‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 3 sur 75 · AU M · texte numérisé non relu

AU M

A ce soir le sieur Gras est arri

‘ Ihn-Bcïtar, surnom d’Abdallah- hen- Ahnied , médecin et botaniste, mort à Damas au milieu du xiii* siècle, auteur d’un Traité (les simples (en langue araboL f|ui a été récemment traduit par le docteur Leclerc avec le concours de M. Barbier de Mevnard, actuellement (mai 1889) président de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Voir

é et a prins la peine de me venir

une lettre de Saumaise, du 7 novembre i635, dans le fascicule V de la collection des Correspondants de Peiresc (Dijon, 1 882 , p. 37).

® Voir dans le tome II la lettre CXLVIII, p. G73.

Vol. 718, fol. 9.

La lettre est sans adresse.

[1634] AUX FRÈRES DÜPUY.

voir; je l’ay trouvé pour encores si estourdy du coup qu’il ne sçait où il en est, et n’est pas cappable de raison nom plus que de consolation. 11 fauldra que le temps le face accoustumer et resouldre tout ensemble, aussy bien que la qualité et nécessité de l’estât de son affaire, et qu’il fasse voir à ceux de son conseil de par deçà la différence des motifs de ceux de par delà. Quelqu’un luy a mis en l’esprit que depuis la signification de l’Induit de M‘‘ de Tbou, il estoit arrivé une aultre vacance cappable de le remplir. Je luy ay dict que je le croyois bien et que je vouldroys bien qu’il eust esté en vostre pouvoir de l’y employer, comme vous y avez faict tout ce qui estoit humainement possible, mais que l’advis avoit esté donné trop tard, pour pouvoir accrocher^ les expéditions à Rome qui vous en ont exclus contre vostre gré et de touts voz amys. Il a ammené céans un sien beau frere avec luy, qui s’est incontinant joinct de mon costé contre luy, et de qui je me serviray pour tascher d’arracber de luy les papiers qu’il peult avoir, mais il fauldra que le temps nous ayde à le vaincre, car la playe est encores si fraische et si sensible, qu’il luy fault pardonner comme à ceux qui ont trop fraischement perdu leur procez^, s’estant imaginé que vous l’aviez menassé qu’il ne trouveroit pas un advocat pour soustenir sa cause, et que c’estoit pour n’oser parler contre vous, au lieu de voir que c’estoit pour avoir une cause si déplorable, que persone du monde ne la pouvait soubstenir sans rougir. Il m’a dict encores qu’il estoit si perclus^ quand il sortit d’auprez de vous la première foys qu’il vous y alla voir qu’il ne sçavoit trouver la porte par où il y estoit entré, et qu’estant desja quasi nuict, il ne sçavoit par où se retirer sans que persone luy donnas! addresse du chemin par où il y estoit venu, ce qu’il impute à un grand mesprix. Je luy ay reparty que le grand ab-

' Le mot accrocher, pris dans le sens de retarder, a été souvent employé par Saint- Simon, comme nous l’avons déjà rappelé (t. Il , p. 970).

On voit (jue Peiresc était un de ces tolérants magistrats qui accordent h un plai-

deur mécontent vingt-quatre heures pour maudire ses juges.

^ Malherbe a donné la même acception au mot perc/uéf (édition L.Lalanne,t.I, p. às):

. . . déjà deux fois d’une pareille foudre Je me suis vu perclus.

fi

bord de gents d’honneur et de qualité eminante, qu’il y avoit chez vous une Toys du jour, vous avoit acquis longtemps y a la dispance de faire des ceremonies avec tout le monde, et spécialement de descendre de vostre cabinet jusques à la rüe, d’aultant qu’il ne fauldroit employer les journées à aultre chose que cela puis le matin jusques au soir, ce que vos amys estimeroient injuste, et si vous ne vous y estiez accommodé, vous leur auriez osté la liberté de vous aller voir si souvent comme ils font. Et pour ce qui est des aultres correspondances de compliments, que si vous ne luy aviez faict si bonne mesure que luy s’en pouvoit promettre, dont je sçavois que vous estiez assez liberal, il falloit qu’il luy eiist eschappé quelque discours à la provençale^ moings respectueux que du devoir et de la discrétion et summission en tel cas requise. Dont vous me pardonnerez, s’il vous plaict. Monsieur, que je vous aye mandé tout le destail, sçaicbant bien que vostre responce m’aydera à luy guérir son esprit malade et ulcéré, et par consequant à tirer de luy ce qu’il en fauldra avoir tost ou tard, vous suppliant de m’escrire une lettre sur ce subject que je luy puisse monstrer, pour le dezabuser, et tous ses parents, dont il a bon nombre en cette ville, de par sa mere, qui y est grandement alliée aux meilleures maisons. Vostre commission du Grand Conseil (que M‘‘ le Sacristain de Valbelle receut dez sammedy au soir) achèvera de le faire sage. Et je croys bien que le dict Sacristain ne manquera pas de vous en accuser la réception par cet ordinaire, et de vous esclaircir de ce que vous desirez apprendre si cette piece n a point esté cy devant tenüe en commande, sur quoy je ne vous puis fournir d aultres instructions, si ce n’est qu’il me souvient d’avoir oiiy dire à l’oncle du sieur Gras, qu’il avoit longuement playdé et contesté cette affaire avec je ne sçay qui, lequel avoit remis son droict aux 1 1 . .lesiiites de Toulouse, où je pense que l’affaire fut terminée, et possible que dans leur college auroit on moyen d’apprendre quelque chose de leur économe, estant fort vraysemblable que celuy qui leur avoit remis son droict esloit plus tost un commandataire qu’un moine.

* C’esl-à-(lirc trop vif.

Et si la mémoire ne me trompe, car il y a longues années de ce que je vous dicts, il me semble que ce fut sur cela que le Prieur Gras rapporta gain de cause, pour estre titulaire et régulier et par consequant préférable cæteris paribus à un commandataire. Toutefoys je ne vouldroys pas garantir cela pour absolument certain, ayant ma mémoire si foible et si labile U Mais quand la piece n’auroit jamais esté mise en commande, je ne puis pas me persuader que vous y trouviez tant d’impossibilité. Pourveu que vous y apportiez les precaultions que je vous ay dictes, et que vous n’y espargniez pas voz arnys et serviteurs et un peu d’argent et de patiance, pour laisser faire les choses à la mode de Rome, sans se rebutter des difficultez qu’on vous y pourra former de prim’ abord, dont vous viendrez à bout petit à petit, ne pouvant vous dissimuler que je vous plains certainement beaucoup de vous voir engaigé avec des Roüergats^ que je ne tiens pas de gueres meilleure foy et convention que mes Gascons. Mais je pense pourtant qu’il vous y fault résoudre de bonne heure, ne voyant pas que nous ayons icy de gents qui ayent des bénéfices de la qualité requise pour les vous présenter à permuter.

Il fauldroit que vous vissiez d’en traicter avec M" l’evesque de Cahors la Roche Habert^, car le voisinage de son evesché où l’on m’a dict qu’il résidé quasi d’ordinaire pourrait faire que cette piece fust à sa bienséance, et il a tant d’aultres bénéfices^ que facilement s’en rencontrerait il quelqu’un autour de Paris ou en aultre lieu qui fust tousjours plus à vostre bienséance que celuy là. Possible aussy que M‘’ de Thou-

* Littré a trouvé l’expression mémoire labile dans les Factums de Furetière. Au xvi' siècle, Montaigne s’était déjà servi du mot labile.

^ Je ne retrouve pas ailleurs le nom donné par Peiresc aux habitants du Rouergue. Dans le Dictionnaire de Trévoux, la forme adoptée est Rouergois , qui est aussi dans le Notitia Galliamm, d’Adrien de Valois (i6j5).

* Pierre Habert fut sacré le 2 mai 1627

et mourut h Paris le 27 février i63G. Les premières lignes de l’article dont il est l’objet dans le Gallia christiana (t. I , col. 1 5o) expliquent le nom de La Roche que lui donne Peiresc : ^Peints Habert, abbas beatœ Mariæ de Columbis Carnotensis et de Rocha Parisiensis diœcesis , et dominas de Montmor ...»

^ Voir l’indication de quelques-uns de ces bénéfices à la colonne i5i du recueil cité dans la note précédente.

louse^ vous y pourroit fournir la rescompanse ou M*" d’Agen ^ s’ils ont rien retenu en voz cartiers des pièces qu’ils y ont possédées. Et en un besoing les PP. Jesuistes mesmes, puisqu’ils ont tant muguetté cette piece aultres foys, car il ne leur manque jamais des dévots en touts lieux pour les accommoder de quelques bénéfices de telle nature quasi que l’on en pourroit souhaicter.

M*" Maran, archediacre de Tlioulouse, qui est fort cogneu et fort serviteur de l’Eminentissime Cardinal de la Valette, vous y pourroit' bien servir, je m’asseure, et le feroit de bien bon coeur, voire possible trouveroil il le moyen de vous recompenser, à vostre bienséance, et vous servira fidellement, s’il s’en mesle, et fort honorablement. Si je m’advise de quelque aultre expédiant, vous croyez bien que je ne le celcray pas, et que je vous serviray comme je doibs.

J’ay receu une lettre de M"" de Tliou du 28 décembre la plus honnesle et la plus obligeante qui se pouvoit avoir d’un personnage de sa qualité, non seulement sur le inesme subject de S‘ Leons, mais aussy sur celuy des antiquitez d’Autun dont il me rend un compte par le menu avec tant de punctualité que j’en suis bien honteux. Et n’a pas oublié de remarquer ce qui estoit le principal, que la piece a la marque dor, comme celle de M‘' Rubens, sur laquelle se doibt prendre le principal fondement de son antiquité. Alais si elle n’est que dorée, jeu doubteroys encores, car celle de 1\P’ Rubens estoit enchâssée dans

I argent, selon le plus commun usage des anciens, en choses pareilles. Que si toutes deux se trouvent enchâssées, ce sera un grand argument de 1 alleclatioii de leur juste mezure tant de l’une que de l’aultre.

II m’en faict esperer les desseins par AE Venot, que nous attendrons en honne dévotion. Mais ce ne sera rien si nous n’avons un modèle de sa

Charles de Monlcliai , si souvent meatioaaé dans nos deux tomes précédents.

’ (jasj)ard de Üaillon , sacré é\ êcjuc d’Agen le -2 II août iG3i, allait être transféré sur le siège d’Albi en septembre iG3/l. Voir Yllislotre du diocèse d’Agen, par l’abbé Barrère

(Agen, i855, in-/C),t. II, p. Sgû-SgS. Plusieurs auteurs ont placé en iG35 la nomination de G. de Daillon à Albi, erreur qui n avait pas été commise par les auteurs du Gallia chrisliana (t. Il, col. 982).

[163/i] AUX FRÈRES DÜPÜY.

cappacité. H dict que le sieur de Montaigu qui en est le inaistre parle devenir en Provence et d’y apporter les originaulx, si tost que la saison et quelques affaires le luy permettront, à quoy je m’attendroys, s’il ne parloit de vuider des affaires, qui ne se devuydent pas si facilement, surtout pour moy, si ce n’est bien loing. J’ay aussy receu par l’ordinaire de Rome une lettre de AP l’abbé de Thon si honneste que je ne le vous pourroys exprimer, et par consequant trez obligeante aussy, où il me dict entr’aultres choses que l’Eminentissime cardinal Barberin luy envoya vostre fagot de l’Histoire de feu IVR de Thou, jusques dans son logis, par l’evesque de Vaison Suarez cy devant son bibliothécaire b de sorte que vous ne debvrez plus estre en aulcun regret de ce costé là. J’en ay ce jourd’huy receu une de M*" le conte de Marcheville du 2 1 novembre où il ne me dict rien de la destitution du patriarche Cyrille'^ qui ne pourroit pas estre sceüe à Paris, si elle esloit advenüe plus tard que cette datte là. Il est vray que possible n’aura t’il pas creu à propos de m’en donner l’advis quand cela seroit, et mesme m’escrivant qu’il estoit fort pressé du départ de la Polacre qui vouloit faire voile, il m’a pourtant mandé qu’il n’y avoit que deux heures que l’armée navale du Turc estoit rentrée dans le port de Constantinople.

Quant au sieur de S‘ Aman, je ne voids pas qu’il nous en ayt

* Au sujet (le tous les personnages (jui viennent d’être nommés, il me suffira de rappeler (ju’ils ont déjà été mentionnés à diverses reprises dans les deux tomes précédents, auxquels la Table alphabétique mise à la fin du présent tome renverra le lecteur.

’ Cyrille Lucar, né dans l’ile de Candie en 1672, étudia d’abord à Venise, puis h Padoue, visita l’Allemagne, devint prêtre, ensuite archimandrite, séjourna en Lithuanie, fut élu patriarche d’Alexandrie, après la mort de son parent MiletiusPiga, fut chargé, en 1612, d’administrer l’église de Constantinople, devint patriarche de celte ville en 1621, fut exilé à Rhodes, ne tarda pas à être réintégré, fut relégué à Ténédos, revint

à Constantinople; mais, le 27 juin 1687, fut enlevé de cette ville et transporté à bord d’un vaisseau, où, disent les uns, il périt étranglé; d’autres racontent qu’il subit ce supplice dans un cbâteau voisin de la Mer Noire. Un savant professeur de l’Ecole des langues orientales , M. E. Legrand , prépare , m’assure-t-on , un travail sur Cyrille Lucar où il dissipera sans doute les obscurités d’une vie qui fut si agitée et d’une mort qui fut si dramatique. Je signale dans le manuscrit 1022 de la Méjanes d’Aix (fol. 6) une lettre de Jean Diodali, pasteur et professeur de l’église et académie de Genève, écrite de cette ville le 1" septembre iG32, h Cyrille Lucar, jiatriarche de Constantinople.

IMPRIMCRiB KATIOIALC.

lanl peu donner à garder, quelque mauvaise réputation dont on l’ayt voulu charger, aux discours que je vous en ay faictsh Et particulièrement pour cez animaulx d’un troisiesme genre entre l’homme et le singe, puis que c’est par vostre moyen que nous avons veu icy le portraict que le frere de M*- Grottius envoya, 3 ou k ans il y a, d’un animal fort approchant à cette nature. Et dans la relation que j’ay d’Afrique manuscrite^ il Y ^ description de certaine race de singes plus grands que les aultres communs prez du cap de Sierra Leona, appeliez du nom de BARRIS ou BARIS, que Ion esleve jeunes dans les maisons, où Ion leur faict suppléer la place et fonction d’un serviteur, pour piler dans un mortier le mill et autres choses qu’on a de besoing de mettre en pouldre, et inesmes pour aller quérir de l’eau dans des cruches, lesquelles neantmoings il fault promtement recevoir d’eulx à leur retour, aultrement ils les jettent en terre, et puis hurlent comme s’ils pleuroient. Et j’estime que cela soit extraict d’aultres autheurs moings modernes que le mien.

Ce que M' de S* Aman nous adjousta des ruissaux dans la mer qui tombent du ciel avec tant de furie, est pareillement touché en la mesme relation d’Affrique, et confirmé par noz matelots qui en ont aulcunes foys dans nostre mer Mediterranée, mais beaucoup moings frequents. Gomme ce qu’il nous dict des forests d’orangers est dans la relation de Guillaume Schoutten, que je fis traduire et imprimer à Paris par le sieur Tavernier^. Combien que nous n’y ayions pas toutes les particularitez que nous en apprend M*‘ de S‘ Amand, mais puis que constat de corpore mortuo, comme l’on dict, les conjectures sont tousjours recevables ])our ])eu qu’il y ayt de probabilité, et à plus forte raison des suppléments de circonstances qui rendent les choses tousjours plus vraysemblables, et plus cogneües.

‘ Voir l. II, |). û’]i. gnalée par les bibliographes. Les biographes

La relation envoyée par Peiresc à de Peiresc semblent tous avoir oublié d’indi-

Tbonias d Arcos.

* Cette traduction et édition n’est pas si-

quer la participation qu’il prit à la publication de Tavernier.

Je verray fort volontiers cette nouvelle relation de Canada du sieur Gramoisy ^ aussy bien que les livres du P. Mercene^ à qui je suis bien marry de ne pouvoir escrire encores à ce coup. Je n’ay pas veu nom plus cette appologie pour AP d’Espernon^, que nous attendrons en bonne dévotion, et encores plus l’information du parlement si elle est visible quelque jour et ses actes d’appellations comme d’abbus, tant de luy et de Nogaz^ que des jurats. Et croys bien qu’on pourra voir aussy en son temps les deux penultiesmes traictez de Lorraine, puisqu’ils seront enregistrez au parlement, et tout ce qui s’y pourra faire ensuitte, et pour Pignerols , et pour cette nullité de mariage.

' Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’année i633. Envovf^e au R. P. Barth. Jacquinol, provincial de la Compagnie de Jésus en !a Province de France , par le P. Paul le Jeune , de la inesnie Compagnie, supérieur de la résidence de Kébec ( Paris , Sébastien Cramoisy, rue Saint- Jacques, aux Cigognes, i634, in-8°). La série des Relations du Canada ^ a de l’année 1682, avec deux interruptions seulement (i654-i655 et 1 ôSS-iGSg) à l’année 1672 inclusivement.

^ Outre les Questions harmoniques citées dans la lettre précédente, le P. Mersenne publia, en i63/i : Questions inouïes ou Récréations des savants (Paris, J. Villery, in-8°, et non in-4°, comme l’indique le P. Niceron, Mémoires, t. XXXIII, p. i5o). En la même année le fécond travailleur mit au jour trois opuscules distincls réunis en un seul volume et dont le plus considérable est celui-ci : Les préludes de l’harmonie universelle ou Questions curieuses, utiles aux prédicateurs , aux théologiens , aux astrologues , aux médecins et aux philosophes (Paris, Guénon, in-8°). Le second traité est intitulé : Questions théologiques, physiques, morales et mathématiques. Le dernier opuscule du recueil est

une traduction des Mécaniques de Galilée.

^ Je ne sais de quelle apologie Peiresc veut parler. Je ne vois aucune pièce portant ce titre qui soit mentionnée dans les ouvrages biographiques et bibliographiques, soit généraux, soit particuliers, notamment dans le Lelong-Fontette , le Catalogue de l’Histoire de France [Ribliothèque nationale), Y Histoire de la vie du duc d’Espernon , par Girard, Le duc d’E per non, par le marquis deDampierre (Paris, 1888, grand in-8°), etc. Il est probable que Y Apologie était manuscrite et n’a pas été publiée.

’’ Le véritable nom de ce lieutenant des gardes du duc d’Epernon était N. de Xaugas. Voir à la Bibliothèque nationale (n°‘2959 et 2960) deux pièces intitulées : Apologie pour Monseigneur l’Archevêque de Rordeaux et pour Monseigneur l’Evêque de Nantes, touchant l’excommunication déclarée contre le sieur Naugas et ses complices, gardes de M. d’Espernon (s. I., 1634, in-8°). — Première excommunication de M. l’ Archevêque de Rordeaux contre le sieur de Naugas, lieutenant des gardes de M. le duc d’Espernon et ses dicts gardes (3i octobre, s. 1. n. d., in-4°).

INoiis avons veu sur les advis d’Italie que les Espagnols avoient semé le bruictà Milan qu’ils croyaient quelque accommodement de Monsieur à cause que le frere de Puy Laurens ^ estait venu à la cour auprez du Roy. Cela pourrait bien avoir donné subject à cez bruictz de la debtention de la persone de Monsieur. Mesmes qu’on dict icy que la Royne mere a signé un traicté au Roy d’Espagne de ne point s’accommoder avec le Roy sans le leur faire sçavoir, et je ne sçay quelle aultre chose que Monsieur n’a voulu signer. On nous parle encor icy d’un party de tous les deniers royaulx fort immense moyennant la disposition de tout le fonds qui se trouve réellement à l’espargne ou à la Bastille, el un surhaussement du cart d’escu à i8 sols et de l’or à proportion.

Le temps nous fera possible voir des choses auxquelles nous ne nous attendons pas, et je demeureray.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 9 janvier i633 {sic pour i636).

