ay eu respoiice de AP' de Guibbeville sur la réception de voslre lettre et des q pistoles, dont il vous aura donné l’advis connue il me mande. Je vous prie de faire tenir à AP' Diodati le libvre de Gastruccio Gastracani^ qu’il m’avoit demandé '^.
LXXÎX
À AIOÎVSIEUR, AIONSIEUR DE SAIXT-SAULVEUR DU PU Y,
À PARIS
Alonsieur,
Tandis que la douleur pouvoit estre encore fraisclie, je me suis dispensé d’escrire un mot de condoléance à AP' de Tliou, sur la mort de feu AP de Aleslay son frere^, que nous avons ressentie avec l’alîliction et compassion que nous debvions à sa douleur et à la vostre. Priants Dieu qu’il luy donne la force de résister à la violence de ce malleur, et qu’il vous en recompence la perte par toutes les prosperitez qui y peuvent esclioir en eschange de la consolation qu’il avoit de vivre en si bonne intelligence avec un si bon frere. J’ai receu par mesme moyen la fasclieuse nouvelle de la perte du Patron Estienne Beauscier qui m’apportoit d’Alexandrie tout plein de pièces curieuses, entre lesquelles estoient toutes les e])islres de Pol en arabe fort bien complettes que je plains grandement, et un libvre d’ Astronomie (|ui pouvoit bien mériter quelque chose. Et quelques leuilles volantes du vray papyrus escriptes en liieroglypbique dont je vous asseure ([ue je n’ay pas esté peu aflligé, mais puis qu’il se fault consoler de la jierte des personnes, il fault bien le laire aussy pour la perte des au lires choses moings clieres et moings précieuses. Et si Dieu veult que le
‘ C’est l’opuscule de Machiavel publié, pour la première fois, avec Le Prince, eu i5.3s! : Il Principe, la vita <li Castruccio CuHlracani , etc. (Voir les détails doiiiK-s dans le Manuel du libraire , t. III , col. l'i'jh.)
- Vol. 718, fol. ibh.
^ C’était Achille- Auguste, baron de Meslay, conseiller au parlement de llretagne, mort sans alliance le (i avril iÜ.3.5.
navire Anne arreive à bon ])ort, il fauldra bien en loüer Dieu sni‘ ce (|ue l’on a chargé plus de six ou sept moys y a le vocabulaire et la graunnaire des Copbtes. Et par inalleur il est abordé à Siragouse en Sicile^ dez le i"' janvier où il a faict ùo’^S et aprez y estant mort une persone, il a fallu recommancer, en sorte que nous n’avons encores peu le voir arriver. Et je ne seray en repos que je ne le voye à Alarseille, ou qu’on m’ayt envoyé mon libvre.
J’avoys une trez grande apprebension du voyage de M*' de Thon en Levant comme vous sçavez que je ne le vous avoys pas trop dissimulé. Et la coiicevoys encores plus grande , en commaiiçant la lecture de vostre despesclie, aprez le malleur de cette mort inopinée de M*’ de Meslay. Mais avant que j’aye esté au bout vous m’en avez guary une bonne partie en me révélant le secret du party que faict M*" Scarron ^ pour les adva.ices, sur lequel je feray plus de fondement qu’en tout le reste. La princijiale piece que je me promettoys de voir par les reclierclies de M"" Godefroy estoit le mariage du Roy René avec l’heritière de I ^orraine^ portant substitution en faveur du Roy de France en delTault d’hoierrie. Et le testament du Roy René faict à Remy qui faisoit mention de la mesme substitution J’ay receu les cahiers transcripts du texte grec de Syncellus, que je feray tenir à l’eminentissime Cardinal Rarbcrin par le premier courrier d’Avignon, et ce me sera une belle et bien opportune occasion de luy faire une troisiesme recharge pour vostre alîaire, bien (jue je ne doubte poinct que sans cela vous n’en fussiez bien venu à boni, mais puis que vous aviez désiré cette satisfaclion de luy, il n’y a pas de danger de luy en avoir rendu compte. Je l’ay adressé à M‘’ le R. P. Dom du Puy sellon voz ordres, à celle fin que vous puissiez juger de fissile dont je ne doubte nullement tost ou tard.
' Syracuse, en italien Siragosa, à 262 kiloniètivs de Païenne.
^ Le conseiller Paul Scarron déjà inenliomié (1. I, Appendice, p. 82()).
^ Isabelle de Lorraine, sa première lennne.
Voir sur le troisième et dernier testa-
ment dn roi de Sicile, rédigé à Marseille le 22 juillet 1A7/1, l’ouvrage déjà cité de M. Lecoy de la Marche, Le roi René (t. 1, p. 3yi-3()2). Sur les deux testaments antérieurs, l’un fait h Aix le 2() mai i453, I autre fait à Angers le 1 4 juillet i^yi, voir le môme volume, p. 27G et p. 382.
Je vous remercie Irez humblement de l’adresse où il s’est encores aprins quelque chosette eu passant. Le sieur Gaufridi qui est au service de M*' de Parme parle tout à la françoise, et crois bien qu’il travaille en sorte que l’advantage des jeux demeure à la France.
Nous attendons à demain le Marescbal de Vilry qui arriva hier à Avignon par le Rhosne environ les X et onze heures et devoità ce soir venir coucher à Orgon, pour estre icy demain de bonne heure, ce qui m’a faict anticiper d’un jour entier ma despesche de crainte de ne pouvoir escrire demain. Je viens de recevoir par les s” [Moreaux?] les quatre cassettes ou fagots de livres et autres curiositez tant de vostre part que d’aultres, fort bien conditionnez, ensemble une boitte de M*" de la Ferriere, comme je croys. J’y ay trouvé le livre de Rheirns de feu M*" Rergei'L et la relation du Jesuite avec le portraict de feu M*" de Tliou^ et un mémoire des susses [sic pour Suisses^, vous remerciant trez humblement de tant de soings continuez, et demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce ai avril i635.
Je viens de recevoir de Marseille une responce pour M"' Golius d Alep à une lettre que M*" de Saulmaise m’avoit recommandée de sa part pour faire tenir en Levant et aussy tost y ay faict une coupple d’enveloppes, pour ne perdre l’occasion de cet ordinaire sans la vous adi’esser pour la luy faire tenir. Le 2A avril, le courrier voulant partir, il ny avoit encor aulcune certitude de la venue de M*" le Marescbal si ce sera demain ou non^.
‘ Le livre cité plus haut : Le dessein de l’indication de neuf portraits du président de
l’histoire de Reims. Thou.
* On trouve dans la Bibliothèque histo- ® Vol. 718, fol. 167.
rique de la France (t. IV, Appendice, p. 27 h) ,
IMI'RlMiMIC MATlOliiC.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR
À PARIS
Monsieur,
La nouvelle que vous nous avez donnée de la desniission que Monsieur le premier president L’Ayné a voulu faire de sa charge L a grandement alîîigé le monde en ce païs, et spécialement nostre compagnie où il estoit en singulière vénération. Et ce qui en rengrege fort le regret est de voir que son absence durant cez deux dernieres années a ruiné une trez grande affaire qui luy estoit commise des communaultez impuissantes de cette province, laquelle se seroit terminée à l’exemple de quelques aultres qui avoient faict pareille poursuitte du temps de feu M^*^ le garde des seaux du Vair, et à faulte d’expedition ell’ a prins un si mauvais train, qu’ell’ est pour faire une playe au païs de plusieurs millions et desoler une bonne partie des familles plus aisées, et encores plus grand nombre des aultres qui soubs la foy publique avoient faict estât des rentes constituées sur les communaultez qui seront bien descheues s’il leur fault aller prendre et cultiver du bien roturier aux villages. Ce qui fera encor un aultre effect que les communaultez ne trouveront plus de crédit, et qu’aux occasions de nécessité, il leur fauldra .souffrir toute sorte d’extremité sans pouvoir s en l edimer comme elles faisoient par des emprunts. Mais si Dieu l’a permis ainsin il fauldra se consoler de cez maulx là comme de plusieurs aultres qui ne sont pas moindres. Et touts jours sera ce quelque consolation que Monsieur L’Ayné soit actuellement l'etenu semestre au conseil du Roy, croyant bien qu’il aura tousjours bonne volonté de ])roteger les interesls de ce misérable païs, et de nostre pauvre compagnie. Tandis que nous verrons si M*^ Fiobet vouldra accepter cette
Laisne de la Marguerie si souvent mentionné en nos trois volumes.
charge^ qu’on dict luy avoir esté procurée par M*’ son frere^ et aultres puissants amys qu’il a en cour. Car on escript de Thoulouse du 29 du passé que si bien il en avoit receu le brevet scellé, et se resol voit d’aller en cour, toutefoys il commançoit à luy naistre tout plein de regret de laisser en ce pais la 20 mille livres de rente avec touts ses parents et amys, et une si belle charge dans la compagnie où il avoit esté norry. En sorte qu’il sembloit vouloir faire le voyage de la cour, aultant pour tascber de s’en excuser que pour en commancer les fonctions. Mais j’estime qu’on n’a garde de recevoir ses excuses, et qu’on l’obligera de venir icy pour suyvre les pistes de feu M^’’ le garde des seaux du Vair, où nous avons grand besoing que cette place soit bientost remplye et exercée par une persone bien puissamment appuyée en cour.
