À MONSEIGNEUR LE CHANCELIER
Alonseignenr,
Aprez tant de signalez bienlaicts que nostre maison avoit receus de vostre favorable protection en justice, il falloit, pour comble d’obligation, que voz charitables offices envers un jeune homme desvoyé luy fissent dessiller les ieulx, et reprendre le train de son debvoir, dont il afîectoit tant de s’esloigner pour coinplaisre à des gents qui estoient ennemys déclarez de toute la maison et de luy mesmes, quelque bonne mine qu’ils luy peussent faire au contraire, ne l’ayant appuyé en sesindeües poursuittes que pour le destacher d’avec ses pere et oncle, et le ruiner quant et eulx s’ils eussent peu aprez avoir emprunté son nom pour nous choquer, sans lequel masque ils n’eussent oséparoistre devant des gents de bien de nostre sorte, ce qui leur avoit reuscy selon leurs mauvaises intentions en telle façon qu’ils avoient quasi perverty du tout J’esprit de ce pauvre garçon et favoient rendu du tout si inca[)j)abl(‘ d’entendre à aulcune raison quipeust destruireleur mauvaise praltiqiie ou cabale avec quoy ils avoient préoccupé ses sentiments, qu’à moings d’une si grande autborité et creance que la vostre. Monseigneur, il eust esté impossible d’y rien operer, touts aultres moyens humains y ayants esté inutilement employez jusques icy. Tant ils avoient eu de credict de se faire flatter partout où il avoit osé nous attaquer, et de luy faire obtenir à tort et à travers, contre touts les ordres et lormalitez de la justice, tout ce qu’ils favoient conseillé de poursuivre contre ses bienfacteurs et contre les loix de la gratitude, du respect et du debvoir.
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LETTRES DE PEIRESG
L’aullioritc mesme du Roy et des arresls de son conseil n’y avoit pas esté suirisante, cet advantage vous ayant esté réservé, et à ce que vous y pouviez contribuer de vive voix, pour luy apprendre son debvoir et le ramener à la recognoiszanee du bien que je luy avoys faict sans luy estre de rien tenu , seulement pour les bons et agréables services que j’en ponvois légitimement attendre pendant la retraicte que jemeditoyspour y jonyr de quelque tranquillité d’esprit, dont l’execution n’a esté différée que depuis qu’il s’est esloigné et dispencé de son debvoir pour s’attacher aux plus grands ennemys de la maison, desquels seuls il sembloit vouloir tenir et l’exercice de ma charge et tous les aultres advantages qu’il pouvoitpretendre sur la maison. /Vu lieu que c’estoit du Roy principalement, et aprez de moy soubs le bon plaisir de Sa Majesté qu’il devoit tenir cette grâce, et du sieur de Vallavez son pere qu’il devoit tenir le surplus, ensemble de la dame sa mereetde moy, par lesvoyes d’honneur qu’il n’avoit jamais tentées, et non par celles de la chicane.
C’est ce que je luy ay tousjours faict voir et protester par touts ceulx qui s’en sont voulu entremettre, sans qu’il eust jamais voulu relascher la moindre chose du monde pour commancer à mériter en mon endroit ce qu’il n’a jamais faict de sa vie. Et ce fut pour cette considération que j’avois si patiament attendu sept ou huit moys qu’il vinst à résipiscence, et que depuis mesmes avoir receu le dernier arrest du conseil du Roy qui portoit son interdiction, je me contentay de l’en faire advertir, et le garday un moys tout entier, avant que le faire intimer et assigner, pour attendre s’il ne commanceroit poinct enfin à recognoistre qu’il luy eust esté plus honorable et plus utile de ne me pas laisser restablir, comme je le pouvois sans luy, et sans qu’il y contribuast ce qu’il pouvait du sien, pour tesmoigner qu’il y avoit encor en luy quelques semances ou reliques du respect et de la discrétion qu’il sembloit avoir perdu tout à faict, et pour commancer à me retribüer quelque chosette pour acte de sa ledevahce, des biens et honneurs qu’il devoit tenir de ma main.
Mais je ne fus pas assez heureux pour cela, et fus constraint d’user enfin de mon droict, et de luy appesentir la main plus que je n’eusse désiré.
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sans pourtant qu’il aye peu revenir à soy, qu’il n’ayt porté ses importunes plaintes jusques à vous, Monseigneur, dont je suis bien honteux et regretteux et vous en crie inercy tant pour luy (jue pour moy niesmes, puisque c’est à mon occasion que vous avez eu ce fasclieux divertissement de voz plus serieuses occupations. Vous rendant jjraces trez humbles de la patiancc avec ([uoy vous nous avez daigné onvr les uns et les aultres plus souvent que nous ne le pouvions mériter, et de la charitable compassion que vous avez prinse de sa jeunesse, aussy bien que des mauvois traictements que j’en avoys receus, et des favorables excuses qu’il vous a pieu nous en octroyer.
