‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 30 sur 75 · GUI · texte numérisé non relu

GUI

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

A ce que je puis voir par les termes honnesles de vostre lettre du 8““" et de celle de M'' d’Aubray, je me trompe fort si le coeur ne me dict que vous laissez à dire plus que vous ne dictes l’un et l’aultre, et que vous avez desja recogneu que cet esprit glissant vous eschappe^, ceux qui luy soufflent aux oreilles et qui ne luy sçavent corner que la discorde et la guerre ayants trop prins d’ascendant sur luy pour en estre si tost descheus. .le crpys bien que le temps nous en esclaircira bientost, aussi bien que vous. Cependant je vous ay bien de l’obligation de la peine que vous y avez desja prinse, et de celle que vous nous y promettez à l’advenir, que nous ne sçaurions mériter de nostre vie par aulcuns assez dignes effects de nostre fidele service, mais nous n’y espargnerons riens Dieu aydant, si nous le pouvons. Je vous en remercie de tout mon coeur et de la reserve que vous avez faicle de ma lettre à M?'' le Ghancellier, attendant si ce pauvre aveuglé aura l’esprit de mériter que vous la présentiez à son adresse, pour jouyr des advantages qui luy en peuvent revenir. Je n’ay pas osé continuer d’escrire à mon dict seigneur crainte de luy estre par trop à charge et à importunité, principalement en cette occurance des contentions entre les cappitaines des galeres et ceux du Régiment de la Marine, qui ont faict venir M*^ le General des galeres à de grandes extremitez contre les principaulx, dont le monde est bien en peine et en appréhension que cela ne nuise au service du Roy, si M*^ de Bordeaux^ qui en a entreprins l’ac-

‘ Vol, 718, fol. 285. — ^ Il s’agit toujours du neveu de Peiresc. — ’ Henri de Sourdis.

tMPRIMCillE KATIOtALL.

commodément n’en vient à bout bien à souhait. L’on nous dict qu’on a envoyé des courriers en cour tant pour cela que pour la didiculté que faict le Mareschal de laisser embarquer sur les navires les régiments qui sont icy en garnison dont il n’a pas d’ordre exprez du Roy, attendu que l’armée navale s’esloignant de noz costesles 20 galeres d’Espagne pourroient bien venir icy faire une nouvelle descente et nous mettre bien en peine à nous deffendro sans milice réglée, celle des communes estant bien mal aguerrie et bien mal asseurée. Comme vous ne l’esprouverez que trop de par delà si je ne me trompe, ce que j’aymerovs bien mieux. Ne pouvant assez déplorer les apprebensioiis qu’on ne vous donnera que trop frequantes, tandis que l’ennemy sera si advancé dans le Royaulme. Si le prince d’Orange n’entre tout à bon dans le Brabant, comme on escript qu’il s’estoit enfin résolu de faire dez le 1 de ce moys avec 5o mille bomrnes, ce qui pourroit obliger ceux de Picardie de faire un voyage de 3 moys qui est possible pour accompagner M*' son boste durant toutes cez destresses de ville affligée.

Je suis grandement obligé à IVP de Saumaise de la peine qu’il prend aprez le Syncellus et de ses rares collections. M'’ Boucbard m’escript jiar le dernier ordinaire de Rome du 2 de ce moys^ qu’il est en peine de la vie de Tlieophanes et qu’il estoit demeuré d’accord avec l’eminentissime cardinal Barberin et le Dataire que faisant apjiaroir de la commande aidtres foys de vostre prioré de s‘ Leons, l’expedition s’en feroit sans aultre dellay. J’escriray à M*” le sacristain Valbelle qu’il fasse un peu plus de diligence d’en avoir les papiers justificatifs.

L’on m’escript de Rome que les galeres du Pape se préparent de venir à Marseille à ce moys de septembre; elles porteront vraysemblablement M"" le comte de Nouailles. Et en retour pourroient emporter la balle des livres du cardinal Barberin si je Pavois receüe, mais je n’en ay aulcunes nouvelles.

Un bonhomme Espagnol Portugais s’est retiré à Rome incogneu qui

‘ Nous ne posst^Jons pas celte lettre. Du le ïascicnle III des Con-espo/ida/its de Peiresc ,

moins il m’a été impossible de la retrouver deux lettres de l’année i636, la huitième,

et j’ai eu le regret de publier seulement, dans du 7 mars, et la neuvième, du ù avril.

|Î036] AUX FRÈHES DÜPÜY.

a esté fort persécuté eu son pais, lequel cstoit de la cogiioisçauce particulière de feu M’’ le President de Thon, et avoit belle bibliotlieque et grande curiosité. Mais il est incognito dans Home soubs un anltre nom (|ue le sien, et ne desire pas d’estre descouvert. 11 m’a escript la lettre que vous pourrez voir, à laquelle je ne feray pas de responce que je n’en aye vostre advis, et seray bien aise de sçavoir si vous avez ])oincl rencontré de ses lettres parmy les papiers de feu M‘‘ de Tbou , et si l’escritture en est pareille ou non. Gest homme pourroit bien sçavoir des intrigues et en descouvrir si l’on vouloit. Vous le mesnagerez selon vostre bon plaisir, en cas que vous trouvassiez à propos d’en parler. Puisque feu M*’ de Tliou n’avoit pas desdaigné sa correspondance, il j)ouvoit bien avoir des qualitez dignes de n’eslre pas négligées. Vous aurez les advis que j’ay receus tant du costé de Genes que d’ailleurs et me pardonnerez si je n’escripts plus à loisir pour ce coup, estant lousjours,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peikesc.

A Aix, ce 19 aoust iG.Sü.

Si aprez que vous aurez veu cette feuille des advis de Genes, vous trouviez bon de la joindre au pacquet du Prieur de Roumoules, il en pourroit faire part à M'' le premier president du Bernet\ qui possible ne la verroit pas mal volontiers.

,Ie vous recommande la lettre de nostre jardinier et vous supplie m’excuser %

‘ Joseph du Bernet , né à Bordeaux , en i584, président à mortier au parlement de cette ville en mars 1620, avait été nommé premier président du parlement d’Aix le 20 février i636. H devint en i643, et non,

comme on l'a dit quelcpiefois, en 16/40, premier président du parlement de Bordeaux. Il mourut à Limoges, le 19 mai 16.02.

’ Vol. 718, fol. 288.

LETTRES DE PEIRESG

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-S4ULVEUR DU PUY

RÜE DES POITHEVINS PREZ SAINT ANDRE DES ARTZ, CHEZ jr DE THOÜ,

À PARIS

Monsieur,

Ce mot à la haste n’est que pour accompaigner les cahiers du volume des Epistres de Pol, qui n’est arrivé qu’à ce soir en mesme temps que le sieur de Nigris neveu du sieur de Montmejan (l’un des plus qualifiez seigneurs de cette province et de noz meilleurs amys) m’est venu advertir de son voyage en cour dez demain du grand matin et qu’il seroit bien aise d’obliger noz amys s’il fallait porter quelque libvre, ce qui deschargera d’aultant l’ordinaire qui n’eusse pas receu un si gros pacquect sans gronder, mais je ne l’eusse envoyé que d’icy à Lyon où je l’eusse adressé à M‘’de Rossi pour l’envoyer par le messager à Paris. Cette commodité qui va à droicture sera encore meilleure; je ne suis en peine que du partement de M'’ de Saumaise, et vouldroys bien qu’il fust dilîeré jusqu’à l’arrivée de ce pauvre libvre qui a tant couru de fortune de l’Ægypte icy, et en courra possible davantage de Paris en Hollande, si ce n’est M*" de Saumaise mesmes qui en soit le porteur. Je ne me suis poinct amusé à y voir aultre chose, que la première page et la derniere où j’ay apprins qu’il avoit esté transcript sur un exemplaire de l’an i35‘i. J’avoys mandé qu’on me retint l’original et qu’on baillast la coppie nouvellement transcripte, que les Gophtes eussent bien mieux aymée que leur original desja trop usé. Mais par malleur mes lettres ne sont pas arrivées à temps et nos pauvres marchands ont pensé faire meilleur mesnage, ce qui n’arrivera plus à l’advenir Dieu aydant. Sur quoy je finiray attendant à ce soir l’arrivée de l’ordinaire, et vous suppliant, si vous pouvez rendre quelque bon office à ce pauvre gentilhomme lors du jugement de son aflàire, de le vouloir faire pour 1 honneur de Dieu et pour l’amour de vostre serviteur trez humble

oultre la considération de sa bonne volonté à vous porter ce gros volume, demeurant,

DE Peiresc.

A Aix, ce 522 aoust i636

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Vostre boitte est venue tout à poinct pour passer à Rome par l’ordinaire d’Avignon qui passera la semaine où nous sommes ou la suyvante au plus tard. M*' de Guibeville aura eu vos lettres dernieres, et vous aura vraysemblablement envoyé sa responce à droicture, puisqu’il ne m’en a pas faict l’adresse. Vous obligerez bien M' Holstenius si vous le pouvez esclaircir de la vérité de ce qui se trouve dans -la Bibliothèque du Roy de l’histoire de Anna Gomnena et j’y prendray ma bonne part en voz bons offices en son endroict. Je n’ay jamais doubté de la bonne intention de AR de Saumaise, j’ay trop de cognoîsçance de sa franchise et de ses inclinaisons à m’obliger. Mais j’apprehendois que la nécessité de ses affaires domestiques et la presse de son départ ne luy ostast le moyen de s’acquitter de sa promesse voulust il ou non, et veux bien croire aussy que M*" Rigault n’avoit pas ouy parler d’envoyer le volume du Syncellus à Dijon, puisque vous in’en asseurez. Mais j’en avoys pourtant ouy dire quelque mot, comme de chose qu’il octroyeroit mal volontiers si je ne me trompe, ce qui m’avoit faict présumer ({u’il en eust faict paroistre quelque aversion que je ne prenois pourtant pas en mauvaise part, sçaichant comm’ il est obligé de n’y condescendre pas facilement, et ne l’imputoys de part et d’aultre qu’à mon seul ‘ Vol. 718, fol. 291 .

malleui’ et à moi) desmeiite. L’importance est que l’affaire est faicte, iorsque nous l’esperions le nioings, et avec tant de peine pour le jiauvre M‘ de Sauinaise, que j’en suis le plus honteux et le plus confus du inonde, vous asseurant que si j’eusse preveu un si grand travail pour luy, je me serois abstenu de luy en endosser la courvée, et ne l’aui oys pas accc|)tée si facilement. J’avoys creu que s’il vouloit souffrir (jue le coppiste luy viiist lisre, il auroit bientost parcouru cet ouvraige et auroit par mesme moyen enseigné ce mesme coppiste à mieulx lisre les mots plus diliiciles, afin qu’il peusse aprez collationner luy seul les aultres autbeurs suyvants. Et vous asseure que quand j’ay veu ce (|ue vous me mandez de l’extraordinaire diligence de M*‘ de Saumaise durant troys semaines à se lever plus matin que de coustume, je me suis trouvé si surprins que je ne sçavois où me cacher et luy en demeure si redevable que je ne sçauroys luy en rendre d’assez dignes remerciments, et mesmes des corrections qu’il y a adjoustées non seulement des faultes du coppiste, mais de celles mesmes du manuscrit, qui est une faveur bien signalée, et qui augmentera bien le subject à ceux qui en avoient faict instance, d’en sçavoir tant plus de bon gré. Et je seray bien plus aise que vous ne voulez estre, de l’advantage que vous y aurez sur eulx, qui tost ou tard s’en pourront rendre un peu moings indignes Dieu aydant. Et si Ab le sacristain Valbelle a voit faict venir les pièces qu’on demande pour la vérification d’une commande de vostre prioré anterieure à la vostre, je pense que l’affaire qui vous a tant importuné seroit finie incontinant. Je luy en fis des reproches l’aultre jour (jue je le rencontray en cette ville, et il me dict qu’il ne vous avoit peu envoyer qu’un certain mémoire venu de Rouergue que je vouldrois avoir veu pour l’induire et faire valloir s’il eust esté possible aultant que ce que l’on vous pouvoit demander.

J’ay bien escript à AE du Lieu, mais non en termes qu’il puisse prendre en mauvaise part que je pense, et de faict les responces que

l’on m’a faict en son nom de Lvon sont fort bonnestes.

Je cbargeray AE Holstenius du recouvrement des suppléments du Erocope que desire AE Grottius, lequel je desire bien de pouvoir

[1636] AUX FRÈRKS DUPUY.

servir plus utilement que je n’ay encore peu, le vohime du Porphyre tie s’estant pas encores trouvé dans S‘ Laurens*, ains seulement une espece de Cathena, qui rapporte quelques passages, mais l’on conliniie la recherche. Ce sera un bien digne ouvrage que le corps de toute cette ancienne histoire Gothique venant d’une si elegante et judicieuse main que la sienne. Si M*" le Nonce avoit occasion de quelque courrier extraordinaire, je pense qu’il ne leroit pas dedilliculté de se charger de faire tenÿ' à Rome la coppie du Syiicellus corrigée de si bonne main. Mais hors de cela je pense que fort mal volontiers se chargera-(-il de faire tenir un si gros, volume par la poste, d’aullant que toutes leurs despesches payent le port fort rigoureusement et passent par les mains des banquiers de»Lyon, de sorte qu’il sera plus expédiant de m’envoyer, si faict n’a esté, ce volume par le messager de Lyon (qui ne demeure que dix jours en chemin) soubs l’adresse de M’' de Rossi, qui en pavera le port ordonné par nous, et retirera le fagot et me le fera tenir par l’un de noz courriers ordinaires qui ne sera pas si cérémonieux (pie lesvostresde delà, moyennant quelque petite recognoisçance. Mais si ne l’avez encore envoyé, je vouldrois bien ([ue le coppiste de M'' Aubert ipii a transcript le Syncellus voulust parcourir les corrections que M'allé Sanmaise a faictes sur sa coppie, afin de se styler^ tant mieux à la vraye lecture et collation de ce vieil manuscrit, car je vouldroys qu’il y (;onlerast encores le Theophanes sur une coppie que j’ay escripte de la main de Andréas Darinarius, l’un des plus doctes Grecs qui fust venu en Europe il y a quelque cent ans, et il pourra coïter aux marges les diverses leçons. J’envoyeray pour cet elTect ce mien volume par la première commodité d’amy, ne voulant nullement donner cette courvée à M‘' Valois ne à aultre dont les estudes soient mieux employées en aultre besoigne et ayrneray bien mieux en estre quitte pour quelque recognoisçance honneste à ce jeune homme puisque l’alTaire est de si longue haleine et si importune.

* Bibliothèque Laiirentienne, à Florence. — ^ Littré cite, sous le mol styler, Froissarl. H. Estienne, Bossuet, Saint-Simon, Buffon, Lesage, etc.

Cependant si la coppie du Syncellus peult avoir esté bientost parcouriie par le coppiste, je seray bien aise de la recouvrer plus tost que plus tard et à cez fins je vous supplie de l’envoyer à Lyon audict sieur de Rossi qui se tient à l’enseigne du chateau de Milan, mais il luy fauldra escrire un billet par la poste pour luy en donner ad vis, afin qu’il envoyé prendre le fagot chez le messager, aultrement on l’y garderoit longtemps sans le rendre comme ils ont faict aultres foys.

Au reste je vous remercie trez humblement de touts voz petitz imprimei et mémoires du temps, dont je vous renvoyé les principaulx, bien marry de ne vous pouvoir dire quelque chose de bon en revanche de cez quartiers où nous n’avons que l’arrivée de toute nostre armée navale au rendez vous du port du Goulf Jean qui est en veüe des isles de Lerins. D’où elle debvoit partir la nuict du dimanche à lundy derniers. Si j’apprends rien de plus soit du costé de Canes ou de Toullon, je ne manqueray de vous en faire part, demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresg.

A Aix, ce 26 aoust i63G,

J’ay bien de l’obligation à M‘' de Thou de l’honneur de son souvenir et suis bien marry de ne l’avoir sceu mériter en le mieux servant, mais ce n’est pas à faulte de bonne volonté. M^*' le Mareschal feit bien à souhaict l’accommodement d’entre M*" de Bordeaux et M*’ de Nantes*. L’on travailloit encores à celui de M*' le General des galeres avec les cappitaines, mais il y avoit plus de difficulté^.

' Le maréchal de Vitry, qui avait si bien et s’emporter jusqu’à -le bâtonner, ce qui le accommodé Henri de Sourdis et Philippe fit mettre à la Bastille (octobre 1687). Gospeau, allait l’année suivante se disputer ** Vol. 718, fol. 29a. violemment avec le premier de ces prélats

AUX F HÈRES DÜPUY.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Ce peu de mots qu’il vous pkiist m’escrire concernaiil le choix de ceux dont mon neveu prend les conseils m’en faict bien plus comjirendre que vous m’en voulez dire, et que je vous suis bien plus i-edevable des salutaires remonstrances que vousluy daijpiez faire, que vous ne voudriez quasi advoüer. Il a tousjours tant eu de répugnance à la recongnoisçance de son debvoir, et tant d’aversion de touts ceux qui luy pouvoient faire et procurer plus de bien, et de ceux mesmes qui le luy pouvoient conseiller, pour s’attacher à touts les interets et à toutes les inclinations de ceulx qu’il tenoit pour ennemys de la maison, que je ne trouve nullement estrange qu’il aye changé de style et laissé voz bons advis pour suyvre les pires et se conformer aux voeux de genls qui enragent d’envie et de jalousie contre la tranquillité de nostre maison aussi bien que contre celle du public et qui ne songent qu’à leur propre vengeance non seulement contre ceux qui leur peuvent avoir rendu des mauvais offices, mais contre ceux qui ne sont pas de leur haleine b principalement quand ils croyent de les avoir otl’encez, à la mode d’Italie, où c’est que cbi a olTeso non pardona mai^, et le mal est qu’ils ne se contentent pas de bazarder leur persone et leurs amys à leurs querelles particulières, mais ils n’y espargnent pas tout le public et bazardent tout sans en considérer ne appréhender les événements, quelques leçons qu’ils en ayent eu cy devant qui les debvoient faire sages, et leur faire avoir horreur des mauvais offices qu’ils avoient rendus à leur patrie, des ruines qu’ils luy ont causé, et du danger qu’ils luy ont faict courir de se perdre de fonds en comble pour

‘ Expression que je ne trouve pas dans nos dictionnaires. — ^ pardonne plus. Tacile n’a-t-il pas dit quelque chose de pareil?

Celui qui a oll’ensé ne

lUMtlMCBlS MATIORAIB.

