XI
À PARIS
Monsieur,
Vostre despesche du 5 de ce moys, laquelle selon le nouvel ordre eust deub arriver icy mercredy, n’est venüe que ce matin avec les lettres de Lyon du ayants chaulmé à Lyon cinq ou six jours pour n’en partir que le jour ordinaire et pour ne contrevenir aux ordres de M*" nostre Gouverneur et aux conventions d’entre le païs et les maistres des courriers, comme les nostres, ne partants d’icy que le mardy, ne peuvent estre à Lyon à temps pour l’ordinaire qui vous arriveroit le lundy, et par consequant assez à temps pour respondre le mecredy suyvant. C’est pourquoy, jusques à tant qu’on ayt r’adjusté cez petits diflerants, j’estime que quand vous n’escrirez que par l’ordinaire de Lyon du vendredy, voz lettres arriveront assez à temps à Lyon pour nous estre apportées avec toutes celles qui viennent par Dijon. Gomme le précédant ordinaire m’apporta avec vostre despesche du 29 mars la Gazette du 1 avril contreiaicte desja dans Lyon, que M"" du Lieu avoit joincte à vostre pacquet, comme à cette foys icy il me parle de la Gazette du 8“® bien qu il ayt oublié de me l’envoyer selon l’offre qu’il m en avoit faicte, m’ayant seulement voulu dire ce qu’elle contenoit de la vie saulve de M® de Marcheville. Mais je ne vous conseille pas de vous en vanter ou den faire aulcun bruict, laissant envoyer à la poste dez le mecredy toutes les lettres qu’on me vouldra envoyer, sauf à vous
Vol. 718, fol. 82. Voir, a \ Appendice, uae lettre de Jacques Dupuy du q avril i63/i.
[163A] AUX FRÙRES DUPUY. 81
de tenir la voye la plus courte, et qui peult arriver de plus fraisclie datte. Car comme vous en faictes l’addresse à M'' du Lieu, personne ne sçauroit prendre de la jalousie à la poste que vous y envoyiez des lettres pour Provence à aultre jour que le mecredy. Cependant nous aurons dans cet entretemps voz nouvelles plus fraisclies de troys jours, et si M*' du Lieu tient parole et satisLiict à ses olïres, il nous envoyera en mesmetem])s la Gazette sans que nous passions plus par la tyrannie du gazettier. Et quand on aura faict consentir Monseigneur nostre Gouverneur que les courriers d’icy partent le lundy matin, et de Lyon le mesme jour, vous prendrez lors le mecredy sans regret et sans qu’il se perde aulcun temps en chemin que celuy de coustume.
Mon rhume n’a pas manqué de me faire passer la neufvesne entière quasi à son ordinaire sans pouvoir tenir des lunettes à mes ieux, ne par consequant escrire de ma main ; hier j’avoys voulu reprendre mon train, mais j’eus un peu de recheutte qui m’en fist abstenir toute la moitié du jour. A ce matin j’ay leu les lettres que l’ordinaire m’a apportées tant de Rome que de Paris, et avoys desja un peu de menasse de ma defluxion qui m’a faict quitter la besoigne, et toute l’aprez disnée s’est passée à de nouvelles expériences sur les ieulx en bonne compagnie de M*" Gassend avec deux ou troys aultres persones bien curieuses^ qui n’ont pas eu moings de plaisir que moy à voir le progrez de la vérification de mes conjectures et distinguer les lieux dont se sert la nature pour y peindre les images et les réfléchir (en sorte qu’elles se redressent et retournent toutes droictes dans le crystallin, qui les avoit r’enversées par ses refractions) d’avec les aultres lieux ([ui ne servent qu’à obscurcir, et faire mieux marquer les couleurs des images, comme dans une chambre bien obscure elles se peignent plus nettement sur le papier que s’il y a tant soit peu d’aultre clarté que celle qui y doibt accompagner les dictes images. Et l’importance est (jue, dans la concavité de l’oeuil, nous y avons observé comme un orizon ou bien comme un certain niveau au dessoubs du lieu où aboutit
‘ Le notaire et collectionneur Boniface Borrilli était au nombre des experimentaleurs.
ni.
IMPKIUCIVIC XATIOÜALE.
le nerf optique qui distingue le noir du fond de la région de l’interieur ou hemispliere de l’oeuil d’avec la doreure ou lustre métallique régnant sur le dict orizon partout où peuvent parvenir les images du dehors, comme dans un miroir concave qui occupe quasi tout ce qui est du derrière de l’hemisphere supérieur de l’oeuil jusques au vertical d’iceluy, si ce n’est du costé du nez, où la noirceur s’advance un peu plus avant comme aussy sur tout le devant de la sphere de l’oeuil, qui se trouve enduict d’une couleur fort noire et fort brunne, et cappable de teindre les doigts comme de l’ancre grasse et quasi comme de la boüe, si ce n’est en l’ouverture qui sert de fenestre, par où s’introduisent les especes dans la concavité de l’oeuil. Ce qui apprestera bien de la matière aux curieux qui vouldront discourir de la vraye maniéré de la vision naturelle , mais il nous fault encores tenter quelques aultres experiances, qui pourront donner de plus grands esclaircissements d’une chose qui jusques icy a esté si peu cogneüe et si peu examinée par ceux qui pouvoient joindre ce qui estoit de la mathématique avec ce qui est de la medecine,car l’une sans l’aultre y laissent de grandes difficultés et qui empeschent d’acquiescer à leurs maximes plus communément receûes, et traictées tousjours sans en faire l’experiance comme il eust fallu avant toute œuvre. Je vous feray part en son temps de noz conferances sur ce subject, m’asseurant qu’elles ne vous seront pas dezagreables, et seray bien aise de les communiquer à Monsieur Midorge^ qui avoit aultres foys voulu travailler à l’examen de cez lunettes de longue veüe et des moyens de les meliorer, lequel est possible des plus cappables juges qu’on sçauroit aujourd’hui choisir en toute la cbrestienté pour cette matière et qui en pourra tirer le plus de fruict, s il veult se donner la peine d’y songer et d’en coucher son advis par escript ou pour le moings le dire. Cependant il ne sera pas hors de propos que cecy soit entre vous et nous s’il vous plaict, si ce n’est qu’en veuilliez faire part a M*" Luillier à qui j’en avoys touché quelque chose
Le matliérnaticien Claude Mydorge, déjà plusieurs fois mentionné. Tout le passage relatif a la communication a faire a Midorge a été ajouté après coup par Peiresc au bas de la page.
[1634] AUX FRÈRES DÜPUY.
dernièrement. Car possible avec le temps y aura t’ il à tirer des consequances aulcunement différantes de ce que nous pouvions nous promettre d’abbord, mais je n’ay peu me contenir de vous faire part à l’advance de l’advis de cez nouvelles descouvertes, aussy bien que du plaisir que nous y avons prins, où je vous supplie d’excuser aussy bien mon incontinance et ma trop grande liberté que mes aultres manquements et ma mauvaise escriture, craignant bien de ne pouvoir pas achever de vous respondre de ma main à vostre derniere despescbe pour le moings de ce soir, mes ieulx commençants de se rendre plus moittes qu’il ne fauldroit; c’est pourquoy je finiray attendant si demain ils seront en meilleur estât de me laisser acquitter de mon debvoir, et demeureray à jamais.
vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce i5 avril i634,
A vous seul, s’il vous plaict. Monsieur b
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
Puisque mon oeuil me donne un peu de relasche, en vous accusant la réception de toutes les curiositez que vous avez joinctes à vostre despesche du 5 avril, et en vous rendant les trez bumbles grâces (jue je doibs, je vous remerciray par me.sme moyen de ce poeme du sieur d’Andilly^ qui a esté prixsé comme il le mérité, ne s’estant rien veu en ceste matière qui le puisse esgaller, m’en estant demandé de tant de
Vol. 718, fol. 34. — * Le poème sur Jésus-Christ, plus haut mentionné.
8/i LETTRES DE PEIRESC [1634]
parts que si j’en avoys une douzaine elle ne me suffiroit pas. Et s’il n’y avoit privilège, noz imprimeurs l’eussent fort volontiers contrefaict; c’est pourquoy je vous supplie de m’en envoyer quelques exemplaires ([uand vostre pacquet ne sera pas trop gros pour la poste. Je suis trop obligé à M" Hullon aussy bien qu’à M*’ Bouchard de la continuation de riionneur de leurs bonnes grâces. Depuis ce que je vous escrivis des ôtîices que j’avoys tascbé de luy rendre auprez de M*’ de Noüailles, il me voulut escrire de Marseille, avant que s’embarquer, une si honiieste lettre que j’envoyay à M*" Bouchard par le dernier ordinaire d’Avignon, et tascheray de le prendre au mot pour la correspondance atin principalement de pouvoir continuer de servir M"' Bouchard, plus tost que pour aultre chose, estant meshuy reduict à ne pouvoir guieres bien satisfaire à mon debvoir envers la plus part de mes amys, à faulte (le santé et de force dans le peu de temps que j’ay, tellement que je n’ay pas besoing de beaucoup de nouvelles surcharges, mais pour l’amour de cez Messieurs il fauldra se faire un peu de violance quand besoing seroit pour ne rien obmettre en leur service à faulte de nous prévaloir des moyens que Dieu nous pourroit ouvrir. Estant tout certain que, comme vous dictes, si ce seigneur avoit gousté ce jeune gentilbomme, il en feroit luy mesmes plus de recherche qu’on en sçauroit faire de l’aultre costé.
.l’ay eu des lettres du R. P. Dom du Puy du 27 mars qui portent ([u’il avoit esté fort bien accueilly de l’Eininentissime Cardinal Barberin avec vostre suppli(|ue pour S‘ Leons et qu’il en avoit bonne esperance et que le sieur Pietro délia Valle avoit faict grand cas des observations que vous aurez veües sur la langue des Kophtes, sur quoy il preparoit une grande epistre où il vouloit alléguer des livres rares et curieux. M* 1 Arcbevesque de Tboulouse m’a escript du 2 avril, eu partant de i^aris pour letourner à son abbayie, qu’il avoit laissé desja la moitié de la coppie de ses Astronomes faicte par le soing de M‘' Aubert, le- ([uel me 1 envoyeroit incontinant, et je m’imagine que le retour des galeies de M' de Noüailles me debvra apporter la coppie des livres du S Cyiille de M* Ilolslenius. Le livre de la ceremonie des chevaliers du
s*’ Hozier^ sera trez bon à voir en son temps et je vous suis obligé de l’advis et du soing de m’en retenir comme de tant d’aultres. N’ayant encores peu voir relié le libvre des Roys de France du sieur de Bié, qui ne seroit pas à mon advis sorty sans un peu d’abrégé de leurs vies si le pauvre M"" Duval eust vescu , et pense qu’il sera trez à pro])os de les y joindre pour le rendre de meilleure debitle, et d’usage plus universel.
Je vous remercie encores trez humblement du soing qu’il vous piaict ‘ me promettre pour le P. Gilles de Loscbes, à qui j’escriray encor un mot, si je puis, par cet ordinaire, et puis qu’il vous piaict ne l’avoir ])as dezagreable je continueray de vous en faire l’addresse. Je viens d’avoir des nouvelles de Leyde que je feray transcrire pour vous et vous prieray de les luy envoyer aprez que les aurez veües, car il en est un peu curieux et a de si bonnes et si loüables parties qu’il mérité bien d’estre servy et favorisé; s’il a jamais le bien de vous voir, vous en serez, je m’asseure, bien satisfaict. Il y a quelque bruict icy aujourd’buy que le Prince Thomas de Carignan s’est donné au Cardinal Infant, ce qui nous faict appréhender cl’aultres suittes plus fascheuses de la part de son frere aisné et que le voisinage ne nous fasse charger de trouppes. Les Espagnols font garde fort extraordinaire du costé de Barcellone, où ils ont appréhendé une descente de la part des Hollandoys qui ont passé le destroict avec i 36 navires bien armez, et ont de la jalousie du voyage
‘ Sur le généalogiste Pierre d’Hozier, voir t. I, p. 906. Le livre dont parle Peiresc est une simple pièce intitulée : Les vériVthles cérémonies royales faictes à la réception de Messieurs les ehevaliers de l’ordre du S. Esprit dans le chasteau de Fontainebleau. Ensemble toutes les particularitez qui se sont passées en icelles, etc. (Paris, i633, in-8°). Sans nom d’auteur. M. .loannis Guigard, qui cite cet opuscule dans sa Bibliothèque héraldique de la France sous le n° 696 (Paris, 1861), n’a pas su que P. d’Hozier l’avait composé, ce qu’ont pareillement ignoré les autres bibliographes. IM. Guigard,
en revanche, mentionne, sous le n° G99, un ouvrage sur le même sujet, mais beaucoup plus considérable, sorte de nouvelle édition de la brochure de iG33 : Les Noms, Surnoms , Qualitez, Armes et Blasons des chevaliers et officiers de l’Ordre du Saint-Esprit creezpar le roy Louys XI IL . . à Fontainebleau le lâ mai 16 33, avec les figures en tailles douces, curieusement gravées et représentant au vrai les cérémonies et vêtements des dits sieurs chevaliers , et un ample discours sur ce qui s’y est passé. Le tout recueilli par Pierre d’ilozier, sieur de la Garde, historiographe et généalogiste de France ( Paris , 1 63/i , in-fol. ).
