‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 5 sur 75 · CHEZ MONSIEUR DU PUY · texte numérisé non relu

CHEZ MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despesche du 8*“*^ avec touts cez beaux vei's de M‘' Bourbon^ et aultres pièces courantes, dont je vous remercie ti’ez humblement et de tant de bonnes choses dont il vous plaict nous faire

‘ C’est la publication de d’Hozier, mentionnée plus haut.

■ André du Ryer publia à Paris, en 16 34 , une traduction incomplète de Gulistan, ou l’Empire des roses , composé par Sadi ( in-8°). Silvestre de Sacy (article Saadi de la Biographie universelle) assure que ffce n’est qu’un extrait fort imparfait" de l’ouvrage du poète })ersan. Même jugement a été exprimé (article Sadi de la Nouvelle biographie générale) par un autre éminent orientaliste, Charles

Defrémery, de l’Institut, qui a donné de Gulislan une traduction (Paris, i858, in-18) aussi bonne qu’est mauvaise celle d’André du Ryer.

' 11 s’agit de la pièce intitulée : Illuslrissimo domino D. Joanni-Armando Plessio , S. R. F. Cardinali emincntissimo , duci Hicheleio, etc., Panegyricus. Auctore N. Borhonio. (Paris, i634,in-4®. )

participants. Ayant esté Lien ayse que les relations du Pontliiaz et aultres vents ne vous ayent pas esté dezagreables. J ay depuis apprins qu a la source de Vaucluse il y a je ne sçay quoy d’approchant à cela, qui aydera à penetrer dans cez elTectz qui ont leurs causes soubsterraines. J’y veux foire aller quelqu’un avec ce dessein de l’examiner sur les lieux curieusement, et aprez en foire foire une relation particulière L J’ay aussy foict depuis peu des expériences sur les ieulx de divers animaulx, et sur les miens propres, cappables de donner de merveilleuses ouvertures dans les plus secrets elTects de la veüe, mais ce seroit de trop long discours. 11 y aura de quoy vous foire passer le temps quelque jour et au bon P. Mercerie, aultant pour le moings que de tout le demeurant. Je luy escripts en responce d’une sienne lettre et vous envoyé la mienne ouverte pour voir la liberté que j’y prends et m’y seconder, s’il vous plaict, à la pi’emiere veüe, car cei’tainement si ce bon homme se pouvoit abstenir des l’efutations où il s’amuse assez souvent de choses qu’il sufliroit de toucher d’un seul mot pour dire qu’il ne les appi’ouve pas ou qu’il les improuve, ses oeuvres sei’oient de beaucoup plus gi’and ci'edit, et de plus de recbei’clie, et plus k l’usage des gents d’honneur et d employ qui seroient bien aises de voiries inventions et experiances de ce bon lionmie qui ne s’attireroit pas tant d’envie comme il taict en tançant les uns et les auti’es et enbarrassant luy mesures le cour s et la suilte de ses observatrons pour traicter des choses qu’il estime luy rnesmes irrirtrles et indignes de terrir ratrg entre les bonrres rrraxiures et r'esolutions. M"" Garlhard sera bien aise de se cirarger de luy rerrdre ma lettre (|uand voirs l’aurez veüe et faicte clorre et de luy dotrrrer cirez vous telle assigrratiorr que vous vouldrez ou je croys bien qu rl rr oseroit avoir manqué de se rerrdre à poinct nommé norr plus qire de recevoir etr fort bonne pari voz rernonstrances et hoirs corrseils doirt il se pourra grandement prévaloir. Ayant moyen de foire admirer partout ses experiances, s il les peult desbarrasser de tant

* On ne Iroiive aucune relation relative à parliculièrement dans le registre LUI, conla fontaine de Vaucluse dans les divers recueils sacré , comme nous l’avons déjà remarqué , de la collection Peiresc, à Carpentras, et aux observations sur l’histoire naturelle.

(l’aultres choses qui seules peuvent desroger à la dignité et utilité de sou ouvrage qu’un cliascun tiendroit hors du pair sans cela.

J’ay veu M’’ le sacristain de Valhelle, et luy ayant laict des reproches de son silance, il m’a asseuré que par le dernier ordinaire vous aurez eu de ses lettres, et les baux à ferme de Leons, où il n’a peu meliorer que de loo libvres, adjoustant qu’il estoit en Iraicté des papiers et documents avec une persoiie que le vieil prieur Gras en avoil faict depositaire.