LETTRES DE PEIHESC

certaines petites aversions qu’ils avoient de la persone de feu M‘ le premier president d’Oppede^ qui esloit tout l’honneur et le lustre de leur maison propre. Mais Dieu, qui sçait mieux que nous ce qu’il nous fault, et qui a bien sceu y pourveoir cy devant, contre leurs voeux, le pourroit bien faire derechef lorsqu’ils y penseront le moings. Les troubles et les nécessitez presantes de voz cartiers sont justement ce qu’il leur falloit et je m’asseure qu’ils pensent avoir le vray temps plus souhaictable et qu’on doibve avoir besoing de les courtiser. Ayant escript qu’ils se promettent une expédition la plus favorable du monde. En ellect je ne doubte poinct que cet oraige n’aye faict remonter nostre pauvre estourdy sur ses ergots^, et retracter toutes les belles paroles dont il vous avoit repeu d’abbord, pour acquérir l’entrée chez* vous et insensiblement vous engaiger à vous donner la patiance d’entendre ses impostures, s’imaginant comme cez aultres, qu’il subit de soubstenir inipudament toute sorte de calomnie, quelque preuve c|ue l’innocence puisse faire valoir au contraire, dont ils ne se mettent gueres en peine, pourveu que cependant ils fassent leur coup par quelque surprinse, car ils ne sçavent faire aultre meslier. Et quand ia vérité se descouvre, ils pensent estre quitte en disant qu’il leur importoit de le dire et soubstenir ainsin et n’ont jamais de bonté d’estre surprins en imposture, n’apprehendans pas cju’elle soit chastiée selon son desmerite.

Un honneste homme qui est revenu depuis peu de Paris m’a dict • que mon neveu se plaignoit que je l’avoys toasjours vilipendé dans la maison , bien qu’il advoüast que j’avoys tousjours fort honnoré sa femme. Et que je ne luy communiquoys pas les atfaires importantes qui venoient à ma cognoisçauce. Je croys bien qu’il n’aura pas manqué de vous en battre les oreilles, comme à celuy qui me l’a dict. C’est pourquoy vous me permettrez de vous dire que son pere et moy luy avions quitté le premier et plus bel appartement de nostre maison où il avait pour son

‘ Vincent-Anne de Maynier d’Oppède, si Au sujet de la locution monter sur ses

souvent mentionné dans les deux premiers ergots, Littré ne cite qu’un texte de la setomes. coude moitié du xvn' siècle.

[1C3G] AUX FRÈRES DUPUV.

logement Iroys chambres tapissées à plain pied de la salle des meilleures et plus belles tapisseries dont nous nous passions pour l’amour de sa femme eide luy. Qu’il avoit 600 escus pour ses menus plaisirs, deslravé dans la maison luy, sa femme, vallets et servantes. Il avoit l’estude de feu mon pere garnie de libvres tels qu’il m’avoit demandez. Je n’avois réservé sur luy que le pas et la seance à table où je la vois ‘ avec ma soeur^ et ma niece, le laissant laver luy avec le reste de la compagnie. Voilà toute la rudesse et tout le mesprix dont j’ay usé envers luy. Encores bien souvent quand il y avoit quelqu’un du dehors, je l’appelloys pour laver quant et eux et moy. Mais ayant recogneu son humeur trop altière, je luy laissoys dans la famille celte petite mortification de le faire laver après moi. 11 est en lieu où il peult bien voir s’il y a gueres d’enfants qui osent ne qui veuillent laver avec leurs peres tant s’en fault qu’ils le preignenl en mauvaise part. Pour le restant c’est la vérité que souvent lorsque son pere estoit absent je luy faisois transcrire de sa main tantost sur voz lettres tantost sur celles d’auti es de noz bons seigneurs et amys quelques articles de ceux que je pouvois luy confier, avec deffences expresses d’en sonner mot à persone. M’estant apperceu qu’il ne s’en pouvoit pas abstenir, je l’advertis qu’il 110 les verroit plus; l’ayant derechef surpris en faulte, je ne l’employay plus à cela. Et neantmoings il trouvoit toujours moyen d’obtenir de mes gcnts quelque chosette de ce que je ne tenois pas si caché. Je ne faisois pas semblant de m’en appercevoir, pensant le r’amener à sou dehvoir de son propre mouvement. Mais comm’ il ne tarda gueres de taire ligue offensive et delïensive avec les ennemys de la maison et de les courtiser d’ordinaire nonobstant les remonstrances de son pere, et qu’il ne venoit plus en ma chambre pour me sallüer comm’ il debvoit, je luy tins la bride un peu plus haulte®, sans toutefoys user d’aulcuns termes sub-

C’est-à-dii'e : où je me lavais les mains avant le repas. Littré cite, au sujet de l’expression laver, Scarron et Saint-Simon.

* Peiresc appelle ainsi sa belle-sœur, M'"' de Valavez (Marquise de Tulles).

* Littré ne cite au sujet de celte locution qu’une phrase de l’Avare de Molière : ffll est bon de lui tenir un peu la bride haute. r> ,

LETTRES DE PEIRESG

jecls seulement à sinistre interprétation, tant s’en fault que je l’aye jamais ruddoyé avant cette derniere escappade aprez laquelle il a encores demeuré prez de troiz moys dans la maison pendant ma maladie, pendant laquelle ma niece venoit tous les jours me voir, et pour luy je croy bien qu’il y eust voulu venir, mais me l’ayant faict dire je luy fis respondre qu’il s’en estoit rendu trop indigne, et que quand il m’auroit faict paroistre un acte de bonne volonté contraire à tant d’effects qu’il m’avoit faict resentir de sa malveillance, je ne disois pas que je ne fisse à la considération de mes arnys ce que je ne debvrois pas pour luy. Voilà tout le mauvais traictement qu’il a eu de moy. Si je vous avoys dict le destail de mille aultres choses que je pourroys alléguer contre luy, vous en auriez horreur, et tant plus de compassion de ma patiance, où je vous puis asseurer qu’il m’a bien faict tirer jusques au dernier bout de ma tollergnce et de ma pauvre philosophie où je pensois avoir attaint plus de disposition à souffrir des adversitez que je n’en ay trouvé en moy dans cette mauvaise rencontre, quoy qu’en plusieurs aultres bien plus sensibles j’eusse esté quasi aussitost résolu, comme j’y pouvois avoir pensé à bon essiant. Dont je m’estois laissé porter à des sentiments de vaine gloire, que Dieu a bienchastiez sur moy par son ministère. Je ne sçay si j’en sçauray bien faire mon proftit à l’advenir. J’y contribueray bien ce que je pourray.

Vous suppliant de me pardonner la prolixité et importunité de cet entretien et l’imputer à la confiance que vous me daignez donner en riionneur de voz bonnes grâces. Puis que ce garçon a trouvé chez vous plus d’accueil qu’il ne mérité et qu’il s’en est desja rendu si indigne, il irnportoit que vous eussiez quelque notice de tout cecy, pour cognoistre un peu mieux le pellerin ^ et ses apostres. Je n’ose escrire à Monsieur d’Aubray, le jugeant embarrassé à ses trouppes de Paris, et encores moings à Monseigneur le Chancellier pour ne luy r’amentevoir cette importune affaire qui luy a esté tant à charge. Oultre que nous

' On retrouve cette Lmilière expression dans Molière [Don Juan) : rrSi lu connaissais le pèlerin, tu trouverais la chose assez facile pour lui.n

[163GJ

AUX FUKUKS DUP U Y.

n’avons rien qui vaille à mander de par deçà maintenant. Anssy finis je demeurant,

Monsieur,

vostre trez liumble et trez obéissant serviteur, DE I’eiiîesc.

A Aix, ce •! septembre

A MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAIIEVEUR

A PARIS

Monsieur,

J’ay receu la vostre du a 2"’*^ du passé où j’ay esté bien aise de voir (|ue le travail du bon homme Roule ne vous ayt pas esté dezagreable -. 11 suyvra foit punctuellement voz bons advis et conseils, non seulement pour ce petit advertissement que vous trouvez bon de mettre A la fin de cbascun volume, pour rendre compte de ce qui ne sera conl’orme au texte latin, mais pour toute aultre chose, car il ne desire rien tant que de pouvoir servir tout ce (|ui a de la dépendance de son autheur. Il ne regrette que le pesclié originel de son style gascon^, et si quelqu’un de voz amys se vouloit donner la patiance de revoir charitablement l’un des libvres de sa version et y corriger les laultes soit du vice de son dialecte ou de sa mauvaise version et im|)ropriété de ses termes, il s’en corrigeroit fort volontiers, et en suyvi-oit les exemples et les réglés partout où il le pourroit. 11 y travaille avec tant d’amour et de zeelle qu’il mérité quelque gré et quelques chaiâtables offices qui puissent rendre son ouvraige de nioings importune lecture à ceux qui entendent bien le language. S’il peult avoir vostre adveu de sa bonne volonté avec (juelqu’une de voz notes, il se tiendra trop

' Vol. 7 1 8 , loi. “igS. ’ Gascon est employé là

‘ Le travail de li'adiK lion de \' Histoire car on a déjà vu que Houle n’élail pas nalil

du président de Tliou, de Gascogne, /nais bien do IVoveuee.

heuj’eux et trop lioiinoré et obligé au dernier poinct, et ose bien vous promettre qu’il ne fera ne plus hault ne plus bas que ce que vous ordonnerez, à la seule reserve de ne se pas despartir de son enlreprinse qui est desjà bien plus advancée que je n’auroys creu.

J’apprins ici de M*” de Guibbeville que c’estoit Granier qui avoitfaict semblant d’entreprendre cette aultre version dont vous m’aviez daigné faire voir quelques feuilles, mais je croys bien qu’il aura depuis songé à d’aultres choses, ayant tant faict parler de sa vie et de ce mauvais tour qu’il avoit joué aux ])auvres carmélites b Si ce n’est que cette adversité le fist confiner en quelque retraicte où le grand loisir luy peusse faire entreprendre cet ouvraige de si longue haleine, qu’il n’auroit continué que bien difficilement si je ne me trompe, de l’humeur qu’on me l’avoit figuré, car je ne pense pas l’avoir jamais veu.

Vous aurez icy une lettre de M*" de Guibbeville qui arriva un jour trop tard pour marcber par le précédant ordinaire. J’en ay esté marry ; il n’avoit pas d’assez longtemps eu d’aultres nouvelles de vostre part que celles que je luy fis tenir à ce qu’il me mande, lesquelles luy estoient veneües bien à poinct pour l’oster de la peine où il estoit.

J’ay prins grand plaisir de voir ce que le R. P. dom du Puy vous escript de l’estât de vostre afl’aire que j’ay tousjours creu meilleur que vous ne vouliez vous persuader. C’est la vérité que la longueur y est si blasmabie quelle en peult quasi à bon droict exclurre toute sorte de bon gré. Mais de l’humeur dont je suys cognoissant la lentitude de cez gents là et les ressorts qui les animent, je ne laisroys pas de leur en sçàvoir quelque peu de gré si j’estoys à vostre place et de le tesmoigner partout car tost ou tard vous en viendrez à bout, et aprez la chose faicte, vous regretterez en quelque façon la mauvaise opinion que vous en aviez voulu concevoir nonobstant mes protestations tousjours contraires pour ce regart à voz sentiments.

, Je vous remercie bien humblement du tiltre de ce livre espagnol de

' Quel est donc ce mauvais tour? Sans doute quelque indélicatesse, comme celle qui fit exclure de l’Académie française (lû mai i635) le dépositaire infidèle.

la Navigation; je verray s’il s’en pourra tirer de quelque lieu un exemplaire. Si non M" Gassend verra un jour celuy de M*" de Thon allant à Paris comme il s’y préparé \ si l’estât présent des aiïaires ne luy faict proroger encore son voyage. A quoy je contribueray ce que je pourray pour en prolïitter aiiltaut de consolation et de trez doulce conversation.

J’avoys veu le second volume du Flambeau de la navigation avec les figures de la mer mediterranée, mais à vous dire le vray, je n’oseroys asseurer que le texte fustdeFrançoys et me doubte qu’il estoit plus tosf Flamand que Françoys bien que entre les mains de l’iin de noz nochers de Marseille qui n’y cherchoit, je m’asseure, que fusaige des cartes et figures plus tost que du discours. Je m’estonne qu’il n’ayt esté traduict en Françoys, si cela n’est. Car il s’en vendroit bien en noz mers, si je ne me trompe. J’ay receu les lettres de M*" Holstenius que m’avez renvoyées, et ne suis pas marry que M"" de Sau niaise soit encore là, pour donner loisir au sieur de Nigris d’y arriver avec les epistres de

Pol en Cophte et Arabe.

Je n’ay pas receu l’advis assez à temps pour faire expedier les extraicts des arrests de Gavi par cet ordinaire, vous les aurez par le prochain. Par disgrâce le billet de M*" du Puy estoit tombé à terre en ouvrant vostre despesclie, et ne s’est retrouvé que fort peu de temps avant la closture du présent pacquet à mon trez grand regret, jugeant bien que cela presse, encores est ce merveille que ce billet n’ayt pas esté perdu tout à faict.

Nous avons esté bien scandalizez de voir les mauvais desportements de celuy qui commandoit dans Corbie^, mais il s’estoit si mal comporté

‘ Ce voyage préparé ne s’effectua (pie beaucoup pins lard, car, d'après te Journal publié flans les Documenta inédits sur Gassendi, le grand philost^he était à Aix le mois suivant et on le retrouve encore en Provence non seulement pendant toute l’année 1 687, mais encore jusqu’au mois d’aoat i64i.

■ On lil dans les Mémoires de Montglat

(t. I, p. \kh): irLes Espagnols après avoiipris Roie tournèrent tête à Corbie pour avoir une place sur la Somme. Soyecourl, lieutenant du Roi en Picardie, se jetta df'dans pour la défendre avec Mailli, qui en éloit gouverneur : mais ils ne tirent pas mieux (pie les autres, car avant qu’il y eut brèche ils se rendirent sans que Saint-Preüil qui s’y

LETTHIvS DE PEIRESC

en ce pais qu’on n’en attendoil rien de bien. Lorsqu’on l’avoit mis en cette ville il voulloit des seurtez pour respondre que des fenestres on ne tireroit poinct surluy en allant par la ville. Je plains bien M*’ son beau pere qui n’en peult mais, et toutes cez pauvres provinces si désolées, comme aussy les appréhensions de tant de bonnes gents de vostre ville qui prennent l’allarme si chaude. Dieu veuille que nous ne soyions de la teste et de la meslée, comme vous aultres, car on me vient de dire, et en attends la conlii’ination à ce soir avant le partement possible du courrier ordinaiie dont je vous feray part si je puis, que dimanche il arriva aux isles de Lerins /io galeres et une galbasse b et que par bruict commun l’on y en altendoit encores i8 aultres, et que celles de Florence estoientdu nombre. Le temps estoit fort favorable aux galeres. Les nostres estoient au mitan des navires au Goulf Jean en veüe delà, mais le vent nous manquoit pour nous servir de noz voilles. Durant les vents contraires qui avoient régné quelques jours du costé du Levant, encores que le vent oust cessé par intervalles, la courante de l’eau de la mer estoit si forte ce dict on un jour que le navire admirai fust enlevé et forcé d’a|q)rocher d’assez prez les isles involontairement d’où il receut quelques volées de canon sans daummage considérable, et en inesme temps un aultre de nos navires qui ne se peust empescher d’en approcher encores de plus prez fust canardé bien plus fortement, sans toutefoys que le daumage fust bien grand. Dieu veuille bénir les armes et desseins du Boy, il en est bon besoing. L’on dict qu’enfin

étoit jeté à ta nage voulut signer la capitulation. Cet accident acheva de mettre le Roi et le Cardinal dans une extrême colère contre les gouverneurs des places jjrises lescpiels s’étoient .sauvez de crainte de châtiment; mais ils ne laissèrent pas de leur faire leur procès. Le baron du Bec, gouverneur de la Capelle, Saint-Leger du Catelet, et Soyecourt qui avoit rendu Corhie, furent condamnez à perdre la tête et leurs biens confisquez.’) Voir sur le marquis de Mailly, qui ne fut pas poursuivi, et sur Soyecourt ou

Saucour, le Recueil Avenel (t. V, p. 548).

‘ La Curne de Sainte-Palaye cite sous le mot Galiace cette phrase de Monstrelet : rr Arrivèrent unze fustes tant galiaces , galées que galiottes. . . . n Galiace est le même mot que galeasse, employé par Ph. de Commynes, et que le P. Daniel {Milice franc.) définit ainsi : tr Espèce de vaisseau en usage sur la Méditerranée, ainsi appelé selon la manière des Italiens parce qu’il est beaucoup plus grand qu'une galère. »

[1636] AUX FRÈRES DÜPUY.

M'' le comte de Harcourt est venu à bout de sa négociation pour le restablissement de cez capitaines des galeres cliascun dans la sienne, au moings de ceux qui s’estoient mis sur l’admirai , car il en estoit resté deux à Marseille des premiers destituez, qui y sont je pense encores, et sur ce je demeure

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce a septembre i636.

Les hardes de mon frere estant arrivées, j’ay ouvert une caisse on j’ay trouvé le second exemplaire des deux volumes de M*" du Gliaisney, les 3 dç l’Ammian de M' Valois, les 2 des plantes de Canada L et quelques aultres menües pièces. Je n’y ay pas trouvé la coppie du registre de Milan que je pensois y voir et possible est il dans sa valise que je n’ay pas ouverte, si ce n’est qu’il ne soit encores achevé de transcrire; l’on l’attend bien impatiemment du costé de Genes. J’ay receu le portraict de Luillier par mesme moyen ^tay desja envoyé à M*" Petit l’Ammian que M*' Valloys luy destinoit.

Je vous recommande le pacquet des Gappucins et les aultres deux lettres tant de nostre jardinier que d’un cirurgien qui avoit esté au marquis de Ganilhac, dont on est en peine d’avoir des nouvelles, et s’il y a moyen d’en faire tirer un mot de responce, ou par escri])t ou de vive voix à vostre homme, vous m’obligerez bien. G’esl le frere de iiostre procureur qui en desire passionement des nouvelles.

Tandis que je cacheptois mes lettres ayant envoyé prier le grellier criminel pour l’arrest de Gouvenon, mon homme en a broché le dicton, n’y ayant pas de temps pour tout le veu^ qui se refera plus à loisir pour le prochain ordinaire, n’y ayant pas d’aultre arrest sur ce subject, que les simples instructions necessaires au jugement d’iceluy. Je les teray

* Nous avons déjà trouvé en celte correspondance plusieurs mentions de ces divers ouvrages.

■ Voir au sujet de ce portrait le fasei-

cule \Vl des Covresimulants de Peiruc ( François Luillier, i88y, p. 38).

* C’est-à-dire le dispositif et les considérants de l’arrêt.

LETTRES DE PEIRESG

pourtant chercher exactement et sur le registre des deliberations, car il y eust quelque chose à partir avec M' de Guise qui en vouloit cognoistre et s’estoit saisy de Gouvenon qui mourut soubs sa garde h

CLVTI

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PllY,

A PARIS

J’ay receu avec la vostre du 29“® le cahier du sieur Boule que je tascheray de luy faire tenir au plus tost aprez en avoir prins la veüe. Regrettant qu’il vous taille trop de matière par son humeur trop scrupuleuse, qu’il fauldra voir de faire temperer en quelque façon, quand ce ne seroit que pour vous descharger d’une trop importune courvée. N’ayant encore peu voir voz responces à ses articles, à mon grand regret.

J’ay grande compassion de ce pauvre Portugays, puis qu’il est de la ([iialité portée dans les lettres de AD Holstenius, et comparable à de si grands hommes de lettres, le voyant si mal traicté comme dict le R. P. dom du Puy. L’envie et la jalousie de l’ignorance produict tousjours de cez elfects contre les plus vertueus. J’avoys creu à l’ouyr parler ([ue sa correspondance eust esté bien plus grande avec feu M‘‘ de Thou et de plus longue main, mais tousjours est ce prou d’avoir mérité une responce de la part d’un si grand personage. Si noz cartes n’estoient si brouillées ^ possible y auroit il moyen d’en tirer quelque advantage com’ avoit faict autresfoys le feu Roy d’Antonio Ferez et possible est ce à quoy il en vouldroit bien pouvoir venir s’il y avoit quelque disposition.