(le M*’ le Prince en Languedoc, quelque pretexte qu’il ayt prins de la vente des biens de Montmorancy qui n’en vallent pas la peine ; mais on croid sur les lieux que ce qui l’y a ammené soit le désir d’achepter l’equivalent, lequel entre ses mains pourra valloir 5oo mille libvres. Il est à Pesenas, et dict on qu’il doibt aller sur la frontière de Roussillon, et qu’il a quelque esperance de ce gouvernement là pour son second fdz qui porte le nom de Montmorancy . Mais en ce païs icy il n’y a gueres de certitude en toutes les nouvelles qu’on nous debitte. Bien est il vray que le lendemain de son arrivée à Bagnols, estant voulu aller à la pesche des truicttes, un cheval se cabra soubs luy, par quelque frayeur inopinée qui le surprint, en sorte qu’il fut abbattu, et craignoit on qu’il n’eusse la jambe rompüe, mais on ne le sceut empescher de marcher dez le lendemain quasi sans cesse.
Nous n’avons poinct eu icy durant cez bonnes festes Monseigneur nostre Gouverneur qui a esté à la Tour d’Ayguez le reste du caresme, et disoit on qu’il vouloit aller à Manosque, ayant pour cet effect envoyé quérir quelques emmeublements de sa maison, ce qui avoit bien aydé à augmenter les bruicts qu’on avoit apportez de Paris qu’il ne voulusse estre gueres plus longtemps avec nous au moings en cette ville, le différant de la disposition des Prevosts des Mareschaulx ayant esté vuidé et ordonné par le Roy que pourveu qu’il luy en demeure un avec c[uelques archers prez de sa persone, les aultres exécuteront les mandements de justice et de la cour, sans aultre formalité. Pour celuy des honneurs à l’eglise, le Boy a fait escrire par M"^^ Servienz au Parlement que M*' le Gouverneur donneroit luy mesmes le contentement qu’on jjouvoit desirer, et que sa Majesté nous r envoyeroit bientost M*’ nostre Premier Présidant avec les ordres necessaires pour tenir des conferances, et y examiner les occasions de different, avant que les porter à sa dicte Majesté. Nous 1 attendrons en bonne dévotion et je demeureray.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 17 avril i634.
Du 18“"= avril.
Depuis avoir escript j’ay receu divers advis d’Italie et du Levant dont vous aurez la communication, et me ferez la faveur d’en faire part au bon P. Gilles aprez que vous en aurez prins la veüe à vostre commodité. L’on a aussy apporté céans deux assez gros ])aquets adressez à M*" Gassend, dont l’enveloppe de l’un estoit escripte de vostre main, qui ont esté gardez 3 jours par les valletz des Moreaulx, pour s’en batire les joües^ et les taxer à leur discrétion, croyants leur estre loisible de rançonner celuy à qui en estoit faicte l’addresse, tellement que dezliormais il vauldra mieux me faire l’addresse tout droict à moy de ce que vous vouldrez faire tenir au dict sieur Gassend, afin que cez gents ayent plus d’appreliension de mon nom que du sien, et qu’ils ne se donnent pas la liberté de les tant garder entre leurs mains, cela estant cause que je ne sçauroys respondre à ce coup à AP Bourdelot de qui j’ay receu une fort lionneste lettre soubs cette enveloppe là, mais le courrier estant prest à partir, il fault de nécessité que je remette à la semaine prochaine.
J’ay enfin recouvré le placard imprimé de la part de M'' d’Espernon que je vous renvoyé avec mes remerciments trez humbles, vous asseurant que l’apprehension que j’ay eu qu’il ne se fust esgaré me fera plus advisé à l’advenir à ne plus mettre de telles pièces si curieuses originellement, quand je n’en seray pas le maistre, entre les mains de grands, vous suppliant d’excuser le retardement de cette restitution qui estoit desja si envieillye
* Locution qui, ce me semble, n’a pas été recueillie par nos lexicographes. — ' Vol. 718, fol. 36.
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS
À PARIS
Monsieur,
Vous recevrez cette lettre de la main de Gantez, qui a traicté de l’olTice de procureur general en nostre compagnie ^ et s’en va en cour pour en obtenir les provisions du Roy. Je luy ay des obligations particulières, et à M’’ son oncle, grand vicaire de l’Evesque de Marseille, comme j’en avoys eu à feu son père de fort signalées, et qui me rendent redevable en son endroict de beaucoup de service dont je voulclroys bien me pouvoir acquitter avec le secours de mes bons seigneurs et amys, attendu la foiblesse de mes forces. 11 a désiré avec une grande passion de pouvoir estre admis au nombre de voz serviteurs et à l’accez de vostre academie, lorsqu’il luy sera possible, si vous l’avez agréable. C’est de quoy je vous supplie trez bumblement, espérant que vous recognoistrez bien tost en sa persone plusieurs qualitez qui le peuvent rendre digne de cet bonneur, avec une modestie assez rare parmy ceux de nostre nation. Et que vous excuserez la confiance que j’ay prinse en vostre bonesteté incomparable, puisqu’il vous plaict me tenir. Monsieur, pour
vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce aS avril i63/i.
* On lit dans Les rues d’Aix, par Roux- Alpheran (t. II, p. iSy ), que la belle et vaste maison qui fait le coin de la rue des Grands- Carmes était autrefois une hôtellerie à l’enseigne du Cheval- Blanc , et que cette hôtellerie fut acquise, vers i66o, par François de Gantés, seigneur de Valhonnette, l’un des plus célèbres procureurs généraux qu’ait
eus le parlement d’Aix, et sur lequel nous avons une excellente notice par M. Mouau (dans le Mémorial d’Aix du ag août i84i). Roux-Alpheran ajoute que la famille de Gantés, qui depuis plus d’un siècle a cessé d’avoir sa résidence à Aix, y avait produit plusieurs personnages de mérite dont on peut lire les éloges dans le Dictionnaire des
[lG3/i] AUX FRÈRES DUPUY.
AI*’ Gantez ayant esté si lionneste de se vouloir charger d’un libvre qui pouvoit commancer de faire faulte de par delà, j’ay accepté sa courtoisie, attendant de faire partir bien tost une caisse, et si tost que les galeres seront de retour de Rome par lesquelles j’attends quelque chose pour vous de la part du R. P. Dom du Puy U
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Je vous ay une bien signalée obligation de la participation de voz nouvelles de Constantinople qui sont bien plus certaines et plus vraysernblables que les bruicts parvenus jusques à nous de toute aultre part, et regrette infiniment que Quentin ne se trouva chez vous lorsque vous aviez en main cette belle relation du 7 febvrier qui nous eust esté un repos d’importance dans la peine et l’apprehension où nous en estions. On escript de Venize du 6 avril que le Grand Seigneur avoit envoyé faire des excuses à M" de Marcbeville de ce qu’il s’estoit laissé mal informer, Dieu le veuille, et qu’il se trouve quelque voye d’accommodement qui saulve la liberté du commerce, pour ne perdre l’advantage que j’attendoys pour les livres d’heure à aultre et pour tant de pauvres familles chrestiennes qui seroient ruinées et accablées. On escript encore de Venize que l’on avoit apporté au Grand Seigneur les clefs du S‘ Sépulcre, ce qui me faict doubter que ce ne soit pour les remettre à la disposition du Patriarche Cyrille qui avoit voulu s’en emparer pour tenir les François soubs le pied^. Vous aurez, je m’asseure, des rela-
homtnes illustres de Provence, par Achard, notamment Jacques de Gantés, savant orientaliste, né à Aix le 4 février iSôy, mort dans la même ville le 12 juin i63i. Ce fut le père du procureur général, lequel naquit
le 2 février iSgô à Aix et y mourut le i5 mars 1679.
‘ Vol. 718, fol. 38.
^ La locution tenir sous le pied n’a pas été consignée dans le Dictionnaire de Littré.
tHI'RlMEAlC KATlO'tALC.
LETTRES DE PEIRESG
DO
lions fideles de tout cela tost ou tard, qui seront tousjours bonnes pour nous quoy que envieillies, quand vous trouverez la commodité de les taire transcrire, m’estonnant que le P. Théophile Minuti ne soit encores comparu en voz cartiers et croyant bien qu’il ne pourra guieres tarder s’il n’y est lors de l’arrivée de cette despesche. Je vous rends mille trez humbles grâces du bon accueil qu’il vous plaict luy promettre. Et vous en ay bien de l’obligation. Et s’il se void quelque relation bien exacte de ce mariage du Cardinal de Lorraine et de son évasion comme de celle de sa sœur et de sa femme, ce seroit matière bien curieuse pour le temps L Si quelqu’un de vostre cognoisçance faisoit de voyage en ce païs là, je vouldroys bien sçavoir les vrayes armoiries du bastard Jean d’Anjou, filz naturel et légitimé du bon Roy René de Sicile^, enterré en une chappelle par luy fondée aux freres Mineurs de Nancy où il laissa de quoy faire tout plein d’ornements d’eglise, aussy bien que dans l’eglise S‘ George de Nancy et aultres et dans le couvent des religieuses de S‘® Glaire du Pont à Mousson où il avoit une fdle religieuse nommée Rlaiiche^.
Il estoit seigneur du chasteau et maison forte de l’Avant garde en Lorraine où c’est qu’il pourroit se trouver de ses armes soit de pierre ou aux verrieres du chasteau ou de l’eglise, ou bien dans les seaux de quelque privilège octroyé à la communaulté des liabitans du dict lieu ou du grelTe de la justice qui y estoit exercée en son nom. Or je ne doubte poinct que ce ne soient les mesmes armoiries du Roy son
‘ Tous les détails les plus exacts suc ces divers événements ont été réunis par le comte d’Haussonville dans son Histoire de la réunion de la LoiTaine à la France (seconde édition, 1860, l. I, p. 259-894).
Jean, appelé le bâtard d’Anjou, cpii eut pour gouverneur René de Matheron , et à qui son père donna, en 14^3, le marquisat du Pont, vacant par la mort de Nicolas, duc de Calabre, ainsi que ses seigneuries de Saint-Remi et de Saint-Gannat en Provence.
11 épousa, en i5oo, Marguerite, fille de Raimond de Glandèves, seigneur de Faulcon et gendre de Palamède de Forbin. Il écrivit son testament le 28 juillet i524, et mourut douze ans plus tard. [Le roi René, par A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 434-435.)
^ Ce même nom de Blanche avait été porté par une sœur du bâtard d’Anjou, laquelle devint, en 1467, la quatrième femme de Bertrand de Beauveau , sire de Précigny, l’ami intime du roi René. {Ibid., p. 434.)
pere ; il n’est question que de la briseure et difl'erance ou marque de sa bastardise et de quel temps il a porté les armes de son dict pere qui en porta de troys ou quattre différantes sortes, selon les diverses fortunes où il se trouva , ce que j’affecte à cause de la proffession qu’il faisoit de la sciance de chevalerie et des beraults d’armes. Je pensoys avoir plus de moyen de vous entretenir, et mesmes sur la coppie des lettres de déclaration du Roy que je viens de recevoir de Marseille, pour la subrogation de M*" le General des galeres en la duché et pairie de Retz, à la charge de ne prendre son rang que du jour delà dicte déclaration, encor qu’il soit petit fdz en droicte ligne masculine d’Albert de Gondy pour qui avoit esté faicte l’erection U Mais la prérogative des érections posterieurement faictes a porté l’exclusion, à mon advis, de chose qui sembloit bien digne de grâce et de continuation. On publie aujourd’huy le contract de mariage de ma niece de Seguiran avec le sieur de Croix de la Cbafnbre des contes, filz du frere de feu M"" le Premier Présidant d’Oppede^. Ce qui me constraint de clorre demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 25 avril i634\
‘ Albert de Gondi, duc de Retz, marquis de Belle-Isle, pair et maréchal de France, eut de Claude-Catherine de Clermont, baronne de Retz et dame de Dampierre, Philippe-Emmanuel de Gondi, marquis des Iles d’Or, son successeur dans la charge de général des galères, lequel eut de Françoise- Marguerite de Silly, Pierre de Gondi, duc de Retz, pair de France, général des galères par la démission de son père, qui se retira parmi les pères de l’Oratoire.
^ André-Anne Forbin , seigneur de Sainte-
Croix, frère de Vincent-Anne Forbin-Maynier, baron d’Oppède, fils de François et de Lucrèce-Rartbélemy de Sainte-Croix , épousa, suivant contrat du 26 avril i634 (Antoine Augier, notaire à Aix), Catherine, fille de Hem’i de Séguiran, premier président en la Cour des comptes , et de Suzanne Fabri de Rians, sœur consanguine de Peiresc. Il fut reçu conseiller aux Comptes le 20 septembre 1662 en l’office de son père; il moiu*ut et fut enseveli à Sainte-Croix le 6 novembre 1669.
^ Vol. 718, fol. 39.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
RÜE DES POITHEVINS, CHEZ >r DE TIIOÜ, PREZ s' ANDRE DES ARCZ,
À PARIS
Monsieur,
Enfin la maladie extreme qui surprint le bon P. Théophile à Home à son arrivée, ayant interrompu le train de son voyage droict en cour, et la commodité du retour des galeres s’estant opportunément présentée, le nialeur de ce retardement a esté bon pour nous en ce que nous avons eu le bien de le voir et gouverner icy, bien que ce n’ayt esté que pour un seul jour, en attendant que Dieu nous face la grâce de le voir revenir, pour apprendre de sa bouche le succez de toutes ses pérégrinations, s’il est possible; cependant, suy vaut les prières que je'voiis avoys cy-devant faictes, je me promets de vostre bonté que vous luy ferez toute sorte de bon accueil et assistance, comme je vous en supplie de rechef, dont je vous seray à jamais redevable. Et s’il avoit de besoing d’argent, je vous supplie de luy en faire expedier sur mon compte, vous asseurant que je vous feray punctuellement indamnizer de tout ce que vous luy ferez fournir, soit pour son retour ou pour quelque aultre occasion que ce puisse estre. L’arrivée du nonce Bologneti \ ([ue nous attendons aujourd huy icy, m’embarrasse un peu plus qu’il ne me fauldroit pour vous pouvoir entretenir plus à souhaict; vous m’excuserez et me tiendrez, s’il vous plaict, tousjours.
Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
D’Aix, ce 29 avril i63/i*.
‘ Sur le séjour du nonce Georges Bolo- de divers animaux, voir Gassendi (livre V, giieti chez Peiresc, où il fut témoin desexpé- p. ho^). riences du grand curieux au sujet des yeux ^ Vol. /ii8, fol. 42.
A MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur,
Noslre dernier ordinaire de sammedy m’apporta voz deux despesclies du 2 0 et 2i“® de ce moys, quoyque venües par diverses voyes, mais je n’eus mes lettres qu’à l’issüe du Palais, et en mesme temps il me fallut aller au devant du nouveau nonce Bologneti, qui m’avoit envoyé complimenter par un gentilhomme tant de la part du cardinal Barberin que de la sienne. Et il m’a tenu en escheq ^ icy tout le temps qu’il y a esté jusques à dimanche au soir qu’il en partit, depuis lequel temps il me fallut adsister aux amenances^ de ma niece de Bouc^ chez M*" de Croix' son espoux, de sorte que je n’ay peu lisre voz despesches que bien tard. Et c’est ce qui m’a empesché de pouvoir envoyer à M" le sacristain Valbelle vostre mémoire à temps pour vous respondre par cet ordinaire de sorte qu’il fauldra diflerer au prochain. Cependant je tascheray de le monstrer à M*' Gras s’il est en ville et d’en tirer tout ce que je pourray. Mais jusques à ce qu’il voye que vous ayez la commande nous aurons delà peine à le faire parler françoys, tandis qu’il luy reste des espérances d’y rentrer. Je pensoys recevoir par les galeres les livres de Dom du Puy, mais j’ay eu par Lion une lettre de M*” de Bonnaire portant que certains libvres qu’il m’avoit acheptez estoient de-
* Au sujet de cette locution, le Dictionnaire de Littré ne cite aucun écrivain antérieur à l’auteur des Provinciales et des Pensées.
^ Le mot manque dans les Dictionnaires de Richelet et de Trévoux, ainsi que dans le Glossaire de La Curne de Sainte-Palaye. C’est une expression qui était usitée surtout <lans la région méridionale et qui s’appliquait aux fêtes données à l’occasion de l’entrée de
la nouvelle mariée dans la maison conjugale. Signalons le mot dans le Dictionnaire des idiomes romans du midi de la France, par Gabriel Azaïs, et dans le Trésor du félibrige , par Frédéric Mistral. On le retrouve dans la Chronique d’Isaac de Pérès (i55à-i6t i) , publiée à Agen, 1882, grand in-8°, p. 61.
^ La fille du président Henri de Séguiran, seigneur de Bouc, déjà mentionné plus haut.
ineurez entre ses mains sans les avoir peu joindre à une caisse c[uil (lict avoir embarfjuée, laquelle je nay pas pourtant receüe, et toute-
de ne plus esperer de la faire embarquer. Et pour ce subject il en avoit tiré le plus précieux pour me l’envoyer par amy sur les dictes galeres. Ce que je n’ay pas nom plus receu, dont je suis en grande peine, et crains bien qu’il ne m’ayt esté joüé quelque mauvais tour pour ce regard, la lettre de de Bonnaire n’ayant poinct de datte, et celle de i\E Menestrier estant fort vieille et d’auparavant le partement des galeres de plus de quattre jours ; ce me seroit une bien notable perte, car il y avoit de bonnes curiositez. Le tout à faulte que cez Messieurs m’ayent voulu croire, et remettre leurs fagots et pacquets ou cassettes ez mains du marchand le sieur Guillaume des Piots qui a son respondant à Marseille, lequel a receu par les dictes galeres une i 5"® de balles, entre lesquelles seroient fort commodément vendes les miennes et soubs deub chargement, à 2 escus pour balle, mais je suis ainsin malheureux, et cez Messieurs se donnent de la peine pour leur plaisir d’attendre qu’on les advertisse des commoditez qui sont trop promptes et de gents qui ne fréquentent que les marchands. Il fault escrire à Dom du Puy qu’il envoyé tousjours ses livres au dict sieur Guillaume des Piots pour les m’envoyer soubs l’adresse du sieur de Gastines, sous laquelle rien ne court fortune de se perdre, ne de demeurer en arriéré quand il y a des commoditez de voiture asseurées. Pour le Georgius Syncellus et le Tbeopbanes, j’en ay un exemplaire escript il y a environ une centaine d années d’assez bonne main quoy qu’en papier seulement, car cest par Andréas Darmarius qui avoit bouquiné toutes les plus célébrés bibliothèques Grecques de ce temps là. J’en envoyeray à M'' Bouchard un escbantillon, et s il veult le volume entier, il n’aura qu’à le commander. Le sieur Gantez, resignataire d’un office de procureur general en nostre parlement, qui partit d’icy huict jours y a, se chargea du libvre de M' du Gliesne que je pensoys envoyer par un aultre gentilhomme de mes amys qui partit en poste i5 jours plus tost, mais je ne sçay par quel malheur je ne me trouvay pas au logis lorsqu’il y ve-
noit prendre mon paquet. J’espere que si vous ne l’avez receu à l’arrivée de cette lettre, vous ne tarderez pas de l’avoir plus d’un jour ou deux. Et dans liuict ou dix jours aprez vous aurez mes troys volumes Gophtes pour M*‘ Saulmaise par les mains du bon P. Théophile, à qui il sembloit^ que cette courvée eust esté reservée puis que c’estoit lu y mesmes qui me les avoit apportez d’Ægypte. Mais je vous sup])lie de n’en faire pas là du hruict, à cause de la jalousie des aultres curieux qui pourroient avoir envye de les voir, jusques à tant que M‘' de Saulmaise les aye veus, et je pense mesmes qu’il sera bon qu’on ne sçaichc pas là que vous les ayiez envoyez à M’’ de Saulmaise ne que M‘’ de Saulmaise songe à cette sorte d’estude, pour ne nous nuyre en la communication des livres de pareille nature qui peuvent venir d'Italie.
Le pauvre P. Théophile trouva cet air’ de Rome à son arrivée si mal propre à sa disposition qu’il y tomba malade dans deux jours, et fut à l’extremité qu’on n’en esperoit plus de vie, mais Dieu l’en a garenty, et le reserve vraysemhlahlement à quelque aultre bon office pour le public, s’estant trouvé assez fort depuis sa maladie pour se pouvoir embarquer sur les galeres qui n’ont esté que six jours en mer et un de sesjour à Genes. Il partit sammedy d’icy pour Avignon et crois bien qu’il ne mettra pas plus de 1 5 ou 20 jours d’icy à Paris, si ce n’est que le Roy s’aclieminast à Lyon comme le hruict en est venu de ce costé là, auquel cas il ne pourroit pas passer oultre à Paris qu’il ne fusse expédié à la cour. Je vous r’envoye l’arrest de M*’ de Rordeaux, avec mille remerciments trez humbles, attendant que celuy qui regarde la persone du principal prévenu^ se puisse voir, s’il est permis, quelque jour. J’escrips à M‘' de Lomenie le passage de ce Nonce fju’il vous communiquera. C’est un homme fort affable, et qui monstre d’avoir de la curiosité^, et de la courtoisie tout ce qui s’en peult desii er, pour
' Depuis les mois « qui il sembloit jusqu’à la fin du paragraphe, Peiresc a mis, en marge, un Irait qui embrasse douze lignes du manuscrit, avec cette recommandation : ffÀ vous seul, s’il vous plaid.»
* Le duc d’Épernon.
^ Peiresc (Hait reconnaissant au nonce Bologneti de l’intérêt (pi'il avait pris aux expt'riences mentionnées plus haut et dont il va être encore question.
rhunieur françoise. 11 print la peine de venir céans, et y fut plus de deux heures avec tesmoignage de gouster tout plein de curiositez. Nous venons d’avoir advis de Marseille qu’il y est arrivé des despesches de leurs députez de Constantinople du i k febvrier, portant asseurance de l’accommodement de touts les desordres, dont on me promet une relation bien ample, mais elle ne pourra pas estre icy à temps pour cet ordinaire à mon grand regret pour l’amour de vous. Mais vous l’aurez, je m’asseure, apprins d’ailleurs par voyes aultant et plus asseurées, et plus promptes. Sur quoy je finis demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 1 inay i634.
J’ay depuis trouvé moyen d’escrire au R. P. Mercene, et lui envoyé un livre Arabe de la musique des Mores où il trouvera de l’exercice, ne l’ayant receu que depuis hier au soir seulement. Et seray bien aise de pouvoir envoyer quelque piece de nostre musique en ce païs là, pour capter la benevolence ^ du maistre de musique de cez Mores, de qui l’on a arraché ce libvre, dont j’ay laissé le choix à la discrétion du dict P. Mercene, pour acbepter ce qui luy semblera plus propre. Et je vous supplie de vouloir faire fournir les fraiz necessaires et me le faire tenir le plus tost que faire se pourra, pour ne perdre la commodité des navires qui se préparent pour ce païs là.
J oublioys de vous dire que j’ay receu à part deux libvres que le cardinal Barberin m’a envoyez par ces galeres : l’un, de l’an 1682, de Faniianus Strada^, Jesuite, de sa première decade de Bello Belgico, arri-
‘ Littni rappelle que la langue a longleinps hésité entre beniveillance , hicmoillance , benivolence et bienveuillance. Littré aurait pu ajouter une ciu([uième forme, benemlence, <pii, avant d’ôlre adoptée par Peiresc, a été employée par Amyot et par Montaigne. L’ami
de Peiresc, Malherbe, écrivait bienveuillance.
^ Faminni Stmdæ Romani e socielate Jesu de Bello Belgico (Rome, 1 63-2 , in-fol.). Voir la liste des diverses éditions suivantes dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. III, in-fol., col. 967.
[163/i] AUX FRÈRES DUPUY.
vant puis le decez de Charles V jusques au gouvernement du duc de Parme exclusivement, avec de grandes figures en taille doulce en grand volume in fol. et en beau papier; l’aultre volume est de Bello Suecico in 4®, porte le lieu de l’édition Leodij., l’autlieur a nom Pe. Bapt. Burgus, et datte sa lettre dedicatoire au cardinal Barberin Pragæ ix Kal. Februarii i633b Mais je ne sçay s’il n’est poinct imprimé à Rome comme l’aultre et comme ceux du cardinal Bentivoglio. S’il est du Liege, vous en aurez eu à Paris, à tout le moings par cette foire derniere.
J’ay faict laisser ouverte la despesche du P. Mercene afin que si vous voulez voir le livre de Musique, il ne vous faille pas attendre que fon le vous rapporte chez vous. Et si vous envoyez quérir le sieur Gailhard, il sera bien aise de prendre le soing de faller porter au P. Mercene pour prendre quelque habitude avec luy. J’ay receu une lettre de M*’ Meliand, gendre de feu M"" Petau, à qui je vous supplie de faire rendre ma responce aprez avoir faict adjouster les qualitez requises et necessaires, ne me souvenant pas s’il est présidant aux enquestes ou seulement conseiller^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Avec vostre despesche du 27 du passé, nous en avons eu plusieurs aultres dont nous vous avons tousjours plus d’obligation que nous ne vallons, auxquelles je n’auray gueres de moyen de respondre pour ce coup, et particulièrement à M*" Lhuillier, ayant beaucoup de choses à dire oultre et par dessus tout ce que j’avoys escript et à vous et à luy
‘ Commentarii de bello Suecico , par Pierre- pendant la guerre de Trente ans ). L’ouvrage Baptiste Borgo (natif de Gênes et qui avait parut à Liège en i633, in-4®. servi en Allemagne dans l’armée suédoise, ^ Vol. 718, fol. 43.
in. • i3
IHPRIMEIUE NATIORALB.
concernant l’oeiiil, où nous avons enfin faict voir tout apparamment et naturellement la reflexion des images toute pareille à celle d’un miroir concave qui non seulement représente les objects renversez, mais semble les poulser en dehors, ce que nous avons veu sammedy dernier avec un plaisir nompareil dans le creux d’un oeuil d’un poisson que nous appelions Lamie ^ de telle grosseur que l’animal pesoit quattre c[uintaulx, et la boitte de son oeuil estoit comme une orange, d’où nous tirasmes si heureusement les humeurs crystallin et vitrée, que la coroïde se retint toute entière dans la concavité de la dicte boitte, avec tout son lustre métallique argentin, et ayant amplifié l’ouverture de la boitte par le devant de plus d’un grand quart d’escu, nous y presentasmes une chandelle allumée, qui s’y peignit incontinant à renverse, et en la remuant tant soit peu, nous en vismes sortir l’image jusques à fleur de l’ouverture de la boitte à l’endroict où souloit estre au paravant suspendu l’humeur crystallin. Nous n’estions lors que M*" Gassend et moy, mais j’envoyay chercher des tesmoings en pleine place, et nous amena t’on entr’ aultres M"" le President de la Valette Gauthier^ (que nous alTections d’avoir plus que touts aultres comme le moings credule) qui fut constrainct d’avoüer la debte, et que cet elfect de la nature ne se pouvoit plus revocquer en double. Mais il y reste bien encores à examiner sur les voyes de la nature pour la vision actuelle, sur quoy nous avons encores faict des experiances non communes dans les effects des miroirs et des corps diaphanes, convexes et concaves, qui seroient de trop long discours pour une lettre; il en fauldra un jour dresser une relation ex proffesso que vous verrez, je m'asseure. Irez volontiers. Cependant M"" Gassend vous rend mille baise mains et sallutz Irez humbles
‘ D’après une citation empruntée par Littré à Legoarant, c’est le nom d’un genre de poissons sélaciens , dans lequel on distingue la lamie cornubique, qui est le squale long-nez de certains auteurs, et dont quelques individus peuvent peser trois milliers. Les citations du Dictionnaire de Trévoux sont beaucoup plus extraordinaires en ce qui re-
garde le poids des lamies. Il s’agit là de poissons qui pèsent ff jusqu’à trente mille livres» et trdans l’estomac desquels on a trouvé des hommes entiers, et même un tout armé».