Je suis bien aise qu’ayez eu subject de quelque satisfaction de lapait du sieur Boule; j’y feray tousjours summum de potentia pour le retenir dans les termes de la bonne foy et de l’adoucissement des choses troj) aigres plustost qu’à les agraver et le presseray de m’envoyer le bordereau des /Equivoques qu’il a rencontrées. M*’ Deodati m’a escript qu’il m’envoyoit quelques exemplaires du Glossaire^ que àB de Rossi de Lyon a ja receus, et le premier muletier me les apportera. Il me tardera de voir cette piece, qui sera sans doubte grandement utile. G’estoit en l’iin des derniers catalogues de la Foire de Francfort que l’on avoit promis les quattre ou cinq derniers volumes du Bsovius, et m’estonne qu’il ne s’en soit lasché quelqu’un, car on disoit qu’il avoit eu mainlevée, aprez quelque censure de ses livres. J’ay faict voz compliments à AL' d’Agut qui se profîesse grandement vostre obligé. Mais je suis ravy de voir que le catalogue de la derniere foire ne soit point venu à Paris de ce coup, n’estimant pas que cela fusse jamais arrivé cy devant de mémoire d’homme. Et l’on m’a asseuré qu’il en a esté veu à Geneve des exemplaires. M'' du Ghesne aura receu les Ghroniques à cez heures cy, et AP Aubert dans deux ou troys jours au plus lard son S‘ Cyrille, duquel vous pourrez voir un jour en quels termes de mandiant m’en parle le pauvre tlhingerus qui attendoit encores son salaire lorsqu’il m’a escript. Il m’a envoyé une piece du Roy de Suede que vous n’auriez pas la patiance de voir, je m’asseure; c’est pour quoy je ne la vous envoyé pas.

‘ Le Glossaire déjà meaîionné de l'Histoire de J.-A. de Thon.

IVPRIMEniE EATIORELE.

LETTRES DE PEIRESG

Je vous remercie de rechel des nouvelles caresses qu il vous a pieu de faire au bon P. Théophile et des bonnes nouvelles que vous m’avez données de son partement et favorable expédition, à quoy je ne m’attendoys guieres. Et possible aura ce esté à la bonne heure, si la nouvelle venüe de Venize du juin est véritable que le pauvre M*' de jMarclieville a enfin esté chassé de Constantinople par mandement du Grand Seigneur de s’embarquer promptement, s’il vouloit sauver sa vie, sauf d’avoir sa famille aprez sur un aultre navire. Ce qui empirera peult estre encores beaucoup les affaires de ce païs là desja si brouillées. On me mande de Rome que IVP Bouchard a eu la parte du cardinal Barberin dont j’ay esté fort joyeux et de la venüe certaine de ]VP l’abbé de Malemaison par ce païs icy, dont vous nous donnez si bonne esperance et où nous l’attendons en bonne dévotion, estant bien aise qu’ayez envoyé à ]VP Saulmaise touts cez libvres et cahiers en Koplite, mais je crains qu’ayez oublié de faire voir au P. Mercene en j)assant l’extraict de la lettre du sieur Dony dont il ne me dict rien par sa lettre.

. Celle relation des députez du Parlement au Roy est bien d’importance et sera alléguée entre nous à bonnes enseignes. Vous m’obligerez grandement de in’advertir des suittes, s’il vous plaict. Mais il y a eu des decrets de requeste sur une récusation de Bordeaux qui ont bien laict du bruict, ce dict-on, en ce Parlement là, et au conseil, et les actes seroient bien bons à avoir tost ou tard, s’il se peult. Vous verrez 1 extraict d’une lettre qu’on m’a faict voir de ce païs là.

