‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 27 sur 75 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

À MONSIEUR, MOIVSIEUR DE SVIXT-SAULVEUR DU PUY,

À l'AUIS.

Monsieur,

.Pay receu avec vostre derniere du iG"”' les deux harangues restantes de M^’ le Maistre où j’ay prins grand ])Iaisir de voir qu’il aye si bien sceu diversifier une mesme chose ^ quoy que d’aultres jilus délicats n’en veuillent pas estre satisl'aicts, pour n’y trouver la inesine excellance qu’en la première. Mais pour nioy, (jui ne suis poinct de si hault goust ne si renchery, et qui ayine à loiler tout ce qui le peult estre, je m’en suis fort contenté, et quand mesrnes il y eust eu quel- ([ue chose de moings , je n’eusse pas laissé de m’en payer, estimant qu’il est bien l’aisonable de ne pas desirer d’un cheval (|ui vient de courre une poste à toute bride, ({u’il en courre inconlinant une aultre tout aussy gayement que la première et encores moings une troisiesme; il fault que la discrétion vous sevre de cez prétentions si ponctuelles, el trouver bon tout ce que l’efl’ect nous rend seulement possible, |)rincipalenient quand il n’y a rien qui puisse blesser ou estre blasmable.

AU de Saumaise m’escript du 1 1 (|ue pendant la surceance de l’ouvrage de sa milice, s’il eust eu le Syncellus il l’eust volontiers conféré, et qu’à faulte d’aultre chose, il s’est amusé à conférer mon nouveau Testament Gophte, où il a trouvé quel(|ue chose non négligeable, et qui luy fournira possible de la matière pour tirer quelque coup dé lîeuret avec M'’ Heinsius^ sur les corrections qu’il a voulu faire de

‘ Les harangues menlionnées un peu plus haut, prononce'es en l’honneur du chancelier Séguier devant le Grand Conseil et devant la Cour des aides.

’ Le même e'ioge fut généralement donné aux trois discours , comme le montre ce passage de Port-üoyal (t. I, p. 871) : allaranffues qui charmèrent d’autant plus, est-il dil,

qu’étant toutes sur un même sujet, elles étaient toutes différentes, rt

^ Saumaise, dans une lettre à Peiresc du 1 1 mai i(53G (page 5 7 du fascicule V des Correspondants de Peiresc), avait dil : “Nous tirerons tpiehjue petit coup de (Iriiret, le sieur lleinsius et moi, sur cpielcptes passages difficiles du Nouveau ïeslainent , en

quel(|ues paroles du texte Grec, contre l’aethorité receüe de si longue main, de quoy je ne seray pas marry, et me demande le restant du nouveau Testament, dont j’attends les epistres de S‘ Pol Gophte et Arabe par le premier navire. Je pense vous avoir mandé que les volumes du feu sieur J. Vinc. Pinelli des autlieurs Grecs de la milice se sont trouvez en estât; je feray travailler à transcrire ce qu’il en desire, et ne seray pas tant marry qu’il ne les ayt pas si tost receiis si cela doibt ayder à l’arrester un peu et à donner loisir à messieurs les Ministres de penser à bon essiant à l’advantaige qu’ils laisront perdre à la France s’ils soulfrent qu’un personage de cette qualité s’en aille illustrer un aultre pais que le nostre, J’envoyeray au R. P. dorn du Puy par le prochain ordinaire de Rome, dans 3 jours, s’il n’est retardé à la semaine prochaine, une coupple d’exemplaires de la harangue du feu sieur Aleandro, à celle fin qu’il en puisse non seulement bailler au sieur Mascardi, mais encore tenir un aultre pour luy ou pour quelque aultre de ses amys ou des vostres, car cez pièces sont meilleures là qu’en tout aultre lieu qu’elles puissent aller en ce sieçle et à Padoüe.

Quant à la piece de marbre de M*' de Thou, je ne double poinct qu’elle ne se trouve du goust non seulement de l’eminentissime cardinal de la Valette, mais aussy de toute aultre sorte de persones qui ayent tant soit peu de curiosité, (juaiid ce ne seroit que pour l’extravagance, et pour l’antiquité non commune. Je seray bien aise qu’il se trouve quelqu’un qui en puisse tirer le fruict qui seroit à desirer, quelque ce puisse estre. Ayant receu à trez grande obligation la faveur spéciale que j’ay eüe de la voir en passant, dont je vous seray à jamais redevable, aussy bien qu’à M*" de Tliou, puisque c’est à voz seings que je doibs principalement cette grâce, non méritée de mon chef.

Nous attendrons en bonne dévotion la venue de M*' de Merly, mais

l’explication descjnels il se fait tout blanc de son espée.» L’dditeur des Correspondants de Peiresc, rappelant sous ce passage les diverses terribles querelles de Daniel Heinsius

et de Sauraaise , constate que ce ne fut pas ( pour employer la métaphore trop adoucie ■de ce dernier) à petits coups de fleuret que se battirent les deux ardents advei'saires.

[1636] AUX FRÈRES DÜPÜY. A95

comme nous avons veu différer celle de M*’ de Nantes \ nous avons • bien jugé que. la sienne ne presseroil pas davantage. C’est une grande et importante l'econqueste que, celle de ce fort de Schenk^ dont je me conjouys de bon cœur avec, vous, et prie à Dieu de vouloir arrester un peu le cours des progrez de noz ennemis et nous donner des moyens de les vaincre. Estant de tout mon cœur,

Monsieur,

VQstre Irez humble et Irez obéissant serviteur. UK Peikesc.

A Aix, ce 96 may i636.

J’oublioys de vous dire qu’enfin aprez une longue patiance, et persévérance de mes prières envers la vefve de feu M*" le Baron de Vance, elle s’est resolüe de m’envoyer son juge avec les originaulx d’une domj douzaine de vieilles chartes fort aultlientiques concernant le grand Bornée de Villeneufve, entr’aultres la donation à luy faicte de la ville de Vance, d’une partie de celle de Nice, d’un Portail de celle de Grasse et de tout plein d’aultres villages circonvoisins, un eschange que lit aprez le mesme comte Raimond Beranger avec ledict Bornée de cette portion de Nice pour d’aultres terres, la quittance, de son administration, et aultres choses bien curieuses, mesmes les confirmations de Charles d’Anjou, frere de Louys et de Beatrix, en faveur de Paul Bornée son filz, et du roy Bobejt en faveur de son petit filz. iMais l’une des plus jolies est la lettre qu’escript à Bornée le Grand Maistre des Hospitaliers d’oultre mer, sur le passage qu’il y avoit résolu, du temps qu’il est qualifié Bailly et Goneslable du comte de, l’rovence, où l’on luy donne le rendez vous au stolium qui se devoit tenir en Gypre pour y adviser des lieux que les Chrestiens attaqueroient, et luy parle t’on au nom mesme du Grand Maistre des Templiers, et de toutes les bandes sa-

‘ L’évêque Gabriel de Beauvau. .Montglat, une antre forme du nom de ce fort

* Ce fort était près de Glèves, sur la rive est ainsi donnée (t. I, p. 1 /»i) : «Les Hol-

droite du Rhin. Voir une note du Recueil landois avoient été tout l'hiver au fort de

Avenel (t. V, p. 991). Dans les Mémoires de Sken, qui ne s’éloit remlu (|u’en avril. 71

crées; mais par disgrâce les souris ont rongé le milieu de cette charte qui se trouve impeiTaicte de plusieurs lacunes par ce moyen, en cinq • ou six diverses lignes, mais ce qui en reste est tousjours trez bon. Le chappitre de Vance a cliargé un chanoine, qui est en chemin, de l’original de son testament que j’attends d’heure à aultre. Je retiendray des extraicts authentiques du tout, et les feray collationner aux originaulx avec la description des seaulx, dont je vous feray l’adresse pour M*" Baudier, lequel je vous supplie de sallüer de ma part. L’on m’avoit envoyé des extraicts signez par notaire de quelques unes de cez chartes, mais les coppistes y a voient tant faict de faultes qu’elles n’estoient pas seulement intelligibles. Et celle d’oultre mer qui estoit la plus galante ^ in’avoit semblé faulse, à faulte d’un petit mot, car le commancement estant conceu au nom du Grand Maistre des Hospitaliers, le reste seinbloit reprins au nom de celuy des Templiers. Mais dans l’original j’ay trouvé qu’il y avoitrain Gypro debet stolium cruce signatorum applicare ubi tam nos (]uam magister Teinpli et alii omnes nobiles de regno Syrie circa medietatem inensis Augusti, obviam ipsis per mare occurremus tractaturi ibidem de loco quo ad expugnationem infidelium tucius poterit exercitus Christianorum deviare. -n L’escritture de la charte est bien de 600 ans, la lettre est adressée au dict Bornée par B., grand maistre de la maison de l’Hospital, etc., et est le propre original, car pour ouvrir le cachet, i! a fallu decoupper le parchemin comme l’on faict encor les bulles du serment de fidelité du Pape, et n’y avoit aultre surscription extérieure si ce n’est: «inclito viro domino Bornéo bajulo et conestabulo comitis Provinciei^, mais dans le texte intérieur, les tiltres y sont bien plus spécieux pour le siecle : cr illustrissimo ac magnifico et inclito viro amico specialissimo et precordiali domino Rom. de Villa Nova domini comitis Provincie Baillio et conestabulo, Frater B. Dei gracia sancte domus Hospital. Hierusalem magister et pauperurn Ghristi custos, salutem.n

Ce Grand Maistre y faict mention d’un de ses neveux nommé R. Flote

Dans ie sens d’agréable, exquis.