Ce dernier trait a été raconté à Rondelet par des gens de Marseille.
^ Un parent de l’astronome Joseph Gaultier, prieur de la Valette.
[163/i] AUX FRÈRES DUPUY.
en revanche des vostres, et à toiits les amys du coeur. Seulement vous diray je, puisque me rordonnez, que nous n’avons pas encor esprouvé en l’oeuil d’un homme, mais bien que le lustre métallique du miroir paroit tout aultant aux ieux de boeuf, de moutton, et mesmes des plus petits chevreaux, qu’en ceux des gros poissons ; persone ne s’estant depuis lors voulu faire pendre pour nous en laisser faire l’essay mais je l’avoys desja veu en quelque façon dans l’oeuil mesmes du caméléon quoy que si petit com’ un poiz.
Monsieur Luillier n’a pas encor escript le résultat de la relation du sieur Boulenger, et je la verray plus volontiers que les aultres pour apprendre l’advis de tout ce monde là sur les longitudes, car il y a une vintaine d’années que j’avoys imaginé et dict à quelques amys une invention qui ne seroit peult estre pas plus esloignée que tout ce qui s’en estoit dict jusques alors, voire qui sembloit un peu plus cappahle de fournir des moyens de les regler si l’on en vouloit prendre le soing, dont nous dirions peult estre nostre rastellée si nous en estions enquis à nostre tour. Mais je ne sçay pas tant faire de feste, comm’il fauldroit pour y estre admis, et me contente de couver à part moy avec quelques amys mes petites pensées et fantaisies. Par l’ordinaire d’Avignon pour Rome qui passa dimanche matin par icy, j’escrivis à M*" Holsteinius pour l’advertir de ce que vous m’escrivez du manuscrit de M*" de Thoulouse que vous estiez sur le poinct de m’envoyer afin qu’il m’envoye le sien du S‘ Cyrille pour M" Aubert, et luy ay de plus mandé ce que m’escript M*" de Lumaga de Paris, que la balle de Strasbourg est arrivée où j’avoys un livre d’Auspourg, dans laquelle estaient les aultres pièces du S‘ Cyrille transcriptes de la mesme bibliothèque, afin qu’il voye que l’édition des oeuvres de ce grand sainct ne peult plus attendre qu’aprez luy.
Je pensoys avoir de ses lettres et quelque aultre chose de luy par cez galeres, mais il y eut tant de desordre pour l’embarquement que
‘ Le grave savant se dëride un moment et nul ne sera fâche' de trouver ici une de ces spirituelles et vives plaisanteries comme il y en a tant dans les lettres de M""' de Sévigné.
je suis en appréhension d’y avoir perdu une caisse de curiositez, ayant receu une aultre caisse pour l’embarquement de laquelle il y eut mille peines. Mais j’y ay trouvé des pièces cappables de bien donner de l’exercice et du plaisir de les examiner à M''de Saulmaise, et aultresdes plus doctes du siecle, ce qui aura son temps Dieu aydant. Entr’aultres choses j’y ay eu une médaillé d’Hadrien battüe à Delphes avec un trépied posé sur une machine triangulaire comme le mien, soubstenüe par troys bases ou patturons. Je n’ay rien eu nom plus de la part du R. P, Dom du Puy, mais j’ay apprins que M" de Gastines a receu une balle de M'’ l’abbé de Thou, dans laquelle vraysemblablement M*" vostre frere aura fait mettre ce qu’il avoit pour nous. M*" Gassend attend fort impatiemment le catalogue de la Foire aussy bien que moy pour voir s’il y aura rien du Schikard ou de cez aultres qui avoient observé le Mercure soubs le soleil à ce que le P. Scbeiner en avoit escript à ses amys. Et M*’ d’Agut, qui a l’honneur d’estre cogneu de vous et qui est bien vostre serviteur, a grande envie d’avoir les 3 ou A volumes de la suitte de Bsovius^ que l’on promettoit à cette Foire par le dernier catalogue, tellement que s’il en vient des Païs bas je vous supplie d’en faire prendre deux exemplaires de chascuii des nouveaux volumes pour en assortir le Baronius de M’’ d’Agut et le mien. On me demande encores ce libvre de Pietro Soave Polano in fol° d’Angleterre^, et si quelqu’un faisoit venir des libvres de ce païs là, vous me feriez grande faveur de le faire demander, car je n’en ay sceu recouvrer d’aulcune part. Mon libraire n’a encores sceu achever la relieure de mon exemplaire du libvre du sieur de Bié, c’est pourquoy je ne l’ay pas bien peu gouster, mais je pense l’avoir cette semaine et puis luy en dire mon advis, estimant que les vies ou eloges qu’il y veult faire adjouster par le P. Lacoste^ n’y sçauroient jamais nuire, mais s’il eust employé M’’ Godefroy ou M*" du Chesne, ils auroient tousjours cotté
Voir sur ce continuateur de Baronius Snrpi: Istoria del Concilio tridetitino di Pietro plusieurs passages de notre tonie II. Soave Polatio (Londres, 1619, in-fol.).
C’est l’édition originale, déjà plusieurs ’ Ce P. Lacoste m’est totalement infois mentionnée , du célèbre ouvrage de Paolo
connu.
quelque observation de plus que tout ce qui en est dans les libvres communs. J’attendray en bonne dévotion ce verbal que me transcript Quentin. Et pour Constantinople, il se fauldra contenter d’en apprendre ce qu’on nous en a voulu faire sçavoir. J’en ay eu une petite relation que vous trouverez cy joincte. M*" Aubert vous fera voir le catalogue de la bibliothèque d’Auspourg^ que AE Lumaga me mande luy vouloir remettre pour cet efl’ect selon la priere que je luy en avoys faicte. Et sur ce je demeure,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 9 may i634.
M*" du Lieu continue à cette heure de m’envoyer les Gazettes de l’édition de Lion aussy fraisches que le Gazettier la souloit envoyer quand il estoit en bonne humeur. Il y joinct soiibs une seule enveloppe et soubs son cachet toutes les lettres qu’il trouve pour moy dans son bureau tant de chez vous, Monsieur, que d’ailleurs. Vous verrez ce qu’il m’escript pour les ordres des courriers, et pense que quand vous n’escrirez que le vendredy j’auray voz lettres tout aussy bien et aussy tost que celles du jeudy.
Un peu de part au P. Gilles de Loscbes des nouvelles de Constantinople, aprez les avoir monstrées au P. Théophile Minuti qui debvra estre arrivé avant les présentes^.
‘ Le cafalogue re'digé par le bibliothécaire Élie Ehinger mentionné en ce tome et dans le tome précédent. — ' Vol. 718, fol. 46.
LETTRES DE PEIRESG
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Avec voz dernieres du U de ce nioys nous attendions, M*" Gassend et moy, le Catalogue de la Foire, Mais puis que la saison est desja tant advancée, Dieu sçaict si les libraires se seront bazardez d’y en aller quérir. Il m’a faict voir les mémoires qu’il a receus pour les longitudes tant de la part du sieur Morin ^ que aultres, mais je crains qu’il n’ayt bien de la peine à se parer des moindres coups que luy puisse riier ^ M’’ Midorge, s’il l’entreprend.
Nous avons continué nos experiances sur l’oeuil d’un Dauphin dont le miroir sembloit d’un verd doré, ou de l’or glacé de verd, qui rendoit l’image aussy distinctement que touts les aultres, que nous avons voulu revoir, et mesmes celuy de Ton^ (où il y a moings d’apparance du lustre métallique qu’en touts les aultres), et y avons acquis une telle prattique maintenant qu’aprez en avoir faict sortir le crystallin et le vitrée, nous trouvons partout et mesmes dans le miroir de l’oeuil d’un moutton, que les images s’y peignent fort distinctement à la renverse toutefoys. Et de plus, en y appliquant le crystallin à niveau de 1 ouverture de la boitte du miroir (jusques où l’on discerne l’expulsion interne de limage reflexie), nous y avons fort bien discerné l’image redressee dans le dict crystallin , n’y ayant que de l’air entre la concavité du miroir naturel et la convexité du dict crystallin. De façon (]ue puisque 1 espoisseur et interposition naturelle du vitrée n’empesche pas que limage de lobject externe d’une chandelle allumée ne s’aille peindre au fonds du dict miroir comme nous l’avions veu dez le com-
L astrologue Jean Morin , déjà men- et que Molière a dit : lui ruer quelque pierre. tionné dans le tome I, p. 629. ^ Peiresc écrit ton comme le nom du gros
G est-a-dire jeter avec violence. Littré poisson est écrit, au .\iv° siècle, dans le Mérappelle que Malherbe a dit : rua le tonneire naeier.
mancement, il ne peut pas empescher que la reflexion ne s’en fasse tout aussy librement jusques dans le crystallin où elle se redresse ou reconvertit une seconde foys, qui est ce que je m’en estoys imaginé avant qu’en faire la preuve. Je n’attends plus qu’un oeuil liumain pour a])rez en faire une petite relation et l’envoyer à AR Midorge, avec d’aultres experiances que nous avons faictes, et des miroirs, et de noz propres ieulx, aultant que faire se peult, espérant qu’il y prendra du plaisir, et nous y enseignera de trez rares secrets de l’optique. Cependant il n’y aura pas de danger que IVR L’Huillier voye tout ce que je vous en escripts, et ce que je vous en ay dict cy devant si mes lettres sont en estât de les luy faire voir. Je tascheray d’y joindre, si je puis, une aultre relation des animaulx lumineux comme les vers luisants, tant aquatiques et terrestres qu’aeriens, et des aultres corps ou substances susceptibles de clarté actuelle ou de lumière qui se puisse incorporer et conserver quelque temps non seulement pour paroistre esclairées, mais pour esclairer à quelque proportion d’espace voisin , dont il m’est arrivé de rencontrer par liazard des choses fort extraordinaires, et non traictées que je sçaicbe pour encores.
Si les relations de Constantinople ne sont communicables, il s’en fauldra passer; vous verrez cependant ce qu’on en a eu par aultres voyes, et d’aultres chosettes du Caire dont je seray bien aise qu’il vous plaise faire part au bon P. Gilles de Losches quand vous n’en aurez plus affaire. Le P. Théophile Minuti debvra estre depuis arrivé si le sesjour de la cour à Fontainebleau ne l’a obligé de s’y arrester, mais je croys bien qu’il ne s’en retournera pas sans avoir le bien de vous sallüer et le P. Mercene, et sans vous rendre les troys volumes manuscrits dont il s’est chargé. Vous remerciant trez humblement du souvenir qu’avez eu de cez armes de Jean bastard d’Anjou et de nous taire part de tant de belles pièces et curieux advis. J’ay chargé un de mes amys du mémoire de la chambre des comptes, à quoy l’on travaille, espérant de satisfaire à ce qui se pourra pour ce regard; vous en ])ouvez asseurer M'’ de Thou, estant marry que ce ne puisse estre par cet ordinaire.
On nous dict icy que le sieur d’Emery ^ vient demander passage et vivres à M" de Savoye pour dix mille hommes, ce qui nous faict bien appréhender quelque rupture cappable de nous faire charger de milice en ce pauvre païs, et adjouste t’on que d’aultres commissaires vont en Lorraine faire abbattre les armes de cez princes et les fortifications inutiles à une cittadelle. Un fils du sieur Haersens^ est passé par cette ville la semaine passée qui disoit aller préparer le logis à son pere dans Venize où il va Ambassadeur des Estais; son pere devoit passer aussy plus tost qu’il n’a faict. Il asseuroit d’avoir vu à Peronne des mullets avec les couvertures et armes de Monsieur, et qu’il estoit à l’Isle en Flandres, à faire ses adieux, mais il adjoustoit un bruict d’Angleterre que ce Roy là estoit de la cabale de Savoye et de Lorraine contre le Roy, et qu’il avoit tenu deux moys les ports fermez durant lesquels la Royne n’avoit bougé d’une maison des champs. On attend icy dans un jour ou deux Monseigneur le Gouverneur^, aprez six semaines ou deux moys d’absance. Nous eusmes hier un si grand vent que c’estoit quasi une tempeste. Et ce jourd’hui le temps en a esté refroidy, et bien hors de saison. Mon frere est encor à Roysgency où ma niece de Rians le va voir cette semaine. Et je demeureray.
Monsieur,
vostre irez humble et irez obéissant serviteur, DE Peiresc.
AAix, cc i5 may t634.