Je n’escrips poinct à M*' de Thou parce qu’il dict qu’il ne sera de retour chez luy qu’à la fin de ce moys; cependant je pou crois avoir retiré la response de quelques aultres lettres qu’il m’avoit adressées. Je ii’escripts pas nom plus de ce coup à M*’ L’Huillier, pour me descbarger d’aultant, en attendant de le faire par le prochain. Dieu aydant, et que M*‘ Gassend m’en pourra donner de plus digne subject que pour de simples compliments. Je ne sçay si je pourray encor escrire à M‘' Gaillard. On m’escript de Tlioulouse qu’on travaille pour extraire ce que desiroit M*’ Godefroy, à qui je respondray par le prochain ce qu’on me rescript de Rome, que les ceremoniaux qu’il demandoit ne sont poinct imprimés, mais on m’en offre des coppies manuscrites à i o escus piece

‘ Le frère d’Antoine de Lage, duc de Puylaurens, lequel Antoine allait épouser (98 novembre i634) une nièce du cardinal de Richelieu, Marguerite-Philippine de

Cambout de Coislin. Le frère de Puylaurens n’a laissé aucun souvenir dans l’hisloire.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je n’ay poinct receu de gazette par le dernier ordinaire quoy que j’en eusse eu par les deux précédants soubs le cachet de l’enseigne du bureau d’adresse. Et l’imprimeur qui me les souloit apporter me vint dire qu’il n’en avoit point receu, mais il me monstra une lettre du sieur Renaudot qui se plaignoit de Roux, son respondant^ et disoit le vouloir mettre en cause, et y avoit une apostille par laquelle il le cbargeoit de me dire qu’il n’avoit poinct receu de lettre de moy plus d’un moys y avoit, et que si je ne luy escrivois qu’il cesseroit de m’envoyer la Gazette. Je luy respondis ce que je vous ay souvent escript, que je ne pouvoys en façon du monde m’assujettir à escrire à ce personage, et que s’il ne le trouvait bon, que je n’empescboys qu’il en usast selon son bon plaisir. Je ne laissay pas d’avoir tost aprez la gazette par aultres mains de gents de mes amys qui l’avoient eüe je ne sçay d’où, ne m’en estant pas voulu enquérir. Gest homme faict un peu trop le r’encliery, ce me semble, et enfin se descriera, estant bien marry de l’importunité que vous en avez receu, qui est telle que j’aymeroys mieux ne voir jamais la gazette que de vous donner plus la peine d’en parler que pour luy faire payer ce qui luy peult estre deub du temps passé, et le remercier pour l’avenir, car ou il envoyera sa gazette à quelque aultre en cette ville et au dict cas, qui que ce soit, je suis bien asseuré qu’il ne manquera pas de me la faire voir le jour mesmes, ou il ne l’envoyera poinct et en ce cas, lorsque persone aultre ne l’aura par le mesme ordinaire, je n’auray pas de subject de la regretter plus que les aultres, et m’en passeray tout aussy bien comme j’avoys faict avant qu’elle s’imprimast, mesmes y ayant des

‘ Pour correspondaàt , car nous avons vu que Roux envoyait au fondateur de la Gazette et du journalisme français des nouvelles d’Aix et de toute la Provence.

marchands de Lyon de mes amys qui m’offrent celle d’Amsterdam par tous les ordinaires, tellement qu’il pourra garder ses gazettes pour l’année suyvante , et s’asseurer qu’elles n’en acquerront pas du crédit quand il nous en enviera la veüe, estants desja assez discréditées, et le seroient en cores plus si je n’eusse tesmoigné d’y defferer plus qu’on ne vouloit faire afin de luy maintenir sa creance. Quand vous luy aurez faict entendre cecy par quelqu’un des vostres, je ne suis pas résolu qu’il s’en parle plus, ne que vous en ayiez plus la teste rompüe, vous criant mercy de l’incommodité que vous en avez eu, et vous sup- ])liant de m’en excuser comme,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce lo janvier i63/i

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despesche du 5 et 6““= de ce moys, avec celles tant de M*" Grotius que de M^' de Saumaise, que je ne manqueray poinct de vous renvoyer toutes deux, m’asseurant que vous ne prendrez pas moings de plaisir de voir l’une que l’aultre, mais je tascheray d’y respondre en mesme temps, si j’en puis desrober la commodité, car j’en ay bien peu. Je vous renvoyeray aussy l’arrest du conseil par le prochain ordinaire, si ce ne peult estre par celuy cy, ensemble le placard que M^*" le MarescbaP a voit voulu voir, et l’aultre arrest du conseil sur la nomination des 7 docteurs méritera bien d’estre mis en suitte du précédant.

Vol. 718, fol. 5. — ^ Le maréchal de Vitry, gouverneur de Provence.

[1634] AUX FRÈRES DUPÜY.

Je n’ay pas veu la sentence de l’inquisition contre le Galilei. Car c’est que le sieur Renaudot a, comme je pense, affecté de ne me la pas envoyer^ nom plus que sa gazette par cet ordinaire aussy peu que celle du précédant, vraysemblablement pour me la faire desirer davantage suil’occasion de cette sentance, mais j’entends qu’il y en a des exemplaires dans la ville, que nous verrons, je m’asseure, veuille t’il ou non, et quand bien ce sera un jour plus tard que s’il nous en avoit faict l’adresse, il n’y aura pas bien grande perte pour nous, et qui ne mérité d’estre preferée à la tyrannie qu’il nous eust voulu imposer de luy escrire, dont je trouve qu’il ne se rend guieres digne, voulant vendre trop chèrement des coquilles^ dont il r’avalle luy mesmes le prix en les profanant et divulguant comme il faict, avec ses adresses à des gents de peu, ce chétif imprimeur qui les reçoit estant en fort mauvaise posteure.

Mais j’ay grand tort de vous tenir si longtemps sur ce discours, puisque j’avoys résolu de ne vous en plus parler, vous suppliant de m’en excuser pour cette foys qui sera sans consequance.

Une chose vouldroys je bien avoir apprinse de quelqu’un de ses supposts, s’il y eust eu moyen de la penetrer, de quelle part et de quelle main luy estoit vende cette sentence contre le Galilei. C’est sans doubte qu’elle a esté dans Rome tende si secrette que l’on n’y en sçavoit rien d’asseuré, parmy les persones plus qualifiées, hors de ceux

' On lit dans le n° 122 de la Gazette de i634, à l’article Relation des nouvelles du monde reçeues tout le mois de décembre 1 633 (p. 53o) : ff Voilà pour les affaires de la guerre. Voyons-en une entre les mathématiciens. Pour ce que dans l’une des conférences tenues en ce bureau le 29 d’octobre dernier, et avant que nous sceussions ce qui en avoit esté décidé par le S. Siégé, il fut disputé du mouvement de la terre, j’ay creu estre obligé de vous mettre ici la sentence rendue dès le 22 juin dernier contre Galilée, fauteur de cette opinion, mais qui n’a esté publiée que vers la fin de cette année. Et

pour empescher que désormais cette question ne soit plus controversée : Nous, etc. [Suit la sentence que nous ne reproduisons pas, tant à cause de son étendue qu’à cause des fréquentes reproductions qui en ont été données. ] A quoy ledit Galilée acquiesça le mesme jour, abjurant, maudissant et détestant la susdite erreur de voix et par escrit dans le couvent de Minerve, et promit à genoux, la main sur les saints Evangiles, de n’aller jamais à l’encontre de la sentence susdite. «

^ Nous avons déjà trouvé (t. II, p. 210) la locution : vanter ses coriuilles.

qui s’en pouvoient estre meslez. Et fault que ce soit une charité prestée et possible extorquée par la jalousie de quelques uns de ce païs de deçà, puis que ces ultramontains ne l’avoient osé faire. Nous attendrons en bonne dévotion ce qu’il vous plaist nous faire espérer des actes ou pièces concernants cette grande affaire qui est maintenant en vostre parlement, et où l’on avoit pensé que peussent intervenir toutes les chambres , attendu la qualité des parties principales ou intéressées. Mais il ne fault pas doubter que s’il eust esté jugé necessaire, il n’eust esté faict, car je croys bien qu’on n’y vouldra rien obmettre des formalitez requises.

Je suis bien aise qu’eussiez commancé de faire comprendre à M*’ de Valloys qu’il n’y avoit rien de si desraisonable en la prétention de ce pauvre bon homme d’Ebingerus, ce qui aura frayé le chemin , et rendu cet esprit beaucoup plus disposé à recevoir en bonne part ce que je m’estoys depuis donné la liberté de luy en escrire, vous asseurant que je loüe bien fort l’honnesteté et libéralité du sieur Albert^ au payement des 5 O talers pour son travail au Cyrille, et ne manqueray pas d’en faire tenir adverty le bon homme, pour le consoler en l’attente de son payement. Mais je suis bien redevable à l’honnesteté de M’’ Albert sur la transcription de ce manuscrit des Astronomes grecs, vous suppliant de faire payer son coppiste en toute façon, n’estant nullement raisonable que cela demeure sur ses coffres Si je pouvoys juger à peu prez le temps que cette coppie pourra estre achevée et que le manuscrit de M*" de Thoulouse se pourra mettre entre voz mains pour me le faire tenir, je seroys bien aise d’en pouvoir advertir M‘’ Holstenius. Et si pour la formalité de la descharge de M*’ Aubert envers M*" de Thoulouse, il trouve bon que je luy envoyé un mien récépissé de son manuscrit conformement à la lettre de ce prélat que

‘ Une déchirure a emporté pins de la moitié du nom , mais la reconstitution était facile. Peiresc, par distraction, a écrit Albert pour Aubert.

^ C’est-à-dire reste h sa charge. Le Dic-

tionnaire de Littré donne celte variante : cela sera sur ses cojjres, avec celle explication : ffCela se dit des perles qui retombent sur quelqu’un, -n

[163/1] AUX FUÙUES DUPUY.

vous avez veüe escripte de sa main, je le vous envoyeray iucontiuanl , et seray bien aise d'avoir par niesme moyen quelque pelil mot de lettre soit de vous, Monsieur, ou d’aultre que je puisse envoyer au dict sieur Holstenius sur le subject de l’asseurance de la communication de ce manuscrit où il ne se parle poinct d’aulcun reproche qui peult donner de l’ombrage ou du desgoust au dict sieur Holstenius, et qu’il ne s’y fasse poinct de mention, s’il est possible, du payement que vous pourrez faire au coppiste, que je seray bien aise d’acquitter, sans que luy en sçaiclie rien, pour l’obliger à m’envoyer tant plus franchement les libvres du S‘ Cyrille dont il est question, et dont j’avoys cy devant tiré parole de luy, sur celle que m’avoit donné M*’ de Thoulonse qui avoit depuis esté comme eludée.

C’est la vérité que je trouve bien cliere l’Historia del Concilio^ à ‘2 U libvres et vauldra mieux ne la prendre pas à ce prix là. J’en escriray à M*’ Godefroy à Geneve où l’on ne fera pas tant de dilïiculté possible d’en bailler un in-fol° pour un in-4° à peu prez puis qu’ils sçaveiit laquelle est la plus accomplie, car pour le reste les Italiens ne trouvent pas bon qu’on se dispence jamais de l’Ordine^, et j’entends qu’on veult joindre à ce volume imprimé in-fol'’ des aultres pièces manuscrites du mesme subject qui sont vraysemblablement en pareille forme pour en faire quelque présent plus considéré et j’ay envoyé demander l’inventaire des dictes pièces manuscrites pour voir s’il y auroit rien qui vous peust servir ou à Monsieur vostre frere, attendu l’importance du subject.

Puisque voz libraires n’ont point apporté de cez libvres de mathématique lesquels ne sont pas à mon advis de trop grande débité ^ estant à l’usage de fort peu de persones, je vous supplie de voir que ceux qui iront à la prochaine foire de Francfort se puissent charger d’en apporter à leur retour, et si le prix n’en estoit excessif, j’en prendroys deux exemplaires, pour en retenir un dans mon estude en

* WHistoire du concile de Trente de Paol<) ’ Ou trouve aussi débité au féminin et

Sarpi. comme synonyme de vente, dans le Théâtre

^ Arrangement. d’ agriculture d’Olivier .de Serres.

lUrniVLRIC XATIO'fiLC.

donnant l’aultre à M-- Gassend. Et s’il estoit possible de faire venir d’Anvers une coupple d’exemplaires de ce libvret du P. Malapertius in-/j° intitulé AVSTRIAGA SYDERA vous m’obligeriez grandement, car on m’en demande d’Italie avec une merveilleuse instance. Je n’es- - time pas rpi’au fonds il se trouve que son opinion soit soustenable , mais j’ay quelque interest à pouvoir en faire apparoir. C’est pourquoy je n’ay peu me priver du mien, aprez les advertissements qne vous m’en avez cy-devant baillez. Et me suis neantmoings trouvé bien empesclié à me delfendre de le lascher; voire si nous avions perdu l’esperance d’en avoir d’aultres, il fauldroit bien y employer le mien, ne pouvant poinct desdire les gents de lettres de mes amys de rien qui soit à ma disposition libre Je vous supplie aussy de me faire acbepter un exemplaire de ce gcograplie Nubiensis de la version latine imprimée m-li° à Paris que Ton me demande du Levant. Mais je vouldroys bien avoir en quelque façon, s’il estoit possible, l’édition faicte à Auspourg d’une liturgie des Goplites prise sur un manuscrit de feu AP délia Scala par un Victorius Scialach à ce que M*’ Saulmaise m’en escript. Si non j’escriray à Auspourg mesmes pour la recouvrer, s’il se peult. C’est celle qu’on a imprimée à Paris au 6 tome de la bibliothèque des Peres de la un'"'' édition qui ne se trouve pas en la mienne qui n’est que la ni'"''. C’est pourquoy je ne seray pas marry d’avoir l’edilion d’Aus|)ourg si elle se trouve à prix bonneste.

' Le prétendu livret (Douai, i633) ne eonlienl pas moins de i /ly pages. Voir sur le P. Ch. Malapert le tome II, lettre CXXÏX.

* Noble déclaration cpii rappelle la célèbre devise du bibliophile Jean Groliei- de Serxière : J. Grolerii et aviicorum.

^ Il s'agit là de la traduction de l'Abrégé du grand ouvragé composé en ii.53 par Ldrisi de Sicile, plus connu sous le nom de géographe <le Nubie. Cette traduction est intitulée Geoffraphia Nnlnensts, id est totiiis orhis in ru climata dioisi descriptio , ex arahico in latinuin versa a Gabr. Sionita

et Joan. llesronita (Paris, 1G19, in-/i°).

' Victorius Scialac ou Scbalacb, né au mont Liban, religieux maronite, enseignait h Rome les langues orientales dans les premières années du xvn' siècle. Il traduisit d arabe en latin les Liturgies attribuées h saint Basile, saint Grégoire deNysse et saint Cyrille d’Alexandrie (i(5oA). On a aussi de ce philologue : Introductio ad grammaticam arahicam (Rome, 1G99.). Citons encore une traduction des Psaumes d’arabe en latin faite avec Gabriel Sionite (Rome,

lOi /i).

Quant à l’affaire de S* Leons, M*' le sacristain de Valhelle a esté icy sans que je l’aye veu , et n’ay pas nom plus veu le sieur Gras depuis le' premier jour de- son arrivée, mais qu’il ayt un peu rongé son frain, nous verrons de le ramener, s’il est possible, à son debvoir et à recognoistre les obligations qu’il vous a trez grandes quoy qu’il se puisse figurer au contraire. Et si cez messieurs du cbappistre de Rhodez viennent, coin’ on promet, à ce caresme, nous tasclierons de les faire agir selon vostre désir, comme je ne manqueray pas de tenir la main pour vous advertir de tout ce qui pourra venir à ma cognoisçance des vacances dont vous m’escrivez; mais pour celles qui sont hors de cette province il sera bien malaisé que les advis en viennent jusques à moy, si les possesseurs ne résident en ce païs icy, comme faisoit celuy de S* Leons. J’escriray en Avignon pour y tenir la main aussy, pour ce qui est dans la légation, sans que j’en parle à celuy que vous dictes estre ja erre^ pour d’aultres. Et vous serviray du meilleur de mon cœur partout où j’en pourray trouver des occasions, ainsin que je le doibs estant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 1 5 janvier i634.

J’ay depuis veu M‘‘ le sacristain de Valbelle qui m’a dict vous avoir conseillé de retenir la piece de S‘ Leons, comme la plus belle et la plus digne qu’il y ait de toutes les dépendances de leur abbaye S‘ Victor, et laquelle y tient le premier rang, pour le droict de pourvoir douze places de religieux sans d’aultres grands advantages, et que s’il eust eu une aultre piece d’approchante valleur à vous offrir en-eschange, il l’eusse faict volontiers. Qu’il n’a sceu descouvrir qu’elf ayt jamais esté

‘ C’est-à-dire engagé. On sait (jue donner des arrhes avait autrefois pour équivalent errher. Littré , sous le mot Arriier, dit : nErrhcr a été autrefois de bon usage,» et

il cite, h l’appui de son assertion, cette phrase de Baizac (Discours à la Régente) : ffll les errhe et s’en assure pour une autre fois. »

LETTRES DE PEIRESC [iüM]

('Il commande, leur traditive entre les anciens estant qu’ell’ a tousjours esté en tiltre; (|ue les banlx nestoient qu a 55o escus , mais (|U il y a des reserves, lesquelles rnesnagées iront à 600 escus; qu’il s’est desja |)resenté liommeà luy qui les luy offre. Quant au sieur Gras, il a toute sa vie esté d’iiumeur un peu brutale, c’est pourquoy je ne trouve pas estraiige que la maladie de son esprit ne se puisse pas si tost guarir. Mais il fauldra bien qu’il vienne à.Iube‘ tost ou tard, et qu’on le face sage à ses despans.

Je viens de recevoir un fagot de livres dont l’adresse est de vostre main sans aulcune datte du despart, arrivé fort bien conditionné et ])ar anticipation, ce me semble, l'i d’aultres auparavant consignez au marcband selon ce que m’en aviez escript. Il n’y avoit en celuy cy que le Tertullian <|ue je feray tenir à Dom du Puy par la première commodité d’amy, les annales de Reidanus in-fol°^, le Barlæus contre Macliiavel in-foR, le voyage des Hurons 8°, l’Eusebius Emissenus 8“ basane, le Grotius, et Merula de Maribus 2/1^ et le livre de oculo que j’altendoys si inqiatiemment, dont je vous rends trez liuinbles grâces, croyant bien que les aiiltres fagots anterieurs ne tarderont pas de venir Dieu aydant. Au jiremier fagot je vous supplie de faire joindre une livre ou deux de cire d’Espagne.

IRiisque M‘‘ Aubert vous faict la faveur de faire transcrire cez vieux astronomes grecs, je vous prie pour gaigner temps de me faire transcrire l’Aristarclius de Sole et luna'^, qui est de buict ou dix feuilles ou

‘ Liün' cilo, au sujet de celte locution, une phrase d’un historien du xv' siècle, (leorges Chastelain {Chronûjue des ducs de llouigogne) et une phrase d'un auteur comique du xvii' siècle, ^oël le Rrelon, sieur de llaiileroche.

’ lleiffarum aliarumque ffeultum annales, aiictore Ever. Ueidano , Dionijsio Vossio inlerprele (Leyde, it)33, in-('ol.). Everhard lleidanus mourut en 1602. Lg Moréri dit, il après Uevius cl avec quelque peu d’exagi'ration , (tipi il a rendu son nom immortel

par ses Annales, qui l’égalent aux anciens historiens les plus estimés r).

^ De maribus dissertatio (Leyde, i633, avec le Mare liherum de Grotius). Paul Merula naquit le 19 août i558 à Dordrecht, fut nommé, en iSqa, à la chaire d histoire de l'université de Leyde, vacante par la démission de Juste Lipse, succéda, en iSqS, à J. Douza dans la place de hiblio- Ihécaire et mourut à Rostock le 20 juillet 1 G07.

'' L’astronome Aristarque, de Samos,

AUX FRÈRES DUPLY.

[163/rj

environ , dont il y a deux exemplaires en la Bibliothèque du Boy numéro 2Û2 et 187 et dont la version latine avec les explications de Pappus Alexandrin a esté donnée par Federic Commandin d’LIrbin à Pesaro l’an 1672 in-k° b Et vous supplie de me le faire despescber le plus tost que vous pourrez et me l’envoyer par la poste feuille à feuille à mesure qu’on les vous rendra. Et cependant m’advertir, s’il vous plaict, si les explications du Pappus y sont ou non. Je n’ay point receu de lettres du sieur Gailhard à cet ordinaire et ne luy escripts ])oinct à cette heure, mais je ne laisse pas soubs vosti’e bon plaisir do le charger de deux pacquets de mon neveu que je le prie de faire l’endre aux sieurs Tboron et Tiercelin. M"" Fabrot envoyé à Monsieur le Premier Présidant deux siennes petites pièces que j’ay accompagnées d’un mot de lettre et vous supplie les leur faire tenir. 11 y en aura d’aultres exemplaires pour vous^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despesche du 1 avec les lettres du Roy, et les livrets de l’Arabie ^ et de l’Acia * dont je vous remercie trez humblement.

llorissait vers le milieu du iii' siècle av. J.-C. Le traité cité par Peiresc a pour litre : Sur les grandeurs el les dislances du soleil et de la lune. Il faut bien se garder de consulter sur Aristanjue les ouvrages suivants : Aristarchus, de Mundi systemate, .. interprète Bobcrvalio (Paris, -iGMi , in-12) , fraude littéraire de Roberval , et Y Histoire d’Aristarque de Samos par le niaixpus de Fortia d’Urban (Paris ,1810, in-8°) , où suivant une remarque aussi juste tjue plaisante de Tb.-H. Marlin (de i’institul), il est question de tons les

Aristarque, excepté d’Aristarque de Samos.

' Pappi Alexandrini mathematicæ collecliones, a Fed. Commandino in latinuin conversœ et commenlar. illustraUe (Pisauri). Le Manuel du libraire cite une auti’e édition de la même ville (i588, in-fol.).

^ Vol. 718, fol. 5.

^ La Description de l’Afrique de Jean Léon l’Africain.

* A cia Cornelii Cclsi, proprke signifcationi reslilula , Alphonsus Nunncz, regius archiatcr, defensus ( Anvers, iG3.3, in-/l°).

LETTRES DE PEIRESG

ensemble de l’Arrest du Conseil que je vous renvoyé avec la lettre de M"" Grottius où j’ay prins un merveilleux plaisir et dont je vous suis inliniment redevable, estimant que le sieur Gliifflet^ a raison pour son Acia, mais pour la forme et application des fibules des anciens, j’en ay veu un fort prand nombre de cuivre, de différantes figures, mais je n’ay rien veu qui quadre bien à ce qu’il en veult faire. Il y fauldra penser, Dieu aydant , un peu plus à loisir. J’ay escript à M*' le sacristain de Valbelle ce que vous desiriez assez à temps pour vous respondre par cet ordinaire s’il y escbeoit. Et plains grandement le bon M‘'Rigault, croyant que la suy vante despescbe debvra achever de satisfaire le sieur de Valloys. J’escripts à AE de Thon sur le subject des belles choses que AE' Venot de Bourgogne m’a envoyées par porteur exprez qui est encor icy. Il ne se peult voir de plus grandes bonnestetez dont je suis tousjours plus redevable à Al*’ de Tbou, car son voyage de Bourgogne a faict esclore cet œuf qui avoit esté couvé huict ou dix moys, avec une grande usure. Je ne vous sçauroys pour ce coup entretenir plus au long à mon grand regret; mon frere est encor à Alarseille, où il aura mis ordre aux boulles et testes de niail de Alonsieur vostre frere, et je demeureray,

Alonsieur,

A Aix, ce 24 janvier i634.

Je crains bien de ne pouvoir pas escrire à AE’ de Geosmes ne à AI*’ du Alesnil Aubery, ne à AE’ Gailhard comme je vouldroys, vous suppliant, si les voyez, de leur en faire mes excuses.

On nous dict que Al^*’ Seguier est cbancellier^. Nous avons creu que l’advis devoit estre du vendredy t h puis que vostre despescbe du 1 3 n’en portoit rien. La gazette est revenue à ce coup^.

