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lation de l’y voir bien eslably, pour la notice que j’ay de sa prol)ité et de ses bonnes intentions (jui ne poiivoient estre (|ue bien advantajjeuses
cette province, an detfault de celles de riioinine de (jiii on se debvoit promettre les choses tout souliaict. Mais le nialleur qui suit toutes lez affaires de ce costé b\ semble estre troj) grand pour souffrir (prou y puisse mettre du remède, par l’entremise de si braves gents.
Il me reste à vous remercier et crier mercy tout ensemble comme je le faicts trez humblement de la continuation de voz soings à la recherche de cez vieulx libvres, estant bien honteux de m’en recognoistre si indigne et de la participation de tant de bonnes choses que vous daignez me communiquer incessamment. Vous verrez une relation «pie le bon de la Fayette m’a envoyée de sa main sur l’abbord et premier establissement de l’ennemy dans noz isles de Lerins, dont je ne doubte pas que vous ne sçaichiez de plus grandes particularitez que je ne vous en sçauroys mander, parce (jue les courriers extraordinaires vous en portent de jour à aultre des instructions qui ne nous en disent icy que ce qu’il leur plaict, et par disgrâce je n’ay veu persone qui soit venu depuis la datte des lettres de M*" de la Fayette, au moings de ceux (jui sont cappables d’en parler et d’en juger; que si entre cy et demain j’apprens rien de plus, vous pouvez penser que je vous en feray part de bon cœur, et eusse bien désiré que la tempesle et les tonnerres ([ui tombèrent deux jours y a icy autour fussent allez jusques entre cez deux isles couller à fonds cez galeres, qui n’eussent peu durer en ce poste par un vent si veliement, et par une tcmpeste si estrange accompagnée de fort grosse gresle et de telle abondance d’eau que tout plein de grandes terres autour de cette ville, qui n’est que montueuse, sont devenues des estans, à faire nager tout plein de monde ([ui affecte de s’y baigner pour mémoire à la postérité. Le louldre * tua un mullet d’un pauvre homme et le laissa en ])osture toute droicte avec des marcjues d’estre entré, ce dict on, par le fondement et re-
‘ On sait que le mol foudre a fUë employé, comme masculin, par Malherbe, Corneille. Rotrou, Bossuet, Boileau, etc.
sorty par la verge, dont je me rapporte aux plus curieux et demeure tous jours,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 2^1 seplombie iG35.
L’accidant de ce mulet m’a esté confirmé de la bouche de M‘' Venel, doyen de nostre Parlement ^ proche voisin, et qu’il fut trouvé attaché ])ar son licou à la cresche, mais à demy couché, et que son membre estoit estendii en une merveilleuse longueur avec la hrusieure toute evidante à l’issue de sa poincte comme à l’entrée du fondement. Le mesme tonnerre - luy fracassa quelques victres et fenestrages^ d’une chambre de sa maison et passa par le trou d’une souris de la galerie dans Testable du muletier pour aller tuer ce mullet de plus de 8o . . . [déchirure], dont le païsan est ruiné*.
cm
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY
À PA ni s.
Monsieur,
.1 ay receu vostre despesche du avec une bien agréable nouvelle de i arrivée de M'' de Saulmaise dont je me conjoüys avec vous
‘ Voir sur la famille de Veiiel, qui a donne' son nom à une des rues d’Aix, l’ouvrage si souvent cite ddjh de Roux Alplieran ( 1. 1 , p. /lia , /i 1 7).
^ Aulrelois on a, par extension, eniployd le mot tonnerre, qui n’est que le bruit de la foudre, pour la foudre ellemême. En 1789 encore les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux disaient: rrll seroil l)eul-êlre à propos d’appeler /o«f5-e la ma-
tière enflammée, et de consacrer le nom de tonnerre pour exprimer le bruit qu’elle cause; mais on n’y regarde pas de si près dans l’usage ordinaire, et l’on applique indistinctement le mot de tonnerre à la matière enflammée, à la foudre et au bruit."
■’ Littré, sous le mot fenêtrage, ne cite que des écrivains antérieurs au xvn' siècle.
^ ^o!. 718, fol. 19Î2. Cette lettre est de la main d’un secrétaire.
et vous supplie (.l’agrcer que je le puisse encore faire icy avec luy s’il est encore à Paris, car il pourroit bien avoir passé oultrc eu bourgogne pour y voir M*' le conseiller de Saulniaise son pere, où il est attendu avec tant d’impatience, louant Dieu de la bonne santé de son corps, moyennant laquelle il luy sera tousjours bien aysé de faire desrouiller son esprit, ([uelque chose (jue sa modestie luy j)uisse faire dire au contraire. J’ay veu icy un jeune Allemand d’Hambourg nommé Schlesen, médecin très curieux qui a esté en Hollande et y avoit fort veu AJ'' Heinsius et si je ne me trompe AI'' de Saulniaise encore. Alais je fus ravy d’entendre ce qu’il me disoit de l’bumeur du dict sieur Fleinsius \ aprez quoy je ne sçaurois plus rien trouver d’eslrange, s’estant abandonné au vin et à la desbauscbe jus([ues à un tel point, ce dict on, qu’il en devient tout bebesté'^ et tout hors de luy pour peu qu’il boive, ce mal passant en telle habitude à ceux qui s’y laissent gaigner qu’un seul doigt de vin^ est cappable de leur oster le sens et l’usaige de la raison; cependant je suis bien marry qu’il ayt oublié d’apjiorter les conférences du Syncellus qu’il m’avoit oiïertes de son propre mouvement, et que j’avois acceptées assez longtemps y a comme vous sçavez. Je me doubte qu’il n’aura non plus porté la coppie de ceste musique d’Erasmus Orycius, puisqu’il ne vous en a rien dict. Je n’ay point eu de lettres de Al*' Dormalius depuis son arrivée à Rome et croyois qu’il se fust arresté à Florence, mais il fault (jue ce soit qu’il n’ayt pas ozé escripre sans que AF Holstenius escripvist aiissy, ce qui n’est pas si facile ne possible ne raisonnable de le destonrner de ses meilleures estudes, pour ces inutiles complimenlz de lettres, car je luy avois escript par ledict sieur Dormalius, et l’avois neantmoins prié de ne se point incommoder pour me respondre et de s’en descharger
' Humeur sous la plume de Pfiresc signiüe mauvais caractère. ÎSous a\ons déjà vu plus haut la même expression employée pour Laiibardemonl. Les retenlissanles plaintes do Saumaise ne seraient donc que trop justifiées.
’ Exislc-t-il à cet égard d’an res léir.oi-
gnages accusateurs qui confirmei t les tr.stes l’écils faits à Peiresc par le voyageur allemand? Notons ([lie Daniel Heinsius, à cette époque, était sinon un vieillard, du moins un septuagénaire.
^ Littré, nu sujet de cette locution, ne cit»* (ju’uii vers de l’éranger.
sur ledict sieur Dormalius qui se pouvoit destourner avec moins de regret que luy. Il y avoit mesme icy un gentilhomme liégeois nommé le baron de Wandestaek, filz ou petit filz de ce célébré Susiusb qui a attendu six sepmaines des lettres que ledict sieur Dormalius luy avoit promis de m’addresser de Rome, mais enfin il est party pour s’en retourner, ayant perdu la patience. Quant à vostre affaire, si le scrupule de conscience vient du Pape mesme il ne nous en fault pas tant sçavoir de mauvais gré au cardinal Barberin, et je suis bien ayse d’en avoir eu l’advis à temps avant le passage de l’ordinaire de Rome, car je parleray de l’un et de l’aultre au moins mal que je pourray. Je suis bien aise que M"' Bouchard se soit addressé à nous pour ces libvres du cardinal Barberin, et seray bien ayse d’en avoir le roolle de peur que je ne me misse en peine d’en avoir de semblables d’un aultre costé. J’ay enfin trouvé icy inesperement chez un amy celluy des Anliquitez de Nismes, de sorte qu’il ne fauldra plus vous en mettre en peine, ny mon frere aussy, à qui j’escriptz de l’estât présent des affaires que nous avons en ceste province, dont il vous fera part, et vous me ferez, s’il vous plaict, la faveur de m’excuser pour ce coup si je ne vous en entretiens et si je ne vous escripts de ma main, ayant eu peine à desrober ce temps parmy les divertissements que l’on m’a donné, dont je ne suis pas quitte à mon grand regret, demeurant tousjours,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce a octobre l635^
Ce célébré Susius, aujourd’hui si pou connu, a été déjà mentionné plus haut. — ‘ Vol. 718, fol. 19/1.