Au reste nous avons eu icy le Mareschal qui a esté receu avec tant d’honneur et de concours de la Noblesse, et des députez de toutes les principales villes et communaultez de la Province, qu’il ne l’auroit jamais creu sans le voir. Et semble qu’il en sçaiche si bon gré qu’il ayt oublié toutes les choses passées et résolu désormais de vivre en très bonne intelligence avec tout le monde et spécialement avec noetre compagnie, qui ne sera pas un petit secret pour le faire paisiblement jouyr de cette grande charge et avec plus de satisfaction qu’auparavant. 11 a faict tout plein d’excuses de ce qu’il estoit party de Paris sans avoir visité Monsieur le Premier Présidant à qui il avoit escript de sa maison de Coubert^ pour s’en excuser et a faict voir la copie que son secrétaire avoit retenu des paroles qu’il luy avoit escriptes sur ce
* Guillaume de Fieubet, président à mortier au parlement de Toulouse, fut nommé premier président du pariement de Provence, mais il n’en exerça pas la charge, étant mort à Paris peu de temps après avoir prêté serment entre les mains du roi Louis XIII , n’ayant que quarante-quatre ans. On érigea un buste à ce magistrat dans la galerie des illustres Toulousains.
® Son frère aîné Gaspard de Fieubet, baron de Launac , qui fut trésorier de l’Epargne (une faute d’impression fait dire au Moréri : trésorier d’ Espagne) el mourulen avril 1 6^17, âgé de soixante-dix ans.
* Aujourd’hui commune de Seine-et- Marne, canton de Brie-Gomte-Robert , arrondissement de Melun, à 17 kilomètres de cette ville.
siibject, afin de se descharger d’une partie du tort qu’on luy meltoit sus. Ce qui diniinüe aussy en quelque façon le subject que Monsieur le premier présidant L’Aisne a prins là dessus pour se desfaire de sa charge, car encore qu’il y en eusse véritablement quelque sorte d’occasion, si est-ce que faisant la profession qu’il faisoit de tant de doulceur et de bénignité et pieté, il y avoit tant plus de mérité devant Dieu de passer par dessus ioutes cez diffîcultez et de revenir taire une charge qui avoit tant debesoing d’un homme de sa sorte et de son courage et si dezinteressé comme luy, ce qui est si rare en ce siecle. Mais je n’ay esté que trop bon profete à mon grand regret de ce costé là, s’il vous souvient de ce que je luy en escrivis un jour et cjue vous prinstes la peine de voir avant que luy rendre ma lettre dont il ne m’a jamais faict la response qu’il vous avoit promise sur un petit mot de reproche qui luy estoit escliappé; de ce je ne me formalisoys pas davantage de son retour que j’appreliendoys d’esveiller le chien qui dorinoit^ et d’apprendre trop tost le malleur que nous n’avions que trop mérité, à sçavoir de perdre le bonheur de le posséder, dont nous estions notoirement indignes et qu’il n’avoit que trop recogneu nostre foiblesse et noz deffectuositez, pour avoir du subject d’y vouloir revenir. \ussy n’avions nous aultrc esperance que sur le grand zeelle de sa pieté, qui seule estoit cappable de surmonter tant d’obstacles et de difiicultez, comme je m’asseure qu’il eusse faict, nonobstant toutes ault res considérations humaines. Mais je pense que les interests de Madame auront faict jiencher la balance, car certainement elle estoit fort à j)leiudro en un si clielif pais que celuy cy. Et de la laisser toute seule pour s’en revenir luy icy, comme on dict qu’il avoit en dernier lieu résolu, je ne Irouve pas qu’il y eust guieres de compatibilité.
El m imagine que c’en sera de mesme pour le retour de M'' de
‘ C’est là la plus ancienne et la véritable forme de l'evpression proverbiale. On a bien à tort substitué parfois (voir les (Miiosilez françaises d’Oudin) le chat au chien, car, comme on l’a justement constaté, le réveil
du chat est doux et le réveil du chien est mauvais. Dans le recueil de Le Roux de Lincy, on trouve ce proverbe du xm' siècle : ffll fait mal éveiller le chien qui dort.»
Saiilmaise et que quelques favorables traicteinents qu’on liiy ])uisse faire en Hollande, le moindre desgoust qu’il y aye de la part de ceux qui sont jaloux de son establisseinent luy servira de prelexle cappable de prevalloir sur toutes aultres considérations et de le faire recevoir pour ne pas esconduire Mad*® sa femme qui ne se ])cult accommoder à riiumeur non plus qu’à la biaire de ce pais là. Et s’il i-evient une foys à Paris, c’en est faict, rien du monde ne sera cappable de le ramener delà de la mer, quelque allescliemeni * qu’on luy peusse faire avec iouts cez manuscritz nouvellement deslerrez et tirez du Levant avec tant d’industrie et de favorable succez. Vous remerciant trez humblement de la participation et favorable communication de sa lettre que j’ay esté bien aise de voir et d’y apprendie le vray estât où il se trouve, et qu’il se soit insensiblement porté à donner tout l’estât de la Milice Romaine, qui sera pour donner un bien grand contentement aux curieux et au centuple de ce que c’eust esté en se restraignant à la seule maniéré de camper et de ranger une bataille.
Il me tardera bien de voir que le brave médecin se puisse tirer de cez païs de Suede pour faire le voyage de Constantinople en si bonne compagnie et que nous puissions avoir le bien de le voiricy en passant où nous attendrons en bonne dévotion celuy qui le doibt mener. Mais à ne vous rien dissimuler je ne sçay si je ne suis pas obligé de vous dire que je me sevreroys volontiers du bien et de l’advantage que j’y puis prétendre pour me dellivrer des appréhensions que j’ay bien de la peine à despouiller, s’il n’arrive en ce pais là quelque changement en la persone d’un prince si cruel et si incapable de raison, avec qui il luy fault traitter^, lequel est si susceptible de mauvaises impressions et si mal constant en ses résolutions. Dieu conduira le tout selon sa divine Providance et vraysemblablement à ce qui doibt esire |)our le mieux et le plus utile au public.
' Le Dictionnaire de Litlrë, qui mentionne plusieufs exemples de l’emploi de ce mot au xiv' siècle et au xvi' (Bercbeure. Ca'vin, Carloix, Amyol), ne cite,
pour le xvii° siècle, qu'un vers de Bolroii.
* Le sultan Ainurat VI qui allait mourir en iG'io, à l'âge de trente et un ans, épuisé par ses débauches.
Je vous remercie de voz soirigs touchant mes dernieres lettres à M'' Grotius et des motifs qui vous ont faict mesnager cez defferances dont aulcuns se picquent un peu plus que les aultres. Gomme aussy de la peine que vous voulez prendre pour me faire tenir cez petits manuscrits que M*" du Chesne a tenus. Croyant que si vous vous ordonnez le loisir de lisre cette petite harangue de Joannes Gillius^ au Cardinal d’Armagnac, vous ne serez pas marry d’y rencontrer ce qu’il y a fourré de l’estât où l’on estoit lors en ce païs là, avec bien de la liberté. Et possible que le bon homme M'' de Cordes la verroit bien volontiers, si ne me l’avez ja renvoyée.
11 est vray que le sieur Gailhard m’a faict tenir les deffectuositez du Mercure que le sieur Richer luy avoit remis, dont je luy suis bien redevable, n’ayant pas voulu se laisser payer comme je l’avois jugé raisonnable et luy ttvois faict offrir d’en demeurer à sa discrétion, à cause de la longueur du temps. Mais il a voulu me vaincre d’honnesteté, dont je me revancheroys si je pouvois en son endroict. Le dict sieur Gailhard devoit revenir de par de çà avec son pere et ne sçay s’il ne sera pas allé faire quelque petit tour ez environs de Paris avant que se venir confiner de par deçà. Car je n’estime pas qu’il eust eu le courage de partir de là sans vous dire adieu et aller recevoir voz commandements, si ce n’est que l’ayant faict en termes mal résolus, vous ne l’eussiez pas prins tout à bon. C’est bien la vérité que son pere estoit entré en quelque appréhension de ne le pas pouvoir tirer de là quand il vouldroit et qu’il avoit esté bien aise d’y faire un voyage pour le ramener, et ne .seroit pas inconveniant qu’il l’eusse surprins et laict précipiter son départ, mais je ne pense pas qu’il ayt peu manquer d aller prendre congé de vous quelque presse qu’on luy aye sceu faire.
Tant est que je pense bien que dezhorsmais quand vous me vouldrez faire tenir des libvres, il ne se fauldra plus attendre à luy, ains les faire envoyer s il vous plaict directement chez le sieur Perrin
Je n ai rien trouvé sur ce personnage dont la harangue n’a peut-être pas été imprimée.
