‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 36 sur 75 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Aîonsieur,

M’estant engagé d’escrire à M*" Deoclati et puis à M'' de Sanmaise, je me suis insensiblement laissé porter plus loing que je ne pcnsoys, tellement que je ne vous pourray escrire que bien à la desrobée, pour vous dire qu’en l’aiïaire de AI*’ de Guibbeville je feray tout ce que vous ordonnerez et que M'" de Guibbeville me prescript par sa lettre, et si vous trouvez bon de faire dresser là une minutie de contract en la forme que vostre conseil désirera, nous tascberons icy de la faire passer à vostre contentement, sur quoy j’attendray voz ordres, et pour la remise des deniers, si vous trouvez bon de la faire faire à Lyon à AL de Rossy, ou en Avignon, ils le pourront aller prendre là du banquier si en avez commodité opportune. Cependant j’escriray à AL de Valerne pour luy donner advis de l’acceptation du traicté et luy demander une minutte de la forme du contract qu’il vouldroit faire, et en quel lieu il entend que l’argent soit desbourcé et logé pour l’asseurance de sa fdle, dont je vous donneray advis, ne pouvant à ceste heure escrire à AL de Guibbeville, à mon grand regret, dont vous m’excuserez s’il vous plaict à luy comme à vous rnesmes. Je plains bien le pauvre AL Rergeron L et m’estonne que cez Alessieurs l’eussent ainsin laissé crouppir aprez de si longs services en une si puissante maison J’atlendray les livres que vous avez remis à mon frere pour faire tenir à AL Alaussac celuy qui luy est adressé, vous remerciant trez humblement de la

' Les biographes se contentenl de dire (jue le géographe Pierre Bergeron rr mourut en 1687 dans un âge avancé». On saura désormais qu'il mourut au mois de mars.

* Les biographes dont je viens de parler (y compris Barbier, en son Examen

critique et complément des dictionnaires historiques les plus répandus) n’ont rien dit de la puissante maison (pii, loin de protéger l’éditeur des Voyafpes faits en Asie , le laissa , selon l’énergique expression de Peiresc, croupir misérablement.

peine et de riioiinesteté dont vous usez en nostre endroit, ne voyant l’heure que ce libvre de M'' de la Mothe soit icy L Un curieux d’Avignon me persécute de lu y faire avoir un petit libvre de Vigenaire ^ de Auro et sale^, ce me semble; s’il s’en peult avoir un, vous m’obligerez bien, car il m’a donné une cueiller antique dont il estoit bien jaloux et dont il n’estimeroit pas d’aultre revanche comme celle-là.

Je vouldroys bien anssy un exemplaire en blanc du Florus de Jo. Freinsemius 8° Strasbourg et un du Justin de Mathieu Bernegger ^ dont la maniéré semble grandement propre et commode à toute sorte de gents. Je vous envoyei'ay par la première commodité un manuscrit du \ egece ])our faire tenir à M*' de Saumaise, mais je tascheray auparavant de le faii'e collationner sur un aultre manuscrit, et si vous en aviez dans vostre bibliothèque ou dans celles du Roy, comme il me semble y en avoir veu, je serois d’advis que vous y fissiez collationner à tout le inoings les tilt res du cominancement des chappitres et du texte avec la closlure de la fin, pour voir s’il s’y pourroit rien proffitter

* Le livre de Fr. de la Mothe-le-Vayer que Peiresc atleudait si impatiemment était le Petit discours chrestien de V immortalité de l’âme, qu’accompagnait un discours sur la musique, Paris, 1687, in-8°, avec dédicace au cardinal de Richelieu.

' Biaise de Vigenère, né à Saint-Pourçain I Allier), moiirul à Paris, comme nous l’apprend Pierre de l’Estoile [Mémoires- Journaux, t. VII, p. 5q), «le limdy 19' [février iSgôjn. Il était, ajoute-t-il, âgé de soixante-quinze ans, ce qui le ferait naître en 182 1 et non en 1826, comme le répètent les biographes. L’Estoile donne des détails sur la maladie fort estrange dont mourut Vigenère (un chancre qui lui dévora la bouche et l’étoulfa) et il fait en deux mots l’éloge de sa science et la critique de sa vie : « Il estoit homme très docte , mais vicieux.

® Traité du feu et du sel, Paris, 1619, in-4°. Niceron [Mpmoires, t. XVI, p. 36) signale de ce traité une traduction en anglais (Londres, 16^9, in-4°).

" Jean Freinsheim (né à ülm en 1608, mort à Heidelberg en 1660) publia son Florus en 1 682 et le republia en i636. Les deux éditions sont de Strasbourg. Un an aj)rès la mort de Peiresc, les Elzévier publièrent, avec le nom de son grand ami Claude de Saumaise , un Florus ( Leyde , i638, petit in-i2)que l’érudit bourguignon désavoua avec empi’essement et indignation. (Voir A. Willems, Les Elzévier, p. 116.)

® Puisque Peiresc a rapproché dans la même phrase les deux savants éditeurs, rappelons que Bernegger fut d’abord le protecteur et ensuite (i638) le beau-père de Freinsheim.

pour aytler ou exclurre les conjectures que je luy ay cottées. Car je in’asseure que si ne le faictes, vous luy donnerez la peine de vous en prier quand il aura veu ma lettre que je leray laisser ouverte, au cas que vous n’ayiez pas de l’aversion d’y jelter les ieulx, à condition (pie vous me pardonnerez mes besveues et resveries ordinaires où je m’amuse à (les pieds de mousclie; Nous n’avons rien de nouveau que le bruslement d’un navire du cavalier Gentily Napolitain qui estoit estiimi aultant et plus fort que l’un des forts des Isles. L’on dict que iVL de Mauty en a prins un aultre Angloys nolizé et chargé de farines pour les ennemys, mais cela n’est pas encore si asseuré. Un jeune homme party d’bier au matin de cette coste-là dict avoir veu les isles toutes en feu le dimanche au soir, et croyoit qu’il y eust eu quelque attacpie, mais nous en aurions des nouvelles, et je demeure,

Alonsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 3 4 mars 1687.

Je vous envoyé les advis d’Italie qui sont remplis de tout plein de particularitez non indignes d’estre sceües, et ce qui est rayé semble avoir esté faict à dessein pour le cacher à ceux qui ne sont si confidants (|ue ceux auxcjuels ils estoient primitivement adressez'.

*■ Vol. 718, fol. 359.

LETTRES DE PEIRESG

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