* Sur Jean-Jacques Chifflel voir noire tome I , p. 5 ç) 1 .

^ La nouvelle élait fort prématurée. Le chancelier d’Aligre ne mourut que ie 1 1 dé-

cembre i635, et ce fut seulement le 19 du même mois que Séguier, son successeur, prêta serment au Louvre entre les mains du roi. " Vol. 718, fol. 8.

AUX FRKUES DUPUY.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Par le dernier ordinaire j’ay receu troys de voz lettres du i g®"" et 2o“® avec la relation de Canada et plusieurs aultres pièces courantes et advis grandement curieux dont je vous remercie trez liumblement, et surtout de la relation de raudiance donnée à d’Arles^ qui est bien importante, et s’il y a voit moyen d’en avoir un jour une pareille ou aussy exacte de la précédante du Parlement, elle le seroit bien davantage, mais je ne vouldroys pas que vous en eussiez la peine, comme de celle là, car cela me faict trop de bonté, ayant si peu de moyen comme j’ay de m’en revancber.

Je n’ay veu le sieur Gras depuis qu’il me vint annoncer son retour de Paris qu’une seule foys. Il me sembla un peu moings malade d’esprit que devant, mais il estoit encore assez esloigné du poinct de la guérison. Mais à cette heure que j’ay la lettre que vous avez daigné m’escrire entérines si honnestes et si obligeants pour son regard aussy bien que pour le mien, je l’iray voir, et verray s’il y aura moyen de le réduire, sinon il m’aura sur les bras plus fortement que vous, et croys bien que vous vous pourrez passer de luy beaucoup mieux qu’il ne pense, les pajiiers de cette eglise la ne pouvant pas estre si cachez qu’il ne s’en trouve les principaulx et dans Victor et dans le monastère sur les lieux. Si l’information du Parlement de Bordeaux n’a esté visible, il est bien raisonable de s’en passer; je suis encor en arréragé de la restitution du placard de Mt' d’Espernon, mais je n’en ay poinct encores perdu la souvenance, et le vous feray fidelement restituer. Dieu aydant. Si la déposition des 5 tesmoings contient rien de mémorable, elle, ne

‘ M' d’Arles, comme s’exprime Peiresc, Voir Gallia CJiristiana, t. I, col. SyS. 11 avait était alors Jean Jaubert (le Barrault, lecpiel succédé à Gaspard du Laureiis, moit le siégea de décerabrei63i au 3o juillet i (143. !20 juillet i63o.

2', LETTRES DE PEIRESG [1G3/Î]

Inisi'ci |)cis (l esti’G bonne a voir s il est permis, en attendant cjue le reste soit en commerce.

.le me resjouys infiniment d’entendre que M*’ Rigault mene son filz avec Iny à Metz et que M*' de Valoys commance de se rendre à la raison, comme aussv du retour de M"" de S*^ Aman, qui a d excellentes pièces en main, et dont je vouldroys bien luy avoir desrobé quelques fragments. Quand ranimai dont le frere de M‘‘ Grotius envoya le dessein ne seroit qu’un vray singe, tousjours la dilferance de la race, comme entre les cbevaulx et aultres animaux, peult rendre celle la beaucoup plus recommandable que toutes les aultres puisqu’elle n’est poinct malfaisante, et qu’au contraire ell’est si olficieuse, si docile et si propre à servir, qui est ce qu’on peult recbercber et desirer le plus, important jieu que soient des singes ou d’aullres animaulx , pourveu qu’il conste du service qui s’en retire, et de leur disposition à pleurer, et se lamenter diversement des singes. 11 va le mois prochain deux ou troys navires de Marseille au Brésil, qui vont prendre leur eau et leur vent en ceste coste d’Alfrique, sur lesquels s’embarquent diverse per sones de ma cognoisçance, qui se promettent de m’en apporter ou emmener un s il est possible; je leur ay baillé de fort amples mémoires et instructions.

Rour le gazetier, jay à cet ordinaire encores eu de sa part sa gazette, comme la semaine passée soubs son cachet ordinaire et soubs 1 enveloppe de M*' du Lieu, sans que je sçaicbe pourquoy il a reprins le vieux train, nom plus que je ne sçavoys pas bien comprendre pourquov il 1 avoit interromj)u si souvent. 11 1 envoyé à d’aultres gents, qui n’ont pas asseurement de quoy luy fournir ce qu’il me demande et que je seiojs bien inarry de luy promettre quand je le pourroys. On luy en sçani-oit bien plus de gré quand il seroit plus constant en ses résolutions. El tousjours en lireroit il pied ou aisle tost ou tard, de ce que dans cez capprices et incertitudes, comme l’on ne s’y attend poinct, on n'en peult pas faire estai, ne sçavoir tout le gré qu’il fault. Je vous prie de me faire acbepter la relation du moys précédant qu’il ne m’a pas envoyée, à cause de la sentence qu’il y a insérée contre le Galilée, la-

AUX FRÈRES ÜUPÜY.

quelle possible avoit il alTecté de me celler pensant me rendre ses advis plus désirables. Et au contraire comme il m’a desobligé en cela de gayetté de coeur, il gaste la courtoisie. Et toutes ses reserves n’empesclient pas que nous ne voyions incontinant ce qui sort de son bureau. N’y ayant gueres de gents en cette ville qui voulussent m’avoir rien caché de telle nature. Je ne suis fasché que de l’importunité que je suis constrainct de vous en donner tous les jours. C’est pourquoy je vouldroys bien une foys pour toutes avoir eu guary son esprit afin de n’y songer plus, ou que pour nostre argent, il nous laissast voir en son temps ce qu’il fault, sans le faire demander, ce que je ne feray pas d’aultre façon que comme par le passé.

J’ay esté bien aise d’apprendre que M"" de Thoulouse soit de pardelà, et si je puis je luy escriray par cette voye cy. Je receus hier au soir d’assez vieilles lettres de M*’ de BeaucasteP, que je vous envoyé afin que vous puissiez voir en quel estât se trouve la version dont je vous avoys parlé Je luy avoys escript tout ce que j’avoys peu pour l’induire à destourner ce ministre de son dessein. Mais cez Messieurs de la religion ne desmordent quasi nom plus de leur dessein que ceux du conseil d’Espagne. Je luy repliqueray comme il fault, mais j’attends le retour d’un de mes amys qui le doibt voir bientost chez luy et par qui il sera obligé de me faire sçavoir la responce de celuy pour qui il m’avoit demandé assistance. A qui je verray d’escrire moy mesmes au besoing puisqu’il est provençal, afin de n’y rien obmettre, et au Gouverneur mesme d’Orange'^ qui possible favorisoit le plus cette entreprinse, et tesmoigne avoir quelque bonne volonté pour moy. Estimant qu’en un besoing on pourroit faire escrire le Boy au dict Gouverneur, ou moyenner que l’Ambassadeur en parlas! en passant au prince d’Orange, pour coupper chemin de touts costez, s’il est possible. Et

' On ne trouve pas une seule fois le nom de Beaucastel clans les six registres des Minutes des lettres de Peiresc conservées à Garpentras, ce cjui montre une fois de plus combien ces registres sont loin de contenir toute l’immense cori’espondance de notre auteur.

^ La version de riiistoirc du président de Thou par le ministre protestant Gabriel Boulle.

^ Le sieur de Valkembourg , plusieurs fois mentionné dans les tomes précédents. Voir la Tahk il la fin du présent tome.

tltPRIueniB HATIOKALC.

tascheray niesmes de mettre en goust cet homme d eiitrepi endie quelque aultre traduction, auparavant que de s’engager plus avant en celle là. Si vous jugez que j’y puisse aultre chose, il ne fault que me commander avec absolu pouvoir. Je tascheray de faire encore parler à ce sieur de Cliamhry, dont parloit W' de Beaucastel en ses premières lettres sur ce suhject, qui se trouve embarrassé là pour je ne sçay quelle mauvaise affaire, à demy frattesque, où je luy puis un jour rendre bon oflice envers aulcuns de ceulx qui peuvent bien luy nuyre. Enfin je n’y oiiblieray rien pour vostre service, voyant bien comme cette affaire vous doibt toucher et Monsieur de Thou. Et sur tout pour prendre le texte du premier volume, non retranché, puis que 1 autheur lavoit ainsin agréé de son vivant; s’il ne s’y pouvoit mieux faire, je tascheray bien de le dissuader, à tout le moings de s’accommoder à toutes les intentions de l’autheur pour ce regard. Et me conduiray absolument selon voz ordres et commandements. J’oublioys de vous dire que j’ay veu icy M'' le sacristain Valbelle, depuis qu’il areceu vostre commission du Grand Conseil, m’estonnant qu’il ne la vous ayt pas accusée. Je luy demanday s’il n’avoit poinct apprins que S‘ Leons eust esté aultres foys en commande, mais il me dict qu’il n’en avoit rien sceu tirer, et (jue les plus anciens du monastère croyaient quelle ne l’eusse jamais esté. 11 me dict qu’il feroit exploicter le sieur Gras.

Nous n’avons rien icy de nouveau; le temps n’a pas permis aux galleres destinées au voyage d’Antibe de se mettre encor en mer, et celuy ([ui estait intéressé aux représailles est retourné à Turin, n’estimant pas (|ue M'^de Savoye se veuille aheurter à si peu de chose en cette conjoncture, et qu’il debvroit mieux que jamais acquérir et mesnager les bonnes grâces et adsistance de la France pour voir s’il y aurait moyen de faire revivre ses droicts sur les pais bas en vertu du traicté de mariage de la mere de 1 inlante en dernier lieu decedée. Sur quoy je finis demeurant.

Monsieur,

vostre trcz humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 3o janvier i634.

J’ay depuis esté plus heureux que je ne pensoys, et ay trouvé du temps pour escrire tant à M‘' l’Archevesque de Tlioulouse qu’à M"" de Valloys, et feray laisser mes lettrés à cachet volant à celle fin que vous les mesnagiez, s’il vous plaict, selon que le trouverez le meilleur, car je laisse à vostre disposition de les bailler ou non et d’en ordonner comme ' vous vouldrez. Désirant de contenter, si je puis, M’’ Holstenius de cez astronomes, mais s’il est possible il fault arracher plus tost l’original du manuscrit que la coppie , à cause que sur la parole de M‘’ de Thoulouse je m’estois engaigé de l’offrir ainsin, et lorsque la coppie sera bien collationnée dans Paris par ceux mesmes qui s’en veulent servir, s’il y en a, ils debvront estre hors de regret.

Vous aurez un certain papier d’Imlie sur le roy de Suede à faulte d’aultre chose, qui est bien une chestive revanche de voz rares curiositez. Et pourrez voir encores des advisdu grand Gayre que je vous prie faire par aprez joindre à la lettre que j’escripts au bon P. Gilles de Losches’^ à Tours à qui je croys bien que M*" de la Fayette la fera tenir volontiers, luy estant grandement obligé du soing qu’il a daigné prendre de la precedente et de l’honneur de son souvenir que je vouldroys avoir mérité par mes services en son endroict.

L’on a faict icy des contes à dormir debout ^ d’un certain païsan de S‘ Pierre le Moustier^ qu’on a mené au Roy.

J’ay grande faulte de cire d’Espagne; vous m’obligerez de m’en envoyer un peu de provision et le plus tost sera le meilleur^.

* Ce religieux a déjà été mentionné dans le tome précédent.

* Littré ne cite , au sujet de cette locution , que deux auteurs du xvii' siècle, M""' de Sévigné et Molière, et qu’un auteur du xvin' siècle. Voltaire.

^ Saint-Pierre-le-Moutier est un chef-lieu de canton du département de la Nièvre, arrondissement de Nevers, à aS kilomètres de cette ville.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je vous remercie Irez liiimblemeut de la coutiuuatioii de voz bons oRices, et de la bonne part qu’il vous plaict me faire tant des plus cui-ieuses nouvelles que des ])ièces du temps les plus importantes, et qui viennent de meilleure main, encores que nous n’ayions aulcun digne moyen de revanche, et surtout du souvenir qu’il vous plaict avoir du manuscrit d’Aristarque, en quoy je jdains bien vostre peine, puis que ])our cela il vous fault acheminer sur les lieux et en faire la perquisition vous mesmes, dont je vous supplie de m’excuser. Et si une foys vous l’avez ])eu trouver, et un coppiste correct, je vous supplie de me le faire exjiedier et transcrire le plus tost que faire se pourra, et me l’envoyer incontinant par la poste. Je seray bien ayse de voir aussy la sentence concernant le bonhomme Galilée, que le P. Mercene a laissé eschapper de ses mains un peu trop facilement, si c’est de là que l’a tirée le sieur Renaudot pour en faire tant de bruict et de scandale contre l’intention mesme des autbeurs, qui l’avoient tenue si secrette durant tant de temps, jugeants, comme je pense, qu’il valloit mieux obtenir ])ar la douceur et par la longueur du temps une partie de leur intention que de porter les choses à l’extremité b et engager possible trop de gents à chercher des contradictions ouvertes, cappables de faire de plus grands progrez que devant, ainsin qu’il est advenu en tant d’aultres atfaires de plus grande consequance, qui n’eussent esté rien ou beaucoup moings, si on n’y eust procédé avec tant de vehemence. La liturgie traduicte de la version Arabe n’est pas chose dont je sois si affamé <pie je ne me puisse contenter de l’édition de Paris. Pour le manuscrit

‘ Patience et lonijueur de leinjis Font plus que force ni que rage.

(I.a Fontaine, fables, livre III, xi , Le Lion et le Hat.)

[163'i] AUX FRÈRES DUPUY.

des Astronomes de M. Holstenius, puis que M*" de Thoulouse est à Paris, il semble qu’il n’y debvroit plus avoir d’occasion de doubter de ses intentions, se pouvant mieux interpréter luy mesmes que tout aultre et ])ouvant parler cathegoriquement comme je le mis en chemin par la despesche que je lui en fis la semaine passée. Je suis bien plus en peine du manuscrit du Pentateuque des Samaritains du sieur Pietro délia Valle de Rome, qui estoit entre les mains du R. P. Morin de l’Oratoire b dont je vous avoys escript cy devant, jugeant bien que son absance depuis son employ à Rouen vous a empesché de vous en esclaircir. Mais M*’ le Jay, qui l’a faict mettre sur la presse, vous en pourroit bien esclaircir, s’il vouloit, et vous dire à tout le moings dans quel temps à peu prez il pense d’en pouvoir faire faire la restitution afin que nous puissions guérir l’esprit du dict sieur Pietro délia Valle qui tesmoigne d’en avoir quelque regret et qui se sert de ce pretexte pour ne pas communiquer d’aultres livres c|ue nous aurions desja tirez de ses mains sans cela, et dont le public se pourroit grandement prévaloir. Mon frere a rencontré icy tantost M*" le Sacristain^, à qui j’avoys faict escrire à Marseille que vous n’aviez poinct d’advis qu’il eusse receu vostre commission. 11 dict vous avoir escript amjDlement par le dernier ordinaire et qu’il m’envoyera une aultre lettre pour vous, et mon frere vous escrira aussy tant pour cela que pour les discours qu’il a eus avec le sieur Gras que je n’ay pas encores rencontré depuis la réception de vostre despesche de la semaine passée. 11 n’y a rien icy qui vaille, s’estant publié je ne sçay quelles querelles que M’’ le Mareschal avoit accordées, au préjudice de quoy^ il y a eu de nouvelles levées de bouclier b des infractions des gardes que M"" le Mareschal leur avoit baillés, et aultres choses qui avoient despieu à mon dict sieur le

* Sur le P. Morin , ainsi que sur son collaborateur à la polyglotte l’avocat Le Jay, voir diverses pages indiquées à la Table du présent tome.

* Le sieur de Valbelle, déjà plusieurs fois mentionné, était appelé sacristain parce

qu’il était pourvu du bénéfice connu sous le nom de Sacristie.

^ C’est-à-dire rrde l’accord r).

A propos de cette locution , Littré n’a cité qu’une phrase des Mémoires de Saint- Simon.

Marcsclial où M" de Morges du Daulpliiné estoit nieslé bien avant, et esloit venu d’aultres gentdslioinmes tant du Daulphiné que du conté Venaiscin, qui eussent bien peu se mettre de la partie si on ne les eust arrestez, et travaille ton bien fort à les accommoder, s’il sera possible, et y en a eu une aultre du- costé d’Arles, entre le sieur de Paris et les deux freres de Redortier, qui est encores plus difficile à accorder. Mais ce qui est advenu à Antibe est bien pire que tout cela. Une fille d’iionneste famille qui vivoit en damoyselle ayant esté prevenüe et quasi convaincue d’une suffocation de part, et comme elle estoit prisonnière et qu’on estoit bien avant en son procez et elle en estât d’estre condamnée à mort par les officiers de la ville, elle fut enlevée la nuict par une cinquantaine de soldats masquez, qui allèrent mettre le mouttoiU et enfoncer les portes des prisons, et embarquée sur une felouque et traduicte à Nice, nonobstant que les officiers eussent ordonné d’armer les quartiers de la ville pour faire main forte à la justice à cause que la nuict précédante on avoit voulu attenter le mesme enlesvement et que celuy qui commandoit la garnison en absance du gouverneur eust permis ledict armement des quartiers. A quoy y a eu tant de connivence que le parlement y a député un conseiller avec un de Messieurs les gents du Roy accompagnez du prevost des mareschaux avec touts ses archers pour aller informer et instruire tout le procez à touts ceux qu’il escherra. Ayant neantmoings rendu cet honneur à M^’ le Marescbal nonobstant toutes les mésintelligences passées et raffraisebies depuis peu, qu’on a voulu en conférer avec luy, et parce qu’il estoit à la Tour d’Ayguez^ on a dis])osé celuy de Messieurs les gents du Roy qui taict le voyage d’AuLibe, de l’aller voir à la Tour pour voir ce qu’il trouvera bon d’y contribuer de sa part de l’autborité de sa charge, comme le parlement taschera d’y contribuer de la sienne tout ce qui

' t. 'expression metlre le mouton n’est in- (licpu'e ni dans le Dictionnaire de Richelet, ni dans le Dictionnaire de Trévoux, ni même dans le Dictionnaire de Littrd. 11 s’agit là de la mise en mouvement d’un gros billot de

bois armé de fer destiné à enfoncer des pieux, des portes, etc.

^ La Tour-d’Aigues est une commune du département de Vaucluse, h 77 kilomètres d’Avignon. Voir 1. 1, p. 646, notes 3 et 4.

pourra en dépendre, la place estant frontière et munye de garnison, inesmes y ayant quelque soubçon contre quelqu’un des cap])itaines d’avoir esté complice de la suffocation de part; ses camarades y pouvant estre embarquez comme des babitans de la ville pour leur paranté avec la fille, il y avoit de la meslange d’interests et du subject d’y apporter plus de circonspection que l’ordinaire, telles places estant communément fort jalouses et clioyées particulièrement. On a par mesme moyen ordonné au procureur general du Roy des lettres réquisitoires aux officiers de Nice, pour faire rendre une personne tirée, s’il se peult dire, du supplice. Gomme je pensoys clorre la présente, on m’est venu advertir que M’’ le Mareschal vient d’arriver chez luy de retour de la Tour d’Ayguez, de sorte qu’il aura sauvé le voyage de M'' l’Advocat general , et par consequant donné moyen d’anticiper d’un jour le partement des commissaires de la cour, pour une procedure si pressante comme sont ordinairement celles là. Je suis toujours.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obeyssant serviteur,

A Aix, ce 6 febvrier i634.

Le gazettier a encores continué d’envoyer sa gazette du 28 L

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Conformement à ce qu’il vous a pieu m’ordonner par vostre despesche du 3“" de ce moys, je n’ay manqué d’escrire, puisque l’avez ainsin agréé, à l’Eminentissime cardinal Barberin pour vostre commande

Vol. 718, fol. 12.

(le S‘ Leons, et d’en faire l’addresse au R. P. Doni du Puy. Mais j’eiivoye la despesclie à du Lieu par le présent ordinaire à cause que les courriers d’Italie ont repeins la vieille routte de Piémont et de la Toscane, et que ces Messieurs d’Avignon n’ont pas encores bien résolu quel ordre ils restabliront pour leur commerce de Rome que j’aye sceu, n’estimant pas que vostre aflaire puisse recevoir aulcune difficulté, principalement si vous y avez faict adjouster des lettres du Roy ou de la Royne ou de touts les deux ensemble, comme il ne vous est pas malaisé, je m’asseure. Je n’ay encores peu rejoindre le sieur Gras, et ay creu qu’il le falloit laisser revenir de luy mesmes, et laisser tomber de sa haulteur comme l’on dictL espérant que le temps le fera plus sage. Dieu aydant, et qu’il vous sera tousjours bien aisé de le ranger à son debvoir. J’ay prins grand plaisir de voir le premier cahier de l’Aristarque et attendray en bonne dévotion la suitte, vous remerciant trez humblement de la peine et difficultez de cette recherche et du soing pour la transcription comme de ce qui concerne les aultres Astronomes de M'' de Tlioulouse, dont je vous seray bien redevable avec M‘‘ Holstenius, vous suppliant d’excuser l’incommodité que je vous y procure, puis qu’il vous plaict de le prendre en si bonne part, dont je vous seray infiniment redevable, ayant esté bien aise qu’ayez enfin recouvré cez libvres de mathématiques et qu’y ayez joinct celuy des poids et mesures de ce [)etit Rourbonnoys où je m’asseure (jue le meilleur sera ce (ju’il aura apprins de feu M'' Poullain'-^, lequel certainement y avoit acquis de Irez belles et bonnes notices, au prix de touts ceux qui s’en estoient nieslez devant Iny, et si ses mémoires ne se sont perdus, et ([ue pour de 1 argent il s en peult acquérir quelques reliques ou coppies, je n’y esjiargneroys rien tant pour y apprendre ce qui ne se trouve pas facilement ailleurs, je masseure, (|ue pour trouver cjuelque moyen de luy rendre une partie de 1 honneur qui estoit deub à ses labeurs, s’il estoit possible. 11 me semble (juon me dict que ses libvres s’estoient

Malfjrc ce comme Ion dict , je ne trouve la locution dans aucun de nos dictionnaires. — Voir sur ce géuû-al des monnaies le tome II, p. 22, note 2.