[1635] AUX FRÈRES DÜPUY.
ou aultre respoiidant des s" Moreaux qui ont toujours comme je pense leur adresse en la vallée de Misere à la Balance où vous en aviez aultres foys envoyé avant que le dict sieur Gailliard eut entreprins de vous descharger de ce soing. Ou bien en la rüe S‘ Denys, chez le sieur Claude Bardin, à la table ronde, qui est le respondant des sieurs Blanc noz voisins. Car tantost les uns tantost les aultres envoyent icy des balles, et il est bon de pouvoir prendre l’occasion plus preste à partir quand on peult cboixsir, attendu que fort souvent les fagots tardent bien dans Paris comme je l’ay esprouvé.
Le recueil de M’’ du Cbastellet* ne s’est poinct encores veu icy que durantce peu de temps que je garday le premier exemplaire qu’il vous pleut m’envoyer; c’est pourquoy j’attends en bonne dévotion les aultres deux que je vous ay depuis demandez pour en garder l’un et envoyer l’aultre à celuy qui m’a faict offrir la communication de ce (jue je voudray de ses relations dont vous aurez icy l’inventaire, et si vous y trouvez des pièces de vostre goust ou de M'' de Lomenie, me les faisant cotter, je mettray ordre pour les faire transcrire sur les lieux le plus diligement que faire se pourra. Je luy en ay demandé quelques unes de ce qui nous touche icy en Provence et j’ay advis qu’on y travaille desja. Au reste le Cardinal Barberin me faict des remerciements de sa main par deux differentes despesclies bien plus grandes que vous n’eussiez pas creu, de ce volume de du Chastellet dont il avoit eu qualche sentore-, ce dit-il, mais il ne l’avoit pas veu et y a prins grand plaisir. Cez Nonces ne sont pas si soigneux de leur faire tenir des libvres comme nous pensons. J’ay bien du desplaisir de voir que le Dataire ayt faict une si rude et si desobligeante responce à Messieurs de Fontenay Bouchard et Valeran et que cela vous touche si avant mais je vous supplie de croire que je cognoys leur humeur
' Becueil de diverses pièces pour servir à riiistoire (Paris, i635, in-fol.). Nous avons déjà trouvé mention de cet ouvrage de l’académicien Paul Hay du Chastelet,
^ ^Quelque senteurs, trquel([ue fumel»,
ou, comme nous dirions, «quelque vent’i.
’ Rouchard et Valeran avaient été chai gés de nouvelles démarches auprès de la chancellerie romaine au sujet du prieuré promis à Jacques Dupuy.
et que puis qu’il a dict que la Grâce dependoit absolument du Cardinal Mpote b cela vous doibt suffire, et ne doubte nullement que vous ne l’obteniez, mais je m’estonne que cez Messieurs n’ayent reprins les derniers errements de là pour suivre per viam secretam qui est l’execution des dernieres paroles du Dattaire si on les sçait entendre. C’est à dire que devant le monde cela est impossible à la toute puissance du pape, mais qu’il y reste cette voye là, qui est indubitable et qui faict subsister la totalité de la puissance. Dites leur pour riionneur de Dieu de se tenir là. Ce fut ainsin que le Cardinal de S‘®-Susanne fit signer la supplique de ma commande, quand j’eus mon Abbayie ([ui estoit possédée en tiltre par mon devantier. Et ne fault point marchander à cela. Mais de grâce ne vous tenez pas saisy pourtant des cab iers duSyncellus à mesure qu’ils s’advanceront, quoy qu’on vous puisse dire au contraire, car sans mentir cez Messieurs qui vous conseillent manquent la carte de Navegar^ à ce coup là. Et ne cognoissent peult eslre pas si bien comme ils croyent ce monde là; vous ferez mieux de vous en descliarger sur moy, et j’auray plus de bouche à parler que vous^ pour m’en plaindre, si l’on me manquoit, ce que je ne croys nullement et suis résolu de luy en escrire dans deux jours ])ar l’ordinaire d’Avignon en luy disant que j’envoye les cahiers que j’ay au U. P. Dom du Puy, mais en termes si intelligibles qu’ils seront bien sourds s’ils ne les entendent. Envoyez moy seulement le restant de temps à aultre, car je ne les envoyeray poinct sans r’affraischir les reproches le plus doulcement que je pourray, et sans cela je ne le pourroys pas faire si opportunément ne de trop bonne grâce, encores que je n’appreliende nullement de les rebutter.
Je vous remercie encores trez humblement de la continuation de la besogne de Quentin dans la Bibliothèque du Roy et de la recherche que vous y avez faicte de cez volumes qui ne s’y trouvent plus, ne vous en ayant pas moings d’obligation que si les aviez trouvez. Comme
Du cardinal jieveu , Fr. Barberini. — ’ La carte qui sert à naviguer. — ^ Cette locution n a pas été recueillie dans le Dictionnaire de Littré, pas plus que dans les dictionnaires antérieurs.
[1()35] AUX FRÈRES DUPUV.
aussy du libvrct du sieur Siriiiond (|ui faict toujours trez bien U ci dont la SLiitte sera tousjours trez bonne à voir en son temps. .l’ay envoyé par l’adresse de Lyon du sieur de Rossi le Raliut du bon P. Caui|)anella et croy qu’il ne tardera j)as de le recejnoir bien conditionnée. AP Gassend, qui nous est inesperenient venu revoir, s’y est trouvé tout à propos pour estre tesmoing lorsque je me dispençay de l’ouvrir coin’ il avoit esté tesmoing de l’ordre que m’en avoit donné le bon V. en partant d’icy, afin que nous peussions voir à tout le moings les tilires de tout plein de beaux volumes autograjilies de ses œuvres tant imprimées que non encore veües. A quoy nous passasmes une aprez disnée bien doulcement, et aussytost je le fis refermer et emballer et partir le soir inesmes pour Lyon. Vous en pourrez advertir AP Deodali, pour qui je vous ay cy devant adressé un petit volume in 6° de Gastruccio Gastracani, rn’asseurant que vous le luy aurez donné. Et mon libraire me vient de dire qu’il en avoit fourré un aultre exenqilaire dans la caisse que je vous ay adressée de la Roma Sotterranea, lequel vous pourrez garder pour vous si ne l’avez desjà, si non vous me le renvoyerez à la première occasion et il servira à mon assortiment, car l’ayant demandé pour le dict sieur Deodati en divers lieux, je l’ay receu de deux divers endroicts, et en feray volontiers venir un troisiesme si vous n’en avez ])oinct chez vous.
Je vous renvoyé la lettre de AP Saulmaise et celle de D. du Puy que mon homme avoit oubliée cy devant dans sou portefeuille , vous en remerciant trez humblement et demeurant tousjonrs,
Alonsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
Il sera de nouveau (juestion, uu peu [)lus loin, de ce livret dont la nibliothècpie nationale possède quatre éditions toutes de Bruxelles, la première de i634, deux de 1 1)35 , une de 1 63tj. Voir Cataloffue de riiisloire de France (t. 1, p. , article 2993).
A Aix, ce 1" inay i635.
‘ Il s’agit là de racadéinicien Jean Sirniond. Quant au livret, ce doit èlve L’Homme du Pape oti du Roi, ou reparties véritables sur les imputations calomnieuses d’un libelle diffamatoire semé contre Sa Sainteté et Sa Majesté très chrestienne. Bruxelles, iG3/l, in-8".
tu P MU cm c KiriotAtc.
En envoyant le Bahut du R. P. Gampanella à Lyon, j’ay par inesnie moyen faict tenir à Lyon, selon l’ordre que j’en avois receii du cardinal Barberin, une caisse qu’il ni’avoit adressée par les Galeres pour le sieur Mazzarini, laquelle les commis de la Foraine avoient voulu faire desballer, mais ayants osté la toille cirée par un bout et y ayant apperceu un exemplaire du libvre de la Borna Sotterranea, ils se contentèrent et ne voulurent pas faire ouvrir le sui'plus. De sorte que si le premier exemplaire que je vous ay adressé n’avoit esté pour le compte du P. Sirmond, possible sera ce celuy cy, dont je seray bien aise d’estre adverty s’il vous plaict en son temps, croyant qu’à cez heures icy vous aurez receu le premier par le coche de Lyon, M"" de Rossy m’escrivant le vous avoir faict tenir par cette voye-là. Et celuy cy partit dez hier pour Lyon où il pourra estre dans huict jours, et je croys bien que le s*’ Paolino Sesti, à qui j’avoys ordre de l’adresser à Lyon, ne l’y laisra pas cbaumer inutilement, et que lacilement il préférera la voye du coche à celle des roulliers qui est si longue,
Aprez avoir escript, comme je pensoys clorre ma despescbe, le commis de AP Moreau m’a apporté une petite lettre qui estoit demeurée sui- son comptoir ce dict il seulement puis le jour que le courrier arriva, mais ce pouvoit bien estre depuis la précédante semaine, car elle est dattée du t3 avril. Elle est du pauvre AP Gaillard, qui me mande avoir esté saigné ce jour là deux foys et en avoir le bras bien aRoibly sans me rien particulariser de l’estât de sa santé ne de sa maladie, mais comme le caractère n’en est gueres bien formé, je suis entré en grande apprebension de sa santé mesme sur ce qu’il disoit que par le suyvant ordinaire il m’escriproit le jour précis de son départ, et c|ue dans ce terme là il croyoit devoir estre party. Et toutefoys je nay poinct receu de luy d’aultres lettres plus fraiscbes, et qui pix est vous ne laviez pas veu de quelques jours à ce que vous m’escrivez, ce que je ne puis ineshuy imputer qu’à l’indisposition qui l’en pouvoit empescber. Je luy escripts un mot à tout bazard et vous prie le luy envoyer par quelqu un des vostres qui aye le soing de s’enquérir de sa
AUX FRERES DUPÜY.