‘ Vol. 718, loi. 297.

” Littré cite seulement, au sujet de cette locution, une phrase des Mémoires de Saint- Simon : r-Les cartes se brouillèrent à différentes repri'-es.:!

’ Voir sur les relations d'Antonio Perez

(né en iSSg, mort à Paris en iGn) avec Henri IV, l’article consacré au ministre de Philippe II dans la Nouvelle biographie générale y par M. Léo Joub''rt, article qui est un excellent résumé des principaux travaux espagnols et français.

AUX FRKRES DURUV.

Je ne suis pas inarry que M*' de Saumaise n’ayt pas esté plus pressé de partir de Paris, pour luy donner le loisir d’attendre les epistres de S‘ Pol. M*" Bouchard debvoit bien vous avoir cotté le inoys et le jour soubs lequel vous pouviez trouver la vie de son Tlieophanes dans le Metapbraste, et ne sçay s’il ne me l’avoit pas cotté en quehjue sienne lettre que je pensois vous avoir envoyée; bien me souvient il qu’il me disoit avoir faict recherche dans le Vatican du moys où il devoit estre, dont le volume n’estoit pas au Vatican. 11 faudra que je fasse chercher cette lettre ou luy escrire d’en envoyer le mémoire plus précis. Gojnbien que dans les kalendriers ou menologes des Grecs, il ne seroit pas bien ditlicile de le vérifier, et je n’en ay poinct icy maintenant à la main, et aprez il ne seroit pas malaisé de chercher dans la Bibliothèque du Roy si le volume du moys où il se rencontrera se sera conservé ou non.

Quant à vostre affaire, j’auroys bien creu comme luy qu’il vous eust deub estre facile de vérifier que vostre prioré ayt esté aultresfoys tenu en commande, car je l’ay ainsin ouy dire plusieurs foys au vieil jirieur Gras, et jVPle sacristain^ me disoit avoir escript pour en taire faire la l echerche sur les lieux, où les provisions se doibvent trouver insinuées. Mais il n’a rien peu tirer à ce qu’il me dict l’aultre jour. Que si 1 on voulloit vous dellivrer vostre expédition en présupposant cela je m asseure qu’il se trouvera tousjours de quoj le vérifier, et ne fauldroit pas laisser de l’accepter à mon advis, quand mesme on debvroit aprez s en taire descharger sur les pertes des tiltres par les desordres des guerres, coin’ il a esté praticqué en aultres affaires de bien pareille nature. Toutefoys j’estime que d’une façon ou d’aultre vous aurez vostre expédition tost ou tard, et vouldroys avoir icy le Syncellus pour l’envoyer et voir si cela achèvera la conclusion ou non, selon ma conjectuie ou la vostre. Pour M'' Bourdelot je jugeay bien par les ternies de sa derniere lettre qu’il avoit prins un peu plus d appréhension que je neusse creu d’un homme de sa proffession, et possible ne sera ce que

Valbelle.

par contagion ou complaisance à M*’ son hoste qui en peult avoir eu plus (le subject, ayant à garantir des moyens si subjects à la peine.

Je suis infiniment aise d’apprendre que les choses aillent mieux qu’on ne le vouloit faire à croire, espérant que puisque les ennemis ont trouvé un cloud pour arrester le progrez de leur desmarclieb que le Roy les fera bientost reculer et foüyr à bon essiant avec l’ayde de Dieu , et qu’il les pourra suyvre et poulser plus avant dans leurs terres qu’ils n’estoient venus sur les nostres.

Au reste je vous remercie trez humblement du bon accueil qu’il vous a pieu de faire à M'’ Guyon^, et de vostre perseverance aux voeux pour le bien et repos de nostre maison et recognoisçance de nostre jeune aveuglé, qui ne mérité pas le soing que vous en daignez prendre, et n’est pas à mon advis en estât de pouvoir mieux faire son proffit des remonstrances de son cousin le sieur Pr[ieur] Aguillenqui, puisque les vostres et celles de d’Aubray, voire celles de M?*" le Gliancellier ne luy ont peu dessiller les ieulx, tant il est fasciné et charmé des flagourneries de cez canailles qui luy soufflent encore aux oreilles. Il fauldra que Dieu le face quand sa divine majesté vouldra prendre compassion de nous, et je ne laisray pas de vous avoir tousjours aultant d’obligation de la bonne volonté toute entière avec quoy vous nous y avez rendu et voulez rendre encore de si bons offices, dont la divine bonté vous recompensera quelque jour mieux que nous ne sçaurions faire. Et je continueray aussy mes voeux pour vostre prospérité et satisfaction, demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 3 septembre i636.

J’ay receu depuis 3 jours huict caméléons vivants du costé de Tliunis, reste de i/t dont les aultres sont morts en chemin. Ils estoient touts

' Je ne crois pas que cette locution ait été recueillie dans nos dictionnaires. — ’ Le médecin d’Aix plus haut mentionné.

[1636] AUX F 11 ÈRES DUPUV.

(lemy nioi ls; je les fis louis refaire el ravigourer^ avec un repas de cinq ou six douzaines de vers, de la farine cl 2 douzaines de saullerelles, car ils n’avoienl rien mangé duranl 1 5 ou 20 jours de leur voyage, sinon quelques peliles mouches en passant Si j’en puis saulver (juelqu’un l’hyver, vous ouyrez dire <|ue nous en aurons faicl de jolies observations, et si je trouve quehju’un qui s’en puisse charger de bonne amitié, je vous en envoyeray quelques uns pour en pouvoir faire part aux amys, et paiiiculieremenl à le Chancellier si le trouvez à propos, J’escripts un mot au Prieur de Roumoules et luy eusse bien voulu envoyer coppie de la relation de l’entreveiie de noz generaulx si je l’eusse peu faire transcrire, mais le lem[)s nous a manqué. Si Quentin le pouvoit faire chez vous et vous la joindre à ma lettre, vous m’obligeriez bien pour l’amour de M’’ le Premier Présidant.

Vous aurez ce qui s’est trouvé au registre de l’alTaire de Gouvenon el son arrest tout au long.

Mon frere arriva hier à Boysgency en bonne santé Dieu mercy, de retour du voyage de Villefrancbe^. J’espere que nous le pourrions bien avoir icy sous cinq ou six jours Dieu aydant.

La coppie du Prieur de Roumoules ayant esté inesperemenl faicle. Quentin en sera descbargé d’aultanl^.

‘ Littré dit sous le mot ravigoter : rrCe semble une altération de l’ancien verbe ravigorer; alléialion du reste fort ancienne puisqu’on la trouve dans la Chanson d’Antioche, n Cf. ravigorer, ravigeurer dans le

Glossaire de La Curne de Sainte- Palaye.

* Chef-lieu de canton des Alpes-Maritimes , sur le golfe de Gênes , à 2 kilomètres de Nice.

CLVIH

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SA ULVEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Depuis la réception de vostre derniere despeclie du 5“'" de ce nioys, accompagnée de cez deux notables arrests et de tant d’aultres obligeantes preuves de rhonneur de vostre cordiale alTection et beneficence, mon frere nous est venu revoir, et ayant faict ouvrir sa malle, m’a remis tout plein d’aultres bonnes pièces ([ui viennent la plus part de chez vous, et en oultre le vocabulaire Samaritain que je croyois estre avec les Pentateuqucs ez mains du P. Morin, et un nouveau testament Syriaque lequel je pcnsois estre aussy ez mains du sieur Vitray ou du sieur Gabriel Sionita. J’oubliois encore de vous accuser la réception du fagot adressé à M‘ le R. P. Dom du Puy, à qui je le feray tenir par les galeres du Pape si elles viennent comme on nous en asseure, luy en ayant donné advis en luy envoyant vostre petite boitte par nostre dernier ordinaire de Genes. J’ay veu ce que vous rescript le cardinal Barberin et cez aultres Messieurs sur vostre afl'aire, dont je ne desespere pourtant pas, et suis tousjours butté là qu’ils relascberont veuillent ils ou non, comme ils ont faict pour l’Ambassade ordinaire de M"" le Mareschal d’Estréeh Je ne regrette que l’excès de leur lentitude à se resouldre, et le subject qu’ils vous donnent de vous rebutter, mais si vous m’en croyez vous n’en desmordrez poinct et croys fermement que vous en viendrez à bout quand vous y penserez le moings. Ce manifeste de Philibsbourg est bien curieux et nous apprend des particularitez qui n’estoient pas encore passées jusqu’icy, mais l’autlieur eust bien acquis plus de gloire, s’il s’y fust sacrifié à la France, cjue par toutes cez raisons, que AP de Rohan ne cherchoit pas quand il trouvoit moyen

* François Annibai, duc d’Eslrées, fut ambassadeur à Rome en 1621 ; il fut de nouveau envoyé à Rome en 1 636 et y représenta le roi de France jusqu’en 16^2.

[lG3Gj AUX FUÙnUS DU PU Y.

de subsister, et se parer de toutes les forces du royaulme sans argent et sans aultre crédit que de ses belles paroles. Cez deux arrests' sont conceus en termes bien extraordinaires, mais pourtant trouvez bien justes quoy qu’on puisse dire au contraire. L’exemple allégué par Tito Live, en cas pareil à jieu prez, estant bien notable puisipi’il avoit eu si peu de suittc parmy les Domains qui avoient inventé un lel supplice en un tel faict. Je ne vous en renvoie pas les exlraicls puisque vous voulez ([ue je vous en aye l’obligation entière. Je vous renvoyé bien la lettre de M'" de Thon avec celles d’Italie et vous en rends les plus bumbles actions de grâces (jue je peus. Ayant esté bien marry d’apprendre dans le mémoire du sieur Sacristain'^ que la preuve de la commande soit plus difilcile que je ne pensois. Et ne pense pourtant pas que ce bon homme eusse osé [^] fier de retenir cette piece, si mal fondé de tittre, il y aura là quelque équivoque. Le P. Sirmond a bon temps de s’amuser à cez petites vettilles de controverse, qui le destournent de tant d’aultres meilleures choses*. 11 a grand tort de ne se donner plus de quiétude, et de ne relascher plus à ses amys. Il me semble que je le vois dans l’humeur qu’il se mit pour l’Adventoria^ qui luy succéda si à contre-pied, et qui produisit un si grand mal, que Dieu luy puisse bien pardonner, car il s’en seroit bien passé, et nous ne serions pas où nous en sommes.

J’envoyeray mon Theophanes j)ar le jardinier qui s’en retourne et seray bien aise que le coppiste de M‘' Aubert le puisse collationner sur le vieil manuscrit de la Bibliothèque, si vous y allez pour la recherche de l’Anna Gomnena ou j)our aultre suhjel à vostre loisir.

’ Les arrêts relatifs aux gouverneurs (jui avaient trop vile rendu les places fortes qui leur dtaient confiées.

* M. de Valbelle.

’ Un mot a été enlevé entre les mots osé et fier.

" Peircsc veut parler de la (pierelte du P. Sirmond avec Jean Duvergierdellauranne, causée par la publication du premier Concile d’Orangp dans la co!k*clion des Conciles de

France. Nous avons déjà trouvé mention de divers écrits publiés, à celte occasion, en 1 633 et 1 63^ , notamment de X Anliirheticus.

* Advento! ia Causidico Divionensi adverstts Amici ad Amkum epistolam, de suburbica riis regionibus et ecclems. Cum censura rmdiciarum conjccturœ allerius anomjmi (Paris, Séb. Crarnoisy, i6-io, in-8°). On sait qu’à cette querelle furent mêlés Jacques Godefroy, Saurnaise, Jérôme Aloandi'C, etc.

Je vouldrois bien qu’il vous plust de faire voir ce que c’est que un certain Chronicon Provinciale Episcoporum Girardi de Alvernia soubs le nombre 199. En un besoing M‘' du Gbesne feroit bien cette petite relation pour l’amour de vous et de moy, si vous l’en priez, et je luy auray bien de l’obligation. Et par mesme moyen, je vouldrois bien qu’il regardas! que c’est que le Kalendarium vêtus dans le volume aSo, et qu’il verifiast soubs quels jours des moys de Décembre, Mars, Juin et Septembre, sont marquées les entrées du soleil aux signes de Capricorne, Aries, Cancer, Libra, et soubs quels jours sont cottez les Solstices et Æquinoxes.

Quant à mon neveu, il seroit encores bien heureux s’il sçavoit se prévaloir de l’advantage que luy peult procurer le bon P. Seguiran à son passage par icy, mais il a tant d’aversion à toute sorte de conseils de gents de bien et d’honneur, et s’estimeroit si matté et si chastié, s’il falloit qu’il eust obligation à sespere, mere et oncle ou à leurs amys de quoy que ce fust qu’il deubst tenir de leur main, qu’il laisra eschapper toute sorte d’occasions de rien obtenir par cette voye, ou je suis bien trompé, et aymera mieux si Dieu ne luy dessille les leux en avoir moings, pourveu que ce soit en le contestant par les voyes plus dezobligeantes, et plus agréables à ceux de sa cabale, auxquels il se vouldra imaginer d’en avoir l’obligation plus tost qu’à nous, pour se tenir tousjours lié avec eux et esloigrié de nous. Je prie à Dieu que je soys mauvais prophète, et qu’il puisse entrer en la cognoisçance de soy mesmes et de son estât, et s’imaginer ce qu’il seroit, si nous n’avions pas voulu faire pour luy ce qu’il a eu, et dont il s’est rendu si mescognoissant et si indigne. Car si je l’eusse peu prévoir tel qu’il s’est faict paroistre, je n’avois que faire qu’il fust marié, ne conseiller de la cour, ne luy procurer le bien que je luy avois procuré de sa mere, et n’eusse deub rien faire de ce que j’ay faict pour luy si j’eusse peu m’imaginer que ce ne fust que pour en advantager les ennemys de nostre maison, qui le nous ont soubstraict et desquels je voys bien qu’il n’a pas envie de se séparer quelque mine qu’il tienne, puis qu’il préféré leurs conseils détestables à ceux d’un chancelier de France et de tant de gents de

bien et criioiiiieur qui le portent à son tlebvoir et à la clescliarge de sa consciance comme de sa parole. Ne pouvant pas dissimuler qu’il ne sçaiche trez bien ce qui est de mon humeur et que j’ay lousjours dicl à un cliascun que s’il avoit assez de courage pour contribuer quelque chose à la réparation de mon honneur que noz ennemys avoient voulu flestrir soubs son nom emprunté, en faisant une partie de ce qu’il pouvoit pour mon restablissement sans attendre que je l’obtinsse sans luy, que j’estois prest à souffrir que des amys communs me condamnassent à tout ce que bon leur sembleroit sans reserve quelquonque ne de l’exercice de ma charge ne d’aultre chose aulcune qui fust en mon pouvoir; seulement desirois je qu’il essayast la discrétion tant de ses pere et mere que de moy, sauf s’il n’y trouvoit de quoy se satisfaire d’en venir à l’arbitrage d’amys communs suyvant le dernier pacte de son prétendu contract et sans lequel rien n’eust esté accordé. Mais encores que je Paye attendu les six moys entiers inutilement, et qu’aprez avoir en main l’arrest de son interdiction et l’en avoir adverty, je Paye gardé un moys entier sans le faire exploicter, je ne Pay jamais peu faire desmordre de rien de ses chimères, et depuis mesmes mon restablissement, aprez quoy il n’avoit qu’à escoutter ce qu’on pouvoit faire pour luy, il n’y a pas eu de moyen de Pempescher d’aller en cour se faire déclarer aultre qu’il ne debvroit estre, sans avoir le courage de rien contribuer nom plus de ce qui luy peult rester à sa disposition pour commancer à mériter quelque chose envers ses bienfacteurs, et croys qu’il sera si aveuglé qu’il n’aura pas l’esprit de s’y resouldre pour achever de donner le contentement aux ennemys de la maison, et ne tenir que de leur main ce peu qu’il pourra extorquer de nous à vive force au lieu de ce qu’il auroit de gré à gré, (ju’il seroit obligé de recognoistre et tenir de nous ou de noz amys. Mais Dieu permet souvent que non sempre ride la moglic del ladro b comme on dict en Italie. Gez gents trouveront possible un jour leur guerdon^,

‘ Que loujouis ne rie la femme du larron. — * Peiresc est, avec le satirique Régnier, un des derniers qui aient employé ce synonyme de récompense.

IMPRIVKIUC KATIO:iALr.

et en toute façon je demeureray à jamais à Monsieur du Puy et à vous ,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i6 septembre i636.

Mon frere ayant esté constraint d’aller à Marseille soudainement par ordre de M*" de Nantes, n’a peu vous escrire à son grand regret. S’il y a quelque provençal qui puisse rendre la lettre du sieur Gardet, vous ferez charité. Excusez moy.

Je vous recommande le paquet du sieur Prieur de Roumoules au plus tost qu’il se pourra faire tenir pour prévenir s’il est possible le partement de M*’ du Bernet nostre premier présidents

GLIX

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

Avec vostre lettre du 1 2 j’ay receu toutes les aultres qu’il vous avoit pieu d’y joindre, ensemble l’extraict que je vous renvoyé, et toutplein d’aultres gentilesses et bons advis dont je vous rends trez humbles grâces, mesmes des bons offices qu’il vous plaict de promettre au pauvre M*’ de Nigris, en quoy vous ferez oeuvre bien méritoire, car il a affaire à une personne bien perfide et desloyale, et qui faict le tyranneau. Je suis bien aise qu’il ayt peu garantir des pluyes le volume des epistres de S‘Pol, et que M‘‘de Saumaise Paye receu; il m’en escript une lettre plus obligeante que ne peult mériter un si petit service, et m’a mis salive en bouche d’un petit manuscrit Grec de la Bibliothèque,

Vol. 718, fol. 3oi.

où je trouveroys bien de l’exercice de ma fantaisie, s’il est loisible de le faire transcrire, au quel cas j’en feroys volontiers la despence si ce n’est ouvrage de trop longue haleine et de trop grands fraiz, et pour cet elfect et aultres petites nécessitez de nostre commerce de libvres, je vous envoyeray de l’argent à la première commodité. Bien honteux de la peine que cette courvée vous donne quasi incessament, et que vous percistiez à vous incommoder pour en tenir bordereau , ce qui ne se peult faire sans trop de temps perdu pour vous et vos amys. C’est pourquoy je vous conjure une foys pour toutes de vouloir vous en abstenir dezhormais, et seulement tenir en un sachet à part l’argent que vous aurez de moy, pour y puiser aux occasions des fournitures que vous ferez pour moy, et quand vous approcherez du fonds du sac, il suffira de m’advertir, pour remplacer le fonds, sans qu’il soit de besoing de m’en envoyer s’il vous plaict le menu pour les mesmes considérations que je vous ay aultres foys réitérées si souvent. Il suffira d’envoyer seulement les parties du sieur Gramoisy quand vous le jugerez à propos, et j’envoyeray de quoy les acquitter incontinant.