[1634] AUX FRÈRES DÜPUY.

vendus publiquement, et que M'' le President des nionnoyes avoit eu les papiers, ne doubtant pas que, s’il les a, il n’ayt subject d’en estre bien jaloux. Mais s’il m’en octroyoit quelque communication, possible y auroit encores quelque acquest^ de ma part, car j’ay bien descouvert des secrets en cette matière non communs, que je seroys obligé par mesme moyen de luy communiquer quelque jour en revanche. Du libvre du sieur Bié, il fauldra par force que j’en donne encore quelque aultre exemplaire oultre les deux que m’avez retenus auxquels je feray passer les monts aussy tost que je les auray. Et tonsjours m’en faudra t’il retenir un troisiesme pour moy, et pour le moings encor un quattriesme à envoyer plus loing, estant bien aise qu’il se soit mis en si bonnes mains que celles de Messieurs de Sainte Marthe tant pour cela fj[ue pour ses devises^. 11 me tarde que M‘' de Thon soit de retour chez luy et encores plus de le pouvoir servir quelque jour. Au reste vous verrez et luy pourrez communiquer la despesclie que vous aurez cy joincte et que j’ay receue de la part du sieur de Beaucastel et de ce Boule qui veult à toute force continüer sa traduction de l’bistoire de feu M" de Thou, dont je suis infiniment desplaisant. Mais cez gents là qui ne peuvent desmordre de leurs opinions particulières ou beretiques en faict de religion ne sont pas facilement cappables de desmordre en aulcun aultre, principalement quand ils y peuvent mesler quelque participation d’inlerest de religion, comme je m’asseure qu’il s’imagine pouvoir faire en cecy, de la façon qu’il en parle. Je faisoys dessein de luy escrire et l’exhorter à entreprendre d’escrire quelque chose du sien plustost que de s’amuser à traduire et de se mettre sur l’Histoire des guerres du Boy de Suede en Allemagne, mais puisqu’il est si amy de celuy qui a faict le Soldat

‘ Pour acquisition. Le mot a été souvent employé par Michel de Montaigne. Balzac, au siècle suivant, a parlé d’un légitime acquêt et Botirdaloue de ces riches qui entassent acquêts sur acquêts.

^ Jacques deBie pouvait-il avoir de meilleurs collabora leurs que les frères Scévole et ut.

Louis de Sainte-Marthe, historiographes de France, les savants auteurs de \' Histoire généalogique de la maison de France? 11 a été plusieurs fois question des deux célèbres frères dans notre recueil. Voir la Table du présent volume.

lUPniXEniE NATIONALE.

3/i LETTRES DE PEIRESC [IGSâ]

Suedoysi, \\ vouldra pas entreprendre sur sa tasche. Je luy vouloys dire aiissy de faire à rimitation de l’Histoire Romaine de Coiffetteaii^, un pareil volume de l’Histoire Grecque, tirée de ce qu’en a recuedli Ubbo Emmius ^ mais un peu moings succintement que luy pour exercer son style, en attendant que l’aultre version de M’’ de Tliou eust paru pour voir si on l’auroit tant cliastrée, comme il apprebendoit, auquel cas la sienne pourrait estre mieux receüe comme pour supplément de ce qui auroit manqué à l’aultre s’il se trouvait ainsin, ce que je n’estimoys pas. Mais je croys que touts ollices luy seront inutiles. Cependant vous verrez une petite relation ^ d’un vent dont nous avions bien ouy parler et dont il se peult colliger quelque chose de bon, ce semble, sur cette matière si espineuse et aussy incompréhensible qu’invisible ^ Je l’avois faict retenir un duplicata de la lettre que j’avoys escripte au dict sieur de Beaucastel tant sur une chose que sur l’autre que vous pourrez voir par mesme moyen, si bon vous semble, pour me dire si j’ay failly et qu’est ce que vous jugerez que je puisse faire de plus à la répliqué.

Il me souvient que M‘‘ Marcassus ayant entreprins une version française de l’Argenis*^, il ne fut jamais en mon pouvoir de l’en destourner, et plus j’y employay de moyens, plus il s’y opiniastra tousjours; ce sont des maladies d’esprit incurables.

‘ Le Soldai suédois , ou Histoire véritable de ce qui s’est passé depuis la venue du roi de Suède en Allemagne jusqu’à sa mort (Genève , Pierre Albert, i633, in-8°). L’ouvrage souvent réimprimé (deux fois en i634, deux fois en 1 642 ) a pour auteur le fameux théologien allemand Frédéric Spanheim, né à Amberg (Palatinat), le i" janvier 1600, mort à Lcyde le 3o avril 1649, père du savant numismate Ezéchiel Spanheim. Boulle avait pu faire la connaissance de son coreligionnaire en Dauphiné, à Embrun, où l’auteur du Soldat suédois fut, de 1621 à 1624, précepteur des enfants du gouverneur de la ville, le baron de Vitrolle.

* Sur Nicolas GoelTeteau et sur son his-

toire romaine, voir le tome I, p. 3o2.

^ Sur Ubbo Emmius voir divers passages des tomes I et II indiqués à la Table.

^ Par le ministre protestant Gabriel Boulle.

^ Cette relation, dont une copie est conservée à ringuimbertine dans la collection Peiresc (registre LUI), a été imprimée dix ans après la mort de l’illustre collectionneur : Histoire naturelle ou relation exacte du vent particulier de la ville de Nyons en Dauphiné dit le vent de Saint-Césaire d’Arles et vulgairement le Fondas (Orange, E. Baban, 1647, in-12 de iSq pages).

® Sur Pierre de Marcassus voir divers passages de notre tome I indiqués à la Table.

Vous avez grande raison de trouver estranges les vers de ce Boysrobert\ mais il semble pourtant qu’il n’y ayt rien d’incompatible à l’extravagance de son humeur, qui paroit assez en plusieurs aultres de ses oeuvres^. Le petit tombeau du conte de Dunoys^ est bien plus gentil que l’aultre plus grand L Je m’estonne du bruict que vous dictes avoir couru de pardela de mezintelligence entre M»'’ le Mareschal de Vitry et M‘' nostre Arcbevesque, car ils ne furent jamais mieux, et de faict vous diriez qu’ils s’en tresuy vent quasi partout, AL le Mareschal luy ayant procuré (sic) la jouysçance de ses appoinctements du conseil d’estat. Il est bien vray que l’année passée il y avoit eu quelque froideur entr’ eux et quelqu’ aigreur mesmes et qui avoit assez esclatté, mais cela fut composé quelque temps aprez. Nous pensions que toutes les contentions d’entre le Parlement et mon dict sieur le Gouverneur deussent estre terminées par le dernier arrest du conseil que nous avons receu depuis peu. Mais l’affaire d’Antibe a faict naistre une nouvelle occasion de garburge ^ sur ce qu’il pretendoit que le parlement ne peusse pas ordonner au prevost des mareschaulx d’aller faire main forte aux mandements de justice et accompagner le conseiller et commissaire qu’il y a commis et envoyé sur les lieux. Et eusse voulu que la cour le luy eusse demandé, ce qu’elle n’a pas trouvé raisonable comme ne de-

’ L’abbé de Boisrobert a déjà figuré plusieurs fois dans notre recueil.

^ Les vers dont se moquent à la fois Peiresc et Dupuy doivent être ceux que Boisrobert inséra dans le volume dont il fut l’éditeur : Le Parnasse royal, où les immortelles actions de Louis XIII sont publiées par les plus célèbres esprits de ce tems (Paris, Séb. Cramoisy, i634, deux parties en un volume in-à”).

® C’était le second fils de Henri d’Orléans , duc de Longueville et d’Estouteville , et de Louise de Bourbon. Né le 1 6 janvier i63à, il mourut aussitôt après sa naissance.

* Divers poètes célébrèrent l’événement.

Je soupçonne Chapelain de n’avoir pas laissé échapper cette occasion de se rappeler au souvenir du duc de Longueville, qui allait être pour lui un si généreux et si persévérant protecteur.

® Littré signale la forme garburge dans les Contes de Cbolières et la forme grabouil dans la Satire Ménippée. La Curne de Sainte- Palaye a noté l’existence de grabouil dans Rabelais et dans Brantôme. Littré trouve ^-abuge chez un des contemporains de Peiresc , Guy Patin, dont les premières lettres sont de l’année i63o (il était né en 1602). Mais peut-êti’e a-t-on mal reproduit dans les textes imprimés la leçon des autographes.

LETTRES DE PEIRESC [lOS/j]

vaut pas recherclier de pareatis de luy pour cela, y ayant cVaultres précédants reglements avec M" de Guise qui fut constraint d’accorder que l’un des prevosts se tint à Aix pour executer les mandements de la cour. Mais je ne sçay quel malheur est le nostre qu’on ne le sçauroit jamais vaincre dez qu’il a prins une impression qu’on touche ses interesfs, quelque esloignement qu’il y puisse avoir, dont nous sommes grandement desplaisants. Les commissaires de la cour l’estoient allez voir par deux foys avant leur partement pour Antibe, pour luy donner advis du subject de leur voyage, et recevoir ses commandements, mais il n’a pascreu qu’on eustsatisfaictau debvoir, si on ne le requeroit nommément de bailler le prevost, quoy qu’on l’eust semons de contribuer ce qui seroit de l’autorité de sa charge, et de faict il envoya les troys prevosts hors de la ville, le mesnie jour que les commissaires dévoient partir, aprez avoir faict le jour précédant des ordonnances portant défiances aux dicts Prevosts de sortir de la ville sans son mandement. Je vous escris cecy à vous confidamment, vous suppliant de ne le pas faire voir à d’aultres qu’à de Thou, s’il vous plaict. Monsieur, et de me tenir tousjours,

Alonsieur, pour

vostre Irez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i3 febvrier i63/i.

Je ne sçauroys à mon grand regret escrire à M‘’ Godeh-oy ne à M*" de \ alloys, me trouvant trop surcliargé pour le coup, vous recommandant instamment la lettre de M'' Robin de mon frereb celle d’un fondeur au Mans, et celle que j’escripls au R. P. Gilles de Loches à Tours soubs l’enveloppe de M‘- de la Fayette, lequel, s’il se trouvoit absent, vous me ferez, s’il vous plaict, la faveur d’y trouver quelque seure adresse et ordre j)our luy fournir deux ou troys pistoles si besoiug estoit.

(j’est-à-dire la lelti’C de mon frère pour M. llobin.

M*’ Diodati m’a escript qu’il a mis soubs la presse et desja bien advancé le glossaire des noms propres de l’bistoire de feu M" de Thon b et qu’il m’en envoyera un exemplaire en bref. Gela aydera bien à embarquer le traducteur^.

Le gazetier m’a envoyé sa gazette, mais non la traduction du moys^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PIJY

Avec vostre despescbe du i o“*^ j’eus le restant des cahiers de l’Aristarque dont je vous rends mille trez humbles grâces, ensemble de tout ce qui y estoit joinct de reste, et d’un fagot que les sieurs Moreaulx m’ont rendu en mesme temps, dont vous aurez le rolle cy joinct, où j’ay bien trouvé des curiositez désirées, entr’ aultres cez belles éditions de panégyriques de Heinsius'^, et aultres mesmes de ces poemes de Barlæus dont je ne trouve pas pourlant que le charactere, quoy que bien grand, reuscisse aussy bien que l’italique, lequel y semble plus propre et plus convenable. J’avoys grandement désiré le livre de Schikard de Regio jure Hebræorum, tout ce qui

* Ce Glossaire n’est pas cité par les bibliographes. Je n’ajoute point par les biographes, car jusqu’à ce jour Élie Diodati a été oublié dans tous nos recueils de biographie , lesquels au contraire ont tous ouvert leurs colonnes à son homonyme, compatriote et parent, le pasteur Jean Diodati.

^ Ce sens métaphorique du mot embarquer a-t-il été signalé par les lexicographes?

* Vol. 718, fol. i3. Voir, à Y Appendice^ une lettre de Jacques Dupuy, du 17 février i634.

* De nouveaux exemplaires destinés.

comme toujours, par Peiresc à ses amis, de l’ouvrage déjà mentionné ici plusieurs fois: Danielis Ileinsü Panegyricus , Gustave magno. . . consecratus (Leyde, i632, in-fol.).

® Quelque réimpression du recueil publié à Leyde en 1 63 1 , pet. in-i 2 ( Gasparis Barlcei Poematum . . . ). M. A. Willems nous apprend [Les Ehevier, p. 88) qu’il y a diverses réimpressions beaucoup plus complètes que l’édition de 1 63 1 (elle-même fort augmentée), et il ajoute qu’on recherche surtout la réimpression d’Amsterdam (16/45, 2 vol. pet. in- 12).

])art de cet homme là estant fort à mon goustL Je fus ravy de voir que noz libraires de Paris eussent eu le courage d’entreprendre l’édition de ce dictionnaire Arménien, puisqu’ils n’ont osé refaire l’epistre de S‘ Clémente J’ay faict apprester un exemplaire des exercitationes Rihliques du P. Morin ^ pour leur faire passer les monts conjoinctement avec le Pseudo Isidorus qu’on me demandoit de ce costé là, et que le sieur Godefroy rn’a envoyé de Geneve. Gez petits opuscules du bon P, Mercene seront bien curieux à mon advis. J’y ay retrouvé vostre Consilium Regium Scbioppii avec le Stemma Austriacum dont je vous doibs de bien particuliers rernerciments et services en revanche de tant de bienfaicts beaucoup plus que je n’espere en trouver de moyens et occasions assez dignes, qu’il fauldra suppléer de bon coeur comme nous pourrons. Si celuy pour qui M*’ de Tboulouse vouîoit retenir une coppie de son volume d’Astronomes ne prend le soing de faire curieusement desseigner les figures de mathématique y contenues, et revoir si exactement la coppie qu’il s’en puisse contenter, je crains bien que nous ne retombions en quelque nouvel inconvénient pour cela en ce traicté. C’est pourquoy il seroit bien à desirer qu’il nommast la persone pour en pouvoir convenir avec elle. Quant à la version de l’Histoire de M*" de Thon , vous avez fort bien deviné cjue malaisément pourra t’ on divertir celuy (jui l’entreprend, ayant le secours qu’il a rencontré comme vous le pourrez encores mieux juger par la despescbe que vous aurez depuis receüe. Et pense que tout ce que l’on pensera faire pour l’en destourner sera pour faire un efl’ect tout contraire, et l’y faire roidir plus lortement puisqu’il y rnesle en quelque façon les interests non seulement de 1 honneur, mais de la consciance, qui ont produict en ce siecle

‘ Peiresc a souvent rendu justice au mérite (le 1 érndit de Tuhingue. Voir ces divers témoignages llatteurs dans les pages indi- (| liées à la Table.

^ C’est-à-dire réimprimer l’épître de Saint-Clément cjui venait d'élre publiée en Angleterre, comme nous l’avons vu dans le tome précédent.

^ Exercitationes hiblicœ (Paris, A. Vitray, iG33, in-4°). Cet ouvrage avait été précédé des Exercitationum ecclesiasticarum libri duo (Paris, 1626, in-A"), et des Exercitationes ecclesiasticœ in utrumque Sarnaritanorum Pentateuchiim , etc. (Paris, i63i, \n-k°).

tant de semblables elFects contraires à tout ce qu’on y a voulu opposer, et à toutes apparances de raison. J’en attendray encores vostre responce avant que d’y agir plus formellement. Cependant je me resjouys bien de l’heureux retour de Monsieur de Thou chez luy et ne pense pas qu’il fusse juste de le vouloir obliger aux compliments de supererogation que vous dictes dans la foulle des affaires qu’il aura trouvées accumulées durant son absance. II me suffit d’apprendre le bon estât de sa santé. Je pense que mon frere luy escrira, s’il peult, de Marseille où il est encore, ou, pour le moings, à vous. Monsieur, et qu’il sçaura de M" le sacristain de Valbelle ce qu’il aura faict. Nous n’avons pas veu cez libvres du sieur du Bellay, mentionnez en l’arrest du conseil, et fauldra bien les joindre à l’assortiment des precedents s’ils ne se vendent trop cher soubs pretexte des deffances.

Et puis que nous voicy retombez sur les livres, on me demande du Levant un libvre du Mannege du Roy que je n’ay pas veu, et que je vous prie m’envoyer par la première commodité, s’il vous plaictb Ayant de bonnes espérances de revanche de ce costé là pour des manuscrits, si Dieu veult favoriser les desseins de ceux cjui s’en meslent, mais je n’ose plus me venter de rien que je ne le tienne. J’ay à faire une grande despesche tant à M’’ de Saulmaise en luy envoyant les troys volumes Gophtes que j’ay enfin retirez pour cet effect de M'' Petit, comme au P. Morin ou à M"" le Jay pour le Pentateuque du sieur Pietro délia Valle, mais le temps seroit trop court à cette heure pour l’envoyer par ce courrier; il la fauldra différer au prochain. Dieu aydant, aussy bien que celle de M"" Godefroy (à c[ui j’ay à envoyer le lict de justice de Tlioulouse qu’il m’avoit demandé) et celle de M*' de Valloys à qui j’envoyeray les remerciements que le pauvre Eliingerus me faict en vers des trente et tant de taleres que M‘‘ Godefroy luy avoit envoyez

^ 11 s'agit là du Maneige royal, où l’on peut remarquer le défaut et la perfection du chevalier en tous les exercices de cet art. . . fait et pratiqué en l’instruction du roy, par An-

thoine Pluvinel , son écuyer principal , etc. La i" édition est de Paris, 1628, in-fol. Voir sur les autres éditions de ce livre célèbre le Manuel du libraire (t. IV, col. 748-750).

/lO LETTRES DE PEIRESC [1634]

(le ma part, dopt le style liiy fera bien voir la nécessité de ce pauvre homme. J’ay eu depuis troys ou quattre jours une persécution de visites inutiles qui m’ont desrobé tout le temps que j’avoys destiné à la satisfaction de cez Messieurs à mon grand regret, dont je vous supplie de leur faire mes excuses. Cependant je viens d’avoir advis de Rome de la part du sieur evesque de Vaison Suarez qu’enfin le cardinal Barberin veult employer M'’ de Fontenay Bouchard, puis qu’il ne l’a peu loger chez le cardinal Antoine, son frere, dont j’ay esté bien aise, et me tardera d’en apprendre l’efîect, pour en donner advis à M*" Hullonh envers lequel je suis demeuré en de grands arrerages bien mal excusables si vous ne m’y secourez de vostre ayde et intercession que j’implore trez humblement. Enfin nous receusmes par le dernier ordinaire la despescbe du Roy, pour la déclaration de S. M. sur le retour de Monseigneur son frere, qui fut hier publiée à l’audiance toutes les cliambres assemblées en robes rouges, par exprez mandement de Sadicte Majesté , où adsisterent les Prélats, comtes et ofiiciers du Senescbal et de rilostel de ville qui se trouvèrent lors icy pour n’y rien obmettre des solennitez ordonnées. Et n’y manquoit que la persone de le Couverneur. Mais possible en fut-il destourné par cez petites mezintelligences d’entre le Parlement et luy qui sont norryes et fomentées par certaines gents qui ne sont pas à mon advis encores assez bien cogneus de luy. 11 a faict reimprimer l’arrest du conseil portant reglement des (onctions de sa charge et de celles du Parlement sur les dernieres contentions, où je crains bien que l’affaire d’Antibe n’en fasse adjouster d’aultres, car ensuitte de ce qu’il n’y laissa pas aller le prevost ne ses lieutenants ou archers, avec les commissaires de la cour, les cappitaines de la garnison refuseront aux dits commissaires le roolle de leurs soldats pour y recognoistre les coulpables, ayants demandé temps pour en advertir Ms*’ le Gouverneur, lequel a changé les compaignies qui y souloient estre, pour y en subroger d’aultres du mesme régiment de Vaillac, ayant logé celles là dans les isles d’Yeres, qui sont bien esloignées

’ On sait que Hullon (itait le demi-frère de Jacques Bouchard, dit de Fontenay.

du commerce ordinaire quoy que plus proches qu’Aiitibe. On nous parle d’un voyage du Roy en Bourgogne ^ et d’une charge de mareschal à M'' de Grammont^, et aultres choses que nous ne tenons pas bien asseurées quand vous n’en dictes mot, le gazetier ayant manqué à ce coup de satisfaire à sa parole, et sur ce je finis, demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 1 febvrier i634\

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Tant de choses avoient conjuré à ce coup de m’empescher de pouvoir vacquer à ma despes'che de Paris, que j’ay failly de me trouver constraint de commettre cette incivilité, lorsque j’y estoys le plus estroitement obligé, par la réception de cet extraict tout de vostre main de la harangue de M'' le Chancelier au Parlement, et que vous n’eussiez pas prins la peine d’escrire, je m’asseure, si ce n’eust esté pour le nous faire voir. En quoy vous nous avez certainement fort obligé, attendu le peu d’esperance que nous avions d’en rien voir de long temps, et le plaisir • que nous avons receu en la participation de ce peu de bons morceaux d’un repas si délicat que deubt estre celuy là à touts les auditeurs, dont je vous rends mille trez humbles grâces, en attendant de vous renvoyer vostre extraict si tost que mon frere de Vallavez l’aura veu.

‘ Le voyage dont il est ici question ne se fit pas.

* Antoine, comte, puis duc de Gramont, né en i6o4, mort en 1678, n’obtint le bâton de maréchal de France qu’en 1 64 1 , après la

prise de Bapaume, à laquelle il contribua beaucoup.