santé, au cas qu’il soit malade comme je le crains bien Tort. Priant Dieu qu’il le veuille préserver U
LWXI
\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Je vous rends mille irez humbles grâces des charitables ollices que vous avez rendus à M‘' Rubens sur le jugement de son j)rocez dont je tiens qu’il vous doibt absolument toute la bonne issüe, car aux dilïicultez qui s’y pouvoient faire, il eust couru grande fortune sans vosln* secours, dont je vous seray éternellement redevable pour l’interest que je prenoys en ses contentements pour ce regard, et croys que vous avez grandement obligé le public en cela, car si le succez en eust esté aultre, c’eust esté pour le desgouster et frustrer le public de tant d’aultres nobles conceptions qu’il a dans son esprit, et qui pourront esclorre avec plus de quiétude. Et croys bien qu’il s’en tiendra vostre obligé comme il doibt. Et luy en ay escript un mot incontinant. Ayant esté bien aise d’en apprendre tant de vous. Monsieur, que de Alonsieur du Mesnil Aubery les particularitez (ju’il vous a pieu m’en escrire mesmes ce qui regarde la bonne intelligence d’entre ses enfants du premier lict et sa seconde femme, admirant riiurneur de ceux (jui vous avoient osé asseurer des choses si contraires, et si mal compatibles à la doulceur de leur humeur. Pour le livre de Gastruccio Castracani, vous aurez peu voir par mez dernieres despesclies, et encor auparavant, qu’il y en avoit un exemplaire double dont la disposition vous est oit reservée. Et je trouveray bien le moyen de m’en pourvoir d’un troisiesme tost ou tard, de sorte que vous pouvez clioixsir celuy que vous aymerez le mieux et laisser l’aultre à M’’ Deodati. Je
‘ Vol. 718, fol. i5i.
SUIS niarrv ijiie le discours de ce livret du Conte Duc ayt si mal respondu au tillre, et le vous eiivoyay sans en avoir veu aultre chose, (iomine je jiensoys vous avoir envoyé la relation du Fridland^ avec la lettre (jui l’accoinpagnoit, mais dans la presse (pi’on me donne souvent sur le partement de l’ordinaire, on avoit laict clieoir ce cahier derrière des pa])iers et vous l’aurez maintenant, désirant de vous pouvoir rendre (pielque meilleur service que cela. Je vous envoyé une petite relation de l’Ambassade des Moscovites en Pologne, qui m’a semblé assez curieuse. C’est AP de la Tbuillerie, ambassadeur à Venise^, qui de sa grâce me l’a envoyée, et croys bien qu’elle sera allée en Conr et couse quament chez vous en l’Academie, mais en tout cas vous l’aurez tousjours icy et y en trouverez deux aultres de la part de l’Empereur et du Roy d’Angleterre qui ne sont pas à négliger an temps qui court, car en Italie l’on veult faire à croire que la flotte d’Angleterre se doibt joindre à celle de Naples contre nous, ce que nous avons bien de la peine à nous persuader. AP d’Hemerv^ est jiourtant allé à Antibe pour pourveoir à la fortilicalion de ce costé la, qui sembleroit plus proche et plus commode à garder pour les estrangers s’ils s’en jiouvoient emparer. Nous craignons un peu ])lus les isles * à cause que le temps n’y laisse pas le passage libi'e tontes les foys que besoing seroit, car en terre ferme il seroit malaisé cpie l’on ne desiiichast bientost les estrangers quelque part qu’ils ])eussent faire leur descente. Vous m’aviez envoyé dernièrement une coupple de volumes in h° de discours politiques et à la lin des relations de Pignerol et aultres affaires d’Italie cjue je
' C’est-à-dire le pays de Friedland en Itohènie. La ville de ce nom, au conllnenl de la Wilig- et de la Ilœsnitz, avait été érigée en duché pour Wallenstein.
Gaspard Coignet, sieur de la Tliuilleric, fut un des correspondants de Peiresc. Voir dans les Minutes de ringnimberline (registre lit, fol. 4o8-/iâA) une Irentaine de leltres écrites par Peiresc(du 98 novembre i().3.‘) au 23 février ibSy) à ce diplomate.
alors à Venise et auprès duquel se trouvait le docte GalTarel. Le sieur de la Tbuillerie est mentionné quehjuefois dans les Historiettes de Tallemant des Réaux (t. II, V, VI) et plus souvent dans le Recueil Avenel (l. IV, V, Vit et VIII).
^ jMicliel 1‘articelli, sieur d'Emery, déjà mentionné.
'' Les îles de Lérins.
demandoys pour cez Messieurs de delà les iiioiils; je vous prie de iii’eii laire avoir un aultre exemplaire pour mou assortirueiil , car cela m esloit escliappe aussy bien que celle de Golmans, cez pièces ne venants gnieres icy que par liazard, et nous n’en sommes pas adverlis aussi ([lie par hazard pour les demander. 11 y avoil ([uel(|ues leuilles doubles en l’exemplaire que vous m’avez envoyii concernant les dei-niers traictez, qui pourroient en un besoing servir au second exemj)laire (pi’il me fault pour moy. Je tascheray de les faire coïter au dos de celte lettre si mon relieur revient à temps de sa desbauscbe, ce qu’attendant vous me permettrez de finir pour escrire un mot à M'' de Tliou, et de me dire tousjours,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peibesc.
A Aix, ce 8 may i63.5.
J’oublioys de vous dire que par le dernier ordinaire d’Avignon qui partit d’icy sammedy matin, j’escripvis au Cardinal Barberin et luy adressay les cahiers du Syncellus soubs une enveloppe à Dom du Puy, et prins occasion de luy reparler de vostre affaire et luy dire les dillicultez du Dataire et neantmoings ses dernieres paroles que la grâce dependoit d’un mot de son Eminence et qu’il falloit c|u’elle list comme feu AP le Cardinal S‘® Susanne quand il voulut avoir une pareille grâce pour mon Abbayie qui estoit tenue en tiltre par mon devantier, car il jiorta luy mesmes la supplique au Pape Paul V et la luy fit soubscrire sur le champ; que s’il en usoit ainsin, toutes sortes d’obstacles cesseroient. Que j’escrivoys à Dom du Puy de luy ])orler une nouvelle supplique pour la faire soubscrire à Sa Sainteté et de laict je l’escrivis à Dom du Puy et pense que celle liberté pourroit faire coup*, si desja Dom du Puy ne l’a prévenu. Mais pour l’honneur de Dieu ([uoy quil arrive ne retenez poinct les cahiers du Syncellus comme vous conseillent c(îz Alessieurs.
L’expression faire coup n’o pos tUé recueillie j ar Lilire.
LETTRES DE PEIRESG
Ce qu’il y a de double au volume in intitulé Recueil de quelques discours ])olitiques et des alTaires et guerres depuis i 5 ans à S‘ Gervais par Samuel Vaudreman, i633, qui finit avec un douziesme discours du moys de septembre 1629, est un alpbabetb séparé qui recommance par A et par des nouveaux nombres des pages 1, 2, 3 etc. à la première des quelles est mis en tiltre : Relation des affaires de Mantoüe ez années 1G28, 1629, i63o [Le Mantouan] et finit en la lettre Y des guerres de Piémont et Monferrat i63o en la page i55. Ce qui n’a guieres de rapport ne de suitte formelle avec le restant du volume où il se trouve joinct. Et possible est ce chose toute séparée.
11 y a une seconde foys toutes cez mesmes feuilles là, et de plus une relation de Pignerol commençant à la lettre Z, page 1 5 7, et continuant jusques à Ce et page 182. Mais cez troys feuilles et un feuillet à part n’y sont qu’une foys.
