‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 32 sur 75 · LKTTHKS DI-: PE IRE SC · texte numérisé non relu

LKTTHKS DI-: PE IRE SC

Je regrette bien riiulisposilion de M*' Bignon et prie à Dieu de luy donner le centuple de tonte la santé que je pourroys souhaicter pour moy mesmes. Ce que vous me dictes de l’ouverture faicte par M*’ Talion et de la Mercuriale par M*’ le Procureur general me faict souvenir de vous supplier de nous en faire avoir extraie! derune s’il est possible de celle dudict sieur Bignon et de la derniere de M’’ le Procureur general pour voir à quoy en est reduict l’usaige présent de ce parlement là. Jepensois pouvoir escrire un mot à M*’ Saumaise en responce de sa derniere, mais,.nn gentilhomme de la suitte de Ms‘ le Cardinal de Lyon vient de me surprendre et desrobber une bonne heure de temps qui m’oste le moyen d’achever ma despesclic que bien precipitament. Il a esté du voyage de Son Eminence de Borne à Venize et jusques à Padoüe où il eut commandement de s’en venir par Bologne et Ligoiirne. Et m’en a racconté de quoy faire un libvre plus gros que ritinéraire de M?'' le Prince. Son Eminence a tousjours esté incognito chez M*' de la Tbuillerie ^ qui l’a regalée à la Royale, sans que la Republique ait voulu sçavoir sa venue, ne faict aultre démonstration que d’envoyer de grands raffraischissements à M*’ de la Tbuillerie, sur ce qu’elle avoit sceu qu’il avoit de Irez dignes hostes François chez luy. On luy a faict voir toutes choses jusques Alla guerra de pugni Ira INicoIolti e Gastellani^, sur un pont où il se donne des assaults non pareils quasi toutes les semaines, l’im et l’aultre party ayant un Noble vénitien pour protecteur. Son Eminence passa si bien incogneüe qu’à Ferrare on luy refusa la porte à faulte de Billette de santé et quand il fut à Francolin pour s’embarquer sur le Po il envoya faire ses excuses aux cardinaux Légat el Magalotti'^, lesquels luy envoyèrent des régalés^ pour son embarque-

‘ l/ambassadeur de France à Venise. '

^ Jusques à la guerre à coups de poings de Nicolotti et de Castellani.

^ Sorte de passeport, de permis de circulation délivré à ceux que, après examen médical, l’on déclarait non atteints de maladies contagieuses.

'* Laurent Magalotti, évêque de Fer-

rare, cardinal en 1626, mort en 1687.

* Littré constate que Molière écrit d’habitude régal, ajoutant rrce qui est contraire à l’usage». Mais ne trouverait-on pas d’autres exemples encore que celui de Peiresc qui prouveraient que régale n’a pas été autant hors d’usage que l’a cru l’auteur du Diclioih mire de la langue française ?

ment. Jamais Son Eminence ne jouyl d’nne telle félicité que de se voir par toute la ville de Venize vestu de noir avec une petite casaque noire accompagné du s'' Eenoise, run de ses aulniosniers, rencontrant ceux de son train par les églises et partout sans estre sallüéde pei'sone, et allant jusques au marché voir les nobles vénitiens achepter pour 2 doubles d’berbes, et les mettre dans leur Manega go me (.sic) sans valet. 11 prenoit la routle de Vicenze^ Verone^, Bresse^ et la Valteline d’où M*’ Lanyer escripvoit à XE de Sabran* du lo™'' qu’il l’attendoit à Coira ^ dans ù jours, il ne croid pas qu’il passe en France et de Lyon l’on n’en mande rien par le dernier ordinaire. Il m’a a])porlé un pacquet de lettres de Genes avec lequel j’ay eu les advis courants de Rome et aultres qu ils disent estre veritieri, et estimez plus que le commun, mais je n’en sçaurois lisre un feuillet avant le parlement de l’ordinaire et je ne veux pas perdre l’occasion de les vous envoyer présentement, j’ay peur que vous n’y trouviez rien qui responde à l’expectation. Que s’il y avoit rien qui en vallust la peine, IVE du Puy le pourroit faire voir in passu à le Ghancellier à qui j’escripts en remerciinent de la bonne volonté et des signalez effects de sa continuée protection, dont je suis absolument redevable principalement àM'^ du Puy et à vous. Monsieur, qui ne cessez de m’y rendre voz bons ollices, dont je ne vous sçaurois assez dignement remercier. Cez Messieurs de Genes incistent tousjours à la coppie promise de ce registre de Millan de M" Saumaise. 11 faull bien qu’il y employé son crédit en quelque façon; ils demandent un exemplaire de ce discours latin des affaires d’Allemagne d’Asterius*' qu’il fauldra s’il vous plaict, Monsieur, que vous me fassiez encor envoyer par la première commodité s’il s’en trouve. Ils disent qu’il y a un nouveau libvre di Spagna in i 2 de grande importance, intitulé Diffesa di Spagna,