(qui estoit de la maison de la Roche), lequel il luy recommande pour luy faire obtenir du comte de Provence une confirmation de ses terres que le défunt comte luy eusse baillée s’il n’eust esté prévenu de la mort. 11 le prie aussy de moyenner la réconciliation avec le dict comte ou Daulpbin son neveu, et qu’il luy soit permis de retourner et demeurer à Combs. Le mal est qu’il n’y a poinct de datte b

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SXULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu avec la vostre du 3 3 du passé une de de Thou du 3 i le jour mesme de son parlement, parmy l’embarras de ses adieux, ce qui m’est d’un merveilleux reproche, sçaichant comme je faicts combien je suis indigne de cet honneur et de l’incommodité qu’il en doibl avoir receu en une conjoncture si pressante. Je luy en demande pardon par la cyjoincte, avec cette mortification de n’avoir eu du .costé d’Italie nouvelle quelquonque à y adjouster qui peust faire tant soit peu de compensation avec l’importunité de lisre des simples compliments en langage gascon. J’auray bon besoing que vous en fassiez les excuses et le supplément s’il vous plaict comme je vous en supplie trez humblement.

Vous aurez icy une lettre de M*‘ de Guibeville vostre neveu qui me dict vous avoir escript plusieurs foys soubs l’enveloppe des despesches du cardinal Bichi mesmes depuis deux moys fort souvent; c’est un très brave gentilhomme à la relation - de touts ceux qui ont eu le bien de le converser^.

* Vol. 718, fol. 269.

■ Au rapport, au récit.

^ Converser est mis là pour fréquenter.

C’est le sens primitif, converser n’ayant dans m.

l’ancienne langue que le sens de vivre avec. Littré n’a pas cité d’exemple de l’emploi du verbe converser mis comme synonyme de fréquenter.

l'MPniMEntC KATIOKALC

Quant à M*' de Saumaise, je ne double poinct qu’il ne trouve de la difliculté à la jouyssance des appoinctements qu’on luy pourra accorder, et qu’il n’ayt aultant de peine que Messieurs Grottius, de Marthe, du Ghesne et aultres gents de lettres qui ont affaire la plus part du temps à des impitoyables. Je les soulageais quelque foys de cette importunité du leinps de feu M^'’ le Garde des seaux du Vair. Mais les choses n’estoientpas reduictes au poinct qu’elles sont à presant. Si Ms‘‘le Prince^ le voulait entreprendre de bonne sorte, il en viendrait bien à bout, et rendroit bons payeurs les plus revesches, mais il a d’aultres visées prédominantes. Tousjours me consolez vous beaucoup en me disant qu’il ne sçauroit quitter la France de l’esté, car entre cy et là, il se pourrait bien adjuster quelque chose. Je luy ay envoyé l’inscriptioji du mont Sinaï, mais non le discours de ce pauvre pere Kircher, n’ayant peu retrouver son autographe mainttenant, oultre que je l’estime bien indigne de la veüe de M"^ Saumaise, si ce n’est que par indignation il feusse cappable de luy faire prendre une verve d’y songer luy mesmes^; il est vray que cez characteres sont trop diflérants de ceux qui ont esté en commerce depuis quelques siècles pour estre intelligibles, nom plus que les vieux Persans et Palmyreniens qui se trouvent en quelques marbres et en quelques pierres précieuses gravées, et en des médaillés mesmes, avec des images de princes coitfez de leurs thiares Parthiques. Si vous trouvez bon de luy envoyer la coppie que vous avez du rnesme discours, il n’y auroit peult estre pas grand danger mesmes si vous trouviez commodité de luy faire tenir la coppie du libvre de la musique d’Erasmus Oricius que je vous ay adressée par le sieur Gela pour le P. Mercene; il seroil possible bien à propos, si ne l’avez encores remis au dict P. Mercene, voire de l’emprunter de luy pour cet effect, car j’ay recouvré de Rome le livret Arabe qui estoit passé par voz mains, et me suis résolu de l’envoyer au dict sieur de Saumaise avec un aultre que j’avoys depuis receu

‘ Le prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. — ’ ]/erv^ dans le sens Aq fantaisie, qui est le sens ancien.

[1636] AUX FKKRES DUPUY.

du Levant, où il y a f[uelques opuscules en cette matière traduicts du Grec et d’aultres d’Avicenne, et d’aultres d’un Saphadin autlieur fort célébré entre ceux de cette nation et de cette profession, qui a esté inventeur de leurs notes de musique L Et ay prié M" de Saumaise de bien considérer la dilferance des couleurs que vous avez veües en quelques figures musicales ou tablattures que j’ay tousjours creu avoir bien du rapport à la musique nommée chromatique par les anciens Grecs comme si elle ne se pouvoit exprimer que par les couleurs dilferantes pour marque et distinction des diversitez des genres et des modes en la meslange de leurs notes et de leurs concerts. J’ay prié AL de Saumaise de faire par aprez tenir le tout à M‘‘ Golius à Leyden par voye asseurée, lequel m’en avoit faict grande instance, et m’avoit mandé d’avoir quelque chose d’Avicenne en cette matière, et qu’il y travailleroit volontiers. Je vouldroys bien que la bonne envie leur prinst aux uns et aux autres d’y travailler, en sorte qu’on peusse desterrer et restaurer quelques reliques de cette tant célébré musique ancienne et spécialement de cette chromatique si incogneüe pour le présent. Je luy en avois envoyé une coppie, mais je ne sçay si elle arriva à temps avant son voyage de Bourgogne; si par hazard elle estoit encores entre voz mains, je vous prie de me la renvoyer, et si les vieilles couvertures de ce libvret original ne s’estoient perdîtes, comme vous disiez les avoir conservées pour me les renvoyer par aultre voye que celle de la poste, il n’y auroit pas de danger de les faire remettre à son livre ou à la coppie pour l’amour du nom qui y estoit escript ce me semble du Musicien du Cayre de qui la piece avoit esté recouvrée, que l’on tient fort habile homme en cet art parmy les Arabes. L’on m’avoit fait feste d’un grand volume in-fol° où estoient compilez touts les meilleurs autheurs en cette matière, mais il m’a esté soubstraict par des envieux qui n’en ayderont pas possible le public de meilleur coeur que j’eusse

‘ Safadi, natif de Safet en Palestine, nulle part qu’on en fasse un musicien et mourut à Damas en 1862. Les biographes surtout qu’on lui attribue l'invention des

disent qu’il fut très versd dans la piëtè, notes de musique,

l’éloquence et les sciences , mais je ne vois

lasché (le le faire; tant que j’en avoys eu quelque esperance, je n’avois pas disposé de ce second volume que j’ay eu du Levant, mais n’en attendant plus rien et ayant recouvré le volume de Rome dont je faisois plus de capital que de tout le reste, à cause de l’affectation de cez différantes couleurs qui s’y trouvent observées avec tant de peine, je n’ay pas voulu différer davantage d’en faire part à M*' Golius et àM'' de Saumaise puisque cez aultres Messieurs de Paris et de Rome n’en ont peu venir à bout.

Au reste j’avoys bien ouy parler du travail de M" Saumaise sur l’Arnobe et sur le concile elleberitain, mais non à la suitte des exercitations de Gasaubon sur le Raronius sur (juoy je ne doubte pas qu’il ne puisse dire de trez belles choses, mais celles cju’il dira de la milice, de re vestiaria et des plantes ou animaulx exotiques, ne seroient pas moings belles à mon gré, et encores plus les origines Ægyptiennes. 11 me mande que s’il avoit le Syncellus il le collationneroit volontiers maintenant que sa Milice est en chômage. M"" Rigault feroit œuvre méritoire de se donner cette petite violance à son humeur, quand les commoditez en pourront estre bien seures, n’estimant pas qu’il n’y en ayt de bien frequentes aultant que d’icy en cour, plus tost il le fauldroit adresser à Lyon par la grande routte d’où il n’y a danger quelquonque jus(|ues à Dijon. M*’ d’Agut vous resalüe et vous remercie trez humblement de l’advis pour la continuation de Vignier, et raoy de riiistoire de la Popeliniere que je n’avoys jamais rencontrée en mes petites emploittes^, non plus r^ue la commodité de le lisre sur les exein- })laires de mes amys diverty par d’aultres choses plus attrayantes. Je le feroys bien volontiers si je pouvois à cette heure que les livres m’e.n sont si inesperement tombez en main.

Nous avons enfin vérifié (sans escrire pourtant) une crue de h conseillers â substituts des gents du Roy, un payeur des gaiges que nous n'avions poinct, et un procureur et un huissier. On nous promet

‘ E.'ccrciUitioues in liaronium {\jondre9 , iu-fol.). — - * C’esl la forme du xvi' siècle.

Ou la trouve notamment dans V. Carloix, Dcspériers, Froumenleau, Montaig'ne.

le restablissement de rassignalion de noz gaiges sur le fonds ancien des Gabelles, le rembourccment de nostre quart et buictiesine denier et le payement des arrerages de nos gaiges et la suppression des aultres offices creez en plus grand nombre et quelques aultres conditions, dont l’eflect s’en ensuyvant on rédigera par escript la deliberation. Voilà toutes noz nouvelles et que je suis tousjours plus fortement et à plus juste tiltre.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 3 juin i63.6

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUV

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu la vostre du 6'"*^ avec deux exemplaires de la liaraiigiie funebre de feu M"" Aleandro et cez feuilles des epistres socratiques auxquelles je feray passer les monts soubs l’adresse du R. P. Dom du Puy par le prochain ordinaire d’icy à i5 jours Dieu aydant; M"” Gassend les a cependant et nous tascherons de les voir avant qu’elles sortent de noz mains, n’en ayant pas eu de commodité pour le présent.

J’ay receu dudict R. P. Dom du Puy une inscription de Calabre qu’il me charge de vous communiquer laquelle sera cy joincte; ell’ est imprimée dans la pluspart des livres de recueils de vieilles inscriptions, mais elle n’est point assez exactement transcripte, à mon gré, nulle

* Vol. 718, fol. 261.