Il est vray que les ouvrages du pauvre Amand ne sont pas tous esgalement bons, et qu’il y a mesme aux meilleurs beaucoup de choses à desirer. Mais de l’humeur que je suis aymant à cueillir la rose et laisser les espines selon le proverbe commun, je passe tout ce qui ne me satisfaict pas et m’arreste à ce qui se rencontre de mon goust, non seulement en ses livres mais en la plus part des aultres qui me passent par les mains, y en ayant bien peu, où c’est qu’un chascun, selon la diversité de son humeur, ne trouve de quoy regretter beaucoup de choses qui eussent mérité d’en estre retranchées, et souvent dans les plus anciens livres et les plus célébrés, si l’on y vouloit examiner les choses et les conceptions si scrupuleusement et rie à rie, comme faisoit aultres foys Malerbe. L’on a bien meilleur marché de passer oultre, et choisir chascun ce qui peult agreer le plus. Je vous diray sur ce propos sans sortir du suhject de S‘ Amand que j’ay faict transcrire l’une de ses pièces que je trouvoys fort à mon goust pour me la faire chanter quelquefoys et en ay faict obmettre plusieurs coupplets qui ne me

plaisoient pas comme les aiiltres, tant j’ayme ma liberté et de fouyr les occasions de trouver à redire en aultruy. Nous sommes touts hommes et difficilement pouvons nous esviter de broncher bien souvent, et coin’ il nous fault sçavoir bon gré généralement à la nature, de ce qu’elle nous fournit tant de belles et odorantes fleurs, tant de bons fruicts et d’animaulx de grand service et de bon usage, sans considérer la concurrance des mauvaises herbes puhantes et mortifères, qui naissent parmi les bonnes, encores moings les poisons qui naissent quelquefoys bien prez des bons fruicts nom plus que la production des serpents et aultres bestes venimeuses qui semblent ne pouvoir faire que du mal, à comparaison des aultres animaulx, aussy semble t’il qu’il nous faille en toute façon sçavoir tout le gré que peuvent mériter les belles oeuvres et les bonnes actions des hommes, quelque chose qu’il y puisse avoir à redire en leurs aultres actions et ouvraiges que j’aymeroys mieux pardonner ou excuser, s’il y peult escheoir, ou du moings le dissimuler, pour ne me charger de trop de seing et de sollicitude superflue. Vous me pardonnerez s’il vous plaict cette simplicité possible trop libre et trop indulgente. En somme, puisqu’il ne se trouve plus de l’édition in des vers de Amand dont j’ay la première partie, je feray chercher à Lyon et ailleurs s’il ne s’en trouveroit plus. Et si la seconde partie du Flambeau ne s’imprime en Françoys, il fauldra la prendre en Flamand pour ne pas estre privé des Cartes y contenues, mais il s’en fauldra esclaircir bien au vray, s’il est possible, et si l’ouvraige n’est pas soubs la presse. Quant au sieur Boulle, il vous donnera tout le temps qu’il vous plairra, et recevra tousjours à trez grande faveur ce que vous daignerez luy communiquer et très punctuellement touts voz bons advis sans s’en dispencer.

.le plains ce pauvre misérable Granier, encores qu’il aye bien mérité le mal qu’il a. S’il se pouvoit avoir quelqu’un des livres qu’il a traduict, il serviroit de modèle à corriger le language en plusieurs endroicts, pour en diminuer la rudesse de nostre Gascon. Je regrette bien l’importunité que vous donnent les trop frequentes lettres de Bordeaux, mais il n’y a remede, tant que AB nostre Premier President en soit

party. Il nous fault loüer Dieu de celle pelile occasion de le servir et les siens, et la despence n’y sçauroit eslre mal employée.

J’oublioys de vous dire que vous ne m’avez pas mandé à quoy il a tenu que le registre de Milan n’ayl esté Iranscript, car je n’en ay pas trouvé la coppie dans la malle de mon frere. J’envoyeray de l’argent pour satisfaire à tout Dieu aydant, par le premier; cez Messieurs de Genes l’attendent en grande impatiance, et me demandent ce tpii se trouvera là de Bernardino Baldib qui ne se trouve plus chez eux. Vous avez oublié possible de m’accuser la réception d’un exemplaire de la musique du Dony pour la bibliothèque de M*" de Thon par un jeune médecin de cez quartiers icy nommé Broilla, party longlemps devant le sieur de Nigris, ne me pouvant imaginer qu’il aye manqué de vous en rendre le roulleau à son arrivée. Je suis encore en peine d’un porteur pour le volume du Tbeophanes. Je vous remercie Irez humblement de l’adresse du Syncellus, et crains bien de ne l’avoir pas à temps pour le prochain ordinaire de Rome dans 8 ou i o jours d’icy et qu’il ne me le faille icy garder un moys en attendant le suyvant. M*" de Rossy m’accuse la réception de vostre lettre, mais il n’attend le livre qu’au 26“® de ce moys, et le courrier de cette semaine sera party de Lyon le 2^“°, le suyvant ne pouvant partir que le 1 octobre pour estre icy le et l’ordinaire sera passé le si le cardinal Ricin ne l’arreste un peu comme il faict souvent '^, et comme je vouldro^s bien qu’il fist à ce coup. Mais si ce malleur nous surprend, nous nous consolerons à parcourir les notes de M*" de Saumaise en attendant la suyvante commodité de le faire tenir. Je responds à M‘’de Thou, vous verrez ma lettre, ne sçaicliant présentement rien de plus; si dans le soir nous sçavons davantage, je vous en feray part. Cependant vous

* Bernardin Baldi, abbé de Guastalla, né à Urbin en juin i553, mourut dans la même ville en octobre 1617. Voir dans la Biographie universelle (article de Ginguené) la longue liste des publications diverses de ce poète qui fut aussi un savant. On raconte qu’un grand nombre d’autres ouvrages de

Baldi étaient conservés en manuscrits dans les archives épiscopales de Guastalla , et qu’ils y périrent dans un incendie.

^ Voir dans le fascicule VIH des Correspondants de Pciresc un passage relatif au séjour de ce prince de l’Eglise chez notre auteur (p. 9-10).

aurez tout ce que j’ay receu d’Italie, tant de Naples que de Milan, et une piece manuscrite in 8° que je n’ay pas peu lisre et que je n’ay pas voulu retarder au cas que vous y trouvassiez chose qui peusse mériter de s’en prévaloir et d’en donner les advis necessaires où vous le jugerez à propos.

Il me reste à vous remercier trez humblement de la bonne opinion que vous avez daigné concevoir de mon procédé nonobstant les calomnies suggérées à nostre ingrat par noz ennemys et les siens, dont le tem])s fera paroistre la vérité veuillent ils ou non, et je demeureray à jamais,”

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 23 septembre i636

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y

À PARIS

Alonsieur,

Le dernier ordinaire de Lyon est venu à ce coup sans apporter les lettres de Paris qui passent par la routte de la Bourgogne, lesquelles n’estoient pas arrivées le jeudy à Lyon à lo heures c|uand il partit, mais il m’a pourtant rendu non seulement vostre lettre du i accompagnée d’une aultre de AP du Puy vostre frere du 19° venues par la grande routte, mais aussy le fagot que vous aviez baillé au messager que je ne pensois avoir que la sepmaine prochaine, où j’ay trouvé le Syncellus fort bien conditionné ensemble l’Antireticus II du P. Sirinoiid et ceste belle dissertation sur le traicté de Prague ® que je me

' Vol. 718, fol. 3o3. ce titre par le P. Sirmond, un en i633,

^ AîjaVrAea’cî/s//, parce que, comme nous l’autre en 1639.

l’avons vu, il y eut deux traités publiés sous ® Cette dissertation, œuvre de T. Stella,

leis lisre hier clans le lict avec grand plaisir, y voyant si particulièrement examinées les soupplesses des Espagnolz et dattées toutes les Chartres et negotiations principales concernant les dernieres guerres d’Allemagne, auxc|uelles toute la chrestienté prenoit tant de part. Que s’il estoit possible d’en avoir encore une coupple d’exemplaires, je vous en aurois une bien spéciale obligation, car la piece mérité bien d’estre conservée et tenüe en réputation; le nom de l’autheur c|ui y est exprimé n’est pas de ma congnoissance et qui que ce puisse estre je me suis imaginé qu’il n’a pas faict cette piece sans que jM*' Grotius y aye bien contribué de sa part plus que ne porte le tiltre. Si vous en sçavez quelque chose, vous m’obligerez bien de m’en faire part. J’envoyeray le Syncellus par le prochain ordinaire de Rome f[ui passera dans 2 ou 3 jours, et me flatte tousjours jusques à ce point là que vostre afl’aire ne tardera pas de s’achever. Lorsque vous aurez mon exemplaire du Tlieophanes, je vous prie de le faire collationner sur l’original de la Bibliothèque par le coppiste de AL Aubert et d’en taxer le travail selon que vous jugerez raisonnable, et me le renvoyer si tost que vous pourrez, dont mon frere trouvera de par delà plus de commoditez extraordinaires. 11 me surprit si fort dans la soudaine résolution de son despart qui m’obligeoit à songer à mille petites affaires domesticjues auxquelles il pouvoit beaucoup mieux pourvoir que moy, que je ne m’advisay que bien tard de luy parler de faire porter cjuant et luy le vase de verre aiiticjue dont je n’ay esté que trop longtemps depositaire et quelqu’un de cez caméléons, dont il s’excusa sur ce r|u’il n’avoit qu’un porte manteau et que ses gens estoit^ chargez de je ne sçay combien d’embarras, dont je me repentis bieiitost de ne les avoir faict descharger quand je receus le mesme jour la despesche de

comme Peiresc lui-même va nous l’apprendre un peu plus loin, parut sous le pseudonyme à'Asterius : Deploratio pacis Gcrmaniœ sive dissertatio de pace Pragenst, tam iiifauste qmm injuste inita Pragœ Bohemorum Sojùo Mail mdcxxxv. Authore Justo Asterio. Paris, Séb. Cramoisy, i636.

in-fol. Réimpression par les Elzevier la même année, in-à“. Voir Alph. Willcms, p. io8, n" 435.

* Sic. 11 convient de faire remanjuer, à ce propos, (pie la lettre n’est pas au tofjraplie, comme du reste Peiresc en avertit lui-même son correspondant un peu plus loin.

M*’ vostre frere où il tesmoigiioit que ceste petite beste ne pouvoit estre que la bien venüe, mais je vous asseure bien que je n’en perdray pas d’aultre occasion s’il s’en peult présenter de ma congnoissance et seray à jamais,

Monsieui’,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresg.

A Aix, ce dernier septembre i636.

J’ay eu un peu de ressentiment de colique renale depuis le despart de mon Irere, mais j’en ay esté quitte à fort bon marché; cela m’empesclie de vous escripre de ma main.

.le vous envoyé les mémoires d’Italie que mon homme avoit oublié de mettre l’aultre jour dans mon paquet, dont vous excuserez s’il

vous plaict la faulte et la besveüe, dans la presse du parlement des courriers b

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCÂT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS

Monsieur,

J’ay receu la vostre du 19® accompagnée de celle de M*’ de S* Sauveur du lù®, mais ce ne fut qu’un jour plus tard que de cousturne que nosti’e ordinaire arriva à mon trez grand regret, car mon frere estoit party le rnesme jour pour vous aller revoir, par qui j’eusse volontiers bazardé un de ces caméléons s’il ne m’eust surpris comm’ il fit. Et si j’eusse eu vostre lettre en main, asseurement je l’en eusse chargé, (juand bien il en eust deub mourir par les chemins, la perte n’en eust

* Vol. 718, fol. 3o5.

pas esté si grande. Je luy en parlay sui: le point de son despart et en voulus cliarger un des siens. Je le voulois niesme charger de ce vase de verre antique, mais il s’estoit embarassé de tant d’aultres choses que je n’eiiz pas le moyen de le vaincre, encore eus-je bien de la peine de luy faire accepter mon Theophanes parce qu’il n’avoit qu’un porte manteau, mais s’il eusse veu vostre lettre il eusse plus tost faict quitter toute aultre chose que de manquer à vous porter un caméléon; s’il m’eusse seulement donné 9/1 heures de temps pour me laisser recongnoistre, je ne l’eusse pas laissé en repos qu’il n’eusse satisfaict et à l’un et à l’aultre, mais il prist sa resolution fort soudainement, et ne m’en advertit que la veille de son despart, m’asseurant qu’il trouvera encores là son pauvre lilz aveuglé qui eust bien mieux faict de s’en venir tandis qu’il le pouvoit trouver icy et y obtenir par nostre entremise ce qu’il n’aura pas facilement par aultre voye. Je vous ay tant d’obligation de la peine que vous a donné ceste fascheuse affaire que je ne vous en sçaurois jamais rendre de revanche qui puisse respondre à la moindre paitie de mon debvoir, mais il ne tiendra pas à moy que je m’en acquitte tout ce qui pourra dépendre de mon foible crédit. Cependant je vous en rendz les plus humbles grâces que je puis et des curieuses nouvelles dont il vous a pieu me faire part, regrettant inliniment que parmy vostre indisposition et nonobstant la fiebvre actuelle dont vous n’estiez point encore quitte, vous ayez voulu vous donner la peine de m’escrire, veu qu’il y avoit eu si peu de nécessité et que la lettre que M’’ de S‘ Sauveur avoit daigné laisser avant son despart estoit plus que bastante pour m’obliger avec grande supererogation, et vous supplie à l’advenir de vous dispenser de ces corvées quand les occasions s’en pourroient présenter, me suffizatit d’estre conservé en l’honeur de voz bonnes grâces, sans qu’il soit besoing de vous mettre en peine de m’en donner d’aultres asseurances par escript que celles que vous m’avez si souvent confirmées par tant de preuves de voz bienfaicts. Nous n’avons rien m'aintenant de nouveau tant les choses sont calmes de ce costé; je ne sçay si avant que le courrier parte je n’apprendray point quelque chose qui puisse mériter de vous estre

in. 73

l«eKIWRIUC RATIOXAlt.

escripte, auquel cas je ny manqueray point, priant Dieu qu’il r’afferraisse vostre santé selon le mérité de\ostre eminente vertu et demeurant, Monsieur,

, vostre trez humble et trez obeyssant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce dernier septembre i{)36

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

ADVOGAT EN LA COÜR DE PARLEMENT DE PARIS

Nostre dernier ordinaire m’apporta vostre despesche du 26 du passé , qui me lit bien rougir de honte de me recongnoistre si esloigné comme je suis des qualilez que vous m’avez si charitablement prestées envers voz amys, et de celles qu’il fauldroit avoir pour y respondre et mériter la peine que vous leur avez faict prendre à mon occasion et celle que vous y avez daigné adjouster en donnant de si bons advis et de si salutaires conseils à ce pauvre esprit desvoyé et vous surchargeant encores du soing de m’en faire une si pénible relation, dont je vous remercie trez humblement. Et me doubte fort que le tout ne soit en vain, et qu’il tournera tant à l’entour du pot^ qu’il trouvera enfin le pretexte qu’il cherche d’entrer en nouvelle rupture avec son pere et moy, pour prétexter la reprinse des errements de sa chicane, et esviter ce luy semble de rien tenir de nostre main, de peur d’estre obligé de nous en sçavoir gré, car ce n’est que pour cela qu’aprez ce peu de

‘ Vol. 718, fol. 3o6. Voir à ÏAppetidice une lettre de Christophe Dupuy à Peiresc, du 2 octobre i636.

■ Littré ne cite au sujet de cette locution qu’une phrase des Mémoires de Saint-Simon.

Il donne plusieurs exemples de la même •tigure employée pour indiquer une démarche faite timidement, avec indécision (Scarron, Molière, etc.).

[1636] AUX FRÈUUS DUPUY.

belles paroles fju’il vous avoit lascliées à vostre derniere entreveüe, il ne sceiit cacher la repentance qu’il en avoit, et employa la bonté de M*’ du Couldray et de AI'' Ghrestien pour vous faire demander d’aultres choses plus conformes à ses premières propositions, qui ont tousjours esté de capituler et barguigner jusques au dernier bout, avant que se soubsmettre à rien de ce qui pouvoit estre de son debvoir, soubs j)retexte de vouloir sçavoir mon sentiment à l’advance , car il luy semble qu’il sera tousjours sur pied en toutes ses prétentions pour en reprendre les poursuittes et les tenir de toute aultre main que la nostre dont il a tant d’aversion et que quoy que ce soit qu’il puisse obtenir par la chicane il pourra se vanter de l’avoir empoi té de haulte lutte et de n’en rien debvoir qu’à noz ennemys, auxquels il nous a voulu sacrifier pour se les acquérir irrévocablement, car ce sont gents qui ne se payent comme les esprits malins que de tels sacrifices des gents plus innocents. Il vous a doriques faict dire par Ghrestien qu’il avoit changé d’esprit, il m’en fit dire aultant un soir par sa femme, à laquelle je fis la mesme responce que je vous supplie de faii-e de ma part audict sieur Ghi'estien et que j’ay tousjours faicte à touts ceulx qui m’en ont voulu parler : que si cela estoit, je ne demandoys de luy qu’un seul acte de bonne volonté pour petit qu’il fust, pour tesmoigner qu’il eusse despouillé la mauvaise dont il m’avoit tant faict ressentir d’effects importants. Je pense mesmes en avoir dict aultant à M'' du Gouldray mesmes si je ne me trompe, et qu’il n’avoit qu’à contribuer tant soit peu de ce qui pouvoit dépendre de luy à la repai^ation de mon honneur que je poursuyvoys lors contre ceux qui s’estoient servis de son nom pour m’attaquer, ne l’osant entreprendre en leur propre. Mais il n’y eust jamais de moyen d’en extorquer la moindre marque du monde d’avoir seulement du regret à rien de tout ce qui s’estoit passé entre nous sur cette affaire, tant s’en fault qu’il eust le courage à prester aulcun consentement à mon restablissement ne à ma réparation, tant il avoit de peur de desplairre à ceux qui l’avoient appuyé contre moy. Aymant bien mieux nous abandonner nous que eulx. Aussy ne croys je pas qu’il aye jamais ce courage de rien contri-

LETTRES DE PEÏRESG

büer de çà ne delà à mesmes fins, tant il porte de respect à cez gents pour ne pouvoir advoüer qu’ils ayent failly ou eu aulcun tort de moy nom plus que luy, et comme s'il ne pouvoit fleschir, sans comparaison nom plus que les esprits confirmez en malice, tant il luy importe d’avoir esté liallené ^ de cez gents là, qui luy ont inspiré tout leur venin, et ont altéré toutes les habitudes de son ame, comme la morsure des chiens enragez altéré les fonctions naturelles et primitives des corps, car j’avoys tousjours dict et déclaré à un chascun, que je ne luy demandoys rien , qu-e je ne vouloys que la réparation, que j’ay enfin eue sans luy, et qu’aprez au moindre acte de bonne volonté de sa part, je pourroys commancer à croire qu’il eust despouillé la mauvaise, et qu’il voulusse commancer aussy de mériter quelque chose en mon endroict, ce qui me pourroit servir de pretexte à luy faire du bien. Que je ne l’obligeoys à rien, qu’il pourroit esprouver la discrétion de son pere en ses appoincternents et advantages, et que s’il n’y trouvoit son compte, la voye d’amys communs stipulée par son contract de mariage ne luy pouvoit pas manquer, et que je m’y soubsmettoys de nouveau en tant que de bes[oing]. Mais il rejecta tousjours toutes choses, s'imaginant qu’il nous tenoitle pied sur la gorge, et (ju’il nous feroit passer par où il vouldroit, attendu qu’il ne s’attendoit pas que je trouvasse de justice contre luy de par delà, nom plus que j’avois faict icy. Quant il fut interdict, il creut qu’il le feroit reparer pour une piece de cent escus, il s’en venta partout, négligeant son restablissement par mon moyen, et croyant encores qu’il me tenoit dehors. Quant j’ay esté restably, les gents de cabale luy ont donné courage de ne pas desmordre, et d’aller clabauder de par delà, pour avoir sans nous en sçavoir gré ce qu’il eust esté obligé de tenir de nous, et esmouvoir à quelque compassion par sa presence. A cette heure vous voyez que touts les rebuts qu’il a rencontrez de toutes parts ne l’ont encores peu faire rentrer en soy mesmes et qu’il veult encores

' Littré ne donne aucun exemple de l’emploi des mots kalener de, . . Il cite seulement les formes : kalener quoiqu’un, être hal&né par, et enfin kalener (verbe neutre).

d’aultres asseurances de iiioii sentiment et du Iraictement qu’il recevra de moy, comme si je luy avoys voulu imposer de bien dures conditions. Et toute foys il ne peult pas prétendre cause d’i^jnorance que je ne luy aye faict dire et par sa femme et par touts ceux qui s’en sont entremis, quand ils m’ont dict qu il me prieroit de l’excuser, et que j’ay reparty qu’il avoit grande peur de trop parler comme moy, et qu’ils me vindrent redire qu’il se laisroil porter à demander pardon, je leur dicts que je ne luy deinandoys ne des termes de pardon, ne d’excuse, que je me moquoys de tout cela, et ne vouloys de luy que le moindre grain de bonne volonté, par acte d’eflect contraire aux precedents elïécts de mauvaise, et du reste que je n’en vouloys rien sçavoir ne me souvenir de rien du passé. Voilà en quels termes nous en sommes tousjours demeurez, et vous verrez le succez où je vouldroys bien que ma prévoyance me peusse mentir. Mais je gaige qu’il n’a attendu son pere que pour prendre occasion de ronqjre, sçaicbant combien il est oultré contre luy. Et s’il pensoit que cela deubt accélérer son accommodement, asseurement il s’en seroit fouy bien viste, tant il a de peur d’estre obligé d’en passer par là, n’abhorrant rien tant dans son prétendu contract de mariage que le dernier pacte qui y fut apposé, d’en passer par l’advis d’amys communs, pour toute sorte de differents à naistre. Et quant il a faict samblant de le vouloir executer, ce n’a esté que quand il pensoit interrompre avec cela mes poursuites sur mon restablissement, qui ne pouvoient pas estre de la cognoisçance de simples arbitres amys communs.