' Vicence, en italien Viceuza, esta y 5 kilomètres ouest de Venise.

^ Sur l’Adige, à io8 kilomètres ouest de Venise.

^ Brescia, à 8o kilomètres nord-est de Milan.

‘ L’ambassadeur de France à Gênes.

^ Coire, en Suisse , chef-lieu du canton des Grisons, a r\à kilomètres sud-est de Zurich.

'* Deploratio pacis germanicæ sive disserlatio de pace Pragensi. Aulhore Justo /Isterio, etc., pièce déjà mentionnée.

(iipniiiEAie KATiOKAir..

mais ils ne l’avoient ozé envoyer, dont je ne suis quasi pas marry, cez choses là estant quelques foys si jalouses qu’il vault mieux les ippiorer que de les sçavoir. Je finis donques à regret demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obeissanl serviteur, i)E Peiresc.

A Aix, ce IX décembre i636‘.

CLXXKI

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay bien peu de temps à respondre à vostre despesche du 5““' avec laquelle j’ay receu la relation de M*' de Lomenie que je vous renvoyé avec mes humbles remerciments, avec la lettre de M*" Saulmaise, à qui je faicts responce à la derniere qu’il vous avoit pieu m’envoyer l’aultre jour de sa part, et ay laissé ma lettre ouverte, à celle fin que vous puissiez voir la continuation de mes badineries, et l’eschantillon (jueje lui envoyé du premier feuillet du libvre d’Henoch, que je vous supplie faire voir aussy à Luillier, si faire se peult sans perdre la commodité de faire tenir le tout à M"" de Saumaise qui sera possible encores à Dieppe assez de temps pour y recepvoir cette despesche et d’aultres. Ce que je luy mande pourra servir de responce à quelques chefs de vostre lettre. Et par mesme moyen d’excuse et de descharge pour moy s’il vous plaict, si je ne m’acquitte mieux de mon debvoir en vostre endroict à ce coup que je ne sçauroys non plus escrire à M*" de Guibbeville à mon grand regret, mais ce sera par le prochain Dieu aydant. Cependant il m’excusera s’il luy plaict comme vous. Monsieur, vous suppliant de l’en prier et de pardonner vous mesmes la trop

Vol. 718, loi. 338.

AUX FKEKKS ÜLIPUY.

grande liberté, pour ne dire l’efîronlerio que j’avoys eüe de vous requérir d’une si importune grâce que celle de la communication des interprétés Grecs d’Aristote à M*’ Gassend et sans son sceu, estant bien marry que M*" de Cordes ne les ayt, et d’en avoir aultresfoys desparty à leu M^’’ du Vaii‘ une bonne ])artie qui eusse bien peu servir en cette occasion , ne sçaicliant s’il s’en ])resentera de longtem])s d’aultre plus lavorable pour le public, ne pour laquelle un exemplaire de tels livres tust mieux employé, voire sacrifié, quand il ne se pourroit saulver, ce qui n’est pas tant à craindi’e. J’ay escript à Padoüe et à Venize pour voir sy on en trouvera, et si M" de Thoulouse les a, possible ne les plaindra t’il pas en une si praignante^ occurrance. Si feu

de Lisieux vivoit il ne les auroit pas refusez^, quelque répugnance qu’il eust sceu avoir à semblables offices, je m’asseure, puisque grâces à Dieu il n’y a pas maintenant de danger sur les chemins que de l’injure du temps, qui pourroit intéresser la relieure, non sans remede quelquefoys.

