CLXXXVIII
À MOXSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y
ADVOCAÏ EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS
À PARIS
Aloiisieup,
Je receus par le penultiesnie ordinaire une lettre de AP de Guibbeville soubscrilte de^ vous, où je fus honteux de trouver les termes dont il vous plaict m’ijonuorer, et dont je vous remercie du meilleur de mou cœur. J’attends la respouce de AI'' de Yalerue pour mettre la deruiere main à cette mauvaise afl’aire à vostre contentement comme je l’espère et de AP vostre neveu. Alaintenant je vous faicts adresse d’un libvre pour Mo'' le Gbancellier et d’une despescbe que j’ay laissée ouverte à cachet voilant, à celle fin que vous puissiez en disposer et la l’endre si le trouvez à propos ou bien la supprimer si vous trouviez que je me fusse ingéré plus avant qu’il ne m’est loisible. Vous pouvant jiro.tester bien ingenüement que rien ne m’a porté à cette hardiesse, que le pur zelle que j’ay au bien de la paix et de la concorde, et la cognoisçance que j’ai eue aultresfoys des inclinations naturelles qu’avoit mon dit seigneur le Gbancellier aultres foys en rencontres quasi pareilles'^ quand AP d’Espernon (auprez duquel il exerçoit la charge d’in- - tendant de la justice) se vouloit cabrer à touts moments contre le Parlement de Bordeaux sur des subjects bien légers aussy lesquels il termina fort heureusement par des voyes qui n’estoient pas bien esloignées de celles dont est à présent question. Enfin je laisse le tout à vostre plaine disposition; bien vous diray je que si cela n’est achevé de terminer je prevoy bien qu’à la moindre petite occasion tout se rebrouillera plus que jamais, et Dieu sçaict si la commodité sera si op-
* Peiresc par inadvertance a (^crit deux d'Epernon, voir la monographie de M. René fois le mot de. Kerviler ; Le chancelier Pierre Séguier ( Paris ,
'• Sur l’intendance de Pierre Séguier en 187^, in-8°, p. ig-aS).
(iuyenne et sur ses relations avec le duc
[1637] AUX FllÈRES DUPUY.
porlime qu’à celle heure d’y reiiiedier. Car quand ces hluelles couvenl elles allunieiit bien grands leux aulcunes loys U Sur quoy je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre Irez humble et Irez obéissant serviteur,
A Aix, ce 3i mars 1687.
Le cardinal Bichy ne fut que deux jours en son passage de Cannes à Genes, et deux jours incognito à Genes, de sorte qu’il doibt estre arrivé tà Borne bien à temps pour la semaine sainte comme il desii oit'L
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SÂULVEUR DU PUV
À PARIS
Monsieur,
.l’ay receu vostre despesche du -21 par l’ordinaii’e accompagnée de voz coustumieres faveui’s et grattifications de mille belles singulai'itez dont je vous rends mes actions de gi’aces journaliei’es comme tous les jours vous me comblez de voz bienfaicts. Pour l’alfaire de M*' de Guibbeville j’eusse bien deub luy esci'ire, mais il me pardonnera s’il luy plaict encor à ce coup, tandis que j’attends la responce du sieur de Valeraie à mes dernieres lettres, et loi’s je luy r^espondi’ay jilus cathégoriquenierit s’il plaict à Dieir. J’ay farct voir à M’’ le Premier Présidant^ ce que voslr-e incomparable modestie vous faisoit dire de luy; il votrloit vous respondr*e ou pr-evenir et l’auroit faict sans double, n’eust été la foulle d’affaires qu’il a eues sur les bras loirt d’un coup, en cette occurrance de l’attaque des isles, et de ce qu’il y avoit à desrnesler
* rapprocher de ce vers de Mathurin * Voi. 718, fol. 3üa.