AUX FUUllES UUPUY.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
Vostre pacquet estoit fort petit par le dernier ordinaire du 28 du passé, mais ceux de mon frere en sont de tant plus grossis, et je cognois bien que c’est de vostre part que viennent les pièces (|u’il m’envoye ou la plus part. J’en ay niesine receu aujourd’huy par un courier extraordinaire avec les lettres du 1 de ce moys, où j’ay a])prins la bonne nouvelle de la desroute du Galas par rem[inentissime] C[ai’dinal] de la Valette S qui m’a grandement resjouy, m’imaginant que jcela fera r’approcber son Eminence de la Lorraine, et que M*’ de Tliou pourra revenir plus tost que vous ne pensiez. Cependant il m’a envoyé l’action de M'' d’Avaux aux Estats de Suede et les instructions de l’Empereur sur la paix de Saxe, avec cez pièces de l’interdit de Monstreuil dont nous n’avions pas ouy parler. Je croys que vous ayez veu le traicté de l’Empereur de l’édition de Vienne. Je vous l’envoye à tout Lazard, avec les déclarations de Naples et de Milan pour les représailles; nous n’avons encore peu voir celle d’Espagne. Nous avons eu encor la conlirmation de la prinse de Valence au Milanoys^, mise au pillage, qui nous a fort consolez, et que AL de Savoye estoit party pour se rendre à l’armée et
* Le cardinal de la Valette et le duc de Weimar, partis d’Oberslieim , fféloient arlivés à une journée de Metz, lorsque leur ariière-garde fut attaqui'e par quatorze régiments détachés de l’armée du comte de Galas, qui avaient fait une diligence extraordinaire pour les atteindre. La cavalerie Françoise les reçut avec une intrépidité qui les étonna; les Impériaux furent rais en déroute après avoir perdu cinq cents cravate-^, Ijcaucoup d’officiers et sept étendards. On nomma cette action le combat de Vauder-
vanges parce qu’elle se passa auprès d’une petite ville de ce nom située sui* la Loire.») [Histoire du règne de Louis XIII, par le P. Griflet, t. II, p. GoG.) Conférez les Mémoires de Montglal (t. I, p. 98-100).
® La ville de Valence sur le Pù, investie le 1 0 septembre , avait été ernporb’C d’assaut , [)uis reperdue trois fois. L’armée française fut obligée de lever le siège le a 9 octobre. Voir sur toutes les péripéties de ce siège les Mémoires de Montglal (t. I, p. iiG-117).
LETTIiES DE P El UES C
pour assiéger Alessaiidria de ia paille. Aprez ({uoy si cela faiiltoit ou poiirroit aller cà plein jned jusques à Milan, les aultres places fortes du Milanoys estants, an Levant et Septentrion, Grenione et de Fnentes, n’estimant pas que Pavie soit fort tenable. Que si de ce costé là, il se pouvoit faire une forte diversion, l’on ne poiirroit pas tant renforcer cette armée navale qui seroit plus tost constrainctc de së retirer de noz mers et de nous laisser en proye ce qu’elle nous a surprins. Nous ne nous y attendions plus, d’autant (jue comme ils l’avoient peu faire aussy facilement les aultres foys qu’à cette derniere, et ne l’ayant faict, nous jugions que la saison s’advançast rnesiiuy troj) pour venir engaiger icy leurs forces navales, à la mercy du mauvais temps. Mais ils ont cru que ce seroit une puissante diversion et ne se sont pas trompez, car sans cecy il passoit cinq régiments en Italie, (|ui eussent bien notablement renforcé nostre armée du Milanoys. Vous verrez la continuation de leurs progrez aux retranchements. Jusques à cette heure nous n’en ressentons pas encores une grande incommodité, mais je croys bien que mesbuy nous ne sçaurions plus guieres tarder si le Roy ne nous secourt et soulage de quelque chose pour la subsistance de ia milice dans la disette où se trouve le pais.
Au reste je suis bien aise que M*" de Saulmaise soit en si bon estai comme vous dictes de sa santé chez ses ])arents. M*’ du May^ escripl de Dijon qu’il y est attendu par M*' le conseiller de Saulmaise pere avec une merveilleuse impaliance, et ne croys pas qu’on le veuille guere laisser en re])os sans le faire aller jusques là. Cependant vous recevrez le volume de rEbenbytar'^ que j’ay envoyé à mon frere par le pere du jeune Gailliard qui partit hier en diligence hors de poste pourtant.
C’est le seul exemplaire qui en estoit resté au Cayre à ce que l’on m’a conliriné et qu’ils tiennent que ce soit tout ce que les plus anciens Grecs a voient escript de meilleur concernant les plantes et spécialement le Théophraste et le Dioscoride, qu’ils tiennent y estre insérez
‘ Paul (lu May, const^iller au parleineiiL de Dijon. Voir t. I, p. 182.
^ Lisez Ibn-lieïtar et voyez en ce pre'sent tome la letira 1 , p. 'i.
[1635] AUX FHÙllKS DUPUY.
loul. au lon{j, à ce que l’oii m’eu a inauclé par des lellres escriples par uu navire parly aprcz coluy (pii l’apjiortoit. Je ii’ay ])as ciivoyi^ le dicliouiiaire Goplile, parce ([ue, comme je vous avois maiidi', j’avoys trouve; moyeu de le (aire transcrire, et de laid l’on a achevé le texte Cojihte, mais à cette heure par dis<pace uostre Turc nous a manqué qui a l’aict plus de sesjour à Marseille ipie de coustume, pour y adjouster la version Vrahiipie e re^ione. Et si je pensoys ipie Ah de Sauhnaisc fust en estât d’y travailler, je (piitteroys tout ])our luy envoyer mon exemplaire. Mais je croys bien que durant son voyage de Bourgogne il n’y l’eroit rien. Et cependant si uostre Turc revient, il y pourra travailler.
Par sr.rcroict de malleur le Maronite ([ue nous avions en cette ville et (|ue je pensois employer à escrire cette version Arabe au detVault du Turc s’en est voulu aller à Paris sur l’occasion du passage d’un aultre Maronite qui s’v en alloit. De sorte qu’il a esté impossible de le retenir. Toutefovs, si vous me mandez que AD de Sanlmaise s’en puisse servir en ce voyage, je quitteray tout comme je vous dicts et le vous envoyeray. Ensemble les h evangelistes, mais le volume de ceux cy est ung peu gros. Ce qui m’a l’etenu de l’envoyer a esté que l’on rn’asseure que M*" Grottius a suyvy la cour jusipies à Dizier', et qu’il passe plus oiiltre de sorte qu'il ne s’en pourra nom plus servir (pie M'' de Sanlmaise.
J’ay bien de l’obligation au P». P. Sirinond de tant de bonne volonté (|u’il vous a tesmoignée.pour nioy, et m’estonne bien fort qu’il n’ayt receu l’un de cez exemplaires de la Bonia Sotterranea adressez i\ Ab .Mazzarini, puis que le premier advis (jue j’en eusportoit cet ordre là, et je ne sçay qu’en penser, si ce n’est (juc cez Alessieurs de Borne sont si ac(iablez d’allaires, (|ue dez (ju’une chose ne se faict de fraische mémoire, elles sont fort subjectes à prescription. Et me i-ejients de ne luy avoir envoyé le mien, encore ne sçay je ce (pie j’en feray. Car cet homme est desjà aagé^, et ce seroit daumage qu’on eusse laissé perdre
‘ Aujourd'hui chef-lieu de canlon du de[)arlerueul de la Haiile-Marne, à 7.3 kilomèlr(^< de ChauinonL — * Cet homme, c’esl le père Sirinond, le picl avait alors soixaule-six ans.
la commodité de le faire parler là dessus, y ayant de choses de sa cognoisçaiice qui le seront de peu d’aultres. Quant à vostre affaire, j’ay remercie reminentissime cardinal Barberin de la grâce faicte à l’evesque Maronite, dont la nouvelle m’est venüe par le mont Liban, et ay prins occasion de luy dire qu’il ne se falloit pas lasser des longueurs et des rebuts de la chancellerie de Rome, et que je ne cesseroys poinct de le presser qu’il ne nous eust donné contentement, et luy ay demandé permission d’en escripre mon sentiment à son confesseur ou à celuy du Pape ou à leur conseil de consciance, voyant bien que les diflicultez viennent de leui’s scrupules plus tost que des siens, à faulte possible de vouloir escouter noz l’aisons et noz moyens; ma lettre estoit un peu longue et je fus si pressé c[ue mon homme n’en acheva pas la coppie que je luy avoys dict d’en retenir pour la vous envoyer. Nous verrons par la responce à quoy nous pourrons aspirer et je demeureray.
vostre trez humble et trez obéissant serviteui-, DE Peiresg.
A Aix, ce 7 octobre i635.
.l’ay depuis faict emballer la Borna Sotterranea pour le P. Sirmond et tascheray de m’en pourveoir d’ailleurs pour ne laisser perdre l’occasion de le faire travailler sur quelque piece de cez belles reliques de ranticpiité cbrestienne. Je luy en escriray par le prochain. Cependant le libvre partira demain par un muletier Dieu aydant. Que si le Nonce bailloit aprez celuy qu’il avoit pour cela, il n’y aura pas grande perte, combien qu’il est mesbuy trop tard pour s’y attendre L
Vol. 718, fol. 1 yô.