Sur cela on pourra, je m’asseure, parfaire un second assortiment; du moings fauldroit il une seconde foys cez troys feuilles Z Aa, Rb, Ce et le tiltre s’il y en a de general à tout cet Alphabet entier séparé L
LXXXR
À MOXSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR,
À PARIS
Monsieur,
Le dernier ordinaire qui arriva dez vendredy au soir m’apporta vostre despesche du avec cez cahiers du Registre d’Angleterre et de Guienne, et les vers du boidiomme Grammont^, ensemble cez lettres de M’’ de Saumaise^, de M*^^ Valeran et de Doui du Puy que je vous renvoyé avec mes trez humbles remerciements, ayant prins grand plaisir
Vol. 718, fol. i5i. ® Peiresc, contre toutes ses habitudes,
Scipion (le Grammont, déjà plusieurs n’a pas donné, cette fois, la lettre l au nom fois inciitioniié. de Saulniaise.
eu la participation de toutes cez petites relations dont je vous suis ]ji<Mi redevable, et de la couliiiiiation de voz seings à me faire tenir des livres nouveaux, et à me rendre de si bons ollices et à noz amys.
L’une des plus agréables nouvelles que je pou vois apprandre fui celle que vous aviez cottée sur le dos de vostre lettre de la coiivalescence de M*' Bignon dont nous estions en grande allarme \ et neantmoings en bonne esperance sur ce que de pareilles maladies n’avoient pas esté mortelles cette année de par deçà comme aullres foys. La sollicitude que vous tesmoignez du pauvre M*’ Gaillard m’oblige encores grandement, et me persuade que puis qu’il ne de voit partir qu’au 8‘"% il aura encor eu loisir de vous voir et de recevoir voz commandemenls et c[ue vous aurez excusé l’afiliction qu’il a eue de se voir tirer de cet air là contre son gré, lorsqu’il y faisoit plus de progrez en ses études. Ce qui l’avoit mis en desordre et en grande presse de voir ce qui se pouvoit avant son parlement. Vous aurez possible veu ou verrez bien tost le sieur Maynier, advocat en ce Parlement, frere d’un conseiller décédé qui estoit l’ini des meilleurs amys que j’eusse en ce Parlement. Il est disciple de M*" Gassend, et fort attaché à ses maximes L mais tellement modeste et craintif, que je ne sçay s’il aura courage de s’aller produire chez vous si ALLuillier ne le vous amene quasi à vive force, comme je l’en ay prié. 11 se plaid particulièrement aux malbematiques où il a d’aulcunes fois secondé les seings de ]VL‘ Gassend ])our observer les phenomenes plus notables. Il fut emmené d’icy par son Irere le Religieux de Lerins que j’avoys recommandé à Monsieur de Thon sans avoir sceu que luy fust de la ])artie , car je l’eusse chargé de quelques lettres à vous. Monsieur, et à quelques aultres de cez Messieurs. Je vous supplie de l’aymer pour l’amour de sa vertu et de M*" Gasseud, et <1 ex-
Le célèbre avocat général au parlement (le Paris était alors âgé de trentequatre ans,
^ Son nom n'est pas une seule fois cité dans les 5oo pages de la Vie de Pierre Gassendi par Bougerel. Je ne trouve ni le disciple de Gassendi ni son frère le magistrat
parmi les correspondants de Peiresc. Les registres de Minutes de la bibliothèque de Carpentras ne contiennent qu’une lettre à un de leurs frères, diupiel il va être (piestiou plus loin. Dom Maynier «du monastère de Lvrins [Wc pour Lih’ius] allant en coum (llegislre t II, fol. êao).
cuser ce (|ue vous y pourriez clesirer de plus que ce que sou humeur peull coiupalir, qui est <Trandemeut LontilVe dans son austérité, qui nous est commune quasi à touts en ce païs icy.
J’escriray à Venise pour voz deux exemplaires des vieux autheurs llerum Patavinarum, Mussatus et aultres. Je suis possible la cause ])rimilive du recueil et du dessein quavoit prins feu VP Pignoria de les faire imprimer, et avoys desja mis ordre pour m’en faire envoyer un dez qu’il s’en pourra acliepter, lequel je vous envoyeray à l’advauce si lost que je l’auray receii sauf de le remplacer avec un des deux que vous demandez tant pour vous que pour VP de Cordes lequel je vouldroys bien servir en meilleure occasion. Et vous supplie de l’en asseurer de ma part, et qu’il me commande seulement en toute liberté, comme son serviteur.
J’oublioys de vous dire que je me tiens encore bien redevable à Monsieur Valeran de Fbonneur de son souvenir, et qu’il me tardera de voir paroistre des occasions de le bien servir selon son rare mérite et selon mes souhaicts et les obligations que je luy en doibs avoir, et par voslre commandement et pour la bonne volonté qu’il m’a daigné tesmoigiier. Je vous escrivis l’aullre jour en quels termes à peu prez j’avoys escript au Gai-diual Barberin pour vostre expédition sur l’occasion des cahiers du Syncellus que j’avoys enfermez soubs l’adresse de D. du Puy dans un petit fagot de livres manuscrits que son Eminence avoit desirez assez ardemment. Si vous m’envoyez la suitte des dicts cabiers du Syncellus, je taseberay de les mesnager, et tiens que vous viendrez à bout de vostre affaire quasi veuilliez vous ou non, mais il lault laisser venger ce monde là sur le temps.
l^e londemenl que j avoys prins de la substitution du Barroys à la couroime de France, et consequament de la Lorraine qui y avoit esté uuye inséparablement par le mariage du Boy Bené avec l’heritiere de Lorraine et donation de la Duché de Bar en sa faveur, par le Cardinal de Bar son grand oncle \ je le tiroys d’une enqueste solennelle-
L(' cardinal de Bar a d«[jà e'té mentionne' dans notre tome R, p. 271.
[1635] AUX FRÈHES 1)U1>UY. 313
ment laicte aultres loys, laquelle estoit eiioncé(; dans des adverlisseinents imprimez in A" lors mesmes du Procez que laisoit le Duc d(' Lorraine pour la Provence on rEves([ue de Toulon, qui se li’onva auprez de la persone du Poy Pené lors de son tre|)as, disoit l’avoir ajiprins de la bouche du bon Poy Pené b en luy jiarlant de son testament et de la disposition de ses biens. Je vous ay envoyé ce cahier là originellement imprimé dez lors, et je l’avoys recouvré de Pome, où il avoit esté porté avec les vieilles chartes des Archives du Palais pajial d’Avignon qui y lurent transportées les années dernieres. Cette piece m’ayant esté destinée comme touchant la Provence par ceux (pii manièrent les dictes chartes, parce qu’il y en avoit plus d’un exemplaire, croyant que l’édition s’en estoit lors faicte en Avignon mesmes, et que les ministres de lors avoient eu la curiosité d’en retenir des exemplaires, car je n’estime pas qu’il y eust lors des imprimeurs en Provence, comme possible en Avignon, où l’université estoit un peu plus en vogue; vous trouverez ce cahier là parmy voz papiers, si AP du Puy ne l’a voulu mettre parmy les chartes de la Ghappelle. Tant est que puis (|ue nous tenons la Lorraine et la vraye heritiere de cet estât là, ce tiltre ne seau roit nuire, quelque foihlesse ([u’on y trouve à faillie de faire apparoir du contract de mariage du Poy Pené, ([ue cette race de \ audemont aura sans double faict périr. Mais il pourroit bien estre vray que cette substitution y fusse, car le Cardinal de Par aymoit grandement la France d’où il estoit sorty de par une lille du Poy Jean. Et le soing qu’il avoit prins d’aller choixsir son jietit neveu pour luy laisser sa duché et la faire unir à la Lorraine inseparahlement par le mariage d’iceluy, monstroit bien un dessein lornié en laveur des princes du sang de la Fleur de Lys. Et si ce contract de mariage et d’union a esté supprimé, l’on peult bien alléguer cette substitution, et l’employer jusques à ce qu’on fasse apparoir du contraire'^.
‘ Cet évêque était Jean Huet, appelé quelquefois k Bigre, qui occupait déjà le siège de Toulon deux ans avant la mort de Itené et qui l’occupa encore une dizaine
d’années après la moi't de ce prince. Voir Gallia christiana , t. I, col. 752.
^ Entre ce paragrajilie et le suivant inanipie la valeur d’une demi-page, la
ùo
lui'fiiMi nie KArioMii:.
J’attends par nii navire Aiifjloys les quattre evangelistes, que j’estime estre en cette langue là, ou eiiÆthiopien, car ils ne s’en déclarent pas bien, et je n’en avoys pas demandé d’aultre langue. Le navire devoit faire voile le 17 avril d’Alexandrie, de sorte que je l’attends au premier jour, espérant qu’il sera plus heureux que celuy d’un Provençal où j’ay perdu le volume Arabe de s‘ Pol que j’avoys tant demandé et d’aultres belles pièces. L’on a prins un monstre marin de 70 quintaux de poids, dont la teste en pesoit 8 ou 10 quintaulx, j’en ay les ieulx, pour les anatomiserb mais ils sont extraordinairement petits, pour la grosseur de la teste, comme ceux de l’Elepbant. Sur quoy je finis demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
Ce 1 5 may 1 635.
