‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 25 sur 75 · AUX FUKKKS DU PU Y · texte numérisé non relu

AUX FUKKKS DU PU Y

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((ue nous le fassions passer les monis. Je me suis enfin remis au train (que j’avois esté contrainct (.rinterrompre quelques jours) de mes petits entretiens innocenlz avec mes arnys, et avant l’arrivée du dernier ordinaire, avois faict responce ù M'' de Saulmaise sur ceste grande lettre que vous me fistes tenir de sa part (juelques sepmaines y a, et n’ay pas laissé de respondre anjonrd’liuy à la dernière du 7™' de ce mois et de luy suggérer toutes les addresses que j’ay peu des vieux manuscrits des aullieurs Grecs de la milice. Je voudrois bien qu’il y eusse trouvé de quoy se satisfaire pleinement et tasclieray d’escripre en Italie pour en tirer pied ou aisle; regrettant les guerres du costé de Millau qui nous y ferment le commerce en la Bibliothèque arnbrosiennc, et que luy se trouve si pressé d’achever son ouvraige que je n’espere quasi pas de rien avoir à temps. Vous pourrez voir ma depesciie si voz meilleures occupations le vous permettent, et puis la luy |)ourrez faire tenir s’il vous plaist. M*" de la Fayette vous remercie bien fort de riionneur de vostre souvenir et me charge de l’entretenir en voz bonnes grâces comme faict M" Gassend, lequel j’attends dans |)eu de jours et consequemment un grand allégement à tout ce qu’il peut y avoir. Vous verrez la relation de Gannes que je viens de recevoir tout présentement, et je demeureray.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce a O novembre i635

Vol. 718, fol. a 10.

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À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je suis encores tout ravy d’estonnement de ce que j’ay veu en vostre depesche du i 5“'" et dans celles de Rome que vous y aviez jointes du a A octobre, vous asseurant qu’aprez avoir bien pensé à tout ce qui s’est passé je me laisse emporter absolument à vostre ombraige, ayant receu de la part de M"" Bouchard une vieille depesche du mois de juing venue par la voye de la mer qui a demeuré plus de quatre mois en chemin, où il me dict qu’ayant faict ses derniers ellortz pour vostre commande, il y avoit trouvé tant de répugnance qu’il falloit que je vous escripvisse de n’y songer plus. Ce sont à peu prez ses termes, car je n’ay sceu maintenant retrouver sa lettre par les mains de mon homme, le grand vent mistral qui régné impétueusement me retenant au lictplus tost qu’aulcune maladie bien formelle, mais je la chercheray pour la vous envoyer. Je luy fis une responce par ce dernier ordinaire bien esloignée de son intention et trouve fort bonne vostre resolution de ne point désister^ et laisser faire M*' Valeran, aprez quoy je tenterois encores quelque camerier secret du pape, car en ce pays là il ne fault jamais desmordre à la spagnolle, la patience y venant à bout de tout. Tant est que je n’en reparleray plus au cardinal Barberin, s il ne me remet dedans bien avant, auquel cas il faudra que je me fasse une grande violence pour m’empesclier de luy en parler encores plus vertement si je puis, car je ne luy sçaurois pardonner cez mauvais offices si contraires à tant de protestations escriptes de sa propre main, car pour les lettres escriptes de la main des secrétaires

‘ On lit dans le Dictionnaire de Littré : K Désister,\erhe neutre : renoncer à , cesser de ... Va-t-en donc et désiste De plus

m’offrir une aide à mériter Caliste. (Corneille, Clit.) Vieilli en cet emploi, qui dtait celui du xvi' siècle, n

je me deflierois un peu de l’artifice des personnes intéressées qui sont à l’entour. Nous voyons aujourd’lmy si peu de bonne l’oy entre nos confrères et dans le plus profond de nos maisons, qu’il ne fault rien trouver d’estrange de ceux qui ne nous touchent pas de si prez, et vous asseure que j’en suis plus ulcéré que vous, estimant que vous triompherez de tout cela en despit de l’envie, et que ces artifices seront chastiez tost ou tard. Je prends grand plaisir de voir cez lettres tant de M‘‘ Valeran que de Monsieur vostre cher frere\ et ne puis assez admirer l’ingénuité et sincérité qui y paroit de tous costez, aussy bien que la solidité de leur jugement aux alfaires tant publiques que particulières, vous remerciant de la communication par un million de foys. Je pensois que vous eussiez veu tout à loysir ceste belle et grande lettre de M" de Saulmaise sur la milice romaine avant que me l’envoyer, mais puis que cela n’est poinct, je la vous envoie avec les deux aultres qu’il m’a escriptes devant et aprez où il en faict encores quelque mention que vous ne serez pas marry de voir, je m’asseure, si vous ne les aviez desja veües. Il me tardera bien d’apprendre qu’il aye receu ceste grammaire Copte qu’il attendoit si impatiemment et qu’il en veuille dire son advis, m’asseurant que le gentilhomme qui s’en est chargé aura passé oultre jusques à Blois avant qu’aller à Paris, regrettant bien le retardement que cela pourra avoir faict de quelques jours. Je suis encore un peu marry que le pauvre P. Mercenne n’aye peu voir le manuscrit d’Erasmus Orycius, et ne pense pas que mon frere me l’aye encore envoyé bien qu’il s’en soit chargé, car je n’ay point sceu que personne de ce païs fusse encore si prest de par de là de s’en revenir si ce n’est M*" Seguiran qui seroit arrivé longtemps y a s’il eust esté expédié aussy tost comme il se l’estoit promis, et comme nous l’avions esperé.

Le seigneur Léo AHatius ne se pouvoit pas mieux addresser que chez nous pour donner du crédit à cet ouvrage qu’il vous a envoié;

Dom Clirislophe du Puy.

j’ay appris que c’est un fort bon homme, fort laborieux et fort oflicieux\ et qu’il a faict une bien grande lecture et bouquiné tout à loysir plusieurs de cez bibliothèques d’Italie plus célébrés^ où il a eu le boidieur de rencontrer d’assez curieuses pièces et bien capables de luv donner de la re])utation, mais qu’il se plaignoit tousjours de n’avoir pas rencontré des moyens et des commoditez de les faire mettre au jour accompagnées de ce qu’il y pouvoit adjouster de son labeur. Il lu, a si bien pris d’avoir cherché le sieur üominico Molini de Venise^ pour la dédicacé de sa paraphrase de Proclus sur le quadripartite de Ptolemée, puisqu’elle a esté si proprement imprimée en Hollande par la favorable entremise et protection de ce bon seigneur \ que je ne trouve pas estrange la recherche qu’il a faict de la vostre, comme j’entendz qu’il en avoit faict quelque aultre de la part de-M'’ Moreau pour d’aultres recueilz de petitz traictez anciens pour se pouvoir descharger sur les uns et les aultres du soing de l’édition et de la cour qu’il fault faire à Messieurs les imprimeui’s pour les faire mettre en besongne à des ouvraiges de ceste nature qui ne sont pas bien souvent de pareil débit aux livres de pratique,

M’’ du Coudray partit d’icy jeudi passé en carosse avec Madame sa

* Cot ^“loge confirme et complète tout ce que les binaraphes nous ont dit de Léo Allacci; il faut en rapprocher l’edoge qu’en fait Gab iel Naudé (fascicule XllI des Correspondants de Peircsc, p. i8).

* Voir, sur le sens actif du verbe bouquiner, le tome II, p. i35, note 6.

^ Dominique Molini fut un des grands personnages vénitiens dont l’eiresc fit la connaissance dans son voyage en Italie (avril iGoo). Voir Gassendi, p. 82. Naudé, dans le recueil épistolaire cité plus haut, entretient deux fois Peircsc de ffrillustrissime sénateur Dominico da Molinon (p. 29 et 91).

* Naudé écrit à Peiresc, le 3o novembre

i635, au sujet d’Allatius : ffll Molino, duquel vous aurez sceu la mort, estoit un de ses principaux fauteurs.» M. Willems {Les Elzevicr, p. 99), après avoir rappelé que le traité de Calido innalo de Cremonini est dédié à D. Molini et que Philippe CIuvier avait déjà fait hommage à rrce patricien et sénateur vénitien » de sa géographie {Introductionis in universam geographiam libri Vf, iGüb, in-4°), ajoute : ffNous savons qu’il fut au nombre des amis et protecteurs des Elzevier (cf. N. Gudii Epislolw, Utrecht, 1697, in-4°, p. i3i) et c’est ce qui explique que le livre de Cremonini ait été confié à leurs presses.»

leiniiie et prit la peine de revenir céans la veille de son despart, mais il y trouva trop grande compagnie pour le pouvoir remettre sur le discours du voyage de Levant. Mais le sienr d Angusse, qui estoit venu de Marseille ])Our Iny dire à Dieu, me feit bien congnoistre la confirmation de ce qu’on vous en a dict, et un aultre m’asseura qu’il luy avoit veu prendre des mémoires des livres sur lesquelz il ponvoit faire quelque estude des langues orientales. J’attendois s’il nous viendroit personne du costé de Cannes pour nous dire comment se seront peu sauver les galleres espagnolles qui sont dans le Frioul de la grande marée de la Besclie qui donna la nuict du jeudy au vendredy beaucoup pins avant qu’on n’avoitveu de mémoire d’homme en toute nostre coste et des grandz vents de mistral qui ont depuis gaigné le dessus durant ces tmis derniers jours, afin d’avoir matière de quelque entretien pour r’escripre à Monsieur de Thon en termes moins ennuyeux que des simples complimenz. Je ne sçay si nous serons plus heureux demain qu’anjourduy pour en apprendre quelque chose, ce qu’attendant je finiray demeurant.

Monsieur,

vostre Irez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiuesc.

A Aix, ce a6 novembre i635.

J’oubliois de vous dire que le courrier de Rome qui debvoit estre revenu depuis mercredy on jeudy n’est point encores passé et que je commence à craindre que les ennemys ne l’ayent arresté par les chemins, car il fut retardé d’une sepmaine en partant d’Avignon, ce qui m’empesche de croire qu’on l’aye voulu reculer encore d’une aultre sepmaine du costé de Rome en un mesme temps.

J’oublioys de vous dire que ce n’est poinct sur voz lettres que j’ay prins l’opinion que mes lettres fussent cappables de nuire à vostre commande aux termes que je les avoys conçues pour le cardinal Rarberin. Ce n’est que de mon seul mouvement ou si je ne me trompe de quelque mot des lettres de M. Ronchard que je chercheray exprez

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pour cela et pour le surplus, car voyant le peu d’effect et l’obstination au contraire j’avoys subject de croire, non seulement que mes offices V avoient esté inutiles, mais nuisibles, parce que je tiens pour certain que si persone n’avoit parlé de cette affaire que les seuls expéditionnaires ils se seroient plus facilement entendus avec les officiers de chancellerie ou les cameriers pour faire passer et signer vostre supplique moyennant quelque petite doulceur. Et possible ne l’oseront ils pas à présent que la chose a tant esclatté, du moings tandis que la mémoire en est fraische, et fauldra la laisser un peu vieillir et oublier ses circonstances, mais quoy qu’il en arrive ne perdez pas courage et ne l’abandonnez poinct, vous l’aurez quand moins vous y penserez b

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despesche du 28 où j’ay esté bien aise d’apprendre que les deux volumes Gophtes des Evangiles et du vocabulaire vous ayent esté rendus bien conditionnez et que M*" de Saulmaise les ayt eus pour agréables, et qu’il ne soit pas encor en estât de partir pour la Bourgogne. Car je vouldroys bien luy pouvoir faire tenir encores avant qu’il bouge de là toute la coppie que vous avez faict faire du Syncellus laquelle M*" le cardinal Barberin m’a renvoyée par le dernier ordinaire de Genes passé depuis 3 jours par icy. Estant en peine de trouver commodité de l’envoyer et ensemble mon Theophanes escript de la main d’Andréas Darmarius (qui estoit un autre Messer Angelo) ^ pour

“ Vol. 7 1 8, fol. 211.

* Peiresc donne un bien grand éloge à André Darmarius en l’égalant au célèbre Ange Vergèce, calligrapbe dont le souvenir vient d’être rajeuni par la magni-

fique publication de M. Henri Omont, un des chefs-d’œuvre de l’Imprimerie nationale : Catalogue des manuscrits grecs de Fontainebleau sous François I" et Henri H (Paris, 1889, in-fol.). Le docte helléniste,

les Taire conférer sur le vieil exemplaire de la Hibliotlieque du Ho\, ne voyant persone qui se dispose A partir d’icy pour Paris et le fagol estant trop gros pour la poste ordinaire; il lauldra pourtant voir si le courrier s’en vouldroit charger en son particulier, pour gaigner ce temps là, s’il est possible. Ayant desja d’aultres pièces à vous envoyer ensuitte des précédantes que vous tesmoignez d’avoir agrées (.s/c). Kt ayant mesmes l’exemplaire de AP Fabrot tout entier que je feroys volontiers tenir au sieur Maturin du Puis, mais il est pareillement trop gros pour la poste ordinaire comme vous le sçavez et vous pourriez bien luy guarir l’esprit de ce costé là, en luy certifiant que vous l’avez tenu et que vous me l’avez renvoyé pour y adjouster quelques suppléments (jui y furent adjoustez aussy tost que je l’eus receu durant les vacances où nous estions lors. De sorte qu’il ne doibt pas estre sur les appréhensions ordinaires des libraires d’entreprendre des ouvraiges sans que les autbeurs y ayent mis la derniere main, car AP Fabrot n’a plus rien à y adjouster, et si depuis que nous eusmes la lettre du dict sieur du Puys il se fusse présenté des commoditez de le faire tenir par quelque amy ou aultre voye extraordinaire, il l’auroit desja receu, ne rayant osé faire mettre dans les coffres de du Coudray, crainte que la voye ne fusse trop longue, dont je me repens bien maintenant puisqu’il ne s’en est présenté aulcune aultre plus briefve , comme je l’avoys esperé,'et comme nous soûlions les avoir plus frequantes auparavant ce besoing. Estant bien estonné que vous n’ayez receu l’exemplaire de lloina Sotterranea puisqu’il y a si longtemps que AP de Hossi de Lyon m’a escript vous l’avoir envoyé par la coche ou par le messager ordinaire qui ne demeure pas plus de dix ou douze jours en chemin, et fault que ces gents là trompent et envoyent par les roulliers ordinaires

en léte du volume où il a reprodiiil le catalojjue dressé par Auge Vergèce, cile (p. 5, noie 5), sur le calligraphe crélois, outre le (lahinet des manuscrits de M. [.. Delisle, la Hiofpraphie Itelléni.'iue de M. E. Legrand, et aussi la Ikvuc critique ( 1 87 Q , l. 1 , p. 1 5 9- 160 et 9.55-a56). Ces derniers chiffres déni.

signent un article de feu mon cher et savant ami Charles Defrémery, article destiné à compléter la communication faite par moid’i/a document inédit relatif à Ange \erg'ece (lettre de Henry de Mesmes, seigneur de Roissi et de Malassise, du qo septembnî 1 506 ).

iimi. ii«iiot<ir.

ce qu’ils promettent de porter quant et eux. Je renverray à une aultre commodité le volume de Theophanes que l’on m’a demandé de Rome, avec priere d’y faire cotter les diverses leçons de l’exemplaire du Roy, à ([uoy il fauldra employer M*’ Valoys pour ne trop surcharger M'' de Sauniaise et y faire adjouster le dernier supplément du Leon qui est au volume du Roy, de la main mesmes de ce jeune homme qui a transcript le Syncelle, lequel pourroit bien servir M‘ de Saumaise et l’ayder à conférer s’il vouloit, auquel cas je vous supplie de luy faire payer la recognoisçaiice meconlante de sa peine et de son temps perdu à cet ouvraige à peu prez selon ce que vous luy soûliez payer du temps dans lequel il escripvoit les cahiers du mesme libvre. M*" Rouehard m’ayant escript que l’eminentissime cardinal Barberin le desiroit ainsin et qu’il avoit donné charge de par delà pour la fourniture soit par M*' Lumaga ou par M*’ Hulon son frere L mais en tout cas je le payeray volontiers moy mesmes, s’il falloit se mettre en peine d’en parler à d’aultres. Et ne seray pas marry que M' de Saumaise puisse parcourir la Roma Sotterranea puisque l’occasion s’en présente, bien marry que vous le receviez si tard. J’ay veu ce qu’en dict ce gentilhomme Angloys^ et m’estonne qu’il cherchast là des Inscriptions Ethniques, n’y ayant esté faict recueil que des chrestiennes. Il le lault taire advertir qu’il se préparé un aultre pareil volume des inscriptions et bas reliefs de la Rome payenne dont il y a grand nombre de planches gravées où il trouvera sans doubte plus d’entretien à son goust. J ay prins plaisir de voir cette lettre, et l’extraict du subject du libvre de Seldenus^ que je verray bien volontiers en son temps, comme aussy cet apparatus de Monlacutius aux Anliquitez de l’Eglise'^ et ce qu’il en

' Le demi-frère de J. -J. Bouchard.

" Jean Price.