Je vous recommande la lettre pour le sieur Chartres, qu’il ne fault que faire bailler à M‘' du Mesnil Auber y, et celle pour M"^ de la Tour qu il vous plairra faire mettre ez mains de M’’ Guyet à qui je vous supplie faire par inesnie moyen mes trez humbles recommandations, et
* Michel Particelli, sieur d’Eniery, surintendant des finances, fils d’un banquier de Ljion, originaire d’Italie, mourut le 25 mai i65o. Voir son Historiette dans Tallemant des Rdaux (t. IV, p. 28-2 4).
^ Un fils de François d’Aarsens qui a été mentionné dans le tome précédent (voir notre Table).
^ Le maréchal de Vitry.
[1634] AUX FRÈRES DUPIJY.
asseurances de mon service. J’ay depuis eu le mémoire pour Monsieur de Thou que vous recevrez, et ay retrouvé sur ma table un mémoire que mon homme avoit oublié les précédants ordinaires de mettre dans vostre pacquet, lequel monstre d’estrebien partial touchant le procéder du Walstain, mais il vient pourtant de la main d’un homme qui avoit esté fort à luy et qui est de cez quartiers de deçà, et en réputation telle qu’on le tenoit bien embarrassé avec luy.
L’un de mes amys est si curieux (au delà peult estre des bornes ordinaires) qu’il m’a tesmoigné desirer un portraict de l’EscotL qui estoit un des plus célébrés charlatans de son siecle, pour faire voir des tours de soupplesse, et des plus estranges represantalions qui se peussent faire humainement, et par dessus s’il est loisible d’en croire le bruict, dont on alleguoit afforce tesmoings du temps du cardinal cl’Armagnac, mais je n’ay jamais veu personne qui m’ayt dict d’en avoir esté luy mesme tesmoing occulaire. H y a tant de gents d’honneur qui ont faict recueil de portraicts des hommes illustres que si quelqu’un y avoit donné rang à ce personage, ce me seroit une singulière faveur de le pouvoir communiquer à celuy qui me le demande, n’estimant pas que persone en puisse donner des nouvelles plus tost ne plus facilement que vous. Monsieur, qui estes en lieu où il s’en trouve desja un si grand nombre. Je vous supplie d’en faire faire la recherche et s’il se trouve m’en faire faire incontinant une coppie sur du papier à peu prez de la forme et grandeur de celuy que vous me fictes faire du Cujas.
S’il se peult avoir un autre exemplaire de ce petit poeme du sieur Morisot- soubs le nom de Querela Apollinis Romani^, j’en payeroys bien volontiers une coupple de coppies, de cette belle édition, ayant prins ■plaisir de la voir et communiquer aux amys, entre lesquels elle s’est esgarée à mon grand regret.
■ ‘ Je ne puis rien dire ni du portrait re'-
clamé par Peiresc, ni de l’Escot lui-métne.
^ Voir, sur le Bourguignon Claude-Barthélemy Morisot, t. I, p. 97.
® C’est une simple pièce dont voici le titre complet : Querela Apollinis Romani Eînin. Gard. Richelio, quod poetas gallicos prreferat romanis.
IVPItlUERtC KATIOKAtl.
106 LETTRES DE PEIRESC [163/i]
J’eusse bien voulu r’escrire à M" du Mesnil Aubery et à Messieurs Bourdelot oncle et neveu, mais le temps que m’emporta hier ma despesche à M*" Saulmaise m’a osté le moyen d’y satisfaire, ayant eu tout aujourd’huy des occupations qui me l’ont encores moings permis tant dans le palais que pour un traicté d’accommodement entre les chanoines et l’archidiacre où j’estoys engagé. Oultre le despart de Monseigneur le Maresclial qui s’en va mener Madame la Mareschale et Messieurs ses enfants à la 8“" Baulme et Boysgency où mon frere et ma niece de Rians se trouveront portez bien à propos pour les recevoir, mon neveu n’en estant revenu que d’hier au soir, d’où il m’a apporté une agréable nouvelle que la plante du Papyrus, que j’avoys creu morte, poulsoit hors de terre desja prez d’un demy pied, de sorte que nous la pourrons revoir et faire portraire en l’estât que desire M" de Saulmaise, de quoy je luy voulois donner advis, mais si vous luy escrivez, vous le pourrez faire L
XWII
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Par le dernier ordinaire j’ay receu voz deux despesches, tant du xi“® <{ue du XII de ce moys, arrivées toutes deux à Lyon assez à temps pour venir par le courrier de Provence qui ne part de Lyon que le mecredy à midy. Et avoys auparavant receu par les sieurs Moreaux un petit fagot in-8° des troys volumes de l’Evesque du Bellay^, et un in-lol. où je trouvay les deux manuscrits des voyages de Charles^, le
‘ Vol. 718, fol. 48.
^ Parmi les ouvrages publiés en i634 par Jean-Pierre Camus , le plus fécond des écrivains du xvii' siècle, j’indiquerai : De la désappropriation claustrale (Besançon) ; Le
rabat-joie du triomphe monacal (Lille); Traité de la pauvreté évangélique (Besançon).
’ Nous avons déjà vu, dans le tome précédent, qu’il s’agissait là de voyages de Charles-Quinf.
llOS'iJ AUX FRÈRES DUPÜY.
volume du manege du Roy, les portraicts des Roys du sieur Bié, les vers de Tristan^ sur riufaiite, la these de l’abbé de Bruc^ et le livre du P. Bûcher ^ le tout fort bien conditionné; vous n’y aviez pas cotté de datte de consignation, qui est ce qu’on y cherche le premier, pour voir la diligence faicte en chemin, où je pense que l’un et l’aultre ont sesjourné plus de troys moys, si je ne me trompe. Et seroys bien marry que celuy qu’avez envoyé dez le dict jour xii demeurast si longtemps à venir, à cause principalement de ce manuscrit des Astronomes de AP Holstenius que je vouldroys bien qu’il eust desja. Et de ce pauvre disgratié livre de M'' Fabrot^ qui vous a tant donné de peine, que j’en suis bien honteux. Il fauldra voir de le faire faire à Geneve. Si vous m’eussiez adverty avant que me le renvoyer, je croys que je me seroys rançonné de quelque chose pour faire entreprendre l’édition à Paris. Mais il y a de la fatalité aux libvres comme aux persones^. Tant est que je vous demeure toujours infiniment redevable de tant de charitables offices qu’il vous plaict nous faire touts les jours, et mesmes des honnestes offres que vous avez daigné faire à AP Gantez, dont je vous remercie de tout mon coeur, et de tant de curieuses nouvelles dont je vous r’envoye les relations. Quelqu’un a escript de par deçà, mais on ne le
* François Tristan L’Hermite , né en 1 6o i , au château de Souliers, dans la Marche, devint membre de l’Académie française en ihâg et mourut le 7 septembre i655. Ce fut l’auteur de la tragédie de Marianne qui obtint un des pins beaux succès du monde (1687). Les' vers sur l’Infante ont-ils été recueillis dans ses trois recueils : ses Amours, sa Lyre et ses Vers héroïques? Il publia, en 1 634 , un autre recueil qui n’a pas été connu de l’abbé d’Olivet: Plaintes d’Acante et autres œuvres du sieur Tristan (Paris, Bilaine, in-â° de i64 pages).
® La thèse et l’auteur sont depuis longtemps oubliés, si Ton en juge par le silence universel des biographes et bibliographes.
^ Ægidii Bucherii Atrehatis a Societate Jesu de doctrina temporum commentarius in Victoriuni Aquitanum, etc. (Anvers, in-fol.). Le livre du P. Gilles Boucher porte le millésime i636, mais quelques exemplaires ont pu paraître dès le printemps de i63/i. Je ne vois aucun autre ouvrage de cet historien qui ait été puhhé entre 1616 et i636.
‘ Le Théophile dont aucun imprimeur ne voulait entreprendre la jiublication.
® Combien d’écrivains n’eussent pas laissé échapper l’occasion de citer le fameux hémistiche de Terentianus Maurus ; habent sua fata libelli. Mais Peiresc , on a pu le remarquer, n’aime pas les citations latines.
ih.
croid pas encores Dieu , que sur cette occurance M" d’Ay loue ‘ avoit donné 1 000 lioinmes de garde à Monsieur, qui seroit une importune protection s’il n’avoit pleine liberté de revenir. J’ay envoyé par voye bien asseurée à Marseille le pacquet que vous adressiez à M" le sacristain Valbelle qui vous en pourra accuser la réception, et m’estonne d’apprendre de vous que cette piece n’eust pas excedé les i5oo libvres, car j’en avoys creu davantage, le monde est de si mauvaise foy par tout ce païs là. Et les vimaires^ ou ternpestes y sont si frequantes qu’on n’y sçauroit jamais faire capital de rien qui Yaille, car cez fermiers consument tousjours une bonne partie du plus liquide en desdaumagements, si l’on ne les attache bien fort en traictant avec eux. Le temps pourrait se meliorer. .le pensoys apprendre quelque chose de la commande par l’ordinaire d’Avignon qui revint vendredy de Genes avec des lettres de Rome du 5 de ce moys. M'^ l’Evesque de Vaison m’escript en cez propres ternies que j’ay creu vous devoir cotter : ff Je ne puis me contenir que je ne me resjouisse avec vous du choix qu’a faict Monseigneur le Cardinal mon maistre du sieur de Bouchard Fontenay pour s’en servir ez traductions de Georgius Syncellus et Theophanes, et pour ses livres; je croys qu’ores il a la part et s’est vestu de long à la Romaine; je n’ay manqué de le servir aultant qu’il m’a esté possible, et continueray tant pour l’amour de vous que pour ses mérités de quoy certainement j’ay esté grandement resjouy, et me tardera de voir de sa jiart cjnelle satisfaction il y pourra trouver, la part estant fort peu de chose chez cez grands. Mais la patiance en ce païs là , avec un peu de conduitte et de modération, est cappahle de surmonter des choses bien dilïiciles. Je seray bien aise aussy si j’entends que M'’ Hullon en puisse estre contant de son costé et tous les siens, comme je le luy souhaicte.
' Le marquis cl’Ayelona était alors gouverneur des Pays-Bas. Mention est faite de ce personnage dans les Mémoires de Bassompierrc (t. II, p. aSo, 977).
^ Littré n’a cité, sous le mot Vimaire, ([ue des textes du xiv”, du xv' et du xvi' siècle, ce dernier texte fourni par Bouchet en scs
Serées. Dans le texte du xv' siècle (lettre de l'année 1^98) sont rapprochées les trois expressions : vimaire, toi-menle et tempesle. Le Dictminaire de Trévoux donne vimaire comme ffun vieux terme de coutume, qui signifie trforce majeure {vis major), oragen.
[163i] AUX FRÈRES DUPUY.
au moiiigs pour tout ce qui peult estre de son costé, comme j’eslime que soit M*" HuHon que je vouldroys bien pouvoir servir aussy en son particulier.
J ’avoys eu longtemps y a une lettre de Rome que mon homme avoit laissé confondre parmy d’aultres papiers, laquelle s’estant retrouvée de bonne fortune, je l’ay faict coppier, pour en pouvoir faire part tant au R. P. Mercene qu’à M’’ Saulmaise afin de voir si l’un ou l’aultre, ou possible vous mesmes ne pourriez pas procurer à ce gentilhomme la communication de quelqu’une des pièces qu’il me demande. 11 est grandement honneste et méritant du public, et grandement obligeant, et peult rendre la pareille avec les habitudes qu’il a en divers lieux, et surtout du costé de l’Escurial, où nous avons si peu de moyen de faire agir du monde qui sçaiche et veuille favoriser les gents de lettres. 11 me semble que j’ay aultre foys veu assez souvent de cez manuscrits du Roece et de cez autbeurs contemporains de Charlesmagne , au moings de quelqu’un d’iceulx. S’il y a moyen de luy en faire voir quelque piece, vous obligerez un trez galant gentilhomme et qui le fera possible bien valloir aultant qu’un aultre, car il est bien exacte; surtout il fauldroit travailler à la recherche de cez troys hymnes de Dionysius Thebanus qu’il desire tant, et à quelque bon et bien ancien exemplaire de l’Alypius^ qui peusse ayder à restaurer les anciennes notes de la musique grecque du meilleur temps. Vous pourrez faire voir cette coppie de lettre au bon P. Mercene, et quand il en aura prins les instructions qu’il verra à propos, vous la pourrez envoyer, s’il vous plaict, à M*" de Saulmaise, estimant que là où il est, il se trouvera possible quelque chose de plus qu’ailleurs. Et si tout cela manque je clierclieray quelque bonne adresse à l’Abbaye inesme de S‘ Gall, d’où j’eusse aultres loys peu tirer tout ce que j’eusse voulu, mais toutes mes banques sont
* Alypius est un auteur grec, d’une e'poque incertaine ; il nous reste de lui un fragment sur la musique insord par Meibomius (avec traduction latine) dans son recueil : Antiquœ musicœ Aulhores seplein
(Amsterdam, a vol. in-i"). Meui-sius avait déjà donné ce fragment : Anstoxeuus , ISicomachus, Alypius, auctores musiccs anliquissimi hactenus non edtti (Leyde, iGi6, in-4°).
110 LETTRES DE PElüESC [1634]
mortes de ce costé là ^ il en lauldra chercher quelques aultres s’il est possible. Et ne perdre jamais couraige.
A vous seul, s’il vous plaict, Monsieur.