J’auroysbien d’aultres choses à vous dire sur ce subject, mais oultre que j’abuseroys possible de vostre patiance par de si ennuyeux discours, vous pardonnerez s’il vous plaict à un bormne qui depuis le jour mesmes du despart de mon frere ay esté quasi en continuel travail d’enfant comm’ on dict à m’accoucher d’une pierre destachée des reins que je ne peus faire que dimanche au matin, mais comme j’a vois auparavant faict quelques fragments, il en reste encores d’aulcuns qui m’incommodent plus qu’il ne fauldroit pour m’acquitter de mon debvoir en vostre endroict, et de cez aultres messieurs qui m’excuseront s’il leur

plaict avec vostre bonne intercession que j’implore le plus humblement que je puis, mesmes pour mes humbles remerciments à Ghrestien et à M*’ du Couldray par mesme moyen , du soing qu’il leur plaict prendre de moy, estant leur serviteur trez redevable ,

Monsieur,

vostre trez humble et trez dévoué serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 7 octobre i636

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

À PARIS

( A vous seul, s’il vous plaid. )

Monsieur,

Je ne sçay plus quels termes de remerciments employer envers M’' du Puy vostre frere et vous, de tant de bienfaicts que vous me despartez à toutes heures l’un et l’aultre. Vous pourrez voir ce que je luy cscripts sur la derniere proposition à luy faicte de la part de mon neveu par le bon AP Ghrestien à qui il n’y aura pas de danger qu’il la fasse voir s’il luy plaict, quoy que broschée à bastons rompus^ bien précipitamment, car on m’a voit desrobé tout le temps que je pensoys employer à la présente despesche et je n’ay mon pauvre esprit en gueres bonne assiette ^ nom plus que le corps travaillé d’une pierre durant dix jours que j’ay enfin mise dehors plus heureusement que je ne l’osoys

‘ Vol. 718, fol. 3i 1.

^ Littré, au sujet de cette locution, ne cite pas d’écrivain antérieur à l’auteur de V Histoire comique de Francion (1622), Charles Sorel. Les autres citations qu’il donne de cette expression figurée sont tirées

d’auteurs aussi modernes que J.-J. Rousseau et P.-L. Courier.

^ Littré ne trouve cette expression que dans des écrits publiés plus tard par Corneille, Pascal, Bossuet, Boileau, La Bruyère, etc.

esperer, ayant guary la fiebvre que j’avois en mesme temps par des abstinances de deux foys 2 A lieures sans manger ne boire, ce qui m’a parfaictemeiit bien reuscy. J’ay pourtant escript à le Chancellier comme vous pourrez voir et n’en ay rien voulu toucher en ma lettre à M*" vostre frere, pour n’en donner cognoisçance à nostre monde rebellé, ne aux entremetteurs. Ms*' le Chancellier a bien recogneu l’humeur de ce frippon quand il dict que c’est un esprit qui se croid, et consequament ceulx qui luy inspirent leur venin, car il ne pense pas avoir d’aultres amys qu’eulx, et comm’ ils ont des habitudes en cour auprez du Roy par un de ses cappitaines des Gardes, ils luy ont faict à croire que par ce moyen il me rangeroit à leurs vœux; pour le moings il estoit bien cappable de s’imaginer, dez qu’il auroit eu l’honneur de sallüer le Roy, qu’il me feroit passer par le trou d’une esguille; c’est pourquoy il ne fault pas trouver estrange qu’il vous eusse manqué des paroles qu’il vous avoit données du commancement, lesquelles n’estoient que pour vous endormir et tascher de descouvrir de vostre franchise ce qu’il pourroit de mes habitudes pour en tirer de l’advantage s’il pouvoit, et je croys encores que tout ce qu’il a depuis dict en dernier heu à M*" du Puy ne va qu’à cela quelque mine qu’il tienne, ainsin que les propositions de M*' Chrestien le justihent. Dieu veuille que je mente, et quoy qu’il die de l’advis de la venüe de son pere, il ne quittera pas facilement ce pais là tant que cez belles gents y seront, et qu’il aura esperance de se tenir, quand ce ne seroit qu’à un hllet d’aragnée , n’ayant pas moings d’aversion de s’approcher de nous et de touts les anciens amys de nostre maison que de passion de percister en leur cabale jusques au dernier bout.

Nous avons icy depuis deux ou trois jours le bon P. Seguiran * qui

* Gaspard de Seguiran , né à Aix en 1 568, entra dans la compagnie de Jésus en 1 584, fut confesseur et prédicateur du roi Louis XIII ; il mourut à Paris en i644. Il est auteur des Sermotis doctes et admirables sur les Evatigiles des dimanches etfestes de V année ( Paris ,1617;

ibid., i643, 2 vol. in-8°). On lui a attribué la Lettre justificative du P. François Solier (Poitiers, 161 i,in-8°), que d’autres (Bayle, par exemple) donnent au P. Solier lui-même. Le P. de Seguiran était le frère du président de Seguiran, beau-frère de Peiresc.

LETTRES DE PEIRESG

m’a dict ce que le confesseur de M^*' le Ghancellier avoit faict pour ce jeune homme. Il passera en Italie sur les galeres du Pape si elles viennent bien tost, sinon il prendra aultre passage.

Monseigneur le Ghancellier nous a tellement obligez mon frere et moy, que nous ne l’en sçaurions jamais dignement recongnoistre, nom plus que le ciel de ses faveurs. Et c’est à M'' du Puy et à vous que nous devons le tout. G’est pourquoy nous n’en sçaurions jamais rendre aulcune revanche proportionnée à nostre debvoir. Je pense que mon frere ne tardera pas d’estre là, s’il n’y est aussy tost que cette lettre, et de vous en rendre de vive voix les compliments qu’il pourra, attendant des occasions opportunes de vous servir à souhaict. Or pour vous monstrer la dépendance de ce frippon de la cabale, vous voyez qu’il a eu l’advis du voyage de son pere en cour plus tost que moy, tant il y a de gents aux agguets pour nous espier l’un et l’autre, car cela ne peult estre venu que des gerts qui joiient de faulx estœufs, mon frere n’ayant pas communiqué son voyage à deux persones, et en efîect c’est sa considération de luy qui l’y a faict resouldre plus qu’aultre chose, pour le ranger encores mieux à son debvoir et luy ne sçaict ce qu’il demandoit quand il l’a voulu attendre, car il vcult voir la vérité de ce qu’on luy avoit dict que son pere ne le vouldroit pas voir si ce n’estoit par mon intercession. Il est vray qu’il cherche plus tost matière de rupture que d’accommodement quoy qu’il die, et vous le verrez au bout car je sçay que ce sont les conseils de ses confidants comme leur humeur.

Je ne r’envoyeray poinct de ce coup s’il vous plaict la lettre de le Ghancellier, non que je la veuille monstrer à persone comme je ne l’ay pas encore fait , mais je n’ay pas eu loisir quasi delà voir dans la foulle des divertissements que j’ay eus depuis la venüe de l’ordinaire, dont je vous supplie de faire mes excuses.

Je me suis infiniment resjouy de l’heureux succez de la taille de M*" Guiet, et prie à Dieu de le vouloir bien tost remettre en santé comme je l’espere. Je vous remercie trez humblement et M’’ Rigault de la recherche de l’Anna Gomnena. Je me doubte qu’il y aura bien de la peine d’en trouver d’exemplaire hors d’Italie. Ge que je desiroys de

[1G3G] AUX FllÙRES DUPUY.

M^du Gliesiie n’a pas de hasle; s’il se va proiiieiiei’ à S‘ Victor, je voudrois bien qu’il vist si ce n’est pas un kalendrier tout entier qui est gravé sur une pierre affichée derrière le niaistre autel sur la vieille tombe de H. de S‘ Victor, auquel cas je le feroys transcrire volontiers, ou au inoings les passages plus importants des jours des Solstices et des Æquinoxes.

Je vous rends grâces de voz nouvelles, et ne vous puis dire en eschange si ce n’est que M'' de Nantes est passé en poste ceste aprez disnée à dix chevaulx et s’en est allé coucher à Lambesc à troys lieues d’icy. Nostre armée navale est de retour de la coste d’Italie, où l’entrée du port de Genes luy fut refusée; il est vray que depuis l’on en a faict aultant à celle d’Espagne pour tenir la neutralité. Les navires sont au Goulf Jean et les galeres à Toulon, et disoit on qu’elles venoient à Marseille. L’on haste les barques de la coste pour se rendre à l’armée, et croid on que les isles pourront estre attaquées au i5 de ce moys. Dieu fasse reuscir cez desseins, et ceulx que j’ay de vous servir si je puis.

Il me reste à vous parler d’une mauvaise alfaire survende à M'' de Guibbeville à qui l’on a donné des gardes, et à un parent d’une mai- .‘<011 où il hantoit, et où une damoiselle présupposé estre enceinte de ses œuvres. Je luy envoyay incontinant un gentilhomme de mes amys pour tascher de l’assister au mieulx que faire se pourroit, et en escripvis au Cardinal son maistre, au Recteur du Conté Venaiscin et au pere mesme de la fille; je pensoys en avoir la responce à ce soir, mais je ne sçay ce qui l’aura peu retarder. Le secrétaire de ce cardinal m’a escript depuis l’envov de mon amy que par ordre de Son Eminence il vous en avoit donné l’advis. Je ne doubte pas que cet accidant ne vous touche bien fort, et ne vous dissimuleray pas qu’il m’a touché fort avant en l’anie. Il me dict bien quand il fut icy qu’il eust désiré se retirer et qu’il en attendoit vostre resolution, mais il eust bien mieux faict de m’advoüer ses amours, car le remede y eust esté bien plus aisé pour lors. Nous y ferons pourtant ce qui se pourra, et sans mon infirmité de la pierre, je pense que je m’y seroys transporté en

iii. ~ii

(VMtlUCniB 'lATIO'lALC.

persone comme j’eusse peu; encore ne sçay je ce que je feray, si je me trouve un peu mieulx à la responce que j’auray. Laquelle attendant impatiament, et priant Dieu qu’il le veuille bien assister, je demeurera y,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 7 octobre 1 636

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

Avec vostre despesclie du 3“'" de ce rnoys, j’en ay receu une de M" de Cordes de mesme datte accompagnée d’une lettre de AL l’Archevesque de Thoulouse '^ sur ce subject des mss. grecs militaires ([ue M*" de Saumaise desiroit de luy. Par laquelle il m’asseure qu’à la S‘ Martin il se promet d’estre à Thoulouse et qu’il envoyera incontinant les dicts manuscrits à AP’ de Cordes pour le service de M' de Saumaise, ce qui me laict bien regretter ({u’il n’ayt peu différer son départ encore ce peu de temps, pour avoir cette petite satisfaction, puis que vous trouvez tant de difficulté de luy faire tenir seulement ce livre du P. kircser^, que j’eusse bazardé bien plus librement que vous, pour le luy adresser à Dieppe, attendu que quand il se perdroit la perte n’en est pas irréparable, si est bien celle de la commodité du temps et du loisir qu’il eust eu de le voir et examiner soit dans l’hostellerie ou dans le navire. 'Et pense que dans le bureau mesme où se consignent les lettres pour la Hollande, il se seroit peu trouver des commoditez asseu-

' Vol. 718, fol. 3i 1. — ^ Charles de Montchal. — ^ Prodromus CopUis sive Ægypli(tcii,s , Rome, 1 636, in-4“.

AUX FHÈHES DIIPUY.

rées conipetemcnt (sic), pour le luy faire tenir à Dieppe. Et de faicl M’’ de Cordes nie mande qu’il desseignoil de luy envoyer là mesmes l’advis de la responce de M*" de Thoulouse. Vous suppliant de n’y regarder pas de si prez quand il y aura commodité de luy faire tenir ce libvre, car il en viendra d’aultres exemplaires Dieu aydant, pour en pouvoir assortir noz amys tost ou tard. 11 fauldra maintenant trouver le moyen sans M" de Saumaise de faire conférer le Tlieophanes, soit par le coppiste de M‘ Aubert, ou aultre sur le ms. de Darmarius que vous aurez eu à cette heure comme je croys, et luy faire payer sa peine selon que vous le trouverez à propos. J’ay bien du regret de n’avoir sceu la presse de la restitution du registre de Milan sans qu’il eusl esté transcript, comme je m’y estoys attendu et en avoys engaigc ma parole à cez Messieuis de Genes. Estimant que M'' Godefroy l’aura voulu voir, et en tirer quelque extrait et qu’il aura marqué le nom de celuy à qui il appartient, qui seroit possible de nostre cognoisçance, sans attendre la responce de M’’ de Saumaise qui ne pourra que tarder beaucoup.

Je suis bien aise qu’ayez receu le libvre de M"" Doni^ pour la bibliothèque de M*" de Thou. 11 m’escrivit en me l’envoyant qu’il vous eu avoit envoyé un aultre pour la vostre et deux au P. Mercene, par aultre vove à droicture de Borne à Paris. Je luy feray sçavoir que vous ne l’avez pas eu.

Vostre pacquet des lunettes pour le B. P. dom Gliristofle ^ arriva une heure trop tard pour luy estre porté par M"" Mazzarini, mais j’en chargeay le bon P. Seguiran nostre allié qui partit le lendemain poursuyvre le dict sieur Mazzarini en esperance de le joindre avant sou embarquement, tandis que les compliments de M"" le maresclial de Victrv et de Messieurs le conte de Harcourt et Arclievesque de Bordeaux l’amuseront tant soit peu.

‘ Le livre sur la musique précédemment mentiuiiué.

* Christophe Dupuy.

^ A cause du mariage du frère de l’orateur sacré avec la fdle du père de Peiresr (second lit), Suzanne de Fahri.

Il eusse fallu attendre 3 semaines avant que le pouvoir envoyer par le prochain ordinaire d’Avignon à Genes, d’où il ne doibt venir ([ue cette semaine pour repartir d’Avignon i5 jours aprez, et le bon P. Seguiran s’offrit fort courtoisement à cet office, résolu de faire diligence en toute façon, soit qu’il puisse se prévaloir de l’embarquement de M’’ Mazzarini ou non, désirant d’estre de retour dans le moys de janvier si faire se peult. Je suis bien aise que AP Board vostre neveu ayt trouvé cet employ de maistre de chambre, qui est tenu en grande réputation en cette cour là, parmy ces cardinaux et pi inces ou ambassadeurs. S’il se présente d’occasion d’avoir recours à son adsistance, comme elle sera tousjours puissante, je la reclameray fort librement soubs vostre bon adveu, soit pour moy ou pour mes amys. Je ne regrette que l’importunité qu’il y pourra recevoir, et le peu de moyen de luy en rendre quelque bonne revanche, et que j’aymeroys bien mieux, s’il estoit à mon choix, puisque vous ne cessez trez touts de nous obliger.

Vostre advis de AB de Nantes estoit véritable comme vous aurez peu voir par mes j)recedantes , depuis lesquelles il sesjourna 3 jours à 3 lieües d’icy pour y attendre son carrosse et son train, et rencontra AB' Mazzarini à une poste au delà. Nous sceumes plus tost son rappel que la menasse, bien avions nous sceu de grandes prinses qu’ils avoient avec AB de Bordeaux sur le subject du retardement de nostre armement particulier, mais j’avoys creu que cela se deust assouppir entr’eux, et crains bien qu’il n’arrive d’aultre mal’ entendu entre ceux qui auront à agir ensemblement, le concours de plusieurs au commandement estant assez difficile à conduire paisiblement.