* Ce sont les doaiiiients que Léo Allatius allait publier, l'annee suivante : Socratis, Antistkenis et dlioi-um SocrcUicoruin epislolœ. Léo Allatius primas grœce vulgavit, latine

verlil et notas udjecit ( Paris , Séb. Cranioisv , 1687, in-4°). Une édition beaucoup plus complète de ce recueil a été soignée [)ar üielli (l.cipsick, 181 5, in-S").

part. C’est pourquoy je i’ay prié de la faire revoir pour l’amour de moy par celuy qui la luy a envoyée à Rome. Et de remarquer des particularitez que je luy ay cottées, qui ne seront pas inutiles à mon advis. Je vous renvoyé par mesme moyen la lettre de M*" Valeran où il eommance à paroistre que je n’avois pas tant de tort quand je voulois lousjours affirmer que vous viendriez à bout de vostre affaire comme je n’en doubte poinct, il ne fault que la patiance, et ay bien du regret que les papiers justificatifs de la précédante commande tardent tant, car je pense qu’aussitost que vous les aurez peu produire vous serez expédié, principalement si le Syncellus est par mesme moyen conféré, afin de le payer de cette monoye là, au lieu de quelque aultre plus onereuse ou moings de leur humeur. Vous avez oublié de mettre dans vostre pacquet la derniere lettre de M*" de Saumaise que vous me promettiez, si ce n’est que ce soit l’extraict des nouvelles de la Franche- Comté du !'='■ de ce moys. 11 m’a escript une longue lettre^ en response de plusieurs des miennes où il y a de belles observations, mais pour luy pouvoir respondre, et escrire en Italie ce qu’il desire, il fault que je difiere de vous en entretenir, bien marry d’en avoir si peu de loisir. 11 me mande que dezhorsmais je luy adresse mes lettres à Paris où il desseignoit de s’acheminer la suy vante semaine, de sorte que s’il a esté si punctuel, un de mes amys qui luy portoit d’aultres livres Arabes tant pour M*' Golius que pour luy ne l’aura pas trouvé à Dijon à quoy j’auroys un peu de regret. Mais en ce cas je pense bien que M*" le conseiller son pere prendra le soing de les luy faire tenir à Paris.

J’ay esté infiniment aise d’apprendre que M*" de Thou fust arrivé en santé jusques à Espinal, mais j’ay bien de l’apprebension du mal qu’il a trouvé en cez quartiers là, et me tardera d’entendre qu’ils ayent faict leur convoy heureusement et qu’ils en soient bien tost de retour à soubaict.

Si vous apprenez des nouvelles plus particulières de ce nouvel edict

‘ Voir celle lettre, du 9 juin i636, dans le fascicule V des Correspondants de Peiresn, p. 59-7/1.

des moiioyes, vous m’obligerez de m’en faire part à mesure que vous eu apprendrez, pour l’interest qu’y peuvent prétendre noz amys plus que nous mesmes. 11 avoil couru un bruict de par de ça ])uis quelques jours que les Reales d’Espagne ou piastres ou pièces de buict reaulx debvoient estre diminüées, ce qui les faisoit refuser et courir à l’exclusion quasi de toute aultre sorte de monoye d’argent, mais je pense (jue cen’estoit que sur l’equivoque du nom de Pattaquous ‘ qui est commun à cez especes-là en quelques lieus aussy bien qu’aux Tallerea d’Allemagne qui sont de bien pire alloy que lesdicts Reales. Les pistoles vallent desja 6 sols par dessus la taxe de l’edict, parce que l’argent n’est pas cappable de payer leur juste valleur au prix qu’il est monté. Dieu veuille que le reglement qu’on y fera soit si bien concerté qu’on y puisse remedier à une bonne partie des grands inconveniants qui s’y estoient rencontrez. Je vous prie de vous enquérir et me mander quelle est l’observance dans le greffe du Parlement, pour lesdictes consignations des especes et entrées, et si la taxe et reglement du dernier edict y est en observance bien punctuelle ou non. 11 nous tardera bien d’entendre que AP de Alerly aye enfin prins jour à partir pour s’en venir en ce clielit pais, et y contribuer ce qu’il pourra au restablissement de l’ordre dont on ne se dispance que trop. Au reste noz pluyes sont aussy opiniastres et intempestives que voz secheresses, et nous font bien du mal; je regrette l’incommodité qu’il y a eu pour ce pauvre animal ^ qui n’a peu trouver assez d’eau pour remonter à contre mont la riviere de Saône jusques à Ghallons. Nous n’avons |aultres nouvelles pour le presant, si ce n’est que AP le general de Gliabres fit icy son entrée fort bien acconqiagné mecredy passé, et en partit le vendredy pour Alarseille, d’où il devoit prendre la routte'de Toullon et de Ganes, sur quoy je demeure, Alonsieur,

voslre trez humble et trez obeissajit serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 17 juin i636.

Nos dictionnaires donnent la forme patoffue. — ' L’alzaron.

Si mon frere esloit desja party pour s’en retourner avant l’arrivée de la présente despesche, je vous supplie de faire clorre vous mesmes les lettres et pacquets que j’adresse à Ms" le Ghancellier et à Messieurs Hallez et Bourdelot, et puis les faire rendre s’il vous plaict, et d’y faire joindre si le trouvez à propos une piece pour chascun de cette nouvelle monoye de Lorraine Florentine et d’en reserver pour vous et pour quelqu’un de voz amys.

(}ue si mon frere vous avoit laissé quelque ordre pour le dessein de son preau de Boysgency, il se pourroit bailler à celuy qui luy avoit promis de travailler au dessein d’une espece de parterre d’herbe à l’xAngloise.

Si mon frere estoit party de Paris, vous ouvrirez s’il vous plaict la première enveloppe de son pacquet pour faire rendre les aultres lettres et papiers selon les ordres qu’il aura laissez et luy renvoyerez à Lyon le pacquet intérieur cachetté et ce qu’il n’aura laissé ordre de rendre ailleurs ou qui ne nous sera duisable L

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu par l’ordinaire vostre despesche du 3o avec celle de mon frere et la lettre de M*^ de Saurnaise dont je n’ay rien communiqué à persone, sçaicbant comme cez advis sont jaloux en tout temps et principalement en celuy cy. Je pense qu’on doibt user d’authorité pour l’arrester dans le royaulme et ne pas souffrir que la France perde un personage de ce mérité, comm’ elle fit feu M'' Scaliger^. M"" du May m’a escript du i de ce moys que la disposition n’y estoit pas si petite

' Vol. 718, fol. 263. — ^ On sait que Joseph Scaliger passa en Hollande les seize dernières anne'es de sa vie.

AUX FREHES DUPUY.

fjue nous craignions; je prie à Dieu qu’ainsin soit. Il mande que M'' le Prince avoit campé devant Dole dez le 99™®^ et osté les defl'ences de l’hostilité à cause de quelque perfidie des assiégez. Dieu nous veuille donner une bonne paix, s’il luy plaict.

.l’ay esté bien surprins de l’action de M® Grottius et ne pense pas qu’il aye de légitimé pretexte aprez tant d’années de sesjour qu’il avoit faict cy devant en ce royaulme, ce que des commissaires faisoient dans la rue, quoy que contre les murs de son logis, ne pouvant desroger à ses sentiments intérieurs, ce me semble, nom plus que quand un marchand estale de la marchandise devant le palais du Roy et contre les murailles d’iceluy. Je le tenoys de plus forte humeur que cela'-^. Mais estants touts hommes ^ il fault nous compatir les uns les aultres'*, pour nous faire tollerer nous-mesmes en noz infirmitez et faiblesses. Si j’ avoys assez de familiarité avec luy, je ne me pourroys empescher de iuy-en toucher quelque chose. Quant à l’édition du Theophanes de M® Bouchard, à cette heure que vous me parlez de l’intervention de la compagnie des libraires de la société des PP. Grecs, je ne doubteray plus que si M® Gramoisy se laisse vaincre il ne vienne bien à bout des aultres. Mais de tout le reste je ne feroys ne mise ne recepte en ce temps. Je suis bien Jionteux de l’embarras de cez troys gros fagots de livres dont vous avez chargé les coffres de M® de Merly, n’osant plus |)arler de l’importunité pour n’ofîeiicer son incomparable courtoisie, à dire qu’il se chargeroit d’une bibliothèque pour un si chétif et si indigne subject; mais je luy en suis si redebvable et à vous, Monsieur, de ce qu’y avez contribué que je ne le vous sçaurois exprimer. Nous l’attendrons en bonne dévotion et regretterons bien la challeur de la saison qui s’approche, de crainte que le changement trop soudain ne

‘ Voir sur le célèbre siège de Dole les Mémoires de Montglat (l. I, p. 129-1 36), la relation spéciale de Boivin (i638, iii-4°), etc.

* Il faut rapprocher ce blâme discret, du blâme beaucoup plus énergique dont, en deux autres occasions, Grotius fut frappé par

Chapelain (^Lettres, 1. I, p. 677, 691 , 692).

^ Summi sunt, Itomines tameii (Quintilien).

* A rapprocher de cette expression du xvi' siècle (dans Vincent Carloix) : (fCes deux grands seigneurs qui ne se pouvoient compatir ri.

l^pniMCMC NATIOXAU.

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luy soit moings tollerable. Mais si le temps continue comm’ il a commancé, nous avons plus de froid à cette heure que nous n’en avions quasi à Pasques, l’année ayant esté fort extraordinaire et les pluyes bien opiniastres pour le temps. Je suis infiniment aise des bonnes nouvelles que vous avez eues de la disposition de M'^deThou, bien fasché de la perte de Goublens\ mais puis qu’elle n’estoit pas vraysemblablement esvitable il vault mieux que c’ayt esté avant que M^’’ le cardinal de la Valette fust sur le pais, priant Dieu qu’il puisse mettre les ordres bien à soubaict à la conservation du restant de l’Âlzace. C’a esté un grand malleur pour le bon M*" Gela qu’il n’aye peu trouver en cour M*" de Thou. Mais les bons offices qu’il luy a rendue avant son départ ne laisront pas, je m’asseure, de luy estre bien utiles, avec vostre bonne assistance à laquelle il aura son principal recours. M*' de Rossi de Lyon m’escript du h qu’il avoit vu cet animal ^ et y avoit prins grand plaisir. Le cardinal Barberin en attend bien impatiement la peinture à huille que je luy en ay envoyée de la grandeur naturelle; vous avez trez bien faict de luy escrire et suis tousjours en cette croyance que vous aurez la raison de vostre affaire tost ou tard. L’ordinaire d’Avignon à Rome ne passa que sammedy. J’envoyay au R. P. Dom du Puy quattre exemplaires de vostre harangue funebre du pauvre feu M*' Aleandro, afin que le sieur Mascardi eust de quoy attendre plus patiemment le fagot de plus grand nombre d’exemplaires qui vient dans les coffres de M*" de Merly.