On nous a bien voulu laire icy plus grande que vous ne faictes la perte du monde qui tomba du pont de boys dans la riviere, où l’on veut que soit pery un conseiller de la Grande Chambre avec sa femme, et plus de 5o persones sans les blessez, mais nous nous tenons à vostre lettre. Pour les gazettes, parce que M‘' du Lieu les oublioit souvent ou ses commis, comme le sieur Renaudot, j’ay prié M^' de Rossi de Lyon de me les laire envoyer, ce qu’il m’a asseuré que j’auray sans mettre plus persone en peine , dont je seray bien aise que mes amys demeurent descliargcz. imprimeur de Lyon les contrefaisant touts les mardys, et

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nostre ordinaire ne part que le inecredy suyvant, de sorte que tout vient fort juste. Si vous voyez M"" de Valloys, je vous prie de Iny dire que AU Gervays partit d’icy vendredy en fort bonne disposition Dieu luercy pour son voyage de Rome; je luy baillay des lettres pour Genes et ])our Rome. Il avoit sesjourné icy deux ou troys jours, pour y attendre nostre Feste Dieu ^ où il admira la simplicité de nostre monde en la represantation de tout plein de personages du vieil et nouveau Testament, par des paisans, qui ont retenu par succession héréditaire de pere en filz depuis le temps du bon Roy René des Larves (qu’ils appellent Testieres), lesquelles ce jeune homme trouva d’assez bonne maniéré pour ce siecle là^. Et ne les mesprisa pas tant quand il vid la conformité d’icelles avec l’usage des anciennes Comédies et Tragédies des Grecs et Romains, qui ne s’est possible conservé en aulcun aultre lieu, si approchant à ce que les anciens en prattiquoient, que ce qui s’en void icy de 20 ans en 20 ans, pour donner un peu de resjouyssance au pauvre peuple aprez tant de miseres. Je n’ay poinct eu de lettres de M'' Holstenius par l’ordinaire de Genes comme je m’y attendoys pour accompagner son S‘ Cyrille, mais puis que le livre est venu, c’est le principal, et pour le surplus il vault bien mieux qu’il employé son temps à l’estude qu’il faict si serieuse d’où il ne se peult deslourner sans une espece de sacrilege. Et sur ce je finis demeurant. Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 20 juin i634.

S’il

y avoit moyen d’avoir quelqu’ autre exemplaire des vers de

* On sait combien étaient célèbres autrefois les cérémonies de la Fête-Dieu à Aix et combien de descriptions en ont été données. 11 suffira de renvoyer à l’article Haitze (Pierre -Joseph de) du Manuel du libraire (t. III, col. 16), où sont cités trois des prin-

cipaux ouvrages composés, au xvu' et au xviii' siècle , sur ce sujet.

^ On garde encore aujourd’hui dans l’Hôtel de Ville d’Aix les costumes et décorations jadis employés pour les cérémonies de la Fête-Dieu.

M"" Rorboniiis pour M'' de Mesmes^ et de ceux de ce M*" Morisot, vous MOUS douiieriez le luoyen d’eii faire passer quelqu’un en Italie, ne voulant plus me dessaisir de cez pièces, qui ne se recouvrent pas quand on veult.

Mais s’il y avoit moyen d’acliepter du libraire qui a imprimé les éclogues de Polybe^ du sieur de Valloys quelques exemplaires en fin papier, j’en payeroys trez volontiers une demy douzaine, au double du prix du papier commun, pour en ])ouvoir faire part aux amys de ce papier là plus tost (|ue de l’aultre. Et en delfault du fin papier il en fauldra prendre du commun.

Le chevallier d’Ollioules ou de Tournes mourut soudainement à Marseille trois jours y a, d’un mal de cœur qui ne l’a tenu qu’une iiiiict après estre allé d’icy là par un soleil ardant. 11 a faict vacquer pour plus de 20 mille libvres de rente en commanderies qu’il avoit obtenues de grâce avant qu’il fusse parvenu à son rang d’en acquérir par ajicienneté. Il laisse M*‘ de Tournes, son frere aisné, fort dézolé de la perte des espérances qu’il y pouvoit faire et de ce qu’il laisse toute sa succession à la religion, sans luy avoir seulement voulu faire quittance de quelques sommes qu’il en avoit emprunté L

‘ Il ne s’agit pas là de Claude de Mesmes , comle d’ Avaux, qui avait été diqà à cette époque remplacé dans ses fonctions d’ambassadeur à Venise (i633) par Gaspard Coignet de la Thuilerie et qui venait d'êlre nommé ambassadeur auprès de la cour de

Suède (1634). 11 s’agit d’un de ses frères, probablement de Jean-Antoine, seigneur d’irval, qui était sans doute alors à Rome. ^ Ce libraire s’appelait Dupuis.

^ Vol. 718, fol. 5ç).

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