Vous avez tousjours oublié de m’envoyer la derniere édition du Gassianus in foP de Douay que j’ay veüe icy chez un de iiostre compagnie qui fa apporté de Paris'^. Je vous supplie de me l’envoyer par la jiremiere commodité des sieurs Moreaux. Depuis avoir escript, un marinier de Marseille est revenu de Rome qui a laissé deux caisses à Marseille pour moy et cependant m’a apporté jusques icy un petit fagot de libvres, entre lesquels j’ay creu que vous ne seriez pas marry
moili(^ du second feuillet de la lettre LXXXII ayant ëté coupée.
‘ Sous le mot anatomiser, employé au xvi' siècle par Vincent Gai loix , par Ambroise Paré et par Rabelais, Littré ne cite aucun écrivain du xviP siècle et seulement deux écrivains du xviii' siècle, l’abbé d’Olivet et Voltaire. La pbrase de Peiresc réunira désormais, dans nos dictionnaires, le xvi' siècle au xviiV.
^ Peiresc ne se trompait-il pas? Tous les
bibliographes, notamment l’auteur du Manuel du libraire, donnent le format 111-8° à l’édition des œuvres de Jean Gassien, soignée par Alard Gazée, religieux de Saint-Waast (Douai, 1616, 2 vol.) et ne donnent le format in-folio cpi’à l’édition plus complète d’Arras [Joannis Cnssiani Opéra oninia cuin coininenlarm I). Alardi Gazœi, etc., Atrebati, Guill. de la Rivière, 1628, 3 tomes en 1 vol. in-fol. de [)lus de 1200 pages).
d’avoir une petite diatribe de Léo Allatius de Psellis et eorum scriplis^ et troys petits livres de l’incendie du Vesuve, que le cardinal Barberin m’envoye et dont on faict cas, ce dict-il, et finalement un petit discours faict aultres loys par un certain Gaucbierde Gozze, qu’un jeune boinine curieux a voulu faire imprimer à cette heure, sur ce que j’avoys envoyé jirendre des empi’eintes en piastre de l’inscrijition ])our voir la vraye forme de caractère pour XL’ de Saulmaise, où il a voulu mettre mon nom, dont il se seroit bien passé. Si le pacquet n’est pas trop gros, vous aurez le tout; sinon, le prochain ordinaire en portera ce qui sera demeuré en arriéré^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Je receus par le dernier ordinaire vostre despescbe du xi accomjiagnée de tout plein d’aultres curiositez, mesmes des restes des cahiers de Quentin que je n’ay pas eu moyen de voir, et d’une lettre que vous escriviez à mon frere laquelle je vis avant que la luy envoyer à Toullon où il estoit auprez de le Alareschal, dont je vous remercie trez humblement tant de son chef que du mien, ensemble de la continuation de voz honnestetez, et du soing que vous avez daigné prendre de touts les libvres qu’il vous a pieu remettre au sieur Perrin. Mesmes des caresses que vous avez faictes et si longuement continuées au petit AP Gaillard, que nous attendons en bonne dévotion avant la lin de ce
' De Psellis el eorum scriptis ad Jacohum Gnffhrellum (Rome, in-8°). I.eo Al-
latius (Allazzi) naquit eu i636 dans l’ile de Chio et mourut à Rome, âgé de quatrevingt-trois ans, enjanvier i58(). Il dtait, en 1 635 , bibliotliécaire dn cardinal Riscia. A la
mort de ce prince de l'Kglise, il devint bibliotbdcaire du cardinal Fr. Rarberini; en i66i le pape Alexandre VH lui donna la charge de garde de la bibliotlièvjue du Vatican, vacante par la mort de Luc Ilolslenins.
* Vol. 718, fol. i53.
ho.
nio\s, Lien marry ([lie nous les ayons si mal méritées riin et l’aultre, mais vous v auriez moings de gloire et nous vous en sommes aussy tant plus redevables. 11 m’a envoyé les impei'fections du Mercure (|u’il avoit retirées de M*' lîiclier, mais il avoit colté un article sur mon mémoire d’une l'euille ou de quel(]ues cartons du i8 Tome, cottée C et c une seconde foys en suitle de la première, qui ne se trouva pas dans son ])elil lagot, nom jilus ([ue dans le volume que j’avoys receu à part (ont seul de vostre main longtemps aprez les aultres, et lequel n’avoit jamais esté relié; c’est jiounjuoy l’on ne pouvoit pas facilement avoir laissé esgarer ce qui y niampie, el falloit (ju’on eust eu besoing de le jirendre de par delà, pour en jierfectionner quel([u’ aultre, lors que le libraire le vous livra. Et ne seroit pas inconveniant (jue vous l’eussiez collationné vous mesines ou faict collationner en vostre presance sans ([u’on s’en apjierceut à cause (jue la lettre G estant employée une foys en son rang de l’Alpliabet, on ne jiresume pas facilement qu’il y en doibve avoir une seconde soubs la mesme lettre du G ou Gc double car il ne m’en souvient pas maintenant laquelle c’est, mon libraire estant à la desbausche, pour le vérifier de rechef. Tellement qu’il fauldra, s’il vous plaict, ([ue M' liicher vous envoyé cette feuille, s’il veult que le libvre soit complet, sans s’arrester à ce qu’il avoit baillé à M" Gaillard, puisqu’elle ne s’y est pas trouvée, si ce n’est qu’à une seconde foys il l’en aye chargé maintenant à son retour. .le m’estonne bien plus que vous n’ayez pas receu la Iloma Sottei'ranea , que M‘' de llossi disoit vous avoir envoyé par le coche, et que vous ne debviez pas lecevoir plus tard ([ue les lettres, et fault que ceulx du coche bayent tronqié, et ayenl envoyé par les l'oulliers jiuisqu’il tarde tant. Pour le second exemplaire, il a esté adressé à droicture à Lyon au sieur Sesty et de là à M*’ Mazzarini. .Fescriray à M*’ Bouchard du Tbeopbanes, estant bien aise que le Syncellus soit achevé et de la resolution (|ue prenez de le lascber peu à peu, et n’y aura pas de danger de le faire filler pour voir le progrez du soing delà revanche en vostre alfaire, pourveu ([ue cela ne paroisse trop atlecté. J’ay receu les cahiers que m’avez reiiNoyez des relations italiennes et n’y ay trouvé aulcunes cottes à la
AUX FlIKHUS DUPUY.
inarjre que celles que j’y avoys faicles inoy uiesmes, (jui ne rcffardoieiil (|ue ma propre curiosité, lacpielle ne se rencontrera pas racilenient lousjours avec celle de AU du l^iy vostre frere (pii ne s’en sera possible pas soussie ou naura j)as eu le loisir de lisre cet invenlaire ne d’en rien cotler. J’en ay desja receu deux extraicls que je n’ay pas encores leus, mais je ne laisray pas de les vous envoyer dez à presenl sauf de les veoir aprez vous. L’un regarde noz affaires particulières de Provence durant la ligue, l’aullre celles de Sicile où jiossilile AP' du Puy trouvera plus à glaner, combien (jue diflicilement luy s(;auroit on rien produire ([u’il n’aye veu eu cette matière. Je luv ay bien de l’obligation du soing qu’il a eu de voir AU' de Lomeiiie le bon homme et de sçavoir de luy ce que je pouvois attendre des curiositez de son cabinet, regrettant un peu la perte spécialement de la ligure de ce taureau dont il m’estoit venu en l’esprit une conception un peu extraordinaire. Et vous prie de vous en enquérir au retour de Aladame de la Ville aux Clercs, et de Alonsieur mesmes de la Ville aux Clercs, car la piece n’estoit pas si grande qu’elle ne peusse estre tombée derrière quelqu’ aultre en son cabinet.
Il me reste à vous dire que AU Deodati m’a envoyé jiar le dernier ordinaire un petit volume de Cremoninus de Calido innalo et semine d’Elzevir bien completL et cju’il m’a faict souvenir d’un aultre exemplaire que vous m’aviez envoyé quelque temps y a cpii se trouva imparfect d’une feuille, qui fut la cause ((ue je ne le fis pas relier, et j’oubliay de vous en faire demander l’imperfection, à la ])lace de laquelle il V avoit une aultre feuille d’un aultre volume de niesnie grandeur qui faict troys cahiers, laquelle je vous renvoyé pour la rendre au cas que celuy (|ui le vous pouvoit avoir vendu la veuille reju’endre
‘ Cœsar Cremoninus Cenlensts de Calido innato , el semine, pro Aristotele adversus Galenum (Ley(te, iG34, iii-a^i). L’onvrag(' est dédié au sénateur vénitien Donienico Moiino, (|ui fut un des amis de Peiresc et auquel IMiilippe Cluvier avait déjà fait un puMic liommage de sa géograpliie en
V^oir Les Ehevter de M. Alpli. \Villenis, p. Gt et 99. C(‘sar Créinonini, né à Cento (duclié de Modène) en iGSo, fut professeur de [)liilosopliie à Ferrnre, puis a Padoue, et mourut de la poste en cette dernière ville ;i l’âge de qnatre-xingls ans, en iG3i.