Vous suppliant aussy bumblement et instament que je puis, de vouloir interposer vostre favorable intercession auprez du Hoy, et vosti-e autborité envers nosseigneurs de son conseil pour faire osier s’il est possible, comme je l’espere, l’interdiction portée par l’arrest du *2 *2 avril dernier, puisque Monsieur d’Aubray et Messieurs du Puy m’asseurenl qu’il est dans le repentir et dans le dezadveu des choses passées, que je seray bien aise d’oublier de ma part, comme je m’asseure que feront ses pere et mere de la leur, quand il recognoistra bonne foy, et qu’il reviendra à son debvoir, où il trouvera beaucoup mieux son compte et ses advantages qu’aux aultres voyes si incompatibles avec son honneur et avec son debvoir.
Mais pardonnez moy, je vous supplie. Monseigneur, la trop grande confiance que je prens de vostre desbonnaireté de vous oser entretenir si privement de si importunes alfaires, en vous desrobant du temps qui vous est si coui t et si necessaire à d’aultres meilleures et plus importantes au public. Kt ne laissez pas pourtant de m’advouer tousjours. Monseigneur, pour
vostre trez humble et Irez obéissant obligé et fidèle serviteur,
DE Feiuesc.
A Aix, ce juillet t63(i‘.
Vol. 718, fol. 277.
CXITX
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY
À PARIS
Alonsieur,
Je n’av rien trouvé dans voz lettres du 15““" et dans celles de
M'" d’Aubray que je ne deusse attendre, voyant mon neveu de par delà, sifllé^ par des gents qui n’ont jamais de leur vie sceu pardonner à aulcun de ceux qu’ils ont si legerement^ offencez, et par simple capprice, car ce sont des naturels serpentins^ qui ne peuvent retenir leur venin. Je m’estonnoys que les eiïects n’en eussent paru dez le commancement aussy bien que dans le temps qu’il vous avoit fallu stipuler pour avoir la responce de voz premières lettres. De sorte qu’il ne m’a pas esté estrange de voir desdire ce pauvre aveuglé des honnestes ollres qu’il vous avoit faictes, et qu’il vous avoit donné la peine de nous escrire pour vous charger d’en fair.e d’aultres toutes telles que ceulx qui le conseillent avoient aultres foys faictes de sa part pensants l’obliger et l’attacher à leur cordele^ (pour ne dire cabale) en luy procurant l’exercice de ma charge, avec touts les aultres advantages qu’il pouvoit prétendre, pour les tenir de leur main et nous y forcer, le baston à la main, comme ils disoient. 11 a grand tort de vouloir rejetter sur ma niepce Tantipatliie d’humeurs qu’il prend pour prétexté de division; eir est trop sage et trop discrète pour cela, ce n’est qu’en la propre
' C’est-à-dire excité, poussé comme un chasseur excite et pousse un chien en sitflant. Un contemporain de Peiresc, Balzac, cité par Littré, a employé le mot dans le même sens [Arislippe ou de la Cour).
■ Avec tant de légèreté.
® Littré, qui donne un ^rand nombre d’exemples pris à des auteurs des xin% xiv', xv' et xvi' siècles , necite qu’un seul exemple du mot serpentin au xvn' siècle , donné par l’auteur comique Hauleroche : ffNe re-
tiendras-tu point ta langue serpentine?”
Les l'édacteurs du Dictionnaire de Trévoux expliquent ainsi cette locution : «On dit quelquefois dans un sens figuré, attirer quelqu’un dans la cordelle, pour dire dans son parti, dans sa faction.” Suit une citation tirée de Vigneul-Marville. Cf. l'article cordelle du Glossaire de La Curne de Sainle-Palaye où sont réunis plusieurs exemples de l’emploi par nos vieux auteurs du mot pris comme synonyme de parti, faction.