GV
À MONSIEI K, MONSIEUR DE SAINÏ-SALLVELR DU PI Y,
À PARIS
Monsieur,
J'ay receu la voslre du 5“'' avec la cojipie de celle de M'" de Thon du 29“*' du passé, dont la seidle expression du lieu de la datte me consola si tort et me combla d’une telle joye (le voyant de retour si non chez luy au moings en pais clirestien, et moings barbare que celuy d’où il vient), que cela me servit grandement, jionr ne me rendre pas si sensible à la douleur de la nouvelle de sa blesseure ([ue j’y apprins en passant plus oultre, et ù celle du dezadvantage des allaires publi(|ues en cette frontière, dont j’ay bien esté mortifié et dont je n’avoys garde de me vanter, ne laisser voir la relation à persone qui vive U Si AP de la Fayette se fust trouvé icy, possible la luy eussé je monstrée, mais je n’ay osé m’en dessaisir. Nous avons tro]) de besoing de nous animer et encourager les uns les aultres et de bien esperer tousjours pour ne laisser rebuter le monde. Ce m’a bien esté de riieur d’avoir ignoré cette blesseure jusques à ce que nous ayons peu sçavoir qu’il en fust si bien remis, .le ne sçay s’il me sera permis de vous en demander le destail tout entier quand vous le sçaurez puisque des niaulx mesines on se peult resjouyr quand ils sont passez, à ce qu’on dict, et que c’est une nouvelle matière de consolation et de louange ù la divine providance; vous pourrez voir ce ([ue je luy escrijits.
‘ Ou conserve à l.n Bibliollièfjue nationale (voir Catalogue de l’Histoire de France, l. I, |). Goo) deux relations de ces événements publiées .à l’étranger : La fuite honteuse des armées française et suédoise, lesfiuelles avoient passé le Ithin sous la conduite du cardinal de la Valette et du duc bernard de Sa.re W cymar; ensemble l’abandonnemenl de la forteresse G ustnmsbourg , et
autres places importantes , ci-devant occupées par le roi de Suède, et finalement la défaite de l’infanterie française par le comte de Galas (i5-a8 septembre). Et La défaite de l’armée française sotis la conduite du cardinal de la Valette, au pays messin, avec la prise de dirneuf canons, huit cents chariots de bagages, et autres particularités des prospérités de l’Empereur en Allemagne septembre).
l']t la petite relation de l’Ægypte que j’y ay joiiicte, vous luy réserverez, je in’asseure, avec la précédante jusques à son retour, si ce n’est que vous luy veuilliez envoyer le tout ensemble s’il va en cour, et s’il ne revient bientost chez luy. Pour vostre commande, je vous manday par le dernier ordinaire que je ne m’estois peu tenir d’en toucher encore un mot assez pressant; il l'auldra voir le succez sans laisser les aultres voyes de M*' Valeran.
iAP Grottius est ])ar trop obligeant de me sçavoir si bon gré de si peu de chose qui ne gist pour encore qu’en simple bonne volonté; si je j)ouvoys obtenir ce qu’il desire b j’en seroys bien lier, mais il fault (pie le temps et la patiancc y opèrent plus que tout.
La jiremiere visite de AI’’ Saulmaise est bien longuette'^, s’il doibt retourner si tost. Ce petit sesjour chez les alliez me laict esperer ([u’il vouldra jirolFitter l’hyver^cn France, dont je suis bien aise.
Dans deux jours j’envoyeray le gros volume des h évangiles en Gophte ])ar un médecin de Boysgency sous l’addresse de mon l'i’ere qui le vous fera rendre, ])our le remettre à AP de Saulmaise lors ([u’il sera de retour à Paris, et si nostre Turc tarde trop de revenir de Alarseille, je pourray bien laisser là mon entreprise de faire achever de coppier le vocabulaire Gophte ou d’y mettre la version Arabique, car le texte Go])hte estoit achevé, de crainte de làire trop languir AP de Saumaise aprez si peu de chose. Pour AP' Baudier, ayant veu (pie la chose ne jiressoit plus tant et ayant trouvé mal coi-rectes les coppies qu’on m’avoit envoyées de cez Chartres, j’ay laict nouvelle instance pour en avoir des extraicts plus corrects s’il n’y a moyen de voir icy les originaulx dont on me donne quelque esperance, alin que si on les imjii'ime tout au long, comme (pielques pièces le pourroient mériter.
’ La comiimnicalion du uiaiiuscril de l'or- ])li\Te (tout il a été (jueslioii plus haut el dont Peii-esc reparle à la (in de la présente lettre.
Nous avons déjà tiouvé l’expression loiifjiict dans le tonie I, p. bjô.
■’ Au commencement du xvii' siècle, dit Littré, on employait activement le mot /n'o- Jllcr. Suivent deux exemples tirés de Balzac et de la traduction de Y Imilatioii , par Corneille.
AUX FHKRES DUPUY.
pour la garantie de la vérité de l’iiistoire, la preuve eu soit ])lus autenti(|ue et eu t'oruie plus vraysemblable ou probante. Au reste je vous remercie trez bumblement des vers à Ab Gaulmiu, et de la paraphrase de Procle \ que je suis eu doubte si je feray passer les moûts puis qu’elle vient de la main de Léo Allatius (jui est de la Cour Romaine de crainte (pi’il ne le praigne en mauvaise j)art de mov, comme si j’entreprenoys sur ce qui peult estre de sondebvoir, mesines n’ayant point d’habitude avec luy. Ab Naudé est fort de ses amys-; s’il estoit à Rome, je le luy adresserois volontiers pour le bailler audict Allatius qui n’en recevra possible j)as si tost ])ar aultre voye. Mais il est à Rieli avec son maistre^; cependant je l’envoyeray à Ab (iassend, en luy faisant voz recommandations. Combien que je ne pense |)as ([ue ce soit là de la matière <|ui soit trop de son goust. Si c’estoit sur les vrays libvres de Ptolemee de son Almageste, l’ouvraige en seroit bien d’aultre recommandation. Car oultre qu’il ne s’en est jamais faict de guieres bonne édition (quoy que ce soit possible un des ])lus admirables livres du monde), le labeur de Proclus n’y pourroit pas estre inutile, vu que c’estoit un per.sonage de si grande lecture \ ce (|ui me faict vous r’arnentevoir que si vous rencontrez ce volume par liazard en ([uebpie inventaire, vous m’obligerez l)ieu de le retenir ])our mon comj)te.
L’on se pourroit bien passer de celte édition de Pline, à cause de la
lions d’Allacci dans les Lettres inédites de Gabriel Naiidé à Peircsc (Paris, 1887, p. i5 et suiv.).
^ Avec le cardinal Bngni, évêque de Rieli, prélal dont Naudé élait le Ribliolliécaire.
* F. Hœfer, dans l’arlicle Pmclus de la Nouvelle biographie fréncrale, rappelle (pie la mémoire du philosophe élail prodijpeuse el (pi'à la science de la mélaphysique il joignail des connaissances élendues eu malhémalûpies el parliculii'uemeni eu aslrouomie.
' Procii Diadoclii Paraphrasis in Ptolemœi libros IV de sidennn affectionibus (Leyde, 1 1)35 , in-8“.) Allacci a donné là le texte grec avec une liaducliou laline.
* Rappelons que l.eo Allacci avait composé deux ans auparavant des vers grecs à la louange de son ami Naudé, qui venait d'être reçu docteur à Padoue ( aô mai 1 033) : latro-Laurea Gabrielis Naudæi Parisini Ifrœco carminé inaugurnta , latine reddita a Uartholoma’o Tortoletto et Joanne Argolo (Rome, iG33, in-fol.). Voir dix erses meu-
petitesse de la lettre \ Mais puis que nous sommes embarquez à tout cet assortiment de libvres en cette forme, il ne peult estre que bon de l’avoir, quand ce ne seroit que pour la dédicacé à M'’ Bignon^. Oultre que cela est bon à porter aux champs avec tout l’assortiment dans un colfret, pour y avoir recours quant il lault vérifier quelque passage. Car pour lisre de bout à aultre de tels autlieurs en ce caractère, il me serôit imjiossible. Je ne vous pourray pas à ce coup envoyer des relations comme l’aultre loys s’il n’en arrive dans demain, tout estant comme endormy, si ce n’est que noz trouppes ne cessent pas de manger et de fouller le peuple de la coste maritime quasi inutilement, tandis que nous n’avons ne pont ne bateaux qui nous puissent suffire au passage dans les isles de Lerins pour y aller combattre l’ennemy, qui nous tient tout aultant en allarme et en eschec comme s’il debvoit l'ondre sur la terre ferme, ainsin qu’il a faict sur les isles.