Régnier: ^ Leprernier président Joseph du Hernel,
Comme ou voit un grand feu nailro d’une bluetle. déjà plusieurs fois rnenlioiiiie.
iMPRtMrnc «èTtn^uf..
entre Ms*' le Maresclial et luy. Il faiildra laisser passer la plus grosse presse, mais il y a bien de l’apparance que les isles nous cousteront eiicores bien du monde, avant qu’en avoir chassé les ennemys. Tant est que nous y avons desja deux forts dont le dernier estoit tout revestu de pierre de taille; vous en aurez veu le dessein que j’avois envoyé cy devant à mon frere. Il nous tardera que le grand fort de S'° Marguerite puisse saulter comme les aultres, car celuy de Rangon n’est pas si considérable que pour en pouvoir incommoder les ennemys dans le Frioul s’ils y reviennent, mais s’ils tardent gueres nous leur enlèverons Dieu aydant cette isle. Je ne sçay si nous aurons les mesmes advantages en l’aultre de Honoré où il y a plus de terre à remuer. Mon frere vous fera voir tout ce peu que j’ay peu vous fournir de cecy. Je suis fort pressé de clorre et demeure.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 3i mars iGSy.
L’ordinaire de Rome qui vient de passer m’a apporté alforce lettres que je n’ay peu lire, entr’aultres une de dom Gbristofle mais de vieille datte. L’on m’escript qu’un trop gros paquet de M'' Naudé a esté mis dans une caisse par mer, qui me met en grande peine, croyant que ce soient les extraicts des tactiques de M"" de Saumaise.
Vous aurez un examplaire de la derniere édition des poemes du Pape ^ tant vulgaires que latins, et y en a un autre exemplaire pour Ms*" le Ghancellier, et dezhorsmais il fauldra mettre ses livres cà part des lettres et papiers plus necessaires pour les envoyer par le messager, noz maistres des courriers se lassant de la grosseur de noz pacquets '^.
‘ Au sujet de l’édition dont il est ici lettre d(jà citée d’Holstenius à Peiresc (requestion et qui est due aux presses du Va- cueil Boissonade, p. 278). lican (i636, in-Zi'’), voir un passage d’une ' Vol. 718, fol. 363.
AUX FRÙRES DUPÜY.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
J’escrivis un mol à IM*' du Uuy voslre clier Irere par le derniei' messager de jeudy nouvellement eslably pour Lyon, ])ensant que la despesche deubsl arriver à Lyon à temps pour l’ordinaire dujourd’liuy. puisque l’on avoit manqué l’occasion de nostre couiTier de la semaiiu' |)assée , et vous envoyay par mesme voye un exemplaire de la derniere édition des vers du Pape iii-/i°. J’ay depuis receu la vosli’e du du passé, avec tout ce que vous y aviez joincl, dont je vous rends liez bumbles grâces, mesmes des justes reproches que vous m’avez l'aici!' de la relation d’Oristan, à l'aulte de l’avoir moy mesme reprochée comm’ elle meriloit; je suis (juelque l'oys si pressé (pie je ne puis satisfaire à ce qui seroit le plus necessaire. Me confiant à vostre bonne discrétion et aux excuses et pardons (jue vous m’octroyez sans mesmes en estre requis, dont je vous suis Irez redevable; ce ipii estoit derrieic cette relation concernant l’estât de nos Isles me fit envoyer le tout ensemble, et la relation de ce Napolitain saulvé à la nage, nommé Alezoliarba, s’est trouvée si véritable, (ju’il se peult dire qu’elle soit la vrave cause des advantages que nous y avons ])rins, à ([uoy nous ne nous serions pas bazardez sans cette croyance, il a depuis rendu d’aultn^s bons services et a desbauché bien de ses compagnons, dont nous nous prévalions grandement de jour à aultre. Il nous laict mesmes es|)erer une mezintelligence Irez impoi-tante entre le gouverneur de S‘'' ^lai-guerite Don Stefano di üordogna sarde, et un Espagnol qui commande 8o Espagnols dans le fort de Ragon, lequel se perdroit volontiers pour faire périr l’aultre. Si nostre canon a peu descendre, liier et aujourd’Iiuv, et noz navires approcher du dict fort de Ragon pour le battre, nous veri’ons bien tost les ellects de cez jn’omesses, troysgaleres estants ])arties de Marseille et de Toullon ])our les aller remorquer et porter
aÜ’orce munitions et pouldres dont nous n’estions pas trop bien pourveus. Vous me renvoyez à mon frere pour les nouvelles de la cour, mais il est par foys si surchargé qu’il n’y peultpas fournir; il m’escrivit par un courrier extraordinaire par lequel il m’en ])romettoit, mais son homme les avoit oubliées sur sa table, et je ne vous suis pas moiiigs redevable de la bonne volonté joincte à tant de belles singularitez qui ne me viennent par son adresse que de yoslre main, mesmes cez pièces d’Orléans et cette déclaration d’Angleterre qui nous faict croire qu’elle se vouldra enfin joindre à nous et ne pas faire la faulte des années dernieres, que la maison d’Austriche eust peu courir fortune d’estre à bas s’ils eussent voulu jouer des bons estoeus^ et les Hollandoys encores, mais ils estoient touts jaloux de nostre bien.