Cependant j’envoye à M*’ de Saul niaise un petit fragment des liturgies Cophtes que j’ay receu depuis peu, et un Alphabet en cette langue, que je vous prie luy faire tenir par voye asseurée, avec une lettre que j’ay faict laisser à cachet volant, à celle fin que vous y puissiez voir quelques petites inscriptions assez bigearres que je luy envoyé. Et s’il ne vous est trop ennuyeulx de jetter un coup d’oeuil à certaines conjectures que je luy escripts, sur lesquelles je me suis un peu plus estendu et faict entendre que je n’avoys faict aultres foys en vous en touchant quelque chose, possible n’en demeurerez vous pas du tout si mal édifié comme vous aviez faict lors, dont j’avoys voulu vous rescrire un peu plus amplement, mais comme j’en eus perdu la commodité lors présente pour d’aultres divertissements, je ne m’y estoys jamais peu remettre. Et je ne sçay comme je m’y suis engagé à ce coup cy sans y penser. Et me tardera bien d’en voir son advis et le vostre aussy, à voslre commodité, s’il ne vous est dezagreable. J’ay advis du passage du P. Théophile par Lyon assez longtemps y a pour avoir peu se rendre à Paris sinon au xii may que vous m’escriviez, au moings bien tost aprez. Mais puis que la cour est à Fontainebleau, je me doubte qu’il sera possible constrainct d’y aller abborder et possible d’y attendre quelques jours son Audiance avant vous pouvoir aller voir à Paris, où je croys bien qu’il se rendra le plus tost qu’il pourra pour vous aller rendre son devoir, et se descharger de ce depos. Espérant que pour le plus tard vous le recevrez aussy tost que la présente despesche, et que pourrez joindre les cahiers que j’envoye à M’’ de Saulmaise à cette heure, avec les troys volumes que vous porte le dict P. Théophile. J’ay encores laict laisser ouverte une despesche pour le bon P. Gilles de Losches, afin que vous y puissiez voir une relation que j’ay enfin eue
G est-à-dire : tous mes moyens d’action ont dtspani. La loculion employée par Peiresc ne semble pas voir été connue par nos lexicographes.
du costé de Constantinople qui vient d’une main assez fidelle et non intéressée aux mésintelligences de cez Messieurs les Ambassadeurs. Mais vous en aurez sans double veu de meilleures. Si le P. Théophile estoit à Paris, je seroys bien aise que vous la luy poussiez monstrer avant que l’envoyer plus loing. Mais s’il n’y est pas, cela ne vault pas la peine de la garder pour l’attendre, attendu que je me doubte que si mes lettres chaument guieres à Paris, elles ne trouveront plus ce bon P. Gilles à Tours, car il debvoit aller aux bains de Bourbonnoys; c’est pourquoy j’ay prins une aultre adresse d’un marchand de ses amys nommé M"" Tardif, qui prendra le soing de les luy faire tenir aux dicts bains ou en toute aultre part qu’il sera. Je vous envoyeray la semaine prochaine une cassette des livres rituels des Grecs pour le P. Mercene, où je feray insérer le Famianus Strada de Bello Belgico pour le pouvoir conférer à ce qu’en escript M*’ de Thou, et le Burgus de Bello Suecico puis que ne les avez veus de par delà. Ils sont touts deux bien partiaulx du costé de ceux qui les payent pour tenir le language qu’ils tiennent h J’avoys tousjours oublié de vous dire que j’ay esté fort scandalizé de voir que dans cez portraicts des Boys de France du pauvre sieur de Bié, il n’y ayt rien de fidele que les douze ou quinze derniers, hors de deux ou troys seulement bien clairsemez, et le pix est que lors mesmes qu’il a eu moyen d’en portraire sur des originaulx légitimés , comme de Charles le Chauve, Charles le Simple et aultres dont il a eu les seaulx, il s’est amusé à graver des desseins qu’en avoient tiré (les gents si mal exactes, qu’il ne s’y cognoit aulcun traict du visage el de la vraye ressemblance qu’on en pouvoit prendre conforme par les réglés de la Phisionomie à l’humeur des Princes qui y sont represantez, de sorte que mes portraicts eussent esté bien mal employez s il ne les devoit pas faire plus fidelement represanter que ceulx qu il a eus en main. C’est pourquoy je plains grandement ce bon homme, et qu il se soit amusé à portraire les images des tombeaux de cez vieux Boys qui n’ont esté bastis que tant de siècles aprez leur decez au lieu de se tenir
* On n’ignorait pas que l’opinion de Strada avait été achetée par 1 or es[)agnol et sa v(;nalitd ëtait célèbre; mais savait-on que Borgo avait, lui aussi, vendu sa conscience d historien?
aux images de leur temps. Et ce qu’il y adjoustera de la vie ou des eloges d’un chascun d’iceulx y fera grand besoing pour faire passer le cours et la vente de son ouvrage, mais il fauldra quelque jour en entreprendre à bon essiant un recueil plus fidelle et le donner tost ou tard. Je n’ay pas le libvre de ce P. Yves qui a tant faict cabrer M*" du Bellay, (lez vers de Tristan pour l’Infante, quoyque d’un language un peu moings françoys que ne se persuade, je m’asseure, l’autheur, meritoient d’estre veus, pour ce qu’il y peult avoir de bon, et spécialement pour ce qui touche les gages que nous avons en ce païs là, aussi bien que pour les exercices de cette princesse à la chasse durant son jeune aage dont je n’avoys pas ouy parler. Mais le livre du P. Bûcher m’a bien apporté autant de mortification que de plaisir, voyant qu’on m’a soubstraict mes petites notices du siecle de Gonstantius, qui y sont insérées tout au long, par la soupplesse de ceux dont j’avoys tasché de me cacher quasi le plus , dont je vous entretiendray possible quelque jour. Ce qu’ils ont négligé de prendre dans mon manuscrit ne laisra pas de pouvoir encores servir, plus qu’ils n’ont creu, et particulièrement à la prattique de cez prétendus oracles ou sortilèges dont vous verrez que j’ay touché à M*" de Saulmaise quelque chose dont, si je ne me trompe, Monsieur vostre frere ou vous m’aviez aultres foys escript fort longtemps y a sur le subject d’un passage de Tite Live. Mais cela aura son temps plus opportun.
Cependant vous excuserez, s’il vous plaict, et m’ayderez à trouver excuse auprez M‘' de Saulmaise du desordre avec quoy je luy ay escript beaucoup de cbosettes qui se pouvoient mieux coucher et ranger si lors (pie j ay prins la plume j’y eusse songé. Mais cela est venu quasi inopinément, en m’estant engagé d’une parole et d’une conception à une aultre, masseurant qu’il me pardonnera aussy volontiers que vous, comme je vous en supplie l’un et l’aultre et de me tenir.
Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresg.
A Aix, ce â3 niay iG3A.
Le sieur Boulle vient d’arriver avec une relation bien plus exacte que les aultres du Pontias, de la Vesine^ et d’un aultre du mont Ventoux que je n’ay pas encores peu bien considérer nom plus qu’un tableau et veüe [ou] figure du lieu de Nionis. 11 a un aspect bien ingénu et courageux neantmoings et tesmoigne une grande bomiesteté à ce jiremier abbord. Nous le gouvernerons un peu M" Gassend et moy et vous en advertirons du succez par le prochain Dieu aydant.
Il ne sera plus de besoing des vieilles gazettes, M" du Lieu continuant la participation des nouvelles, mais bien des extraordinaires que XL du Lieu négligé d’envoyer^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
PRlEL’U DE SAINT-SAUVEUR,
À PARIS
Monsieur,
Depuis le partement du dernier ordinaire, nous avons gouverné quattre ou cinq jours le sieur Boulle et l’avons trouvé encores plus ingénu, et moings tenant^ que nous n’avions creu, m’ayant faict de fort honnestes offres, et jusques à se despartir de l’entreprinse de la version contestée, si je le luy voulois ordonner absolument, encores que sa fortune dépendisse quasi de cela en l’estât qu’il se trouve, cette besoigne
‘ Dans le registre LUI de la collection Peiresc, à Carpenlras, registre déjà si souvent cité et qui contient tant de curieuses observations sur diverses merveilles de la nature, le triple travail de Boulle est intitulé : rrRelations: i° du vent de Ponthias, à Nions ; 2° de la Vésine des Pilles ; 3° du mont Venloux.r) On appelle Les Piles une commune du département de la Drôme, canton de Nyons, à 7 kilomètres de cette
ville, sur la rive droite de l’Ouveze. Les dictionnaires de géographie rappellent qu’il y souille un vent périodique, connu sous le nom de vésine, dû à la disposition des gorges et des bassins, où la dilatation de l’air se produit sous l'influence du soleil, à des heures dilTérentes.
* Vol. 718 , fol. 49.
^ Tenant, pour ff tenace, entêté".
«MPAlMCaie SiTlOtAi.C.
liiy ayant esté comme imposée, avec quelque esperance d’une particulière protection de la part du sieur de Doua gouverneur d’Orange \ et de quelque aultre employ moings pénible et plus advantageux aprez cela. Mais il me dict qu’il m’envoyeroit tout l’exemplaire entier de la version avant que le délivrer à l’imprimeur pour le faire voir, et y faire corriger les faultes qui luy pourroient estre eschappées, et s’y conduire selon que je luy pourroys conseiller. Car je luy fis voir de luy à moy, sur quelques petits extraicts et abbregez qu’il m’avoit apportez , qu’il luy eschappoit tout plein de petits Provençalismes^ qui se pouvoient facilement reparer, pour l’ornement de son style. Et luy fis advoüer qu’il y pouvoit avoir quelque mot au fonds, qui selon f intention mesme de fautlieur pouvoict estre subject à correction ou modération et addoucissement, à quoy il me dict qu’il ne se rendroit pas réfractaire pour les choses qui seroient jugées dignes d’animadversion par M*' de Tbou , ou par quelqu’un aultre de sa part, s’il le vouloit honnorer de tant que de le luy faire entendre. 11 me monstra mesme des remarques qu’il avoit faictes de certains passages, où il semble qu’il y puisse avoir de f équivoque soit du coppiste, ou du lieu où fautheur pouvoit avoir puizé certaines particularitez , comme par exemple d’un endroict où il dict que le Pape Paul 111 s’estoit voulu faire nommer Oiiuphrius V au lieu vraysemblablementd’HONORIVS, et quelques aultres de pareille qualité ci peu prez, qu’il me communiqua assez confidamment (aprez toutefoys des protestations d’honneur et de respect nompareil envers la mémoire du delTunct autheur), dont je le priay de m’envoyer un extraict ou bordereau à part en intention de le vous envoyer si vous favez agréable. Il attend fort impatiemment f édition du Glossaire, et me fit voir la peine qu’il avoit prinse d’en dresser luy mesmes un qui estoit desja
‘ Christophe de Dohna, né en 1 583, mort le i" juillet 1687, fut chambellan et conseiller privé de l’électeur [)alatin Frédéric V, avant d’étro gouverneur de la principauté (l’Orange pour le Prince-Stathouder des Provinces-Unies. On lit dans la Nouvelle Biographie générale (t. XIV, p. 445),
qu’tfil pacifia ce petit État, dont les habitants lui témoignèrent une grande affectioun, et qu’ffil laissa plusieurs ouvrages de piété n.
Le mot provençalisme , que l’on ne croyait ])eut-êlre pas aussi ancien, n’a pas été admis dans le Dicttoimatie de Littré.
[lG3'jJ AUX FRÈRES DURUY.
fort advaiicé, où il avoit employé le dict sieur C. de Doua pour les noms d’Alemafrne et d’aultres pour les Aiigloys qui luy avoient esté adressez par iceluy. Où j’estime qu’il pourra avoir rencontré de bonnes observations que vous aurez possible prevenües en vostre glossaire, sinon je croys bien que vous les verrez aussy volontiers que les aultres. Il divise les livres par cliappitres pour la commodité du lecteur, ce qui peult donner du soulagement à ceux qui ne peuvent pas lisre tout d’une baleine un libvre entier sans incommodité, ce qui sera plus tollerable au françoys qu’au latin. Si vous l’improuviez, mandez le moy, car possible s’assujettiroit il bien volontiers à ne le faire pas, et à suivre les sections^ de l’Autheur.
Quant à la relation de cez vents tant du Pontbiaz de Nioms et de la Vezine des Pylles, et d’une grotte du Mont Ventoux qu’il n’a pas visitée comme le reste, vous verrez ce qu’il m’en a laissé prendre sur son plumitifs, et en une feuille à part ce que j’y ay adjousté non seulement pour l’usage à quoy la dicte grotte pouvoit avoir servy*, mais aussy pour des aultres vents qui nous sont assez ordinaires en cette province, et dont je tasclieray de faire prendre des informations particulières les plus exactes que je pourray, comme j’ay chargé le dict sieur Boule, et celuy qui a faict l’escript du mont Ventoux, d’observer tout plein d’aultres choses qui peuvent grandement ayder à l’esclaircissement et descouverte des causes et de la nature et qualité de touts cez vents, qui ne seroient pas moins bonnes à sçavoir que guieres d’aultres dillicultez qui puissent rester en la philosophie et contemplation des merveilles de la nature. Il m’avoit faict faire un grand tableau à huille où est
' Sous ce mot s’appliquant aux divisions d’un ouvrage, Littré ne cite, pour le xvii' siècle, aucun auteur antérieur à Pascal.
^ J’ai reproduit ( à V Appendice du fascicule VIII des Correspondants de Peiresc, i885, p. 5o-55), ce morceau intitulé:
Description de la grotte qui est au mont Ventoux, tirée de mot à mot d’un escrit d’un homme digne de foy qui a esté dedans.