Vous n’avez que faire de jurer pour me faire à croire que vous estes accablé de lettres et que vous seriez bien digne d’excuse si vous vous en vouliez dispenser; il m’est assez aisé d’en juger, m’en ti'ouvant surchargé plus souvent que je ne vouldroys en sorte que je ne sçay quasi pas où donner de la teste, ne qui clioixsir, aussy en demeure fil assez souvent en arriéré plus que je ne vouldroys par une pure impuissance qui me force au silence, m’asseurant que vous laictes mes excuses et les compliments qui se peuvent faire chez vous comme je vous en siq)plie, à touts ceulx qui y abordent et (lui s’y pourroient plaindre de mon incivilité. Car je suis trop petit conq)agnoii pour avoir les secrétaires (pfil fauldroit pour y satisfaire à touts, et trop iidirme pour y pouvoir suffire nioy seul. Je confie tout en leur desbonnaireté qu’ils ne laisront pas de me pardonner, et vous supplie Irez humblement aussy de le faire pour ce qui vous concerne de mon debvoir qui demeure sans elfect, puis <pie vous sçavez que
‘ C. Plinii Sccuiidi Ilistoriœ nalumUs libri XXXVII (Loyde, Elzevier, i(j35, 3 volumes pelil iii-12). Voir sur cette édition une longue et intéressante note de
M. A. Willenis [Les Elzevier, p. loti).
^ La dédicace à Jérôme Bignon est de Jean de Laet, qui avait été chargé de revoir le texte de Pline.
[1635] AUX KHKUKS DUPUV. 391
ce n’cst pas de volonté que je les commets et que je suis de si bou coeur,
Monsieur,
vostre trez humble et trez ol)eissaut serviteur, DE Peiuesc.
\ Aix, ce i5 oclohre i635.
L’on nous veult vendre icy le volume iii A" du Parnasse royal ' (S libvres, qui est une cherté plus qu’Espa{piole; s’ils sont aussy chers de par delà à proportion, il l’auldra se laisser rançonner; si non il vauidra mieux eu faire venir au luoiugs un exemplaire, s’il vous plaict.
.l’envoye le volume des U evangelistes en Gophte et Arabe par le sieur Garcin de Boysgency, pour le remettre quand vous vouldrez à M"" de Saulmaise ou bien à M’’ Grottius, taudis que AP de Saulmaise a d’aultres occupations plus pressantes attendant son retour en Hollande. Ce qu’ils y trouveront aux préfacés de cbascun Evangéliste n’est pas trop diflerant, pour cez époques dont je vous parloys, de ce que kirstenius^ en a faict imprimer en un petit in fol. qu’il a extraict d’un manuscrit Arabe des vies ex professo des h evangelistes^. Si M"" Grottius trouvoit bon de m’envoyer quelque passage particulier de ceux qui sont alléguez par S‘ Augustin ou aultres de ce traicté de Porphyre. [)rincipalement si quelqu’un en avoit rapporté les paroles expresses du texte Grec, ce nous seroit un prétexté bien coloré et bien spécieux
' Le Parnasse royal , où les immorlelles actions du très ch res tien et très victorieux moHai-f(ue Louis XIII sont publiées par les plus célèbres esprits du temps (Paris, Sébastien Cramoisy, 1 634 , deux parties en un volume in-4°). La seconde partie renferme les pièces latines sous le titre de Palmœregiœ. L’éditeur de ce recueil fut F. Le Metel de Boisrobert, le(piel y lit entrer plusieurs poésies de sa composition.
* Pierre kirsten nacpiit à Breslau en décembre 1677 et mourut en i64o à Upsal, étant professeur de l’université de cette ville et premier médecin de la i-eine Cbristine. V'^oii- sur cet orientaliste le Dictionnaire de Bayle et les Mémoires de Xiceron (t. XL).
^ Vilfp quatuor Evangelistarum , ex anliquissimo codice mss. erutw (Breslau , 1 liop , in-fol.}.
LETTRES DE PEIRESG
pour le faire collationner sur l’exemplaire de la Bibliothèque de Laurens b
J’eusse bien volontiers escript au bon P. Mercene si j’eusse peu, mais aussy bien l’ordinaire de Rome que j’attends demain nous pourra fournir de meilleur entretien pour luy
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY DE SAINT-SAULVEUR
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu vostre despesclie du xiG‘“‘= avec tout ce dont elle estoit accompa(piée et dont je vous remercie trez bumblernent mesmes de cette belle harangue de Skytte®, qui ineritoit bien d’estre jointe à ce que Heinsius'‘ et autres avoient faict sur le mesme subject. J’ay admiré le bonlieui' de la favorable blesseure de M‘' de Thou, dont j’avoys tousjours aprehendé l’evenement, dez que je le vis embarqué à ce voyage, et crains bien que la suitte de sa commission ne le puisse pas ernpesclier de s’y porter d’aultres foys plus avant qu’il ne seroit à désirer. Je luy suis trop redevable de l’honneur de son souvenir et n’est nullement de besoing qu’il se donne la peine de m’escrire ne de me taire escrire. Nous n’avons rien icy maintenant qui mérité de l’entretenir. Les xii galeres (|ui avoient porté en Vay les 3,ooo hommes de reste de t’armée navale, pour le Milanoys, chargèrent à leur retour pi’ez de Savone ([uantité de hrhjues dont ils disent faire des murs de 3o pieds d espoisseur dans les isles. On a prins en veue de Marseille
* La bibliothèque Ijaiireiilienue, à Florence.
Vol. 718, fol. 198.
^ Benedictt SIcfjtle oralio, m excessuin Gustjvi Mdfrjii (lÆyde, Elzevier, iii-fol.). Celte oraison liinèbro de Gustave- Adolphe lut
publiée par les soins de Z. Boxhornius.
^ Rappelons que Daniel Ileinsius avait été, en 1618, nommé par Gustave-Adolphe historiographe de Suède. On possède de lui un recueil de harangues souvent réimjirimé [Oraliones, Leyde, 1 6i5, 1Ü20 , 1 627, etc.).
AUX FUKUES DUPUY.
une felouque d’Espajjne chargée de pacquets j)Oiir le Mai([uis de Croix, l’Ambassadeur d’Espagne à borne, le cardinal Zap])ala ' et plusieurs aultres ministres d’Espagne et persones j)articulieres où. possible l’on a|)prendra ([uelque chose de plus de leurs desseins. Nous sommes tousjours attendants les ordres de l’armement naval, et je pense (|u’à cez heures on doibt travailler au jugement des cap|)itaines qui ont rendu les isles de Lerins avec si peu de résistance, ({ue le boy a renvoyez au conseil de guerre. S’il arrive aultre chose de pins avant le parteinent du courrier, je vous en feray part. Cependant vous verrez aussy ce (ju’on escript de Genes. .l’ay veu voz lettres de borne, et en ay depuis receu une de la part de Dom du Puy vostre Irere du i f) septembre que je vous envoyeray aprez avoir respondu. N’ayant pas receu de lettre du cardinal barberin, je pense qu’il fault meshuy laisser gouverner AE V aleran et laisser faire au temps, pour meurir l’apposluine L’on m’a envoyé le dessein du heaulme de bronze trouvé dans le lac de Perouse® assez prez du bord et du lieu de la célébré bataille de Trasimene Mais je n’en suis pas trop bien édifié, et ay demandé le dessein d’un aultre aspect par le creux et le mesurage de la contenance, craignant que ce ne soit un vase, plus tost qu’une celade'" à mettre en teste. Et ne manqueray pas d’en faire part à M'’ de,Saulmaise et d’une aultre espée de fer, trouvée ù troys ou quattre lieiies d’icy assez prez des mazures des trophées de Marius®. Ayant esté bien
‘ Antoine Zapata, né à Madrid, fut archevêque de Burgos, vice-roi do Naples, ministre d’Etat, etc. Il fut nommé cardinal en i6o4 et mourut plus qu’octogénaire le â3 avril i638. Président du collège de l’Inquisition, il procura un nouvel Index Itbro- 1-um prohibilorum et expurgandorum (i53i). On lui doit aussi un traité : De obligalione conscientix.
* Cette locution n’est indûjuée ni dans le Dictionmire de Trévoux, ni dans le Dictionmire de Littré.
^ Le lac Trasimène des anciens, à l’ouest
in.
(le la ville de Pérouse, à i36 kilomètres de Rome.
* Victoire remportée par Annibal sur le consul Flaminius, l’an (217 avant l’èreclirélienne.
‘ Du mot italien celata qui signifie casque , armet. Oudin donne la forme celade; d'Aubigné, Montaigne et presque tous les écrivains du xvi' siècle écrivent salade. Littré indique dans La Bruyère l’emploi de 1 expression salade en tête.
^ Ce fut en l’an 10a avant l'cre cbrétienneque le consul Marins tailla en pièces,
IMPRIHCKIC «Art09«i>.
aise de son retour de Grigny ^ en bonne santé et encores plus d’apprendre qu’il s’arreste quelque temps avant que passer plus oultre.
Vous ne tarderez pas de recevoir le gros volume des Ix évangiles en Gophte. Et l’exemplaire de la Roma Sotterranea que j’envoye au R. P. Sirmond, à qui je vous supplie de le vouloir faire délivrer incontinant, et s’il faisoit des ceremonies, luy dire qu’il n’aye pas de regret de moy, que je n’en demeureray pas despourveu long temps, y ayant mis bon ordre. M*’ vostre frere m’escripi qu’il est en peine du fagot qu’il vous a envoyé où il y en a quelques exemplaires, et me mande l’adresse de Livonie, mais non celle de Marseille, sur laquelle j’en eusse faict faire perquisition.
