‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 43 sur 75 · LETTRE DE CHRISTOPHE DIIPLY \ PEIRESC · texte numérisé non relu

LETTRE DE CHRISTOPHE DIIPLY \ PEIRESC

Monsieur,

Je (lois respondre à trois de vos lettres du i et 1 9 décembre et du 1 2 janvier, toutes trois dignes de vous, c’est-à-dire pleines d’honestetd et de courtoisie, et, comme disoit Cicéron de celles d’Appius, pJenœ humaniialis ojjicns cliligcnliœ. La grâce (jue nous demandions pour le prieuré conventuel de S‘ Sauveur résigné à mon frère par de Thou, fust accordée un peu auparavant la réception de celles ([UC vous en escrivlez à M"" le cardinal Barberln, tellement (jue je n’estimay pas ([u’il fust de besoin de les présenter, reservant vostre faveur et vostre recommandation pour une autre occasion, sçavolr [)our obtenir les provisions du prieuré de S‘ Léon, prouvenu de l’induit de de Thou sur l’abbaye de S‘ Victor, pour lequel il y a mesrne difliculté, estant question de faire accorder la résignation au profit de mon frère et de la faire passer en commande. Mon frère croit qu’en cettuy-cy il y aura un peu plus de difficulté, attendu (jue le Bénéfice a quasi tousjours esté en réglé. C’est pourquoy je laisse un peu couler le teins devant que d’en parler à M" le Cardinal, aprehendant de luy estre importun enluy faisant instance d’une grâce de pareille nature que celle ([u’il luy a pieu vous faire.

Nous sommes en attendant en bonne dévotion le Tertullian de M" Rigaut, el neantmoins je ne fais pas estât que nous le puissions recevoir qu’à l’arrivée des bardes de M' le comte de Nouailles. J’en ay fait venir l’eau à la bouche à M’' Holstenius, (|ui en a autant d’impatiance que moy. M*" de Vaison^ m’a fait la faveur de me laisser pour quelques jours le livre de Seldenus et trois volumes de Samuel Petit que j’ay esté fort aise de voir pour sa grande doctrine et érudition. Mon frere me mande d’avoir receu le Ferrarius fort bien conditionné, avec le livre de Gaspar Sebioppius et les autres pièces yjoinctes, dont je vous remercie, vous demandant pardon de tant de courvées que je vous donne de jour à autre. M"^ de Aman^ vous a bien peu représenter la gratitude que je professe publiquement en toutes les occasions pour tant d’obligations que nous vous avons tous, mais il me seroit bien malaisé d’exprimer les ressentiments que j’en con-

‘ L’évêque J. M. Suarez. — ^ Le poète qui, à son retour de Rome, s’arrêta chez Peiresc à Aix, comme nous l’avons vu.

tUVniMeRIC NAtlOMLr.

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serve en mon âme, car comme vous avez des façons d’obliger ceux que vous honorez de vostre amitié qui sont pardessus l’ordinaire et qui vous sont particulières, les ressentimens aussy que l’on en doibt avoir doibvent estre aussy par dessus le commun.