^ Vol. 718, fol. 16. Voir, à V Appendice, une lettre de Jacques Dupuy, du 2 4 février i634.

lUPftlMEIttE MATIOKAIC.

lequel est à Boysgency à faire planter des arbres. J'envoyayvostre lettre à Marseille à M' le Sacristain par le courrier mesmes par qui j avoys receu vostre pacqiiet. Et n’ay e.icores peu revoir le sieur Gras pour le sommer de son debvoir. Mais puisqu’il est si mescognoissant de la grâce et du bonheur qu’il pouvoit acquérir en vostre bienveillance, il le fauldra traicter selon son desmerite. Et puis que vous avez eu es lettres de ces cardinaux ^ faire vivement poursuyvre vostre commande, laquelle vous obtiendrez indubitablement, et lors vous verrez bien venir le monde à jubé, estimant que l’esperance que vous avez laissé concevoir de traicter de cette piece en cas que trouviez de la difficulté en la dicte commande (quoy qu’elle ne puisse escheoir en vosti e persone) est la seule cause de toutes les failles^ et retardements que vous rencontrez au progrez des exploicts, et des informations que vous attendez pour cette affaire, quoy qu’on puisse dire ou prétexter, si je ne me trompe. Ce que le temps fera mieux paroistre, piincipalement si au lieu de dire que vous n’y songez plus, vous faictes cognoistre au contraire que vous en faictes le capital que mente la piece.

Au reste je vous remercie trez humblement de la liturgie des Kophtes (jue j’ay veüe trez volontiers, et que les libraires de Paris dévoient bien avoir contrefaitte avec la rubrique comme ceux d’Auspourg s’ils eussent eu aulcun sentiment et jalousie de leur honneur, car cela y siet merveilleusement bien tout de mesme que dans les vieux manuscrits dont il me fault envoyer troys volumes à M" de Saulmaise, mais je n’ay sceu me mettre à luy escrire à mon grand regret. J’envoyeray par mesme moyen ceux du P. Mercene. Mais je trouve bien estrange que le P. Morin ne vous ayt pas faict présenter un exemplaire de ses exer-

‘ Les cardinaux Bagni et de la Valette. Voir, à ['Appendice du présent volume, la lettre de Doni Christophe Dupuy, en date du février i634.

’ Manque, défaut. C’est un mot de l’ancien français que nous avons .gardé seulement comme terme de géologie (l’endroit où

la roche faut, manque). On lit dans le Dictionnaire de Trévoux : rf vieux mot qui s’est dit autrefois pour faute, manquement. Sans faille, c’est-à-dire sans faute, Voiries citations réunies sous le mot faille dans le Glossaire de La Curne de Sainte-Palaye.

citatioiiesU Et puisqu’il ne le faisoit, son libraire^ le debvoit bien faire à tout le moings puis que vous y aviez tant contribué. 11 semble que la discourtoisie et la mescognoisçance passe mesbuy tellement en coustume , qu’elle se rende aussy necessaire que l’on tenoit aultres foys la gratitude parmy le monde, tant il est empiré, et tant le nombre des gents d’honneur est diminué à mesure que celuy des mescognoissants va augmentant. Quant au sieur Renaudot, je ne sçay plus comment le prendre, ne comment vous en parler, ce dernier ordinaire m’ayant aussy peu apporté de gazette de sa part que le précédant, de sorte que je ne pense pas qu’il aye jamais passé un moys ou deux qu’il n’ayt interrompu le cours de la communication de ses advis de troys ou quattre semaines entre deux, n’estimant pas que la chose mérité la peine de la demander si souvent. C’est pourquoy il vauldra mieux luy faire payer le passé et le laisser là sans y plus songer. Aussy bien ses advis se rendent tous les jours plus viles et plus mesprisables, en sorte qu’il se trouve peu de gents qui veuillent prendre seulement la peine de les lisre.

Ce sera une grande ouverture que celle de l’evesché de Spire ^ si l’effect s’en peult ensuyvre, et croys qu’elle fera penser sans doubte à l’Electorat, et possible à d’aultres plus grands et plus vastes desseins. Nous n’avons rien icy de nouveau que la neige qui commaiice à tomber présentement et les ko heures des PP. Jesuittes auxquelles M^’’ le Mareschal n’adsistera pas, car il est allé à la Tour d’Ayguez dez dimanche aprez que Madame la Marescballe eut donné à disner à touts les pauvres de l’Hostel Dieu fort exemplairement, comme elle faict au commancement de chascun moys. Et je demeure.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 28 febvrier i634.

* Jacques Dupuy s’était plaint discrètement de ce mauvais procédé dans sa lettre à Peiresc, du 17 février i634, que l’on trouvera dans X Appendice du présent volume.

^ Nous avons vu que c’était Antoine Vitré.

^ Au sujet de l’évêché de Spire, du cardinal de Richelieu et de l’Électeur de Trêves , voir la lettre précédemment citée de Jacques Dupuy à Peiresc, du 17 février i634 {Appendice).

‘ Je m’estonne que vous ne m’accusiez pas la réception de vostre exemplaire du Jardinage du P. Ferrarius de Romei, que Sainpere, le secrétaire de M’’ le présidant Seguiran, vous a porté depuis si longtemps, et voulois escrire à M’’ Gaillard exprez, pour le faire cherchei et solliciter de vous rendre le dict livre. Mais je crains de ne le pouvoir pas faire de ce coup et M" Gaillard ne s’en acquittera pas moings volontiers au moindre mot que vous luy en direz a la première veüe, ne pouvant escrire à persone aultre à ce coup qu a M"" Luillier pour accompagnei le cahier de M"" Gassend^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Encores qu’à ce coup cy vous ayez deux miennes despesches elles ne satisferont pourtant guieres bien à ce que je debvroys en response des vostres tant du 17 que 2/1 du passé, à cause de la presse où je me suis tousjours trouvé, et où je suis encores à présent à mon grand regret, laquelle, joincte à la desbauche de mes gents au caresme prenant, fit demeurer ma despesebe de la semaine passée en arrière, et à cette heure m’a reduict quasi au dernier moment du passage de l’ordinaire qu’on attend de Marseille. De sorte que de nécessité il me fault remettre à une aultre foys de vous entretenir concernant la traduction de l’histoire de M*' de Tbou où je suivray punctuellement voz ordres, et sans que vous soyez alléguez en façon du monde; si vous voulez que l’exemplaire appostillé et corrigé selon les intentions de l’autheur passe par mes mains, je fairay transcrire les apostilles sur le mien, et vous renvoyeray le vostre sans qu’il j>aroisse, et puis en communiqueray à ce traducteur ce que vous trouverez bon et rien plus, et feray tout ce

‘ De Florum euhura hbri IV (Rome, i633, in-4°), par le jésuite Jean-Baptiste Ferrari. — ^ Vol. 718, fol. 18.

qui me sera possible pour le ranger à delTerer à tout ce qui sera des intentions de M‘‘ de Tbou et de vous aultres, Messieurs, plustost Iny envoyeray un de noz chevaulx pour l’inviter à nous venir voir afin d’en traicter avec luy de vive voix et y feray agir le gouverneur d’Orange qui est son patron et de mes intimes amys, pour le disposer à tout ce qui sera du debvoir.

J’ay admiré la pédanterie de ce pauvre D. H. ^ mais si je ne vous r’envoye la lettre qui en parle pour ne l’avoir peu lisre que trop en courant, vous l’aurez par le prochain, et j’espere qu’entre cy et là je pourray escrire à M*" Saulmaise et au P. Morin, ensemble à M*" le Jay pour le Pentateuque. Cependant vous pourrez voir les despescbes que je fis hier pour M'‘ Rigault et pour M*" Godefroy, ensemble pour M*" nostre Premier Présidant ^ qui m’a escript en responce de celle que je luy avois faicte pour accompagner le livret de M'' Fabrot^, en termes qui semblent présupposer que quelqu’un m’aye preste quelque charité auprez de luy, comme si je m’ingeroys de juger de ce qui se passe, et de me vouloir trop enquérir. S’il est encor à Paris, vous m’obligeriez bien de luy vouloir rendre cette lettre en main propre, s’il ne vous estoit trop incommode, afin de voir si vous pourriez rien descouvrir de ses mouvements et des impressions qu’on luy pourroit avoir données de rnoy. Nous sommes en un païs si plein d’envies, et où nous sommes si exposez à la calomnie, qu’il n’est quasi pas croyable, et où les moindres ombrages sont bien souvent interprétez à realitez conformes au soubçon , quelque incompatibilité qu’il y ayt au fonds, laquelle on a de la peine à convaincre par aprez, si on n’y reniedie de bonne heure. L’accez que mon frere a trouvé chez M*" le Mareschal quelque foys, dans la rencontre de noz contentions avec le parlement, a donné prise à ceux qui m’ont voulu possible rendre suspect de ce costé là, ce qui m’a faict aller en-

' Daniel Heinsius.

^ Laisné de la Margiierie.

’ C’était la thèse [lîccilatio solemnis pro cathedra vacante, etc.) que soutint Annibal Fabrot en iGSS comme candidat à la chaire de droit canon vacante à l’université d’Aix

par le décès du conseiller Saint-Marc. On la retrouve paimi les exercitationes du savant professeur, sous le n° \I1 [Car. Annib. Fabroti exercitationes XII, etc., Paris, 1689, in-A”).

cores plus retenu et réservé que je n’eusse possible faict et ma faict tousjours parler fort sobrement de toutes les choses qui estoient en contention, et encores plus des persones principales qui y pouvoient agir de part et d’aultre. Et l’importance est que mon frere n’a pas grande voix en chappitre, quoy que se soient imaginez prou de gents, qui y eussent bien voulu avoir aultant d’accez que luy. Tant est que je vay tousjours si rondement en besoigne, que je suis bien asseuré de mon baston ^ et que tost ou tard il fault que ma sincérité paroisse tant d’une part que d’aultre. Mais j’auroys du regret qu’à faulte d’y avoir soigné, aulcun eust eu du subject déjuger sinistrement d’aulcunes miennes actions. C’est pourquoy j’ay recours à vostre charitable entremise pour celle là, d’aultant que vous y pouvez plus que tout aultre^, et que vous recognoistrez assez facilement si mon appréhension est vaine ou reelle, vous suppliant d’excuser la liberté que j’en prends.

Au reste vous nous avez apprins de merveilleuses nouvelles et révolutions par voz derniers advis, de noz frontières germaniques. Les mariages précipitez n’ont pas esté heureux en ce siecle, quelque justice qu’on y ayt peu prétendre, tesinoing celuy de la princesse de Mantoüe. Et fault dire que l’iieur est merveilleusement grand, tant pour le Roy que pour ses principaulx ministres, que l’obstacle cju’on pou voit ren-contrer en ce chappeau ayt esté levé par ceulx mesmes qui s’en pouvoient targuer contre nous, et qu on ayt fourny de si précieux prétextes de s assurer de la personne de tant de gents qui pouvoient nous apprester de la besoigne, estants en pleine liberté. Mon frere est toujours à Boysgency ou je vouldroys bien avoir changé de place avec luy, estant de tout mon coeur.

Monsieur,

Du 8 mars.

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

Celte locution n’a pas dlé recueillie dans le Dictionnaire de Littré et dans les dictionnaires

antérieurs. - ^ Les frères Dupuy étaient très liés avec le premier président Laisné de la •Marguene.

hl

Je viens d’apprendre que le petit marquis de Victry est bien malade soit de la piquette ou aultre maladie non commune, et qu’on a envoyé quelqu’un de la part de Monseigneur le Mareschal pour faire prier Dieu pour sa santé dans les maisons plus religieuses, espérant que la jeunesse le tirera de tout le mal qu’il peult avoir avec l’ayde de Dieu ; il est aux champs à la Tour d’Aygues où il est fort dangereux de prendre du mal pour peu de soleil qu’on praigne en ce temps icy. Et semble qu’on charge son esprit d’un peu Irop de travail et d’estude, tesmoing la grande harangue qu’on luy fit dernièrement prononcer U Sa maladie est universellement plainte d’un chascun, parce que le jeune seigneur se faict grandement aymer de touts ceux cjui le voyent.

La ville de Manosque (dont est le hault seigneur un des chefs de la religion de Malte sous le tiltre de baillif), ayant presté l’oreille à quelques propositions d’y establir un présidial, fit deliberation à l’hostel de ville portant offre de 700 escus pour les gaiges des officiers, dont le baillif ne manqua pas de faire plainte, à la suitte de celle de ses officiers bannerets, sur laquelle la cour fit arrest portant injonction au greffier de l’hostel de ville de venir apporter l’extraict de cette deliberation, et au premier consul de la dicte ville de venir informer la cour, de sa bouche, de tout ce qui s’y estoit passé, sur quoy Monseigneur le Mareschal s’estant imaginé que cette assemblée regardoit ou dependoit de son authorité, a faict intimer auxdicts greffier et consul une sienne ordonnance portant non seulement descliarge des dictes assignations ja données, mais des termes si oultrageux pour le corps de la cour, que je ne voysplus d’apparance de rien accommoder ne d’esperer jamais de vivre en paix par ensemble. Car voulant en la narrative de son ordonnance rendre raison de son faict, il dict qu’[attendu que les adjournements faicts de l’autliorité de la cour à cez deux personnes, n’ont esté faicts qu’en haisne de ce qu’ils sont bons serviteurs du Roy] etc., et il suspend l’execution de cet arrest etc., dont il a fallu envoyer des extraicts au Roy avec nouvelles remonstrances de la dicte cour.

‘ La harangue dont il a été question dans le tome précédent.

qui ne ])eult plus dissimuler les occasions de plaintes qu elle en reçoit tous les jours; ce qui est de trez pernicieuse consequance et de grand préjudice au service du Roy, et à ce qui seroit des advantages et interests particuliers de ce seigneur qui a tant de peine à souffrir qu’aulcun de ses serviteurs luy remonstre ce qui peult escheoir en telles occurrances, que persone ne l’ose plus abborder. Et enfin il constraindra tout le monde de s’en esloignerb

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Voslre despesche du 2““^ est venue comme de coustume accompagnée de mille belles curiositez dont je vous rends aussy mille trez humbles grâces. Et spécialement de la lettre de M’’ Valeran que j’ay leüe avec plaisir, car il s’arraisonne fort judicieusement à mon gré. J’approuve grandement l’advis qu’il vous allégué de faire passer vostre affaire par voye secrette que j’ay souvent esprouvée la plus certaine et plus facile moyennant quelque doulceur aux plus familiers de Sa Sainteté, et y ay obtenu sans paroistre des choses refusées au cardinal Barberin mesmes, et dont il mavoit .escript des lettres d’excuses et de pardons. Et touleloys une demy douzaine de pistoles me les fesoit signer, et emporter de baulte lutte a la barbe de touts cez renfroignez officiers, qui en estoient par aprez bien penauts. Suyvez, je vous prie, cette voye, et laschez seulement de la bien enfourner, car cez domestiques familieis lont signer chascun leur supplique dans le concours ou aprez les aullies de la grosse liasse sans quon y regarde de si prez, comme faisoieiit aulties loys les domestiques des Gardes des Seaux sceller cliascun quelque petite lettre en parchemin.

' Vol. 7 1 8, fol. 1 g.

[1G34] AUX FRÈRES DUPUY. /j9

Mais pour ce qui est du Syncellus, vous me permellrez bien, dans ma petite franchisé, de persister en mon premier advis, tout contraire soubs correction à celuy de M"" Valeran, non que je veuille blasmer le sien , mais parce que je vous tiens si naturellement courtoys et mal compatible à cette rudesse, que je ne pense pas que vous poussiez faire ce reffus de sang froict, sans faire une grande violance à vostre humeur, comme cela seroit fort mal compatible à la mienne certainement si les grâces réciproquement pretendües estoient de pareille nature, encores que la differance des conditions y fust si grande, et qu’il s’agisse de quelque communication de libvres de part et d’aultre; si l’on m’avoit manqué de ce costé là, j’auroys de la peine à relascher du mien, pour le moings une seconde foys, car encores penseroys je eslre obligé de commancer. Mais s’agissant d’une matière si différante, et qui passe par de si différantes mains, je ne sçauroys consentir à cette petite discourtoisie, quand il y debvroit aller de chose qui me fusse chere au centuple de tout ce dont il s’agist. Vous estes si prudant que vous considérerez, je m’asseure, toutes choses, et vous laisrez vaincre à la supplication de voz amys et serviteurs, et si me ci-oyez, m’en endosserez une partie sur moy, qui pourray plus librement me plaindre de ce qu’on vous refuse que vous mesmes, en satisfaisant neantmoings à 'ce qu’on desire de vostre part, voire je fairay payer fort volontiers les fraiz du coppiste pour ne pas aller chercher des domestiques du Nonce, I pour ce remboursement; vous y adviserez, et puis je suyvray punctuellement voz ordres. ‘ ' V'

Les lettres de M’’ de Thou ont esté envoyées à Marseille en temps de, luy pouvoir respondre, s’il y escheoit ; je luy r’escripts aussy par mesme moyen, mais je ne sçauroys encores escrire à cez aultres Messieurs à mon grand regret, tant nous avons encor eu de l’exercice, à la suitte de ce passage, dont je vous supplie m’ayder à obtenir mon excuse eti spécialement de M*" Moreau à qui j’ay bien de l’obligation des exemplaires de cet opuscule de Cardan h J’ay esté bien aise de voir l’esperance

‘ Il s’agit là , comme nous l’apprend une i63ù) du De utilitate ex adversis capienda

lettre de Guy-Patin h Belin (27 octobre libri quatuor, ouvrage que Jérôme Cardan

lu. 7

IMpniMCnie IfATIOKALE.

que vous aviez d’avoir bien tost M*' Godefroy avec de si bonnes despouiHes et me tardera d’apprendre qu’il aye tant cave \ qu’il aye retrouvé ce mariage de nostre bon roy René avec l’heritiere du Barroys et de la Lorraine ^ dont l’union y estoit si expressément stipulée, et la substitution en faveur de la France, quoy que je ne doubte pas que l’on n’aye faict touts efforts pour le faire perdre, mais je m’imagine qu’il en soit demeuré quelque petite minute ou plumetif, en quelque coing.

Je me resjouys de voir l’esprit de M'' Rigault en repos, et hors de cez allarmes de factions monachales, qui ne trouvent rien de trop chauld. Je verray volontiers cette Apologie d’Apulée^ du gentilhomme angloys^ avec ses tailles doulces du cabinet du comte d’Arondel®, et s’il se |)Ouvoit avoir par la poste quelque espreuve des dictes tailles doulces, nous ne nous mettrions gueres en peine du deffault d’explication, s’il y a rien de nostre cognoisçance. Je vouldroys bien qu’il vous peusse laire venir ces livres d’Angleterre. Nous attendrons en bonne dévotion cette histoire de Rheims du bon homme Berger*' et cette relation de

avait ëcrit pour se consoler de la mort de son fils aînd (l’epître dédicatoire est du 1 7 novembre i56o). Le livre, qui parut à Bâle en i56i (in-8°), a été plusieurs fois réimprimé avant d’être inséré dans le tome II de 1 édition des OEuvres complètes donnée par Gbai-les Spon {Opéra otnnia, Lyon, i663, 10 vol. in-fol.).

' Nous avons déjà vu que caver voulait dire creuser, fouiller.

I* Peiresc avait déjà réclamé plusieurs fois ce document.

’ V Apologie d’ Apulée , annoncée d’avance par Dupuy à Peiresc , parut à Paris en 1 635 , \n-U\ Voir ce cpi’en dit Golomiez {Bibliothèque choisie, Amsterdam, 1699, p. lAa). Le Manuel du libraire ne mentionne pas \ Apologie , malgré la beauté des gravures du livre, mais il mentionne (t. I, col. 369- 363) le commentaire sur les Métamorphoses

d’Apulée {Metarnorphoseos libri XI , cum notis et atnpliss. indice lo. Pricœi, i65o, in-8°) et (t. IV, col. 869) le commentaire sur les lettres de Pline {lo. Pticm in epistolas Plinii, in-8°, sans date [ouvrage inachevé]).

* Jean Price, qui signait Du Pris, en latin Pncæus, naquit à Londres en i6ot5 et mourut à Rome en 1676. Voir Deux lettres inédites de Jean Price à Bourdelot, publiées et annotées par celui qui écrit ces lignes (Paris, L. Tecbener, t883, in-8", extrait du Bulletin du bibliophile').

* Thomas Howard , comte d’Arondel, qui fut le protecteur de Jean Price, est appelé par ce dernier rr grand personnage » h la page 7 de la plaquette qui vient d’être citée.

Nicolas Bergier. Voir, sur cet érudit et sur son Histoire de Beiins , 1. 1 , p. 1 4 , 1 5. De-

Canada et encores plus cette chronologie des traictez des Suisses de M*” de Bassompierre , qui avoit grand interest d’en estre pleinement instruict dans l’exercice de sa charge ^ et avoit bon loisir d’y travailler dans sa prison, où j’entends qu’il avoit une bibliothèque toute entière de trez bons livres^. Cependant j’ay enfin receu le volume d’Elian grec et latin que j’ay lasché avec un peu de regret à cez Messieurs d’Italie qui me l’avoient demandé, car j’en trouvoys l’édition bien belle. Et si j’eusse peu me donner assez de loisir, je l’eusse volontiers releu sur cette édition, au moings les livres des Animaulx et de varia bistoria, car pour ceux de la milice il y en a de bien meilleures éditions. Si vous en rencontriez un autre exemplaire de hazard, je l’acbepteroys de bon coeur pour mon compte. J’ay par mesme moyen receu le gros volume du recueil de M"" du Chastelet in fol.'* qu’il me fauldra ravoir

puis la publication de ce volume, a paru une e'tude fort intéressante de M. Henri Jadart, conservateur de la bibliothèque de Reims et secrétaire général de l’Académie de cette ville : Les portraits historiques du Musée de Beiins. Galerie rétrospective et contemporaine de personnages rémois avec notices biographiques et documents inédits, i" fascicule : Jean Rogier; 2' fascicule : Michel de Blanzy ; 3' fascicule : Nicolas Bergier (Reims, 1888, grand in-8'’). Voir la Revue critique du 22 avril 1889, p. 3i2.

* On sait que le maréchal de Rassompierre fut ambassadeur en Suisse (1625), avant d’être ambassadeur en Angleterre (1626) et après avom été ambassadeur en Espagne (1622). La Chronologie des traités des Suisses n’est pas signalée par les biographes et les bibliographes, aux yeux des- (piels Rassompierre ne s’est occupé de la Suisse que dans ses Ambassades ( Cologne , P. du Marteau, 1668).