Je pensoys qu’on vous eut envoyé de Rome un rolle de livres à chercher dans Paris, dont vous auriez la coppie à la main, et cotté ceux que vous auriez trouvez ou qui vous manqueroient, pour ne me rencontrer à luy en envoyer de mesmes. Mais puisque vous n’en avez retenu aulcun mémoire, il s’en fauldra passer. J’ay faict voz recommandations à M‘‘ de la Fayette comme je feray à M’’ Gassend. Et demeure du bon du cœur.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresg.
A Aix, ce 23 octobre i635.
Quand le grand libvre de la Roma Sotterranea sera arrivé, vous le pourrez envoyer au R. P. Sirmond avec la lettre cy joincte^
auprès AAquœ Sexüœ , les Teutons qui allaient envahir ITtalie.
‘ Aujourd’hui commune du département de Seine-et-Oise, arrondissement de Gorbeil, canton de Longjumeau, à 29 kilomètres de Versailles. Voir une note sur cette
maison de campagne du heau-père de Saiimaise, Josias Mercier, sieur des Bordes, dans le fascicule V des Correspondants de Peiresc (Dijon, 1882), p. lu.
’ Vol. 718, fol. 200.
AUX FRKKKS DÜPUY.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAÜLVEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu vostre despesclie du 19"" avec le volume de Pline \ les vers de Graminon^ et les aullres belles pièces et advis de bon lieu que vous avez accoustumé d’y joindre de vostre <![race,dont je vous suis infiniment redevable et bien bonleux du peu de correspondance et de revanche que vous en avez de nous. 11 y avoit une grande lettre de ,M‘’ de Saulmaize que je n’ay encores peu lire à mon grand regret. Avant eu des plus fascheux divertissements domestiques qui se pouvoient avoir tandis (|ue j’estois alicté de mes infirmitez ordinaires et de l’inquietude d’esprit que me causoient certains mauvais conseils que les ennemis de nostre maison ont pratiquez pour la troubler, desbaucliants res|)rit de mon neveu de Pians du respect et des redevances qu’il devoit à son pere et à son oncle, (jui m’ont obligé de recourir au remede de la mercuriale^ à faulte d’aultres plus doulx\ en quoy j’apprebende tant le sentiment de la douleur (pi’en pourra avoir son pere. Monsieur mon frere de \alavez, que je ne sçay comme luy en pouvoir mander la nouvelle pour prévenir son aflliction, vous suppliant et Monsieur du Puy vostre Irere de vouloir prendre la peine de m’ayder à le consoler et l’asseurer (jue pour mon regard il n’aye regret quelconque.
‘ l.’édilioii elzé\ irieiine meutionnée plu.s haut.
* Du Provençal Scipion de Grammont, dont la muse facile était toujours prête à célébrer, à propos de chaque heureux événement, la gloire du roi et du cardinal de Hichelieu.
’ Au sujet du mot mercuriale employé comme synonyme de réprimande, Littré ne cite que des écrivains postérieurs à Feiresc,
Boursault, Saint-Simon, J. -J. Rousseau.
* Les plainles de Peirese contre son ingrat et Indigne neveu se retrouvent, à partir de la date de la présente lettre, dans presque toute sa correspondance avec ses divers amis. On peut dire que les mauvais procédés du futur marquis de Rians empoisonnèrent les deux dernières années de la vie de celui qui avait été le meilleur des oncles, comme le meilleur des frères.
d’aiitaiit que je me suis confirmé plus que jamais eu la constance et résolution de vouloir tout ce qu’il plairra à Dieu en ordonner et d’y l'aire genereusement tout ce qui pourra estre loisible et honneste pour tirer la raison de noz ennemis du mespris et du tort qu’ils m’ont voulu l'aire auxquels j’en sçay tout le mauvais gré plustost qu’à mon dict neveu duquel ils se sont servys comme de la patte du chat ^ ainsy que bien on le luy faira cognoistre quelque jour, vous suppliant de ne point envoyer mes lettres à mon dict frere que de vostre part il n’y ayt (piehpi’un qui puisse agir pour la consolation dont il aura à faire, et de m’excuser envers M'" de Saulmaize, M*’ Baudier et aultres amys si je suis contrainct de difl'erer à leur respondre comme je les en supplie le ])lus humblement que je peux. Et vous. Monsieur, si je ne satisfais au surplus de vostre lettre et particulièrement à l’article concernant vostre commande^, sur quoy j’ay receu une vieille despeclie du i d’aoust (pii s’estoit esgarée en Avignon, par laquelle le cardinal Barberin rendoit un compte fort particulier des ditlicultez qui s’y estoient rencontrées, et m’envoye le billet original que luy eu avoit escript le dattaire, mais par ce (|u’il me fault escrire Dieu aydant cette semaine par l’ordinaire d’Avignon vous agreerez, s’il vousplaist, que je dilfere au premier jour de vous en rendre compte, vous asseurant que je n’y gasteray rien si je puis par cette despeclie Dieu aydant ; sur quoy, en vous siq)jiliant d’excuser la liberté (|ue j’ay prise de verser dans vostre sein et
' (lelle patte du chat que La Fontaine, Irenle-six ans plus lard, décrivait si bien dans sa délicieuse fable tant admirée par M'“' de Sévifriié {Le Singe et le Chat) :
. . . Iiaton , avec sa patte D’une manière délicate,
Écarte un peu les cendres. . .
Voir dans la notice qui précède cette fable (édition de M. Henri Régnier, dans la Collection des Grands écrivains de la France, I. 11, i88A, p. Mii-!ih-2) d’abondantes
indications sur les auteurs qui, avant La Fontaine, ont raconté l’iiistoriette du singe tirant les marrons du feu à l’aide de la patte du chat.
^ C’est l'éternelle alfaire de la cotnmende attendue de Rome et qui n’en arriva jamais. Les dernières années de la vie de Peiresc en furent désolées , et il reviendra souvent encore sur un sujet qui lui tenait à cœur et dont, malgré sa douceur et sa patience, il parle plus loin avec une grande amertume.
[1635] AUX FRKRES DUPUY.
vous donner notice de noz desplaisirs domestiques, je fniiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez ol)eissant serviteur. DE Peiresc.
A Aix, ce 3o octobre i635.
Mon frere sçaura les adresses du sieur Berger
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SVULVEUR DU PUV,
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu avec vos desjiesches du 2 G'”® du passé les deux volumes restants du Pline d’Elzevir, dont je vous remercie trez humblement et de tant d’aultres bonnes curiasités et galanteries dont vous avez de coustume d’accompagner voz lettres, vous estant infiniment redevable de tant de bienfaictz accumulez journellement les uns sur les aultres. Et bien confus de vostre jierseverance nonobstant que de nostre part vous ne receviez correspondance qui vaille, et ({ue je soys si malheureux que mon intervention mesme vous nuise au lieu de vous servir, tesmoing l’affaire de vostre commande qui seroit infailliblement passée d’abord pour un ])ot de vin de 5o escns à un vallet de chambre, si jamais on n’y eusse fait prendre garde de vostre nom et du mieu. Et quoy qu’on puisse faire pour tout au contraii*e, j’ay cette lerme espérance que vous en viendrez à bout, vueilleut-ils ou non, avec un peu plus de temps et de patiance. Vous verrez ce que m’en escrivoit le cardinal Barberin par une vieille despesche du aoust cpii possible a esté postdattée pour prévenir les inslances (pie je luy avois
Vol. 718, fol. ‘2o5.
faictes en termes si pressants comme vous avez veu par la copie. Car je ne l’ay receiie que conjoinctement avec d’aultres siennes lettres du h aoust et du G octobre, en ayan treceu de Son Eminence deux aultres du moys d’aoust, du 12 et du 26, qui n’accusoient poinct celles là du premier et à®. Je vous renvoyé au dataire dont il m’envoye le billet original pour sa descbarge, de quoy à vous dire la vérité j’ay esté bien fascbé d’une part, puisque vous desiriez et aviez quelque interest apparent que je ne luy en parlasse plus. Ce que je ne puis observer j)our ce coup à cause que cez despesebes sont passées par les mains des oITiciers d’Avignon, qui me les ont faict consigner en main propre par gents de leur cognoisçance, de sorte que je ne pouvois desadvouer les avoir receües ne consequamment obmettre des compliments particuliers de cette laveur extraordinaire dont il a usé en mon endroict de cbercher tant d’excuses et de desebarges et de me commander de les vous faire de sa part. Vous verrez en quels termes je luy ay respondu, ayant mon esprit bien diverty ailleurs d’assez fasebeuses rencontres domestiques, dont je vous touebay un mot par le dernier ordinaire, m’asseurant que vous excuseriez ma foiblesse comme je vous en supplie et conjure trez humblement, et vous asseurant aiissy (jue dezhormais je ne luy en parleray plus du tout s’il ne m’y engage bien fortement par ses repbàpies, ce que je n’attends plus, ou par la resolution de la faire expedier, que je ne pense pas qu’il puisse empescher, et lors ils en vouldront faire quattre plats à leur mode b ce que je leur pardonneroys bien plus volontiers que le reste et n’espargneroYS pas les remerciments qui y pourroient escheoir.