Dans la plaquette déjà citée {Deux lel- Ires tnediles de Jean Price à Bourdelot , Paris, leclicner, i 883), on lit ceci (lettre du mois d octobre 1 635 , p. 5) : tr Astenre on imprime encores un nouvel œuvre de M. Selden, infol., soubz ce tilre; De mari clauno, seu de doininto ma ns lihri II. On est parvenu jus-

ques à la page i8o. Devant deux mois le reste sera achevé. L’autheur par sa courtoisie m’en a communiqué quelques cahiers, hors desquels, pour vostre entretien et pour vous monstrer quelque eschantillon de la disposition de l’œuvre, j’ay voulu icy souhscrire les sommaires des vingt premiers chapitres, n

‘ On lit {ibid., p. 'i-5) : ffPour le faict

[1635] AUX FRÈRKS DÜPUV. /il 9

a desja mis au jour, (juaiul il se reucoutrera. Le tliscours du vieillard de i5â ans est luen geutilL et ineriloil bien un peu plus exacte dis- (juisition et relation des aultres circonstances de la stature, coinplexion, maladies, vacation, mœurs, religion et de nom propre tant de rhomme que de sa patrie et de sa race ou lignée s’il en a produict, afin de n’y rien desirer. J’ay prins grand plaisir aussy à cette lettre latine du sieur Ogier^ que je. vous renvoyé avec mes humbles actions de grâces, et celles de AL de Saumaise et de AL Valeran (jue mon homme avoit oubliées l’autre jour, vous suppliant d’en excuser l’omission et d’asseurer AL Rigault de ma continue dévotion à son service, regrettant l’indisposition de son rhume, et de n’avoir quelque digne moyen de le servir bien à souhaict selon son goust et son rare mérité.

Je me resjouys aussy de la guarison de AL de Lomenie et d’entendre <[u’il ne perde poinct le goust et la curiosité des recherches des rares instructions d’Estat.

J’oublioys de vous dire que l’eminentissime cardinal Rarberin me respond sur vostre allaire aux termes dont je vous envoyé l’extraict; la lettre n’est pas de sa main, mais je cognois bien qu’elle doibt estre transcripte sur une minutte de sa main où il a voulu retrancher sans doubte quelque clause, car j’y cognois son stile, et y a une appostille transcripte aprez la datte qui est véritablement de son stile et de

(les nouveaux livres , nous avons icy Appuratum ad origines ecclesiasticas , de Monsei- {jneur l’evcsque de Montaigut, homme fort docte. Ce livre est in-fol. divisé en onze sections, et est plein de tres bonne érudition sacrée et prophane, mais il parle [quod nollein factum) trop rudement de Scaliger. Sous ce passage, l’éditeur des Lettres de Jean Price a mis cette note : "Richard de Montaigu ou Montagu fut év('>que de Gliester, puis de Nortwich. Il mourut en Voir, dans le

Moréri de lyâg, un bon article sur ce prélat auquel on attribue beaucoup d’érudition. On y rappelle qu’Isaac Casaubon

l’appela, dans une de ses lettres, liomo doctiis et acris ingenii. n

' C’était le fameux Thomas Par. Voir la première des lettres de Price h Bourdelot (p. 7-8) et aussi la seconde (p. i3).En cette dernière page, Price promet de nouveaux détails sur le prodigieux vieillard à Peiresc, (T à qui (puisqu’il en est si curieux) j’envoyeray avec meilleure commodité des j)articidarilés plus précises touchant cette histoire.» Cf. Gassendi, liv. V, p. 4üa.

’ Voir sur les deux frères Charles et François Ogier une note dans le tome I fp..3.S).

sa maniéré de procéder, et en lieu où ils ont accoustumé de mettre des suppléments de leur propre main en signant. H y a tant d’aultres chefs où il me fault respondre que je ne la vous puis envoyer maintenant sans y avoir satisfaict; vous m’en excuserez s’il vous plaict. Cependant je vous diray que je pense que puisque dans la responce qu’il me faicl pour vostre regard, il ne particularise rien, et qu’il demeure sur les termes generaulx et sur la simple disposition de monstrer ma lettre à touts les confesseurs et casuistes s’il peult suffire , je puis demeurer dans ce silence, et ne luy en parler plus s’il ne me remet dedans en me faisant sçavoir l’advis de quelqu’un de ceulx de ce conseil de consciance, et attendray ce que M’’ Valeran aura peu operer d’ailleurs. Vous y verrez pourtant la répliqué qu’il me faict sur une aultre alFaire joignant immédiatement l’article de la vostre comme il advoüe ingenünient d’avoir recogneu que voulant par luy mesmes faire executer quelque bonne alfaire, au lieu de la bien conduire il la relarde, qui est un malleur qui suit bien souvent les plus grands, tant ils sont subjects aux mortifications humaines comme les aultres. Le temps guérira tost ou tard ce (|u’il y a de mal entendu, et je suis trop consolé au desplaisir que j’ay de ce mauvais succez, voyant que vous daignez demeurer si satisfaict de ma seule volonté et cordiale affection à vostre service. Mais je suis bien en peine comme vous de la santé de M^de Thou, pour laquelle je sacrifieroys de bon cœur la meilleure partie de la mienne, espérant pourtant que ce ne sera rien Dieu aydant, et que son changement d’air à Metz sera son salut, car certainement l’infection qui suit les armées est pire que les maladies dont on y attaint[sfc]. La jeunesse et la vigueur surmonteront le mal Dieu aydant, avec les vœux de touts les gents de bien, et je demeureray en y soubscrivant. Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DK Peiresc.

A Aix, CO h décembre i635.

Je croyoys bien qu Elzevir n’avoit garde de mettre son nom aux Bre-

[1635] AUX FUÈUKS DUPUY. /ril

viaires non pins que ceulx d’Amsterdam, et qu’on y empruntoit le nom de ceux de Cologne. Mais j’avoys creu qu’il n’eusse pas esté moings friant que les aultres du gain que les libraires trouvent en l’édition des usaiges, il n’importe où, pourveu (pnls soient bien et corrects, et sçaurois volontiers ce qu’on les vent en toutes formes et grandeurs communément *.

À MONSIEUR, MONSIEl R DE SAINT-SAULVEIIR DU PUV,

À PARIS

Monsieur,

J’av receu avec vostre despesclie du dernier du passé les cahiers de Ponderibus que vous m’avez renvoyez, lesquels sont arrivez si à contretemps de par delà, et en sontrepartys aussy soudainement que l’aultre foys, que je m’estois promis que M'' Petit ou .VP Valoys prendroient la peine de les conférer sur les divers exemplaires. Il y a eu de la fatalité pour ce regard. Je suis bien aise que M*^ de Sauinaise ayt receu les deux volumes Gopbtes qu’il atteiidoit si impatiamment , et (ju’il ayt trouvé de la satisfaction en celuy des Evangiles, dont je croys véritablement (ju’il y a grande raison de tenir l’antiquité de là version telle que vous me dictes d’environ 900 ans, mais pour l’antirjuité de l’escritture du volume, je la tiendroys beaucoup plus recente. Toutefoys il lui fault laisser juger comme il faict beaucouj) mieulx que nous ne sçaurions faire. Je vous r’envoyay par le dernier ordinaire tous les cahiers du Syncellus, et seroys bien marry qu’il revint tout court comme les aultres, m’asseurant que si M"" de Saulmaise n’y peult vacquer, comme vous aurez veu par ses lettres (ju’il me le faisoit esperer, M"" Valoys suppléera volontiers j)Our l’amour de ceulx à qui il touche. J’ay eu un peu de consolation de voir l’extraict de la lettre de M*^ de

V'oI. 718. fol. a 1.3.

Tliou, puisque son mal n’est pas grâces à Dieu tel que celuy qui suit communément les armées ; et prie à Dieu de tout mon cœur de le vouloir bicntost remettre en plaine vigueur et parfaicte santé.

J’ay faict tenir vostre lettre pour Marseille, et n’ay garde de sonner mot de l’alTaire de Tlioulouse, où je vous conseille de suyvre vostre poincte ^ sans regret quelquonque, désirant que le succez en soit avec les advantages conformes à voz souhaicts. Vous réitérant mes trez humbles remerciments de la continuation des bons offices de M"" du Puy vostre frere aussy bien que des vosti’es qui m’ont consolé et obligé jusques au dernier poinct que je le pouvoys estre dans les persécutions domestiques où je me trouve puisqu’il plaict à Dieu. Lesquelles ne me permettent pas de respondre ponctuellement à vostre lettre, ne à celles des aultres de cez Messieurs qui m’ont daigné honorer de leurs lettres, vous suppliant de me vouloir excuser et leur faire mes excuses de vostre grâce, me tenant tousjours.

Monsieur, pour

vostre trez humble et trez obéissant serviteur DE Peiresc.

4 Aix, ce 12 décembre i635.

Mon homme avoit cy devant oublié de vous renvoyer de vos lettres qu’il a esté bien honteux de retrouver parmy des papiers où elles estoient brouillées. Je vous supplie de nous pardonner à tous deux cette besveüe.

Monsieur, je n’ay peu voir les mémoires de M*" Grotius. Je tascheray de satisfaire à mon debvoir en escrivant en Italie à la première coin^ modité. Cependant je vous conjure de luy faire accepter mes légitimés excuses.

Vostre serviteur^.

' Au sujet de cette locution, Littré ne cite que des écrivains postérieurs à Peiresc, Scarron, Molière, Bossuet, Lesage, Saint-Simon. — * Vol. 718, fol. 21 5.

GXVI

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieui',

Je receus sammedy iiiatin voslre despesclie du 7™®-])ar l’ordinaire sans aulcunes lettres de la |)art de Monsieur de Vallavez mon frere, dont je fus en peine jusques à la nuict, de crainte que sa santé ne se fust altérée. Enfin un courrier extraordinaire du 9'“ me l’apporta avec l’Erasmus Oricius et les F'asti Danici de M"" de SaulmaiseS fort bien conditionnez, et une lettre du bon P. Mercene qui n’a pas laissé de l’avoir et le parcourir un jour ou deux, dans l’entre-teinps de la réception de ma lettre et du parlement de ce courrier, dont j’ay esté bien aise pour la satisfaction de ce bon bomme, qui me conseilloit d’en faire retenir coppie, que je n’espargneroys pas si je l’avoys peu faire faire de quelque main correcte d’apprebension de mauvaise rencontre entre cy et Gênes, ayant eu quinze jours de temps à attendre le prochain ordinaire d’Avignon en Italie. Mais à faulte de coppiste exacte, je voys bien qu’il le fauldra bazarder. 11 est vray que je ne crains pas tant que devant depuis avoir sceu que les t8 galbons esloient passez oultre en Italie, pour y descbarger leur soldatesque, n’en ayant laissé que ce que poiioient deux navires, pour r’emplacer les morts et malades. Ce (|ui nous tire de peine pour quelques moys attendant b* beau temps.

Ce fut une besveüe de mon bomme qui luy fit laisser en arriéré les lettres de M*" de Saulrnaise que vous redemandiez ensemble celles de Rome, qui estoient encores icy, en ayant renvoyé d’aultres de plus vieille datte (pi’il avoit oubliées de plus longue main, niais vous les

' liPs Fasit Danici envoyés à Peiresc pnr Saiiniaise avaient été j)nbliés à Cnpcnliague ( 1696, in-fol.) par le médecin antiquaire Olafis Wonnius, né en i588, mort en

iG54; ils reparurent en (Hafnia;,

in-fol.). Voir dans le fascicule V des Correspondants de Peiresc une lettre de Saumaise, du 7 novemlire iG35,p. /i 1 .

LETTRES DE REIRESC

aurez à cette heure, avec la dernière que ]e veiioys de recevoir présentement, et aurez eu celles de de Saulmaise par le suyvant ordinaire, vous suppliant d’excuser toutes cez faultes non seulement de mon homme, car j’y ay bien ma bonne part dans les fascheux exercices que me donnent les affaires domestiques dont vous avez ouy parler, où il semble qu’on affecte de me faire agir plus formellement le mardy que- les aultres jours de la semaine, que j’aurois plus de i-elasclie et moings de subjection et de redevance à rendre à mes bons seigneurs et amys. Gomme à ce jourd’huy, oullre l’audiance des pauvres, il m’a fallu lutter tout le jour pour obtenir un decret de permission d’extraire un acte du registre tant la brigue de nostre ingrat avoit esté ardante, et son artifice de récuser quasi toute la compagnie pour n’avoir poinct de juges quand il s’agissoit de me rendre quelque bout de ma robe, bien qu’il les eusse touts advouez quand il estoit question de me l’oster sans m’ouyr. Enfin j’en suis venu à bout, mais trop tard pour me pouvoir prévaloir de la commodité de cet ordinaire et fauldra remettre l’expedilion de l’extraict au prochain.

Je me resjouys du plus profond de faîne de la convalescence de M‘‘ de Thou, espérant que à c|uelque chose malheur aura esté bon, et que tant cette petite indisposition que ses petites blesseures l’obligeront a fadvenir de se choyer un peu plus qu’il ne souloit. Je croys ce que vous escript M*" Valeran et que le temps vous en esclaircira tousjours de plus en plus. Le sieur Prost de Lyon m’accuse la réception de la balle du sieur Gramoisy et qu’il me l’a envoyée par le patron Santin d’Avignon, dez le 5 de ce moys, dont je suis un peu en peine, car sur la riviere les livres courent grande fortune de se mouiller, s’il n’y a des gents qui y surveillent soigneusement, et le mal est que ces bateliers du Rhosne n’ont poinct de. . . [déchirure du papier^ icy et attendront sans doubte que je leur envoyé demander la balle en Avignon, d’où nous avons plus de peine d’avoir des voictures bien commodes que de Paids icy, le commerce des mulets estant fort frequant de Lyon icy et de Lyon à Marseille, par cette voye qui eust esté la plus breve

Al X FKÈRKS DUi’LIV.

et plus seure, si ce n’est que le nom du cardinal Barberin y parusl dessus, auquel cas les ministres seroient obligez de la retirer et de me la faire tenir en diligence pro servicio dell’ eminentissimo prône.

Si j’oublie d’aultres choses à vous dire, pardonnez je vous supplie |)our ce coup aux importuns divertissements que j’ay eus tout le jour, et à l’heure tarde, estant tousjours,

Monsieur,

vostre Irez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i8 décembre i635'.

ex VII

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Avec vostre despesebe du si i du passé, j’ay eu tout ce que vous V aviez joinct de curieux, dont je vous rends mes trez humbles remerciments, bien marry de ne pouvoir r’escrire à cez messieurs qui me font plus d’honneur que je ne mérité, et particulièrement à Messieurs Rigault, du Mesnil Aubery, Luillier et P. Mercene, mais il n’a pas esté en mon pouvoir d’en prendre le temps, tant j’ay esté accablé de toutes parts à ce coup cy, le passage de M'' de Nantes^ m’en ayant osté la commodité durant deux jours et puis d’un conseiller de Dijon nommé M*" Lantin^ le meilleur homme

‘ Vol. 718, fol. 2 16.

^ C’étail non Philippe de Cospeau, le- (juel occupa le siège de Nantes de 1622 à i636, mais son successeur en celle dernière année, au mois de juin, Gabriel de Beauvau de Rivarennes. Bassompierre dit (Mémoires, t. IV, p. 211) : (fLe mauvais ordre (pi’avoit donné l'evescpie de Nantes ni.

(auparavant nommé l’abbé de Beauvau), de tenir prestes touttes choses necessaires pour ce passage (de l’armée navale), en empescha lors l’execution , dont il fut disgracié (octobre 1 636 ).

® Jean-Baptiste Lantin , né à Chalon-sur- Saône en 1672, devint conseiller au Parlement de Dijon en février 1608 et mourut

IMPRIIIKMI KAtlOKALt.

du monde \ et trois ou quatre conseillers au Parlement de Thoulouse que j’ay eu sur les bras quasi incessamment, oultre un ruine assez fasclieux. J’envoye à de Thou des lettres d’Egypte concernant, ce dict on, l’animal estrange dont je vous avoys touché un mot cy devant L Geluy qui vient de me les apporter me l’a descript comme quasi un asne avec des longues oreilles d’asne, lesquelles il porte droictes comme l’asne, mais le manteau est entre celuy du cerf el du veau. Il a la teste fort bien faicte, avec le museau noir et deux longues cornes noires fort droictes de plus d’un pied et demy cbascune; il a le ventre blanc et le dos grisastre et une raye noire qui va tout au long du corps de chascun costé entre le blanc du ventre et le gris du doz. Il a d’aultres marques noires aux pieds fourchus et est fort familier, mangeant de l’orge, de l’avoine, des febves et de la paille mesmes. Tandis qu’on laisra adoucir le froid et la saison, je pense que ceulx à qui il appartient seraient bien aises d’avoir advis de de Tliou , de ce qu’ils en pourront faire et des formalitez avec quoy ils le pourront faire présenter au Roy à ce que m’en a dict (de bouche l’homme du sieur Gela qui m’a apporté ce paquet de de Thou. C’est pourqiioy je vous supplie de le luy faire tenir le plus tost que vous pourrez, afin que le retardement de sa responce ne retarde l’envoy de ce bel animal plus qu’il ne seroit à desirer. Je vous renvoyeray par mesme moyen les lettres que M'' de Thou vous avoit escriptes- des premiers jours de décembre, où j’ay prins grand plaisir de voir le bon estât de sa santé et des affaires publiques.