[1636] AUX FRÈRES DUPÜY.
cervelle de ce jeune homme que résidé cette antipathie, et dans celle de ceux qui le conseillent, et qui ne peuvent voir des gents de bien sans s’aigrir de despict de ne les pouvoir subjuguer, ou esloigner de leur compagnie, pour esviter que la comparaison lace paroistre la differance de leur malignité. 11 avoit opiniastré jus(|ues au bout de ne rien relascher de la promesse qu’ils avoient extorquée de luy, et de ne poinct desmordre de ses oppositions à mon restablissement, pensant tenir tousjours de leur main cet exercice de ma charge qu’ils m’avoient voilé soubs son nom. A cette heure que sa bonne fortune l’avoit relancé entre voz mains pour obtenir par une si digne intercession que la vostre ce qu’il eust tousjours esté obligé de tenir de la main de ses pere et oncle, de vostre bon adveu, ils ne l’ont peu soulFrir, et l’ont rejetté dans les mesmes deffiances qu’ils praltiquent entr’ eulx, pour nous envier l’advantage d’avoir rien octroyé par amitié à cet aveuglé et le rejecter dans les termes d’une ingratte capitulation qui en exclüe toute sorte de mérité et de bon gré de part et d’aultre et qui flatte ses desportements passez, et luy fasse esperer d’obtenir ce qu’il pourra desdits advantages ou prétentions, sans le tenir de nostre main (jue comme forcée parleur appuy et assistance. Ne pouvant soutïrir un accommodement entre nous qui soit entier et qui ne soit fourré et dissimulé à leur mode. C’est poutquoy je ne croys pas qu’il se fasse jamais rien avec ce pauvre garçon tant qu’il trouvera un filet d’araignée auquel il croye de se pouvoir attacher, pour lutter contre nous animé corn’ il est par cez mauvais esprits. Dieu n’est pas encores content et vrayseniblablement veult encores chastier un peu plus sensiblement son ingr atitude aussy bien que noz aultres peschez, sa saincte volonté soit faicte. Vous serez tousjour’s bons tesmoirrgs que nous nous estions mis à torrt ce (jue vous rtous aviez or-donné, et bierr davantage, puis que vous avez esté coristrainct de reteirir la lettre que j’escr-ivoys pour fair*e oster son intei'diction, puisque vous avez bien recogneu je m’asseur-e (pi’il n’avoit pas encores mérité cette grâce. Le temps luy fera tost ou tar-d cognoistre que toutes ses detliarrces ont plus de la puérilité que d’aitlcun fondement solide, attendu que si la discrétion de ses pere et oncle ne
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le satisfaisoil d’abbord, nous n’estions plus en estât de contester rien, aiiis estions tenus d’en demeurer à ce que des amys communs en vouldroient oïdonner selon les propres termes de son prétendu contract auxquels nous nous sommes soubmis les uns et les aultres. Et s’il eust suivy cette voye là, qui estoit si honorable et si innocente, jamais il n’y eust eu tant de mal entendu ne de contestation. Mais ayant de voye de faict enlrepi'ins de me ravir mon office qu’il ne debvoit tenir que du Roy et de nioy, je fus constraint d’incister à mon restablissement avant toute aultre chose, et de' ne pas vouloir mettre cet article en arbitrage, que je ne fusse réparé, ayant neantmoings tousjours protesté qu’aprez ladicte réparation j’estoys prest à soullrir toute sorte de condamnation de mes amys sans en rien reserver ne de l’exercice de ma charge, ne d’aultre chose quelquonque conformement aux termes et conditions de son prétendu contract. Mais il a tousjours voulu rejecter toute sorte de partys qui alloient à un accommodement, et n’a entendu qu’à ce qui llattoit sa désobéissance et sa division, pour pouvoir entretenir son union avec la cabale de ceux qui l’avoient assisté contre moy, et pour avoir des prétextes d’esloignement de ses pere et oncle pour n’estre obligé de suyvre leurs sentiments, et pouvoir suyvre ceux des aultres, ordinairement portez contre le sens commun. Et pour vous monstrer de quel esprit il est animé présentement, j’ay aujourd’huy appiins que le lilz de l’advocat Court, le plus grand ennemy qu’ayt jamais eu nostre maison (contre laquelle il a playdé une vingtaine d’années, tantost soubs le nom de la Communauté de Rians, tantost soubs celuy du marquis d’Oraison, et tantost soubs celuy de feu Madame la comtesse de Sault, et puis de^ M*’ de Crequy, soubs lesquels noms il nous a faict despendre plus de 20 mille escus), ce jeune frippon, dicts je, monstroit de par la ville une lettre de mon neveu, où il se vante de prou de choses (dont il ne sera possible pas si bon marchand^ comme il croid) et ensuitte luy confie sa poursuitte de divers extraicts qu’il sollicitoit de part et d’aultre, pour servir en son prétendu procez
* Littrë ne cite au sujet de cette locution aucun écrivain antérieur à Peiresc, tirant seulement ses exemples de Guy Patin,, Scarron, Hamillon.,