LETTRES DE PEIUESG
et vous suppléer la deffectuosité. Si dans cez inventaires ou aultrement vous rencontriez un jour une bonne édition du Lucian grec, je l’achepteroys volontiers, le mien m’ayant esté retenu. Excusez moy de tant d’importunité et me tenez tousjours.
Monsieur, pour
vostre trez l)und)le et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 22 inc-jy iG35.
Je ne sçauroys j)lus mesbuy de ce coup escrire à M‘’ Deodati ne à aultre à mon grand regret; si vous les voyez, faictes leur mon excuse, je vous supplie.
Je n’ay plus de cire d’Espagne, il m’en fauldra un peu de provision à la première commodité L
A MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
Avec vostre despescliedu 1 1 j’ay receu les cahiers du Syncellus, que j’envoyeray Dieu aydant par le prochain ordinaire de vendredy, soubs l’adresse du R. P. dom du Puy, avec un peu de recharge, attendant impatiemment la responce du cardinal Barberin sur la derniere, qui pourra venir par le retour du mesnie courrier dans i5 ou, 20 jours. N’ayant poinct receu de lettres de son Eminence par le dernier ordinaire du commancemant de niay, ains une lettre d’excuse que me fit de sa part le cavalier del Pozzo à cause que son Eminence estoit aprez à se purger depuis quelques jours. Je suis bien aise qu’enfin la
Vol. 718, fol. i55. — * On sait que le cavalier del Pozzo dtait attaché à la maison du cardinal Fr. Barberiiii.
[1635] AUX FUÙRES DUPUY.
caisse de la Uoma Solterranea soit arrivée à bon port, et que Fabsance de Al" Alazzariiii vous fournisse tant plus de temps pour vous eu cn( retenir et voz amys; mais je vous supplie de luy envoyer sa lettre le plus tost que vous pourrez si ne l’avez jà faict, car il eu aura receu une postérieure qui accuse celle là, et possible aura t’il plus tost le second exemplaire que le premier, soubs l’adresse du sieur Sesti de Lyon. Le libvre de Gastruccio ne pouvoit pas mériter les remerciinents que vous en faictes, dont je vous suis bien plus redevable (pie vous ne debvez pas estre du libvre. Mais c’est la surabondance de vostre courtoisie qui vous faict exercer des œuvres de tant de supererogation envers voz serviteurs.
AI" Deodati m’oblige trop par l’honneur de son souvenir aussy bien que vous pour raison des livres d’Angleterre L dont j’attendray la rcsponce impatiament. Des gentilshommes Flammands passez par icy quelques jours y a, m’ont asseuré d’avoir veu aux Pais bas un exemplaire de ce livre des insectes in fol" d’Angleterre dont on faict tant de bruict^, et que AI" Deodati disoit n’estre pas imprimé, dont il sera bon de luy donner advis. .T’auroys bien à luy escrire, mais je ne sçay si je pourray m’en acquitter par cet ordinaire, me trouvant fort surchargé, bien que nous soyons en quelque vacance du Palais, dont je vous supplie luy faire mes excuses, s’il vous va voir.
J’ay eu responce du sieur Galilée et du P. Silvestre Pictra Saucta concernant la machine du P. Liny et attends icy en brel le sieur Dormalius Liegeoys^ qui l’a veüe et examinée curieusement pour 1 amour de moy, et m’en promet une relation de vive voix bien exacte. Gependant cela me faict ressouvenir que ce libvre de Symbolis beroicis du P. Sylvestre in A" d’Anvers nous est eschappé, et Dieu sçayt si maintenant avec la guerre ouverte, on apportera des livres des Païs bas de longtemps.
‘ Le Bacon et les autres ouvrages indiquées dans les lettres précédentes.
^ Il s’agit là du Thealrum Insectorum de Thomas Monlléte déjà mentionné
plus haut (lettre du “2() juin i()3à).
■’ Voir sur Henri Dormalius le Ionie I , p. -J ho. Cet érudit avait été déjà l'IiAte de Peiresc en i (iSo.
J’ay aussy receu la respoiice de M'' Rubens S qui se loue nierveilleusemenf, de vostre favorable adsistance en son procez, et s’en recognoit grandement vostre obligé, mais il n’ose se dispenser de vous en escrire, à cause que le sieur Le Gris, qui en avoit faict la poursuitte, îuy a tesmoigné que vous estiez bien aise de ne pas laisser paroistre la bonne affection qu’il vous plaisoit luy porter, sur quoy il me demandoit advis s’il pourroit neantmoings franchir cette barrière, et je luy avoys mandé que l’occasion de son procez, qui estoit si notoire, pouvoit suffire ])our oster tout pretexte d’ombrage et qu’en un besoing il me pouvoit adresser la lettre qu’il vouldroit vous escrire, où il n’y auroit qu’une i5'’® de jours de temps perdu. Mais cette déclaration de ruj)ture pourra bien interrompre tout à faict le peu qui restoil de commerce. Et s’en fauldra mesbuy abstenir quand mesmes il ne seroit tout à faict rompu si je ne me trompe. Ce que je regretteray bien fort poui- son regard , car il commançoit à se remettre en train à m’escrire de belles curiositez ayant faict luy mesmes de trez belles observations des merveilles de la nature et de l’art, sur quoy je lui avoys donné barres concernant l’anatomie des yeulx et mes pro])res observations sur ce subject, qui l’avoienL cbastouillé bien avant et luy avoient faict commancer des discours des couleurs que j’eusse bien désiré luv pouvoir faire achever avant cette rupture. Ayant moy rencontré tout Iraiscbement dans mes propres yeulx d’estranges merveilles des couleurs des images que j’y conserve quebjue temps, lesquelles se Iranslorment successivement d’une couleur en l’aultre par un certain ordre bien admirable et cappable de fournir bien de l’exercice aux plus curieux naturalistes.
M*’ Gassend a laict cez jours passez une ])elite pérégrination par cette province, pour voir diverses singularitez entre lesquelles à mon indication il alla voir une clieutte d’eau à Sillans ([ui faict l’arc en ciel per-
‘ (^elte réponse ne se trouve ni dans la publication de M. Emile Gacliet [Lellres inédites de Pierre-Paul Rubens, ttruxelles,
i8io), ni dans celle de M. Ch. Ruelens (Pierre-Paul Rubens : Documents et lettres, Rruxelles, 1877).
petiiel, le plus vif et le plus beau qui se puisse voir', dont il est party bien satisfaict, mais s il eust eu la patiance de s’y arrester loul le jour, c eust este la plus belle occasion du monde d’en faire encores de ])lus admirables, car estant à 3 ou /i lieues de là, il vid le soleil entouré dune belle couronne et sur le tard vid des parhélies (pii eussent faict de merveilleux effects vraysemblablemenl dans cette cbcutte d’eaux, pour y multijileier les arcs ou renverser l’ordre des couleurs, dont l’opportunité ne se pouvoit pas payer assez clierement, veu que cez pbœnomenes sont si rares et casuels.
Au reste Ion nous avoit bien allarmé sammedy dernier, (jue le bruict courut de l’arrivée de l’armée navale aux isles d’ieres du jour précédant aprez une infinité d’advis de touls costez de leur dessein formé sur cette province, et que le Duc Françoys de Lorraine s’estoit desrobé de Toscane sans dire adieu pour en aller prendre le commandement. Alais 7 veilles qui y avoient paru d’assez loing le 25 à 7 heures du matin, et (pii paroissoient encores le soir du mesme jour 26 vis a vis du cap de Sisiecli rpii est devant Tolloun^, continuèrent leur routte au ponant, sans qu’on aye peu les recognoistre de plus prez. Et nous ont faict grand plaisir de nous laisser encores en paix. Car ils nous eussent bien sui’prins et cette faulse allarme nous a faict penser à vous, et nous mettre en devoir de les mieux r’embarrer s’ils viennent à nous. Et pour cet elîect, soubs les ordres exprez du Roy, l’on met sur pied troys compagnies de cavallerie, et quelques régiments oultre ceux de la Tour et de Vaillac c|ui estoient sur la frontière, de sorte que pour peu qu’ils tardent, ils trouveront bien à qui parler. Et possible sont-ils bien desja en bredouille, ayant régné d’estranges tempestes, qui les pourroient bien avoir jettez en Barbarie s’ils estoient lors en mer. Nous vouldrions bien que cela fust, et que le tlieatre de la guerre
‘ J’ai reproduit la description de la cascade de Sillans et des autres curiosite's observées par l’ami de Peiresc dans la plaquette intitulée : Impressions de voyage de
Pierre Gassendi dans la Provence alpestre (Digne, 1881).
* Appelé aujourd’hui cap Sicier.
lit
tvfniMi me fATiotiir.
fiist un peu plus loing de nous attendu la pauvreté du pais. Et demeure tous] ours,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 29 may i635 au niatiîi.
Depuis avoir escript, en voulant clorre vostre despesche , M*" Gaillard est fort opportunément arrivé en trez bonne santé, ne se pouvant lasser de parler de la longue persévérance et continuation de vostre bonne volonté et bons offices en son endroict, dont je vous rends les plus humbles actions de grâces que je puis. Sa main est encores toute engourdie de la bride, sans cela je l’eusse obligé de vous escrire tout présentement tandis que le courrier boil un coup avec noz gents.