^ J’ai aussi reproduit (même ouvrage, p. 55) une bonne partie des additions de Peiresc.
” Peiresc croyait que ^ ces grottes du mont Ventoux peuvent avoir servy de retraicte h ([uelques habitons des lieux voisins , en cas de guerre et d’incursions de peuples barbares». Il y voyait d’anciennes carrières ou d’anciennes mines.
represantée la perspective , tant du village de Nioins et de celuy des Pylles, que des montagnes entre lesquelles se forme et prend sa première routte ce vent du Ponthiaz d’un costé, et la Vesine de l’aultre. Mais comme le pauvre peinctre n’estoit pas des plus expers du monde, il n’y a observé aulcune proportion des distances, et y a tant laissé de confusion que je n’oseroys le vous faire voir comm’ il est. Je luy ay baillé un grift'onement d’une carte que j’avoys desja de ce pais là pour la rectifier sur les lieux et y marquer exactement toute la routte et l’estendiie qu’occupe ce vent, lors qu’il est le plus impétueux et lors- (ju’il est le plus foible, ensemble la Vesine, en son régné, et les aultres qu’il allégué pour la vallée de Venterol^ et aultres d’allentour. L’ayant prié surtout de bien faire marquer la situation de la Bossole^ pour recognoistre la dilîerance du chemin que tient le dict vent quand il est enfermé dans des montaignes d’avec celuy qu’il prend lorsqu’il est arrivé dans la plaine en un air bien libre. Et espere que de cette recherche et aultres pareilles il se tirera possible plus de fruict et de notice de cette matière que de tout ce que nous en avions dans les livres ordinaires. Il fauldra tasclier d’en faire faire quelque recherche aussy de ce (|ui s’en pourra observer par quelques curieux en Canada, et en la coste occidentale d’Alfrique, pour voir s’il y aura aulcun rapport des vents qui y sont si reglez en certaines saisons, et de leurs causes plus apparantes avec ce que nous voyons des nostres. Tant est que M'' Gassend a prins grand plaisir à toutes cez relations aussy bien que moy et particulièrement sur cette extrémité de froideur du vent du Ponthiaz ([ui gele l’eau en l’air quand on en jette par les fenestres, dont nous avons chargé le sieur Boulle de faire faire diverses expériances de diverses eaux, cuittes et crues, et de divers estages des maisons, pour voir si elle se convertira en gresle ou en neige, ou en plus grandes pièces de glaçons, et s il n’y paroistroit poinct de figure reguliere comm’ en la
‘ Venlerol est une coininunc du déparleluenl de la Drôme, canton de Nyons, à 5 kilomètres de cette ville. On trouve une localité du même nom dans le département
des Basses-Alpes, arrondissement de Sisleron, canton de Turriers.
^ Peiresc, en écrivant ainsi le mot boussole, se souvient de l'italien hôssolo.
[1634] AUX FRÈRES DÜPUY.
neige estoillée, soit extérieurement ou l)ien intérieurement. Et je suis résolu, en ce temps là, de leur envoyer des petites boutteilles pleines des eaux de noz bains de cette ville et d’ailleurs, de diUerante? qualité et meslanges de mineraulx, pourvoir si nous n’y apprendrons rien de plus que le commun. Et vous feray part en son temps de tout ce que j’en pourray apprendre, comme de tout ce que j’estimeray pouvoir tomber dans vostre goust. Et M‘' Gassend aussy de son costé, s’il en descouvre quelque aultre chose, lequel m’a chargé de vous rendre ses trez humbles salutations et asseurances du trez humble service qu’il vouldroit bien vous pouvoir rendre. Ne vous pouvant dissimuler que ce ne nous ayst esté à touts deux une mortification assez grande de voir qu’il ne soit poinct venu à Paris de catalogue de la Foire, veu l’impatiance avec quoy il attendoit quelque piece de la main du sieur Schikard, sur ses observations du Mercure. L’on nous a faict feste aujourd’huy d’un petit libvre in 8° imprimé à Leipsic dans le plus fort des guerres de Suede et de l’Empereur sur une nouvelle philosophie d’un certain \mot laissé en blanc] que je vous supplie nous envoyer s’il s’en trouve quelque exemplaire, et plus tost en prest, s’il n’y en a à vendre, afin qu’il y puisse jetter les ieulx. J’ay faict voir à M‘'d’Agut ce ([u’il vous plaict luy mander pour son supplément de Bsovius,dont il a voulu vous remercier par une sienne lettre cy joincte, pour vous dire qu’il n’a que jusques au xix™® tome inclusivement ; j’en suys de mesmes, de sorte qu’il fauldra prendre doubles le vingtiesme et aultres suyvants, à mesure qu’ils viendront, vous remerciant trez humblement du choix qu’il vous a pieu faire pour moy sur les livres d’Elzevir. Estimant que l’édition in 4“ des relations du cardinal Bentivoglio pourra sutlire. Pour le libvre du P° Soave in foF, j’estime que cette forme est alfectée par ceux qui me le demandent, pour y pouvoir joindre d’aultres escritures de mesme matière qui se trouvent possible en pareille forme et grandeur à peu prez. C’est pourquoy, puisque les libraires n’ont plus de commerce à Londres, il fauldroit faire employer quelque benquier pour le faire venir de Londres. Car bien qu’il s’y perde uu peu de temps, il n’y aura peult estre pas tant d’inconveniant que de se
laisser rançonner comme vous disiez que vouloit faire ce marchand du palais. Je suis bien aise de l’arrivée du bon P. Théophile et des livres manuscrits dont il s’esloit chargé, mais bien marry de son indisposition et que les pluyes vous soient encores si importunes, dont nous avons eu nostre bonne part. Mais le bon P. Mercene trouvera assez de moyen de vous venir voir, je m’asseure, quand il croira que vous aurez quelque chose à luy dire de ma part, sans vous mettre en peine de l’aller chercher si loing de chez vous, principalement par des mauvais temps pluvieux. Au reste j’ay envoyé par voye asseurée au sacristain de Valbelle vostre lettre dez sammedy dernier, afin qu’il vous ])uisse rescrire, vous remerciant encore du soing qu’avez eu de faire tenir la boitte au sieur Gault. J’en avoys adressé deux aultres pareilles en mesme temps au dict sieur Gailhard par le prieur du Toronet^ qui s’en alla droict loger chez le dict sieur Gailhard. Et vouldroys bien y avoir mis un mot de recommandation à vous afin que les eussiez pareillement faict rendre. Si ce jeune bomme m’eust adverty de son voyage de Fontainebleau, cet inconveniant ne seroit pas arrivé. Monseigneur le Mareschal alla soupper seulement sammedy à Boysgency avec Madame et Messieurs leurs enfants. Et en partirent le lendemain aprez desjeuner pour Souliers^ et Toullon, de sorte que mon frere pourra bien tost revenir, et je demeureray.
Monsieur,
vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 29 may i63A.
M^’ de Bonnaire m’escript de Borne du de ce moys qu’il m’a envoyé par patron Faulconnier la caisse dont j’estoys en peine, laquelle ne fust pas portée par les galeres, bien qu’elle eust esté chargée avec
frToronetuni, seu B. Mariæ de Floregia ^ Aujourd’hui Solliès-Pont, chef-lieu de moiiasterium diœcesis Forojulensis [Fréjus] , canton de l’arrondissement de Toulon, à ordinis Gisterciensis. . . n [Gallia christiana, i5 kilomètres de cette ville, sur le Gapeau, t. 1 , col. 448.) rivière qui arrose le Boysgency de Peiresc.
[l63/i] AUX FRÈRES DUPUY.
les hardes de M*’ de Greqiiy, et que dans icelle sont les l'agots du R. P. D. du Puy, où est le Onuplirius^ et le Gencius Gamerarius, ensemble un manuscrit de la part du sieur Bouchard, qui m’escript de mesme datte, et dict qu’il m’envoye les exlraicts qu’il a laict transcrire des Groniques de S* Vincent et de Farfa, et qu’ils dévoient aller à Subiaco^ avec l’Evesque de Vaison. Et qu’enfm M»*' le cardinal Barberin s’estoit déclaré avoir intention de le recevoir à son service, l’avant employé à la traduction du Syncellus et du Tbeopbanes, et à mettre en ordre sa nouvelle bibliothèque. Et s’en allant à Gastel Gandoll’o dict qu’il le vouloit Favoriser de la parle et l’admettre en sa famille, ([ue cependant il le pouvoit dire et prendre la sottane^, comme il a faict nicontinant, s’estant excusé à le comte de Noailles, qui commençoil à luy faire parler aussy de le prendre chez luy. Sur quoy il y auroit un long discours à vous faire que je remettray à une aultre foys Dieu aydant, car je suis trop pressé, et cependant je luy pourray faire la responce par l’ordinaire d’Avignon. Et M‘' du Ghesne pourra attendre les extraicts de cez chroniques, avant que clorre ses volumes du siecle de Gharlemaigne.
J’ay depuis receu une lettre de la part de ce bon homme qui m’avoit envoyé les derniers cahiers des Kopbtes que je vous envoyay par le dernier ordinaire, [avec] des observations qu’il a faictessur l’alphabet en cette langue imprimé à Rome que je luy avoys communiqué. J’en ay faict extraire ce qui regarde la dicte édition et vous prie le faire tenir à AP de Saulmaise parce que encores que ce soit peu de chose j’estime qu’en cez matières peregrines il ne fault rien négliger, ains sçavoir bon gré à un chascun de ce peu qu’il y peult contribuer. Vous le pourrez joindre à l’extraict que mon homme avoit oublié l’aultre jour de la
* Voir à la Table les mots Onuphrius, Panvtnius.
* L’ancien Sublaqueum, sur le Teverone, à 5o kilomètres de Home.
’ Palais d’été des papes , construit par Uibnin VIII, et augmenté par Alexandre VII , à
1 6 kilomètres de Home, auprès du lac Albano.
* Dans les Bigarrures de Des Accords (xvi' siècle) on trouve la forme sotaue, imitée de Titalien soltana. Ce vêtement, comme l’a indicpié Du Gange, s’appelait dans la basse latinité subtaneum.
lettre qui accompagnoitle dict Alphabet Kophte non imprimé. J’escriray plus commodément durant les Testes prochaines que je ne sçauroys faire à cette heure tant au dict sieur du Ghesne et à M’’ Godefroy qui m’a favorisé des troys traictez de Lorraine enregistrez au Parlement qu’cà AP du Alesnil Aubery et à Alessieurs Bourdelot oncle et neveu, auxquels cependant AP‘ Luillier fera, s’il luy plaict, mes excuses et au bon P. Alercene qui verroit possible bien volontiers cez relations des vents et Al'’ Luillier, s’il vous plaict les leur communiquer.
Ce 3 O may.
AP’ du Lieu ou ses commis avoient oublié la Gazette à ce coup cy.
Je feray mettre dans la caisse des manuscrits des rituels Grecs du P. Alercene les deux volumes du Famianus Strada de Bello Belgico et du Burgo de Bello Suecico in à°\
A MOASIEUR, MONSIEUR DU PUY
PRIEUR DE SAINT-SAUVEUR
À PARIS
Alonsieur,
J’ay tant eu d’exercice à voir cez jours cy divers fagots de libvres et curiositez que j’ay receues de Rome, et de respondre à ceux qui me les ont envoyées, ne l’ayant peu faire par le dernier ordinaire d’xAvignon qui avoit anticipé son départ, à cause des grandes pluyes, et ayant esté contrainct de me servir pour ce coup de la voye de Lyon, pour n attendre un moys entier que le suyvant ordinaire pourra estre expédié d Avignon, que je nay peu rien faire de ce que j’avoys réservé à cez Testes pour noz bons seigneurs et amys du costé de Paris, qui nie feront la faveur d attendre encores jusques à la semaine suyvante, s’il
Vol. 718, fol. 53.
[1634] xVUX FRÈRES DUPUY.
leur plaict, vous suppliant d’en faire mes excuses à ceux que vous jugerez à propos, et de m’excuser vous niesnies si je diiïere de respondre lors à vostre derniere despesclie, vous remerciant cependant des tesmoignages de vostre bonne volonté, tant envers le P. Gilles de Losclies que le P. Théophile Minuti, et du soing que prenez des volumes Kophtes, ayant certainement esté touché à la lecture de la lettre de M*' Saulmaise, mais j’en ay meilleure esperance qu’il ne dict luy mesmes, principalement durant la doulceur de l’esté, mais pour la rigueur de l’hyver je ne vouldroys pas l’en garentir en ce pais là ^ et croys qu’il fauldra enfin qu’il se résolve à une retraicte en meilleur air.
N’estimant pas que cez pauvres livres vaillent la peine d’estre tant choyez, et qu’ils ne se puissent librement envoyer à leur adresse, ayant bonne esperance d’en recouvrer d’aultres en mesme langue encores meilleurs, et plus utiles que ceux là Dieu aydant et en hrel’.
Je seray trez aise de voir le lihvre de Julius Gasserius Placentinus que vous dictes^, car à cette heure, je verray possible un peu plus clair en cette matière la que je n’eusse peu faire aultres foys. Et trouveray plus facilement à faire mon prolfit des observations d’aultruy par comparaison des miennes. Ce fut un grand malheur que mon homme^ ayt oublié de mettre cette lettre circulaire dans l’enveloppe du H. P. Dom du Puy, et fault qu’il la misse par mesgarde en quelqu’aultre pacquet comme on est suhject bien souvent à telles équivoques et besveües. J’ay receu de sa part les deux volumes d’Onupbrius Panviniusoù nous aurons bien de l’exercice et pense que vous y trouverez aussy
‘ La brumeuse Hollande.