Je suis bien aise que Ab de Saulmaise ayt receu l’EbeidDitar et me tardera d’apprendre de luy s’il y trouve mieux son compte qu’en l’abrégé qu’il en avoit devant. Je ne sçauroys encores luy respondre à la grande lettre qu’il luy a pieu nVescrire, où il nous a bien esclaircy des choses tout à faict incogneües sur la matière de la milice romaine
' On lil dans le Dictionnaire de Liltré : e Faire trois plats , s’est dit pour faire beaucoup de bruit au sujet de quelque chose : Ils en vinrent faire trois plats au roi [Mémoires de Bassompierre). -n
qu’il prend d’un biaiz excellent U Puis qu’il dilî'ere son voyage de Bourgogne, si je ne trouve de prompte commodité d’aniy pour luy faire tenir l’échelle des Coplites, je la luy envoyeray par le courrier ordinaire si le pacquet n’en est trop gros% car je me suis lassé des longueurs de nostre Turc^ qui en avoit entreprins la coppie de la version Arabique, et envoyeray par aultre voye la coppie du texte Copbte dont il se pourra peult estre servir pour les imprimeurs et pour en espargner d’aultant l’original. Car il ne luy mamjuera pas là de coppiste Arabe à mon advis, s’il l’y vouloit faire adjouster chez lui soit par le jeune homme Hazand ou par aultre, sinon il en disposera comrn’il luy plairra et de tout ce qui sera en mon pouvoir; vous l’en pouvez asseurer de ma part quand vous le verrez, et qu’il n’espargne pas mes livres ne ma persone en rien qui en puisse dépendre,
J’ay escript à Rome pour le recouvrement de l’original du livret de la musique, d’apprehension que la coppie qu’il a eue ne soit faultifve, car j’ay advis qu’il y a desja esté traduict, et luy envoyeray par le premier un aultre volume- que j’ay sur cette matière dans lequel il y a quelques opuscules, mais je ne sçay s’ils seront aultant de son goust comme je le desireroys. 11 y a bien du Persan parmy, et si la traduction en estoit bien faicte, possible que le bon P. Mercene en feroit mieulx son prollit que d’aultres persones qui y cherchent des notices plus relevées.
J’avoys attendu le succès de la version de celuy que j’ay envoyé à Home au sieur Doni avant que d’y advanturer celuy cy et c’est la vérité que la mer qu’il falloit passer pour les envoyer en Hollande, et ce
‘ Voir dans le fascicule' V des Correspondants de Peiresc la lettre de Sauinaise écrite de Leyde, le i" juin i635 (p. 32-34),
’ Saumaise écrivait à Peiresc (de Gri- [jny, le 7 novembre i635) : ff J’attends aussi avec impatience le Nouveau Testament Goplite, ne doutant point que cette version ne soit plus ancienne (jue pas une que nous ayons es autres langues orientales, et pai'
conséquent la meilleure.») (L. cit., p. 38.)
^ Ce Turc est mentionné dans la lettre de Saumaise qui vient d’étre citée : rf Je n’oserois vous importuner davantage de vostre grammaire et dictionnaire Copbte. J attendrai (jue vous l’ayez fait transcrire par vostre Turc.)» (P. 39.)
* Lecture douteuse. Peut-être faut-il lire Ilazaed ou Hazaid.
lp:ttres de peiresc
voicturier qui s’estoit laissé desvaliser de Paris en ce pais là, me donnoient un peu d’ombrage. Mais à cette heure que M'' de Saulmaise est de ça l’eau, il y aura nioings de regret de luy lascher cez curiositez. J’av mesmes eu un volume de philosophie en Arabe qui avoit appartenu à un homme grandement renommé pour sa rare doctrine ])army cez gents là, et un petit volume d’astronomie tout en Persan dont possible les plus curieux et plus exactes en cette sorte d’estude feroient bien quelque prollit, mais je ne sçay si la traduction en est si aisée que du reste, ne s’il en vault la peine. Car il n’y a quelquefoys en cez ouvraiges que des ternies de l’art bien simples et où il n’y a pas grand acquest. Nous attendrons en bonne dévotion la responce de M*' Grotius pour le manuscrit qu’il desire, et la nouvelle de l’arrivée de M’’ Rigault, dont je commençois bien d’avoir du regret parmy tant de tintamarre.
.Te n’avois rien apprins de l’accident de M*’ Godefroy, et veulx croire qu’il en relevera Dieu aydant, quoy que tels accidants d’apoplexie soient cappables de frap])er de grands coups b Plusieurs y ayants trouvé du remede quand la violance du mal n’est pas trop grande à la première attaque et degenerent en paralisies qui ne sont pas si diffîciles à guarir, comme je l’ay esprouvé. Ce seroit une bien grande et notable perte pour les bonnes lettres et pour le droict plus délicat^. H fauldra attendre le livre de M*' de Amand Ti istan pour y prendre les agréables divertissements qu’il peult fournir^. Cependant je ne laisray pas de le remercier si je peus par cet ordinaire ou par le prochain, et faiddra bien que j’en aye un aultre exemplaire pour le cardinal Barberin s’il est possible. Vous remerciant trez bumbleinent du soing que vous avez prins de me faire tenir et ce livre et ceulx de M"" Bosquet avec les négociations de de Fresnes Ganaye et le Imcian
’ Theoflore Godefroy n’avait que cinquanle-cinq ans an moment où il éprouva l’accident dont Peiresc parle ici avec tant de sympathie.
^ Le savant, objet d’un aussi grand
éloge, devait vivre encore près de quinze années (jusqu’au 3 octobre iGàq).
^ Commentaires contenant l’histoire générale des empereurs, impératrices, etc. de lEmpire romain (iG35, in-fol.).
Ai:x F K KH ES DU PL Y.
dont je plains bien la peine que vous a donné la recherche d’iceluy. Si les sieurs Moreaux ne faisoient si lost balle, possible (jue les sieurs Blancs noz voisins en feront plus tost, et leur correspondance esl en la rue Aubry le Boucher, à l’enseiipie de Canibray. Sur quoy estant meshuy au bout de ma feuille, je doibs bien estre au bout de mes importunitez et les finir pour vous renouveller les vœux de mon trez humble service en qualité,
Monsieur, de
voslre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 5 novembre i635.
.AB de Mantoüe a faict exploicter son évocation contre M"" du Coudray^ qui en fut fort surprins et s’en mit au lict. Il se resoult de s’en retourner dans huict ou dix jours, mais je crains qu’il n’aille bien lentement et qu’il ne s’arreste chez luy en passant par la Bourgogne. C’est pourquoy je ne l’oseroys charger de cez livres que M‘‘ de Saulmaise attend si impatiamment; bien luy bailleray je un petit fagot de M*" Naudé pour M*” Moreau où il y a un libvre in-A" pour vous contre Ery. Puteanus^. J’estime que le temps qu’il demandoit pour se resouldre estoit pour voir le bout de son procez principalement aultant que pour aultre inspiration. Et qu’il se promettoit que soubs l’esperance de luy donner cet employ, l’on le choyeroit un peu plus pour luy laisser terminer cette alfaire. Et possible ne prestoit-il l’oreille à cela qu’à ce dessaing plus tost que pour tout aultre. Bien crois je asseurement que s’il n’estoit marié, ses inclinaisons le porteroient foi't à cette entreprinse. Mais il est bien difficile que des dames de cette sorte se
' S’agit-il là du marquis du Goudray- Monlpensier, Henri d’Escoubleau , maréchal des camps et armées du roi, puis lieutenant général?
’ Sans doute Y Anti-Puleanus de Gaspaixl Baërle, satire violente contre l’auttiir de l’ouvrage intitulé : Belli et pacis statera
(Louvain, i633, in-A"). Faquot nous apprend que peu après le libelle reparut accompagné de deux outres libelles sous ce titre : Eryci Puteani statera Belli et Pacis, cum stateris altis eam expendentibus nec non judiciis clarorum vironun tn Batavia.
lATtOIALI.
puissent resouldre à de tels voyages. Gelle-cy est pourtant bien courageuse et d’une curiosité nornpareille qui pourroit bien la flatter et charnier, et si l’on luy donne quelque contentement en vuidant le compromis de son procez, ce seroit un grand acheminement au reste. M*' de Saulmaise m’escript qu’il vous remettra l’Erasmus Oricius de la musique ancienne qu’il m’a faict transcrire. Je vouldrois bien, si ne l’avez dezagreable, que le bon P. Mercene y peult jetter les ieulx en passant, et aprez avoir le volume ce plus tost que mon frere me le pourra faire tenir pour l’envoyer à Home à M"" Dony à qui il est destiné et qui n’attend que cela pour publier ce qu’il a sur ce subjectb
GIX
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR
À PARIS
(A vous seul, s’il vous plaict.)