Ce que vous dictes de la vanité de l’estude aux langues orientales n’est que trop véritable quand ell’ est trop superficielle, mais quand on s’y enfonce comm’ il faull, il s’y trouve de (juoy payer sa peine. J’advoüe qu’il y a bien des faultes et des besveües dans le Géographe Arabe, mais oultre qu’il y a des notices qui ne se peuvent avoir d’ailleurs, il me semble qu’il se peult tirer des faultes mesmes qui y sont, et des plus lourdes, le mesme fruict et le mesme plaisir que nous pouvons avoir quand nous considérons combien estoit petite la portion du monde habitable qui estoit cogneüe aux premiers temps, et depuis d’en voir le progrez de siecle en siecle et combien se mesuroit la cognoisçance qui s’en pou voit prendre, et la mesme chose eschoit à considérer les opinions dont se payoient encores lors les peuples de l’Afrique méridienne, et dont ils ne sont possible pas à cette heure guere plus sçavants. Pour moy je n’y trouve pas moings de plaisir qu’à examiner la

' Pressante. Nous avons déjà trouvé cette et héritier de Guillaume du Vair, et sou

expression dans le tome I, p. 48o. successeur sur te siège de Lisieux (1622-

- Il s’agit de Guillaume Alleaume, neveu i634).

diR'erance des maximes de cez anciens ])liilosophes qui prenoient de si diverses rouîtes pour arriver à la cognoisçance de la nature et de si divers biaiz et raisonnements pour appuyer leurs conceptions et conjectures. Enfin, de l’humeur dont je suis qui n’est pas tant attachée à la perdrix que le hoeuf et le moutton ne puisse suffire à me rassasier, je trouve partout de quoy glaner et proftitter (juelque chosette quoy qu’elles ne soient toutes du plus hault goust. Tesmoing ce chétif exemplaire manuscrit du Yegece dont vous pourrez voir que j’envoye à M' de Saumaise troys ou quattre paroles qui ne seront possible pas du tout inutiles au bout du compte. Et si Dieu veult que mon grand Psaultier Hexaple (qui a esté si longtemps entre les mains des corsaires et qui en a enfin esté tiré moyennant rançon) puisse arriver à bon port, verrez bien avant que jeu cesse , le fruict qui s’en pourra tirer, quand ce ne seroit que pour ayder la cognoisçance de cez langues qui y sont employées en une matière desja cogneüe; feu M*‘ Délia Scala n’avoit pas de plus grand souhaict que de la rencontre d’une piece semblable, pour les langues seulement, et toutefoys je pense bien qu’il s’en tirera encores quelque chose de plus.

Continuez , je vous supplie , Monsieur, de pardonner cez miennes libériez et manquements à celuy que vous daignez advoüer iieanlmoings. Monsieur, pour

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, en haste; ce i6 décembre i636*.

‘ Vol. 718, fol. 33i.

AUX FHKRES DUPUY.

(i-Jl

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-S\l LVEUR DU PUV,

À PAHIS.

Monsieur,

Voslre lettre du nous a appriiis de si bonnes nouvelles concernant l’employ de M"" du Puy, sans s’incommoder en un si |)enible voyage*, et concernant la présente disposilion à ce qui est dans les voeux communs des gents de bien, que je ne vous en sçauroys rendre assez de remerciments à mon gré, ne de tesmoignages de la joye (pie nous en avons, et dont je vous félicité du meilleur de mon coeur. J’esjiere faire tenir demain au cardinal Dichi le pacquet de M‘‘ de Guibbeville. Voz adviz de Rome s’accordent bien avec ce que Son Eminence rnesmes m’en escrivit cez jours passez sur l’occiasion de quelque jietit sei vice que je luy avois. rendu assez à soubaict, et en occasion qui le louclie bien à coeur, dont il me manda ([u’il esperoit luy faire luy rnesmes un de ces- jours ses remerciements. Sa lettre est du iG de ce moys. Nous attendions l’ordinaire de Rome depuis jeudy dernier, et s’il passe demain sans venir, je me doubte qu’il aura esté retardé pour uim semaine, et possible Son Eminence n’attend que cela pour se mettre eu chemin.