Quant à mon neveu, vous aurez peu voir, par mes dernieres à Aionsieurdu Puy vostre cher frere, l’opinion que j’ay conceüe de toutes ses propositions, qui ne sont affectées que pour en venir plus tost à nouvelle matière de rupture, et de pretexte de reprendre les errements de sa chicane, que pour aulcune disposition à accommodement, car il aymeroit bien mieux tenir ses appoinctements retendus de la main de noz ennernys s’il pouvoit, que de ses pere et mere et oncle ou pour

[1636] AUX FHÈRES DUPIJY.

le inoings de sa cliicane, voire il en aymeroil mieux la inoictié par cette voye infâme, que le double à condition d’en sçavoir gré à ceux ([ui l’ont mis au monde. 11 sçait si peu de gré à Dieu de la santé et de la vigueur de son corps aussy bien ([ue des aultres parties, dont il a la plus libre fonction (jue tant d’aultres de meilleure maison (jue luy, que je ne m’estonne pas qu’il perde le souvenir de ce (ju’il doibt à ses bienfaiteurs. Au lieu de (jiioy il pense je m’asseure m’avoir obligé jusques à un grandissime excez de sa pererogalion de n’avoir pas incisté avec ses obstinations acoustumées à la présentation de sa requeste au conseil sur la({uelle il s’imagine qu’il est en son pouvoir de mettre le pied sur la gorge à pere mere et oncle, et que nous luy en devons bien de reste trez touts de nous avoir tant espargnez, et Dieu sçaict les discours à perte de veüe qu’il a eu courage de tenir de par delà, à touts ceux ({ui l’ont voulu escontter, et qui n’ont pas de cognoisçance des impostures qu’il ose débiter pour vérité. Vous diriez qu’il se soit persuadé que s’ilavoitlasché le pied en rien du monde, pour esprouver la discrétion de ses pere et mere, que ce seroit une dissolution irréparable de son mariage, tant il a de jicine à se mettre à son debvoir comme si lors qu’il n’y trouveroit pas son compte, la bouche luy pourroit estre close, sans pouvoir demander le supplément coin’ il le veult dez à cette heure par compétance et capitulation formelle anticipée, exclusive de toute sorte de bon gré et de recognoisçance. X’ayant jamais peu se resouldre d’estudier la matière de la jiuissance paternelle pour y apprendre les devoirs d’un filz et la plaine disposition d’un pere sur un filz non émancipé en ce pais icy du droict escript, où ils ne sont pas comptables à leurs enfants, ne tenus au delà de la nécessité de leur entretien. Tout ce ([u’ils font de plus estant de vraye supererogation, dont on est tenu de leur sçavoir aultant de bon gré (|ue si c’estoit en pur don.

Mais ceux qui le conseillent n’en sçavent pas plus que luy en cette doctrine, nom plus (ju’en celle des loix de rbonnesteté et du debvoii, dont la première et fondamentale est la gratitude qui asseure et boucle le lien de la société liumaine, leur liiimeur estant toute dans ranarcliie

et dans une desréglée convoicLise de s’adventager à quelque prix que ce soit et sur qui que ce soit, le chef de son conseil n’ayant fondé sa fortune que sur la riiine de ceux de son sang qui l’avoient porté à un lustre qui le tiroit hors du pair, lesquels il voulut sacrifier à une rage populaire quoy qu’il n’en ignorasse pas l’innocence. Il est vray que Dieu n’a pas permis qu’il luy en aye trop bien prins, bien qu’il ayf cousté la vie à feu M’’ le premier jiresidant d’Oppede son parent de nom et armes ^ dont il ressent encores des traicts de la vindicte divine qui dureront possible plus qu’il ne croid, souffrant une partie de la persécution qu’il avoit faict et faicte faire à aultruy, qui le tient plus longuement esloigné du lieu où il pensoit regner, qu’il ne se l’estoit promis, contribuant luy mesmes tousjours de la nouvelle matière à son esloignemenl et ses amys aussy, tant plus ils pensent faire pour establir son prétendu credict^.

CLW

A MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

()uand j’ay receu vostre despesche du i o®'', je pense que vous en aviez une mienne où vous aurez peu voir pour l’affaire de M*" de Guibbeville que vos voeux avoient esté prévenus et que grâces à Dieu les ollices de ses amys et serviteurs luy avoient faict obtenir la clef des champs. J’avoys creu qu’il fustallé droict à vous, mais j’ay depuis apprins qu’il avoit prins la routte de la maison de Monsieur son pere avec dessein d’y sesjourner quelque peu. Si je sçavoys des adresses particulières pour luy faire tenir là vostre pacquet, je le luy auroys volontiers envoyé, et parce que vous me dictes qu’il y a une lettre de M*" du Puy à l’Eminentissime cardinal Bichi, j’ay eu quelque tentation d’ouvrir l’enve-

Connaissait-on cette cause de la mort du magistrat? — ^ Vol. 718, fol. 3i3.

[1G36J AUX KRÈUES DUPUY.

loppe de M‘‘ de Guil)beville pour en tirer cette lettre et la faire tenir à Son Eminence. Mais aprez y avoir mieux pensé, j’ay creu qu’il vauldroit mieux le vous renvoyer tout entier, et (pie possible seriez vous bien aise de retenir cette lettre, pour en refaire une nouvelle qui ne vous engage à rien de plus qu’à des simples remcrciraents, puisque les prières que vous luy pouviez faire ont esté assez heureusement prevenües. Le retardement de voz compliments ne sera pas sans bonne excuse, et s’il se présenté d’occasion de luy escrire avant que j’aye de voz nouvelles sur ce subject,je pourray bien luy toucher un mot d’avoir receu un pacquet adressé à M'' de Guibbeville de vostre part où je croyois bien qu’il y pouvoit avoir de voz lettres pour Son Eminence, mais que je n’avois osé me dispenser de l’ouvrir, et Pavois renvoyé pour luy estre porté la part où il sera. Je tiens avec vous qu’il y a eu du dol de la part des parents de la tille pour attrapper ce jeune gentilhomme, et que si l’atfaire estoit jugée par les loix de la France, il ne s’y trouveroit pas moings à dire de leur costé que de l’aultre. Et leur en ay escript en cemesme sens assez libiement, en ayant parlé encores plus vivement au sieur de Causaus (jui avoit eu charge d’eux d’en conférer avec moy. L’ayant enfin ramené à vostre sentiment pour les daumages et interests, comme je vous disoys l’aultre jour le temps y servira grandement encores. Dieu aydant, mais il sera bon aussy de travailler tousjours par delà s’il est possible à trouver les moyens non seulement d’en donner la nouvelle à M"" de Guibbeville, mais aussy (de son adveu s’il est possible) à M‘ sou pere, à celle tin qu’on aye loisir de mesnager toutes choses avec un peu plus d avantage. Car si on le negligeoit, cez gentz pourrorent s’engager à des poursuittes judiciaires, où il seroit malaisé de bien detfendre ce jeune gentilhomme non presant, et j’apprehenderoys plus le contre coup contre la creauc^ de AL le Cardinal qui a interest <|ue cela n’esclatte pas davantage cpie le mal qui en pouri’oit revenir à M'' de Guibbeville ou aux siens. Et de quelque façon (|ue vous y veuilliez procéder, je vousdeclaire bien qim je ne feray ne plus ne moings (|ue ce qu’il vous plairra m’oialormer, vous suppliant de me commander absolument en cela et en toute aultiv

chose. Car je n’auray de ma vie déplus forts interesls à considérer que les vostres et de vos parents et amys envers touts et contre touts qui que ce puisse estre, vous estant si estroictement obligé comme je suis, non seulement de l’honneur et de tout ce peu de réputation, en quoy vous m’avez daigné mettre dans le monde par vostre grâce, mais de tout ce peu de repos que je puisse jamais esperer qui n’aura jamais d’aultre fondement plus solide que les grâces que je tiens de vostre main et des vostres.

Quant tà M*’ de Vallavez mon frere, je croys aussy que vous n’aurez guères tardé de le voir aprez voz dernieres lettres envoyées ne de recognoistre tost aprez que les belles paroles de mon neveu ne sont de guères longue garantie, si je ne me trompe, n’y cherchant que pretexte de nouvelle rupture plus qu’aultre chose, quelque bonne mine qu’il fasse; il a envoyé présenter des lettres de cachet du Roy à M*’ l’Archevesque d’Aix, à AR le jjresident Seguiran et à moy, par le fdz d’un ])rocureur en la cour qui me dict en avoir encor une pour M’’ le premier president du Remet, dont vous verrez la coppie de deux, car M'' l’Archevesque est en visite. Je luy dicts que celuy qui les luy avoit baillées auroit mieux faict de venir luy mesrne et qu’en vain sans luy on parlel'oit de cette alfaire dont il a faict grand trophée par la ville, comme s’il n’avoit tenu qu’à moy de sortir amiahlement de noz différants, mais un chasciin sçait bien le contraire, pour le moings y a t’il de bien bons tesmoings de la civilité de mes propositions sur cela, et ceux mesmes qui ont receu cez lettres.

Ceux de la cabale avoient ourdy une partie, pour tascher de faire regratter ce qui avoit esté faict en mon restablissement sur la jouissance de l’exemption, en y faisant proposer les chambres assemblées une requeste au nom des gents du païs, pour avoir un roolle des xii anciens qui en pourroient jouyr, et avoient faict j)asser à la pluralité des voix une deliberation prejudiciable, dont ils ont incontinant voulu excepter le doyen de la compagnie, mais venant au destail de mon interest, ils se sont trouvez partys en leurs opinions sans qu’ils eussent faict sortir ceux qui estoient suspects et qui n’estoient pas mes juges. Ce qui

lYa esté iaicl que pour flatter et retenir iiostre jeune homme en son ingrattitude et le confirmer en son advis de la chicane, mais Dieu est sur tout et aura soing de la cause innocente s’il luy plaict.

Je vous rend irez humbles grâces de la recherche (jue vous avez prins la peine de faire de ce Chronicon Provinciale, de cette notice et de ce kalendrier et vous ay bien de l’obligation de l’avoir mis ez mains de M*" Bouillau^ qui est si charitable, et à qui j’estoys desja bien redevable, ne pouvant assez loüer sa desbonnaireté en cela, non plus que voz bonnes addresses, et surtout la pieté et bon zeelle de Monsieur de Bonneval, qui donne tant de moyen au public de tirer de notables advantages des estudes d’un si lionneste homme et si vertueux '^, dont je vous félicité de bon coeur l’acquisition que vous en avez faicte plus piez de vous que devant*. L’ordinaire de Borne vient d’arriver; sur le premier advis que le Syncellus estoit conféré, Mb^*' le cardinal Barberiu m’en faict de grands compliments, et pense qu’à la receplion du livre qui doibt estre à Rome quelques jours y a, car le maistre des ])ostes de Genes m’en accuse la réception et l’envoy, il en aura grande satisfaction, et pour peu que vous eussiez de piece justificative de la ])recedante commande de vostre prioré de S‘ Leon, je pense qu’il seroit bien aise d’en trouver le pretexte de vaincre les diflicultez passées. Il m’engage à luy en faire un mot de recharge par le prochain soubs vostre bon plaisir. Les diflicultez qu’on avoit renconlrées à faire permettre de transcrire les autbeurs grecs militaires de l’Ambrosienne ont esté sur-

‘ Isinaël Boulliuu, né à Loudun, mourut à Paris en novembre 1696, âgé de (|uatrevingt-sept ans, selon la Gazelle du 4 décembre 1694. Il est des biographes qui le font naître en i6o5 , ce qui le ferait mourir à (juatre-vingt-neuf ans. Voir beaucoup d’indications sur Boulliau condensées dans le court et excellent article que lui a consacré M. Lud. Lalanne ( Dictionnaire historique de la France).

^ Boulliau suivit son protecteur en HôB

Ml.

lande lorsque ce dernier y fui envoyé en ambassade.

^ C’est-à-dire à l’bôtel même de Tbou.

Boulliau devait plus tard achever la rédaction, commencée par les frères Dupuy, du catalogue de la belle collection formée par l’historien J.-A. de Tbou et ses lils, catalogue imprimé par les soins de Joseph Quesnel : Catalogus bibliothecæ Thuan(e , etc. (Paris, 1 679 , 2 vol. in-8°).

IHl'KlMtRIC NATIO'IALr.

montées plus heureusement qu’on n’avoit creu, ainsin que je l’avoys predict à M*" de Saumaise. Le mal est qu’il n’y avoit pas lors de coppiste bien propre à cela, qu’un sieur Antonius Salmatius qui se Irouvoit indisposé, mais on attendoit à la Martin le retour des champs de (pielques aultres, ou la reconvalescence de celuy qui a un surnom si approchant de celuy pour qui l’on en a affaire, qu’il semble que cela luv doibve estre réservé par preferance aux aultres. Dom du Puy avoit recen vostre première boitte bien conditionnée ce dit il. M" Holstenius m’a encore escript en termes bien honnestes, et semble se vouloir engager à une correspondance réglée et ordinaire L 11 me mande avoir baillé à Dom du Puy les suppléments du Procope pour vous estre envoyez et s’excuse de ne me les envoyer aussy sans nouvel ordre, parce qu’il avoit esté adverty à l’advance que je luy t’eroys la mesme instance pour l’amour de vous. Car je ne l’en avoys prié que comme pour ma satisfaction particulière afin de prévenir touts ombrages. 11 dict qu’il avoit remis au neveu d’Elzevir un exemplaire collationné sur deux manuscrits de trez bonne note où estoient non seulement les mesines grandes lacunes qu’il vous a envoyées, mais plusieurs aultres petites par cy parla de quelque consequance.

La dissertation du sieur Stella^ estoit certainement digne d’un Allemand naturel de qui l’on ne sçauroit assez recommander le bon zele.

.le n’ay pas sceu prendi'e le temps de rien voir des advis d’Italit; venus par cet ordinaire, mais je ne lairray pas de les vous envoyer, el si je pouvois y joindre le livre del Mascardi de l’iiistoire^ je le feroys encore plus volontiers parce qu’on en faict tant de cas de là les monts",

‘ Cette lettre manque au recueil de Boissonade.

^ La dissertation sur le traité de Prague mentionnée plus haut.

^ Dell’ arte his lorica trallali V (Rome, i636, in-4°). Voir ce que dit Gassendi (p. 46 1) du don fait à Peiresc par Mascardi d’un exemplaire de son livre, trquod propter singularem viri ernditio-

nem alque elegantiam gratissimum hahuit.

* Ce succès attesté par les correspondants italiens de Peiresc rend bien improbable l'anecdote ainsi racontée par Weiss [Biographie universelle) : trLa première édition, impi'imée aux frais de l’auteur, n’ayant pas eu un débit aussi prompt qu’il l’avait espéré , il en envoya un certain nombre d’exemplaires au cardinal Mazarin , qui se chargea de les vendre et de

AUX FliÈUKS ÜUPUY.

atin que vous puissiez estre juge à tort ou à bon dioict. Mais le volume est iii assez gros et lauldi-a voir si le courrier aura courage de s’en charger au moings d’icy à Lyon sauf de le faire passer oultre par l’oidiiiairc, auquel cas vous envoyerez sçavoir au bureau dudict messager s’il seroit arrivé, car ils y attendent qu’on aille redemander les fagots ((ui y sont adressez. Sur quoy l’heure tarde commançant à me presser je tiniray demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce -2 1 octobre i63G.

Je vous supplie de faire part à mon frere de la coppie cy joincte des lettres de cachet et des nouvelles de la lettre de M. de Lomenie*.

\ MONSIELR, MONSIEUR DE SAINï-SAULVEUR DU PUV,

À P A lu s.

Monsieur,

Avec vostre despesche du 17 j’ay receu celle que vous y aviez joincte de M" de Vallavez mon frere du 1/1, et toutes les aultres singularitez (|ue vous avez de coustume d’y accumuler si libéralement dont je vous suis infiniment redevable, mais surtout de la bonne nouvelle, (pie je conserveray in scrinio pectoris, venue du costé de Rome, dont vous me permettrez bien pourtant de féliciter comme je faicts de tout mon coeur non seulement M" du Puy vostre cherfrere*-^ et vous, Alonsieur,

lui eu faire passer le prix." Ajoiilons que Mazarin à cette époque habitait Avignon en qualité de vice-légat et qu’il ne pouvait guère se livrer là à une propagande en faveur des intérêts d'auteur de son ami Mascardi.

' Vol. 718, loi. 3i5.

^ Pierre Du puy ne reçut point la mission au sujet de laquelle Peiresc le faisait complimenter. C’est avec raison que dans le tome ni du recueil Lelong-Fontette ( page a 1

mais aussy M'' Godefroy ^ ne doublant nullement que la chose ne soit Irez certaine et indubitable venant de la part quelle vietit et se trouvant confirmée au dict sieur Godefroy d’ailleurs, quoy qu’on ne vous en aye encores rien dict, parce que j’estime que cette l esolution ayt esté prinse depuis le partement du Roy et de le Cardinal^. Gombien que c’est quasi la mode du temps, comme quand on envoyé des gents avec un pacquet fermé pour ne l’ouvrir que sur les lieux, et n’y prendre les ordres que lors(jue rien ne s’en peult esvenler. Et ne pense pas que cet honneur se puisse refuser, sans une extreme nécessité de maladie, parce que peu de gents peuvent sçavoir ce que sçavent cez Messieurs non seulement des tiltres du Roy sur le Barroys et la Lorraitie, mais des anciens traictez avec les princes de l’empire et prélats voisins, dont il faut examiner les interests et prérogatives aussy bien que les ançiennes formes du temps mesmes que l’Empire estoit le mieux réglé ce sembloit. S’ils font le voyage, ils verront à leur retour (si ce n’est en allant) les plus belles villes de la chrestienté dans cez pais bas tant d’un party que d’aultre et des merveilles incroyables. Quand ils ne verroient que les singularilez de M" Rubens, ils y auroient bien de l’advantage et du plaisir, sans les beaux libvres anciens et modernes qu’ils peuvent voir en passant et les gents de lettres plus célébrés d’un pais si bien civilisé, et où les lettres llorissent si fort de])uis quelques années.

Ils verront la machine du P. Linus du Liege au college des Angloys avec son mouvement journalier de 2/1 heures, laquelle seule seroit cappahle de me faire entreprendre ce voyage en tem])s de paix si j’estois

(les Mémoires historiques sur plusieurs historiens de France)^ on rappelle au sujet (te l’emploi doniKî à Dupuy d’aller rechercher les titres de Lorraine, que rrce fut là son dernier voyage, et que rendu à lui-même il partageait son temps entre ses livres el ses amis.

‘ Théodore Godefroy fut envoyé à Cologne à l’occasion de l’assemblée pour la paix

où le cardinal de Lyon devait se trouver pour la France. Les instructions de Godefroy sont du G décembre i636.

• Le cardinal de Richelieu était alors dans Amiens, et le roi, logé dans un village entre Amien.s et Corhie, allait tous les jours voir les travaux de tranchée entrepris autour de celte dernière ville qui fut reprise sur les Espagnols le 1 4 novendjre suivant.

[1636] AUX FUlblUS DUPUY.

à Paris avec toutes mes incommoditez*. Cez magasins d’Amsterdam sont inci’oyables en leur comble de rares drogues et ce nombre de navires portants bouches à l’eu qui se trouvent dans ce port là, et fauldra bien que xM*' Godefroy dresse une relation bien exacte (aprez une perquisition la plus ample qu’il pourra) de cette nouvelle introduction de naviguer d’Amsterdam et de Pleymoutb en Moscovie par dessus l’Amérique en faisant le tour du cercle arctique sans ap])rocber trop du Nort, et des barques des Moscovites avec quoy ils portent leurs denrées à la mer, toutes couvertes de peaux et callefeultrées par dessus et par les costez comme par dessoubs, pour se deOendre des vents qui gelent furieusement pour peu qu’ils trouvent de fente pour penetrer dans les dictes barques, de quoy nous n’avions pas encor ouy parler. Mais c’est un gentilbomme ([ui se trouva prisonnier esclave au bagne du Grand seigneur en Constantinople où il l’apprint des cappitaines Angloys et Flamands, qui en avoient faict le chemin.