J’attends la responce du sieur de Valerne sur les formalitez du contract et du payement, et consequament celle de M"' de Guibbeville, pour tascber de ne rien obmettre ou exprimer à son préjudice, lez affaires de cette nature ayants besoing d’estre bien meureinent examinées et concertées.
J’oublioys de vous dire qu’un François marié à Genes, venu depuis peu , nous a asseuré que la nouvelle y esloit desja du bruslement de ce navire du cavalier Gentily, laquelle ils deguysoient tant qu’ils pouvoient, mais que les galeres d’Espagne estoient si deslabrées que de /i5 il n’estoit pas en leur pouvoir d’en remettre en estât une vingtaine en y mettant toute leur cliourme^ et que ce n’estoit pas besoigne si preste, tout son monde y estant mort ou malade et hors d’estat de naviguer, de quoy nous avons bon besoing pour nous nous(sfc) donner le loisir d’achever de forcer au moings toute l’isle Marguerite aprez laquelle celle de S‘ Honoré ne pcult pas longuement subsister, ne estre trop commodément secourüe des ennernys.
* On lit dans une lettre de Chapelain, du lü juillet 1660 (t. 11, p. 88) : rrJe ne suis pas force' de jouer de ces estoeufs là pour la re'pulation ni pour la fortune. 51 L’éditeur des Lettres de Jean Chapelain rappelle (note 6 de ladite page) qu’on retrouve cette expres-
sion dans Y Histoire universelle d’A. d’Aubigné.
* l.itlré, sous le mot chiounne, rappelle qu’on a dit chiorme, même dans le xvii' siècle (voir la Pliarsale de Rrébeuf), et cite deux phrases de llabelais, où figure la forme chorme.
()Gl
Si le bruict de la mort du Roy de Hongrie estoit vray ce seroit un merveilleux escheq de ce coslé là, dans la conjoncture presante. Dieu sçaict mieux que nous ce qu’il nous fault, et je finis demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant sei'viteui-, DE Peiresc.
A Aix, ce 7 avril 1 687.
M*‘ de Montagu d’Autun m’escript du 1 5 lebvrier ([ue vous vous estes souvenu des recommandations qui vous avoient aultres l’oys esté faictes pour luy, et me charge de vous en remercier comme je l’aicts trez humblement et à Monsieur de Tliou , à qui je suis si redevable que je n’en sçaurois exprimer le juste sentiment que j’en ay et auray touU* ma vie. Il se lotie infiniment des nouvelles ofires de vostre assislance dont il se promet de pouvoir se prévaloir en sorte qu’il fasse mourir son procez; il me tardera bien d’en apprendre l’effect, et qu’il aye cette consolation aprez tant de peine et de patiance. J’y auray la meilleure part de l’obligation envers voz charitables offices^.