* Rassompierre fut arrêté , comme ennemi de Richelieu, le 2 5 février 1 63 1 et ne sortit

de la Rastille qu’après la mort du cardinal. Sur Rassompierre bibliophile on peut consulter le P. Louis Jacob , Traité des plus belles bibliothèques (Paris, i64i)et le marquis de Chantérac, Notice historique et bibliographique à la suite du Journal de ma vie (t. IV , p. XXVI ). Rassompierre avait-il obtenu l’autorisation de faire transporter à la Bastille une partie de sa bibliothèque, aune des plus belles?) de son temps?

* Æliani historiée varice. . . cum interpretatione Vulteii {Leyde , i633, in-S”). On cite un grand nombre d’éditions à partir de l’année i558. La plus récente, avant celle de i633, était celle de Genève (i63o).

* Sur Hay du Chastelet, voir divers passages des tomes I et II indiqués à la Table du présent tome. Le gros volume dont parle ici Peiresc est le Recueil de diverses pièces pour servir à l’histoire, auquel on attribue généralement la date de i635 (Paris, in-fol.). Voir sur ce recueil M. Kerviler, Paul Hay du Chastelet, dans La Bretagne à l’Académie

française au xvii’ siècle, a' édition, Paris,

LETTRES DE PEIRESC [163/i]

(Micores iiiie lovs pour nioy ot une troisiesnie pour coluy c[ui a ou 1 Ælian <>rec et latin, estant inarry de vous estre si souvent importun. Mais \ous l’avez ainsin voulu.

J’alloys au palais quand on m’advertit en passant devant la bouttique des Moreaux qu’il y avoit divers fagots de livres pour mon compte; je lespriay de les envoyer chez moy et manday à mon relieur de les ouvrir, et collationner, pour voir ce qui se pourroit envoyer à Rome par la commodité des galeres. En suitte de quoy il les ouvrit, et entr’aultres le petit fagot de M*‘ de Bonneval sans s’estre amusé à lisre l’adresse escripte par dessus à Dom du Puy, parce qu’il n’y avoit point de cachet, dont j’eus un peu de regret à mon retour du palais, mais il fut un peu diminiié quand il me fit voir, par les adresses escriptes au bas de cliascun exemplaire de la préfacé de M"" du Ghastelet, qu’il n’y en avoit poiiict pour le cardinal Barherin; c’est pourquoy je me résolus aussy tost de luy envoyer la mienne et tout le volume du recueil imprimé ensuitte. C’est pourquoy il m’en fauldra fournir de nouveau et un autre amy d’Italie (jui me fait esperer de bonnes relations manuscrites dont je vous envoyeray au premier jour l’inventaire si je ne le puis faire à ce coup cy laulte d’avoir du temps d’achever de le lisre. J’ay eu dans ce fagot les livres du Baccon de l’Histoire naturelle ^ et des considérations et le libvre des pierres^ dont j’ay faict part au cavalier del Pozzo^ par les galeres. J ay aussy receu le Somnium de Keplerus qui est plaisant^, les deux exemplaires des Eclogues de Polybe^ et l’aultre livre in d un instrument à mesurer, l’Electorat de Treves, la ])araphrase de

iSyc), p. 54-58. M. Kerviier, comme la plu[)art (les bihiiographes, place la publication du recueil eu i035 seulement.

‘ Histoire naturelle, traduite par Pierre Ambroise, sieur de la Madeleine (Paris, 1 03 1, in-8'’).

Je |)ense que c’est le même ouvrage que bacon a inlitulé : Qaœstiones circa minera lia.

Sur le cavalier del Pozzo, voir divers

passages des tomes I et II indiqués à la Table du présent tome.

kepplen somnium, seu opus posthummn de astronomia lunari, edente Lud. Kepplero (Francfort, i634 , in-4°).

^ Polybti, Diodori Siculi, Nicolai Damasceni , etc. , excerpta ex collectaneis Const. Augusti Porphtjrogenetw , H. Valesius nunc primum grcece edulit, latine vertit notisque illustravit (Paris, Dupuis, i634, in-4°).

Godeau', dont je vous suis Irez redevable, comm’ aiissy des extraicts de l’appanage de Giiieiine qu’il vous plaict me faire transcrire, ayant esté bien aise d’apprendre que vous en ayez tout aullant que M*" de Lomenie, car vous en chevirez'^ bien plus facilement. Et sur ce je demeure, avec regret de laisser en arriéré tout plein de choses que j’auroys eu à vous dire à cause de la presse du courrier.

Monsieur,

A Aix, ce i4 mars i634.

Je vous recommande estroitement ce pacquet de M*" Aubery qui m’importe et pour lequel desguiser je vous envoyé un livre nouvellement réimprimé en cette ville et que vous avez desja d’aultre édition plus ancienne.

Vous m’avez renvoyé un mien pacquet pour Bordeaux que j’ay r’ouvert pour voir la datte du 20 febvrier dont j’ay esté un peu mortifié, car j’appreliende que par équivoque vostre homme n’aye renvoyé aussy à Bordeaux le pacquet qui pouvoit estre venu de Bordeaux pour moy dont je seroys bien marry, mais il fault louer Dieu des aultres foys que semblables équivoques sont esvitées X

* Paraphrase sur les épîtres de saint Paul aux Corinthiens , aux Galates et aux Ephésiens (Paris, 162^, in-/»°). Voir sur tes innombrables paraphrases de cet auteur une piquante page de M. René Kerviler {Antoine Godeau, évêque de Grasse et de Vence, Paris, 1879, grand in-8°, p. 18).

^ C’est le synonyme de venir à bout. Le Dictionnaire de Littré cite beaucoup d’exemples anciens, du xii' an xvp siècle (pour

ce dernier siècle les exemples sont tirés d’Amyot, d’Ag. d’Aubigné et de Montaigne), mais Molière seul est allégué pour le xviP siècle. Le Dictionnaire de Trévoux déclare que ffce mot n’est en usage que parmi le peuples. Aussi le chercberait-on vainement dans le Dictionnaire de l’Académie française.

^ Vol. 718, fol. 21.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Vostre despesche du 3 de ce moys est venüe par l’ordinaire en son temps, mieux que la nostre que vous debviez avoir receüe auparavant. Mais à quelque chose malheur a esté bon pour moy, à ce coup là, pour me consoler de la peine où j’ay esté de ce que la suyvante despesche demeura icy en arriéré et en chaumage une semaine entière qui vous eusse esté plus longue et plus importune si celle dont vous vous plaignez n’eust esté retardée par les chemins par les inondations des rivières de Dauphiné, qui pouvoient donner plus d’empeschement aux courriers qui vont à contremont vers Lyon qu’à ceux qui en viennent par la rivière du Rosne , tellement que pour peu de jours que vous ayiez tardé d’avoir ce pacquet là, ce sera aultant de diminüé de la quinzaine qui se fust escoulée de la réception de celuy là au suyvant, avec lequel vous en aurez conjoinctement encor un aultre plus recent et plus ample. Dieu veuille que ne le trouviez aussy plus importun. Car je n’abuse que trop de vostre desbonnaireté et de l’honneur de vostre bienveillance, dont vous me donnez tousjours de plus signalés tesmoignages, jusques à vous mettre en peine de ma santé, à la moindre cessation du cours de mes dictes importunitez, dont je vous suis grandement redevable et de la favorable croyance qu’il vous a pieu concevoir de mon aidante afleclion et dévotion à vostre service, cjui ne sçauroit certainement estre interrompüe, in volo, comme on dict, nom plus c|u’en ellect, aultant qui! sera en ma puissance, quelque maladie et infirmité qui me puisse accueillir, si elle ne m’est pas si aiguë qu’elle m’oste les fonctions de la raison, et de ce peu de cognoisçance que je puis avoir de mon dehvoir. Je pensoys escrire à ce coup à plusieurs de voz bons amys et patrons, mais il me iauldroit faire un volume pour vous desduiie les empeschements inesperez qui me surviennent de moment à

aultre et qui m’ont accueilly en foulle extraordinaire toute cette semaine, dont je regrette principalement les despesclies tant pour M'" de Saulmaise que pour M*’ de Valoys. Cependant je ne laisse pas de vous renvoyer vostre lettre de M*" Saulmaise, et ay fait transcrire la sentence du pauvre Galilée, mais je ne l’ay peu faire sans collationner avec l’exactesse ^ qu’il me fault. Et j’attends dans sept ou 8 jours AE’ Gassend à qui il en fauldra rendre compte soubs le bon plaisir du R. P. Mercene de qui j’ay tant de tort, que je ne sçay comme m’en laver. Alais la venüe de AP Gassend fera clorj'e la caisse des manuscrits Grecs et aultres qu’il fault envoyer; enfin j’ay receu de la part de AP de Fontenray Bouchard de Rome des extraicts de buict ou dix volumes manuscrits du Vatican de Ponderibus et mensuris où j’ay bien trouvé de l’exercice ^ et de quoy repaistre ma curiosité selon mon goust, avec esperance d’en retirer quelque fruict notable. Alais Dieu sçaict quand j’auray le moyen d’y employer le temps et l’estude qu’il y fauldroit aussy bien qu’aux aultres pièces tant de la bibliothèque du Roy que de la vostre, lesquelles j’ay receu de vostre main. Si faudra t’il un jour devenir saulvage et incivil soubs quelque bonne excuse envers noz bons seigneurs et amys, aussy bien qu’au palais, pour vuider cette petite affaire là. Al'" de Fontenay m’escript ce que j’avoys desja apprins des lettres du sieur evesque de Vaison Suarez, que le cardinal Barberin s’estoit déclaré de le vouloir employer, comme je vous avoys mandé. Alais il passe plus oultre et dict (|u’il luy veult faire traduire une suitte de l’histoire Grecque d’Autheurs chrestiens manuscrits qui sont en continuation du Georgius Syncellus et du Theophanes, à quoy il s’employera trez

‘ Nous avons déjà plusieurs fois trouvé dans cette correspondance le mot eæactesse, notamment t. I, p. 126.

^ Dans toutes les lettres de Bouchard, réunies dans le fascicule III des Correspondants de Peiresc (Paris, 1881), il est question des recherches faites à la Vaticane par Holstenius et Bouchard de atout ce qui traite de ponderibus et mensuris. n Voir, p, 11, 18,

19, 20, 21. La lettre dont parle ici Peiresc est du 1 1 février i634. Bouchard y dit (p. 27) : «Pour les traittés de Ponderibus et memuris , je vous les envoyé enfin . . . En note, sous ce passage, j’ai rappelé que les extraits des manuscrits du Vatican forment, à la bibliothèque de Carpentras, dans le registre V de la collection Peiresc, un cahier de 7/1 feuillets in-folio numérotés 199-272.

volontiers. Mais il ne vouldroit pas y entendre s’il estoit asseuré que M-- Haultin persistast au dessein qu’il avoit eu d’y travailler luy niesmes, et qu’il en voulusse publier le texte des exemplaires de la Bibliothèque du Boy et la version qu’il en avoit desja faicte comme je pense, avec ces belles notes. Ce cardinal a creu que l’exemplaire de Syncellus de la Bibliothèque du Roy fusse entier ab orbe condito, le sien n’estant que de Pompée en bas , et avoit faict engager M" de Thon de parole de luy en faire extraire ce commancement. Mais je sçay bien que le bon M*’ Haultin estoit en luy mesme peiné et à sa réquisition j’en avoys escript diverses fois au sieur Lucas Torrius, pour voir si l’exemplaire de l’Escurial estoit complet, ce qui ne se trouva pas. Gomme je ne manquay pas d’envoyer au dict sieur Haultin les premières et dernieres paroles qu’on m’avoit faict extraire du dict exemplaire, et de l’exhorter tant que je peus de vouloir faire son édition, luy ayant mesmes offert un exemplaire que j’en avois recouvré escript en papier de la main d’Andréas Darmarius, mais je n’ay jamais eu de responce, tant il est surchargé d’occupations de sa charge, aussy bien que moy, et de la civilité dont il use envers ses amys et serviteurs. Il seroit temps qu’il se declarast à ce coup sur l’altainte que vous luy en pourrez donner, car s’il ne se resoult à bon essiant, le cardinal vouldra laire imprimer son recueil qui est assez bien assorty, car au lieu de cez commancements de Syncellus jusques à Pompée, il a les chroniques d’un aultre Georgius,qui peuvent fournir aulcunement le supplément de ce premier temps.

Monsieur Bonnaire m’ escript de Rome du xii febvrier qu’ayant rencontré M’’ Holstenius, il l’avoit asseuré que par le prochain ordinaire il me pourroit envoyer quelques cahiers qu’il m’avoit pareillement faict transcrire de son coste dans le Vatican et ailleurs, et que par mesme moyen il m envoyeroit le S‘ Cyrille pour M' l’Archevesque de Tboulouse, de sorte quil n y a plus rien a doubter de ce costé là. Et si le tout est trop gros pour la poste, j estime que des barques de Marseille qui sont allées de ce coste la quelque temps y a et par lesquelles j’ay envoyé I exemplaire de Tertullian de M*" le R. P. Dom du Puy, nous r’apportelont le tout Dieu aydant avant Pasques, dont vous pourrez donner les

bonnes nouvelles à M'' Aubert et à M‘ rArclievesque de Thoulouse, si vous le rencontrez. . je liniray demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce li mars i634.

Monseigneur le Maresclial est de retour de la Tour d’Aiguez, M’’ le Marquis son fils ayant esté saigné si à propos que tout le mal qu’il avoit prins à la chasse pour l’ardeur du soleil a esté surmonté fort facilement grâces à Dieu. Monseigneur le Alareschal a esté au sermon hier et aujourd’huy avec M*' l’Archevesque et n’a poinct prins de hault daiz soubs sa chaire, le prédicateur n’ayant usé que du terme de Messeigneurs en entrant en chaire sans adjouster celuy de Messieurs'^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Voz despesches viennent tousjours si bien accompagnées de toutes sortes de belles curiositez, que je suis tousjours plus en peine à trouver des termes dignes d’estre employez aux remerciments trez humbles que je vous en debvroys, et auxquels ma faiblesse ne sçauroit rien fournir d’esgal ne de proportionné à mon debvoir. Et moings à ce coup qu’aux précédants, ne s’en pouvant poinct voir de plus hault goust que celles qu’il vous a pieu nous communiquer, dont j’ay usé avec telle reserve que je ne les ay voulu monstrer à ame qui vive, tant que nous avons eu icy M'' le c[omte] de N[oailles]^, de peur qu’il en peusse avoir aulcun

‘ Déchirure du papier. — " Vol. 718, fol. 28. — ^ Nous avons déjà vu qu’il s’agit du comte François de Noailles, ambassadeur de France à Rome.

ill. 8

IMPAlUEftlE HATIOMALB.

vent\ et encor aprez son parlement n en ay je faict part qu à une persone que je sçay bien ne vous estre pas dezagreable, encores sans qu’on sçaicbe d’où cela vient, et sans en rien laisser prendre par escript, cela se mettant par aprez dans le fonds d’une cassette, jusques à un aultre temps. Gez vers sont bien gentils, et seront bien, je m’asseure, suivys de quelques aultres, y ayant bien là des subjects bien poétiques. Je n’ay encores peu voir ce discours de la bataille de Lutzen ^ et n ay pas guieres d’esperance de le pouvoir lisre avant le parlement de cet ordinaire, principalement si Messieurs les Moreaux peuvent obtenir de Monseigneur le Marescbal que le nouvel ordre estably ou ordonné par M*" de Nouveau^ pour le cbangement de despart des courriers du vendredy au mecredy de vostre costé, et du mardy au lundy du nostre, porte son plein et entier effect, auquel cas nous serons bien vangez du Gazettier, sans nous en estre meslez, car ses gazettes ne pourront plus venir icy qu’envieillies de cinq ou six jours. Mais mon dict sieur le Maresclial ne se veult poinct encores rendre, etveult faire une ordonnance portant delfences aux courriers de partir d’icy que le jour estably et stipulé par le contract passé entre le corps du pais de Provence et M‘'du Lieu, la traverse de Dijon ne luy estant pas bien agréable, encores qu’elle soit sur les routtes de sa maison ou bien prez^, pour ne laisser ses despesclies à la discrétion d’un ?*■ P‘, d’un Gouv’’^ et d’un Parlement de Dijon, de les laisser passer, ou retarder, ou retenir tout à faict en cas de besoing, de sorte qu’il y fauldra possible un aultre reglement du conseil du Roy. Cependant l’ordre sera un peu interrompu pour les

* Pour les locutions avoir vent , avoir quelque vent, Littré cite le cardinal de Retz, La Fontaine, Thomas Corneille, Hamilton, Lesage.

“ Est-ce un discours imprimé? Est-ce un discours manuscrit? Nos catalogues, me semble-t-il, ne le mentionnent sous aucune des deux formes.

’ Jérôme de Nouveau, surintendant des postes, mort en i665.

‘ Nicolas de l’Hospital possédait la terre de Ghâteau-Villain , en Champagne (aujourd’hui chef-lieu de canton de la Haute- Marne); cette terre fut érigée pour lui en duché-pairie, sous le nom de Vitî'i, le 7 janvier i644, quelques mois avant sa mort (28 septembre), arrivée dans une autre de ses terres (Nandy, à 9 kilomètres de Melun).

^ D’un Premier IVésident, d’un Gouver-

neur.

[163/i] AUX FRÈRES DUPUY.

despeschcs, car comme mecredy prochain il doibt arriver un nouveau courrier, par qui vous n’escrirez pas pour n’avoir encores eu mes lettres, si vous escrivez le vendredy à l’ordinaire Dieu sçait si on les fera partir de Lyon le mecredy suyvant comme par le passé, ou bien si l’on ne vouldra poinct attendre le lundy d’aprez et luy faire perdre cinq ou six jours dans Lyon. Parmy ce mal entendu s’il eust au moin[js voulu lasclier sa despesche demain, on l’eust peu faire aller en diligence nuict et jour, pour arriver à temps à Lyon avant le parlement de ce nouvel ordinaire de Bourgogne, auquel cas vous eussiez eu sammedy la présente, mais j’estime que de crainte que cela ne se peusse faire, il ne l’a pas voulu promettre avant mardy à l’heure accoustumée. Vostre paquet pour AL le Sacristain luy a esté porté dez hier par un des bons amys de nostre maison qui n’aura pas manqué de le luy rendre en main propre. Mais vous eussiez bien peu me mander quel argent il y falloit, car j’y eusse satisfaict Irez volontiers et vous m’eussiez esvitté d’en bazarder d’aultre comme vous par les chemins, et puis que n’avez voulu tout mettre à une foys, vous me ferez plaisir de m’escrire en quoy consiste le restant que je luy feray fournir incontinant à Marseille.

Je vous envoyé non seulement la relation que vous me redemandez concernant le vent du Ponthiaz de Nioms L mais aussy un duplicata que j’ay faict retenir de toute ma derniere despesche que j’ay faicte de ce costé là, tant pour ce que je desire encores faire observer de plus sur ce vent, que pour cette version dont vous avez ouy parler, sur quoy je ne manqueray de vous faire tenir toutes les responces qui m’en viendront. Il fault que je vous envoyé encores une certaine conception sur le flux et reflux de la mer dont on m’avoit faict grande l’este mais

* La relation du ministre Boulle citée un peu plus haut.

* Ce devait être le travail d’Antoine Villon , né à Flassan (arrond. de Gai-pentras), le 2 4 février ihSg, auteur de Y Usage des épliémérides. On lit dans une lettre de Philippe Fortin de la Hoguette, du i5 février i634, à Peiresc : ftAu reste, pour contenter

le désir que vous avez de savoir qui estceluy qui pense avoir découvert la raison du lliLx et reflux de la mer, je vous diray qu’il est du Comtat et s’appelle Villon, qu'il a demeuré quelque temps avec M. de Mets et qu’il est maintenant avec M. de Rourdeaux. n [Lettres médites de Pli. Fortin de la Hoguette, La Rochelle, 1888, p. 182.) Cf. une note

r,0 LETTRES DE PEIRESC [163/i]

elle lia jias respoiidu à l’attente. Il est vray qu’en matière de choses si inco,qneües, je ne refuse jamais d’ouyr tout ce qu on en veult dire. J ay receu d’un aultre costé une relation du flux perpétuel de la mer occeane dans reinbouscheure de la Mediterranée, qui est bien importante et que je n’avoys peu croire du premier coup b Mais il fault au préalable que je fasse responce à un homme qui est sur les lieux. Et M'' Gassend vient d’arriver tout à propos, comme j’en estoys icy, pour me dire son advis, et me suggéré quelques aultres questions à faire de plus sur cela. M"" Bourdelot^ est pareillement arrivé ce mesme jour tout à poinct pour voir M*' Gassend, selon son désir, ayant prins le temps du retardement de M*' le comte de Noailles pour voir cependant la S^‘'Baulme^, et revenir chercher icy M" Gassend que je luy avoys faict esperer de trouver à ce coup comme il a faict. Je l’ay encores gouverné à ce soir plus d’une bonne heure avec un grand plaisir de l’ouyr si judicieusement discourir de toutes choses, et surtout de sa profession, comme s’il y avoit vacqué des cinquantaines d’années, appliquant fort

(lu fascicule VIII des Correspondants de Peiresc, Le cardinal Bichi, évêque de Carpentras, 1 885 , |). 59-53.

* C’est la relation que l’on conserve dans le registre LUI de la collection Peiresc, à la bibliothèque de Carpentras : lettre d’Antoine Novel, médecin du duc de Medina-Sidonia, écrite de San-Lucar de Barrameda , le i o décembre i633, sur le courant perpétuel des eaux de l’Océan dans la Méditerranée. Je reproduirai cette lettre, ainsi que diverses autres curieuses lettres du D" Novel , dans un des prochains fascicules des Correspondants de Peiresc, fascicule qui sera consacré à divers médecins provençaux.

’ Le docteur Bourdelot {Pierre Michon), ([ui accompagnait le comte de Noailles à Rome en qualité de médecin. Voir sur ce personnage notre tome II, lettre CXVI, p. 5i8. Gassendi mentionne le séjour chez l’eiresc du jeune et déjà si habile médecin (juvenem

supra œtatem medicœ doctrinœ praxeosque peritum, livre V, p. àot). On signale dans le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras (t. II, p. 3i), comme se trouvant autrefois en celte bibliothèque (avant le désastreux passage de Libri) , une lettre de Bourdelot à Peiresc sur les veines lactées, leurs valvules, etc., lettre qui occupait les feuillets igi et 499 du registre V. M. L. Delisle indique, dans le Catalogue des fonds Libri et Barrois (Paris, 1888, grand in-8°, p. i83), une lettre adressée ]»ar Bourdelot à Peiresc le 19 octobre i634, aujourd’hui classée dans le volume 39 83 des Nouvelles acquisitions françaises (p. 70). Serait-ce celle-là?