Enfin je ne vois poinct de moyen de se desdire de ce voyage ne d’excuse bien recevable sans extrémité de maladie. Vous pardonnerez s’il vous plaict à ma liberté en cecy comme en toute aultre chose.

.le suis bien aise <jue vous ayez eu moyen de faire promptement tenir à mon frere les lettres que vous aviez receües poui' luv, espérant <ju’il y en auia trouvé une à le Ghancellier dont ilestoit en peine, et qu’elle l’aura suivy de bien prez. Il me mande les propositions de .son tilz parmy toutes les soumissions apparentes qui monstrent bien que j’avoys desja bien recogneu son coeur; en elfect je ne pense pas qu’il soit ca])])able de jamais desmordre de rien qu’il puisse se promettre, ne (|u’il soit jamais content de quoy qu’on luy puisse accorder. Il fauldra (jne Dieu y mette la main, et (ju’il se voye destitué de l’appuy de

' Voir sur le P. Linus (François Hall), sui' le collège des je'suiles anglais établi à Liège en i5i3 où le P. Linus professait les malhénialiques, et sur la machine construite par ce savant religieux , les Notes pour servir à l’histoire des mathématiqttes dans l’ancien

pays de Liège par C. Le Paige, professeur à l’Université de Liège (grand in-8°, Liège, 1890, p. G9-75). Sur la vie et sur les ouvrages du P. Linus cf. Bibliothèque des écrivains delà Compagnie de Jésus, I. II,iu-fol., col. 75c.

iioz eiinemys ou eux hors de moyen de i’assistei’ pour le réduire à la recognoisçance de son di'hvoir. Mais j’abuse de vostre paliance par un si ennuyeux entretien.

Quant à M' de Guibbeville, je crois qu’il vous aura l’aict sçavoir son arrivée en la maison paternelle, et que le temps ouvrira possible des moyens j)Our faciliter la composition de sa mauvaise affaire.

C’est à mon grand regret que je ne sçauroys respondre à cette heure à M*^ Bouillaud à qui je suis infiniment redevable de la peine qu’il a prinse à extraire et examiner le calcul de ce vieil kalendriei-* et l’en remercie tousjours de toute mou affection, vous suppliant de me vouloir excuser en son eudroict comme en celuy de M‘ de Cordes, deM'' Luillier et de M* Tristan, de qui j’advoüe d’avoir grand tort, mais s’il vovoit le mauvais estât de mon cabinet, et qu’il me faut suer sang et eau, pour rencontrer ce qu’il m’\ fauldi'oit chercher pour son service, il auroit pitié de moy. Que si Dieu me donne un j)eu de paix domestique pour un moys, je suis tout résolu de mettre tout en quelque ordre et lors il sera le maistre de tout, luy ayant desvoüé de longue main tout ce que je pouvois avoir à ma disposition.

.l’avoys aultres fovs eu une coppie au long d’une vieille ordonnance du roy Philippe le Bel de l’an i3i i donnée à Montargis, contre les pactes des contracts de rendre les especes de monoyes en pareil nombre, quoyque changées de valleur. Mais je ne l’ay sceu retrouver au besoing non sans grande mortification, parce que je l’avoys alléguée à Messieurs de noslre compagnie, et la pensois trouver en une liasse d’où je la devois avoir tirée une aultre foys sans la replacer. Je pensoys aussy la retrouver au pied de l’extraict du registre entre deux ais de la cour des monoyes, mais je fus bien surprins de n’y trouver ne celle là, ne plusieurs aultres que je pensoys y avoir faict prendre ensuitte, qui sont demeurées au bout de la plume de mon coppiste. Si ce n’est que mon libraire les ayt séparées et confondues en aultres pilles comme il ne me l’a faict que trop souvent, soubs pretexte des pluyes rabieuses-,

* On sait (juTsmaël Bonlliau fut surtout ^ De raôfosus, enragé. Le mot ne se trouve

un savant matliémalicien et astronome. ni dans le Dictionnaive de Trévoux, ni dans

[1636] AUX FRÈHKS DUPUY.

qui peiielrent parl'oys dans noz maisons, où il fanlt d’anirnnes l'ojs seiclier les libvres ou liasses mouillées, noz combles n’estanl pas si droicts que les voslres ne noz thuilles si cappables de résister à une grande eau.

Pour les nouvelles vous verrez ce que j’en escripts ù M’’ de Lomenie. M*' du May nous a confirmé la nouvelle des Cravates par lettre de Dijon du 20, mais il y augmente bien les advantages, jusques à 800 tuez, 2,000 chevaux prins, etc. Si nous pouvions faire quelque chose aux isles, il y auroit moyen d’esperer une paix bien plus honorable. Ce sera quand il plairra à Dieu et cependant je demeureray. Monsieur,

vostre trez humble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix , ce 28 octobre i636.

J’entends qu’il se trouve une vieille édition des ordonnances latiites de noz Hoys soubs le tiltre Ordinationes Antiquæ eic.; s’il s’en pouvoit rencontrer un exemplaire, je l’estimeroys bien. Bien ay je veu des volumes manuscrits en parchemin où il y en avoit bon nombre. Mais ce doibt estre aullre chose ù mon advis^.

CLWII

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je me contenteray de vous accuser la réception de vostre despesche du 2Ù‘"‘' par un extraordinaire venu cinq ou six jours avant l’ordinaire fort opportunément pour nous faire sçavoir des nouvelles de AU nosti e

le Glossaire de Giinie de Saiiile-Palaye. ' Ge recueil n est pas indiqué dans le

On voit seulement dans ce dernier recueil le Manuel du libraire. mot rabis , enragé. ^ Vol. 718, fol. 817.

LETTRES DE PEIRESG

Premier Présidant, qui partit de Bordeaux le xi et de Tlioulouse le a 4"'® du passé et seroit icy je m’asseure où il nous eusse bien surprins, si les grandes pluyes ne l’eussent arresté dans le Bas Languedoc. Je parts demain pour aller au devant de luy et l’attendre à Arles ^ si je puis tant gaigner de cliemin. La cour a l'aict un grand passe droict el non encore pratiqué (pour monstrer l’envie qu’elle a de bien vivre avec luy et de luyoster tout subject de nous vouloir abandonner), ayant dejmté un conseiller de cbascune chambre pour aller l’accueillir el salluer de sa part à une demy lieüe d’icy et l’acbompagner à cheval en sa maison, où toute la compagnie se trouvera à son arrivée excepté le seul President jilus ancien qui attendra chez luv sa visite, et en a esté faict registre pour mémoire à la postérité saul d’eslre procédé à la vérification de ses provisions dez le lendemain de sa venüe. Lesquelles on a voulu tenir poiii- veües aprez le serment qu’il avoit presté ez mains du Boy, et les compliments qu’il a rendus h la cour par troys de ses lettres missives fort bonnestes.

Vous avez fort bien faict d’envoyer le Prodro[nus“ à M*’ de Saumaise. J’ay aujourd’hui leceu.du Levant un petit volume en Æthiopien grandementancien des revelationsd’Henoch^, que j’avois recherché 3 ou quatre ans y a, en estant venu à bout ({uand j’en avoys perdu toute

' Gassendi raconte ainsi (p. ^yS) la démarche de Peiresc : rrHienie jam ineunle, Arelalem profectus est, ut ad usque Provinciæ fineis occurrei'et viro perillustri Josepho Bernetio, qui in senatu Burdigalensi præses . delectus fuerat Aquensis Princeps . . . iVorat ilium videlicet, ex quo tempore in Magno consilio personam Regii cognitoris [avocat général] sunima cuin laude gesserat, adeout ipsius virtutem singuiari veneratione afl'ectuque prose(jueretur. n

^ Le Prodromus coplus déjà mentionné du P. Alh. Kircher.

’ ^ Voir ce que dit (lassendi de ce recueil ( p. SqS). Cf. l’article Enoch de la Biographie

universelle où l’on donne beaucoup de détails sur l’achat fait par rrle célèbre Peiresc, l’un des plus illustres savants du commencement du xvip siècle 55, d’un manuscrit frqui n'étaA que l’ouvrage d’un imposteur nommé Bahaïla Michailî), sur la supercherie reconnue et dénoncée par Ludolf, sur les trois manuscrits du livre d’Enoch retrouvés par le chevalier Bruce en Abyssinie (i 769), sur les travaux dont ce livre a été l’objet de la part de VVoide (dans la correspondance de Michaèlis)et de Silvestre de Sacy (dans le Magasin encyclopédique année, t. 1 , p. Soq). Cf. encore l’article Enoch de la Nouvelle Biographie générale (par MM. G. Brunet

AUX FUEIIKS DUPUY.

esperaiice. Je pense que ce soit le mesine volume (ju’avoit veu Poslel '■ en cez païs là, car il y estoil unique par la traditive de (ouïe la nation. J’ecriplsà ce soir inesines au bon P. Gilles de Loscbes, pour le seniondre de la promesse qu’il m’a solennellement faicte de le traduire. Espérant que si ce n’est une fidele version de l’oeuvre alléguée par S‘ Jude'^ elle sera pourtant bien ancienne et en contiendra possible une bonne partie. Car il y a des prophéties, comme Origene et Procope et aultres disent qu’il y avoit en celuy qu’ils tenoient dez lors pour apocryphe. L’on me tient en grande esperance de quelque chose de mieux. Dieu aydant, en peu de temps.

Je n’ay rien l'aict pour M’’ de Guibbeville et ne sçaurois rien faire de ma vie qui responde à la cenliesme partie du service que je vous doibs et à touls les vostres. El ne m’espargneray pas à la suilte partout où il sera requis.

Je suis accablé d’embarras en cette conjoncture, ayant à despescber pour l’ordinaire de Rome et pour celuy de Paris à ce soir pour pouvoir partir demain. Vous m’excuserez s’il vous plaid et je demeureray.

Monsieur,

vostre Irez bunïble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 4 novembre i636.

J’ay receu par le courrier de Lyon les deux exemplaires de la relation de l’Allemand^ dont je vous rends grâces Irez humblement^.

et Bonneau), où sont données de très noml)reuses indications bibliographiques sur les travaux français et étrangers consacrés au livre d’Enoch.

‘ Guillaume Postel mentionné plus haut.

* Le livre d’Enoch est cité dans les versets i4 et 1 5 de l’épître de saint Jude. Les

principaux critiques sont d’accord pour reconnaître que l’ouvrage envoyé d’Abyssinie à Peiresc est bien celui que contiaissait saint Jude.

’ La pubhcalion déjà mentionnée de Stella sur l’affaire de Prague.

lUPJlIVKRir 1IATI0*l4l.ft,

LETTRES DE PEIRESG

CLXVTII

\ MONSIELR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

.l’ay receu par l’ordinaire vostre despesche du 3t oclobre le soir rnesine de l’arrivée de M*" le premier présidant du Remet en cette ville, sarnedy passé, mais j’estoys si recreu de mon voyage d’Arles durant h jours, et si embarrassé icy de la compagnie assidüe qu’il me luy a (allu tenir durant ses compliments et sa réception d’hier, que je n’ay gueres eu de temps de reste, et m’estant jetté sui*un lict, j’avoys dicté à mon homme un peu de relation de toute cette ceremonie, que jepensois faire mettre au net pour l’amour de M‘‘ de Lomenie et de vous, car les interruptions fréquentes que j’ay eu en ce faisant m’avoient faict oublier tout plein de circonstances non inutiles à ceux qui y veullent tout. Mais il s’est ])resenté une commodité d’un courrier extraordinaire ([ui veult estre à Paris dans sammedy ou dimanche, à qui j’ay mieux aymé la bailler, que d’attendre l’ordinaire qui n’y arrivera que troys on quattre jours plus tard, espérant que mon frere s’en desrnelera prou quelque confusion (|u’il y ayt et la fera transcrire par Quentin ou anltre. .l’auray soing de vous envoyer coppie des provisions, lettres de dispense et information ensemble des lettres de cachet et du registre aussy bien que de l’arrest de réception, afin qu’il n’y ayt rien à desire r.

Le mal est que tandis que je m’amusoys à cez vétilles, je reservoys l’apres disnée à vostre despesche, et elle m’a esté toute desrobée, la nuict m’ayant surprins avant que j’ay peu commancer, de sorte que tant s’en fault que j’y puisse satisfaire, au contraire je ii’ay pas seulement le temps de voir les lettres de Rome qu’il vous a pieu me communiquer ne de bien considérer comme elle le mérité celle de M‘‘ de Tfiou que je n’ay veüe qu’en courant, c’est pourquoy je vous supplie d’agreer que je remette au prochain de vous en faire la restitution, et

[1036] AUX FUÈHES ÜUPUY.

(Je vous respondre plus punctuellenieiiL à voz deux lelües, craigiiaul de perdre l’occasion du parteuienl de ce courrier. Je n’ay pas inesme peu lisre les lettres de M*' de Guibheville non plus (pi’une despesclie du cardinal Bicliy arrivée pendant mon voyage d’Arles si ce n’est (jue pour voir à peu prez en gros la datte et la conclusion dont je vous rendray meilleur compte Dieu aydantla semaine [)rocliaine. Bien vous puisje dire à l’advance que je tiendray la main à ce que M*" de Guibbeville soit considéré selon voz intentions si je puis et n’y espargneray rien. Ce que je luy avoys faict bailler ne meritoit pas d’entrer en ligne de compte, mais puisque vous estes si scrupuleux, vous le pourrez s’il vous plaid retenir pour la suitte de mon petit commerce de livres.

Vous remerciant trez bumblernent du soiiig qu’avez prins de remettre le Theoplianes à l’homme de Al* Aubert, et luy en suis bien obligé à luy mesmes. Je plains grandement cette belle Abbayie de Gisteaux^ où cez impériaux auront ruiné tant de belles reliques de la piété des Ducs de Bourgoigne dont la qualité leur a esté si à coeur depuis l’alliance de l’beritiere de Bourgoigne. La haine de la persone de l’Abbé^ aura bien contribué à ce desordre®, qui ne sera que trop vray si Dieu n’y a mis la main à bon essiaiit, la réputation de cez grandes et anciennes maisons attirant les voHeurs bien loing de leur routte, pour y aller exercer leurs pilleries. L’on escrij)t de Lyon que AL de Longueville y arrivoit au secours avec la noblesse de Normandie, que AL de Caudale y alloit prendre le commandement de l’armée du cardinal son frere, qui alloit à Borne, plus d’un an y a, mais il y a de

Dans la commune actuelle de Saint-iNicolas, aiTondissement et canton de Beaune, dé[)artement de la Côte-d’Or.

^ Cet abbé était le cardinal Armand de Richelieu, en faveur duquel avait donné sa démission, l’année précédente, Pierre Nivelle, devenu évêque de Luçon. Voir Gnllia Cjhrîstinna , t. IV, col. loiô.

* Nous verrons dans une des lettres suivantes que la nouvelle de tout ce désordre

était une fausse nouvelle. On admire encore dans l’église de rancienne abbaye de Citeaux les mausolées des premiers ducs de Bourgogne. Voir, dans le fascicule V des Cotrespondanls de Peiresc, une (fplaisante histoire arrivée à Citeaux loisique les impériaux tenoient ceste Abbaie", histoire contée par Saumaise à Jacques Dupuy, le 17 décembre i636 (p. 105-106).

l’apparance que M*" de Longueville n’aura pas voulu se souLzmettre à son Eminence comm’ il est assez mal endurant. Je finis donc attendant de suppléer si le courrier m’en ])eult donner le loisir, et demeure, Monsieur,

vostre trez liumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 1 I novembre i636.

Je viens d’apprendre de Toullon que le Baillif de Fourbin parloit avec 5 galeres pour les conduire à l’armée navale, attendant que M*" le General peust faire partir les 8 restantes et qu’un courrier de M*’ le comte de Harcourt estoit venu sommer hier mesmes M'' le General de partir avec tout ce qu’il pourroit, et qu’il pensoit partir aujourd’huy. Il y avoit encore i 2 navires de la squadre de de Nantes dans le port de Toulon ou aux advenües. Ce xi novembre au soir

V MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À I‘ARIS

Monsieur,

J’ay receu la vostre du 7“*® avec tout ce qui l’accompagnoit, et n’ay manqué de faire une despesche au cardinal Bichi , au Recteur et aultres, conforme à peu prez à ce qui pouvoit estre de voz sentiments en y faisant tenir les lettres de AP de Guibbeville, et respondant à celle du sieur de Valerne qui estoit venüe quasi en mesme temps, dont vous verrez le style, et en son temps les répliqués à mes dernieres, estant marry de n’avoir de meilleur moyen de vous y servir à souhaict, mais je vous asseure bien que je n’y espargneray rien de ma foible industrie

‘ Vol. 71 8, fol. 3i y.

et en espere (aultant que faire se peult d’une si mauvaise affaire) sinon tout ce que vous désireriez, au inoings beaucoup plus qu’on n’en e\torqueroit de tout aultre de pareille condition.

Je vous renvoyé les lettres de Rome avec mille remerciments et excuses du retardement comme aussy de celles de Dijon, qui nous ont un peu consolé par la levée du siégé de Jean de Laune* qui nous tenoit en grande peine; encores n’en sommes nous pas trop bien r’asseurez

La lettre de M'' de Saumaise est véritablement bien déplorable et me tardera d’ouyr dire que son passage sur le navire zelandoys ayt esté plus heureux que le précédant. Tout cela m’augmente bien le regret de le voir aheurter à cette retraicte en Hollande, appréhendant pour la foiblesse de sa santé dans l’austérité et rigueur du froid (pii y régné, aussy bien que la jalousie et envie de ceux qui peuvent troubler son repos d’esprit, qui luy seroit plus utile que toute aultre sorte d’advantages domestiques.

Je ne suis pas marry que le libvre du P. Kirclier luy soit venu si à poincL, pour diminuer un si grand ennuy que le sien, en la conjoncture (pi’il luy est tombé en main. Je ne doubte pas qu’il n’y trouve grandement à redire, mais je croys pourtant qu’il y trouvera aussy quelque chose de sonusaige tost ou tard , en l’estude qu’il faict de cette ancienne langue Ægyptienne ou Cophte.

Je suis bien aise qu’ayez prins quelqu’un de cez beaux libvres d’Elzevir et vous en remercie trez humblement (hi peu que l’on avoit baillé de ma part à M’’ de Guibbeville ne meritoitpas d’entrer en ligne de compte et beaucoup moings d’en faire de promesse, et ne pouvoit pas presser, mais il est si genereux qu’il ne veull pas demeurer en ar-

‘ Aujourd’hui Saint-Jean-de-Losne, cheflieu de canton de l’arrondissement de Beaune (Côte-d’Or).

® "Le siège de cette bicoque t), disent les rédacteurs de l’Art de vérifier les dates, est honteusement levé (3 novembre) par la

noud)reuse année des impériaux. Voir les détails très abondants fournis sur le siège de Saint-Jean-de-Losne par les Mémoires de lVIontglat(l. I, p. 137-189).

On trouvera l’énumération de ces livres dans la lettre suivante.

l’erages de rien; c’est la vérité que puisqu’il luy a pieu le vous bailler, il sera bon que vous le reteniez s’il vous plaict par devers vous, Monsieur, en acquittement du prix des dicts livres d’Elzevir et aultres chosettes qui peuvent survenir, et pour les quelles aussy bien falloit il que je vous en envoyasse.