J’ay receu les lettres que vous m’avez renvoyées de M*' de Saulmaise;

en de'cerabre lôSa. Voir sur ce magistral, qui a un article dans le Moréri, une lettre de Saumaise dans le fascicule V des Correspondants de Pciresc (p. 53). Le magistrat de Dijon fut un des correspondants du magistrat d’Aix. On possède à Garpentras, dans le registre VI des Minutes, une lettre que Peiresc lui écrivit le 20 août 1 636 (fol. 79)

et deux autres lettres du 9 juin 1 637 (fol. 534 et 535).

' C’est l’éloge que donnent à Lantin tous ceux de ses compatriotes et amis qui ont eu l’occasion de parler de lui.

^ L’alzaron mentionné plus haut et qui désormais tiendra grande place dans la correspondance de Peiresc.

|1636] AIX FRÈRES DLPL'\.

M'' Lantiii, conseiller au Parlement de Dijon, qui se liouva icy à la réception, voulut voir celle de la milice romaine, et me dict mille belles choses sur ce subject aussy bien que sur la persone de de Saulmaise avec qui il en avoit discouru bien à fonds depuis son arrivée à Dijon. Et pense qu’il sera fort aise d’y faire la collation du Sincellus si vous le luy faictes envoyer comme il l’avoit souhaicté, et que vous trouverez d’assez bonnes commoditez pour cela et assez seures, le commerce estant si grand de Paris à Dijon, et qu’il aura tout loisir de le renvoyer avec le bon temps et avant que le danger qu’on appréhende puisse avoir lieu. J’ay grand regret d’entendre que M*" Yaloys soit si incommodé de ses ieulx et que son Ammian en soit retardé, priant Dieu qu’il le remette en parfaicte santé. Vous m’avez faict un singulier plaisir de me mander que M*" Bignon ayt ravytout le monde à son accoustumée en^ce lict de justice si célébré dont mon frere m’avoit envoyé uneirelation, mais il n’estoit pas entré dans cez particularitez notables qu’il vous a pieu me toucher, dont je vous remercie trez humblement, mais je le doibs bien faire au centuple de la continuation de voz bons offices où vous acquérez bien* du mérité devant Dieu et les hommes de protéger et empescher d’oppression celuy qui est et sera à jamais, ?

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce premier jour de l’an i636, lequel je vous souliaicte bien heureux avec bon nombre d’aultres aprez.

LËTTRKS DE PEIRESC

[1G3ÜJ

Gxvin

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je nay receu vostre despesche du i8 qu’à ce matin, parce que le courrier de Bourgoigne qui portoit celle de Provence s’est noyé en chemin, à ce que l’on dict, de sorte que tandis qu’on l’attendoit à Lyon, vostre pacquet qui estoit venu par la grand routte, au lieu d’en estre party le rnercredy comme de coustunie, a demeuré en chaumage à Lyon jusques à vendredy. J’ay receu en mesme temps une lettre de AP’ deSaulmaise, de Dijon, du i de ce moysL sans neantmoins l’avoir peüe lisre jusques à cett’ heure, tant j’ay eu d’ambarras tout aujourdhuy de tous cosLez oultre une grande suppression d’urine dont je ne suis pas encore quitte, quelque courage et quelque bonne vigueur que j’aye encores. Ce qui me servira, s’il vous plaist, d’excuse envers vous et envers touts cez aultres messieurs qui me font l’honneur de m’aymer plus que je ne vaults et de m’advouer pour leur serviteur, espérant, quoy qu’on vous fasse appréhender au contraire, que vous ne tarderez guere d’avoir le bien de revoir M*" de Tbou puisque le duc de Weimar vient en Cour, n’estant pas moins raisonnable que M"” le cardinal de la Valette y vienne aussy à son tour, et consequemment M*^ de Thou pour concerter les desseins de la guerre de la prochaine année avec le Roy et nossegneurs ses ministres, tandis que les aultres generaux des eiuiemis sont allez pareillement concerter en Eispagne le mal qu’ils avoient envie de nous faire. L’on me vient de dire que ceux qu’ils ont laissé aux isles de Lerins ont commancé d’enfoncer quelques barques dans le frioul pour y tenter les fondements d’une digue pour joindre les deux isles et rendre le pont d’entre deux plus

‘ Dans le fascicule V des Correspondants (p. 4‘2-46). Mais peut-être faut-il remplacer de Peiresc, la lettre qui se rapproche le le chiflVe 7 par le chiffre 1 que le co[)iste plus de cette date est celle du 7 janvier 1 63G aura mal vu.

[1()3G] AUX FRÈRES DUPUY. /riy

asseiiré. Ce seroit une mauvaise [chose]’ pour nous s’ils en pouvoieni venir à bout. Le voyage (ju’a faict M*’ de la F’ayetle pour aller au devant de M'' de Nantes- jusques en Avignon nous a faict perdre la suitte de son journal et les asseurances de la nouvelle des fondements de cette digue, laquelle je ne croiray point bien que je ne voye ce qu il nous en escrira. M‘‘ de Nantes y debvoit arriver ce jourdhuy avec M*' Le Baillif et M*' le president Seguiran. M*' le comte de Garces, dont le pouvoir de lieutenant de Roy a esté vérifié et publié à l’audiance depuis hier, est party ce jourdhuy pour s’y acheminer et y faire la charge de mareschal de canq). Je piâe Dieu qu’ils y ])uissent bientosl resouldre et aprez executer quelque bon dessein et bien capable de chasser les ennemis de noz costes. Quant à la balle des livres du cardinal Barberin dont vous estiez en ])eine, je l’ay enfin receue et envoyée au Martigues au patron Guillaume Gaultier qui a chargé en Avignon aiforce vins et aultres choses appartenant au cardinal Barberin et au cardinal Légat son frere, lequel a de fort bons passeports. Elle estoit partye de Lyon des le 5® de décembre par la voye du Rhosne, d’où je ne l’ay retirée qu’à vive force et aprez en avoir bien faict des reproches au provicelegat qui m’escrivit du y 9 qu’elle s’estoit enfin retrouvée, mais je ne la receus que vendredy, et tout à l’heure la fis desballer pour voir s’il y a voit rien de mouillé et quant et quant ^ la fis remballer et couvrir de bonne toille cirée, et l’envoyay dez le grand matin du samedy, le temps ayant depuis esté si favorable que je croys qu’il aura faict voille hier ou aujourdhuy pour le plus tard. Je me trouvay loi’S si pressé que je ne fis poinct deslier les 3 fagots de M*’ Granioisy pour voir le contenu d’iceulx comme j’eusse faict volontiers si j’en eusse eu le loisir, m’estant contenté de voir par les enveloppes que rien n’y avoit esté mouillé. En vous escrivant je viens d’apprendre par un parent du dict patron Gaultier qui estoit présent samedy sur les trois heures à l’arrivée de la dicte balle et à l’embarquement d’icelle qui en

‘ Le mot avait été omis par le scribe au- * Gabriel de Beauvaii.

quel Peiresc a dicté cette lettre, lequel n’est ’ Tout de suite, sans délai,

pas r/toHiwe habituellement employé par lui.

fust faict incontinant que patron Gaultier paiTyt le dimanche matin avec le plus favorable temps du monde de sorte qu’à cez heures icy il peult estre bien prez de Gennes et n’y a pas d’apparence qu’on luy aye peu faire du mal, les galeres ennemies ne sortant gueres à cett’ heure de leur frioul, J’ay recouvré de la quarantaine le manuscrit Arabe de riiistoire des animaulx, mais ç’a esté deux ou trois jours trop tard pour me pouvoir prévaloir comme j’eusse faict volontiers du retour de \b le conseiller Lantin pour l’envoyer à Dijon à M' de Saulmaise; il fauldra attendre quelque aultre commodité. J’ay recouvré quelques petits fragments d’une chronique manuscrite du monastère de S* Oyen^ de la ville d’Ausche en Gascogne, où je pense que M‘‘ du Chesne pourra trouver quelques petits articles qui ne seront peut estre pas inutiles pour l’histoire de cez cartiers là, mais possible que M" Gassendi y trouvera encore quelque aultre chose plus à son usage pour quelques observations d’eclypses du siecle de Charlemagne assemblées en un chapitre et pour quelques autres petits fragments de l’ancienne astronomie qui ne sont possible pas touts si communs. J’y ay mesme trouvé ces chapitres de auri probatione et proportione ceræ et metallorum fusilibus que vous m’aviez envoyé transcriptz de la main de M'' Pictou^, ensemble le chapitre du dénombrement de poids, mais M*" Pictou avoit négligé de portraire les notes des dicts poids qui ne sont pas toutes inutiles. Je l’envoyeray à M‘‘ du Chesne si tost que M"" Gassendi l’aura veu. Il y pourra cependant reserver place en quelque apendice de ses volumes de la seconde race. Je vous conseille d’attendre l’issue de vostre afl'aire de Rome et de ne vous point engager facilement

‘ Le secrétaire de Peiresc a très nettement écrit S‘ Oyen pour S‘ Orens ou S‘ Orient [Orientus). Voir sur ce monastère le considérable travail de feu M. l’abbé F. Ganéto : Prieuré de Saint-Orens d’Auch, étude historique et monumentale depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours (Auch, 1878, grand in-8°). — On trouvera l’analyse de la chronique dont

parle ici Peiresc dans le Catalogue des manuscrits des fonds Libri et Barrois pai’ M. Léopold Delisle (Paris, 1888, p. 80- 84). Ce manuscrit porte aujourd’hui le n° 456 dans le fonds latin, nouvelles acquisitions. M. Delisle lui donne ce litre : Traité de comput et mélange de notes diverses, à l’usage de l’église de Saint-Orient d’Auch.

’ Sans doute pour Pithou.

[1636] AUX FRÈRES DUPUY. /43i

que vous n’y ayez veu plus clair. Sur quoy, vous réitérant mes trez humbles remerciements de la continuation de voz bons offices et à M’’ du Puy vostre cher frere, je demeureray à tous deux,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresg.

A Aix, oe 8 janvier i63C

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Alonsieur,

Vostre despesche du à midy venüe par la grande routte de Paris à Lyon a esté plus heureuse que celle de mon frere, qui par le deslour de la Bourgogne est demeurée accrochée' parmy les neiges, en sorte que l’ordinaire de Lyon du ix*"® ne s’en est peu charger com’ il a faict de la vostre, non sans beaucoup de mortification pour moy et pour la pluspart de nostre monde, qui n’a pas receu ses lettres ordinaii'es et qui ne les attend pas devant le prochain courrier de vendredy qui vient. Il yavoit deux lettres pour AP et Madame de la Fayette, que je luy envoyay incontinant par un postillon qui portoit le pacquet de AP*’ le Mareschal, et fis part à AP de la Fayette par niesme moyen de ce peu que je peus de vostre relation du 4^ dont je vous remercie trez humblement, bien marry que les choses se portent à de telles aigreurs, à. cause du mal qui en peult reuscir^. Alais je pense qu’on y aura depuis mis bon ordre. Je suis bien aise qu’ayez receu les

' Vol. 718, fol. 220.

* Voir dans le Recueil Avenel (t. V, p. 389) la lettre du cardinal de Richelieu à Louis XIll, datdede Ruel, 4 janvier 1 636 , <]ui commence ainsi : irLes extresmes inso-

lences que M" du Parlement ont commises aujourd’huy, selon que AP le (Ibancelier, qui est icy, m’a rapporlé, m’ont obligé d’aller dès. aujourd'huy coucber à Paiis.f' Voir la note du savant éditeur sur l’oragensr

trois fajrots de M^dii Goudray et celuy de M*’ Fabrot. Et m’imagine que tost ou tard M*" du Goudray vous debvra parler françoys puisque c’est avec vous principalement qu’il luy l’ault s’entendre. J’ay veu la lettre de INF Valeran et persiste tousjours en mon opinion que vous en viendrez à bout avec un peu de temps de plus. Il me souvient que le cardinal Barberiu me refusa de présenter une supplique au pape pour l’obediance d’un religieux qui desiroit aller en terre sainte, s’en remetlant au general de l’ordre, et un an aprez ce general estant revenu à Rome, il se souvint de luy en parler à sa première audiance, et fit mon affaire sans regret ayant guary son scrupule. Et toutefoys sur une aultre pareille grâce ayant moy escript à un banquier avec deffences d’enqiloyer mon nom et d’en parler au dict sieur cardinal Barberin, moyennant 3 pistoles, la supplique fut présentée à sa Saincteté par un vallet de chambre et signée en deüe forme quelques joui’s avant (jue l’aultre du general pour un aultre religieux. Aultant vous en adviendra-t-il soit d’une façon ou d’aultre.

.l’av esté toute la semaine passée la plus part au lict ou à la chambre pour ma suppression d’urine, dont je me trouve grâces à Dieu fort bien remis à présent, et à quelque chose malheur a esté bon, car cela m’a donné un peu de relasche des aultres fascheuses affaires et occupations qui sont demeurées en surcéance pendant ce temps pendant le((uel j’ay desrobé quelques heures pour escrire au moings mal que j’ay peu en ce mauvais estât, k M*' de Saulmaise, à M"" Grotius, à AF Rigault, et tà divers aultres de noz bons amys, ayant envoyé à dioictute à Dijon celles de M"" de Saulmaise, vous suppliant d’accompagner les aultres des excuses requises pour le retardement, sçaichant comme vous faictes si elles sont admissibles et légitimés ou non , dans les malheurs qui m’ont assailly inesperement, sans oublier de m’excuser vous mesmes, si je manque à mon debvoir en vostre endroict et de

st'aiice du vendredi 4 janvier à la Grande [Recueil Avenel, p. 892) le Discours à fane Chambre , note où est cité un l'écit fort cir- par le Roy à M'‘ du Parlement, que Sa Maronstancié des Mémoires de Talon (édition jesté mande à Saint-Germain, sur le sujet du Petitot, t. I, p. 122-125). Voir encore refus de vérification des édits.

[1()36] AUX FRÈRES DUPÜV.

Monsieur du Puy, vostre digne frere, ne faisant que trop et trop souvent par detfault de pouvoir et de forces pour tant, et non de bonne volonté, vous estant absolument desvoüé comme je suis à run et à l’aultre, et priant Dieu qu’il vous rende le centuple de voz charitables offices, comme.

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce janvier i636

GXX

A MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUV,

À PARIS

Monsieur,

Voicy la troisiesme foys que vostre despesche venüe à Lyon par la grande routte est arrivée avec celle du Roy par le courrier ordinaire de Lyon en Provence, sans que celle de mon frere passée par la Bourgogne ayt peu arriver à temps à Lyon pour y estre joincte nom plus que la pluspart des aultres lettres de Provence. De sorte que n’ayant pas la relation de mon frere, ne voz extraicts des propositions qui ont tant faict de bruict, il ne nous a pas esté peu de satisfaction de voir cependant ce qu’il vous avoit pieu nous en escrire par voz dernieres du xi, d’aultres ayant icy receu des lettres et advis de certain papier soubstraict par l’Hermite du mont Valerien^, et envoyé au sieur Laisné^, avec deux tesmoings secrets, qui sembloit un compte du moine bourru, mais on m’a vouleu asseurer que AP d’Aubray l’a escript comme véritable. Je vous renvoyeray voz feuilles si tost que je les auray receues

‘ Vol. 7*8, fol. 293.

■ Pseudonyme d’un pamphlétaire dont le véritable nom n’est pas connu.

^ Laisné, conseiller au parlement'de Paris, était, d’après les Mémoires de Talon, le

IJU

chef de l’opposition dans l’affaire des édits à vérifier. C’est ce personnage qui est traité d'insolent dans le discours dicté au roi par son premier ministre et cité dans une des notes de la lettre précédente.

(MPRUtriKE NATIOtAIE.

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et parcourues. Pour le retardement de l’arrivée en voz quartiers de nostre ordinaire du premier de l’an, vous ne le devez pas trouver estrange, car au lieu qu’il devoit arriver à Lyon le il trouva tant de neige de Pierre Latte ^ à Lyon qu’il y en avoit plus de six pieds ce m’a-t-il dit, et ne pouvoit pas faire 3 postes par jour menant ou s’accompagnant d’aultres qui menoient des hommes pour oster la neige et faire le chemin, de sorte qu’il n’arriva à Lyon que le lundy 7“*^ et consequamment n’en sera party que le mardy qui estoit le jour destiné à son arrivée à Paris. Mais vous l’aurez eu le lendemain de la datte de voz lettres à mon advis. Tant est que je suis bien d’advis que mon frere fasse ed’ort dezhormais pour vous envoyer ses despesches le vendredy à midy s’il peult, avec [sfc] qu’elles viennent par la grande routte comme les vostres avec la despesche du Pioy, qui a prévenu de 3 ou û jours l’arrivée des aultres despesches les deux dernières foys, et celle cy je ne sçay encores quand nous la recevrons. Au reste je suis en extreme appréhension du voyage de AP de Thon à Colmar dans la rigueur de l’hyver, et dans la nécessité de toutes choses en une si longue traicte, par des montagnes. Et prie à Dieu que la mesme rigueur de l’hiver aye constraint l’eimemy de quitter son blocqus, pour faciliter cet avitaillement, et n’y adjouster pas la nécessité de combattre aprez un si grand travail et de si longues et pénibles courvées. Nous n’avons rien icy que des grands ravages de la mer agitée par un furieux lahecli^, qui fit périr un navire ollonoys^ à l’emboucheure du port de Marseille, à faulte d’y estre voulu entrer, de crainte d’une debtention pour nostre armement. Elle jetta desbatteaux du port sur le cay et inonda plusieurs magazins de bled. Au Martigues ell’ a jetté en terre ferme bien avant toutes les barques qui se trouvèrent au port de Bouc, et razé partie des nouvelles fortifications des environs de la

‘ Pierrelatte est un chef-lieu de canton du dé})artenient de la Drôme, arrondissement de Montéiimart, à 21 kilomètres de celte ville, à 65 kilomètres de Valence.