Je vous ay bien de l’obligation de la participation que vous m’avez faicte des advis de Rome que j’ay veus avec grand plaisir, car ceulx qui m’escrivent de là ne me parlent que de curiositez toutes aultres que les nouvelles d’estat. Le catalogue des livres du cardinal d’Armagnac n’a rien qui presse, mais je vouldrois bien que vous eussiez peu faire agir de par delà le pere de celuy qui m’avoit promis d’y examiner touts les volumes non inventoriez. 11 me tardera bien d’apprendre que le cardinal de la Valette n’aye plus de subject en Bourgoigne qui l’y puisse arrester afin que vous jouissiez par mesme moyen de M*' de Tliou, qui

L(* voyajje d’Alleinagii-». — • ' l’oiresc a mis par iiiadvoi lance sci jxnir ces.

ne sçauroit obniellre de le suyvre sans une bien extreme nécessité, n’estimant pas qu’on le voulust attascher auprez du Duc de Weymar, où je ne le plaiudroys guieres moings qu’en Constantinople, parmy la rudesse de cez humeurs Allemandes si non de ce Prince que je tiens bien civilisé, au moings de ses lieutenants. J’estime que s’il peull s’en donner la liberté, qu’il vouldra retourner en cour.

Je verray volontiers ce libvre imprimé à Caen par Gosselin h c’est un subject qui m’avoit un peu exercé aultres foys, et sur lec|uel j’eusse volontiers dict ma rastellée si j’en eusse trouvé assez de loisir. Mais nous n’avons pas esté assez heureux pour cela. J’eusse bien mieux aymé que cette piece fust sortie de la main de feu Cluverius qui la nous promettoit en bref s’il n’eustesté anticipé de la mort^, mais audelîault de lu y possible que celuy cy pourroit avoir mieux rencontré que les aulti-es qui s’en sont acquittez un peu trop de leger. Ce sera possible bien un libvre à passer les monts, et ce que vous m’en dictes de la bonne façon de s’y prendre m’en faict bien esperer, .comme pour les Etymologies, s’il ne s’extravague trop comme d’aultres, je pourroys bien en demeurer d’accord avec luy plus facilement que vous ne pourriez croire

Je pensoys pouvoir escrii e à de Guibbeville, mais par disgrâce le temps m’eschappe à mon grand regret, et ne puis non plus escrire

‘ Antoine Gosselin naquit en Picardie, près d’Amiens, e'tudia à Paris, fut professeur à Poitiers, puis à Caen où il mourut en mai i6A5, étant recteur de l’université de cette ville. Il était aussi curé de Notre-Dame-de- Froide-Rue. Le livre dont parle Peiresc est VHistoria Gallonm veterum (Caen, i636, in-8°), qui fut vivement critiquée par Bochart dans une dissertation adressée à Moisant de Brieux et imprimée deux ans plus tard ( De Ant. Gosselini Vet. Gall. hisloria judtcium , Caen, i638, in-is). Voir sur Gosselin Huet en ses Origines de Caen et en ses Mémoires et tous les recueils biogra-

phiques à commencer par le Dictionnaire de Moréri.

’ La locution anticipe de la mort ne me semble pas avoir été recueillie par les lexicographes.

’ Peiresc ne dut pas être d’accord avec Gosselin, auquel on a reproché de n’avoir pas assez étudié la matière. Le contradicteur de Gosselin, S. Bochart, mit à la fin de .son jugement critique une sorte de traité particulier [de vet. Gallonim idiomate), où il chercha à prouver que cette ancienne langue est le breton mêlé de mots grecs et phéniciens.

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