Vous verrez les nouvelles plus fraisebes et plus particulières que je ne les avoys à ce matin dans la lettre que je viens d’escrire au bon homme M*" de Lomenie, et dans les lettres que je viens de recevoir de M’’ de Sabran^ et de mon l’rere qui seront cy jointes^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
.Tay receu voz deux despesebes du 2 5“® avec cette excellante nouvelle de la dell'aite des trouppes du prince Thomas^ qui est arrivée si opportu- .nernentjiournous laire augurer et esperer dépareilles succez encepaïs, si cez navires estrangers qui nous menassent depuis quelques jours nous
' Cet ambassadeur de la cour de France à Gènes a été déjà mentionné dans notre tome n, p. 559.
’ Vol. 718, fol. 1.57.
’ 11 s'ag'it de la bataille d’Avein, dans le
Luxembourg, livrée le 90 mai, où les maréchaux de Rrezé et de Ghâtillon défirent l’armée espagnole commandée par le prince Thomas de Savoie.
[1635] AUX FFiKUES DUP U Y. 3i>3
attaquent, Dieu ayant desjatesinoigné combien sa divine bonté a à contre coeur cette entreprinse puis que la (empeste a desjà pensé taire perii' toute cette armée. Je vous remercie trez humblement de cette agréable nouvelle et de tant d’aultres curiosilez dont vous l’aviez accompagnée.
Ce tut par oubliance et inadvertance de mon homme qu’il ne mil dans vostre pacquet si non le premier libvre de l'incendie du AlonI Vesuve, ayant jugé qu’il seroit de trop^gros volume et je pensovs que (ont fut allé; du moings il se debvoit eslre souvenu d’adjouster les aultres par les suyvants ordinaires. Mais vous les aurez à cette heure louts deux ou pour le moings l’un et l’aultre par le prochain. Je suis bien aise (|ue le livret de Léo Allatius ait servy à M*' de Thon ^ ei m’cstonne bien que voz libraires soient si rencberys de refuser touts ccz rares autlieurs non imprimez. C’est une bien esvidante marque que les muses nous abandonnent pour aller suyvre dans le plus froid de la Hollande les esprits curieux qui les cultivent mieux que nous, el crois bien qu’ils ne laisi’ont j)as escbapper l’occasion de donner au public toutes ces belles pièces. Nous attendrons en bonne dévotion M*' Dormalius et je voudroys bien que ce fust plus lost que plus lard avant qu’il y ayt de rupture si ouverte ([u’elle le peusse divertir de ])rendre son chemin par icy où il me tardera d’avoir le bien de le gouverner un peu à soubaict, s’il se peult.
Je n’attendray pas avec moings d’expetation - les instructions de M'’ Godefroy sur les substitutions de la Lorraine au delTault de masles. Je vous remercie du souvenir de Cassianuset de l’advis de la Medecine du IL P. Campaiiella (|ui attaque bien du monde de gayeté de coeur. Le sieur Ranchin de Montpelier n’en est pas des mieulx ediliés du monde. Car si l’on ne monstre quelque chose de plus que le commun, il est malaisé de plaine et de pouvoir contenter les plus doctes et plus curieux. Je n’ay pas encore veu ni sceu ce que cest. Javovs escript longtemps y a pour les autheui's des Ilerum Patavinaiurn de
‘ C’est le livret [nenlioniié un peu plus h.rpetalion est employé' là pour erpec-
haut et dans lequel Allatius s’occupe de tous tation, mot que nous avons déjà trouve les autcuis (jui ont porté le nom de Psellus. ilans le tome 1.
/il.
feu M*' Pigiiorius et en vouloys faire une recharge par ce dernier ordinaire d’Italie, mais par mesgarde cela in’eschappa de la mémoire à mou grand regret, vous criant mercy de ce retardement.
Monsieur Baudier a trop grande raison et moy trop de tort; ça esté un malleur que ses lettres ont provenu de fort longtemps ses livres dont je n’ay pas encor receu la seconde piece’, et pour la première, je ne la receus de beaucoup de moys aprez l’avoir mise chez les Moreaux, et qui pix est elle me fut ravie sur le champ sans que j’en visse quasi le tiltre et j’avoys esperé de la voir pour luy pouvoir rescrire, mais je tascheray de suppléer et m’acquitter de ce debvoir au moings mal qu’il me sera possible Dieu aydant et ne tarderay pas rneslmy. Je verray volontiers les arraisonnemens de M*’ Godefroy sur les substitutions de la Lorraine et attendray la participation du volume du Pape Innocent 111 mais on m’a dict que ce n’est que de bien peu d’années, et (ju’il y en debvroit avoir plusieurs volumes pour avoir tout l’assortiment^. Je vous remercie des lettres de M"" du Mesnil Aubery tant de la part du sieur Rubens que de Bordeaux et ne puis vous rien mander en revanche que ce peu que j’adresse à M*’ de Thou, et (pie je vous supplie de ne ])as faire veoir, principalement de la relation de l’armée ennemie, parce qu’on l’a envoyée en cour d’où il leur fault laisser publier seulement ce qu’ils vouldront; je suis bien aise qu’ayez retiré le manuscrit Arabique de la musique, d’aultant que
' Michel Baudier, qui avait publié en iG3/l \'llisloire de Vadminisiration du Cardinal d’Amboise (in-4°), publia en i635 un livre très singulier et dont la singulai-ité coniinence à se montrer dans le titre même : Histoire de V incomparable administration de ftomicu , grand ministre d’Etat de Raymond Hérenguier, comte de Provence, lorsque celle province éloit en souveraineté, par iVIichel Baudier, de Languedoc, gentilhomme de la maison du Boi , historiographe de Sa Majesté (Paris, Camusat, i635).
Il s’agit là du recueil «le François Bos-
quet : Innocenta III epislolarum lihri quatuor, Toulouse, i635, in-fol. Voir sur cette publication l’ouvrage déjà cité de M. l’abbé Henry : François Bosquet, intendant de Guyenne et de Languedoc , évêque de Lodève et de Montpellier, Paris, 1889, p. 7/19-773.
® Baluze, en 1G89, réédita, en le complétant, le recueil de Bosquet. A son tour le recueil de Baluze a été complété successivement par deux savants membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, par La Porte du Theil, en 1791 , et de nos jours par M. Léopold üelisle.
j’avoys appreliensioii que le bon P, Mercene n’eusse ])as le crédit de l(* retirer quand il vouldroit de celuy à (pii il l’avoit voulu confier.
11 y a si longtemps que nous u’avons plus de nouvelles de VP de Saulmaise que je ne sçay s’il y songe plus. Et parce que nous avons icy un Turc naturel qui m’a doniu'; de bonnes lumières en ton! plein de pièces en cez langues orientales, possible ipie VP Saulmaise seroit bien aise d’en avoir son advis tandis (pie nous le tenons, (fest pourcjuoy j’estime sauf meilleur advis, et si ce n’est ipie vous ayez de M- de Saul maise (pielque ordre contraire, aiupiel cas j’y defererav trez volontiers, (pi’il n’y auroit pas grand mal (pie vous me le renvoyiez pour le faire voir à ce Turc et tascber d’en tirer pied ou aisleb puis que cez Messieurs de de là y trouvent tant de difiiculté. Et je tascberay de le vous renvoyer incontinant pour le faire tenir à M"" de Saulmaise. Le R. P. Mercene m’avoit mandé que M*' Hardy ^ l’avoit tout traduicl hormis quelques mots Persans, et depuis que M‘’ Gaulmin se faisoit fort d’en venir à bout, jé l’avoys semond de m’envoyer la version de M’’ Hardy, pour tascber d’y faire suppléer les mots Persans. Mais il ne l’a pas voulu lasclier sans qu’elle fust en perfection. Et l’anltre encore moings,et l’on y avoit voulu consulter un bon P. Cappucin, qui y eust possible pénétré plus avant (|u’on ne veult croire, mais ç’avoit esté fort à contre temps dans la semaine sainte, et avec trop de precijiitalion pour l’avoir devant Pas(]ues, car il luy eust fallu (piiller ses sermons dont il ne se pouvoit pas dispenser. Tout ce ([ue j’en ay peu tirer par le bon P. qui a esté le plus à mon goust a esté d’entendre ([ue la diversité des couleurs n’y estoit pas inutile comme je me l’estoys tousjours persuadé, espérant que le temps le fera encores mieux paroistre. Dieu aydant, tost ou tard. Sur qnoy je finis demeurant,
Alonsieur,
vostre trez liumble et trez obéissant servilenr, DE Peihesc.
A Aix, ce 5 juin i635.
‘ G’esl line expression f;innli(;re à Peiresc el rpte nous avons eu (1(^10 souvent l occasion Je rencontrer. — ^ Voir, sui‘ Claude Hardy,, notre tome II, |). 9.o.