Monsieur,
Un gentilhomme de cette ville qui est à Monsieur nommé d’Assane, qui s’en va assez diligemment et part demain, s’est offert d’emporter le volume Cophte et d’en avoir grand soing. Je l’enfermeray dans celuy que vous envoyoit AP Naudé, pour le mieux conserver, et cela sera cause que je deschargeray d’aultant la despescbe de l’ordinaire par qui je pensoys vous envoyer l’un ou l’aultre, et à la place d’iceulx je vous envoyé le petit volume des vers du pape, de la dernière édition de Rome car l’erninentissime cardinal Barberin m’en a envoyé deux exemplaires de mesme relieure, m’asseurant que vous ne serez pas marry de le tenir sur vostre table, tandis qu’il sera encores Iraiz et recent, et de luy i*endre aux occasions qui s’en pourront présenter
‘ Vol. 718, fol. 202.
^ Les poésies d’Urbain VIII qui avaient déjà été publiées sous le titre de Poemala d’abord à Bologne (1629, in-8°), ensuite
à Rome (i63i , in-4°) et qui devaient être si souvent réimprimées, notamment à Rome (i636), à Paris (16^2, in-foi.) et J» Oxford (1726, in-4°).
[1635] AUX FHÈKES DUPL'V.
quelques petits doges d’honneur tels qui y peuvent escheoir, en sorte que cela puisse servir à voz affaires, et que le vent en aille jusques h riiostel de Cluny'. Je ne trouve pas certainement que le caractère romain reuscisse si bien à mon gré pour les vers comme l’italique, mais il ne se fault pas arrester à cela, et je vous conseille de j)roffitter l’occasion au mieux que vous pourrez et pour cause, car il avoil couru quelque mauvais bruict du mespris qui se faisoit en vostre academie de cette poesie, et Dieu sçait si ce n’est pas de là que vous est venue une si longue tyrannie en l’expedition de vostre affaire, car vous sçavez comme cez injures sont à cœur aux autheurs^. Je n’en suis pas asseuré, mais j’en ay bien quelque équivalant, et fault taseber de guérir la picqueure ])ar le poil mesme de la beste®, s’il est possible. Vous sçaurez bien mesnager cela à mon advis avec la discrétion et gentillezze qui peult escheoir, et toutes les honnestetez qui y peuvent estre tollerables. Mais que cela soit s’il vous plaict entre vous et moy. Des saincts quasi comme des dieux toute sorte de reliques sont venerables et ce culte ne passe pas si facilement en interprétation sinistre d’une flatterie, le temps courant exceptant ceux qui gouvernent et de qui il nous faut despendre. Pardonnez moy cette liberté, je vous supplie. Monsieur, comme à
vostre trez bumble et trez obéissant serviteur,
A Aix, ce 6 novembre i635*.
' Hôtel où résidait le nonce du pape.
’ Allusion discrète au g-enus irritabilc vatutn.
’ Le Dictionnaire de Littré indique une locution un peu difierente : reprendre du
poil de la bête, cheicber son remède dans la chose même qui a causé le mal , et cite cette phrase de Bussy -Rabutin : Il fera bien de reprendre du poil de la bête.
* Vol. 718, fol. ao6.
LETTRES DE PEIRESG
GX
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR
À PARIS
Monsieur,
J’eus liier au soir, eu faisant fermer la depesche de l’ordinaire, tant de choses à mander à mon frere que j’oubliay de vous faire envoyer la lettre du cardinal Barberin du premier aoust, dont je vous avois faict mention par la lettre que je vous avois escripte le jour precedent et oubliay d’y faire joindre aussy un petit extraict de quelques articles de deux aultres lettres de son Eminence concernant l’Apulée du gentilbonime anglois^ qui s’est bien rencontré de son goust, et le livre des tragédies de M*" Grotius^, pour raison duquel vous verrez que j’ay exécuté bien à soubaict ce qu’il avoit désiré pour ce regard pour reparer la faillie que j’avois trop jirecipitamment faicte lorsque je feis passer les monts au premier exemplaire que j’euz des premières tragédies tout eu blanc et tout entiei- comme je venois de le i-ecevoir sans en avoir retranché les sylves et aultres petitz poemes, que je retrancbay selon vostre désir du second exemplaire que j’euz de vostre part et leis i-elier fort proprement en marroquin de Levant les tragédies toutes seules sur la réception desquelles le Cardinal m’escript ce que vous aurez veu au dict extraict, ayant faict rendre le premier exemplaire en blanc à M*" Bouchard de qui je ii’ay pas encore advis de ce ([u’il en aura laict, car je l’avois prié d’en retrancher pareillement les sylves et d’envoyer les tragédies seulles au cardinal Bagny, lequel je sçay asseui'ement jirendre un plaisir fort particulier de lisre les pièces de Monsieur Grotius à qui je vous supplie de faire mes trez humbles
G(î gcnlillioiiiine anglais elail i'iiuma- ’ Grolii tragœdiœ Sophompaneas ,
iiislc Jean Price dont il a ete déjà plusieurs et Clwistus paliens , et sacri argumeitti alla
fois (juesüou en celle correspondance el cpie (Amsterdam, i6.35 , in-A"). nous rclronverons encore nn peu pins loin.
[1635] AUX FRÈRES DUPÜY. Aü5
salutations, attendant quelque passaige de son Porphyre et demeurant toujours,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 8 novembre t635.
La présenté accompagnera vostre Micalori avec l’eschelle et crois bien que vous la recevrez plus tost par M" d’Assane que les lettres du suyvant ordinaire h
GXI
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY DE SAINÏ-SAULVEUR
À PARIS
Monsieur,
Avec vostre despesche du j’ay receu le traicté du 8 febvricroù j’ay bien admiré le train des choses du monde, et combien on se trouve loing de son compte quand on compte sans l’hoste, et qu’on joiie un si estrange jeu. Je verroys volontiers une charte^ de touts les Pais bas, et qu’on y eusse laict trasser de quelque couleur visible cl dilïerante de l’imprimerie les bornes et limites ou la ligne de ce grand partage. Vous verrez au contraire comme l’on accoustre ceulx qui ont ourdy cez toilles, et les couleurs qu’on veult donner aux pillules qu’on vouldroit faire avaller*. Vous verrez encore comme l’on desebire ce
' Vol. 718, fol. 207.
' Le fameux traité de la France avec la Hollande pour la conquête et le portage des Pays-Bas espagnols.
* Carte géographique. Peiresc écrit le mot comme au siècle précédent l’écrivait Montaigne.
* Littns au sujet de l’expr ssion : avaler
la pilule, indi([ue seulement des écrivains postérieurs, Thomas Corneille, Begnard, Lesage, Saint-Simon. Quant à l’expression: donner des couleurs au.r pilules, Littré ne la connaît pas et ne mentionne que rex[)ression à peu près semblable : dorer la pilule, avec exemples empruntés h Tb. Corneille, à Molière, à Saint-Simon.
jeune petit prince qui s’est mis en campagne contre eulx. Et par occasion pourrez voir aussy la coppie d’un eloge [)Our le Cardinal Duc que l’on a desrobbée du coppiste qui mettoit au net l’bistoire de Gapriala ^ lequel l’on tient estre assez galant homme et assez franc et de bonne foy. En elfect en la bouche des gents de cette sorte parmy les estrangers, les louanges ne peuvent estre que fort bien prinses d’un chascun. Vous me ferez faveur de m’en dire vostre advis à vostre commodité, et si rencontriez à propos M*" du Ghastelet^ je serois bien aise d’en apprendre ses sentiments. Quant au traicté de Saxe, retenez le hardiment et originellement, je le vous donne de trez bon cœur et vouldroys bien avoir chose plus digne de vostre curiosité. Il meritoit bien d’estre inséré dans les volumes de M'' de Lomenie, et consequament d’estre transcript de la forme et grandeur du reste. Et je pense que le libvret espagnol y debvroit bien estre aussy quoy que sans datte, à cause de l'induction qu’il y a des précédants traictez et de celuy qui s’en peult ensuyvre, comme je ne doubte pas qu’il n’y aye mis la déclaration du roy vérifiée en ses parlements sur l’ouverture de la guerre. Mais je ne sçay s’il fauldra confier cette transcription à des gents qui la peussent monslrer à d’aultres, ou en retenir coppie pour la faire courir, ce que je ne vouldroys pour rien du monde; c’est pourquoy il y fauldra, s’il vous plaict, aller avec grande reserve et ne la pas monstrer aussy qu’à des amys bien prudents, et qui se sçaicbent contenir de se vanter de l’avoir veu, jusques à ce que les supérieurs en veuillent divulguer eux mesmes ce que bon leur semblera avec le contre-poison, qui ne sera pas difficile d’y estre suppléé.
Le journal de Henry IIP est tout trouvé et tout prest à envoyer
' L’ouvrage complet du jurisconsultehistorien Capriata (natif de Gênes, mort vers t66o) allait paraître quelques années plus tard sous ce titre : Dell’ istoria dt Pietro Giov. Capriata libri XII contenenli t movimenti d’arme successi in Italia dal i6i3 al i633 (Gênes, i638). Les deux premiers livres (iGi, 3-1 618) avaient paru en 1626.