VP de Vaison est à présent ocupé à faire transporter la bibliothèque de AP le Cardinal son maistre dans un lieu du nouveau Palais basti exprès pour cette fin. Je ne l’ay point encore veu , mais AP Bouchard, que l’on pourrait bien prier aussy de donner quelques-unes de ses heures pour ordoner les livres, m’a dit qu’il n’avoit point veu un lieu plus à propos pour cela, ni mieux pratiqué et entendu, j’ay esté infiniment aise d’avoir vostre jugement sur leF[lavius] Dexler et vous remercie de ce que vous vous estes étendu sur cette recherche, ((ui ne pouvoit estre ni plus curieuse ni plus véritable. L’on m’escrit de Naples ((ue le P. Don Antonio Caraciolo avoit escrit et fait escrire ses amis en Allemagne pour avoir information de l’abbaye de Fulde, si ce livre s’y trouvait manuscrit ainsi qu’ils soutiennent l’en avoir tiré, et qu’on luy fit réponse que l’on n’avoit jamais ouï parler d’un tel mémoire, et que ce livre n’avoit jamais esté veu en l’Abbaye, mais ce sont des effronteries espagnoles d’autant plus insuportables qu’elles sont grossières. Quand bien vous seriez d’avis de prendre les ceremoniaux de Bouchard et de Grassis, je prendrais l’assurance de vous le dissuader, car après les avoir connus, j’y ai rencontré si peu de chose digne de considération, que je crois que ce qui s’en pourroit tirer de moins mauvais se mettrait aisément en deux ou trois feuilles de papier. L’on m’a fait voir depuis deux jours V Itinerarium de Jules II de ce mesme auteur Paris de Grassis, où il semble y avoir quelque chose de plus. Neantmoins je ne l’ay point encore veu. J’ay donc exécuté ce qu’il vous a pieu me commander, et ay pris les deux tomes de Onuphrius que je payay hier de l’argent que AP d’Espeaux me conta en vertu d’un billet de AP de Bonnaire, savoir 26 escus et demi de celte monnoie qui est la meilleure condition que j’ay peu lirer. Je les consigneray à Af"^ de Bonnaire afin qu’à la première commodité qu’il en aura, il vous les fasse tenir. Je n’ay peu encore savoir quel est le travail que l’on donne sur la Bible arabique et si l’ouvrage continue; ceux qui en ont la charge sont tellement jaloux qu’ils ne parlent qu’à demi mot et entrent en deffiance aussitost (jue l’on veut s’informer de la moindre fueille de papier qui se met sur la presse. Je vous promets neantmoins d’en aprendre ce qui en est et de le vous faire savoir.

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Cependant je prieray Dieu qu’il vous tienne en sa saincte garde et je suis,

Monsieur,

vostre, etc.

(ili. DU Pev.

I)(“ Rome, ce aç) febvrier iG.Sf'i.

11 y a tantost deu.\ ans que la Bible arabique est commencée d’imprimer à la stampa ciel propaganda f de \ et à présent l’on m’a assuré qu’il n’y a pas dix fueilles d’achevées ; leur premier dessain estoit de la faire toute arabi(jue ; depuis , Sa Sainteté a commandé que l’on y ajoustast la version latine à savoir la vulgaire, car cette Bible arabique n’est autre chose qu’une traduction de mot pour mot de la vulgaire, à quoy travaille Monseigneur Sergio Bislo maronite, archeves(jue de Damaseo, avec le seigneur Philippe Guadaghioli. Du commencement le pere Fra Tomase de Novara y travailla, comme aussi l’abbé Victorio Sciala maronite, qui a pour le présent abandonné tout à fait, et il n’y a plus que les deux autres qui s’en meslent, lesquels ne se servent nullement des anciens exemplaires, si non que en tant qu’estant différants en rien de la vulgaire. Quand au Nouveau Testament, ils ne retienent non plus aucune chose de l’ancien, non pas mesme des Evangiles déjà imprimez. J’apprends ({ue l’impression n’en sera pas fort bonne et en beaucoup d’endroits imparfaite à cause qu’ils y employent des gens qui sont fort peu versez en cette langue et encore travaillent si peu qu’ils n’en impriment que deux fueilles par mois. Voyla ce que j’ay apprins de ce bel ouvrage par une personne qui en est bien informée.

Un père de la Transpontina desire avoir information des livres contenus dans le billet ci enclos , s’ils sont imprimez et s’ils se trouvent manuscrits en quelque lieu de France. Ce père est François et travaille après la cronique de son ordre et croit tirer beaucoup de lumière de ces écrivains pour pouvoir 'prouver l’ancienneté de son dit ordre qu’il dit qu’il veut montrer avec commencement dez le prophète Elie. Excusez-moy si j’ose vous donner cette peine

' A l’imprimerie de la Propagande. — ^ Bibliothèque Méjanes, à Aix. Collection Peiresc, registre .X, fol. 383. Copie.

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