^ Que pouvait aller faire un incrédule, un libertin comme Pierre Bourdelot, au pèlerinage de la Sainte-Baume? L'abbé Bourdelot appartenait à la même église que Vabbé Bouchard.

noblement et à point nommé les propres paroles du texte de son Hippocrate, qu’il sçait tout par cœur. Il se charge trez volontiers de l’exemplaire du Tertullian de M’’ Rigault pour Dom du Puy, lequel avoit esté baillé à P[at]ron Faulconier depuis quelque temps, sur le peu d’asseurance que je voyoys au partement de M’’ de Noailles, mais dez que je fus acerlainé^ de sa venüe je le contremanday, et l’envoyay retirer de ses mains, encores qu’il fusse prest à faire voille parce qu’il n’alloit pas à droicture à Civita Vecchia. Et par cette voye icy il ira dans de bons coll’res, à ce que m’a promis M'^Bourdelot qui est si honneste aussy bien que M’’ son cher oncle que je vivray en grande impatiance jusques à tant que j’aye peu leur rendre quelque digne tesmoignage de ma recogiioisçance en leur endroict, et de l’estime que mérité leur vertu et courtoisie nompareille.

J’ay faict tout ce que j’ay peu auprez de IVP le conte de Noailles pour servir de Fontenay Bouchard, et M*" Hullon par mesme moyen en la personne d’iceluy. Et en ay retiré d’assez bonnes et bien honnestes paroles, mais non pas de resolution bien formelle. Il est vray que la presence pourra frapper le plus grand coup. Dieu aydant, vous asseurant que je me suis faict courtisan pour ce coup là sans consequance, rien que pour rendre ce petit service à un si digne amy. Et ne cesseray tant que j’y verray tant soit peu de jour^. J’envoyeray la lettre du H. P. Morin au sieur P. délia Valle par le prochain ordinaire, n’ayant présentement eu le moyen d’escrire comme il falloit en mesme temps et possible y sera-t-elle aussy tost que par les galeres qui vont toucher à Genes. Cependant l’ordinaire d’Avignon qui est passé le dernier pourra

‘ Voir au sujet de ce mot une note des Lettres de Jean Chapelain, t. Il, p. 9.07.

^ Le philologue Jean Bourdelot , qui fut lui aussi un des correspondants de Peiresc et qui mourut un an après notre savant. Gassendi (livre V, p. ioi) dit que Peiresc reçut avec joie Pierre Miclion tant à cause de ses qualités propres qu’à cause de l’amitié qui le liait avec l’oncle de son hôte [cum erudito

illius avunculo Joanne Burdeloto amicitmm).

^ Littré rappelle que le grand Corneille, dans Pertharite , a dit :

Je le hais d’autant plus que je vois moins de jour A détruire un vainqueur qui règne avec amour,

et il en rapproche cette phrase de Bossuet (Lettres) : rrSupposé que vous voyiez jour à réussir.» Tous les autres exemples sont également postérieurs h l’année i63/i.

estre de retour et nous apporter des lettres possible du dict sieur P. délia Valle en responce de mes dernieres. Je n’ay poinct eu de lettre du dict P. Morin pour moy à ce coup comme vous me mandiez, ains seulement celle qu’il vous escript, où j’ay veu son excuse que je seconderay comme je pourray. Je seroys bien marry que la nouvelle qu’on vous a donnée de la perte du S‘ Cyrille d’Augspourg fusse véritable. M" du Mesnil Aubery vous pourra dire ce que m’a escript l’un de cez Messieurs de Lumaga\ que la caisse des tableaux s’est saulvée, à faulte d’avoir peu estre chargée, dans laquelle il y avoit un libvre pour moy, et je me suis imaginé que le S* Cyrille y debvoit estre aussy pour l’amour de M'' Aubert, à qui je suis trop redevable du soing qu’il daigne prendre non seulement à faire transcrire cez Astronomes de si bonne main, et de les revoir, mais d’y faire luy mesmes les ligures, ce que je vouldroys bien avoir mérité par des services conformes à mes vœux et à mes debvoirs. M*' de Bonnaire rn’escript du xi febvrier que M'' Holstenius avoit appresté le S‘ Cyrille pour le prochain ordinaire, de sorte que je l’attends dans cinq ou six jours Dieu aydant. Quant à M*‘ de Thoulouse, il a bien raison de vouloir pour luy l’original, mais il n’en auroit pas moings ([uand il se tiendroit à sa parole toute entière comme feroient d’aultres et particulièrement celuy qui est.

vostre trez buinble et trez obéissant serviteur,

A Aix, ce 19 mars i634.

Vous ni avez faict plaisir de m avoir ce Manege^ à si bon compte et encoies plus du livre de ce P. Boucher cjue j’attendray fort impatiemment. S il n est pas de trop grand prix, nous en pourrions bien prendre un second exemplaire, si la piece respond à la beauté du tiltre.

Je vous recommande la lettre cy joincte pour le bon P. Gilles de

Banquiers dont il est souvent question dans cette correspondance. Voir la Tahk du présent tome. — ^ Le Manège du Roy, dëjà mentionné plus haut.

Losches, à qui je vous supplie de joindre un petit mot de vostrc part pour luy donner courage de vous addresser librement ce qu’il aura à me faire servir, vous assenrant que c’est un des galants hommes que j’aye jamais veu soubs le cappuclion de son ordre, et qui a des rares partyes et des plus recommandables que puissent avoir des gents de sa condition et de sa profession. Il a esté sept ans au Levant, et en a r’emporté une cognoisçance des langues orientales toute aultre que ce qu’on a veu jusques à cette heure. M"" de Thou l’y avoit veu \ et me dict qu’il l’avoit fort gousté, mais il n’avoit pas lors acquis tout ce qu’il en a remporté depuis lors.

Avant que clorre, j’ay esté au palais ; Messieurs le rapporteur et contretenant'^ de l’afluire de M'' de Suilly et de de Bouteville ont esté ouys cette matinée à la Tournelle, mais l’on a différé d’opiner à jeudy matin pour avoir loisir d’estudier sur les raisons et motifs tant pour l’un des advis que pour l’aultre

Monsieur,

Encores que vostre dernier pacquet par l’ordinaire fusse petit, il contenoit pourtant de si grandes singularitez, que je vous suis tousjours plus redevable de tant de bienfaicts et de la bonne part qu’il vous plaict me faire de choses si rares, et qui ne parviendroient possible jamais à nostre cognoisçance, ne pouvant vous en rendre assez de remerciments

En Orient.

* Littré n’allègue aucun auteur sous ce nom du tr champion qui dans les tournois tenait contre un autre champion t). Le Dictionnaire de Trévoux rappelle que Scipion Dupleix s’est appelé le Contretenant de Vau-

gelas, dans le livre qu’il a écrit contre les Démarqués de l’académicien.

^ Vol. 718, fol. ijB. Voir à \' Appendice une lettre de Jacques Dupuy, du 2 4 mars i634.

à mon gré. Je suis bien aise que le livre du P. Ferrarius^ vous ayt este rendu en son temps; si celuy qui s’en estoit charge nous eust donne un mot d’advis, comm’ il debvoit plus tost que tout aultre, du succez de sa commission, vous n’eussiez pas eu la peine de m en escrire, n’estant que trop chargé de tant d’aultres importunitez qui vous viennent en foulle les unes sur les aultres, à mon occasion. Je suis bien obligé aussy à la continuation des seings de ]VP’ Aubert pour cez figures de mathématiques, lequel je feray bien valloir envers M*’ Holsteniustant que je pourray, espérant que le retour des galeres de AP de Nouailles nous apportera les libvres de S‘ Cyrille, Dieu aydant, si nous ne l’avons encores plus tost. Je plains bien le filz du pauvre AP Servein et AP de la Alartillière, vostre voisin, qui estoit certainement un grand homme en son temps Quant à ce personage de la porte Honoré, je vous advoüe fort ingénument que je puis avoir Irez mal jugé et mesuré à une trop mauvaise aulne des gents de bien meilleur naturel que des Provençaulx, et quand il y auroit quelque chose de vray des ombraiges qu’un aultre en pourroit avoir prins, je n’auroys garde de le luy imputer jamais. Je cognoys trop sa candeur et bonne foy Alais nous avons icy du monde si malin que les persones les plus bontifves ont de la peine à se deffendre d’eux et à s’empescher d’estre surprins quelque foys, et cest de quoy je me desfioys, que quelqu’un ne se fust ingéré de luy escrire ou faire donner des advis de chose à quoy je n’eusse pensé, comme je l’ay esprouvé assez souvent en d’aultres temps, parce que je ne luy avoys rien escript, sur quoy peusse eschoir cette responce ,

* Livre mentionné un peu plus haut.

“ Il est |)lusieurs fois question de La Martillière ou La Martellière dans les Historiettes de Tallemant des Réaux (t. II, V, VI et Vil), lallcmant l’appelle rr fameux advocatïi dans la page où il parle de M"'" de Cressy, fdle dudit avocat. Paulin Paris {Commentaire, t. V, p. 24i) rappelle que la famille du grand avocat subsiste encore de nos jours. Voir deux jolies anecdotes sur les plaidoyei s de La Martellière à la page 27/1 du tome V U

(historiette des Advocats'). Dans les Mémoiresjournaux de Pierre de l’Estoile (édition Jouaust, t. X, 1881, p. 385), à l’occasion du mémorable procès des Jésuites et de l’IIniversité, on voit que l’avocat des Jésuites fut .M. de Montholou , cousin du narrateur, et que l’avocat de l’Université fut ffM. de la Martillière, gendre de M, Le Grand, conseillier en la Grand’Ghamhren.

^ Il s’agit là du premier président du Parlement d’Aix , déjà si souvent mentionné.

et qu’il sembloit qu’il presupposast que j’eusse notice de quelques jugements qu’on pouiToit faire de luy, aultres que raison, de quoy je ne sçavoys chose du inonde ; c’est pourquoy j’en demeuray un peu en peine, et concertay ce que je luy escrivis par répliqué, au moings mal qu’il me fust possible ^ pour tascher de ne luy laisser aulcune impression, que de ma candeur et retenüe et de ma fidelité inviolable en son endroict, et vous en lis l’addresse à celle lin que si vous le voyiez, il vous pleut de considérer la contenance à laquelle vous pourrez facilement recognoistre s’il a eu intention de me faire comprendre ce que je vous avoys mandé ou non, et particulièrement s’il m’avoit esté presté des cliaritez cappables de luy faire rabbattre quelque chose des dispositions qu’il avoit eües pour nous. Car cez contestations publiques dont vous avez ouy parler d’entre nostre grande compagnie et Monseigneur nostre Gouverneur, qui n’a pas laissé de voir tousjours volontiers mon frere, m’ont rendu quasi suspect à toute nostre compagnie encores que je ne voyepoinct mon dict seigneur le Gouverneur nom plus que les aultres. Et la cognoisçaiice que j’en ay, aussy bien que de la mauvaise humeur du pais, me faisoit craindre qu’on eust escript des choses cappables de me faire faire la responce que vous avez veüe comme en punition de quelque mauvais jugement que j’eusse faict trop temerairement en discours familier avec des gents qui redisent quelquefoys non seulement ce qu’ils entendent, mais qui y adjoustent au double quand ils ont moyen de donner des sinistres interprétations, et r’engreger. . choses ou charger la main à ceux qu’ils n’ayrnent poinct et dont ils ont de la jalousie. Mais vous aurez bien du subject de vous plaindre de moy qui abuse de la sorte de l’honneur de vostre entretien. Je vous en demande pardon trez humblement, ne l’ayant faict que pour ne vous laisser aussy quelque trop mauvaise impression de la hardiesse que j’avoys prinse de vous donner cognoisçance de l’ombrage que j’avoys conceu

On trouve, dans les Minutes de l’Inguiinbertine, une lettre de Peiresc à Laisné, du 17 janvier i63/i, une rr copie de la lettre de le Premier Présidents (écrite de Paris le

28 février 1 634), une réponse de Peiresc, du G mars de la même année et diverses autres lettres dei63i à i635 (reg. I,fol. 72-77). ’ Déchirure du papier.

lUPniMLTlIE KATIO!«ALe.

sans vous en rendre assez de raison, et qui fut cappable de vous einpescher de trouver estrange mon procédé comme possible vous avez faict. Mais c’est à moy seul que j’en doibs imputer la faulte, puis que je ne m’estoys pas bien donné à entendre. Au reste j ay envoyé à M' le sacristain Valbelle vostre dernier pacquet aussy bien que le précédant, par persones de bonne cognoisçance et ne doubte pas qu’il ne les ayt receüs l’un et l’aultre fidèlement, encores qu’il ne m’en ayt pas accusé la réception , possible pour avoir esté hier icy comm’ on m’a dict et qu’il pensoit le faire de vive voix, ne m’estant pas rencontré céans, et il s’en retourna incontinant à Marseille. Il vous en debvra donner advis par cet ordinaire. Quant au gazettier, c’est la vérité que sa relation de la mort du Valstein est bien digne d’estre veüe, comme plusieurs aultres pièces qui sortent de sa bouttique, mais il y en a d’aulcunes foys qui font consumer du temps à les lisre un peu inutilement. Je n’ay pas sceu voir depuis vostre despesche du précédant ordinaire celuy qui a sa correspondance en cette ville qui a grand tort, s’il luy a escript que les gazettes que je recevoys luy fissent du tort, car je vous puis jurer qu’ame vivante ne les voyoit hors de ceux de la maison de céans, et je ne laissoys pas à touts les ordinaires d’envoyer quérir publiquement les siennes, afin que persone ne se peust imaginer que je les eusse d’ailleurs que de chez luy et qu’on y eust recours, aussy bien que je tesmoignoys le vouloir avoir. C’est pourquoy j’ay de la peine à croire que l’excuse que prend le gazettier là dessus puisse estre bien véritable. Et croys plus tost qu’il a changé d’humeur ou d’advis. Car M" de Bourdelot me parloit de luy comme d’un homme qui en badinant et souffrant les badineries ue ceux qu’il est obligé de respecter, tire 20 mille livres de rente de son bureau b ce dict on, qui est une quinte essence et pierre

Aurait-on pensé que le bureau établi temps, beaucoup occupé du fondateur du par Renaudot fut une telle mine dor, ou, journalisme en France. On reconnaîtra que pour prendie 1 expression même dont va se la correspondance de Peiresc fournira d’abonservir 1 eiresc, une telle ptore philosophale? dantes et curieuses particularités à ceux qui N y avait-il pas quelque exagération dans voudront compléter les monographies de l'assertion de Bourdelot? On s’est, de notre M. Hatin, de M. Gilles do la Tourrette , etc.

pliilosopliale d’importance, pour l'aire négliger toute aultre correspondance que celle qui luy peult servir. Par le précédant ordinaire il avoit envoyé à son correspondant seulement sa gazette, et non les nouvelles, mais par celuy cy il ne luy avoit envoyé que les nouvelles de la précédante semaine, si ce n’est que ce soit un nouvel ordre qu’il luy ayt donné de me les cacher, en quoy sa vengeance ne sera gueres grande nom plus que le fruict qui luy en pourra revenir. Principalement si l’ordre de noz courriers ordinaires est changé, comme présupposé faire AP de Nouveau, auquel cas les gazettes nous viendront tousjours assez à temps quand elles se prendront lorsqu’on les criera par les rues, et sufliroit d’en laisser la charge à quelqu’un de voz serviteurs. Mais en toute façon je croys qu’il sera raisonnable de faire payer au gazettier tout ce qu’il trouvera bon qu’on donne à ses gents, pour la peine par eux prinse, lorsqu’ils ont esté d’humeur de m’envoyer leurs gazettes anticipées, n’y ayant pas d’apparance que cela leur soit plus mal recogneu que ce qu’ils ont peu faire à d’aultres. Pour ce qui est de voz notes marginales à l’histoire de M’’ de Thou, si vous ne jugez qu’il soit necessaire au traducteur de les voir, comme j’avoys creu, il ne sera pas de besoiug de vous en dessaisir, puis que le glossaire peult suffire. Ce que je vous en avoys mandé n’estoit à aultres tins que pour faciliter le moyen d’en faire prendre les communications que vous eussiez estimé nécessaires, sans que vous y fussiez veu ne comprins. Au demeurant vous avez trop bonne opinion de nous et de nostre famille qui n’est pas si bien réglée comme vous la présumez ou présupposez. C’est bien la vérité que la faulte ne fut pas toute à la desbauche de mes gents le jour de caresme prenant que mon pacquet demeura en arriéré. Car j’avoys achevé d’escrire assez à temps, mais je me voulus amuser à relisre un cahier de AP Gassend, avant que de clorre l’enveloppe de mon paquet, tandis que l’heure du passage du courrier ne pressoit point, et quand j’envoyay ma despesche, celuy qui s’en chargea s’amusa trop ailleurs au lieu d’aller incontinant à la poste, et laissa eschapper l’occasion du courrier aprez qui j’envoyay un homme à trois postes d’icy où il devoit coucher et prendre le pacquet de AP le Alareschal; mais il le trouva si

prest et le temps si propice, qu’il ayma mieux passer oultre que de s’y arrester, de sorte que l’homme que j’y eiivoyoys ne l’y trouva plus. Il n’y eut aultre inconvénient que de la peine où vous en pouviez estre et dont je suis si indigne, mais vous estes en coustume d’user de cez oeuvres de supererogation envers touts voz serviteurs, et ceux qui le méritent le moings. Sur quoy je finis demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 27 mars i634.

Le partage a esté vuidé en faveur de Madame de Boutteville contre M*’ de Suilly qui l’a. . tout à faict, à ce matin, 98“° mars^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay creu devoir faire l’adresse de cette despesche à M" de Thou, s estant jusques icy intéressé comme il a faict aux affaires du Levant, croyant bien qu’il ne laisra pas de vous en communiquer tout ce qu’il jugera de vostre goust. Cependant si aprez qu’il en aura entretenu ceux (|u il trouvera bon, vous pouvez en faire un peu de part au bon P. Gilles de Loscbes, vous me ferez un singulier plaisir, la presse de cette commodité ne m ayant permis d’en faire extraire quelque chosette comme j eusse laict trez volontiers. Cependant si le R. P. Théophile Minuti des Minimes , qui est passe de Civita Vecchia à Rome et de là à Pans, vous va voir, comme je croys qu il le fera, je vous le recommande comme peult mériter celuy qui a desterré touts cez Pentateuques Samaritains, et mille

Déchirure du papier. — ® Vol. 718, fol. 27.

aultres belles singularitez dont les curieux se prevauldront bien quelque jour. Je luy escriray, Dieu aydant, par nostre prochain ordinaire, estant trop pressé maintenant pour le pouvoir faire et ayant le coeur trop serré du sentiment de ce grand malheur de nostre pauvre nation \ qui ne pourroit estre satisfaicte si ce n’estoit que le bruict de la mort du Grand Seigneur et du cappilaine basha^ fussent bien tost aussy vrays qu’a esté celuy de la mort du pauvre conte de Marcbeville^ dont la notice ne pouvoit humainement estre parvenüe en Alep au 5 febvrier et n’a pas laissé de se vérifier trop tost aprez. Excusez moy si je finis sur cela estant tousjours,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce 29 mars i634.

Il est arrivé quelques accez de maladie à Berre® qui n’ont pas les marques bien evidantes delà peste, mais neantmoings il y a eu suitte de 8 ou 1 O corps en une rüe, qui ont faict que la cour en a suspendu

le commerce et commis un con*'*' environs. Dieu nous veuille preserv^ que devant en la nécessité presante^

* Le sultan Amuralh IV, radcontent du comte de Marcheville, ambassadeur de Louis XIII, le lit brutalement transporter sur un vaisseau français qui se trouvait à Galala, lui enjoignant sous peine de mort de partir dans une demi-heure. Voir dans les Lettres, instructions et papiers d’Etat du cardinal de Richelieu (t. VI, p. .820) le mdnioire (du avril iGdq) qui commence ainsi : fr L’ambassade de France en Levant n’ayant ])oint este rem[)lie depuis que le s' comte de Marcheville fut obligé par les Turcs à s’en revenir de Constantinople, sous pretexte que sa conduite n’estoit pas agréable au Grand Seigneur . . . , etc. n

pour aller regler les gardes aux sr de ce fléau qui seroit bien pire

■ G’est-à-dire le Capitan-Paclia , l’amiral turc.

^ G’était un faux bruit. Le comte de Marcheville put revenir en France. Il avait d’excellentes relations avec Peiresc, et Gassendi rappelle qu’en l’année qui précéda sa malheureuse aventure, il avait envoyé au grand bibliophile un ouvrage sur les diverses sectes des malioinétans (livre V, p. SqS).

“ l^oav connaissance , comme nous l’avons déjà vu dans les tomes précédents.

“ A 2O kilomètres d’Aix, et non à 21 kilomètres, comme il a été dit précédemment (t. II, p. 1 5i).