^ Jules Gassario, né à Plaisance, d’où son nom Placentinus , fui reçu docteur eu médecine à l’université de Padoue, succéda, en 1609, ^ maître Fabricio d’Aqiiapendente, dans la chaire de chii’urgic et mourut à Padoue, en 161 G, âgé de soixante ans. Ce fut un anatomiste distingué. On lui doit des traités sur les organes de la
voix et de l’ouïe (iGoo, in-fol.), sur les cinq sens (Venise, 1G09, 1G27, in-fol.; Francfort, 1682, in-4°), des Tabulœ anatomicœ (V'^enise, 1627, in-fol.; Francfort, 1682, in-4°).
^ Mon secrétaire, et, d’une façon générale, mon serviteur, comme nous l’avons déjà vu.
IMPIVtUEME RATIORALC.
quel(fiie cliosette de vostre goust, désirant, le vous envoyer si tost que le P. Mercene m’aura mandé s’il a trouvé aux Rituels des Grecs de l’édition de Venize ce qu’il vouloit chercher en mes manuscrits, dont je luy envoyeray une caissette quand il vouldra. Si cependant je trouvoys commodité d’amy qui se voulust charger de cez deux volumes à part, je les vous envoyeray tousjours à l’advance. Gomme je vous envoie dez à presant par la poste deux petits extraicts des Chroniques de Farlaet de Vincens de Vulturno^ pour M'' du Chesne, à qui j’en escripts, et seray bien aise que vous voyez ma lettre avant que la luy rendre pour seconder en cela le désir que j’auroys qu’il prinst occasion de faire éloge d’honneur au Cardinal sur ce subject, s’il est possible, et vouldroys bien que AP Rigault se trouvast à Paris et qu’il voulusse en coucher deux ou troys périodes par escript de son style, pour le traicter plus dignement, ou bien que le P, Sirmond en voulusse prendre la peine. Mais je ne l’ay osé dire au bon M"" du Chesne par escript, comme je l’eusse faict de vive voix plus librement si j’eusse esté sur les lieux. Vous excuserez ma trop grande confiance à vostre bonté. .T’ay encor receu par mesme moyen le pacquet de lettres de M"" Holstein (qui a esté envoyé par Genes et ne sçauroit venir que par le retour du dernier ordinaire qui ne sera que dans i5 jours), mais aussy le manuscrit Grec du S‘ Cyrille adressé de sa main sur la première page à MM’Archevesque de Thoulouse, lequel je vous envoyeray si je puis par le prochain ordinaire ployé en long ou en roulleau, s’il s’en peult charger, comme je l’espere.
Cependant vous en pourrez certifier^ M*’ Aubert et de mon humble service. .1 eusse bien voulu escrire à M’’ du Mesnil Aubery, à M'' Rourdelot et à plusieurs aultres, sur touts à M*' Valoys qui m’oblige par trop, mais il mest du tout impossible à ce coup. L’expédition de Rome
' Castel- Voltunio, dans l’ancien royaume de Naples, sur la mer Tyrrhénienne, à rembonclmre du Voltnrno (l’ancien Vulturnus).
Ce sens du mot certifier (rendre quel-
(ju'un certain de quelque chose , lui en donner l’assurance) n’est pas indiqué dans ie Dicliomaire de Littré, pas plus que dans les recueils de ses devanciers.
|163'i] AUX FRÈRES DUPÜY.
estant venue trop mal à ])ro])os pour me laisser acquitter de toiits cez devoirs comme je pensoys, mais Dieu aydant cela ne sera pas dilTeré pins loing qu’à la semaine ])rocliaine. Et je demeureray à jamais,
Monsieur,
vostre trez huml)le et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce G juin i634.
Je VOUS prie de faire part au P. Théophile des advis de Constantinople qui nous ont bien esté de dure digestion en ce pais icy.
S’il y avoit moyen de m’envoyer par le messager ou par le coche une coupple d’exemplaires des eclogues de M*' de Valoysb je seroys bien aise de les avoir pins tost que par les roulliers et l’adresse s’en ponrroit faire à Lyon à M*’ de Rossy au chasteau de Milan, qui me les envoyeroit par nostre ordinaire, et je leur pourroys faire passer les monts un ])eii plus tost; on les ponrroit séparer tà Lyon si le paquet estoit trop gros des deux ensemble"^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
PRIEUR DE SAINT-SAUVEUR
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu par l’ordinaire vostre despesche du i de ce moys, et par les sieurs Moreaulx le fagot de libvres où vous avez mis les Astronomes Grecs de M*" Holstenius et aultres qui seront cottez au bordereau cy joinct, dont je vous remercie trez humblement, comme de tant d’aultres raretez dont vous nous faictes si bonne part d’ordinaire. Je feray
‘ Le recueil déjà plusieurs fois cité : Pohjbit, Diodori, etc. , excerpta ex colleclaneis Coiisl. Auffusti Porphijrogenelœ (i634). — ‘ Vol. 718, fol. 55.
\u LETTRES DE PEIRESC [163/i]
tenir à M" Holslenius par la première commodité asseurée le dict volume <[ui est arrivé tout à poinci à l’instant que je prenons la plume pour escnre à M' Aubert, et accompagner les livres de Cyrille quil attendoit du mesme lieu, afin .de me donner moyen d’en accuser la réception et le remercier de la peine qu’il a voulu prendre luy niesmes à transcrire les figures et conférer le texte, dont je ne luy suis gueres moings obligé que le dict sieur Holstenius.
Mais on me vient de donner une petite mortification par l’advis <[ue Madame la Marescbale veult charger le courrier ordinaire d’une si grosse boitte de cittrons, qu’il ne pourra peult estre pas se charger de ce manuscrit, auquel cas il fauldra attendre à la semaine prochaine. Je n’ay pas veu M"" Fabrot depuis le retour de son Théophile, et me console grandement en ce que vous me mandez, pour la prel’erance que vous avez donnée au lieu de l’édition de vostre glossaire. Il fauldra tenir la mesme voye, cependant je ne laisse pas de vous estre bien obligé de la peine que vous y avez eüe et du soing que vous prenez de la seure conduitte des volumes Kopbtes, dont je vous remercie trez humblement, laissant le tout absolument à vostre plaine et totale disposition. Ne m’estonnant poinct que le portraict de l’Escot ne se soit peu trouver de par delà, mais vous me permettrez bien de vous dire que sa qualité de charlattan ne doibt pas, se («c) semble, exclurre la curiosité de quelqu’un en cette recherche puis qu’on souffre que les portraicts de Gonnelle ^ de Maistre Guillaume^ et aultres fols plus célébrés trouvent place
' Goniiella estait un boiifTon italien du xiv' siècle. On a sous son nom un recueil intitulé: Le Bujfonerie di Gonella. . . (Florence, in-4°, sans date). Pour d’autres éditions de ce recueil , voir le Manuel du libraire (t. II, col. 16G/1). La rédaction des mêmes bouflonneries de Gonnella se trouve imprimée dans des recueils de lacéties du même genre. Voir le Manuel du libraire aux mots Arlotto et Domeniclii.
Maître (îuillaume, un des derniers fous
en titre d’office qui se soient montrés à la cour des rois de France, naquit à Louviers vers i55o et mourut vers i6o5. Voir sur ce personnage le Manuel du libraire (t. 11, col. 1818), \ol Biographie universelle {avlide de ^Veiss), la Nouvelle biographie générale (article de Gustave Rrunet, lequel complète Weiss, à l’aide des indications fournies par Leber, en son (Catalogue, et par Edouard bournier, dans Les caquets de l’accouchée , bibliotliè(|ue Elzévirienne, i85o), enfin les
[163/i] AUX FRÈRES DUPUY.
dans les cabinets on galeries des Grands aprez leur mort, comme leurs ])ersonnes y avoient trouvé de l’accez de leur vivant. Principalement ce charlatan ayant eu un ad\ antage de faire à croire en son temps des clioses plus incroyables que persone n’avoit jamais faict devant luy et ne fera peult estre plus aprez luy, selon les bruicts communs et constants en ce pais icy, soit que ce ne fussent que pures illusions et impostures, ou qu’il y eust aulcune réalité.
J’escriray à M" Dony l’advis que vous me donnez du manuscrit de Musica de Boece afin que s’il veult faire collationner quelque passage particulier, on luy puisse donner contentement, ou bien de la collation entière de l’oeuvre sur telle édition qu’il vouldra, m’asseurant ([ue AP de Thon et vous. Monsieur, ne le trouverez pas mauvais. Ge])endantje vous en remercie le plus humblement que je puis et des obligeantes offres que vous avez faictes au bon P. Théophile Minuti, attendant avec impatiance des nouvelles de l’actuelle expédition de vostre commande. Et encores plus que les revenus se puissent augmenter notablement à vostre prolïit, et selon vostre mérité et les voeux de voz plus fideles serviteurs.
Le protbonotaire Aguillenqui, Prévost de BarjolsL mon cousin, arcbediacre de Bouen, faict estât de partir la sepmaine prochaine avec quelques aultres de noz ainys, dont quelqu’un se chargera des deux volumes de l’Onufrius, dont l’un principalement sera bien au goust,si je ne me trompe, de M*’ Godefroy, et possible de M*' du Puy, vostre frere, et de M*' de Lomenie. Et meriteroit peult estre bien de tenir rang et place entre les Aoo volumes de son cabinet, puis que ce sont les actes si authentiques de ceremonies Romaines anciennes et modernes, et semble valloir la' peine d’estre enregistré avec tant d’aultres livres de ceremonies. Vous en jugerez mieux par la veüe. J’escriray par ce
Recherches htslorùjues sur les fous des rois de France, par Canel (Paris, Leinerre, 187.3, in-itî, p. 207-980).
‘ Barjols-sur-Cèze (voir t. I, j). (ioG, note 1). On a trois lettres de Peiresc rrà
M. le Prévost Agiiillenqnin , une dans le registre V des Minutes de riiiguiinbertine (Col. 5o8), une autre dans le registre \ 1 (fol. i5i), une autre enfin dans le registre VU (fol. 385).
LETTRKS DE PEiHESC
niesnie moyen à M" Godefroy. Nous venons de recevoir et mettre en j)ossession présentement Monsieur le ])rocureur general Gantez qui a triomphé et gi-andemeiit satisfaict nostre compagnie en son examen. C’est luy qui m’a r’affraiscliy la mémoire de cez immenses recueils de M*' de Lomenieh et qui m’a laict prendre extraict de quelques aultres arrests à joindre aux précédants que vous aurez au premier jour. Cependant j’ay esté Lien estonné de voir venir ce catalogue de la bibliothèque d’Auspourg sans que vous, Monsieur, ni M^’ Valoys me disiez rien de la pensée que j’avoys eue de le faire voir au dict s^' Valloys tandis que vous l’aviez de par delà, car je crains d’avoir oublié de vous en supplier, comme je l’avoys résolu en mon es])rit, tant nous sommes aulcunes foys divertys et persequutez lorsqu’il fault faire les expéditions pour l’ordinaire. Nous n’avons icy que le retour de M8;‘‘ le Mareschal et la capture de deux Peres Minimes nommez l’un le P. Davin qui estait provincial , etl’aulti e le P. Perier, qui ont esté mis dans la forteresse du chasteau d’If, lez Marseille, ce dict-on, en vertu d’une commission du Grand Sceau, sans qu’on sçaiche les particularitez dont ils peuvent estre accusez si ce n’est que l’on juge bien que les intrigues des moynes et des divisions qui ont esté parmy eux pourroient bien y avoir contribué quelque chose. Et sur ce je demeure.
Monsieur,
voslre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 1 3 juin iG34.
11 S est trouvé dans vostre pacquet de l’ordinaire une lettre düenient cachettée adressée en cez termes: A mon filz l’abbé de Malemaison, qui est venüe vraysemblablement par équivoque si vous n’avez oublié de me mander ce qud en fallait laire, on s’jI ne fault la luy garder icy s il est a Home. Toutefoys je pense qu’il vauldra mieux la vous ren-
Voii, (tans le Cabviet des mamiscrits de la collection formée par Antoine de LoniGnie la BMolh'eque nationale, les complets ren- ( t. I , p. 2 1 5-2 1 G , et passim dans ce même seigncments donne's pai“ M. L. Delisle sur tome et dans les deux tomes suivants).
AUX FRETES DUPUY.
voyer, si je n’ay aultre advis de la part de M*’ l’Archevesque où j’ay envoyé demander s’il n’en sçait rien.
Je viens d’apprendre du sieur Berland revenu de Borne depuis ])eii que AB l’abbé de Malemaison estoit party de Borne peu anpai’avani biy et avoit prins la routte de Elorance où il se sera vi’aysemblablemenl arresté; c’est pourquoy je resei'vei’ay sa lettre ])our la luy rendre s’il passe par icy, et si vous ne nous donnez aultre ordre plus précis pour cela.
Dans le ballot j’ay ti'ouvé le inairuscrit Gi-ec des Astronomes fol., le catalogue de la Bibliothe(j[ue d’Auspourg fol., le P. Bucberius fol., les cbevalliers du Esprit fol.\ le Théophile de M*’ Fabi’ot et 2 exemplaires en parchemin du Gulistan 8“^ avec le livre de Sei-o lactis 8”^.
À JIOXSIEUB, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUB,