‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 26 sur 75 · III. fio · texte numérisé non relu

III. fio

nii niMi me 'i tTiOM.iLe.

'il^

Cliastelel et du gr.and danger de M’’ Guiet^ que je plaindrois inlininnent, pour sa rare vertu et |K)ur la particulière alTection que vous iuy portez^. Je suis bien aise que l’histoire de Naples ne vous ayt pas esté dezagreable et pense bien que certaines aulti’es pièces du temps courant, dont je cbargeay le mesme gentilhomme qui porte le marbre noir, ne vous agréeront pas moings.

Sur quoy je finis demeurant inviolablement.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant sei viteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 22 avril i636.

Le pauvre bon pere Athanase Kircher s’est imaginé que certains caractères qu’on dict estre gravez au mont Sinaï signifient ce qui luy est venu en l’esprit. Je vous prie de faire voir à M*' de Tliou cette inscription pour voir s’il se resouviendroit de l’avoir veue au pied du mont Oreb, et faictes m’en un mot de responce, car je crains <[u’ou ayt imposé à ce pauvre pere^.

A MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUV

À PARIS

Monsieur,

Je ne vous sçauroys exprimer l’obligation que je vous ay et aux vostres de la bonne adsistance qu’il vous a pieu me faire aux occurrances dernieres comme à tant d’aultres précédantes, non plus que

‘ Nous avons vu que François Guyet soulïi-ait (l’une (jrave maladie (la pierre).

^ C’esl l’occasion de rappeler ce passagi* d'une lettre d’Isaac Vossius à Ismaël Bouilliau, du 2/1 février iG45 (dans le recueil

de Malter, Lettres et pièces rares ou inédites , p. 2 46) : rr Faites-leur [aux frères DupuyJ nos compliments ainsi cju’à l’illustre Guyet, leur ami et le vôtre. «

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AUX FRÈRES DUFÜY.

(les bons oÜices (|ue vous m’avez rendus auprez de M*' de Tliou, à ([ui je ne suis pas moin{)[S redevable de sa bonne volonté, (|ue de l’ellecl, voyant bien qu’il n’a tenu nom plus h luy (ju’à vous <|ue sa belle piec(; de marbre noir ne soit demedrée en Provence. Mais j’en auroys trop laict de scrupule de consciance principalement depuis l’avoir veüe, car je ne la croyoys pas à l’ouyr descrire de la qualité que je l’ay trouvée, ne cap])able de faire si belle monstre dans un cabinet, comme vous aurez dej)uis veu quelle peult faire.

Je n’ay pas trouvé dans vostre despesclie la lettre du sieur Ilolstenius à M"" vostre frere; il y à long temps (|u’il m’a voit faict sentir le désir qu’il avoit de recueillir un corps de cez autheurs de vies des papes (|ui seroit sans doulte très beau et digne d’un homme de sa sorte, mais je pense bien (|ue vous avez raison de dire qu’il n’aura pas la liberté enliere de tout laisser en sa naifvetéS et quand il ne tiendra qu’à cela (jue nous ayons le reste tousjours sera ce beaucoup, et les suppléments se pourront emprunter quelque jour dans les originaulx ou les plus anciennes coppies.

J’ay receu par un gentilbomme venu en poste le premier volume de M*' du Cbesne^ dont j’ay esté bien honteux, et enfin bien aise de voir ce que M‘ du Cliesne y a mis de plus que ce que nous avions. Je m’estonne que dans ses autheurs de recherches des origines françoises, il ayt voulu obmettre le Pontanus'^ qui nous donne des Roys au-dessus de Pliaramond^ Je ne luy sçauroys escrire à ce coup, à mon grand

‘ Holstenius ne réalisa pas plus ce projet, (jue son projet de publication d'un recueil des anciens géographes grecs.

■ Le premier volume des llistoriœ Francorum scriptores.

* Peiresc veut jKirler de Jean-Isaac Pontanus, né en Danemark, historiographe de ce pays, puis professeur à Hardeiwick où il mourut en 1660. Pontanus, qui publia l'hisloire de la ville d’Amsterdam, du pays de Gueldn', du Danemark, etc., s’occupa aussi de l’bistoire et de la géograpiiie de la

France [Origimm Francicarum lihri sex, Harderwick, 1616, ’m-k'" \ îtinerarium Galliœ Narhone)isis , Leyde, iGoO, in-12). Voir le tome XIX des Mémoires de Niceron , et , en particulier, au sujet des Ongines, la llibUothèque histonque de la France (I. Il, n” i5,4i 1, p. 1 1-12).

* Duchesne avait dédaigneusement écarté les rois antérieurs à Pharamond, rois encore plus fabideux, s’il se peut, que le roi Pharamond lui même. On trouvera la liste de ces prétendus rois dans l’article de la Bihlh-

regret, espérant que ce sera par le prochain et que vous me pardonnerez aussy comme je vous en supplie et conjure, si je finis sans m’acquitter mieux de mes présents debvoirs, estant fort pressé et demeurant ,

Monsieur,

A Aix, ce 6 niay 1 636 ^

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

J’ay receu la vostre du i8“® avec le supplément du mesme jour et le bref bien curieux que persone n’a veu que moy, dont je vous rends Irez humbles grâces, et de tant d’aultres raretez dont il vous plaict me faire si bonne part, et avec de si agréables divertissements en une conjoncture où j’en ay bon besoing pour m’ayder à passer les amertumes qu’il me fault digerer, jmis qu’il plaict à Dieu. M* Bourbon a bien prins sa raison^ de son injuste censeur et bien meritoirement^. Puisque vous avez aprins que c’est du sieur Beaugrand qu’est venue la relation de la vueüe du Messinoys*, il semble bien qu’il y ait assez de moyen de s’esclaircir de ce qui peult estre de la pure vérité ou de

tlièfjue historique de la France cite en la note précédente.