Voir sur Capriata un curieux article du Dictionnaire critique de Bayle.
* Paul Hay, sieur du Chastelet.
^ R ne peut être question du journal du règne de Henri III, par Pierre de l’Esloile, car ce journal avait été publié quelques années auparavant par Jacques Dupuy sous ce titre : Journal des choses mémorables ad-
[10:^5] AUX FUÈRUS DUPUV. /.ü7
par la première commodité asseurée; si j’eusse receu le hillet un peu plus tost, il seroit en cliemiii, mais je ne pense pas que nous tardions beaucoup d’en avoir d’aultres commodité/ o|)portuues Dieu aydant.
Je me resjouys infiniment de l’heureux retour de VD Hifrault chez luy et le félicité de tout mon cœur du recouvrement de la douceur de vostre bonne compagnie et de celle de ses muses, et prie à Dieu qu’il en jouysse selon ses souhaicts. Et que toutes choses soient si tranquilles aux lieux d’où il vient qu’il n’y aye rien à regretter quand il y fauldra retourner, A ce que je puis voir, les blessures de ISEde Thon estoient plus grandes que n’avions creu. Je loue Dieu qu’il en guarisse corn’ il faict et le prie de tout mon cœur de le remettre au mesme estât sain et saulve. Mais s’il se doibt donner de bataille en cette conjoncture, je vouldroys bien que ses blessures ne fussent pas guaries, que l’occasion n’en fusse passée, de crainte que son coiu'age ne l’emporte plus avant qu’il ne fauldroit.
Vous m’avez tout l'esjouy par la bonne nouvelle que M"" Godefroy soit hors de danger; j’en avoys demandé des nouvelles à M"" de Rossi de Lyon que j’attendois par le prochain, 11 me tardera d’entendre ((ue le R, P, Sirmond aye cet exemplaire de la Roma SotteiTanea pour en pouvoir user et abuser, s’il se peult user de ce terme, selon qu’il luy sera plus commode pour en pouvoir parler à son plaisir. Je regrette la peine que ce vous sera. Et pense bien qu’à cez heures vous avez receu le volume Gophte des quatre evangelistes, et que vous ne tarderez pas de recevoir le vocabulaire (jui partit jeudy par le sieur d’Assane qui est à Monsieur Frere du Roy lequel avoit son rendez vous ce dict ou à cette heure cy à peu prez à la Cour, pour y passer l’hiver. Je l’ay faict adresser à mon frère, qui est de sa cognoisçance et qui s’en pourra enquérir de son costé. Vous pourrez bailler l’un et l’aullre volume à M"" de Saulmaise, si ce n’est qu’il ne trouvast pas mauvais, en attendant qu’il y veuille travailler, que M*" Grotius peusse jecter les ieulx sur
venues durant le régné de Henri III , par unau- Il s’njjirail donc de quelque ouvrage dilTf^renl diencier de la Chancellerie de Paris (i6ai), dont Peire'ic avait en en main le manuscrit.
ce volume des quatre évangiles, et au moings sur cez petites préfacés de chascun où sont lez époques des temps qu’ils ont escript quasi conformes à ce que un certain Allemand Kirstenius en avoit extraict d’un vieil manuscrit arabe de la bibliothèque de Vienne. Je dicts quasi parce que en d’aulcuns ce sont les mesmes époques, et en d’aultres il y a quelque diversité qui mérité un peu plus de disquisition.
Si M"" de Saulmaise ne vous a envoyé l’Erasmus Oricius qu’il m’escript vous devoir remettre pour me le faire tenir, il n’y auroit pas de danger quand vous le luy demanderiez par un petit billet. Car on l’attend à Rome aussi impatiarnant que luy faisoit cy devant cez livres Gopbtes. Et je vouldroys bien soubs son bon plaisir que le pauvre bon P. Mercene y jettast encores les iculx dessus en passant, avant que de clorre son ouvraige harmonique. 11 me reste à vous dire que vous m’avez mis en grande peine par l’advis que vous me donnez de AP de Lomenie qu’il soit alicté, car cela seul est un grand mal et un grand supplice pour luy. Je prie à Dieu qu’il l’en releve bien tost et qu’il luy prolonge ses années aultant que luy souhaictent ses plus fideles serviteurs et qu’il en mérité, demeurant,
Alonsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
XE
[Sans lieu.] Ce xi novembre i635.
J’ay veu le bordereau des libvres, et n’ay pas bien sceu comprendre s ils sont desja acheminez à Lyon ou non. Le sieur Blanc a faict venir alîorce balles de Paris depuis peu, qui s’en seroit bien volontiers chargé, et m’a dict qu’à la ville de Garabray rüe Aubery Bouclier, il s’en fera bientost d’aultres pour son compte.
S il se trouvoit là un petit bréviaire romain de l’édition d’Elzevir dont on nous faict teste, un de mes amys en vouldroit bien avoir, car pour moy cez menues lettres me sont hors d’usaige L
Vol. 718, fol. 208.
AUX FRERKS DUPUY.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SVULVEÜR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
Vous avez daigné compatir avec tant de tendresse à l’accident cpii avoit touché nostre maison ^ et avez tant contribué de secours et de vraye consolation et assistance à mon frere et à moy, ensemble Monsieur du Puy vostre digne Irere, que comme nous ne sçaurions jamais avoir mon frere ne moy aulcuns valables moyens de vous en rendre la recongnoissance et la revanche des services que nous vous debvrions, aussy ne sçaurions nous avoir d’assez dignes termes de remerciment à vous faire sur ce déplorable subject, ne vous fournir de suRizantz tesmoignages delà grandeur de nostre obligation, dont je ])uis bien neantmoins vous asseurer que nostre sentiment est tout aussy grand qu’il y peult escheoir, et que si nous ne le sçavons exprimer selon nos souhaictz le cœur ne laisse pas de faire tout le supj)lement qui y est humainement possible et qu’il ne sera jour de nostre vie qu’il ne nous en souvienne comme il ne se présentera jamais d’occasion de vous produire des effectz de nostre gratitude, que nous ne le fassions avec toute sorte de sincérité, et d’ardente dévotion à vostre service et de tous les vostres, vous suppliant d’aggréer cependant mes protestations et actions de grâces quoy que trez foibles, mais telles qui sont maintenant en mon pouvoir, et continuez, je vous supplie, Monsieur, voz charitables oflices envers mon pauvre frere, puisquil se trouve entre voz bras, pour fortiffier son esprit et 1 ayder à porter ce desastre avec la générosité dont il a un besoing pour tirer quelque raison de cet oultrage non mérité. Vous pouvant asseurer que pour mon regard de moy, j’en suis tout aussy résolu que si cela n estoit jamais advenu et me sens redoubler mes forces pour faire mieux
* La révolte du neveu de Peiresc.
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crever l’envie de rage et de despit de me voir sur pied lors qu’on me pensoit bien alicté, bien que je m’y remette quelques foys comme je suis présentement^ et que je recule, ce semble, pour mieux saulter, espérant que conformement aux vœux de nos bons seigneurs et amys et avec leurs charitables offices nous ne laisrons pas de subsister Dieu aydant, principalement si vous vous en meslez, regrettant inliniement la peine que vous avez daigné prendre de vous porter tous deux jusques au logis de mon frere qui est si loing de chez vous, sans qu’il eust eu le bien et l’bonneur de s’y rencontrer lorsqu’il avoit tant de besoing et de nécessité de voz pieuses remonstrances, pour lesquelles vous aviez (|uitté voz muses aux heures mesmes que vous ne leur pouviez desrober de si grand matin sans grandement intéresser le public; aussy m’en tiens je infiniernent vostre redebvable aussy bien que mon frere et prie à Dieu qu’il vous rende le centuple de vostre beneficence.
Au reste, pour quitter un si ennuyeux et importun discours, je vous diray en responce de vostre derniere du ix® que vous m’avez rendu une partie de ma vie par la bonne nouvelle que vous m’avez donnée de la reconvalescence de M*’ de Lomenie, laquelle je prends à un grandement bon augure pour moy qui me suis tousjours tenu si attaché à son service et à son affection, et vous en remercie le plus humblement que je puis, comme aussy du soing que vous avez eu de me faire tenir les livres contenuz en vostre bordereau et de me faire addresser ceux de reminentissime cardinal Barberin, dont j’ay fort volontiers veu le catalogue par advance et a y trouvé un peu estrange (|ue les mémoires de M’’ de Fresnes Ganaye n’y feussent pas. Le soing que vous prenez encores du petit fagot de M*' de Saulmaise m’oblige bien, et à quelque chose malheur sera bon, si avant que mon frere me 1 aye faict tenir vous pouvez avoir receu une mienne lettre où je vous priois de faire voir l’Erasmus Orycius au bon P. Mercenne avant
‘ Peiresc a oublié qu’il n’avait pas employé le mot lit, et qu’il ne pouvait par conséquent écrire qu’il s’y remettait de temps à autre et qu’il y était au moment
même. Mais qui donc n’a pas de telles petites inadvertances à se reprocher, surtout quand la plume court la bride sur le cou?