’ Nom provençal d’un vent du sud-ouest

qui souffle sur les bords de la Méditerranée. Voir les Dictionnaires provençaux de Gabriel Azaïs, de Frédéric Mistral.

^ G’est-h-dire du port des Sables d’Olonne (Vendée).

AUX FRÈRES DLPUV.

Tour, emporté touls les ponts et palissades du Martigues, bien avant dans l’estang, l’eau estant montée à plus de liuict pieds plus hault qu’elle n’avoit faict de mémoire d’homme aux plus haultes marées et labeschades\ ce qui nous faict attendre avec une merveilleuse impatiance des nouvelles de Cannes pour voir si l’oraige aura passé jusques là où je vouldroys bien qu’il eust abysmé tout ce qui y reste des galeres et vaisseaux de l’ennemy. Si les lettres en viennent à temps, vous en aurez part. J’attendray l’inventaire du registre de M*" Saumaise, m’imaginant que j’y rencontreray sans doubte quelque bonne piece s’il est si vieil comme vous dictes. Je suis infiniment aise d’apprendre qu’il veuille sesjourner deux moys à Paris à son retour, et qu’il soit si résolu de faire effort pour se desbarrasser de la Bourgogne, mais je doubte qu’il luy soit si aisé de l’executer comm’ il se le promet, attendu que partout la besoigne et occupation le suit, et l’attache insensiblement. Je ne doubte poinct que M*' Bigault ne luy eusse confié l’original du Syncellus, parce que c’est véritablement en cez occasions que l’on ne doibt pas estre si scrupuleux d’en accommoder des gentz de lettres de cette qualité. Mais il n’y aura rien de perdu, s’il retourne à Paris en mars comme il m’a escript, et s’il a moyen de s’y arrester deux moys, ce que je souhaicte bien et qu’il le peusse faire pour tousjours, car ce voyage de Hollande n’est poinct trop à mon gré, puisque l’air luy est si mal compatible et les mauvaises humeurs des gents de lettres du pais, dont la conversation luy devoit plus tost servir de consolation pour l’y attirer et retenir, et vouldroys bien qu’on le peusse arrester en France ou ailleurs en païs chrestien. Je luy escrivis par le dernier ordinaire ^ et en ay depuis ‘receu une seconde lettre de Dijon sur mon mémoire des tactiques^. Je travailleray du costé d’Italie pour

‘ Nom provençal des tempêtes occasionnées par le vent dn sud-ouest. Dans Lou Trésor dou Felihrige Mistral a rappelé l’emploi qu’il a fait du mot dans son beau poème de Mtreio : rr La labecliado siblo. n

^ Nous ne possédons {)as celte lettre; il existe dans le registre VI des Minutes de

ringuimbertine une lacune entre la lettre à Saumaise du a octobre i63A et la lettre au même érudit du 22 juillet i636.

* Voir cette lettre, du 7 janvier t636, dans le fascicule V des Correspondants de Peiresc, p. 42-46.

/i3G LETTRES DE PEIRESC (iG36|

tascher de l’y servir, mais le temps ne peult estre que bien court en ce païs là où les choses vont tant en longueur. Je ne manqueray de taire tenir vostre boitte de dévotions à M" le R. P. Doin du Puy par le ])rochain ordinaire d’Avignon qui passera par icy dans douze ou quinze jours, vous n’en devez poinct avoir de regret. J’ay grande honte de n’avoir mérité l’honneur du souvenir de M‘‘ de Bellievre, et luv en suis bien redevable comme de la bonne réception qu’il a daigné faire à mon frere, laquelle il fault imputer à voz bons offices, comme tout ce que vous ne cessez de nous procurer de bien à touts deux, ii’y ayant rien en nous qui ne soit indigne de tant de faveurs que vous nous faictes et que vous nous procurez de vos amys. Mais vous suppléeriez bien de plus grands manquements que les nostres, avec la surabondance de voz honnestetez auxquelles seules nous pouvons recourir pour un peu de descbarge en attendant que nous puissions nous acquitter de quel- (|ues elfects de nostre dévotion envers voz amys et envers vous, Monsieur, comme

vostre irez humble et trez obeyssant serviteur, DF Peiresc.

A Aix, ce mardy matin 22 janvier i636.

J’ay oublié de ma^er à mon frere que M*’ le comte de Carces est icy de retour de Cannes depuis troys jours pour y estre une semaine et s’y en retourner, y ayant esté fort bien accueilly et caressé L

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despecbe du 18 accompagnée des belles singularitez que vous avez accoustumé d’y joindre, et suyvie de deux aultres

■' Vol. 718, fol. 22/1.

despeches de mon frere, l’une de inesine datle que la vostre elPaullre de la precedente semaine qui estoit demeurée en arriéré par les neiges de la Bourgogne, toutes deux remplies aussy de mille gentillesses vendes de vostre part dont je ne vous sçaurois assez rendre des remerciements trez humbles, m’en recognoissant infiniment redevable à voz cliaritables oRices dont il faudra remettre à Dieu la l’emuneration puis que tant plus vous augmentez le comble de mes obligations tant plus vois-je augmenter ma foiblesse et mon impuissance de ne m’en pouvoir jamais revancher quasi de la moindre parcelle. C’est pourquov il faudra que ce soit la surabondance mesme de vostre honnesteté que vous preniez le premier et principal acquittement de mes debtes en attendant que j’y puisse contribuer quelque chose encore de ma part, si je suis assez heureux pour en rencontrer quelques dignes moyens. A quoy je n’espargneray pas à tout le moins ma bonne volonté toute entière et tout mon foible crédit. Je suis bien ayse que vous ayez enfin receu quoyque tard ma despeche du premier et qu’ayez faict tenir à M*" de Thou le pacquet venant de Levant à luy addressé, bien marry qu’au lieu de faire le voyage de la cour, il luy faille songer à celluy de Luxembourg ou choisir pour son mieux celluy d’Alsace, m’estant flatté jusqucs à ce poinct et jusqu es à ce qu’il m’apparoisse du contraire, de me persuader que ces grandes pluyes et ses (sicj grandes neiges auront tant donné d’incommodité aux armées des ennemys de la France quelles auront esté contrainctes de quitter le blocus de Colmar et de Celestar^ et l’entreprinse du costé de Luxembourg. Dieu veuille avoir exaucé noz vœux et ouvert quelque voye nouvelle à M'' de Thou de venir faire un tour à la cour tandis que mon frere y est encores, car pour le faict de l’animal estrange, puisqu’on s’est résolu de laisser passer la rigueur du froid pour ne luy faire courir de fortune sur le chemin, je vois bien qu’il ne sçauroit plus arriver à la cour que bien avant dans le beau temps auquel AF de Thou sera trop avant engagé dans des expéditions militaires, mais cependant ce nous sera tousjours quelque consolation

* Sclilesladt , à 45 kilomètres de Strasbourg (Alsace-Lorraine).

quand ou y pourra suyvre les ordres et prendre les addresses qu’il luy aura ])leu donner pour ce regard à cez Messieurs qui ne font leur capital que de l’iioneur de sa protection principalement. Ce qui nous faict attendre sa response avec une dévotion non pareille sans laquelle cez Messieurs n’osent prendre aucune sorte de resolution. J’ay veu voz dernieres lettres de Rome qui commencent à me mettre un peu plus en peine que devant, mais je suis pourtant tousjours butté là que vous en viendrez à bout veuille t’on ou non avec le temps et la patiance et que vous y trouverez mieux vostre compte qu’à toute aultre sorte de propositions quoy qu’on vous puisse dire au contraire. Si j’eusse sceu que M"" \ alloys eusse esté attainct de si grandes incommoditez aux yeux je me serois bien gardé de m’addresser à luy pour la conférence du manuscrit du Syncellus puisque j’avois sceu d’ailleurs que le vieux manuscrit estoit d’escripture si elfacée et de si difficile lecture. 11 fauldra se donner la patiance d’attendre le retour de M" de Saulmaise à Paris, puisqu’il nous promet que ce sera au moys de Mars, mais si il le differoit je presserais M"" Rigaud de le luy vouloir envoyer à Dijon par des voyes bien asseurées qui ne peuvent pas manquer ce me semble en toutes les saisons de l’année de ce costé là. M"" de Saulmaise m’a escript une aultre lettre concernant les autbeurs Grecs militaires que je ne trouve pas moins notable que celles que vous avez voulu voir. C’est pourquoy j’ay creu la vous debvoir envoyer comme je le feray aussytost que j’y auray pris les instructions necessaires pour faire venir d’Italie s’il est possible tout ce qu’il en desire. Vous aurez depuis receu je m’asseure ma despeclie du 8“'" et y aurez appris l’arrivée et partement de la balle de livres du cardinal Barberin, attendant des nouvelles de Rome quand on l’y aura peu recevoir pour vous en donner advis. Au reste nous avons icy MM’Evesque de Nantes^ depuis dimanche au soir qui s’en va demain au Martigues pour faire reparer les nouvelles fortifications de la tour Bouc que la derniere tempeste du labesch avait quasi toutes abbatues. Il doibt estre icy de retour dans deux

Gabriel de Beauvau.

[IGSG]

ou troys jours pour concerter avec les procureurs du pays des nioyens de résister à l’ennemy, car il croid fermement que les préparatifs de Barcelone soyent pour nous venir attaquer si ce n’est pour le Languedoc, ce que je croyrois plus volontiers. La maladie du rlieume de .AL de la Fayette qui l’a faict revenir à Brignolle (pour s’y prevalloir de la commodité des médecins et des remedes qu’on y avoit faict venir pour le petit marquis de Vittry) a faict cesser et interrompre la suilte du diere (sfr) qu’il avoit commencée et si courtoisement continuée depuis la descente des ennemys jusques à la fin de l’année passée. .Je n’ay rien appris depuis l’autre jour qui mérité de vous en entretenir, le bruict ne s’estant pas trop bien vérifié des ravages de la tempeste dans le frioul et spécialement du naufrage de deux galeres que d’aultres avoient voulu réduire à une barque. M’estant trouvé engagé en des occupations fascheuses qui ne m’ont pas permis de m’en enquérir ne de faire chercher des personnes qui m’en peussent donner de plus certaines nouvelles. Les vers de M"" Sirmond pour Ms*- le Ghancellier '■ sont du style qu’il avoit tousjours si dignement tenu et viendront tout à poinct pour servir de digne passeport à la despeche qu’il faudra faire à Rome dans deux jours avec la petite dissertation du P. Petau, dont je vous réitéré mes trez humbles remerciements et excuses enverz noz bons seigneurs et amys auxquels je ne sçaurois à ce coup non plus escrire que devant à mon trez grand regret, estant de tout mon cœur.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 28 janviei’ i636.

Si l’on vous adresse ho escus de Touraine pour faire tenir à un bon P. Minime, je vous supplie de les recevoir et faire bailler incontinanl au sieur Claude Simonet, marchand en la rüe S‘ Denys au Pavillon

‘ Le nouveau chancelier Pierre Séguier, qui avait succédé à Étienne d’Aligre (décembre i635).

lp:ttkes de peiresc

/l'iO

royal, et d’en prendre lettre de change à Marseille payable à ce bon pere ou autre pour luy, par Messieurs Lambert et de Gastines. Et m’excusez de la peine b

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despecbe du 2 5 du passé un jour plus tard seulement que les jours de coustume et envoyay en mesme temps à AL le sacristain Valbelle vostre lettre à luy adressée; il aura peu vous respondre par ce courrier s’il y escbeoit. Ce fut par une grande besveüe que j’oubliay de vous accuser la séparation aussy bien que la réception des livres du cardinal Barberin, vous suppliant de me pardonner cette faulte. Je n’envoyay que les troys ballots cottez du nom de son Eminence, et ce fut si précipitamment que je ne les desveloppay pas seulement, m’estant contenté de voir qu’il n’y avoit rien de mouillé, car il fallut remballer aussy tost, et envoyer la nuict mesmes au Aîartigues pour une barque laquelle fit voille le lendemain pour Rome avec des bons passeports. Le rolle que vous m’aviez envoyé fut cause de ce desballage, car sans cela tout coiiroit fortune d’aller à Rome sans desballer dans cette presse. Je vous remercie de tant de seing à me procurer touts cez beaux livres curieux. Mais je n’ay encores peu venir à bout de mon libraire pour la relieure du volume de AL de S‘ Amand Tristan^ afin d’en lisre quelque chose pour en pouvoir parler à l’autbeur. Combien que je ne suis gueres en estât de voir des livres quels qu’ils puissent estre, puis qu’il plaict à Dieu, parmy noz inquiétudes domestiques si mal compatibles avec des medi-

‘ V()l. 718, fol. 227.

’ E'ouvragp df^jà mentionné : Commen-

taires contenant l’histoire générale des empereurs, impératrices, etc. (i6S5, in-fol.).

[I63G] AUX FRÈRES DUPÜY. m

tâtions et des divertissements de cette nature, mais si fauldra t’il en voir quelque chose, vous suppliant de m’ayder à obtenir excuse du retardement, si vous le voyez. Je vous envoyé la dernière lettre de M*' de Saulmaise, ayant escript en Italie pour les livres tactiques, et pour le Porphyre de M*" Grottius. Vous aurez peu voir ])ar ma lettre à M" Rigault, comme je m’en remettoys au retour qu’il fera à Paris pour le Syncellus, pour ne l’importuner à contre temps.

Je ne sçay si M'’ du Ghesne aura tout veu à Chantilly' et s’il n’y avoit pas des libvres ailleurs, mesmes à Pesenas^. M*' Saumaise trouve à glaner en beaucoup de livres que d’aultres négligent, vous vous souviendrez du volume des eclogues dont on estoit si desgousté contre son sentiment. Je croys qu’il y aura des bonnes pièces sinon pour les uns, ce sera pour les aultres et que M*’ de Saumaise n’y plaindra pas sa peine, ayant desja prins plaisir de voir l’inventaire de ce volume ou registre des affaires de Milan et de Genes. Si l’on pouvoit faire marché en bloc, de le transcrire tout, je pense que cez Messieurs de Genes qui ont les relations dont vous avez veu l’indice, seroient bien aises de l’avoir et se rendroient plus soigneux de faire transcrire ce que nous en avions demandé; que si cela est trop cher, j’en feray volontiers transcrire une douzaine de pièces : des traictez principaulx de Genes, Vintimille^, Albinque^ et des mariages et des traictez de nostre René et de son fdz et frere. Au reste je prie Dieu incessamment pour le favorable, succez de ravitaillement de Colmar, afin que M^*" le cardinal de la Valette vous r’ameine M*’ de Tliou, confiant en la bonté divine, et

‘ Dans la bibliothèque du maréchal duc Henri de Montmorency, décapité à Toulouse le 3 O octobre 1682.

■ Montmorency, comme gouverneur de la province de Languedoc, avait séjourné h Pézenas avant de suivre Gaston d’Orléans dans sa révolte contre Richelieu.

* On sait que des comtes de Vintimille (en Piémont, dans la province de Porto-Maurizio ) descendent les Vintimille de Provence.

Voir sur le comté de Vintimille : Les comtes de Tende de la maison de Savoie, par le comte de Panisse-Passis (Paris, Firmiii- Didot, 1889, in -fol. , passim), l’ouvrage tout entier étant consacré à rr l'illustre et puissante maison de Vintimille Lascaris- Tenden.

* C’est-à-dire Albenga (Alba Ingaunorum), ville d'Italie, à 64 kilomètres de Gênes.

HfPRntCBIS NATIONALE.

au temps qui s’est raddoucy, et me conjouyssant avec vous de sa resolution de perdre ce qu’il a mis à l’ambassade du Levant, où il gaignera le centuple, et à tout le moings tout ce qui luy reste de bien, qui seroit peu quand il y en auroit mille foys aultant, à la maniéré du temps courant. Je suis tousjours.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 5 febvrier i636 *.

GXXIII

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

À PARIS

J’ay receu la vostre du i de ce moys accompagnée de celles du R. P. Dom du Puy, de M*' Valeran et de M’’ de Saumaize du 28 du passé, sans que j’aye peu lisre que la vostre seule, en ayant receu en mesme temps du costé de Lyon une aultre du dict sieur de Saumaise du 22® laquelle est de quattre feuilles et demy, sans l’avoir peu lisre nom plus^ ne une assez ample de M" Golius. Tant je suis assassiné et obsédé pour le présent à lutter contre des gents qui sont plustot des luttins que des hommes raisonables Mais Dieu sçait mieux que. nous ce qu’il nous fault, et jusques icy j’ay esprouvé que toutes les surprinses qu’on m’a voulu faire ont reuscy à rebours des vœux des entrepreneurs, de sorte que j’ay faict une espèce d’habitude au mal, et commance à trouver de la consolation partout.

Le fagot des livres du P. Mercene qui seroit tout demeuré par les chemins est enfin arrivé depuis troys jours entiers, pas que je Paye nom plus veu que le reste, si ce n’est ce que vous aviez escript sur

' Vol. 718, fol. 228. — “ Cette lettre si considérable du 22 janvier i636 doit être perdue, car je ne la retrouve nulle part. — ^ Peû’esc veut parler de son neveu et des partisans de cet indigne neveu.

[Î636] AUX FRÈRES DUPUY. IxlxZ

l’envelope de vostre main pour le contenu des 5 exemplaires du P. Mercene, un supplément d’un aultre, deux de M*” Bosquet et deux aultres d’Elzevir. Mais il n’y a rien de mouillé, ne qui ne soit bien conditionné, dont je vous remercie Irez humblement, et du libvre de Gampolini de M" de la Motte ^ à qui je suis infiniment redevable de l’honneur de son souvenir. Si tout cela fut arrivé un jour plus tost, j’eusse bien eu de quoy charger l’ordinaire de Rome, à qui je baillay une petite boitte pour D. du Puy. Je fis tenir vostre lettre à M*" le sacristain, et suis bien aise qu’il s’aquitte comme il fault de son debvoir. Je vouldrois bien pouvoir servir M"" Board pour l’amour de son mérité et du vostre du costé de Rome, et si nous le voyions icy en passant, nous tasclierions de pressentir de luy ce qu’il pourroit desirer de nous, et si vous jugiez que je puisse rien pour son service vous auriez tort de n’en disposer absolument comme vous le pouvez et le debvez.

Il me tarde bien d’apprendre par les advis mesmes de M" de Thou le succez de son voyage d’Alzace. Et qu’il soit à la cour en bonne santé avec son cardinal^, vous suppliant trez humblement de pardonner la négligence qui me fit envoyer trop tard à la poste le paquet dont vous vous plaignez à raison, et qui vous a tenu en une peine, que je n’avoyspas évitée; je seray plus diligent si je peus à l’advenir, mais à ce coup je ne vous sçauroys entretenir à souliaict. Il est vray qu’il n’y a pas de nouvelles qui vaillent la peine d’estre escriptes , et que je suis inviolablement. Monsieur,

A Aix, ce iQ febvrier i636.

Je viens de recevoir présentement ung pacquet de lettres de Dijon,

‘ F. de la Mothe-le-Vayer publia en 1 636 le Discours de la contranété d’humeurs qui se trouvent entre certaines nations , et singulièrement entre la françoise et l’espagnole, etc. (Paris, in-fol.). Ce discours, dédié au car-

dinal de Richelieu, est donné par rauleur comme la traduction d’une pièce italienne de Fabrfaio Gampolini, Véronois, (|ui na jamais existé.

’ Le cardinal de la Valette, à l’armée

tant de M'' le conseiller de Saulmaise, père de M*’ de Grigny, et de i\D son lilz du k de ce moys, que de M"" Lantin, conseiller, mais je n’en ay sceu lisre que la datte, craignant que mon pacquet ne demeure comme il lit dernierementL

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUV

À PARIS

J’ay receu la vostre du avec les curiositez dont vous l’aviez accompagnée et dont je vous remercié trez humblement, surtout de la bonne nouvelle de l’esperance où vous estes, de voir bientost M*" de Thou, aprez un si honorable voyage comin’ est celuy de ravitaillement de Colmar, dont je vous félicité, et me conjouys à l’advance tant avec vous, Monsieur, et Monsieur du Puy, vostre digne frere, et touts les plus chers supposts de l’academie, comme avec luy inesme, attendant de luy escrire par le prochain. Dieu aydant, car je suis si accablé d’embarras que je ne sçay où me tourner pour le présent, et vous supplie me vouloir excuser, si je ne puis encores satisfaire aux aultres chefs qui estoient demeurez en arriéré dez le précédant ordinaii e. Ayant eu à soldater^ toutz cez jours et à me delfendre des plus grandes brigues que j’eusse encores eües à combattre et ayant bien eu de la peine à faire conclurre messieurs les gents du Roy, à ce matin, qui sont encores passez bien plus oultre qu’il n’eust esté expédiant, mais tout est pour le mieux. Dieu m’ayant jusques icy faict voir qu’il avoit plus de soing de mes interests que moy mesme. Pour M*" de Saumaise, j’ay bien jetté les ieulx en courant sur sa grande lettre, mais il y a

(luquet, comme nous l’avons vu, J.-A. (te Thou e'iait attache'.

' \oi. 718, fol. 280.

^ Combattre. Le mot, ([ui n’a jamais été

très employé, ne se trouve ni dans le Dictionnaire de Richelet, ni dans celui de Trévoux. La Gurne de Sainte-Palaye ne l’a pas enregistré dans son Glossaire.

11636] AUX FRKUES DUPUY. /j/i5

bien des observations notables de cette langue Ægyptienne qui méritent plus d’attention que je ne luy en sçauroys donner à cette heure pour luy res])ondre coni’ il l’ault. Je pense bien que nous ne tarderons possible plus guieres d’estre csclaircys de ce que nous aurons à devenir. Cependant je vous conjure de me pardonner et de m’impetrer mesnie pardon des amys auxquels je suis reliquateur de mon debvoir, et de m’advoüer tousjours, s’il vous plaict,

Monsieur, pour

vostre trez humble et trez obéissant servileiu', DE Peiresc.

A Aix, ce 19 febvrier lô.SG'.

exxv

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Vostre despesche du 15“*^ arriva sammedy, de meilleure heure ([ue de coustume, avec celle de mon frere, et tout plein de gentilcsses venües de vostre favorable main à vostre accoustumée, dont je vous rends mes trez humbles grâces et particulièrement de la participation des deux lettres de Rome, où j’ay prins plaisir de voir, sur le deslail de ce nouveau différant des Vénitiens, des particularitez que je ne sçavoys pas, auxquelles j’ay creu debvoir joindre ce peu que m’escript de plus le sieur de la Ferriere^, que je vous supplie pourtant de vouloir tenir secret en ce qui concerne le voyage du cardinal y mentionné^, pour bons respects, comme je vous supplie aussy de vous abstenir de dire à M"" Valoys les vrais subjects du retardement de son expédition, n’ayant pas voulu neantmoings vous en rien celer, m’asseurant que vous n’en direz que ce qu’il faut pour l’excuse desirée de la part du

' Vol. 718, fol. aSi. ^ Le cardinal Alphonse de Richelieu.

* Le médecin Jacques de la Ferrière dont archevêque de Lyon, à la maison duquel il a ét(* question plus haut. le docteur était attaché.

sieur Bouchard, de crainte que si cela estoit divulgué, la chose ne luy peusse nuire tost ou tard. Vous y verrez par mesme moyen ce qu’il me mande concernant vostre affaire, c|ui seroit bien esloigné des ombraiges qu’il avoit donné subject de prendre de luy. Il fauldra que le temps en esclaircisse tost ou tard la vérité.

J’escriray si je puis au dict sieur Valoys, je dicts si je puis par ce que j’en suis encores mal asseuré, estant tousjours moings de loisir que jamais de m’acquiter de mon debvoir, avec les desordres domestiques qui m’ont assailly. C’est pourquoy je ne sçauroys satisfaire nom plus à M*’ de S‘ Arnand Tristan, ne pouvant voir son livre comme il seroit necessaire pour bien faire et m’acquitter de mon debvoir en son endroit. Car pour des simples compliments, je croys bien qu’il ne s’en contenteroit pas, l’ayant ja remercié à l’advance, tandis que son livre estoit en chemin, et si tost que j’auray un peu de relasche de mes inquiétudes d’esprit, je ne manqueray d’y songer, marry que je ne pourray pas assez dignement respondre à Son expectation; mais je puis bien vous asseurer que je n’y espargneray rien de ce que ma foible industrie pourra contribuer à son servicp et à son contentement.

Je n’ay pas mesmes peu respondre encores à M*" de Saumaise ne à M*' son pere, à peine ayant peu jetter les ieulx à la desrobée sur leurs lettres obligeantes.

Si ce registre des affaires de Milan et Genes pouvoit aller à Paris, il meriteroit d’estre transcript de bout à aultre dans les recueils de M'' de Lomenie, voire d’estre originellement logé au trésor des chartes du Roy, pour touts bons respects. Et s’il estoit en main de persone traictable, qui se voulut laisser persuader à l’envoyer jusques icy, nous deschargerions tout le monde du seing d’un coppiste et le rendrions fidellement. J’avoys envoyé l’inventaire à Genes d’où l’on me demande fort instamment s’il se pourroit transcrire tout entier, et à quel prix, comme ce sont gents qui ont peur de se mesprendre en leurs offres et réquisitions. Je plains .bien' ce bon homme M’’ de Villiers Hotman\ et

‘ Jean Hotman, sieur de Villiers, sur lequel on peut voir le tome I, p. i. Le Morm n’a pas indiqué la date de la mort de Jean Hotman.

M'’ de S‘ Marc Hotman ^ cncores pour les charitables offices qu’ils exerceoient envers les curieux, Pua des affaires estrangeres du temps^, et l’autre des langues orientales, car ils feront grande faulte au monde; je plains bien aussy le frere et M'' son pere. Mais j’ay grande compassion et grand regret à M"" Aubery®, qui estoit le plus officieux et le plus obligeant qu’on eust sceu voir, et me veux encore flatter d’esperer que sa santé puisse trouver de l’amandement^, en l’aage où il est qui n’est pas encore tant advancée

Au reste je me conjouys avec vous de tout mon cœur de l’heureux succez du voyage d’Alsace^ pour de Thou aussy bien que pour M*’ son cardinal et ne voids l’heure d’entendre qu’ils soient de retour à la cour. J’ai dict de ses nouvelles à M*’ le comte de Garces son camarade au précédant voyage, qui s’en est merveilleusement resjouy estant icy de retour de Cannes depuis avant hier seulement, où il tint pied durant tout le temps que M"" le Mareschal fut à Fréjus à l’assemblée et s’en est revenu quand mon dict sieur le Mareschal l’a tiré

‘ François Holman, chanoine de Paris, conseiller au Parlement, abbé de Saint-Médard de Soissons, mourut, selon le Morêri, au mois de mars 1 636 , âgé de soixante ans. C’était un frère de Jean. Voir l’article que lui a consacré Paul Colomiès {GalUa Orientalis, p. i6â-i65). Colomiès mentionne en cet article une lettrç d’André du Ryer à M. Hotman, seigneur de Morfontaine, abbé de Saint-Marc, conseiller au Parlement, sur sa traduction du Gulistan de Sadi (i634), une lettre de Saumaise à Golius , du 1 3 octobre i635, où l’orientaliste est appelé M. Hotman de Saint-Marc, une lettre de Théophile de Viau à M. de Saint-Marc Hotman, conseiller au Parlement, dans les Lettres publiées par Mairet (Paris, i64a, in-S"), etc.

* On sait que Jean Hotman fut l’auteur d’un traité: De l’Ambassadeur (Paris , 1609,

in-S”), réimprimé l’année suivante (Paris, in-8°) sous ce titre : De la charge et dignité de r Ambassadeur.

^ Il a été question plus haut de Du Mesnil Aubery.

‘ Les vœux de Peiresc ne furent pas exaucés : Aubery mourut avant la fln de l’année i636. Nous verrons dans la lettre suivante que ce décès doit être de la fin de février, puisque le h mars Peiresc en avait eu déjà connaissance. Un autre Aubery, lui aussi correspondant de Peiresc, mourut en cette même année i636; c’était Benjamin Aubery, seigneur du Maurier.

° Le mot âge était souvent du féminin au commencement du xviP siècle. On peut ajouter cet exemple h ceux que le Dictionnaire de Littré a tirés de Malherbe et de Corneille.

/i/iS

de garde ou de sentinelle, ayant perdu l’oexasion de se trouver là jeudy dernier quand troys galeres ennemies vindrent mettre en terre ferme trois ou quatre cents hommes pour enlever des fagots et de la chaux, qui s’enfuyrent et se rembarquèrent bientost voyant venir sur eux le dict sieur Mareschal bien qu’il ne fust que luy i8®® à cheval, dont vous aurez un mot de relation à part, et sur ce je (inis demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc,

A Aix, ce 26 febvrier i636

CXXVT

À MONSIELR, MONSIEUR DE SAIN Ï-SAÜLVEUR DU PUY

J’ay receu vostre despescbe du 22 du passé avec les larmes que j’y debvois contribuer au decez du pauvre M*" du Mesnil Aubery, qui cberissoit si tendrement et obligeoit si volontiers ses amys et serviteurs, dont j’ay encores le cœur si saisy, que je ne le vous sçaurois exprimer, ayant un grand regret au dessein qu’il fit sur ses derniers jours de se marier, dont il me donna advis, mais ce ne fut qu’aprez la conclusion de son traicté, de sorte qu’il m’ostoit le moyen de luy en dire librement mon advis, car je l’en eusse dissuadé absolument tant que je l’eusse peu. Et me doubte bien fort qu’encores que l’execution ne s’en soit ensuivie, la seule pensée n’ayt bien nuy à la quiétude de son esprit, et aydé à anticiper ses jours; ce foye bruslé et adhérant n’est pas chose qui ne puisse arriver en fort peu de temps quand la fiebvre brusle un corps affoibly. Gomme le poulmon ne se corromp aussy que

Vol. 718, fol. 282.

AUX FRERES DUPUV.

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trop facilement, avec cez ruines quand ils sont négligez, et qu’on ne crache pas tout ce qui y distille. Il ne inonstroit pas d’estre pulnionique*, ce qui eust bien paru durant son sesjour de Rome. Enfin c’estoit son heure, que je ne puis assez déplorer, et luy suis extraordinairement redevable delà souvenance qu’il a daigné conserver de mon chétif nom jusques aux derniers jours de sa vie, dont je vouldroys bien luy pouvoir rendre la gratitude condigne envers sa mémoire et ses parents, mais je suis meshuy bien despourveu des moyens de m’en acquitter, que par des simples vœux, si Dieu ne m’en ouvre quelque occasion par le passage de quelqu’un d’entr’ eux par ce mauvais païs. .le m’estonne comme vous qu’il n’ayt préféré ]\E du Plessis son neveu à sa maistresse^ pour ce légat des gravures antiques^. Et m’imagine que cette dame qui avoit tant d’inclination pour luy, de si longue main, luy devoit avoir tesmoigné de les estimer, et d’y prendre plus de plaisir qu’elle n’eusse faict si ce n’eust esté pour luy complairre davantage. Et qu’au contraire AP du Plessis, qui est si surchargé de grandes affaires, n’avoit possible pas tesmoigné d’en faire assez de cas à son gré. Car sans telles occasions je ne vois pas qu’il eusse peu rencontrer de juste subject de cette pensée. Et parce que je n’accuse pas volontiers mes amys, j’y cherche touts les plus honnestes prétextes d’excuses que me peult fournir ma foible imagination. 11 avoit eu l’année derniere une fantaisie et m’escrivit deux ou troys lettres pour m’advertir qu’il me vouloit envoyer une petite boitte de toutes ses gravures escriptes, et qu’il jugeoit les plus extraordinaires et cappables de rencontrer mes petites bumeurs*. Je l’en dissuaday le plus fortement que je peus et m’excusay sur ce que j’avoys trop peu de loisir de les examiner et y estudier com’ il eust esté requis pour luy en pouvoir dire chose qui l’en peust satisfaire, ce qui estoit bien vray. Alais je ne luy osay dire que.

‘ Litli’é cite, sous le mot Pulmonique , Montaigne, La Bruyère et Saint-Simon.

® C’est-à-dire sa fiancée, celle qu’il allait épouser.

’ Du Mesnil Aubery, collectionneur de

gravures antiques, a été oublié par l’auteur du Dictionnaire des amateurs français du xvii‘ siècle.

* C’est-à-dire flatter mes goûts , mes dispositions, mes fantaisies.

CVHItlVriMC KATIORALS.

recognoissanl mon infirmité humaine, je m’en voulois defïendre, comme de boire de l’iiipocras ou de la malvoisie, crainte que la trop grande doulceur ne fust cappable de m’ennyvrer^ et de me transporter au delà de la cognoissance de mon debvoir, et que sur les trop bonnestes ofl’res qu’il m’en faisoit, il ne tentast ma pudicité desja assez mal conservée, en son endroict mesmes, si j’y rencontroys quelque piece aultant de mon goust comme celles dont Monsieur de Thon me laissa non seulement user, mais abuser à son retour du Levant.

Au reste je ne pouvois pas dans le sentiment de cette douleur, et dans la continuation de noz persécutions domestiques, avoir de plus grande consolation (]ue celle qu’il vous a pieu me donner par de si agréables nouvelles que celles de l’beureux succez du voyage d’Alsace et du retour de M*’ de Tliou en Lorraine avec la bonne esperance (jue vous le puissiez bien tost voir chez luy, ce que je soubaicte bien ar- (lamment. Et ne j)ouvant me promettre le bien de luy renouveller de vive voix les vœux de mon tidele service, avoir moyen de suppléer en (pielque façon par l’organe de M‘ de Vallavez mon frere tandis qu’il est de par delà. Ce (pie je reputeray à trez grand heur en attendant^ s’il ne se trouvoit ])as (quelque moyen de le servir en aultre façon que par des soubaicts, coin’ il nous a fallu faire jusques à présent. Le sieur Nesnie, aulmosnier de M^*" le Cardinal de Lyon, est de retour de Rome pour s’establir en la théologale de cette ville que son Eminence luy a faict conférer, comme ayant vacqué en cour de Rome. 11 estoit bien alfamé de me raconter mille belles choses de ce monde là, et moy encores plus de les entendre , mais il n’y a pas eu de moyen d’en trouver le loisir, dans les sollicitations dont il me fault présentement parer plus que devant. Et ne pensoys pas mesmes vous pouvoir escrire, vous suppliant trez instamment de me vouloir excuser à touts cez

‘ Au sujel de celte phrase charmante, rappelons (|ue le vin de Malvoisie tant apprécié par Peiresc était libéralement envoyé par lui à ses amis. Voir ses Petits mé-

moires, Anvers, 1889 , p. ^7, et la plaquette intitulée : Une nièce de Peiresc, Claire de Fabj'i , Bordeaux, 1890, p. 9.

|!63f)] AUX FRÈRES DU PU Y. /i51

Messieurs et vous rendant mes humbles actions de grâces de voz rares curiositez, avec quoy je finis et demeure,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteui-, DE Peiresc.

A Aix, ce U mars iG36.

Il s’est trouvé une feuille de trop en l’exemplaire de l’iiistoire ecclesiastique de M"" Bosquet in lx° qui sera cy joinct, à la place de laquelle il en manque une aultre cottée i, com’ il en manque au Parnasse^ quelque aultre carton cotté Bu Biu^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receii avec la vostre du ‘iq du passé le libvre de l’an i636 que je n’ay encore peu voir que par le tiltre, mais il est malaisé qu’il n’v ait des choses qui soient bonnes à voir en leur temps. Vous remerciant trez humblement de ce soing, mais surtout de la bonne nouvelle de la prochaine arrivée de M*" de Thon dont je vous félicité aultant que luy mesme, jugeant que vous n’aviez pas moings de désir et d’interest de le tenir et embrasser, que luy de vous chérir à son acoustumée, et que la gloire avec laquelle il s’en revient avec son digne cardinal redonde® sur vous comme sur touts les siens, luy appartenant de si prez comme vous faictes. Mais ne vous pouvant entretenir à souhaict dans la plus importune presse de mon aflaire, je suis constraint d’abreger en

‘ Le Parnasse royal ëdité par l’abhë de Bnisrobert.

* Vol. 718, fol. ûdù.

’ Sons le mot redonder Littrë n’a cité

(jue des écrivains antérieurs à Peiresc, Nicolas Oresme, Euslache Deschamps, Clément Marot, Ambroise Paré.

LETTRES DE PEIRESG

[163Gj

vous remerciant Irez humblement de l’advis des epistres de Balsac^ dont je trouvay un jour le premier volume dez l’édition de l’an i 62 5 entre les mains du bon cardinal Barberin en Avignon ^ à qui l’autbeur l’avoit faict présenter ^ et il y estudioit la langue française. C’est pour- (juoy vous avez bien jugé que cez viandes creuses* pouvaient toucher ce monde là. Je plains bien ce pauvre M"" de S‘ Mars Hotmail, mais puisque son mal est sans remede, je plains bien davantage à cette heure le bon Le Jay avec sa Bible ^ et le pauvre sieur Gabriel'^, bien marry qu’il n’aye peu obtenir la prebende du delîuncf^ qui luy eusse peu estre mieux employée qu’à ceulx qui ont de quoy vivre mieulx que luy.

J’ay encor une aultre lettre que je ne sçauroys lisre de ce coup, mais la semaine prochaine Dieu aydant j’espere que les feriats me donneront un peu plus de relasche. Cependant conservez moy je vous supplie en l’honneur de voz bonnes grâces, et de celles de Monsieur de Thon et de M" du Puy. J’ay receu de Borne de la part de Doni du

' Lettres de M. de Balzac, seconde partie. Paris, Pierre Rocolet, i636, 2 vol. in-8°.

" On sait que l’édition originale des premières lettres de Balzac est celle de Paris (Toussaint du Bray, iG2 4‘, in-S”) et que le recueil eut un tel succès que déjà, en 1 627, on en était à la sixième édition (Paris, Touss. du Bray, in-Zi'’).

^ Les divers recueils de lettres de Balzac n’en renferment aucune qui ait été adressée par lui au cardinal Fr. Barberini.

^ Au sujet de cette locution qui peint bien le dédain de Peiresc pour la rhétorique de Balzac, dédain dont nous avons déjà (rouvé d’autres traces dans cette correspondance, Littré cite Bossuet, Fénelon et Molière. Le Dictionnaire de Trévoux avait cité ce vers de Corneille :

Je trouve les soupirs une viande bien creuse.

‘ La Bible Polyglotte déjà plusieui's

fois mentionnée en cette correspondance.

“ Dans la lettre d’André du Ryer à l’abbé de Saint-Marc citée plus haut, d’après le recueil de Colomiès, on lit : rrLes Chrestiens qui sont en Orient attendent avec impatience cette fameuse Bible à laquelle travaüle ce Genie des langues le Gabriel Sionite, que vous avez receu dans vostre Maison afin d’accomplir cet incomparable ouvrage. François Hotmail n’avait pas seulement donné l’hospitalité à Gabriel Sionita, mais aussi à Le Jay, comme nous l’apprend Saumaise écrivant à Golius et cité par Colomiès : rr Je n’ay peu encore bailler vostre Cosmographie syriaque au s"^ Gabriel Sionita, lequel n’est pas en la ville, mais en une maison des cliamjis qui appartient à M' Hotmail de S' Marc , où est aussi M' Le Jay et toute sa famille, n

’ C’est-à-dire le revenu attaché au canonicat de Notre-Dame de Paris.

Puy une Iiarangue dediée à M*' de Thou , sur la mémoire du feu sieur Gir. Aleandro, que j’ay receüe par la voye de la mer sur une barque partie au commancement de janvier de Rome, ayant bien regretté l’advis receu en mesme temps du rume qui travailloit le bon pere ^ en ses ieulx, mais il aura trouvé quelque moyen d’y remedier Dieu aydant, et de s’en tirer bien tost, coin’ il y avoit dez lors bien de l’amandement, et je seray à jamais,

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce XI mars i636.

J’ay receu d’Italie une relation de certaine cause aultresfoys pendante en la cour de l’Empereur concernant le Fisque, laquelle je n’ay peu examiner, mais je n’ay voulu laisser de la vous envoyer à tout bazard, estimant que possible y trouverez vous quelque mot de vostre go ust^

GXXVIII

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Vous ne me pouviez pas donner de plus doulce ne de plus agréable nouvelle que celle de l’heureux retour de M’’ de Thou chez luy et consequemment chez vous et chez les plus chers amys que le siecle presant aye sceu porter, dont je ne luy envie pas ce bonheur et la jouysçance, mais je vouldroys bien n’en estre pas si esloingné comme je suis, s’il estoit possible, ou du moings si esloigné et despourveu des moyens et des occasions de le servir avec toutes ses dépendances, dont

C’est-à-dire Dom Chr. du Puy. — “ Vol. 718, fol. 288.

LETTUKS DE PEIRESC

je me tiendroys trop heureux et trop honoré, ne sçaichant quelles actions de grâces luy rendre de l’honneur de son souvenir dans la plus grande presse et foulle de ses visites et salutations de toute la cour tant actives que passives, dont je n’oublieray jamais Tohligation, vous suppliant trez humhlement, quand la rencontre s’en offrira, de l’en vouloir asseurer. Ce n’a pas esté une moindre joye d’apprendre qu’il soit tout à faict desgaigé de cet employ du Levant, où il n’eust peu que sacrilier le meilleur de son temps, et l’en félicité de toute mon affection. Mais je vouldroys bien que s’il a plus à suyvre M^'' l’Eminentissime cardinal de la Valette, ce fust ailleurs qu’en ces pais qui tiennent si peu du clirestien. J’aymerois bien mieulx le voir ordinaire ou du moings semestre. M*' du Chesne a raison de donner luy mesnies le premier ses belles observations de la race de Charles magne ^ et vouldrois bien ({u’il en eusse peu tirer de l’estoc paternel, jusques à la race de Hue Capet^. La première commodité luy portera ce volume de Oren d’Aucb dont je luy avois faict possible plus de feste qu’il ne peult valloir.

J’ay tort de M‘‘ de Amand Tristan et le vous advoüe de bon cœur ])Our le luy dire s’il vous plaict, mais je n’ay eu quasi repos quelquonque d’une seule heure depuis cinq ou six moys en ça. Je tascheray de prendre quelque heure de relascbe durant nos presants feriats, pour luy rescrire et demander pardon. Cependant faictes luy mes humbles excuses, je vous supplie.

Je suis trez aise que M"" Valois soit reguary de son œuil tout à bon.

Je n’ay sceu voir exactement la lettre de AL de Saumaise Grigny et espere d’en venir à bout dans le prochain Dieu aydant. Alais je n’entends pas bien la ditliculté proposée par cez Alessieurs et quelles sont

' Uistoriœ Francorum Scriptores coœtanei, etc. Tome Ab ipsius gentis origine ad Pipinum regem, opéra et studio Andreæ Du Chesne ; tome II : A Pipino Caroli Magni imperatoris Paire usque ad Hugonem Capetmn. Paris, Cramoisy, i636, in-fol.

“ Six ans plus tard, Cliarles d’Auteuil de Gombaut publia, dans son Histoire des ministres d’Etat (Paris, 16^12 , in-fol., p. 87 et suiv. ) , une Généalogie nouvelle de la Maison de Hugues Capet (selon l’opinion de feu André du Chesne).

les pièces qu’ils esliineiil supposées ou altérées pour en juger coin’ eulx. Car pour moy je vous advoue que de beaucoup de choses anciennes je pense qu’il y avoit des doubles sens quasi comme de noz rebus de Picardie, et en tout plein d’aultres façons dont j’ay trouvé des preuves indubitables, principalement pour les pasquinades ou mots couverts qui avoient d’aultres ententes que celles de la lettre, tcsmoing ce que M*' Bignon descouvrit aultres foys sur cette homonymie du siecle d’or ou du siecle de pierre precieuse Neronienne ou plustost d’esmeraude soubs Constantin. Noz médaillés sont toutes pleines de ces concurrances de mystères et d’ententes sur un mesme corps, avec une gémination^ et multiplication incroyable. C’est pourquoy je courroys fortune d’incliner à l’advis de cez aultres Messieurs soubs la correction de M"" de Saumaise pour peu que j’y trouvasse de prise. Quant au sieur Bouchard, je vous sçay bon gré et vous remercie trez humblement de la charité avec (|uoy vous recevez son procédé, et vouldrovs bien comme vous que les ombrages fussent asseurement vains. Le temps en debvra esclaircir bien tost le monde et possible ramener à la raison son patron -^. Je l’espere ainsin, quoy (|u’il puisse dire et fayre pour encores.

Cette espine qui s’est enracinée dans un corps humain^ est certainement trez merveilleuse et mérité bien d’estre ap])rofondie, vous asseurant que je ne laisray en repos le Cardinal qu’il n’en ayt eu une information solennellement authentique, comme je l’en ay desja assez souvent requis. Le bon P. Mercene m’escript une aultre chose bien plus estrange, que j’aimeroys bien mieux avoir vérifiée, d’une lettre à luy escripte de Turin, pendant que M*' de Bellievre y estoit, par un de sa

Doublement, redoublement, de geininare. Littré ne cite aucun auteur à propos (le ce mot qu’il marque du signe par lequel il caractérise les néologismes. Le prétendu néologisme n’est, du reste, indiqué dans aucun de nos autres recueils lexicograpbiques.

’ Le cardinal Fr. Harberini. à la mai-

son duquel J. -J. Bouchard était attaché.

’ Il s’agit, comme s’exprime (labriei Na udé en une lettre du 99 mars i63G (fascicule Xlll des Correspondants de Petresc, 1881, p. 5i), d’un ffprunelier greffé sur l’estomac d’un Espagnol i'. Cf. Gassendi, liv. V, p. 4G4-4G5.

suitte, (jiie l’on croyoit estre M"" de la Motte \ concernant les ieulx d’un jeune Messinoys si pénétrants qu’il voyoit dans le corps humain et à travers certaine espoisseur de murailles. Je vous supplie de vous en enquérir et esclaircir tant du dict P. Mercene ou dudict sieur de la Motte que dudict seigneur de Bellievre si besoing est. Sur quoy je tinis demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

I\P de la Fayette, passant l’aultre jourz icy, voulut entrer en mon estude, et m’ayant demandé certain vase de crystal, ce disoit-il, trouvé à Quentin, jeluy monstray celuy de verre que vous m’aviez envoyé l’année derniere et luy declaray que je n’en estoys que depositaire, et que j’estoys chargé d’en faire la restitution à la première semonce comme j’estois prest à la faire. Il me dict lors qu’il appartenoit à M'' de Morfon Laine, oncle de M™® la Mareschale de Vitry; il ne me dict chose quelconque d’où je peusse conjecturer que ce gentilhomme en fusse en peine, car je le luy auroys délivré incontinant, pour le mettre dans les coffres de Madame qui estoit une commodité excellante. Mais troys jours aprez le sieur de la Fagoüe m’apporta une lettre vostre du de ce moys pour le vendiquer. Je le luy voulus incontinant remettre, mais il ne le desira pas que la commodité ne s’en presentast opportune de le faire tenir à Paris, ayant grand regret d’avoir perdu celle de madame la Mareschale à faulte d’advis, et à faulte que M*’ de la Fayette

‘ Fr. de la Mothe-le-Vayer. Constatons fjue son voyage en Italie, à la suite de M. de llellièvre, n’est pas mentionné dans V Histoire de l’Académie française. Notons, d’autre part, que M. R. Kerviler, dans son Etude sur la vie et les écrits de cet académicien (1879), l'appelle (p. 20) que ffdivers passages des écrits de La Mothe-le-Vayer nous apprennent qu’il parcourut l’Angle-

terre, l’Espagne et Yltalie à diverses époquesn et ajoute (p, ^7) : ffNous ne trouvons pas de nouvel opuscule de La Molhe-le- Vayer en iG3/i, ni en i635. C’est le moment de sa mission en Italie avec M. de Bellièvre. n

^ La lettre n’est pas datée, mais au dos Jacques Dupuy a mis celte note : Lettre de AL de Peiresc du 18 mars i636.

[1036] AUX FUÈRKS DU P U Y. /i57

lie se laissa pas entendre à derny bonclie. J’avoys lors en l’espril d’aultres importunes alïaires qui ne me laissèrent pas penetrer plus avant dans les intentions du bon M’' de la Fayette à qui j’en l'eray bien du rejirocbe (juelque jour. Cependant je ne manqueray jias d’escrire et remercier trez bumblement comme je doibs tant M‘' de Morfontaine que lYF Halligre de leur réciproque faveur en mon endroict, et si j’avovs de quoy m’en revanclier je ne m’y espargneroys pas.

Nous avons des femmes en noslre vallée de Boysgency qui faisant des cliappons, aprez avoir couppé leur creste, y antent les ergots de leur pied qui croissent sur leur teste comme des cornes. J’ay envie de faire anter sur des chevreaux, ([uand les cornes paroissent, quelque corne d’aultre animal, et spécialement de clievreul et faire d’aultres experiances notables, m’asseurant que nous y rencontrerions des merveilles si nous les suy viens à la piste de l’une à l’aultre, comme a faict un bon V. Chartreux de nostre cognoisçance qui execute ([uasi à soubaict toutes les expériences principales des eclogues de l’agriculture de Constantin Porphyrogenete, mais bien aultrenient que ne ])orte le livre et les authoritez des anciens, c’est à dire par aultres moyens U

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAUEVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu par l’ordinaire vostre despescbe du lA avec le livret cotté de vostre main pour AP Gassend (qui l’a receu) des termes de marine, dont je vous supplie me faire envoyer une coupple d’exemj)laires, car un amy m’en demande, et je seray bien aise d’en reserver un pour moy, et vouldroys pouvoir joindre à celuy qu’on me demande

Vol. 718, fol. 2.39.

IMPniVtRIK !tiTIO!tiLK.

un aiiltre petit libvret in 8’ que fit imprimer un de vos Parisiens qui avoit icy un office de thresorier de la marine, contenant les noms ])ropres de tout l’attirail d’une galère, ensemble un autre pareil de tout l’attirail d’un navire, dont j’ay oublié le nom de l’autheur, si ce n’estoit feu ]\P Maschau. Vous suppliant d’excuser mes importunitez, et vous remerciant trez humblement des deux imperfections. Mon libraire soubstient que le carton Rij n’est pas joinct à aulcune aultre feuille de l’exemplaire, mais il pourroit bien se flatter pour couvrir sa faulte, et je n’ay pas eu le temps de le surprendre pour le vérifier moy mesme.

Je suis bien aise que vostre affaire de Rome ne soit pas tant desesperée comme vous l’aviez creüe, je croys que au bout du compte vous en aurez contentement, veuillent ils ou non, et que cela mesme qui vous sert d’obstacle à cette heure, du concours de plusieurs aultres pareilles commandes, vous servira enfin de plus puissant motif d’en venir à bout par l’importance des taxes qui se rendront si considérables qu’ils n’en vouldront pas perdre les deniers revenant bons, et les feront passer à la barbe de touts ceulx qui s’y opposeroient, et l’une n’ira poinct sans l’anltre. C’est là mon sentiment, que s’il ne tenoit qu’à cela de faire passer la vostre comme invisible et à la desrobée, pour ne languir pas plus longuement en l’attente des aultres, j’y consentiroys de bon coeur si j’estoys à vostre place, suyvant mes premières pensées, quoy qu’on vous puisse dire au contraire, et tiens fermemaiit que par cette voye là vous en seriez venu à bout, dez le commencement, si on l’eust voulu suyvre et y employer quelque valet de chambre, mais puisque vous y estes tant engagé, il ne fault j)as relascher ains tenir bon.

L’on m’escript de Rome que le garde du Vatican, pour paroistre bien jaloux de sa charge, faict plus de difficulté à ce que luy demande le cardinal Barberin, son maistre, qu’à ce que luy demande le premier venu, et ce mauvais procéder ne laisse pas de luy reuscir, tant ce monde là prend de plaisir de se faire abuser, au lieu de prixser la franchise ce qu’elle peut valloir. Le sieur Léo Allatius vouldroit faire

imprimer le vray texte Grec de Georgius Acropolita ^ de certaine histoire dont M'^Dousa^ avoit faict imprimer un petit compendium fort mutilé et corrom[)u, et y a adjousté des notes oultre sa version qu’il estime le plus digne travail qu’il ait mis au jour; si quelqu’un de voz libraires vouloit entendre à cette édition, ce ne seroit pas une entreprinse des rnoings bonnes du temps, je vouldroys bien l’avoir peu servir à cela. Et vous supplie de vous en enquérir particulièrement du sieur Matliurin du Puys qui me semble plus traictable que beaucouj) d’aultres. 11 me faict feste d’un ouvrage Grec d’un philosophe Sailustius du temps de Julian l’xApostat, que je l’ay prié de me faire voir à l’advance, s’il est loisible, et qu’il ne faille pas bien du temps à le transcrire, sçaichant les diiïicultez présentes de faire mettre cez opuscules là soLibs la presse, pendant l’interruption du commerce.

àb Bouchard me fait grande instance de luy faire transcrire de la Bibliothèque du Roy, dans les volumes du Metaphraste, la vie de S‘ THEOPHANES dont les Grecs font la feste le i 2 avril. 11 dict qu’il fera payer le coppiste, mais j’y satisfera) bien s’il ne le faict. Et vous supplie d’en demander la gratification et permission à M'’ Rigault, le volume du moys d’avril desfaillant entre ceux du Vatican^. Et si quelque aultre autheur traictoit de la vie de ce sainct, il le vouldroit bien avoir, ce dict-il, croyant que ce soit le mesrne Theophanes qui a continué le Georgius Syncellus quoy que Baronius tienne le contraire*. M*' Dormalius m’escript que le suyvant ordinaire me devoit apporter des lettres du sieur Holstenius, et me charge fort de vous faire ses

‘ L’ouvrage parut à Paris en 1 65 1 , infolio, sous ce titre : Georgii Acropolike , magni logothetco , historiahyzantim ; JoelHschronographia, et Joan. Canani narratio de hello ConstantinopoHtano (Imprimerie royale).

* Georgii Logotheke Acropolitœ Chronicon Constantiiiopolitanum (Leyde, i6iA, in-8°). Les notes de Théodore Douza furent reproduites dans l’édition de i65i.

’ Voir dans le fascicule III des Corres-

poudanls de Peiresc (1881, p. 46), la lettre de J.-J. Bouchard, du 7 mars i636.

^ Au bas de la page du fascicule III des Correspondants de Peiresc, ci-dessus cité, l’éditeur a mis cette note : rr L’érudition moderne a donné raison à Bouchard contre l’auteur des Annales ecclésiastiques , et les critiques sont tous d’accord pour identifiei’ saint Théophane avec l'historien byzantin.

LETTRES DE PEIllESC

humbles recommaiKlalions, ensemble à M*' Rigault (à qui il avoit apporté (les lettres d’Ericius Puteaiius, mais il ne le trouva pas à Paris à son passage), et à M*" Deodati, à qui j’ay grand regret de n’avoir encores peu reserire et de ne le pouvoir encores à ce coup pour ma plus grande contusion et mortification; mais vous m’obtiendrez bien de luv mon excuse si vous l’entreprenez comme je vous en supplie trez bumblement, l’importunité de ma fascbeuse affaire * ne me donnant quasi pas de relascbe, durant mesme cez fei iats, tant le monde est desnaturé et enragé.

11 me reste à me condouloir avec vous de la perte domestique que vous avez faicte de l’une de voz nieces, que je plains bien avec vous. Priant Dieu qu’il vous rescompence la perte par toutes lez aultres prosperitez que vous pourrez soubaicter.

Pour le bon AP iVubery, c’est la vérité que j’ay bien de la peine à m’en rasseurer et ne pense pas m’en pouvoir de longtemps bien descharger le coeur du saisissement que j’en ay eu et que j’en ressents encores bien fortement. Car il avoit tant de tendresse pour ses amys et serviteurs, qu’il eust fallu estre de ])ierre et insensible pour ne luy en rendre toute la pareille (jui se pouvoit bumainement. J’avoys bien de la jjeine à me persuader (|u’il eust disposé en faveur de sa maistresse de tout ce que l’on disoit. Et suis bien aise que cela ne luy puisse pas estre imputé en ses derniers jours qu’il avoit tant tesmoigné de résignation et de constance à aller au devant de la mort. En un aultre temps j’eusse ])eult estre esté des enchérisseurs de (quelques unes de ses curiositez, mais en la conjoncture où je me trouve je ne doibs plus aspirer qu’à uu peu de repos et de quiétude qui me fuit tant qu’elle peult, au plus je pense la suyvre. Dieu seul nous y mènera quand il plairra à sa divine Providence et je demeureray.

Monsieur,

vostre trez humble el trez obéissant serviteur, DE Peiuesc.

A Aix, ce il fl mars i63G.

Toujours l’affaire de sou neveu.

J’oublioys de vous dire que le boidionime Doriiialius semble parler comme s’il preiidroil bien volontiers condition en France, si elle se presentoit. Ce qui me faicL juger que les choses ne sont pas là comme l’on pense ne possible chez lu y.

J’oublioys de vous dire que les vers de AF Grottius sur l’inscription contentieuse ont bien esté trouvez beaux et dignes d’un esprit comme le sien. Je vous en remercie trez humblement b

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAIN Ï-SAULVEUR DU PUY

Monsieur,

Me trouvant extraordinairement jiressé à ce coup, je ne feray que vous accuser la réception de vostre despesche du 2 1 du passé et vous taire mes trez humbles remerciements du soing (|ue vous avez daigné prendre de présenter mes lettres à AF de Thou, ne pouvant c[ue regretter l’incommodité qu’il s’est donnée de les voir et de respondre dans le concours de tant d’affaires et occiqiations de conscquance. Je luy escripts pourtant un mot et vous conjure de continuer de luy faire mes excuses trez humbles' de l’importunité.

Je loue sa courtoisie de faire imprimer le discours sur le decez du bonhomme Aleandre, et m’en ressents son obligé quasi aultant que la mémoire du pauvre deffunct. Si le pacquet le peult comporter, je vous envoyeray un petit -libvret d’histoire ([ue j’ay receu d’Italie, vous suppliant de le garder jiour l’amour de vostre serviteur, inarry que ce ne soit chose plus digne de vous. Je n’ay pas veu le livre de Canteloro imprimé par Gramoisy, sur l’histoire de Frédéric Barberousse et les Vénitiens^ qu’il me souvienne et en verray volontiers un exemplaire s il

* Vol. 718, fol. aAA. — * Canleroli (Felice), Narratio concordice inter Alexandrum III cl Fridcricuin I Venetm confinnalæ (Paris, 1609., iii-'i°).

s’en trouve plus chez ledict Cramoisy, puisque la chose a tant esclatté, ayant cy devant oublié de le vous demander sur l’indication que j’en avoys veue dans une lettre à vous, Monsieur, du R. P. Dom du Puy.

Nous n’avons pas veu les nouveaultez de libvres dont il vous avoit ])leu charger mon frere sur l’occasion du retour de M*" le conseiller de Valbelle qui n’est pas arrivé et ne sera pas vraysemblablement party avant la Pasque, en estant desjà si proche lorsque vous m’en donniez l’advis, et possible que Madame sa femme qui est en Avignon l’aura arresté là quelques jours. Cependant je m’imagine que c’est là le subject du retardement de la despesche de mon frere de l’ordinaire du 2 1'" que je n’ay pas receu, et en eusse esté en grande peine sans vostre advis, de crainte qu’ePe ne m’eust esté voilée comme d’aultres que je luy envoyoys l’année passée, ou qu’il ne fust malade, ce que je n’ay peu m’imaginer puis que vous me parliez de luy sans faire mention de maladie. Oultre qu’il s’est veu une sienne lettre par l’ordinaire escrite aux procureurs du païs.

.l’oublioys de vous dire que j’envoyay incontinant vostre pacquet à M' ie sacristain Valbelle à Marseille qui vous aura peu respondre par cet ordinaire, et que je vous serviray quant et luy pour raison de la restitution de voz papiers de S* Leons tout le mieux qu’il me sera possible.

Le libvret que je remis à M*" Gassend des termes de marine sembloit cotté de son nom au bas du Frontispice de vostre main, après quoy je n'oseroys le luy demander sans luy en promettre un pareil, comme je le pourray bien faire pour luy faire passer les monts à ce prochain ordinaire. C’est pourquoy il le luy fauldra tousjours remplacer s’il vous plaict; excusez moi de cette peine et de tant d’aultres courvées et importunitez comme ,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 1 avril 1 636

Vol. 718, fol. 'ihh.

J’avoys prins une matinée pour escrire à M'' Deodati, au R. P. Gauipanella et quelques uns de cez Messieurs les curieux tant du costé de Strasbourg que d’Angleterre. J’avoys desja faict quattre ou cinq lettres pour cet effect, mais n’ayant peu me remettre à cette besoigue, et ne pouvant achever d’escrire quelques aultres lettres qui restoient, |)our donner ordre aux adresses des uns aux aultres, je suis constrainct de remettre la partie à une aultre foys. Cependant, si M*' Deodati vous vient en rencontre, vous luy pourrez dire que ce n’est que pour m’acquitter un peu mieulx envers luy et ses amis que je n’envoye pas dez à cette heure ce qu’il y avoit de faict. M*" Gassend, qui est encore céans, avoit pareillement commandé d’escrire à ses amis et de mettre en ordre les diverses observations que nous avons recueillies de touts costez et jusque du bout du Levant de l’éclipse du moys d’aoust dernier L mais M*‘ le Prieur de la Valette en avoit quelques cahiers que je luy avoys remis, lesquels il ne vous a pas rendus avant qu’aller aux champs d’où il est attendu à ce soir et tout ira mieux et avec plus de ponctualité. Cependant je vous diray que par le rapport de ce calcul il se trouve que les cartes et globes terrestres sont faultifs de plus de 200 lieues d’icy en Alep^.

GXXXI

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUV

À PARIS

Monsieur,

J’ay reçeu vostre pacquet du 28“*" sans que celuy de M*" Luiliier s’y soit trouvé et le lendemain ceux de la poste l’apportèrent à M*" Gassend bien scellé à leur mode, à quoy j’eus un peu de regret. J’ay esté bien

‘ Voü* sur cette éclipse et sur les principaux observateurs, Bougerel, Vie de Gassendi, p. 1 65-1 66.

* Le P. Celestin de Sainte- Liduvine, carme déchaussé, frère du professeur Golius .

avait observé l’éclipse à Alep, pendant que le P. Agatbange, capucin, l'observait au Caire et que des jésuites étudiaient le phénomène en Chine.

LETTUES DE PEIRESC

/ifi/i

(lise d’entendre que le texte d’Ammian soit achevé, et qu’on soit si advancé aux notes de M*' Valloys. Je parlerois volontiers du Théophile (le M'' Fahrot que le sieur Maturin^ promettoit incontinant aprez l’Animian, et crains bien qu’il n’entrelasse quelque aultre ouvraige (jui le recule encore plus loing. Je plains bien le bon M"" du Ghesne dans l’indiscrétion et paresse de ses imprimeurs, et me tardera de voir au jour cez deux beaux volumes d’historiens authentiques et vrays tesmoings du temps Mais je suis bien descheu de la bonne esperance que vous m’avez faict concepvoir de ce traicté ex professe des descendants de Gharlemaigne, où j’estime qu’il peult nous descouvrir des clioses Irez notables et trez incogneües à d’aultres (|u’à hiy. Je luy ay envoyé le volume de Oren d’Auch, par les consuls députez du Martigues qui partirent d’icy samedi dernier, l’ayant adressé à mon frere pour le vous consigner, et vous supplier de le bailler à M*’ du Chesne à qui j’escriroys bien volontiers, mais je nesçay si j’en pourray prendre le temps, auquel cas vous ferez s’il vous plaict mes excuses, attendant que je me puisse acquitter de ce debvoir. Quant ùM'" de Saumaise, je ne sçay quand je luy pourray rendre ce que je desireroys, estant constraiiict de vous renvoyer ses dernieres lettres sans les pouvoir considérer et savourer à souhaict, mais j’en ay faict retenir une coppie j)our les pouveoir relisre plus à loisir. Cependant je vous remercie bien fort de la communication d’icelles et de celles de AF Valeran, qui viendra enfin à bout tost ou tard de vostre affaire. Si faut-il s’esclaircir du pauvre bon P. Mercerie, du nom de celuy de la suitte de AF de Bellievre qui luy avoit escript de Turin les nouvelles de ce Messinoys qui avoit la veüe si pénétrante, pour s’assurer si c’est une pure cassade^, ou s’il y avoit aulcun fondement de vérité quoy

‘ Le libraire iMatliurin du Piiy. On a deux lettres de Peiresc à ce libraire, écrites d’Aix le 19 novembre et le h décembre i635 (reffistre VI des MinuP'S à l’Inguimbertine, loi. AyO et 477).

■ Nous avons déjà trouvé mention de ces

deux pi-emiers volumes (iü3G) d’un recueil qui devait se composer de cinq volumes infolio [Historiæ Francorum scriplores, i636- 1 6 '19).

’ Sous le mol cassade , Littré n’a cité cjue deux contemporains de la jeunesse de Peiresc ,

que trop amplifiée coin’ il advient en toutes choses esti’an^jes et extraordinaires dont les amplifications corrompent le vray texte essentiel. J’ay veu des choses, si incroyables sans les voir, que je suis ([uasi aussy disposé à me laisser surprendre que tout aultre à bonne foy. Et quand il m’escrivit cette nouvelle je me souvins incontiiiant du sable de riviere et d’urine tant rouge que blanc, et aultres teintures qui semblent fort opaques à plein oeuil, et toutefoys dans la lunette de Drebels il est transparant comme du crystal, ou comme de f ambre jaulne, sans que la lunette y contribue rien qu’une plus grande disposition à y penetrer, comme à travers la crouste d’un poul et d’une pulce pour entrevoir leurs intestins assez sensiblement pour en recognoistre la figure bien qu’à plein oeuil il n’y paroisse rien qui ne soit bien opaque, et ne seroit pas inconveniant que la nature peusse produire des ieulx conformez en la sorte par la convexité plus ou nioings grande de l’humeur crystallin, cappable de faire un elTect semblable à ce que faict l’oeuil aydé par la lunette de Drebels, comme plusieurs veües font naturellement ce que d’aultres ne peuvent faire sans lunettes communes, et à travers un châssis mouillé ou huillé, sans fracture du châssis l’on peult distinguer les images externes non seulement en ombre, mais avec quel- (|ue apparance de leurs couleurs naturelles par le secours de la mouilleure ou de fengraissement de fhuile comme si l’eau ou l’huille occupoient les espaces imperceptibles des pores du papier pour les tenir ouverts et les rendre penetrables à nos ieulx par la qualité diaphane de l’eau et de l’huille. J’ay veu dans une chambre obscure, à travers un gros tapis de Turquie, exposé à une lenestre, grandement espois et opaque, tout ce qui passoit au delà de la lenestre, interposé entre le tapis et le rayon du soleil, quasi aussy apparament que à travers un châssis sans huilier, c’est à dire les figures en ombre, sans couleur, et pense qu'à travers^ un petit mur de piastre de

Matluirin Regnier (mort dès i6i3)eL Bran- légués par Lillré sont V. (.arloix et Des Aclôme (mort dès 1 6 1 4 ). Les autres auteurs al- cords.

lUVfllMCr.lE :«ATIO!«ALe .

deux doigts dans un cabinet bien obscur on verroit pénétrer quelque l’aulse clarté du soleil externe, si on l’interrompoit par le passage de (jiielque corps opaque dont le mouvement aydast à recognoistre la difl'erance du plus ou nioings obscur. Et si ce mur de piastre estoit imbibé d’eau ou d’iiuille, j’estime qu’il rendroit quelque efl'ect approchant de celuy du papier liuillé aultant que la proportion de l’un à l’aultre le peult comporter. Ce furent cez considérations qui me firent demeurer en suspens à cet advis, et quand il seroit absolument faulx et controuvé, j’ay esté aultres foys si heureux que foinlant des experiances sur des faux advis, je n’ay pas laissé d’y rencontrer des merveilles aultant et plus inespérées que celles dont on m’avoit faicl l’este. C’est pourquoy je tasebe de ne rien négliger jusques à tant (jue l’experiance nous ouvre la voye à la ])ure vérité, et si mon es])rit ])ouvoit vacquer à cez recherches avec un peu de quiétude, il n'y auroit jour que je ne fisse quelque bonne rencontre. Dieu nous en donnera le moyen ([uand il luy plairra. Pour le livre des insectes, M*' Deodati m’en a faict esperer quelque exemplaire, et bien que je commence fort, dans cez desgousts domestiques, à me lasser de la recherche des livres, est-ce que je ne me sçaurois temperer de la curiosité de voir celuy que vous dictes de ce jesuite Espagnol des plantes et animaux des Indes s’il s’en trouve à commodité. 11 me reste à vous remercier trez humblement des bons offices qu’il vous a pieu me rendre auprez de M*’ de Tliou , de ({ui je regrette bien l’indisposition ])our petite qu’elle puisse estre, car sans mentir les persones de sa sorte ne debvroient jamais avoir de mal qui les peust divertir de leurs genereux dessains pour le bien du public. Le sieur Altoniti, député de touts les marchands negotians en Ægypte, est arrivé à Marseille depuys 2 ou 3 jours et ne tardera pas de s’acheminer en cour, et de faire conduire l’animal estrange destiné au Roy, que l’on feroit mettre en chemin dez à cette heure, que le temps est un j)eu addoucy ce semble, si l’on avoit le passeport du Roy que l’on attend pour cet elfect, et sans lequel on n’a ])as courage de s’exposer à la niercy des peuples des villes par où il faukh'a le faire ])as-

[1()3()] AUX FRÈRES DUPUY. /iG?

sei'. Il faiildra l’envoyer au plus lost si laict n’a esté et atteuclaut, je (lemeureray,

Monsieur,

vostre trez liuinble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ca 7 avril i636

Pardonnez rnoy la liberté de vous escrire si precipitament rues cbettives resveries^.

GXXXII

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu par l’ordinaire vostre pac([neL du avec les deux exemplaires du livret de la marine^, dont je vous remercie trez humblement et de la recherche des aultres du sieur Aubier et aultres de mesme matière. Les lettres de M*’ de Tbou ont esté envoyées à iMarseille à temps pour en avoir la responce par ce courrier Dieu aydant. Je luy responds aussy, et suis si confus de l’excez de ses obli{![eantes otfres et munificence que je ne sçay où me cacber, et ne pense pas ({ue mes amys me voulussent avoir conseillé de les accepter, s’il y a moyen de luy en faire admettre les excuses de son serviteur, ce que i’espere par vostre moyen principalement à celle (in qu’il ne creust pas ((lie je voulusse faire le r’enchery, et qu’il ne prist en mauvaise (lart et à offense, (|ue j’eusse osé arrester le cours de ses liberalitez et

‘ V'^ol. 718, fol. 9/1G.

Ces rcsvenes intéressèrent beaucoup un illustre savant, le centenaire Eugène Chevreul, auquel je les communiquai, (juelques mois avant sa mort, par l’inter-

médiaire de son fils, mon ami très regretté Henri Chevreul. — Vol. 718, fol. 2 48.

■’ Le. livret déjà mentionné contenant les expressions spéciales en usage dans la marine.

LETTRES DE PEIRESG

profusions en mon endroict, aprez tant d’aultres belles pièces que je tiens si indignement de sa main, sans avoir sceu luy rendre aulcuiie sorte de revanche, quoy qu’à mon trez grand regret.

C’est pourquoy je vous supplie et conjure trez humblement de m’ayder en son endroict pour luy faire agreer que je le remercie du plus prolTond de mon ame de tant de bien et d’honneur qu’il me veult faire, et que j’accepte seulement l’usage pour quelque temps sans rien pi'ejudicier ne prétendre à la propriété de cette curieuse piece qu’il m’a daigné offrir de sa grâce avec tant de surabondante bonnesteté et possible par voz troj) charitables offices envers son serviteur et le vostre.

Ayant meshuy à songer plus tost (puisque l’ingratitude de mon neveu le doibt exclurre de la succession de mes petites curiositez) ‘ de chercher une personne de qualité à laquelle je puisse dedier et transmettre celles qui en pourroient estre moings indignes que de plus rien adjouster aux miennes pour augmenter le soing et le regret de les mal employer, pour ne tomber en l’inconveniant du bonhomme AI*’ Aubery, à faulte d’y avoir mieux pourveu en temps et lieu parmy mes infirrnitez, principalement pour mes pauvres livres manuscrits et surtout pour ceulx du Levant que vous avez aultresfoys estimez non indignes d’en faire quelque cas, mesmes de cez vieux Pentateuques qui sont encores de par de là^, que je n’entends pas que vous fassiez revenir de deçà si aultre chose advenoit de ma chettive persone. Tandis que je songeray à faire une disposition telle que mon inclination envers le public me pourra dicter, tant pour cela que pour aultres choses Auquel cas je tascheray de ne pas oublier mes meilleurs amys si je puis^. J’ay envoyé cez jours passez à M’’ de Saumaise,

' Voir le testament de Peiresc (22 juin 1687) publié à la suite de l’étude de M. L. Delisle : Un grand amateur français du rF/Csjèc/e (Toulouse, 1 889). L’ingrat neveu n’y reçoit qu’un legs de 1 ,5oo livres payable un an après le décès du testateur. L’iiéi itier

universel est le frère de Peiresc, père dudit neveu.

* Le pentateuque samaritain fut donné par Peiresc au cardinal François Barberini [Testament, p. 82).

’ Peiresc n’oublia ni Gassendi, ni B. Bor-

[1636] AUX FRÈRKS DU P U Y. /i69

oultre le libvre Arabe des Aniinaulx, un volume Gopbte, où je veux croire qu’il trouvera encore quelque chose à regratter, sur des rituels pour leurs mariages et aultres cbosettes qui ne seront possible pas hors de son goust et de plusieurs aultres. 11 y trouvera aussy le supplément de la préfacé à l’evangile Gopbte de S‘ Mathieu qui manquoit au gros volume des Evangiles, où il est dict que cette évangile* fut escritte en Hebreu la année de l’empire de Glaude, et la 9“® de l’Assension. J’en avoys demandé le supplément à Rome sur un exemplaire du Vatican, mais j’en ay plus tost eu la responce du grand Gayre, et l’effect tout quand et quand. L’on me redonne encore quelque peu d’esperance du recouvrement de ce grand Psaultier en six ou sept langues orientales escript par colonnes comme le Hexaples, qui me fut prins sur la mer par les corsaires, lequel j’ay faict suyvre à la piste. Si j’en puis venir à bout, je ne croiray pas d’estre si malheureux qu’on tasche de me faire. J’ay receu par l’Angleterre une cassette de M^’ Rubens où estoit l’empreinte d’un grand vase d’agathe antique enrichy de pampres de vignes et de testes de satyres, ensemble le modèle de sa contenance que j’ay trouvé estre de la juste mesure de l’Hemitrite, vous pouvez penser si cela ne m’a pas donné dans la visiere^. Il y avoit joinct un fragment de bronze antique dans lequel j’ay trouvé l’assemblage (tout d’une piece) des mesures du Gyathe, et des subdivisions d’iceluy en la Gotique, de six drachmes, le Mystrum de trois, le Didrachme ou l’As de la cueiller d’Autun, le petit Gochlear d’une drachme et la demy Ligule. Tout ce qu’il y eut de mauvais à la réception de cela et de tout plein d’aultres curiositez dignes de la grandeur de son genie, ce fut que mon pauvre esprit estoit lors accablé d’ailleurs et quasi perclus et incajipable de vérifier cez gen-

rilty, ni Arthur d’Olivier (ou d’Olivari), ni Balthazar de Vias, ni te père Minuti, mais it ne laissa rien aux frères Dupuy, ce (jui paraît inexplicable après tant d’années de si cordiales et on peut même dire de si fraternelles relations.

‘ Littré fait observer que le mot évangile a été lonjjtemps du genre lémiuiii, comme le prouvent la satire XI de Itoileau et une lettre de M'"' de Sévigné du ih juin 1 675.

^ Locution déjà mentionnée plus haut.

LETTRES DE PEIUESC

lilesses. Mais l’object ni’eniporta et me divertit une bonne lieure de cez aultres importunes pensées, et ne me fut pas inutile à mon advis, dans la nécessité que j’auroys de divertissements assez forts j)our in oster de l’esprit cez aultres occupations qui ne sont que pour me martyriser et sacrifier à l’ingratitude domestique et quasi publique.

.l’ay receu l’exemplaire des ti'agedies de M‘' Grottius avec les mémoires de M*" de Gbiverny^ et le Terence^ et le PosteP et l’Histoire de Zelande fort bien conditionnez par M*’ le conseiller de Yalbelle, et vous en suis trez redevable, mais beaucoup plus du soing que vous avez prins pour l’édition de l’Acropolita du sieur Allatius, dont je suis bien mortifié de ne pouvoir es])erer l’issue conforme aux vœux de l’autbeur. Je n’estime pas qu’il se puisse faire de dessain de rien imprimer qu’eu Hollande ou en Angleterre, où la guerre ne trouble pas les marchands libraires.

Je plains bien M*‘ du Gliastellet^ et consequemment tous sez bons amys dont vous estiez des premiers, priant Dieu qu’il vous en veuille subroger d’aultres cappables d’occuper une si digne place que celle (pi’il tenoit chez vous, et me donner le moyen de ne vivre pas tousjours si inutile et si incappable de vous tesmoigner par quel-

‘ Mémoires d’Estat sons le régne des roijs Henrij III et Henry IV, par Monsieur de Clieverny, grand chancelier de France (Paris, Billaine, iGSg, in-/i°). Les Mémoires sont accompagnés d’une instruction de Philippe lluranlt à son fils et d’une généalogie de la maison de lluranlt. P. Hurault, comte de Gheveray, naquit au château de ce nom le 90 mars i598 et y mourut le 3o juillet

^ Pnblii Terenlii Comœdice sex ex recensione Ileinsiana (Leyde, Elzevier, io3o, petit in- 19). Voir, sur les cinq éditions connues sous cette date, les observations de Ch.-A. Willcms {Les Elzevier, p. 107- 1 08).

■’ De universitale liber, in quo astroftomiœ

doclrinœve cœlestis compendium , lerrœ aptatum, exponitur (Leyde, i635, in-9A). L’édition originale, qui ne contient que la première partie du traité, est de Paris (i559, in-4°). Le Manuel du libraire, dont l’article contient de si abondantes indications (t. IV, col. 835- 84 1), indique une autre édition de Paris (i564, in-4°). On peut voir, sur Guillaume Postel (né au commencement du xvi' siècle, mort à Paris le 6 septembre i58i), divers renseignements biographiques et bibliographiques dans mon Essai sur la vie et les ouvrages de Florimond de Raymond, conseiller au parlement de Bordeaux (Paris, 1867, in-8% p. 1 1 i-i 1 6).

^ L’académicien Paul Hay du Cbastelet mourut à Paris le 5 avril i036.

[163G] AUX FRÈRES DUPUY. !û\

qiies (lignes eiïccts de mon fidele service que je suis de toute mon ame,

Monsieur,

vostre trez humble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i5 avril i636.

Depuis cette lettre escripte la boitte et figure y contenue de M‘‘ de Tbou est arrivée de la part du sieur Gela, et a bien augmenté ma honte et confusion, parce que certainement elle est si bien conservée hors du visage qui est quasi elfacé de la trop giande antiquité que tout le reste que je pensoys avoir n’est rien au prix de cela, et y a tout au plus hault dans le vase qu’elle porte en teste des espis de bled ou d’aultre sorte de grain qui ne m’est pas trop bien asseurement cogneu, qui neantmoings confirme bien la conjecture que j’avovs prinse que ce fust un vase ou une mesure du muy, quoy que figurée d’une façon bien bijearre; d(îpuis ce que j’en escripts par apostille à M*" de Thon, j’y ay descouvert une preuve certaine de l’ordre ou du sens selon lequel se doivent communément lisre les caractères hiéroglyphiques dont je ne m’estoys jamais advisé sur les aultres monuments du mesme siecle qui m’estoieiit passez par les mains. Une petite figure (piasi pareille qui fut la première que j’eus me donna quelque entrée inesperement à je ne sçay quelle apparance de notice des caractères hieroglyphi([ues du derrière b mais il y en a tant en celle cy de tous costez que j’y ay perdu la carthe de navegar’^, et n’y doihs plus rien esperer. Mais pour la figure principale je pense la tenir ])ar les cheveulx^ ou je me trompe bien, et que ce soit un lïarpocrate bien (pi’il ne tienne

‘ Un serait donc autorisé, d’après cela, à considérer Peiresc, dans sa tentative de déchiffrement des hiéroglyphes, comme un des premiers précurseurs de Chainpollion.

^ 11 s’agit d’une carte marine dont la perte mettrait le navigateur en un grand embarras. Avait-on donné déjà celle expli-

cation de la locution : perdre la carie? Littré cite cette locution sans en rechercher l’origine et sans nommer les auteurs (jui ont pu s’en servir avant ou après Peiresc.

C’est-à-dire bien la tenir, très solidement. Locution (pie je ne retrouve pas dans nos dictionnaires.

pas le doigt à la bouche, espérant de la deschiffrer assez ponctuellement et tous lesanimaulx qu’elle tient en ses mains. Au reste j’ay desjà deux vases de bronze antiques, l’un de la mesure et contenance d’un sestier à la plus ancienne mesure, l’aultre de la mesure seulement d’un Cyathe, touts deux forgez en forme de la teste d’une deité qui a tout son vray rapport à celle de ce marbre noir et des aultres pareils, ce qui ne nuict pas à la conjecture que j’ay prinse qu’il y ayt icy de l’affectation à la proportion du poids. Mais je vous supplie de ne rien divulguer de tout cecy, attendant que je puisse y songer avec plus meure deliberation pour en dire ma rastelée moings légèrement L

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-S AULVEUR

Monsieur,

J’ay apprins par la vostre du xi'"® l’agreable nouvelle de l’arrivée de .M'' de la Fayette en bonne santé, et une autre encores plus importante et plus sensible de la grâce que M"" le president de Marly a voulu faire à nostre pauvre province, d’y accepter la direction et intendance de la justice - en une si misérable saison où nous avons grand subject d’apprehender certainement le peu de subject qu’il y trouvera de satisfaction dans le piteux estât des affaires presantes, et dans le peu d’apparance qu’il y a d’amendement, estant difficile que la compassion de noz nécessitez publiques ne le touche bien avant en î’ame puisqu’il est de si bon naturel comm’ il est et que nostre desolée maison puisse rien contribuer qui vaille à son service, au prix de ce qui eust esté de nostre debvoir et de nos vœux, dans la mauvaise conjoncture où il la trouvera, dont mon regret est si grand que je ne le vous sçauroys assez

* Vol. 718, fol. 2/18.

^ C’était Pierre de Hodicq, seigneur de Marly-la-Ville, reçu président de la cin-

quième chambre des Enquêtes le 3o août 1691. On verra plus loin qu’il ne vint pas exercer en Provence la charge d’intendant.

fl63G] AUX FRÈRES DÜPUY. Zi73

clijjnement exprimer. Il est vray que, recevant ce bonheur de la main de Dieu (qui sçaict mieux que nous ce qu’il nous fault, et en sçuict tirer du fruict lorsque nous y voyons moings de facilité et d’apparance) , il fault croire que sa divine Providance y pourra laire naislre des moyens inesperez, cappables de compenser une bonne partie de ce qui nous y semble manquer, ou à tout le moings cappables de sullire à la surabondante honnesteté des persones de cette qualité si eminante en vertu sur les aultres hommes, pour luy faire prendre en {{ré ce peu de bonne volonté qu’on luy pourra tesmoigner, suppléant le restant des effects sur sa propre courtoisie et beneficence. Je regrette bien aussy que de Marly se bazarde à ce voyage contre les chaleurs qui sont si mal supportables à ceux qui n’y sont accoustumez, et eusse bien désiré qu’ell’ eusse peu anticiper sa venue de quelques iiioys auparavant, ou laisser passer les plus grandes chaleurs. Mais Dieu veult possible que sa presence face le tempérament de sa naturele doulceur et desbonnaireté, avec la rudesse de nostre monde et de nostre climat, pour que de Marly en sente un peu moings la rigueur.

Je vous remercie trez humblement des bons offices que vous m’avez daigné rendre auprez de ce brave seigneur, et auprez de M" de la Fayette, comme aussy envers M*" de Thou, à (pii j’escrivis sammedy ])ar un gentilhomme en poste, et luy envoyay sa figure de bas relief en marbre noir, sans vous pouvoir escrire, ayant esté infiniment aise de protlitterde cette bonne commodité, de peur qu’il ne se trouvast party de la cour, pour peu qu’on eust différé de la luy faire tenir, et qu’il ne se fust advancé dans cez mauvais païs de la frontière, où il y a si peu de liberté de commerce, où c’est que ce mesme genlilliomme le suyvroit pourtant, s’il s’estoit trouvé party. Ce que vous avez voulu faire pour l’édition de l’Acropolites du sieur Leone Allatio ne m’oblige pas moings que si la chose avoit mieux reusci, puisqu’il n’a pas tenu à vous ains à l’injure du temps qui est quasi sans remede. Je vous doibs encore des remerciments de l’office envers M’’ Deodati, et des excuses de la recherche du Gantiloro. Bien marry de la perte du pauvre M'' du

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