■ Vol. 718, fol. aSi.

■ C’est-à-dire s’est bien vengé, a bien tiré raison. Littré, qui ne cite pas la locution prendre sa raison, cite du moins : tirer la raison, d’après Racan et Corneille.

^ Apologeticœ commentationes ad Phyllarckum (Paris, in-4°, i636). Le censeur dont parle Peiresc est Balzac. Voir le récit de

cette querelle dans Yllistoire de l’Académie française par Pellisson (t. I, p. 188). Comme le remarque l’abbé d’Olivet en une note sur le récit de son devancier {ihid.), la troisième des pièces du recueil, cr incomparablement la plus vive des trois «, parut en i636. Les deux autres pièces sont de l’année i63o.

“ Le Messinois plus haut mentionné, dont la prodigieuse vue perçait les murailles.

AUX FRKUES DÜPUY.

Ml

l’imposture, et la chose meriteroit Lien mieux d’eslre approfondie pour peu qu’il y puisse avoir de vray (|ue ne l’estiment ceux qui s’accoustument à mettre troj) facilement ces choses en raillerie. Car je suis hienjoiisjours d’accord avec vous que rinterj)osition d’un mur de j)lastre ne laisra pas naturellement penetrer la veüe pour distinguer toutes choses comme il seroitde besoing pour dire d’y voir distincternent, mais je croys aussy et pense avoir ouy dire quelque chose d’approchant à cela que la clarté d’un grand embrasement a pénétré un mur de cloison de piastre en quelque forme approchante de la clarté d’un châssis un peu sombre, interrompüe par des pilliers en certaines espaces * comme la clarté d’un châssis par les barreaux. La lumière est ung corps bien pénétrant et bien ditlicile à cacher dans une profonde obscurité et si elle peult penetrer aussy bien que l’eau ou l’huille quelque autre corps peult bien le faire aussy comme la challeur, la froideur, l’odeur, et possible la veüe mesmes en certaine maniéré de réception des especes comme à travers du châssis, plus tost que d’extramission des rayons visuels. Je ne me rends pas susceptible de crédulité dans mes petites experiances que de ce qui touche le sens a])parant, aultant que je puis, y ayant une infinité de choses trez véritables dans leur restriction qui seroient trez faulses pour peu d’extension qu’on y vouldroit faire au delà de l’experiance actuelle. Ce sera par là que je me sauveray s’il vous plaict des reproches que vous me pourriez faii*e si je m’estoys laissé emporter à plus croire qu’il ne peult esti-e loisible ou sensible humainement en toutes sortes de matières, l’agrandissement ou r’appetissement des objects par l’approche ou l’esloignement d’iceulx nous faisant touclier au doigt beaucoup de choses qui seroient du tout incroyables en apparence, par exemple la couleur de quelque object à travers un corps tant soit peu diaphane sera fort sensible dans sa naturelle grandeur et distance proportionnée, qui sera du

‘ Littré rappelle que espace a été anciennement fait quelquefois du féminin et que c'est pour cela ([u’il a gardé ce genre eonmie terme d’imprimerie.

■ Le mot exlramission n’est ni dans le Dictionnaire i\e LittnL ni dans les dictionnaires antérieurs.

[1G3GJ

tout imperceptible eu lui esloiguemeiit qui efface la l'oible impression fie telle couleur, voire sans l’esloigner eu effect si l’oii interpose les lunettes de porte veüe en telle posture que le verre convexe soit du costé de l’oeiiil et le concave contre l’object, il se rappetisse en sorte que la couleur s’y rend aussy imperceptible à noz ieulx que s’il n’y eu avoit du tout poiuct, et c’est comme cela que se saulvent les apparances des intestins des insectes visibles à travers les lunettes de Drebels, qui ne le sont nullement sans leur secours, et qui m’ont faict relascher à suspendre ma croyance sur la vertu visive de [sîic pour (hî\ Messinoys plus grande que le commun jusques à ce que nous ayious des relations bien certaines de ce qu’il peult faire ou non. M*' de Saulmaise m’escript du 1 3 '■ avoir esté aux champs quelques jours avec M‘ son pere^ et m’accusa la réception du manuscrit Arabe des auimaulx et du (iopbte des cantiques de Moyse et aultres pièces du ‘rituel. 11 faict estât de s’en retourner en Hollande à mon grand regret. J’ay bien de l’obligation à M'' du Cbesne du bel exemplaire en grand papier de ses deux volumes d’bistoriens françois. 11 fauldra bien voir d’en avoir un second exemplaire poui' le cardinal Barberin, ou plus tost je luy envoyeray le mien, car il n’y a pas de moyen de s’en desdire, et vous supplie d’y veiller avant qu’ils soient touts distribuez, s’il est possible; au pix aller il en fauldroit un du papier commun. Au reste j’ay grande boute des justes reproches que j’ay receus concurramenl tant de vostre ])art ([ue de celle du cavalier del Pozzo de l’equivoque qu’il y avoit eu en l’adresse des troys volumes des affaires turquesques de M' Baudier^ qui furent longuement en chemin et arrivèrent conjoinctement avec celuy qu’il m’envoyoit de la vie du cardinal Ximenes^ sans qu’il y eust aulcune enveloppe adressée au cavalier del Pozzo, de

‘ Voir celte lettre dans le fascicule V des (Correspondants de Peiresc , p. 46-53.

■ ^ La lettre deSaumaise, écrite de Dijon, débute ainsi : n- Estant de retour des champs où j'estois allé faire compagnie à mon père en une maison (pi’il a à huit lieues d’icy. . . ”

’ C’est l’ouvrage déjà mentionné : Histoire générale de In religion des Turcs , avec la vie de leur prophète Mahomet et des quatre premiers (Jalyfes (i636, in-8°).

‘ Histoire de l’administration du cardinal Ximénès, déjà mentionnée aussi.

[1G3G] ■ AUX FRÈRES DURUY. 'j79

laçon que n’ayaiiL plus devant moy la lettre (|u’il m’avoit escripte silice suhject, et où il ne me souvient nullenienl qu’il eusse l’aicl aulcune mention des dicts livres destinez au dict sieur cavalier, je creus tort innocemment (quoy qu’ù tort, à ce (|ue je vois maintenant) que le tout feusse adressé à moy, et me trompe bien si je ne luy en fis des remerciments à l’heure mesmes que je luy en accusay la réception sans m’adviser que cela deubst passer pluvS oultre, et sans en avoir eu d’aultre advis qu’à cette heure seulement, car il y a plus de six movs que je les auroys faict tenir si je n’eusse esté dans cette supinc ’ ignorance dont je crye mercy à M‘' Baudier, et vous siqiplie trez instamment de m’en obtenir le jiardon, ne voulant pas vous dissimuler ([ue le bon M’’ Aubery m'a voit escript, je m’asscure, ([u’il envoyoit quel([ue petit fagot de livres à M*’ le cavalier del Pozzo, mais comme j’attendoys l’arrivée d’iceluy, et que je n’en voyoys poinct ipii y eust son adresse, j’avoys crcu que ce fust dans quelque auitre balle, et dans l’attente cela m’estoit escliappé de la mémoire, en sorte que quand je i-eceus cez ti'ois volumes, j’estoys certainement en quelque peine moy mesmes à deviner pourquoy M*" Baudier m’avoit voulu combler et regaler de tant de belles oeuvres, m’en estant rendu si indigne en son endroict, à faulte de luy avoir rendu sa correspondance (jue j’eusse dcub avec un peu plus de diligence que je n’avoys sceu faire en ce qu’il avoit désiré de mon service, et de faict ].e n’ay pas souvenance qu’il m’aye faict de responce à la despescbe que je luy fis assez longue sur ce subject. Mais Dieu mercy il n’y a rien de perdu que le temps et l’occasion des passages pour Borne qui y sont arrivez à bon port pour les aultres choses, mesmes pour vostre balle de livres dont le cardinal m’accuse la réception par ses dernieres du 5“*'. Il part dans dimx ou troys jours de Marseille une barque génoise [lar laquelle vont trois des subjects de M^*' le cardinal de la Valette dont l’un, qui est des anciens

‘ On lit dans le Glossaire de La Gunie de J,o mot a dlé oublié dans le Dictionnaire de Sainte-Palaye : ttSupine, digne d’un pares- Tréooiw. Voir dans le (orne II des Lettres de seux, couché sur le dos. (y est une ifriiorauce Jean Chapelain une note siii- le mol siipinitè crasse et supine. (Pasquicr, Recherches.)^ (p. SyO).

LKTTHKS DE PEIRESC

[ÏG3G] ■

aiiiYS de nostre maison, se chargera de cez troys volumes, et d’une peinture que j’ay l’aict faire de cet animal^ pour le mesme cardinal qui laict faire une tapisserie d’animaulx estranges. Je leur ay faict bailler un passeport du vice légat d’Avignon comme subjects du pape (quoy que non immédiats) afin qu’ils ne courent fortune en cas de rencontre, et espere (|u’ils iront seurement Dieu aydant. Geluy qui s’en chargera a nom Charles Gamel de la Cadiere, membre du domaine de l’abbaye Victor de Marseille; les aultres sont Louys Terras son pai'ent, et Jacques Imbert du mesme lieu. Ils vont à Rome pour retirer s’ils peuvent quelque chose de la succession d’un boulanger leur oncle nommé Bertrand Barthélémy dict la Pailbette, qui y est décédé depuis peu, et portent des lettres de recommandation du grand vicaire de Ms*’ l’eminentissime cardinal de la Valette. Je les y ay recommandez aussy, mais s’il y avoit moyen qu’ils eussent une lettre de faveur de son Eminence- soit à M^^M’Ambassadeur ou aultres

agents de son Eminence, ils pourroient bien s’en prévaloir et se rendre plus cappables de dignement servir son Eminence. Si M'" de Tbou l’en prie, il n’en sera pas esconduict, je m’asseure, et ce sera une grande charité à cez pauvres gents qui sont genfs de bien et d’honneur; c’est ce Loys Terras avec un sien frere qui sont les plus proches parents, enfants d’une soeur unique du delTunct. Je vous supplie de leur procurer ce bien et de m’excuser de l’importunité que je vous en donne et à Monsieur de Tbou, à qui je suis si. estroittement redevable de la perseverance de ses bons offices à l’amy du Levant que je ne le sçauroys exprimer. Espérant qu’il en viendra à bout, et qu’il aura l’iionneur et l’advantage d’avoir empesché par ce moyen la ruine inesvitable du commerce en cez païs là. N’osant luy escrire à ce coup pour ne luy estre pas trop à cliarge , mais je sçay bien que vous me fairez tenir pour excusé en son endroict comme je vous en conjure. J’ay faict tenir sa lettre à M* le MareschaP par un gentilhomme en poste le

‘ L’alzaron d(^jà souvent mentionné. — ^ C’est-à-dire du cardinal de Richelieu. — ’ Le maréchal de Vitry.

niesme jour de l’arrivée de l’ordinaire, et ay faict ses excuses M*" le comte de Garces qui se lient et Madame la conitesse sa mere dans une Irez sensible obligation de riioiiiieur de son souvenir.

Quand à la continuation de voz bons otlices en ce qui me peult concerner dans les occurances et nécessitez présentes, je ne vous sçauroys exprimer les justes sentiments de mon obligation; Dieu vous en rendra la rémunération mieux que je ne sçaurois faire, et je ne manqueray jamais d’y contribuer de ma part tout ce qui sera à ma foible disposition sans reserve ne condition, comme.

Monsieur,

vosti'e Irez humble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresg.

A Aix, ce 29 avril i636.

M*" Gassend a eu son exemplaire non seulement de l’epistre contre Balzac b mais aussy du livre de M" de la Motte 2, et je pense* qu’il luy en aye faict sçavoir son advis, aprez quoy le mien seroit bien superllu et de mauvaise mise principalement dans les fascheuses inquiétudes qui ne me souffrent pas d’attention réglée, que pour des moments bien courts et bien desrobez. Je ne mérité pas qu’il se souvienne de moy, ne qu’il me tienne en ce predicament que vous dictes, et suis troj) peu de chose pour parler d’affaires si relevées et de si grande consequance. Je vous supplie de l’asseurer de mon Irez humble service et que je ne respire rien tant que de luy en pouvoir donner quelques dignes preuves^.

* La lettre de Nicolas Bourbon mentionnée un peu plus haut. — ’ Le Discours sur la contrariété d’humeurs qui se trouve entre certaines nations. — ® Vol. 718, fol. 253,

Ml.

(lirtlMlRIE !IArlO^«LE.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Avec la vostre du 2 may j’ay receu le livre de la galere de ]VR’ Aubier, la harangue du sieur Le Maistre au Parlement^ qui en promet deux aultres^, et tousjours ce qu’il y a de plus curieux sur le tapis, dont je vous remercie trez humblement, mesmes de la lettre du sieur Holstenius à M"" le R. P. Dom Ghristofle du Puy où j’ay trouvé un peu estrange de voir qu’il n’aye pas sceu que l’édition' de cette vie du pape Leon IX par Gramoisy soit venue de la part du P. Sirmond^ (lequel par paranthese ne m’a jamais accusé la réception du libvre délia Roma sotterranea, non plus que de la lettre que je luy avoys escripte sur ce subject tant au premier advis qu’en, accompagnant le volume). Nous n’avons rien icy dont nous puissions fournir aulcun secours qui vaille à M*" Holstenius en un si noble dessein. Seulement luy pourray je envoyer un extraict prout jacet eu l’original de ces fastes des papes depuis S‘ Pierre jusques à Liberius, qu’il a desja comme je croys d’ailleurs, et un aultre indice d’iceulx avec un peu de vie fort abrégée, de diverses compilations ou continuations assemblées, en divers siècles et de diverse main, puis S* Pierre jusques à une compilation de canons faicte en Hespagne d’assez vieille datte. J’ay un petit itinéraire d’un voyage

‘ Harangue d’Antoine Le Maistre, prononcée au Parlement, le lo janvier i636 , sur la présentation des lettres de M. Seguier, en l’office de Chancelier de France, Siu’ le célèbre avocat voir Sainte-Beuve, Port- Royal, t. I, p. 871 et suiv.

^ Harangues prononcées sur le même sujet, l’une le 19 février au Grand Conseil, l’autre le 19 mars i6.36 à la Cour des aides.

’ Vita S. Leonis IX Papæ, Leucorum

antea Episcopi. Wiherto A rchidiacono coœtaneo auctore (Paris, i635, in-8°). Ce qui excuse Holstenius de n’avoir pas connu le nom de l’éditeur de cette vie, c’est la déclaration suivante de l’auteur de l’article Sirmond dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (I. HI, 1879, col. 808) : ffJe n’y découvre pas le nom du P. Sirmond. « Voir les renseignements fournis [ibid.) sur diverses autres éditions de la Vie du pape Léon IX.

[1630] AUX FUÈRES DUPUY.

du pape Urbain V et des fra^pneiits d’un aultre de Benoict XIII et feray chercher tout ce que je poiirray rencontrer. Mais c’est de M" du Chesne principalement qu’il doibt tirer ce qui se peult avoir de meilleur en cette matière. J’ay bien eu de la Vaticane un petit indice des simples noms qui n’est pas à négliger, entre lesquels est un nommé ou surnommé Mercurius, mais je croys bien qu’il Paye desja veu luy mesmes sur les lieux, car je me trompe bien si je ne l’avoys prié moy mesme d’en faire la recherche sur l’indication des allégations de Baronius lorsque je recouvray celuy d’Espagne; ce ne fut pourtant pas luy qui me l’envoya, ains le sieur evesque de Vaison Suarez.

Je ne divulgueray rien de l’advis que vous me donnez concernant les offres que l’on faict à M'' de Saumaise*, mais j’ay eu lettre du sieur du May du 20 avril portant que Ms" le Prince l’avoit arresté par commandement du Roy, avec asseurance d’une honorable pension'^ dont il avoit escriptà Ms" l’Eminentissime Cardinal Duc, de quoy je le felicitay incontinent, par celuy mesmes qui en avoit esté le porteur, et suis bien mortifié de voir à cette heure ce que vous me dictes qu’il n’y a rien encores de bien résolu et achevé, priant Dieu que le succez en soit conforme à voz voeux et aux nostres®. Ne pouvant vous dissimuler que l’incertitude des asseurances de noz appoinctements ne soient de trez grands obstacles et trez considérables. Mais il a trop d’amys pour n’esperer d’en tirer pied ou aisle voulust on ou non, quand une foys il sera entré en possession et jouyssance de ce que M^' le Prince luy aura préparé, principalement s’il luy continue sa protection en cela comme il y a grande apparance qu’il le fera volontiers, car si j’estoys à sa place, j’aymeroys encore mieux cela, quoy que moings certain, que ce qu’il fault achepter au prix d’une residance en air si

' Offres pour que le grand <^j*udit reslât en France.

’ Henri de Bourbon, prince de Condé, gouverneur de Bourgogne, avait obtenu de la Cour que l'on donnerait h Sauniaise la même pension do 3, 000 livres qui avait

ëtd accordée à Grotius, lorstju’il se retira de Hollande en France.

^ Les vœux de Feiiesc et des frères Dupuy ne furent pas exaucés. Voir, dans le fascicule V des Corresjyondanls de Peiresc, une lettre du 9 juin i63f) (p. 6o-63).

incompatible à sa santé et à son humeur, où il aura tousjours à lutter avec (les gents (]ui auroient trop d’honneur de luy deslier les corroyés h quelques advantages qu’il aye jà obtenus sur eux, ou cju’il puisse obtenir encores, à cause de l’inquietude d’esprit que causent telles poursuittes et occupations ou divertissements à un personage de sa qualité, et dont les estudes sont si précieuses. J’ay esté bien aise d’apprendre que M'’ de Thon soit tesmoing occulaire de la forme et ({ualité à peu prez des cbaracteres du mont Sinai que l’on alleguoit, car je doubtois bien fort si c’estoit chose vraye ou supposée tout à faict et forgée à plaisir, voire que vous en ayez trouvé la confirmation dans les peintures des Hermitages que voz peres de Piquepulce'^ ont recueillies, et cjue la dilferance marquée par M*’ de Thou en la figure de ces troys clouds, moings apparents qu’on ne les faict, s’y soit si heu- ' reusenient renconti’ée. Mais encores que ce ne soit pas Là que fonde ses principaulx mystères le bon P. Athanase Kircber, je n’ay guieres de courage neantmoings de vous envoyer son interprétation qui ne me semble gueres bien appuyée, ne guieres vraysemblable ne propre au lieu où eir est. Toutefoys je verray de la vous envoyer avec priere de ne la pas faire voir, pour ne desroger trop à la réputation qu’avoit acquise ce bon lionime, lequel certainement se rend un peu trop credule en des coses ([ ui sont de trop dilficile disquisition. Et crains bien que ce qu’il entreprend sur les cbaracteres hiéroglyphiques ne soit de mesmes.

Au reste ce que vous me dictes de l’honestelé de M‘‘ de Merly m’a esté confirmé par une petite lettre de sa main, la plus obligeante du inonde^, à laquelle je ne sçauroys faire d’assez digne repartie

* Souvenir du mot de l’Évangile (Saint Marc, I, 7). On a dit plus tard : délier les cordons des souliers de quelqu’un.

' Piquepulce, forme primitive de l’appellation Picpus.

^ Cette lettre avait sans doute ëté provoquée par une lettre de Peiresc qui figure dans le registre VI des Minutes de l’Inguim-

bertine (fol. 286) : à M. le président Merly, d’Aix, le 22 avril i636.

* Si cette repartie fut faite , elle ne nous a pas été conservée , car on ne trouve dans toute la correspondance de Peiresc que la lettre à l’intendant qui vient d’être mentionnée, et une autre lettre du 1" juillet i636 écrite à l’occasion de la mort de M'"' de Merly.

[1036] AUX FUÙUES DUPUY. /i85

m estant venu bien à propos d’apprendre les nouvelles qu’a apportées un courrier de M*" de Nantes portant que son maistre debvoit estre icy demain, et que Ab de Meily le suyvoit avec la diligence qui se pouvoit attendre d’un personage qui marche avec le train qu’il a, ce qui me faict juger qu’il est à cette heure par les chemins et ([ue mes h;tlres ne le sçauroient plus trouver à Paris. Aussy bien ne suis guieres bien disposé à escrire présentement, ayant faict un petit voyage de trovs jours à Marseille en carrosse, dont le mouvement m’a faict destaclier des reins des petites pierres qui me donnèrent bien du travail dimanclie, et dont je fis hier au matin l’une assez facilement, mais à my chemin de Marseille icy, j’en fis hier sur le tard une aultre avec de grandes douleurs et incominoditez dont je ne suis pas bien quitte. C’est pourquoy je vous supplie de m’excuser si je me dispense de mon dehvoir envers vous et envers cez aultres Messieurs qui ont jusques icy supporté si paliarnent mes arrerages et obmissions, espérant de m’en acquitter un peu mieux Dieu aydant si je puis trouver un peu moings d’inquietude. Mais je ne puis pas ohmettre pourtant de vous rendre grâces jiarticulieres et à M*" du Puy vostre cher frere, de ce que vous avez daigné coopérer aux remedes que j’ay trouvez à mes maulx, que je prie à Dieu vouloir bénir et faire sortir un elTect conforme aux voeux de tant de gents de bien qui s’en sont meslez, de quoy j’ay grand subject de doubter n’ayant rien sceu gaigner sur l’esprit de ce frippon *, comme j’avoys esperé qu’il aymeroit mieux relascher amiablernent que de me laisser en estât de faire valloir ce que j’ay obtenu contre luy, ou plustot contre troys ou quattre des ennemys de nostre maison qui empruntent son nom, de sorte que je voys bien qu’il faudra à mou grand regret frapper le coup que j’eusse bien mieux aymé retenir, s’il eust peu estre esvitable. Ce sont des secrets de la divine Ib'ovidance qui surpassent les foibles prévoyances humaine^ et les considérations domestiques plus apparentes. Il fauldra que ce soit de cette divine

‘ C’est ainsi que dans sa juste indignation Peiresc traite un neveu (|ui était devenu sou persécuteur.

main que viennent les eiïects de ce qui s’en peult esperer de bien s’il luy plaict. Ce qu’attendant je demeure tousjours avec plus de passion et d’obligation,

Monsieur,

vostre Irez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i3 may i636.

L’animal eslrange est party de Marseille avec un vent favorable pour aller à xArles par mer et à contre mont la riviere du Bhosne et de la Saône jusques à Ghallon, et la traverser à Auxerre pour regaigner la Seine jusques à Mellun et Paris.

Ælian descript en son libvre vi®® des cbevres sauvages aussy grandes que des boeufs qu’il surnomme libyques, et leur donne certainement des poils plus longs que ceulx de cette beste. Mais il faict un peu aprez un aultre chappitre 26““^ d’aultres choses libyques, dont il n’exprime pas la grandeur ou petitesse et dont il compare la vistesse à celle des clievaulx libyques, ce qui semble induire quelque comparaison de corpulance comme du reste, car il eust peu choisir d’aultres moindres animaulx de vistesse et corpulance esgale à des petites cbevres. Or il y descript le ventre bordé de bandes ou rubans noirs qui en distinguent la couleur d’avec le reste du corps, ce qui se rencontre bien en cet animal, aussy bien que la longueur des jambes et le poil, quasi de cheval et les oreilles longues. Mais il ne leur donne pas d’aultre nom plus propre et spécial que Dorcades libyeæ. J’ay prié M‘’ de Saumaise de m’en dire son advis et de visiter le libvre des animaux en Arabe que je luy ay envoyé pour voir s’il en faict mention, auquel cas il y trouvera les vrays noms du païs.

M*^ d’Agut désiré sçavoir si le fdz de feu Vignier^ n’a poinct jamais faict imprimer une continuation qu’il disoit avoir pour 4o ans de la

‘ Sur Nicolas Vignier voir l. I, p. Syg. Le fils de cet érudit, portant le même prénom que son père, eut quelque célébrité comme théologien calviniste. Né vers iSyô, il mourut fà Blois) vers 1 645,

bibliothèque historiale de son pereb Et de qui est une histoire de France en deux volumes in foF imprimez, ce semble il la maniéré dans les Pais bas l’an i58i par Abraham dediez à la Rovfie mere par I F B R G F escuyer®.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUV

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre pacquet du 9"’® avec les deux exemjilaires de la harangue funebre de feu M® Aleandro, et tout plein d’aultres bonnes curiositez dont je vous rends mes trez humbles grâces, mesmes des lettres de Rome que je vous renvoyé louant bien fort vostre dessein d’escrire au cardinal Rarberin per tener vivo il negocio'*, comme ils disent, car sans double ils doibvent estre pressez d’ailleurs de pareilles grâces dont ils ne se peuvent desdire parniy lesquelles ils feront enfin passer la vostre quoy qu’ils disent, je sçay leur humeur et leur portée. J’avoys tousjours incisté que le bénéfice avoit esté en commande quand l’oncle de vostre devantier l’impetra en tiltre; c’est jiourquoy je ne pense pas qu’iPvous doive estre difficile de le vérifier s’il ne tient qu’à

* La Biblîolhcque historiale avail paru en i588 (Paris, Abel Langelier, 3 vol. in-fol.) On ajouta en i65o un 4' volume contenant, non pas la conlinualion dont parle Peiresc, mais seulement des additions et corrections aux trois premiers volumes, et une vie de l’auteur par Guillaume Colletet.

* Abraham Haultin, le célèbre imprimeur deda Rochelle.

^ C’est l’ouvrage de Henri Lancelot Voisin, sieur de la Popelinière, né à Sainte- Gemme-la-Plaine (Vendée) en i54i, mort à Paris, non le 8 janvier 1608, comme on

l’a dit trop souvent, mais en décembre de cette même année, selon le témoignage formel de Pierre de rf]stoile {Registres -Journaux, édition Jouaust, t. IX, p. 189).

L’ouvrage de la Popelinière est intitulé ; Histoire de France, enrichie des plus notables occtuTences survenues ès provinces de l’Europe et pays voisins , soit en paix, soit en guerre, tant pour le fait séculier qu’ecclésiastique depuis l’an i55o jusqu’à ces temps (1577). — Vol. 718, fol. 255.

^ Pour tenir l’affaire vivante.

cela, car les provisions du dict oncle, qui avoit nom Gras, doivent estre insinuées sur les lieux et en doibvent faire mention, et possible que celles de son devantier s’y trouveront encores enregistrées et conceües en commande. J’en ay parlé avec M'’ le sacristain Valbelle, qui m’a asseuré d'y avoir escript pour les avoir, et qu’il en attend la responce et vous en escriproit par cet ordinaire. En somme il vous fault encor un peu de patiance.

Quant aux aultres desseins du sieur Bouchard, je tiens le dellay du sieur Gramoisy, quoy qu’il dise, pour un rebut, car je sçay qu’il en use ainsin assez ordinairement et que quand un ouvraige ne se met soubs la presse d’abbord, il en survient tousjours d’aultres plus pressants, qui ont sa preferance sur celuy qui a esté une foys reculé. Le dict sieur Bouchard m’escript quasi à mesmes fins pour intercéder envers vous, tant pour luy que pour son patron b et me tesmoigne aussy la mesme bonne disposition de son maistre pour vostre affaire sans oublier les interests du bon M'' Haultain, mais il y adjouste des commissions de faire extraire toutes les vies de Theophanes du Meta- |)hraste et aultres dans la bibliothèque du Boy, et ailleurs, à quoy je me trouve bien empesché, si le bon P. Dom Jean de S‘ Pol Vassan n’en faict la perquisition, m’estonnant que M*‘ Ilulon^ ne suppléé à tout cela bien à son aise. Il croid que l’autheur de son histoire soit le mesme qui est tenu pour sainct dans leMenologe, et en veult faire un traicté au commancement du volume aprez que le texte sera achevé d’imprimer, ce qui n’est pas si prest à mon advis. Le mal est que je n’ay peu trouver présentement ses lettres, y en ayant de deux ordinaires que j’avois ostées de la liasse pour les vous envoyer, mais je me trouve si souvent surprins d’aultres occupations importunes, qui me font laisser en arriéré les plus doulces, que je ne suis guieres souvent en estât de faire mon debvoir à souhaict envers mes meilleurs amys, et ay bon besoing qu’ils me veuillent excuser d’aussy bon coeur comme je voys appararaent que vous le faictes, et vous supplie de me con-

Le cardinal Fr. Barberini. — ^ Le frère déjà mentionné de J. -J. Bouchard.

[1636] AUX FRÈRES DUPÜV. /iH[)

tiniier la niesme faveur, et me la procurer aiissy de voz amys aux occurrances.

Je pensoys que le remede qu’on avoit préparé à mes maulx en dernier lieu deubst suffire à dessiller les yeulx de nostre inj^rat aveugle à qui je n’avoys pas voulu riier la bastonade^ selon ses desmeriles, attendant qu’il se recogneust et qu’il se mit à son devoir, ])our ne me pas donner la peine de faire lever son interdiction, et me suis donné cette patiance durant une quinzaine de jours. Mais enfin il se laisse aller et s’abandonne si estrangement au conseil des ennemys de la maison, que tant s’en fault qu’il me sçaiche gré de ma modération qu’au contraire il commance à faire vanité de son interdiction qu’il a luy mesmes divulguée, car je n’en parloys poinct qu’à ses entremetteurs et quasi luy eschappe de me faire sommer de l’exploicter tant il luy tarde de suivre aulcuns de ses supposts que le Roy a interdicts pour aultre chose, lesquels partirent hier, et j’ay faict scrupule de le faire exploicter^ si tost aprez pour ne sembler avoir attendu si précisément leur despart et pour laisser passer la feste Dieu, afin que sa femme l’y puisse encore voir en robbe rouge. Mais s’il tarde plus guieres de se ranger à son debvoir, aprez luy avoir monstré les verges, il fauldra les luy faire sentir à son damn pour voir si elles auront moven de faire plus d’effect. Tant est que je le vois si confirmé en sens réprouvé^, que je n’en faicts plus de mise ne de recepte'^, el ne songe plus qu’à cliGrcher d’aultres successeurs que luy de mes plus cberes curiositez tant de livres que aultres. Estant bien résolu de recognoistre en la meilleure façon qu’il me sera possible la peine que vous et les vostres avez daigné prendre pour moy, en une si

dans les Mémoires du cardinal de Relz, dans divers ouvrages de Bossuet, dans la Correspondance àe Voltaire, etc.

* Charron, dans la Préface de son trait** de la Sagesse, s’est servi de la môme locution : rLa chose n’est de mise ny de receple en ce siecle d’une si universelle corruption et contagion . . . n

* Au sujet de celte énergique expression rappelons le 7'uer des coups que nous avons trouvé plus haut (lettre XXVI ).

- C'est-à-dire de lui faire signifier un exploit. Le verhe exploiter a, dans ce sens, été employé par Voltaire.

^ En son erreur obstinée. L’expression, d’après le üicliomiairc de Littré, se trouve

tvi'RiMr.nis r.

mauvaise affaire L Cependant je vous en remercie de reclief du plus profond de mon cœur et de la trop bonne opinion que vous avejî daigné concepvoir de mes foibles spéculations sur l’optique et aultres conjectures avec quoy je flatte le vice de ma crédulité laquelle je reslrains tant que je peus; mais je ne sçauroys enpescher qu’il ne m’en escbappe souvent possible un peu trop. Mais c’est l’accoustumance à rencontrer des merveilles de la nature inesperement qui me faict estre plus susceptible qu’un aultre à d’aultres choses aussy vraysemblables^.

11 me tardera d’apprendre une vraye relation de ce que M*" Beaugrand a peu sçavoir de la veue de ce Messinoys qui pénétré le cnrps humain dont je ne sçaurois doubter d’une partie, puisque l’espoisseur et opacité^ de la main d’un homme et de ses os et de sa chair ne sçauroit empescher qu’à travers icelle en un lieu obscur (quand elle est opposée à une ouverture lumineuse ou à une chandelle) que la clarté ne paroisse en sorte que si un aultre corps plus opaque est interposé entre la main et la lumière, vous n’en discerniez l’interposition et le mouvement à travers toute l’espoisseur de la main, comme quand nous tenons les ieulx clos et qu’on passe devant nous une chandelle, nous ne laissons pas de voir la clarté à travers noz paulpieres, quoy que bien opaques. C’est pourquoy j’excuse facilement la crédulité du bon P. Mercene quoy que non exempte de vice, et ne la blasme pas tant que l’incrédulité des aultres, qui négligent toutes choses et se veulent mocquer de tout.

J’ay chargé le sieur Gela, soubs vostre adresse, d’une coppie que j’avoys faict retenir de la musique d’Erasmus Oricius, avant que l’envoyer à Rome, sur l’instance que m’en avoit faict le bon P. Mercene, à qui je vous prie de la faire bailler, pour s’en servir à la comparaison

' Peiresc, en ce passage, semble bien prendre l'engagement de laisser par (estan)ent cà ses amis Dupuy quelques-unes des curiosités qu’il possède.

Dans tous les exemples réunis par

Littré, on trouve toujours; susceptible de, jamais susceptible à.

^ Littré n’a trouvé lé mol opacité que dans des écrivains postérieurs, Boursaull, Diderot, etc.

[1^36] AUX FRÈRES DUPUY. - /i91

du libvre nouveau de J. B. Boni sur le mesme subject', m’asseuranl qu’il luy en aura faict tenir un exemplaire par quelque amy. 11 m’en avoit envoyé deux par une barque sans aulcune lettre, dont j’avois envoyé l’un à M*' Golius en Hollande, et un aultre à une persone fort curieuse de cette sciance, et qui y travaille. Quand j’ay receu par le dernier ordinaire une lettre où il tesmoigne desirer que l’un des dicts exemplaires soit en la bibiiotbèque de M" de Thou. 11 y en avoit un troisiesme venu par la poste sur mon compte, mais c’esloit avant que l’édition fusse parfaicte, y manquant cinq ou six feuilles de la fin et toutes les figures, qui est le principal, de sorte que je ne sçauroys plus satisfaire à son commandement pour ce regard, à mon grand regret, et luy escriray par le prochain ordinaire de m’envoyer le supplément des dictes feuilles de l’imperfection, et un exemplaire pour moy, afin cpie ]\R de Thou n’en soit pas frustré, ne ceux de cez quartiers icy. Cependant je vous supplie d’en faire mes humbles excuses à M*’ de Thou, à (jui j’escrivis hier par le dict sieur Gela, beau frere du sieur Sanlo Sigliezzi du Cayre^. Mais je crains qu’il ne le trouve plus en cour s’il ne se haste bien, son animal s’advance tant qu’il peult cependant^. Je vous remercie encores trez humblement de la lettre de M*" le cardinal de la Valette à son ageant à Home pour ses subjects, et du soing qu’avez prins de m’envoyer le exemplaire des historiens de M"" du Cbesne pour le cardinal Barberin ; si j’eusse sceu que vous luy en eussiez retenu un pour son compte, je m’en serois excusé sur cela, mais il n’y a pas grand danger et semble que puis qu’il avoit envoyé faire des voyages en cezabbajies pour y contribüer quelque piece, ù ma priere, je luy en debvoys bien procurer un exemplaire gratuit. Je ne regrette que la grosse importunité dans les coffres de M"" de Merly, et de n’avoir mérité les elfects de la bienveuillance dont il m’a daigné prévenir avec tant de supererogation; il fauldra que vous preniez le tout sur vostre compte, et je ne

‘ Ce livre nouveau de Jean-Baptiste Doni * Voir plus haut (lettre LXVll).

dtait : Compendio del trattato de’ genen e de’ * L’alzarori.

modt délia musica, etc. (Rome, i635 , in-/i°).

laisray pas de contribuer à son service tout ce peu que je pourray. Je fera y tenir à Dom du Puy les 5o exemplaires de la harangue du sieur Aleandro, et possible luy en envoyeray l’un par le courier prochain à l’adresse afin que le sieur Masquardi^ en puisse disposer plus tost.

Je l’eray tenir par atny la lettre de de Guibeville et en tirer la responce.

J’ay bien de l’obligation à Ah Perrot de la favorable expédition des deux arrests qu’il m’a daigné despartir et vouldroys bien avoir moyen de le servir quelque jour à souhaict. Pour M*’ de Saumaise, j’auroys un grand regret qu’il s’en retournast dans cet air si froid et si austere pour luy et les siens. 11 fault qu’il se laisse vaincre. Le cardinal Barberin et le cardinal de Bagni m’en ont escript diverses foys, et le vouldroient bien servir. Les deux volumes manuscrits des autheurs Gi •CCS de la milice de feu J. V. Pinellus^ se sont retrouvez; je feray extraire ce qu’il en voudra, et je demeureray,

vostre trez humble et Irez obéissant serviteur,

[ Lue noie de la main de Dupuij donne à celte lettre la date du 2 0 may

‘ Voir, sur l’iiislorien Mnscardi, l. ;II, lellre XXXIII, p. i53.

^ Sur Jean- Vincent Pinelli , voir 1. 1 , p. 5o. ^ Vol. 718, fol. 267.

AU.X F-RERES DUP U Y

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