Au reste je vous ay plus d’obligation que je ne vous sçauroys faire comprendre de la charitable compassion que vous daignez prendre de mes sentiments en l’aveuglement de nostre pauvre ingrat®, qui ne se peult laisser toucher tant il s’est laissé préoccuper l’esprit aux suasions des mescbants entre les bras desquels il s’estoit jetté. Mais il semble

* On lit dans les Mémoires de Montglat ( 1. 1, ]). 126) : «Jean de Vert fut détaché de l’armée de Galas pour assiéger Coblents, ville située à l’enibbuchure de la Moselle et du Rhin, laquelle avoit été mise entre les

mains des François par rÉlccteur de Trêves. Cette ville fut serrée de fort près, et comme elle n’étoit pas forte , la Saludie l’abandonna. »> ^ L’alzaron.

^ Le neveu de Peiresc.

[1636] AUX FRÈHES DUPUY.

que plusieurs de nostre compagnie qui l’avoieiit trop flatté commencent à recognoistre le tort qu’ils luy ont faict, et à braiisler au manche en sorte que s’ils le sçayent résoudre à jiie laisser prendre ma réparation d’honneur, cela faict, il y auroit assez de moyens d’accommodement pour les interets domestiques. Combien que je ne pense pas que la correspondance y puisse jamais estre bien entière de sa ])art dans les deffiances qu’on luy a données. Il faudra que ce soit Dieu qui y frappe le plus grand coup s’il luy plaict. Cependant je prie à Dieu en revanche de voz bons offices qu’il luy plaise vous bienheurer* et combler de toute sorte de bénédictions et demeure du meilleur de mon coeur,

- Monsieur,

voslre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix , ce 10 juin i636.

Nous attendons aujourd’hui M*' le General des galeres. Le Roy a escript à la cour de Parlement pour le luy recommander et d’entretenir avec luy toute bonne correspondance. Elle a délibéré qu’à son arrivée. Messieurs de la Compagnie l’iront visiter (non en corps) mais en aussy bon nombre que faire se pourra. M*' l’Archevesque le loge'-^.

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUT

A PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despescbe du i3 avec ce que vous y aviez jomcl, dont je vous rends mes trez humbles actions de grâces, ayant pjius à

' La Cjurne de Sainte-Palaye cite sur le mot bienheurer deux poètes, Gilles Duruiit et Mathurin Regnier. — * Vol. 718, fol. 966.

singulière faveur la participalioii de tant de curieux advis, et surtout, de ceux de la bonne santé de M'' de Tliou, souhaictant le succez de son voyage bien conforme à voz voeux. Persone ii’a veu le papier dont vous aviez du regret; si je pouvoys y contribuer aultant de force et de crédit au service de mes bons seigneurs et amys, que je ferois de respect et de defferance à leurs commandements, je ne craindroys pas jamais de reproche, n’en soyez poinct en peine, je vous supplie. Vous avez grande raison de dire qu’inutilement on envoyeroit le manuscrit du Syncellus à M‘‘ de Saulmaise s’il doibt estre si tost à Paris, comme il me disoit dernièrement en me donnant ordre de -ne luy escrire plus qu’à Paris. Je luy avoys adressé quelques livres manuscrits dont je pensois avoir advis de la réception par le dernier ordinaire, ce qui me faict doubler qu’il se soit trouvé party ou retiré aux champs pour quelques jours, mais le porteur en ce cas m’en escrira possible un mot. J’auroys bien des choses à luy dire tant sur les commissions qu’il m’avoit données pour les vieux manuscrits du costé d’Italie que pour la grande estime qu’on y faict de luy et de sa rare érudition. J’attendray plus de certitude soit de son départ, ou de son plus long sesjour chez luy, pour m’en acquitter. On y attend en grande impatiance l’Ammian de M"" Valloys et M*" le cardinal Barberin m’escript que vous luy en envoyez un exemplaire avec un ballot d’aultres livres, qu’il me charge de luy faire tenir, ce qui m’empescliera de juy envoyer celuy que M*" Valoys vous a remis double sur mon compte, si ce n’est qu’il se trouvast de plus grand papier que le vostre, auquel cas je le cbangeray icy en passant et envoyeray l’aultre à quelque aultre, Je ne regrette que l’embarras que vous en voulez donner à M"" de Merl}, qui est cei’tainement bien grand aprez tant d’aultres fagots dont vous l’avez chargé, et puisque vous faisiez ballot, il eust esté bien 'moings incommode d’y joindre touts cez particuliers fagots. Que si le dict ballot n’estoit encore party, possible feriez vous bien de faire remettre le tout ensemble pour diminuer d’aultant l’importunité qu’en recevront les gents de M'’ de Merly.

J’avoys esté deux années sans lettres de M‘ Holstenius, et à ce

[163G] AUX FKÙHES DÜPUV,

coup j’en aj receu Iroys tout d’un coup, dont il y en a deux de sept ou liuict feuillets cliascune, dont l’une est dattée du inoys de tebvrier laquelle estoit vrayseniblableinent demeurée en ar-

riéré j)ar mesgarde lorsqu’il nous envoya la coppie des livres de S‘ Cyrille qui vindrent sans aulcuite lettre sienne. 11 me faict de glandes excuses de son silence lesquelles ont esté bien facilement admises de moy, puisque sans cela je ne laissoys pas de le tenir pour excusé, tandis que je ne doubtois pas de son zelle envers le public interesl des bonnes lettres, et de l’assiduité de ses recommandables estudes, qui n’ont pas de besoing d’interruptions si inutiles que les miennes. 11 me mande qu’il a fort voyagé par touts les pais à l’^îiitour de Rome, et observé une infinité de belles choses et de quoy suppléer et corriger AR Cluverius et les aultres. 11 a de quoy en faire un bel ouvraige et bien utile, et un aultre des chemins publics des anciens Romains, tout aultre que celuy du bon homme M'' Berger-. 11 adjouste que le cardinal Barberin son maistre a faict instituer une academie particulière de ceux qui ayment la langue Grecque, et qu’il y estudie iournellement, ce qui luy a donné plus libre accez que devant envers son maistre, et luy faict concevoir <le meilleures espérances pour le public. Il a toute liberté dans la bibliothèque de son dict maistre, et en a mis par ordre les manuscrits entre lesquels v a trouvé un volume des prophètes en majuscule avec les astérisques de l’Aquila Symmachus ^ et Theodotion ce qui me faict juger que ce

Dans le recueil de lioissonade {Lttcœ llolulenü Epistolce ad diversos) , on ne trouve aucune lettre de fe'vrier iG3'i. La lettre la j)lus rapprochée de cette date est la 4o', du printemps de iü33 (p. 249-259.) t.a lettre suivante est du 6 septembre i636 (n°XLlII , ]). 268-274.) Il mampie donc au recueil de Boissonade les trois lettres reçues à la fois par Peiresc.

^ Nicolas Bergier, et non Berger, avait publié en 1622 Y Histoire des grands chemins de l’Empire romain (in-4").

^ Juif natif de Sinope dans le Pont, auteur d’une traduction de la Bible en grec (|U’emière moitié du 11' siècle), traduction dont on trouve quelques fragments dans les llexaplcs d’Origène.

* Symmaque, né à Saniarie dans la seconde moitié du u' siècle, traduisit les livres saints en grec, après Aquila et Théodotion. Ouelques-uns ont préféré sa versibn à celle de ses deux prédécesseurs.

‘ Comme Aquila, Théodotion était de Sinope, et comnje lui, il traduisit en langue

soit le mesme volume du cardinal de la Rocliefoucault ^ que j’ay veu aullrefoys entre les mains du bon P. Fronton le Duc^, qui estoit transcript sur celuy d’Origene, quelqu’un des parents de ce cardinal l’avant vraysemblablemeiit envoyé présenter au neveu du pape, si ce ne sont les PP. jesuistes mesmes qui l’eussent faict depuis la mort du P. Fronton. Le cardinal Barberin parle de le faire imprimer en la mesme forme qu’il est au manuscrit, ce qui seroit bien agréable et utile. Vous pourriez bien vous esclaircir si c’est le mesme que j’ay veu ou non, car si c’estoit un aultre il fauldroit vérifier s’il y auroit aulcune variété notable. Le volume n’estoit qu’un petit in-8° de deux doigts tout au plus.

Elzevir estoit à Rome^, et y avoit on apporté une sphaere de Gopernicus de la nouvelle invention, que les censeurs n’ont osé censurer quelque envie qu’ils en eussent au tribunal du saint office. Le cavalier del Pozzo me mande qu’il estoit venu des informations authentiques et en forme probante de cette ante de prunellier humanizé^ et qu’on s’en estoit prévalu ailleurs, mais qu’il en attendoit une nouvelle plus solennelle avec les seaux des evesqnes et archevesques, et ensemble des ])ropres feuilles et fleurs nées sur la poictrine de ce pauvre homme. Le cardinal Barberin m’en donne aussy esperance et je demeure, Monsieur,

voslre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, C3 24 juin 16.36.

grecque l’Ancien Testament. Les Hexaples l’Origène nous ont conservé quelque chose Ae sa traduction comme de celle de Symmaque.

^ François de la Rochefoucauld, né à en décembre i558, mort en cette ■rille en février i645, fut évêque de Clermont ( i585), cardinal ( 1607), évêque de Sentis ( 1 608), grand aumônier de France (1618), abhé de Sainte-Geneviève (1619), ministre d’Etat (1622). Voir sur ce prélat L’abbaye de Sainte-Geneviève et la congré-

gation de France, par M. l’abbé P. Feret (Paris, 2 vol. grand in-8°, i883).

^ Sur le P. Fronton du Duc, voir t. I, p. 62.

^ Voir dans le i-ecueil de Boissonade (p. 262) : Conmonitorium Lud. Elzevirio m Belgimn redeunti a Luca Holstenio Bomee commorante datum (Jdibus maii MDCXi'XVl).

‘ C’est-à-dire incorporé dans un homme.

L’expression est hardie et originale.

[163G] AUX FRÙRES DURUY. 511

Je vous recommande surtout le pacquet pour le sieur Vaccon, et vous supplie de le faire bailler s’il est possible en main propre et en tirer un billet de réception.

L appréhension de 1 absence de mon Irere me laict reprendre les adresses chez vous pour les lettres de noz aniys, dont je vous demande pardon b

GXLIII

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAIJI.VEUR DU PUY

À PA Kl s.

Monsieur,

Je receus un merveilleux coup et un grand sentiment de douleur à l’ouverture de vostre dernière lettre du 20“® y trouvant la triste nouvelle du decez de feu Madame de Merly, et en demeuray si perclus et si surprins que je ne m’en sçaurois quasi ravoir depuis, n’ayant pas mesmes sceu me mettre à lisre les aultres lettres qui y estoient joinctes, dont je me contentay de voir les signatures, attendant un peu plus de relasche et de quiétude que je n’en pouvois avoir dans l’agitation que cette douleur avoit causée dans mon esprit, en concurrance et sur le poinct des courvées qu’il m’a fallu faire à visiter louts nos Messieurs du Parlement et des Comptes deux foys, au subject de l’enregistration qu’ils ont faicte enfin de mes lettres patentes de continuation en consequance de l’arrest dernier du conseil dont vous verrez l’extraict, en termes assez inusitez en telles matières, mais j’ay prins ce qu’ils ont voulu, et leur en ay deub sçavoir bon gré parce qu’ils n’ont pas laissé de me restablir actuellement, de me distribuer, de me laisser rapporter divers procez et de me laisser prendre la place du doyen au service du présent iiioys de vacations dans le nombre des

' Vol. 718, fol. 267. qui avait éié cédt^e par Peircsc à sou neveu

* De continuation dans les fonctions de ayant été reprise à cet ingrat en vertu d’une conseiller au Parlement d’Aix, la charge autorisation royale.

servants actuellement. Au moyen de quoy je me trouve suffisament réparé envers le public contre les ennemys de nostre maison, qui s’estoient servis du nom de mon neveu pour me faire affront, et pensoient avoir triomphé de moy, et m’avoir chassé du Palais, mais Dieu par vostre bonne assistance nous a garentys de leur malignité et les a reduicts à sc voir bien honteux et bien penaux aprez tant de jactances dont ils usoient. Je ne regrette que l’obstination de ce jeune insensé, qui est allé de par de là si à contretemps, car il eust eu beau moyen à cette heure de tirer de moy toute la satisfaction qu’il eust peu prétendre, la tenant de ma main et non de celle de mes ennemys comme il faisoit auparavant. Il s’en est allé depuis dix ou douze jours dans le carrosse de àP l’Arclievesque de Narbonne \ ayant prins l’occasion de son passage par xAvignon.

J’eusse bien souliaicté que mon frere eust peu entretenir avant son partement le dict sieur Arebevesque à son arrivée à Paris, mais je ne pense pas^qu’il y soit arrivé assez tost ne que mon frere Paye peu rencontrer en cliemin estant venu par la Bourgogne comme il me mande, n’estimant pas aussy que mon frere ayt différé si longuement son despart. Toutefoys s’il estoit cncores là par hazard, il ne seroit pas mal à propos en cette occurrance, pour faire commander à ce garçon de s’en revenir icy où les choses sont maintenant plus dis- ])Osées à traicter avec luy qu’elles ne pouvoient estre avant la réparation de mon honneur envers le public. Mais je veux croire qu’avant son départ, il aura laissé le monde bien disposé, estimant que rien ne seroit cappable de confirmer ce jeune homme eu ses obstinations, que la rencontre de M*" de la Roque, oncle de sa femme, l’un de noz quatre citez qui est en partie cause de tout son malleur. 11 est vray qu’ils auront touts assez affaire à songer à leur restablissement particulier. Et s’il y avoit moyen de faire sentir qu’ils doivent contribuer à ramener ce desvoyé à son debvoir, possible le feroient ils penser à sa consciance plus tost que tout aultre. Au reste j’escripts à AP le Ghan-

' C’était Claude de F\ebé, qui siégea de 1628 à 1689.

[1636] AUX FUÙUES DUPUY. 513

cellier tant sur ce subject que pour obeyr à ses commandements, et vous supplie et Yb du Puy vostre frere de faire mes excuses et vouloir suppléer mes dellaults en son endroict s’il vous plaict et que cette lettre soit commune à mon frere s’il estoit encores là, afin qu’il vous soulage des plus importunes courvées s’il peult. J’escripts aussy à Messieurs de Thou, de Merly, de Bonneval, Le Grand, et vous supplie de leur faire tenir mes lettres si mon frere n’y peult intervenir, sans oublier mes excuses, s’il vous plaict, dont j’ay bon besoing envers trestouts, m’estant si mal acquitté de mon debvoir, et envers monsieur vostre frere et vous. Monsieur, avec lesquels je me dispence si contidament de mon debvoir, vous suppliant d’agreer que les compliments de condoléance que j’ay rendus à cez Messieurs vous soient communs s’il vous plaict dans la presse où je me trouve reduict, que je cours grande fortune que ma despesclie arrive trop tard à la poste, oultre que je suis encore tout hors d’assiette au sentiment de cette atîliction que je pleureray longuement comme mal réparable et de grand interest à nostre païs et à nostre maison, aussy bien qu’à noz plus chers seigneurs et amys, et seray à jamais.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 1 juillet i636

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

Monsieur,

Avec vostre despesclie du 27““'^ j’ay veu celles de voz amys de divers endroicts, qui m’ont donné de quoy estre rassasié de tout ce qui se

Vol. 718, fol. 269.

IHPHIMCIIIC NATlOMAkl.

pouvoit apprendre de plus important de toutes parts, dont je vous l’ends mes trez humbles grâces, et les vous renvoyé n’ayant faict voir (jue celle de M" de Tliou à Madame et à M"" le comte de Garces qui estoient affamez de ses nouvelles. Il nous tardera d’apprendre le succez de ce siégé de Saverne\ et que les ennemys n’ayent pas de quoy faire d effort considérable de ce costé là. Je vous remercie trez Immblement encores du soing que vous avez prins à vous enquérir de ce nouvel edict des monoyes qui est desjà tout dressé, sur quoy je vous diray que sur les advis de Lyon , les espèces ont desjà c[uasi toutes changé de cours à Marseille, les pistoles d’Espagne à lo livres, les escussols à 5 livres 5 sols, les Ducatons à 70 sols, les Reales d’Espagne à 58 sols seulement, lesquelles sont bien certainement distinctes et fort differentes de celles quion appelle plus communément Pattaquons. Mais plusieurs les confondent pourtant et n’y a pas un moys que pour rembourcer 5o ])iastres d’Espagne que j-avoys faict fournir en Levant pour M*^ Golius à son frere^, il m’envoya une lettre de change à Marseille conceüe en termes de rembourcement de 5o Pattaquons qui furent acquittez à mesrne raison les uns que les aultres. En Levant mesmes les unes et les aultres se nomment piastre, mais celles d’Espagne n’ont ])oinct de surnom, mais les aultres se nomment piastres à Boquel. G’est pourquoy l’equivoque de l’une en l’autre espece par le nom de Pattaquons n’estoit pas si esloignée, com’ il eust semblé à ceux qui cognoissent mieux la differance.

M’’ Valeran a raison de ne pas perdre esperance pour vostre affaire de Rome, vous sçavez que ç’a tousjours esté mon advis. Je seroys bien fascbé que le mal entendu sur l’employ de M*" le Marescbal d’Eslrée deubst passer plus oultre. Et veux croire qu’il s’y trouvera enfin qualche ripiego^, com’ ils disent. Je n’ay encore peu lisre la lettre de M*" Naudé, ce sera pour la prochaine semaine Dieu aydant et vous me ])ardonnerez ce retardement s’il vous plaict. Monsieur.

’ La ville de Saverne fut prise, après cinq semaines de siège, le i4 juillet j()3G, par le duc de Saxe-Weimar. Voir sur les péripéties du siège les Mémoires de Monlglat (t. I, p. 120). — ^ Le père Céleslin de Sa!nte-Lu üwine. — ^ Quelque expédient.

[1G36] AUX FRÈRES DUPUV.

Ce nous est bien de riionneur que M*' Godeau ayt daigné accepter l’evesclié de Grâce je ne l’avoys pas creu, sçaichant le peu de revenu le la piece,mais le supplément de 2000 livres de pension sur Galiors a rendu l’affaire plus faisable et plus tollerable. 11 seroit à desirer qu’on en usast ainsin pour tout plein d’aultres trop chettives pièces pour • l’entretien d’un bonneste homme.

Il me tardera d’appi'endre que M‘’ de Saumaise soit à Paris et que la collation de Syncellus soit faicte, car je tiens lermement que vostre affaire de Rome n’attend plus que cela ou je me trompe bien, et qu’on pensera vous payer de cette monoye; pourveu qu’on vous fist grâce en chancellerie ce seroit manco male^, mais je crains qu’il ne faille encore payer chèrement l’expedition tant attendue. Je suis marry que je ne voys poinct venir des papiers justificatifs de la précédante commande, qui eussent peu servir de pretexte.

Je ne sçay si avant le parlement de l’ordinaire nous n’aurons poinct quelques nouvelles; bien vous puis je asseurer que je ne sçay rien pour encoresqui vaille l’escrire. Attendant ce que le prochain ordinaire d’Italie nous pourra apporter ou quelque navire leventin. Cependant je demeureray.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 8 juillet i636.

Je vous envoyé un dupplicata du griffonement du mont Æthna et de la relation qui l’accompagne, mon frere m’ayant mandé que vous n’en seriez pas marry. Je vouldroys que la chose le vallust mieux qu’elle ne faict. Depuis avoir escript j’ay apprins ce peu qui m’a servy de matière à la lettre que vous trouverez cy joincte, laquelle vous j)ourrez achever de clorre et faire rendre s’il vous plaict ti son adresse ù vostre

‘ Nous avons déjà trouvé le nom d’Antoine laires de Peircsc avec ce prélat, (rvere bono Godeau dans le tome R. Voir ce que ditGas- erudito, celebri, Antonio Godellon. sendi (livre V, p. 4i5) des relations épislo- * Moins mal.

commodité, excusant la stérilité du pais, s’il vous plaict. Monsieur, et M* du Puy et à celuy à qui en est l’adresse.

Les mattelots de Martigues esvadez de la coste d’Espagne m’ont desparty les deux petites relations imprimées cy joinctes concernant le . desordre des inondations des deux rivières de Valladolid* et celle de Burgos^ quasi en mesme temps, mais beaucoup moings considérable. Je croys que vous aurez veu quelque chose de semblable longtemps y a, tant est que la datte m’en a semblé trop vieille pour les oser mettre soubs l’enveloppe de Ms'" le Ghancellier comme possible je l’eusse faict à faulte de meilleure matière sans ce petit regret, pour ne rien obmettre de ce que vous sçovez m’avoir esté commandé de sa part.

L’on me vient de recommander un paquet pour M*' Guyon mon cousin, referendaire en cette petite chancellerie que je pensoys estre party de là longtemps y a; il est de la cognoissance particulière de M"' de Montagut d’Autun à qui je faicts une recharge par mesme moyen à une précédante despesche que je luy avoys faicte soubs l’enveloppe dudict sieur Guyon. Je vous supplie de faire tenir l’une et l’aultre s’il est possible, et si le sieur Guyon estoit party de rendre le tout à M*’ de Montagut avec charge d’ouvrir ma lettre inesmes, s’il luy plaict, pour ma descharge en sou endroit et plustost de l’ouvrir vous mesmes pour la luy faire voir s’il estoit trop scrupuleux pour y voir avec quelle confiance je luy ay mandé cy devant et confirmé présentement qu’il pouvoit en toute liberté employer vostre intercession et de Messieurs voz parents et amys envers Messieurs ses juges, regrettant bien fort de n’en avoir le roolle qu’il dict m’avoir envoyé sans que je l’aye receu, combien que je n’espere pas y en trouver de ma cognoisçauce, car je n’en cognoissoys que des plus vieux de la Grande Chambre et fort peu des Enquestes et ne sçay si les enfants de quelques uns des vieux que j’avoys cogneu se souviendroient des habitudes que j’avoys eues chez

^ Valladolid est au confluent de la Pi- l’Arlanzon (jui y reçoit la Verra et seàiare suerga et de l’Esgueva. la ville proprement dite du fauhoiirg de

^ Rurgos se trouve sur la rive droite de Vega,

AUX FRUHES DUPUY.

Messieurs leurs [)arents. Tant est que je suis en peine, n’ayant aulcune responce de luy, (|ue mes excuses n’ayent pas esté bien receües de ce bon persouage ({ui me demandoit des lettres à ses juges sans que je les cogiioisse, ue que sceusse leurs noms seulement. Vous me ferez une grande charité, s’il vous plaict l’assister de vostre credict, pour son mérité particulier, et pour les obligations qu’il a acquises sur moy de si longue main et à tiltre si onéreux pour luy comme vous le sçavez, et je vous en seray plus redevable que si c’estoit pour moy mesmes. Je ne suis en peine que de ce que c’estoit aultres foys feu M" Aubery qui ne pouvoit sçavoir le logis de M*' de Montagut et crains que la mesme dilbculté aye empesclié mon frere de l’aller visiter, et de luy offrir son service, et de vous solliciter quand il seroit question d’agir pour son affaire laquelle est en la chambre de l’edict. Il logeoit aultres foys sur le pont S‘ Michel ce me semble.

L’assemblée des communautez de la Province pour délibérer sur les cahiers respondus par le Roy et rapportez par M*" de Nantes est mandée à Cuers^ au 22*'“® où présidera un conseiller du Parlement nommé d’Antelmy

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUV

À PARIS

Monsieur,

Je n’ay pas esté moings mortifié que mon frere de ce qu’il se trouva encores à Paris le 1 de ce moys à l’arrivée de mes despesches du 26"'" du passé sans qu’il y en trouvas! pour luy. 11 m’avoit tantasseuré qu’il partiroit à la S‘ Jean qu’il me fit croire qu’en vain je l’y chercherois aprez cela, et ce jour mesme un homme de ce païs venu en jioste

' Chof-lieu «le ciinton «lu départemenl du Var, ari‘on«lissem«>n( «le T«»ul«)n. à 2 1 kiloiuèlres «le c«*ll(^ ville, — * Vol. 718.. fol, 2.70.

dans /i jours m’asseura du despart actuel de de Nantes, et que mon frere s’estoit engagé de parole de le suyvre de prez, ce qui me fit deffei-er cette croyance, oultre que je me trouvay si pressé à la closture de mon pacquet que j’oubliay d’y adjouster comme je l’avois desseigné un peu de duplicata de ce que je luy escripvois lors, qui n’estoit pourtant rien de bien considérable, com’ il aura trouvé à Lyon où je luy en fis l’adresse directement. Mais par le suyvant ordinaire ((u’il y en avoit plus de subject et que je trouvay moings de certitude en sa résolution de partir, je ii’oubliay pas de vous mettre un mot de letire pour luv et de vous endosser à tout bazard la courvée toute entière de ce qu’il y eust peu faire s’il eust attendu ce temps là, ce cjue je ne crois pas qu’il ayt peu faire, à ce que vous et luy m’en dictes du dont j’ay bien du -regret que la peine soit retombée toute sur vous et vous en crie mercy, mais vous vous employez si volontiers en voz charitables offices pour voz amys et serviteurs, que vous les rendez moings discrets de beaucoup qu’ils ne debvroient estre. Et leur faictes esperer plus d’excuse qu’ils n’en peuvent mériter. La seule courvée de tant de lettres à rendre me faict rougir de honte et surtout de celles de quel([ue consequance, et qui vous peuvent donner du soing et de l’incommodité pour en trouver le temps opportun comme celles de M?‘‘ le Ch[aucelier], mais la rare bonté de vostre naturel ne laisra pas de prendre en bonne part cette mienne liberté indiscrète, comme je l’en supplie et conjure de tout mon coeur et de disposer plus librement de moy en revanche que vous ne faictes, me commandant avec t’autborité absolue ([ue vous avez à si ancien et si légitimé liltre, de vostre grâce.

J’ay bien du regret que M*" de Merly ayt tout à fait rompu le dessein de son voyage. C’est une grande marque du malheur de nostre pauvre pais. Et je ne luy ay pas moings d’obligation de tant de bonne volonté qu’il avoit tesmoignée pour moy, c|ue si les effecls s’en estoient ensuivys conformes à ses bonnes intentions, mesines de touts les fagots de livres dont il avoit trouvé bon de se charger dont je ne seray pas marry que mon frere vous aye peu descbarger des seings de me les faire tenir.

Il m’a envoyé le dernier edict des monoyes, qui esloil desja (jiiasi execnté insensiblement cà l’advance, comme aurez veu par mes précédantes lettres.

.l’altends en bonne dévotion des nouvelles de l’arrivée de M*" de Saumaise à Paris, et de l’execution de sa promesse pour le Syncellus afin de voir si j’auray esté bon ou mauvais prophète, car je me suis imaginé qu’avec cela vostre affaire passera sans doubteb

Les lettres de jM'' Holstenius sont encore ez mains de VP Gassend, qui luy debvoit aussy escrire sur quelques chefs; si je les puis retirer à temps, vous les aurez par cet ordinaire, si non ce sera par le prochain, mais en tout cas je vous supplieray de ne pas les faire voir trop librement, à cause de quelques petits mots de liberté qui luy pourroient estre imputez si le vent en revenoit jusques au lieu de sa demeure où il ne sçauroit estre assez jaloux de ne pas donner des ombraiges. Je vous r’envoye avec mille remerciements la lettre que j’oubliay par mesgarde l’aultre jour, parce que je ne Pavois voulu laisser passer par aultres mains que les miennes, et puis ne fis pas le'pacquet moy mesme assassiné de compagnie en ce moment que j’eusse eu besoing de liberté; vous m’en excuserez, s’il vous plaict. Monsieur, comme je vous en supplie trez humblement et du retardement aussy de celle de M'^Naudé, si je ne puis avoir plus de moyen de la lisre avant le partement du courrier que je n’en ay eu jusques à presant depuis l’avoir receüe de vostre part. Je plains un peu le retardement de voz epistres socratiques et n’envie pas au sieur Cramoisy les 2,000 escus gaignez sur le ])remi(îr edict des monoyés, ains voudroys qu’il en eust gaigné le double au second. Mais je vouldrois bien que ceulx auxquels il en a l’obligation luy poussent demander en revanche qu’il se chargeast et qu’il entreprinst effectuellement l’édition de quebjues aultres bons livres Grecs de tant de belles pièces non imprimées que le bonhomme Léo Allatius a mises en estât de voir le jour dez à présent s’il trouvoit un im])rimeur,

* Nous avons déjà vu plusieurs fois que, dans la pensée de Feiresc, une bonne copie du Syncelte était pour Jactjues Dupuy la meilleure des recornmandalions et prolectious :mj)res du cardinal Fr. Barberini.

car il (lesterre tousjours quelque vieille piece notable de jour à aultre, et meriteroitplus de secours qu’il n’en a. Que si je pensons que Ms'' le Cbancellier ne le trouvast pas mauvais, je luy feroys adresser la dédicacé de quelque rare piece et pense que soit pour les privilèges qu’il octroyé journellement à ces imprimeurs, soit par le commandement qu’il leur pourroit faire ou faire faire par cez intendants des monoyes ou finances qui leur ont rendu de si bons offices, il fauldroit que cez jMessieursles libraires entreprinsent quelque bonne édition voulussent ils ou non et n’y fauldroit pas avoir trop de regret pour un plus grand bien du public, puisqu’ils ne sont que trop avares d’ayder le public de ce qui le mérité le mieux. Songez y et m’en dictes vostre advis soubs main car je le menageray en sorte que vous n’y paroissiez pas.

L’on nous a envoyé une relation de la journée du 28 juin assez particulière^ ^uoy que peu correcte, ne doubtant pas que vous n’en ayiez de bien meilleures, mais telle qu’elle est j’ay creu la vous debvoir envoyer ensemble d’aultres plus vieilles de costé septentrional où parfoys se trouvent des petites particularitez assez curieuses c[ui n’estoient pas venües à nostre notice.

J’escripts à M. Perrot et vous supplie de m’ayder en son endroict à trouver quelque excuse des importunes courvées qu’il reçoit de moy.

J’attendray puis qu’il vous plaict la responce de ce que vous aura dict le R. P. Sirmond touchant le volume des prophètes de si bonne et si ancienne rnarcjue. Il ne m’a jamais accusé la réception de la Roma Sotterranea ne des deux lettres que je luy ay escriptes sur ce mbject.

L’on me mande de Rome qu’il s’en préparé une nouvelle édition en latin, et en plus grand papier que le commun. L’on a desja observé (jue prou d’aultres vieilles églises et cimetières peuvent y contribuer de grands dons et notables fragments de cette antiquité de la primitive

‘ rrLe â5 du même mois (juin), le duc de vérifier les dates.) On a plusieurs fois de Savoie et le maréchal de Gréqui défont donné à ce combat, qui a pris le nom deBule marcpiis de Lojjanez, sur le Tésin. « {Art falora, la date du 22 juin.

eglise. L’on me demande les dessins des vieux marbres du cimetiere S‘ Honoré d’Arles que je faicts portraire* et demeure,

Monsieur,

vostre Irez humble et trez obéissant serviteur,

A Aix, ce iZi juillet i636.

Je vous avois une foys requis de me vouloir faire envoyer la suitte des oeuvres du sieur de S‘ Amant dont vous m’aviez envoyé le premier volume in-^“ de 1C29, pour avoir les pièces du second volume de l’an i63 i chez F. Porneray J’ay oublié de le redemander tandis que mon frere estoit là' et ne sçay mesme si ne me l’avez pas envoyé; tant est que mon relieur m’asseure de ne l’avoir pas, et je serois bien aise de l’avoir, car j’ayme bien l’humeur de ce personnage ^ Mais j’aynieroys bien mieux sa Rome ridicule, s’il s’en pouvoit desrober une coppie à M*" du Moustier^, ou aultre qui s’en soit nanty. Et s’il a faict d’aultres ouvraiges qui se trouvent, je les recueilleroys touts bien volontiers. Et me pardonnez’.

* Voir la belle publication de M. Edmond Le Riant : Elude sur les sarcophages chrétiens antiques de la cille d’Arles (Paris,

Imprimerie nationale, 1878, in-fol.). On lit dans \' Introduction (p. 1) : frA Sainl-Honorat, les catacombes abritaient sept tombeaux d'origine chrétienne ou païenne, et que la tradition attribuait à de saints personnages d’Arles. . . 5) M. Le Riant cite (p. 27-81) les travaux de Peiresc sur les monuments funéraires d’.A ries d’après le manuscrit de la Ri-

bliothèque nationale (fonds latin, 11° 8988).

* D’après le Manuel du libraire , ce fut non en i63i, mais en 1682 que parut chez Fr. Pomeray la suite des œuvres de Saint- Amant (in-i" de 68 pages).

’ S’attendait-on de la part de Peiresc à un jugement aussi favorable?

' Rome ridicule, caprice, parut sans date en une plaijuetle in-4’ de 55 pages, l.e poème fut réimprimé en i643, in-S®.

lUrMUtAlK «ATIOKALt.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Depuis l’arrivée de voslre despesche du xi veudredy au soir, et avoir escnpî celle que vous aurez cy joincle hier à Tissüe du Palais avant disner, M. de Vallavez mon frere passa par icy sans y pouvoir sesjourner qu’une heure ou deux, se trouvant contrainctde passer oultre pour ne manquer de se trouver aujourd’huy à l’ouverture de l’assemblée mandée à Guers, de sorte que bien qu’il ayt disné avec moy je ne l’ay veu qu’à la desrohée parmy une infinité de visites qu’il luy fallut recevoir el faire à quelques uns des principaulx de la ville, et spécialement à Madame la comtesse et à M*" le comte de Garces et aux deux chefs des deux compagnies du Parlement et des Gomptes pour tascher de contribüer aussy quelque chose, s’il peult, à r’adjuster ce qu’il y a de mésintelligence entre les puissances sujierieures, à l’occasion de ladicte assemblée.

Mais ce soir sur les ix à x heures M. de Guibbevilie arriva céans, ayant faict une journée de xiii ou xnii lieües de Garpentras icy, aprez troys aulli'es journées consequutives de chasse fort pénible, de sorte qu’il a voit plus de besoing d’un peu de repos, que de bonnes viandes, et bien lui en dict\ pour pouvoir prendre en bonne part la mauvaise cbere que je lui ficts, avec une seule coupple de tranches de melon, qu’il ne mangea pas sans boire à vostre santé, à laquelle nous avons redoublé ce jourd’huy et à toute l’academie et du bon du coeur. 11 a desja contracté de si grandes habitudes aux ceremonies essentielles d’entre cez Messieurs de la Gour où il est, qu’il y a bien de la peine de l’en faire relascher tant soit peu. Et y fauldra bien du temps pour gaigner cela sur luy si je ne me trompe, mais il faict toutes choses

* Nous dirions familièrement : bien lui en prit.

avec si bonne grâce et avec tant de modestie et de gentillesse que tout est grandement obligeant en ses actions. Au reste il besmoigne une aversion non pareille à toute sorte de desbausclie, principalement du costé des femmes, qui n’est pas un petit advantage en l’aage où il est*, s’il continüe son voyage d’Italie lost ou tard. 11 m’a promis de vous escrire un mot au retour d’uii peu de promenade qu’il est allé faire par la ville, pour voir le cabinet d’un curieux^, aprez (juoy il n’y a gueres à la ville de chose qui vaille le voir tant le pais est clielif et stérile, mais s’il passe jusques à Marseille la première veüe de la mer sera cappable de luy oster le regret du delTault de juste subject pour le reste de son voyage. Et s’il vouloit se destourner jusques à Boysgency el Toullon, la veüe des orangers et des galleres feroit un bien plus agréable supplément, car jusques icy il ne peult pas avoir trouvé de differance de païs bien grande d’avec celuy de voz cartiers hors des olliviers qui ne sont pas d’une bien plaisante verdure.

Au surplus je vous remercie trez humblement du soing que vous avez prins de faire rendre mes lettres tant à M'' de Thon qu’à de Merly et encores plus de celles de le Gh[ancelier], pour raison de quoy j’apprehende bien de vous estre trop à charge, sçaichant la peine et le temps qu’il fault perdre pour trouver un moment auquel on puisse aborder les persones de cette condition. Mais je ii’ay peu esviter de luy faire encores cette recharge de mes actions de grâces, et pour ne demeurer dans les simples termes de compliments importuns, j’y ay adjousté un exemplaire de ce petit traicté de l’ancienne musique du Doni qui m’a envoyé de quoy parfaire celuy qu’il a desdié à la bibliothèque de M*^ de Thou, lequel je reserveray à une commodité moings chargée que la présente, parce qu’il ra’escript de vous en avoir faict

Jetlros dn cardinal Riclii, év^ujuc de Car- [icutras, de de'cemhre iG3G el levrier iGSy (p. G-i3).

* Probablement le cabinet de lionil'ace Borilli, qui était le plus renonnue' dans la ville d’Aix.

' Le bon Peiresc se hâlait trop de louer la sagesse du neveu de Messbîurs Dupuy, lequel allait avoir bientôt sur les bras une très désagréable aflaire amenée précisément par son inconduite. Voir, dans le fascicule VI 11 des Correspondants de Peiresc, les

tenir par aullre voye un aultre exemplaire pour vous et encor un au bon P. Mercene qui luy en a accusé la réception. Et d’aultant que JM*' Saulmaise nous avoit faict feste de quelque vieil manuscrit de la musique du temps moyen, il me charge de luy en faire tenir un exem- ])laire pour en faire part à celuy de ses amys d’Angleterre à qui il pourra commettre le soing de nous envoyer un peu d’eschantillon d’un certain autlieur en celte matière, pour voir s’il vauldra la peine de le faire transcrire tout au long ou non. C’est pourquoy, si le pacquet n’est ti'0|) gros, j’y en mettray deux exemplaires, l’un pour le Cli[ancelier] et l’aullre pour celuy à qui M*’ de Saulmaise pourra trouver bon de l’envoyer en Angleterre.

Oultre ma lettre, vous trouverez un petit mémoire à part, relatif à quelques feuilles courantes vendes de Genes, lesquelles je laisse à vostre ])rudance de joindre si bon vous semble ou non avec le libvre (jue j’envoye à mondict seigneur, ne luy en ayant rien voulu toucher, à celle fin que vous les puissiez retenir si bon vous semble. Il y a inesmes d’aultres choses qui nous peuvent toucher, que vous adviserez si elles méritent d’estre joinctes ou non à la mesme despesche, car je ne vouldrois pas qu’on creust que je me voulusse ingerer et faire trop de leste en des matières qui peuvent estre jalouses et qui reglement se doivent apprendre d’autre main que des persones privées.

.le ne sçay aussi. Monsieur, si vous ne trouverez poinct mauvaise la liberté que je me donne de le semondre qu’il s’entremette de l’alfaire de Ab de Saumaise, estimant que son intervention y pourroit estre de bien plus grand poids et considération que toutes les aultres, envers le Roy et Son Eminence et envers Messieurs les Surintendants pour faire toucher argent si faire se peult. Ne vous pouvant dissimuler l’ex- Ireme regret que j’ay de voir retourner M"" de Saumaise en Hollande, sçaichanl la rigueur de cet air, et corne il est de naturel flouet et délicat, oultre que l’eslude le débilite tousjours de plus en plus h Et vouldrois bien avoir peu rompre ce coup en quelque façon qui ne

' Peiivsc s’alarinait à lorl; Saumaise devait lui survivre pendant vingt aps et l’étude ne Je débilita pas tellement, qu’il n’atteignît sa soixanle-dixième année.

Juy fust pas trop à contre coeur. Je ne l’ay pas inséré clans nia lettre, ains en un l'cuillet à part qui se peult couper et suppriinci’ si vous voulez, le remettant à la prudance de AU du Puy et de vous. Monsieur. J’ay receu de Rome par mesme moyen une despesclie du R. P. dom du Puy par la poste avec un exemplaire pour vous de la seconde partie de riiistoire des païs bas du cardinal Bentivoglio b que je faicts estât de vous envoyer présentement avec les aiiltres. L’on m’cscrijit cpi’il y en a un aultre pour nioy délivré à Rome à un de mes amys, qui me renvo\*era par la première barque; si je sçavois que M»'' le Cbancellier eust le premier, je luy pourrois bien envoyer mon second, quand je le recevray. Vous pourriez bien le faire sçavoir de celuy qui a soing (le sa bibliotbeque.

AP Holstenius m’a de recbef escript par le dernier ordinaire et me donne advis que son Cardinal^ luy a enfin commis le soing de sa bibliotbecpie, dont il veult que je face des remerciments à Son Eminence cpie je feray sans faillir par la première occasion^. 11 semble vouloir entretenir avec moy dezliorsmais une correspondance plus assidue que devant.

AP Gassend ne m’a pas encore rendu ses précédantes lettres; je les vous envoyeray, toutes incontinant s’il plaict à Dieu.

L’eminentissime cardinal Barberin me parle encores du Syncellus avec quelque tesmoignage d’impatiance de l’avoir, ce cpie j’impute plus à l’impaliance d’en prendre occasion de finir vostre aiïairc que pour envye c|u’il aye du livre. Et certainement si AP de San niaise partoit sans le conférer, ce me seroit une bien grande et inespérée

‘ Delta ffuerra di Flandra ( seconde partie ), Cologne, iG.36. Nous avons déjà vu

que la première partie de l’histoire de la guerre de Flandre, appelée par Peiresc Histoire des Pays-Bas , a\ail pava en i63a.

^ Le cardinal Fr. Barberini.

^ Nous avons déjà dit (pie le recueil Boissonade ne contient aucune des lettres (•criles par Holstenius à Peiresc, du printemps de

i633 à l’automne de 1 630. Dans la lettre du G septembre de cette dernière année ( p. 2G8), Holstenius accuse ainsi réception à Peiresc de scs félicitations; cr Magnum mihi prislini lui atTectus argumentum pradniere literæ tuæ, quibus de bibl otecœ cura mihi commissa adeo obnixe gratularis."

' l’eiresc a voulu dire inaVendue.

mortification. Voyez pour l’honneur de Dieu d’empescher ce coup là, car nous perdrions tout nostre crédit de ce costé là. Ce que vous m’en dictes m’en a mis la pulce à l’oreille ^ car j’apprehende qu’il ne veuille prévenir les occasions d’estre arresté contre son voeu. Et quelquefoys nous allons tout au rebours de ce qu’il nous fault, et cherchons nostre malleur aussy ardament comme nous le debvrions fuyr. Je prie à Dieu qu’il me fasse mentir, mais je n’ay gueres de bonne opinion de ce voyage pour sa santé et pour sa tranquillité publique et domestique. Sur quoy je finiray pour luy escrire un mot, demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 92 juillet i636.

Le cardinal Barberin m’a envoyé la planche du dessein d’une image de S‘ Pierre peinte sans aultres couleurs que l’assemblage de diverses fleurs parsemées sur le pavé de S‘ Pierre de Rome, devant le lieu où sont les corps saincts. C’est une invention practiquée desjà l’année passée qui va tousjours meliorant^. Possible que le Ghancellier ne seroit pas marry de l’avoir, auquel cas vous le pourrez joindre à son livre

‘ LittrcL an mot puce, ne cite, au sujet fie cette locution, que Guy Patin et le chansonnier Beranger.

■ M. J. B. de Rossi, que j’ai consulté sur ce point comme l’oracle de l’érudition en tout ce qui regarde l’histoire ecclésiastique de

Rome, veut bien m’f'crire que nlusage de faire un tapis de fleurs devant le tombeau de saint Pierre pour sa fête a duré jusqu’à ces derniers temps, mais qu'il n’a jamais vu faire le portrait de l’apôtre avec des fleurs»).

•’ Vol. 718, fol. 276.

AUX FRÈRES DÜPUY.

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-S AULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je ne fus pas moings surprins à l’ouverture de voslre dernierc despesche du 18“® de ce moys, que vous l’aviez esté de la visite de nostre jeune homme si mal adviséh et vous suis grandement redevable de la peine que vous y avez prinse, M*' du Puy et vous Monsieur, encores que vous sceussiez trez bien qu’il en estoit indigne. Mais vous y avez trouvé tant plus de matière de mérité et sur luy et sur nous qui vous en demeurons iiifiniment redevables, voyant bien de combien bonne foy vous V allez. Et si ce garçon n’avoit si prez de luy de ceux qui sont autheurs de sa rébellion domestique, j’oserois esperer qu’il se laissast fleschir à voz salutaires conseils. Alais j’ay grande occasion d’apprehender que son esprit ne vous escbappe comme il a fait à nous plusieurs foys de pardeça, et qu’il ne vous soit soubstraict et desrobé par certaine sorte de genls qui ont l’esprit traversé^ comme les traicls de leur visage, et qui n’ont pas espargné leur propre sang, plus (pi’ils ne l’ont faict espargner à ce pauvre estourdy quand ils l’ont mené par le bec. Je viens de recevoir la responce que vous faict mon fi’ere et à M‘‘ d’Aubray, sur quoy vous recognoistrez bientost si les discours qu’on vous a tenus sont du coeur, ou d’une fainctise affectée comme je m’en doubte un peu. Vous verrez ce que j’en escripls à Monseigneur le Gbancellier à Monsieur Le Grand et à Monsieur d’Aubray, et si ce n’estoit trop d’importunité je vouldrois bien que Monsieur du Puy vostre cher frere se peusse donner la patiance de le voir pour son instruction, au cas qu’il en faille parler aux lieux où besoing sera, pour avoir de quoy r embarrer la vanité des aitifices et impostures sur quoy cez genls ont tousjours londé toutes leurs procedures contre nous à tort et à travers. Je n’iiseray pas de re-

‘ Lo neveu de Peiresc. — * C’esl-à-dire de travers. Ce sens du mol traverse n est pas in- . diejne' dans nos dictionnaires. — ^ Voir la lettre suivante adressée à Pierre Seguier.

LETTRES DE PEIRESG

dicte pour ne vous estre trop ennuyeux. Mais en un bon mot je vous diray que vous avez fort bien jugé, et par les termes de mes dernieres lettres et par la cognoissance que vous avez de mon humeur, que je serois tousjours dans la disposition que noz amys vouldroient de moy pour cette affaire, et Dieu veuille que vous y trouviez de Taultre costé la correspondance et disposition qu’on vous a faict à croire y debvoir estre. Je seray trompé si cela est, et n’en seray pas marry, mais en toute façon nous vous serons tousjours éternellement redevables, mon frere et moy, de tant de charité et de bon accueil que vous avez daigné despartir à une persone qui en estoit si indigne, et de la compassion que vous avez prinse de luy et de nous, dont Dieu vous rendra le cenluple.

J’ay bien esté mortifié d’entendre le mauvais traictement qu’a receu M*' de Saulmaise, et m’imagine que vous aurez supprimé la feuille à ])art le concernant en ma despesche de la semaine passée puis que les choses passent si diversement de ce que nous avions creu. Je luy pensoys r’espondre à ce coup, mais il fauldra remettre au prochain ordinaire Dieu aydant, car l’on m’a engaigé tantost au sermon et à la procession generale pour le Roy sur les commandements de Sa Majesté aux evesques, encores que j’eusse assisté aux deux précédantes les deux jours ])recedants, ce qui m’a desrobé la pluspart du temps que j’eusse pu avoir d’escrire à noz amis qui m’excuseront s’il leur plaict, ayant eu de la peine de pouvoir brascher^ les susdictes lettres avec la présente et celle de M*' de Lomenie que je n’ay jamais obmise non plus que l’enveloppe que je faicts ordinairement faire devant moy. Mais j’en seray tant plus soigneux à l’advenir, et m’en plaindray à M'' du Lieu, demeurant. Monsieur,

vostre trez humble, trez obéissant et trez obligé serviteur,

DE Pëiresc. '

A Aix, ce 29 juillet i636.

Brasclicr [)our brasser.

[1636] AUX FRÈRES DÜPUY.

Lon m’envoye de Lyon les Gazettes fraisclies et les extraordinaires. Je fis tenir seurement vostre pacqiiet à AL le sacristain Valbelle pour cez aiïaires de le cardinal de la Valette et vostre lettre*.

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