J’ay eu besoing cez jours passez du Cedrenus^ et Jo. Curopalates^ sans qu’il s’en soit trouvé aulcuu'en cette ville; si par liazard en quelque inventaire il s’en rencontroit quebpie exemplaire à prix tollerable quoyque frippé, je seroys bien aise de m’en assortir et du Zonare grec et encores plus de l’Almageste de Ptolemée dont je vous avoys aultres foys importuné. Ce sont de vieilles éditions de ditïicile rencontre. Excusez moy de la peine. Nous attendons dans deux ou trois jours l’ordinaire de Rome, où l’on escript de Lyon que le cardinal de Savoye s’est déclaré partisan d’Espagne et protecteur d’Allemagne avec 5o mille escus d’appoinctements. Ces gents là me tromperoient bien s’ils faisoient jamais rien de net, et de ce que tout les gents de bien et de valleur. Je suis honteux d’avoir laissé esgarer parmy mes papiers vostre derniere lettre, et consequamment de me voir hors de moyen de vous y respondre plus punctuellement. Mais je le suis bien davantage du soing que vous continuez de prendre de noz interests domestiques, et du repos d’esprit dont nous avons bien plus de besoing que de contentions, comme vous l’avez trez bien recogneu, vous rendant trez humbles grâces de ce que vous y daignez contribuer, et Monsieur du Puy vostre digne frere, estant tousjours à l’un et à l’aultre du meilleur de mon cœur,

Monsieur,

vostre trez humble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i8 novembre i636.

‘ • Voir, sur la Chronique de George Cedrenus, le tome I, p. 186.

* Jean Scylitzès, surnommé Curopalate (paire qu’il fut gouverneur du palais), a

continué, au xi' siècle, Y Histoire de Tliéophanes , de 8 1 1 à 1 o5 7 , d’abord , et ensuite à 1081. Les deux chroniques (Cedrenus a audacieusement copié celle da Scylitzès)

Vous avez veu le résultat de ee (|ui s’est laict icy à la réception de M'' le premier president du Ber net,et pourrez voir la suitte d’une ceremonie on il se trouva , dont je vouldroys bien (lue vous lissiez passer la copj)ie à Bordeaux au j)rieur de Boumoules. Je vous en teray transcrire ung aultre extraict pour le prochain ordinaire. Si vous avez rietj de particulier pour de pareilles ceremonies, j’en verroys volontiers la coppie, et possible (jne M*' de Loinenie ne la vei-ra pas mal volontiers U

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Le desregleinent des ordinaires a commencé de cesser^ de nostre costé comme du vostre, et d’arriver au jour assigné, et non si tard comme les précédants. II m’a apporté les lettres qu’il vous a pieu m’escrire ou l’aire tenir le i 6 de ce moys bien conditionnées, et un aultre courrier extraordinaire party du 19“® qui s’estoit chargé du Seldenus^ et aultres livrets d’Elzevir, et jacté de vouloir arriver longtemps avant que l’ordinaire, n’est arrivé que d’hier, mais par disgrâce, il a laissé non seulement mouiller mais uzer et deschirer une partie de cez pauvres libvres, dont je lus un peu mortilié, à laulte d’avoir enfermé dans les deux exemplaires de Heinsius^ le Seldenus et le Virgile^ dans les-

l'iiront publiées, dix années après la mort (le Peiresc, avec le concours de son ami Annibal Fabrot, dans la Byzantine (Paris, ifrèy, 9 vol. in-fol.).

‘ Vol. 718, loi. 393.

^ Peiresc par inadvertance a écrit sesser, ^ [onnnis Seldeni Mare clausum seu de doiitiiiio maris libri duo , 1 G3ü, petit in-i 9.

“ Damelis Heitusii epistola, efiia disserlatioui l). Baliaci ad lleroden injantici-

dam respoudelttr , etc., I.,eyde, i63ü.

in-8°.

® P. VirgUii Maronis Opéra , nunc emendaliora (Ueyde, i036, petit in- 19). Voir les ol>servations de M. Alpb. \\ illems Elzevier, p. 111-119) sur celte (Mition, dont le texte a été revu par Daniel lleinsius et (jui, cbef-d’œnvre d’élégance typographique, laisse malheureusement beaucoup à désirer au point de vue de la corriH-tion.

quels les aultres estoieiit ployez, dont je n’en eusse pas plaint Tun ])uisqu’ils estoient doubles, pour la garentie des aultres qui ne l’estoient pas, et spécialement de la carte du Virgile qui y a esté attainte bien avant. Mais mon relieur ne lairra pas d’y remedier assez bien pour s’en pouvoir encore servir. Je plains bien la jjetitesse du caractère de ce Mare clausum que j’auroys bien de la peine à lisre en cette forme, et s’il s’en trouvoit un jour un exemplaire de l’édition d’Angleterre qui ne peult estreqn’en bien plus grande forme b je l’achepteroys bien de bon coeur pour mon usage, et en ce cas je feroys passer les monts à celuy cy comme l’un des exemplaires du Heinsius ne tardera pas de faire le voyage Dieu aydant. Et vous rends trez humbles grâces du soing de me faire avoir de si belles et curieuses pièces qui font un si grand assortiment et enricbissemejit d’une estude. J’avoys commancé de ranger un peu la mienne cez jours passez, mais on ne me laisse pas le temps d’achever la besoigne, qui me seroit d’un grand soulagement et à mes amys, quand ils ont affaire de mes livres ou aultres instructions. J’ay veu les instructions de M*" Ilolstenius à M"" Elzevir à qui je suis bien redevable de la communication qu’il m’en a daigné faire, que je reçois à bien singulière faveur, ayant prins un plaisir nom pareil à voir l’estât présent des estudes du sieur Ilolstenius et le desnombrement de ce qu’il peult donner au public, ensemble le souvenir et l’estime qu’il faicttousjours de ses anciens amys. 11 m’a renvoyé l’inventaire des libvres de la bibliothèque du fameux Cardinal d’Armagnac^, lequel j’ay creu que vous ne verriez pas mal volontiers, où vous trouverez qu’il n’y a rien de l’Histoire de Procope. Bien est-il vray qu’il y a encore quelques volumes grecs mss. non inventoriez, dont le secrétaire de M‘ l’Evesque de Rbodez m’avoit fort solennellement promis de faire un desnombrement et M* l’Evesque s’y estoit encores engagé de parole, mais je n’en ay encorespeu obtenir aulcun effect. Ce secrétaire est fort galant homme, et est filz d’un advocat en vostre parlement, qui se tient en la rüe

' Loadres, i636, in-8°. — ^ R a été question plus haut du cardinal d’ Armagnac, à propos du catalogue de sa bibliothèque.

AUX K U K K ES l)UI>UV.

de Bievie, noniiiié M‘‘ Hudoii; si le pere avoit le crédit (jui luy doibt competer sur son filz, il le pourroit bien astreindre à cette petite courvée pour le bien du public; ce fdz va par l’oys en cour, et si vous le pouviez une Toys relancer il ne sçauroit se desdire qu’il ne vous rendist en cela et à M"' Grotius le service qui s’en pourroit tirer s’il y a rien de cet autheur dans les livres non inventoriez où je ferrois taire la pcr- <|uisition du Denys Byzantin principalement ])our i’arnour de M'' Holstenius. Croyant que le cardinal d’Armagnac en eust recueilly la succession comme des aultres livres de Petrus GilliusU Mais je n’en ay peu estre esclaircy quelque instance que j’etj aye taicte. Il fauldra voir de la renouveller. Cependant vous m’obligerez bien aux occasions d’asseuler M*' Grottius de ma continuée devolion à son service, et que je suis attendant en grande impatiance s’il se pourra rien avoir de ce qu’il desiroit du Porphyre, dont je n’ay pas encor esté bien résolu, le volume ex professo ne s’estant pas encore trouvé, ains seulement des passages alléguez par aultres aulteurs. Mais un gentilhomme de mes amys qui doibt passer sur les lieux m’a promis un peu de perquisition ])lus espresse pour cela.

Si M'' Elzevir est encores là, vous le |)ourrez bien asseurer aussy de ma part que je n’espargneray rien de mon industrie et foible credicl pour son service non seulement au Procope, mais en toute aultre chose de son goust et de son interest, et escripray de touts costés pour cet etîect, jusques au fonds du Levant si je pense y |)Ouvoir rien trouver de ce qu’il désirera de moy et de mes amys.

Pour le livre d’Henoch, je n’en seray pas plus chiche que des aultres et à M*^ de Saumaise et aux aultres gents de lettres qui en vouldront avder le public. Mais comme je n’avoys pas sceu que M*^ de Saumaise eusse faict d’estude particulière en la langue Ætbiopique, dez que je

‘ Pierre Gilles, né h AIbi en 1690, mourut à Rome en 1 555. Voir sur cet érudit , (jui fut le précepteur et qui resta l’ami du cardinal d’Armagnac, \' Introduction aux Lettres inédites de ce prélat (Bordeaux,

187/1, in-8°, p. 6). De nombreuses références sont groupées en cette page. Pierre Gilles mériterait d’être l’objet d’une sérieuse monographie.

iMPniMcras katio^alc.

commançay à concevoir quelf]uc esperance d’obtenir ce livre j’en donnay advis an R. P. Gilles de Losches qui y a faict une estude particulière de sept ans durant son sesjour au Levant, et le conjuray de mettre au net la grammaire qu’il avoit dressée de cette langue, et de se charger de la version de cette piece aussy tost que nous la pourrions avoir, à quoy il m’engagea sa parolle fort solemnellement et à cette lieiire je l’ay adverty de l’arrivée du livre, pour suyvre les ordres qu’il nous en donnera, et en attends la responce au premier jour. Il est maintenant gardien du couvent des Gappucinsde Bourges et noz lettres vont par Paris pour aller plus seurement. Il avoit quasi achevé de mettre au net sa grammaire plus de 8 ou i o moys y a. Au reste nous avons eu advis de Lyon que le Cardinal leur Archevesque y estoit attendu dans la sepmaine présente au plus tard; je pense que quand mesmes il dehvra passer oultre à Cologne, que ce destour luy sera fort salutaire et d’un grand soulagement parce que par les frontières d’Allemagne, on dict qu’il ne se trouve pas seulement du pain, ne des toicts pour estre à couvert de l’injure du temps lanuict, tant les rüines ont esté grandes, et les païs despeuplez. 11 luy sera bien plus commode d’aller par mer ou par les frontières d’entre la Lorraine et les Pais Bas où il pourra prendre la riviere du Rhin plus commodément pour luy et pour sa suitte, ce que je desire bien pour le soulagement de M'' du Puy, à qui les forces redoubleront en une si digne occasion Dieu aydant, qui ne luy laisra pas le loisir d’estre malade, et avec cez vœux je finilay demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce âô novembre i636.

11 fault loüer Dieu de la fasclieuse maladie de M*" de Bonneval puis (ju’il est hors de danger et esperer qu’il n’en vauldra pas inoings nom plus que M*" de Thou son frere. Je suis trop obligé à M‘ Bouillaud de sa patiance et compassion à mes foiblesses.

Gll

M'’ Roubichon trouveroit incontinant l’oidonnancc du roy Pliili[)])e ie Bel donnt*e à Montargis l’aii i 3 1 1 pour les mormoyes ou quelque greffier du Ghastellet où j’ay veu un vieux lihvre rouge de Basane contenant cette ordonnance là ce me semble avec plusieurs aullres du temps bien importantes. M'‘ du Gliesne le pourroit bien avoir veu. Ge fut ce pauvre Poullain qui m’y mena un jour. Il en a voit faict une coppie tout au long quasi de tout le registre : M*" le |)residant Lusson des monnoyes aura recueilly tout cela à son decez, j’en reverroys bien volontiers une coppie. Et possible la retrouveray je, si je puis achever de ranger ihes papiers.

M*" Gassend a enfin prins resolution de poursuyvre son grand dessein de la philosophie ancienne plus illustre, et a recommancé d’y travailler à bon essiant. Mais il a grande faulte de cez commentateurs Grecs d’Aristote dont persone n’a l’assortiment de par deçà. Si quelque galant homme nous vouloit faire la faveur de les nous prester pour 5 ou 6 moys, le tout leur seroit fort fidèlement rendu, et oultre l’obligation particulière d’un si digne personnage, et celle que j’y prendroys de ma part quoy qu’inconsiderable, le public y auroit bien de l’advantage et de l’obligation consequament , et au dict cas il en fauldroit faire un coffre bien emballé, et le faire adresser à Lyon à M'' de Bossy qui me le feroit fidèlement tenir et j’en respondray; si le pauvre feu M*" Pacius eust encor esté en vie, il ne m’eust pas refusé son assortiment qui estoit des plus accomplys, mais ses enfants se les sont desrobez l’un à l’aultre. Si je sçavoys que M' de Gordes les eut, je l’en prieroys, et au pix aller je ne sçay sij’oseroys prier de Tliou de ne pas espargner le sien à faulte d’aultres. Il passa l’aultre jour icy un docteur de Sorbonne revenant d’Italie qui me dict y en avoir achepté la plus part à Venise. Si M*" Gassend m’eust lors laissé cognoistre son inclination, je croys que ce bon docteur nous les auroit volontiers laissez en passant. J’avoys négligé de les faire venir de Venise dont je me repents bien à presant, et fauldra voir en toute façon que le travail de ce vrav philosophe n’en soit pas retardé à faulte de cela si taire se peult.

L’ordinaire de Home vient de m’apporter afforce lettres cpie je ne sçauroys lisre sans perdre l’occasion du courrier de Paris; il y a des advis de Milan que je n’ay pas veus, et qui n’en vallent possible pas la peine, mais pour ne l’aillir je vous envoyé le tout. H y a des vers Grecs pour la mémoire du sieur Schikard, de la façon du sieur Dormalius (jue M*' Sanmaise compare aux meilleurs poetes Grecs des anciens, mais je n’ay pas du temps pour escrire à M‘' Deodati, pour les accompagner avec d’aultres Latins, M*’ Holstenius ayant prins dellay jusques au moys suyvant j)our se contenter. J’escripts à M*‘ de Guibbeville, et n’ay pas encor responce concernant sa despesche et la mienne derniere , bien que M"" le cardinal Bichi m’en aye accusé la réception L

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Noz espérances pour l’attaque des isles sont bien r’allenties depuis le dernier ordinaire. 11 y est survenu quelque mal entendu ou different entre aulcuns des chefs, qui n’a pas aydé à accélérer l’execution de cez desseins à nostre gi-and regret. M*" le premier présidant du Bernet, qui s’y estoit acheminé pour les aller visitter, s’y est rencontré tout à poinct pour estre l’entremetteur si non d’un accommodement, au rnoings d’une espece de surceance des réciproques prétentions, sans l'etardation du commerce entre eulx tel qu’il peult estre necessaire, pour suyvre la poincte des mesmes desseins qu’on avoit eus pour la dicte attaque, dont les ouvertures et expédiants ont esté receus de part et d’aultre, à ce qu’on nous a voulu asseurer, et que M*" du Bernet faisoit estât de partir dimanche pour s’en revenir, auquel cas nous le pourrons avoir icy demain Dieu aydant, ou au plus tard le jour

Vol. 718, fol. Sa A

suyvanl. Mais les bruicts qui avoieiit couru des aultres plus grandes all'aires de la cour nous avoient bien mis en plus grande peine; l’on nous a un peu consolez par des asseurances nouvellement arrivées, ((ue cez princes n’ont poinct passé plus oultre que Bloys\ d’où ils avoient escript au Roy des lettres bien modestes et bien humbles, avec des protestations de leur obéissance enliere.

Nous avons à ce malin faict chanter le Te Deum de la reprinse de (Serbie, et avons prié Dieu de bien bon coeur, à ce qu’il pleut à Sa dicte Majesté inspirer un esprit de paix et de concorde à un cliascun, dont ce Royaulme a si grand besoing, dans une conjoncture de si grandes et urgentes nécessitez partout. Messieurs des Contes ont désiré de s’y trouver bien qu’ils n’en eussent j)as receu de lettre du Roy, et l’ayant faict proposer à ceux du Parlement, il leur a esté respondu que s’ils y vouloient venir, ils n’y Irouveroient pas leurs places occupées. Et de faict ils y sont venus. M"" l’Archevesque s’y est aussy trouvé en chappe violette dans son siégé Pontifical au dessus du Parlement.

Le temps estoit aujourd’hui si serain et si doulx quoy que un peu froid et consequament si propre à passer la mer pour l’attaque des Isles, que nous aurons bien du regret si les choses ne s’v sont trouvées bien disposées pour la satisfaction d’un chascun.

Je vous remercie Irez liumblement de toutes ces cuiieuses lelties dont il vous a pieu me faire part, que je n’ay communiquées à.persone, sçaicbant bien ([ue ceux cjui les escrivent ne prennent pas de plaisir d’estre alléguez, et moy encores moings,et le vray moyen de ne l’estre poinct, est de ne pas dire chose qui puisse estre redicle ou qui mérité d’alleguer son aullieur. Je n’ay pas de responce de l’alfaire de M" de Guibbevillc, ce que je prens à bon augure, et pense que plus ils y dormiront dessus, tant mieux feront ils pour les uns et pour les aultres; je feray la guerre ù l’oeuil. Aujourd’buy le sieur Scarlati, secrétaire du cardinal Bichi, a escri])t à celuy ([ue j’y avoys envoyé ])endaiit la deb-

‘ Il s’ajjil dft Gaston d’Orlëans et dn la vie dti cardinal de Hichelieii. I.e complût comte de Soissons qni, pendant le siège de ayant été éventé, Monsieur s’eiilnil à Blois Corbie, avaient favorisé un complot contre et le comte de Soissons à Sedan.

(M/i LETTRES DE PEIRESC [1636]

lention ou arresteiiient de M'' vostre neveu, et luy parle de toute aultre chose que celle là.

Jay esté bien aise d’apprendre par vous, Monsieur, que l’Abbayie de Cistaux ayt esté quitte pour la peur de l’embrasement et pillage qu’on en avoit publié, et moyennant une si petite rançon, et l’ay pas esté gueres moings de l’asseurance que vous m’avez donnée de la faulceté du bruict de la surprinse de Monstreuil qu’on avoit voulu soubstenir.

Il n’y a pas dans vostre derniere lettre du 21 d’aultres chefs où il puisse escheoir de responce formelle; c’est pourquoy je finiray avec vpstre permission, demeurant de tout mon coeur.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix. ce 9 décembre i636.

J’escripvis l’aultre jour à M" de Sauniaise en responce d’une partie de sa grande lettre, et par mesme moyen j’escripvis encor un mol au sieur Elichman' de la part de qui il m’avoit apporté cez fastes danoys comme aussy àM‘‘Golius, pour luy faire part des nouvelles de son frere. .le vous supplie de luy faire tenir ma despesche, ayant laissé l’enveloppe à cachet voilant, au cas que vous y veuilliez voir en passant de mes foihles imaginations et chimères.

Je vous recommande aussy le pacquet de M’’ Deodati '^.

' Voir sur Elichman (Jean), né en Silésie, médecin à Leyde où il se maria en i638 p| où il mourut en 1639, le Dictionnaire cntique de Bayle, le fascicule V des Coires-

pondants de Peiresc, Claude de Saumaise (p. 34), etc.

^ Vol. 718, fol. 397.

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