‘ Vol. 718, fol. 29.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

A PARIS

Monsieur,

Avec vostre despesclie du 2/1 arrivée samniedy selon les vieux ordres qui ne seront peult estre pas encore si tost changez, nous avons receu tout plein de curieuses pièces selon voz bonnes et louables coustumes, tant imprimées que manuscrites, entr’ aultres cette lettre circulaire que je vous renvoyé avec mes humbles actions de grâces, en ayant faict retenir coppie que j’envoyeray à Dom du Puy, jeiidy prochain. Dieu aydant. J’ay eu par Lion deux lettres siennes des 8 et 11 mars, avec des lettres d’excuse du sieur Pietro délia Valle pour la communication de son vocabulaire Copbte, en attendant le succez de l’édition et restitution de son Pentateuque, et comment il aura esté traicté en son particulier par le P. Morin. 11 n’avoit pas encores lors receu une mienne despesclie postérieure et plus pressante que la précédante dont le R. P. Dom du Puy m’accuse la réception, sans qu’il eusse encores eu moyen de l’aller porter au dict sieur Pietro délia Valle. Il m’accuse aussy la réception de ma lettre au cardinal Barberin pour vostre commande, ii laquelle je ne puis me persuader que vous rencontriez aulcune difficulté, aultre que celles du commun, et qui seront fort facilement vaincues a mon advis. J ay ce matin rencontré tout à propos par la ville le sieui Glas, que je navoys poiiict voulu voir depuis nostre derniere entievüe tant que je le voyoys en demeure de faire exploicter son filz et de bailler sa desmission ou désistement de l’opposition formée contre vous.^ Il s’est excusé pour ce retardement sur le desespoir de son filz qui s en estoit allé voir un sien Irere Gappucin à Orange, et qui avoit voulu se desfroquei'i, mais qu’enfin s’estant laissé r’amener, il avoit in-

■ Sous le mol Béfroquer, le Dictionnaire de Littré ne cite que la phrase célèbre de Bossuet : .11 semble que la réfoi-me aboutisse à défro(}uer quelques moines. «

continant faict faire tout ce que M*" de Valbelle avoit désiré de ruii et de l’aultre de vostre part, n’ayant, ce dict il, apprins la routte qu’avoit • tenu son fdz que *2 ou 3 jours devant qu’il soit revenu. Et luy a fallu consentir à des donations et advantages à son dict filz, et luy asseurer 1000 libvres d’appoinctements sa vie durant, pour le r’ainener au cloistre. Je luy ay faict voir les obligations qu’il vous avoit d’avoir pardonné de si grandes faultes que les siennes si charitablement, et de tesrnoigner encores tant de bonne disposition de le gratifier si l’occasion s’en présente, et croys qu’il en escrira à M^de Thou luy inesmes, par cet ordinaire , à ce qu’il m’a dict.

J’ai envoyé la lettre de M" d’ingrey à mon frere qui est à Boysgency et faict voir voz baise-mains à M^' Gassend qui est bien vostre serviteur et se tient grandement obligé à l’iionneur de vostre souvenir. Les embarras du palais ne me permettent pas bien encores de le gouverner à souhaict, bien qu’il y ayt desja quelques jours que nous le tenons céans, mais je me promets plus de relasclie, Dieu aydant, à cez prochains feriats, et plus de moyens de m’acquitter de mon debvoir non seulement en son endroict, mais aussy envers moy mesmes et ma curiosité. Desseignant de faire quelques experiances curieuses avec luy, et spécialement pour la vision ^ et représentation des espèces dans noz ieux sur des inventions non encores divulguées^, et qui seront de vostre goust en son temps, comme je l’espere, aussy bien que de plusieurs aultres merveilles de la nature. 11 n’a poinct eu de lettres à ce coup de M" Luillier, ce que j’ay imputé au bruict du changement de l’ordre et du jour du parlement des courriers ordinaires où il s’est amusé

* Une bonne partie du registre V de la collection Peiresc, h la bibliothèque de Garpentras, est remplie de documents relatifs au phénomène de la vision. On y trouve notamment une lettre de Peiresc, écrite d’Aix le 1 1 avril i634, à un personnage dont le nom manque (c’était François Luillier) et relative à des observations faites en commun avec Gassendi sur les yeux d’un thon. Voir

le récit du biographe de Peiresc (livre V,

^ Dans la lettre qui vient d’être citée, Peiresc prétend avoir remarqué le premier que les images renversées par le cristallin sont ensuite redressées par la concavité du fond de l’œil. Voir ce qu’en dit Gassendi (livre V, p. 4o3 et suiv.).

lettres de PEIRESC [1634j

comme beaucoup d’aultres. Quant aux libvres du S‘ Cyrille de M-- Holstenius, Dom du Puy m’escript que comme il a sceu qu’on luy destinoit une coppie des Astronomes de de Thoulouse, il a faict incontinant • mettre la main à la transcription de son manuscrit avec promesse neantmoings de le faire fort exactement collationner s’il ne le faict luy mesmes, comme je croys qu’il le fera, à celle fin de rendre la pareille esgale, car lorsqu’il s’altendoit à voir l’original, il desseignoit aussy d’envoyer le sien, mais puis qu’on ne luy veult donner qu’une coppie, il n’est pas moings raisonnable qu’on se contente réciproquement d une coppie du sien. 11 ne m’en escript pas, mais je ne laisse })as de croire absolument que cela sera et que M‘ Aubert aura subject de se contentei, comme je m’asseure que luy ne manquera pas de se tenir grandement redevable au dict sieur Aubert de la peine qu’il daigne se donner pour l’amour de luy en cez figures.

.l’ay trouvé trez bonne cette relation de la vie du Valstein\ et pense que cez extraordinaires ^ seront regulierenient meilleurs que les gazettes et nouvelles ordinaires.

Le correspondant du gazettier fit à croire à son imprimeur qu’il n’avoit pas receu de gazette par le penultiesme ordinaire à cause vraysemblablement de l’opinion qu’il eut du changement des ordres des courriers. Je ne me suis pas enquis si le dernier ordinaire a apporté celles là ou les aultres plus fraisclies. J’ay veu son imprimeur qui fut bien estonné quand je luy dis que le sieur Renaudot nous avoit dict que son correspondant croyoit que sa practique receut du daumage ou de l’interest quand j’avoys les gazettes à l’advance, car il estoit bon tesmoing luy mesme de la faulcetté et calomnie de ce compagnon, attendu que toutes les semaines (sans neantmoings en avoir esté prié, ains de mon propre mouvement tout seul) je luy envoyoys publiquement demander sa gazette chez luy, nonobstant que je l’eusse receüe, afin que persone ne prétendit de la venir voir par mon moyen et que chascun ballast voir

Dans la Gazette de Renaudot. — ^ Les suppléments donnés de temps en temps à la Gazette.

chez luy, car il ne la reimprimoit gueres souvent, mais il troiivoil quelque petit advantage de l’aller faire voir à ses amys et à ceux qui avoient la curiosité de l’aller voir chez luy, tellement qu’au lieu de luy oster sa prattique je la luy faisois valloir davantage, attendu que pron de gents ne croyoient pas bien les nouvelles de la gazette, lesquels y defferoient davantage quand ils voyaient que je prenais le soing de l’envoyer demander, à cause d’une mauvoise réputation qu’on m’a mis sus que l’on tient que j’aye d’aussy bons advis que guieres d’aultres, ce qui accreditoit sa gazette aultant qu’aultre chose quelconque. Je n’ay pas encore veu ce prétendu correspondant qui n’ose se présenter devant moy de honte de sa jalousie et calomnie, mais je ne m’en mets guieres en peine, et m’en passeray plus facilement de beaucoup qu’il n’avoit cru.

Je vous renvoyé enfin la sentence contre le pauvre Galilée, et y ay joinct un extraict que je vous supplie de ne communiquer poinct hors de ceulx de vostre maison, qu’à M'’ Luillier, et de n’en pas laisser prendre coppie à persone, pour bons respects qui regardent non seulement la personne du dict sieur Galilée, mais aussy ses amys, et particulièrement celuy à qui la lettre estoit escritte, lequel la vous communiquera possible luy mesmes un jour. Mais elle avoit esté adressée ouverte à celuy qui nous en a donné cette communication avant que la faire tenir à son adresse, croyant qu’il ne manquera pas de l’envoyer et à vous et possible au bon P. Mercene, mais il luy fault laisser le plaisir tout entier devons en faire part quand bon luy semblera, sans que vous fassiez semblant, s’il vous plaict, de l’avoir veüe, car je sçay bien que l’autheur a grand interest et désir que cette relation ne coure pas, et il luy en pourrait mezadvenir tost ou tard, ce qui empeschera peult estre celuy à qui la lettre est escritte d’oser la faire voir à persone. C’est pourquoy je n’ay pas voulu manquer de vous en faire part en toute façon.

Pour le Georgius Syncellus et le Theophanes etaultres continuateurs, Monsieur Haultain y pourrait sans doubte fournir de trez bonnes notes, que d’aultres ne pourroient peult estre pas aussy facilement que luy;

IMPRIMCniE NATIOKALe.

7/i LETTRES DE PEIRESC [163â]

eiicores fauldra t’il voir de luy en faire demander des nouvelles par du Mesnil Aubery ^ en delfault de M’’ Rigault, si le trouvez à propos. Au pix aller je luy escriray un mot, car s’il vouloit donner ses notes ou sa version, il auroit tousjours bonne part à l’édition quelque part quelle se fist. Et AE de Fontenay ne luy envieroit pas l’bonneur, au contraire il affecteroit de luy en conserver tout ce qui luy en appartiendroit. Et sur ce je finis demeurant.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 avril i634.

Vous verrez les nouvelles de Constantinople venues du costé de Ligourne qui nous laissent en meilleure esperance que nous n’estions depuis l’arrivée de celles de Smyrne; vous en verrez aussy de Rome. Je vous prie que la despesche cy joincte de M‘’ Saulmaise et pour luy ne passe que par voz ieulx comme le mémoire du G[alilée] et pour cause, afin de me maintenir creance et de ne gaster la négociation qui se romproit sans doubte si on l’esventoit.

Quand vous aurez veu les advis de Constantinople, je vous prie de les envoyer au bon P. Gilles de Loscbes, si ne l’avez dezagreable. AE leMarescbal est à la Tour d’Ayguez depuis quelques jours et y prend les bains, ne taisant pas estât de revenir plus tost qu’aux Testes^.

* Un (les correspondants parisiens de Pci- Iras, écrites du 2 6 septembre i634 au 12 féresc. On ne compte pas moins de 45 lettres vrier i636 (fol. 691-719). à M' du Mesnil-Aubery dans le registre IV ^ Vol. 718, fol. 3o. des Minutes de ITngnimbertine, à Garpen-

AUX FRERES DÜPUY.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Avec vostre despesche du mecredy 29® mars, j’ay receu tout plein de petites curiositez dont je vous remercie trez humblement , ensemble des advis tant de Rome que de voz cartiers qui n’estoient pas venuz jusques à nous, et particulièrement l’establissement de ceste nouvelle Academie^ faicte en concurrence de la Grusca, laquelle n’a pas esté inutile pour la polissure de la langue italienne, quoy qu’il ne luy aye pas manqué des contradicteurs. Et si celle cy peult aultant faire de bien à nostre langue que celle là à la sienne, il n’y aura pas de quoy se plaindre de ceux qui s’y sont employez^. Je n’ay pas encore sceu voir ce beau poeme de M" d’Andilly^ par ce que la lettre en est si menüe, et que des visites intempestives m’ont faict un peu morfondre, et gaigner une defluxioii sur les yeux qui m’empescbent de pouvoir escrire aussy bien que lisre à mon grand regret, car j’eusse bien désiré de pouvoir commancer de mieux proffitter le temps de noz feriats où nous sommes entrez depuis hier, comme nous n’avons pas laissé de commancer quelques petites expériences avec M*" Gassendy, concernant l’anatomie des yeux et la maniéré de la vision, où nous avons descouvert des secretz non communs, qu’il fauldra faire mettre par escript quelque jour

‘ On sait que l’Académie française, officieusement approuvée par le cardinal de Richelieu en i63/l, fut officiellement établie par des lettres patentes du Roi signées le 2 janvier i635.

* L’Académie française n’a pas fait moins de bien à notre langue que l’Académie de la Grusca à la langue italienne, et nous devons l'épéter avec autant de fierté que de reconnaissance l’éloge, d’autant plus fort qu’il est plus simple, donné par Peiresc aux fonda-

teurs de l’illustre Compagnie: ail n’y a pas ■de quoi se plaindre de ceux qui s’y sont employez, n

° Le poème sur la Vie de Jésus-Christ, par Robert Arnauld d’Andilly, publié à à Paris, chez J. Camusat (if)34), in-4% et plusieurs fois réimprimé soit séparément, soit dans les OEuvres diverses , qui parurent d’abord chez J. Camusat (la 6“ édition est de 1 61'4/i , in-4°), ensuite chez Pierre le Petit (1659, in-i 2 ; 1675, in-fol.; i685, in-i 2).

un peu plus à loysir Dieu aydant; je ne sçay si je ii’ay poinct oublié (le vous advertir par le dernier ordinaire que j’avois lors fraischement receu de la part de Messieurs les Moreaux un petit fagot de vos livres, où vous aviez mis une couple d’exemplaires de quelques livres bien curieux, et dont j’auray moyen de faire bonne part à mes amys, entre lesquelz estoit ce bbvre de Brigius in lol°, dont j ay incontinant donne l’un à M'' Gassendi qui s’en sçaura mieux servir que moy du mien; des portraicts des Boys du sieur de Bié, j’en pourray pareillement faire passer un delà les montz, et ne s’en fallut guieres que par le dernier ordinaire, je ne feisse passer aussy ces considérations d’Estat du cliancellier Baccon, mais un mot trop libre que j’y avois rencontré m’en empesclia, et me fera sonder le gué à l’advance pour sçavoir si on le voudra voir tel qu’il est. La foulle du degel du Parlement^ et ma delluxion qui est survenüe aprez cela ne m’ont pas laissé de jetter les yeux sur ce libvre des compas de proportion pour voir le traicté qu’on y a mis des mesures. Il y avoit aussy un exemplaire de cette relation de Canada que je n’ay poinct encore veüe, bien que j’en aye desja envoyé à Rome un aultre exemplaire, ce me semble. Vous y aviez encores mis Consilium Begium de Scopius^ avec les généalogies de la maison d’Anstricbe^, dont je vous remercie trez bumblement comme du Nubiensis^ et du Malapertius dmjuel j’envoyay un exemplaire à Rome, où c’est (jue l’on avoit grande impatience de le voir; mais je ne pense pas qu’ils y trouvent tout ce qu’ils s’en sont imaginez. J’escripvis par le mesme ordinaire à Dom du Puy et luy envoyay l’episti'e circulaire (jue vous aviez désiré, avec la lettre du P. Morin au sieur Pietro délia

' iN'ous avons déjà trouvé plusieurs fois dans cette coiTospondance l’expression niélapliori(|ue : dégel du parlement, sans en avoir donné rex[)licalion. On appelait ainsi les vacances du parlement, l’époque oi'i, comme l’eau qui se dégèle, il reprenait sa liberté.

’ Voir sur Scioppius (Gaspard Scliopp) divers ])assages des tomes I et R indiqués à la labié. Voici le titre complet de l'ouvrag’e

cité par Peiresc : Consilium Regium, in quo a XII Regibus demonstratur quibus modis Rex Uispantw omniabella féliciter pro^igare posset (Francfort, 1G19, in-S”).

^ Stemma de origine domus Austriacœ (1619, in-/i°).

* Mention a été faite dans les tomes précédents de l’ouvrage d'Edrisi [Nubiensis geographia).

[163/1 j ■ AUX FRÈRES DUPUY.

Yaüe, et aultres miennes tant pour le dict délia Valle que ])our le P. Athanase Kircher sur le subject principalement de ce vocabulaire des Koplîtes, pour raison duquel je ne les sçaurois ponict laisser au repos que je n’en aye la communication, ou que je n’en aye anticipé l’édition de quelque façon. Je peiisois pouvoir escripre de reclief à de Saulmaise pour accompagner les lettres que je luy voulais communiquer sur ce subject tant dn dict sieur Pietro délia Valle que du dict P. Atbanase lequel y a joinct quelques lignes du texte Arabe de son Baracbias^ mais on me vient d’advei^tir que l’ordinaire doibt partir demain de grand matin, et qu’il fault que j’envoye ma despesclie à ce soir à la poste, et oultre qu’il est desja bien tard mon rhume ne me laisse pas la quiétude qu’il fauldroit pour pouvoir satisfaire à mon debvoir tant envers luy qu’envers les aultres ausquels je pensois escripre. Au reste il semble que la nouvelle de la mort de IVP de Marcheville ne soit pas véritable, car j’entends qu’il y a des lettres contresignées de luy en datte du 8® febvrier, où c’est que le sieur Auguste son secrétaire faict des excuses sur ce que son maistre ne pouvait escripre de sa main, pour estre empesché à d’aultres affaires plus pressées, mais il fault pourtant qu’il y ayt eu de grandz desordres, car M’’ de Gesi'^ escript aussy de mesme datte, à ce qu’on m’a voulu dire, qu’on sçaura par aultre que par luy des nouvelles de ce pais là, beaucoup plus que l’on ' ne vouldroit, et qu’il avoit esté exempt de tout; si l’ordinaire ne partait demain, l’on nous faisait esperer du costé de Marseille des aultres particularitez dont je n’eusse pas manqué de vous faire part, sur quoy je finiray demeurant.

Monsieur,

. vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 9 avril lôSà.

' Le Barnchias du P. Athanase Kircher a élé déjà plusieurs fois mentionne'. •

“ Philippe de Harlay, comte de Gëzy, avait succédé, dans l’amhassade de Constantinople (t 69.0) , à son frère Achille de Harlay. Racine

l'a mentionné dans la Pré/ace de Bajazel. Après le départ du comte de Marcheville, il géra de nouveau l'ambassade pendant plusieurs années et fut remplacé, en 1 689 , par Jean de la Haye, seigneur de Vantelel.

LEÏTIiES DE EErilESC

Du

L’ordinaire n’estant pas party ce matin, comme on nous en avoit menacé, j’ay encore dicté une lettre pour M" de Saulmaise que je vous prie de luy faire tenir avec les aultres c[in y sont jointes par voye la plus asseurée que vous pourrez choisir, ayant laissé le pacquet ouvert à cachet volant, à celle fin que vous le puissiez voir si vous jugez qu’il en vaille la peine, mais je pense qu’il sera expédient qu’il ne soit pas veu par d’aultres que ceux de vostre maison. J’ay pareillement faict escfipre au bon P. Gilles de Losches à qui je vous supplie trez humblement de vouloir faire tenir ma despesche et de l’accompagner seulement d’un petit mot de vostre main pour les considérations que je vous disois dernièrement, et sans tirer à conséquence; j’avois des hier escript ou faict escripre au P. Théophile Minuty des Minimes qui pourra meshuy estre arrivé en cour par le droict chemin de Rome à Paris, depuis le ao® mars qu’il in’escripvit de Civita Vecchia jusques à la réception de ceste desjiesche, qui s’en ira jusques au samedy de Quasimodo si elle passe par la Rourgongne , car il est difficile qu’elle arrive d’icy à Lyon pour en pouvoir partir mercredy prochain pour Paris, comme je vois qu’il est arrivé aux aultres que vous n’aviez pas receües lors de la datte de vos dernieres et que vous n’aurez eues que le samedy suivant, si elles ont deuh passer par la Bourgogne quelque difficulté qu’aye peu faire Monsieur nostre Gouverneur de laisser establir ce nouvel ordre ; je vous supplie donc de vous enquérir si le dict P. Théophile sera point arrivé ou nom, de quoy le bon P. Mercene vous pourra tenir adverty, et peut estre aussy M*" de Thon s il est en cour, où je m’asseure qu’il aura ses addresses chez Monseigneur le Cardinal et chez M*' Bouthillier, et si vous avez moyen de luy rendre quelques bons offices; je vous supplie de luy en estie aussy liberal que vous avez accoustumé d’estre envers ceux qui (ravadlent pour le public comme il a faict avec tant de peine et de danger, pour arracher du Levant les livres et aultres singularitez qu’il en a tiré, dont je vous aurayaultant et plus d’obligation que si c’estoit en ma piopie personne que vous eussiez voulu exercer vostre honneslelc, la sienne ne me devant pas estre moins chere que la mienne. J’ou-

bliois de vous dire que M‘' nostre Archevesque ^ est entré eu fort mauvais inesnage avec son cliapitre depuis quelque temps, y ayant diverses appellations inteijettées comme d’abbus de ses ordonnances, pour avoir ' luy voulu visiter non seulement l’Eglise, le Sacrement, la Sacristie, le Gimetiere, mais aussy le lieu destiné à tenir leur cliapitre, où ses devanciers ne sont jamais entrez sans avoir laissé leur croix à la porte, et pour y tenir seulement la première place des capitulantz ce qui est bien déplorable, pour ne provenir que de l’instigation d’un chanoine fort mal voulu et fort mal méritant de son chapitre, pour l’amour duquel Monsieur l’Arclievesque pert insensiblement les bonnes volontez non seulement de tous ceux de son église, mais quasi de toute la ville, où ce chanoine s’est rendu fort mal supportable, et toutesfois il a gaigné un tel ascendant sur M’’ l’Arclievesque qu’il semble qu’il luy donne tel mouvement et qu’il le face agir comme il luy plaist, en quoy je plains bien ce bon seigneur qui eusse bien peu espargner la plus grande part de la peine et des inquiétudes où il s’engage.

J’ay receu une lettre du sieur Boule qui s’est trouvé de Marseille, beau-frere d’un des amys de nostre maison, lequel il veult venir voir; je luy ay rescript de différer un peu sa vende de deux ou troys semaines plus tard, afin que je peusse sçavoir de vous à l’advance ce que vous trouveriez bon que je luy demande et que je luy fasse promettre, et s’il y avoit quelque article plus considérable que vous jugeassiez mériter de luy estre communiqué par dessus le contenu de vostre glossaire imprimé, vous le pourriez faire transcrire de la marge de vostre exemplaire par Quentin ou par aultre , et je le fairois insérer à la marge de mon exemplaire de l’Histoire de M‘’ de Thou pour le luy monstrer.

Je viens d’apprendre d’un gentilliomme venant de Rome que mardy passé il rencontra les galeres de M*’ de Noüailles à Ligourne, qui pensoit aller le lendemain à Givita Veccbia.

* G’ëtait toujours Louis de Bretel que nous berative dans un chapitre» {Dictionnaire de

avons déjà trouvé dans le tome II. Trévoux). Littré, dans son Dictionnaire , ne

^ I.e capitulant est ffcelui qui a voix déli- cite aucun écrivain à ce sujet.

Aydez nioy, je vous supplie, envers M*’ L’huillier pour luy faire excuser mes impertinances en une lettre où je luy ay escript des resveries de ma mode, que vous estes en possession de pardonner trop librement L Ce xi' dans le lict.

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