CXGI
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu avec vostre despesche du 3“® la lettre de change de 1,000 escus deM'’de Giiibbeville que je n’ay encore peu envoyer présenter et accepter à 1 9 lieiies d’icy, à faulte de l’avoir receüe un jour plus tost qu’un de mes amys s’en alla en poste à Nismes, qui n’en passoit qu’à une lieüe, et qui se fust bien volontiers destourné poui' ce
‘ Le bruit que mentionne ici Peiresc ne céda le trône à Ferdinand IV, son lils n’était pas fondé, car Ferdinand 111, cou- aîné, qu’en 1 G 47. ronné roi de Hongrie le 8 décembre i6-i5, ^ Vol. 718, fol. SGG.
LETTRES DE PEIRESG
petit oRice. Mais il ii’y aura rien de perdu Dieu aydant, plus tost j’y envoyeray un lacjuay, à la première Toys (ju’il fauldra en envoyer à (larpentras comme je m’y attends dans peu de jours, car il n’y a c|ue ([ualtre ou cinq lieiies par delà, et ce sera commodité que l’argent se trouve quasi tout porté sur les lieux que besoing sera. Si cette mau- \aise fille se vouloit resouldre au monastère d’Apt, nous logerions la partie sur l’hostel de la mesme ville, avec moings de regret qu’en mains de persones parliculieres. J’ay monstré la lettre icy à un Besson respondant de Sauvan, qui l’eust bien peu accepter et payer s’il eust voulu, mais cez gents sont bien aises de se faire prier, car je sçay qu’ils avoient des payements à esgaller entr’ eux en conséquance de nostre creüe. 11 n’y a rien qui presse ne qui coure fortune Dieu mercy, et l’espere que tout ira bien à souliaict.
Je suis bonteux de voz compliments sur ma lettre à M' de Saumaise ' où je ne sçaurois rien mettre qui mérité de vous y faire perdre le moindre moment de temps. Mais c’est la bonté de vostre naturel qui suppléé par supererogation de ce que voslre lionnesteté vous suggéré aux delfaults de vostre serviteur. Ayant esté bien aise d’ajiprendre cjue M*' de Saumaise n’ayt pas négligé de conférer les vieux manuscrits de \ egece, tant de la bibliothèque du Boy que de celle de M' de Tliou. Caiil sembloit qu’il ne se soussiast guei'es que des autlieurs gi‘ecs en cette matière en laquelle comme en beaucoup d’aultres vous avez grande î aison de diie ({u’ii ne fault rien négliger, car quoy que les plus délicats ne se veuillent attaclier qu’aux libvres de bonne iiote^ si est-ce (pi’ii s’en trouve souvent qui n’en ont pas les marques, d’où l’on ne laisse pas de prendre de trez grands advantages de la cognoisçance de ranli([uité, tesmoing celuy de M*' Ollivier ^ que j’ay allégué lequel n’esli
‘ Proljableiiienllalettredu2 9mai‘s 1687 qui est dans le registre VI des minutes de l’Inguiinbertine (fol. 89). C’est l’avant-dernière des lellres écrites par Peiresc à Sanniaise, la dernière étant du 17 avril [ihid., fol. 90).
’ De bonne réputation. On disait autrefois un homme de mie, pour un homme considérable.
® Le conseiller Oilivier, l’intime ami de Peiresc, déjà plusieurs fois mentionné.
[1637] AUX FRÈRES DURUY. r)(‘,3
escript qu’en papier de deux à trois cenls ans au sanglant pix \ et touteloys il y a des vestiges des époques du temj)s de la publication, ou recognoisçance de ce livre, que M*’ de Saulmaise estimera bien, je m’asseure, s’il ne les a rencontrées ailleurs, comme vous voyez qu’il n’a pas négligé de voir le mien qui n’est pas de plus de 3 à /ioo ans tout au plus. J’ay faict conlerer l’un sur l’aultrc et adjouster en marge du mien ces diverses leçons de l’aultre plus moderne, mais il ii’a encores peu estre achevé. C’est M"" Fabrot qui en prend la ])eine, et qui y a bien prins du plaisir comme j’eusse faict encores plus volontiers «pn; luy si j’en eusse peu desrober le temps competant.
Nous nous serions bien passez d’une minutte au long du contract de XF de Guibbeville , mais puisqu’il y avoit des dithcultez sur lesquelles il falloit avoir sa resolution, pour la façon d’assurerdes deniers, il n’y aura pas de mal que la minutte vienne toute faicte pour ma descharge envers ce monde là , qui est plus lormaliste, et se laisse plus emporter communément à la chicane que ne faict ce bon homme de Valerne. qui n’y regarde ])as de si prez que les aultres. Nous sommes aujourd’hui touts en prières sur l’advis qu’on a receu à ce matin que la imict de sammedy au dimanche de Pasques noz gents, renforcez de 2 h chevaux légers, attaquèrent et forcèrent le petit fort Martin où y a un puys d’eau doulce ])rez de la mer, et qu’aujourd’huy l’on debvoit attaquer à vive force le fort de Ragon où il se perdra sans double bien du inonde si Dieu ne les assiste, car ce sont des places bien meurtrières, etpourveu qu’on les emporte, ce sera tousjours une grande consolation. Et je demeurera y.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peibesc.
A Aix, ce là avril 1687.
Je ne puis vous renvoyer présentement voz lettres de Rome, n’ayant
Locution que je ne retrouve pas dans les dictionnaires que j’ai pu consulter.
sceu prendre le temps de les lisre puis la reeeplion dont je vous crie niercy, espérant le faire par le prochain et possible aprez demain pai’ le messager. J’oublioys de vous accuser la réception des petits fagots de livres rpie mon frere m’a envoyez par le sieur Gassend nostre voisin, où j’ay trouvé le livre de M*' de Rolian b celuy de M*’ la Motte^, le Mare Clausum le volume du bon P. Mercene^, les epistres socratiques dont M"' de Maussac aura son exemplaire et le manuscrit de Tbeo[dianes qui passa le lendemain à Rome, dont je vous remercie trez humblement^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUV,
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu par le dernier ordinaire vostre despesche du xi avec celle de M*’ de Guibbeville du 10“''^ à qui je faits responce et envoyé les minutes du contract que M*" de Valerne avoit trouvé bon de passer, avec sa lettre, dont je m’asseure que nous pourrons attendre vostre responce avant que faire expedier les deniers pour vous donner tout loisir d’y bien penser, m’imaginant que je pourray bien obtenir de ce bon homme que la forme du contract se change en cession et transport au lieu de transaction, jniis qu’il eust bien voulu n’en poinct faire du tout, et qu’il avoit neantmoings consenty une renonciation à ma priere. 11 n’y a qu’une chose qui peult luy faire de l’apprebension, puisqu’il semble desirer qu’aprez la profession ou le mariage de .sa fille, l’original du contract soit bruslé, ce que je trouve trez raisonable, et trez utile aux uns et aux aultres, mais je crains qu’il n’apprebende qu’en vertu de ma subrogation, je veuille passer quelque condamnation au Cliastellet, qui demeure perpétuellement sur le registre; c’est de quov
‘ Le parfait capitaine. " L'Hurinonie universelle, i()36. -3 vol.
■ Le Traité de l’immortalité de l’âiii". in-folio.
^ DeSelden. Vol. 718. fol. .3G7.
[1637] AUX FRÈRES DUPÜY.
il sera besoing de le guarir à mon advis s’il est possible, ou de luyen diminüer l’inconveniant en retenant la (pialité des surnoms des uns et des ault'res, sous les désignations des seigneuries tant de Valerne ({ue de Guibbeville, qui seules peuvent les rendre recognoissables à l’advenir. Je batiray là desus tant que je pourray, et espere que d’une façon ou d’aultre, tout ira bien Dieu aydant. Car je croys comme vous que pourveu qu’on y trouve la seurté, il importe peu de quelle forme seront les actes et contracts et ne m’y attaclieray pas en soi'te que je veuille rompre pour rien qui soit tollerable.
J’ay aujourd’huy receu par M" de Thorenc une despesclie de mon frere du où il avoit joinct les Veritez françoises du sieur de Beinville ^ que je scray infiniment aise de voir, aussy bien que la première partie du mesme autlieur dont le cardinal Barberin me fit de grands remerciments l’année passée, et croys bien qu’il n’en fera pas moings de celle cy, en son temps.
Je n’ay pas encor eu le volume de M*' du Ghesne du bon homme Groslé, mais je croys bien que mon frere l’envoyera par la première commodité et que je le verray trez volontiers pour ramour de l’autlieur et de celuy qui l’a donné au public, et de M*" du Chesne qui ne cesse de m’obliger, oultre le mérité de l’ouvraige et du subject si opportun en ce temps que les Espagnols prennent tant de peine pour nous faire passer pour mauvais clirestiens.
Je ne puis vous envoyer de ce coup les lettres de Rouen, ce sera parle prochain Dieu aydant; cependant je vous en remercie trez humblement et de la communication de toutes cez aultres pièces, et si vous revoyez M. de Beinville je vous supplie de l’assurer que je me sents infiniment obligé à son honnesteté, et que je vouldrois bien avoir le moyen de le servir en recognoisçance de l’honneur qu’il m’a daigné faire. Et aultant s’il vous plaict à de la Motte de son traicté de l’aine, et à M"" du
‘ Charles-Barlhéleniy de Beinville était le premier en i636 et le second en 1687.
un gentilhomme picard qui mourut en i64i. 11 y eut une réimpression des deux parties
Ses Véritez françoises opposées aux calomnies réunies en i643, in-4°. espagnoles parurent en deux volumes in-8°,
ui. 84
tVPRIMItlK NATION Ail.
Ghesne de ce volume de Groslé. Nous attendrons en bonne dévotion le verbal et lettres patentes de l’interdiction de Dijon, avec un aultre que vous nous aviez aultres foys faict esperer delà translation de celuy de Metz à Verdun ou à Thoul dont M'’ le Premier Présidant et quelque aultre de noz amys attendoient quelque participation. Mon frere m’escript l’insolence de ce commis qui vous porta mon dernier pacquet la derniere feste de Pasques, dont je suis bien touché. Ce sont des charitez qui m’ont esté prestées de par deçà, puis quelque temps, où l’envie est enragée contre nous, mais nous sommes sortis grâces à Dieu d’ aultres affaires bien plus difficiles à desmesler, et fauldra tost ou tard que l’envie creve.
Pour ce qui est du commerce des livres, il ne fault que les envoyer par le messager ordinaire qui les porte de Paris à Lyon dans 8 ou 10 jours, et de Lyon icy dans 5 ou 6 jours, et se servir de l’addresse de M'' de Rossy qui s’y employera de bon cœur. Et quant aux lettres il n’y aura pas de danger de suyvre la vieille routtine, si ce n’est que vous voulussiez escrire un mot à M'' nostre Premier Présidant qui honnore infiniment vostre vertu et m’a dict plusieurs foys desirer de la correspondance avec vous, auquel cas il n’y auroit pas de danger de luy toucher quelque mot des nouvelles courantes s’il y en avoit d’importance et d’y joindre quelque petit pacquet pour moy. Mais ne vous en incommodez pas pourtant , ains seulement aux occasions que vous jugerez en mériter la peine, et pour le courant la voye ordinaire suppléera. Il a esté fort accablé d’affaires touts cez jours cy depuis l’attaque des Isles, car il a donné des ordres de touts costez pour l’adsistance effective des generaux des armes du Roy, tant d’argent que de munitions de guerre et de bouche, sans lesquelles tout succomboit. Et si celle des hommes eust respondu aux belles parolles, il y a longtemps que nous serions maistres des Isles, à tout le moings de toute celle de 8'*= Marguerite. Aprez quoy f aultre ne sçauroit pas nous eschapper tost ou tard.
Je croys que s’il n’eust eu cez occupations si extraordinaires et la maladie de Madame la Première Présidante, qui commance à se mieux porter, il vous auroit sans doubte prévenu et xVP’ de Cordes aussy, dont il
avoit faict ia partie un peu plus longtemps y a. Nous sommes en grande expectation du succez de l’attaque du fort de Ragon qui se devoit faire dez hier au matin, dont nous avons bonne esperence, et je demeure, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
A Aix, ce *2 1 avril 1687.
J’escripts à M" Grotius et à M*" de Saumaise, et si le pacquel n’est trop gros , je luy envoyeray un petit libvret arabe de la Musique et de l’Astronomie b
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUV
À PARIS
Monsieur,
J’ay receu ce qu’il vous a pieu m’addresser avec vostre derniere du 1 '7“*® et tout maintenant un fagot de livres cotté pour M"" Gassendy à qui je l’ay incontinant envoyé, mais non la boitte de fer blanc qui l’accompagnoit, attendant icy son retour de Digne la semaine prochaine. J’ay bien eu du regret de voir l’incivilité de cez commis de la poste, et que je me fusse dispencé de vous adresser par le dernier ordinaire un trop gros paquet, mais cela ne sera plus Dieu aydant. J’espere que je pourray vous renvoyer les h pièces du Parlement de Dijon, qui sera ce qui grossira le plus la présente despescbe, c’est à dire peu de chose, marry de ne vous pouvoir renvoyer celle de Rouen qui s’est trouvée engagée dans le cabinet de MMe Premier Présidant et luy allicté, mais grâces à Dieu son mal est fort diminué, et n’a jamais esté grand ne dangeureux, c’est son vii“® aujourd’huy, et le sieur Prisis, médecin, qui estoit venu
Vol. 718, fol. 370C
pour Madame la Présidante ^ de l’Islo du Veiiaiscin^, s’en retourne demain chez luy. Elle est tousjours dans le lict pour faiblesse, mais il y a dix ou douze jours qu’ell’ est hors de fiebvre tout à faict. Je vous ay bien de l’obligation de la bonne volonté rpie vous avez pour de Montagu et vous en rends trez humbles grâces, avec supplication de continuer s’il vous plaictau besoing. Vous remerciant trez humblement de ce qu’y avez faict et voulez faire, et des nouvelles dont il vousplaict me faire part , en revanche desquelles je ne vous puis rien mander à presant, du costé des isles, que la continuation des travaux et aj)procbes du costé de Ragon pour oster l’usage de l’eau doulce à ceux du grand fort Marguerite, et faire brescbe competante pour les forcer comme l’on l’espere ])ouvoir faire bientost. Le Gouverneur de ce grand fort fjui l’est des deux isles et a nom Dom Miquel Ferez de Queya, Sarde blz d’Espagnol, a envoyé prier M‘’ le conte d’Harcourt de changer d’habit ou de ne pas sortir si souvent, })arce que ses soldats conimançoient à le recognoistre et avoient faict dessein de le tirer, dont il seroit bien marry qu’il fustmez advenu à un Prince de si hault lignage et de si grande valleur, et a faict dire à M*" de Bordeaux de ne paroistre pas si souvent aussy avec son parasol. Un gentilhomme c|ui estoit bien vestu , quasi comme M"" le comte d’Harcourt, ayant depuis paru, fut chargé d’une gresle de mousquetades nompareille, dont pourtant aulcune ne porta sur luy. Ceux qui sont sortis de Ragon s’en sont allez aprez tant de bonne ctiere qu’ils en estoient touts yvres. Si avant l’expédition de l’ordinaire j’apprends d’aultres nouvelles, je vous en feray part et seray tousjours,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce !28 avril 1687.
' Ce médecin , qui soignait aussi , comme nous t’avons vu, te maréchat de Vitry et qui semble avoir eu grande réputation, n’est pas mentionné dans la
Biographie vauclusienne du ü" Barjavei.
^ L’Isle-sur-Sorgues , chef-lieu de canton du département de Vaucluse, arrondissement d’Avignon, à 22 kilomètres de cette ville