LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
Monsieur,
J’ay rcceu vostre depesche du 1 4 de ce mois avec les pacquets qui y estoyent joints et que j’ay fait distribuer. L’ordre de nos courriers est changé, et l’ordinaire de Lion qui partoit de cette ville tous les vendredis après disner et se chargeait du pacquet de vos quartiers, ne le fait plus maintenant à cause, m’a t’on dit, que sa charge estoit trop grande sans y ajouter encore l’autre, de sorte qu’il faut prendre la voie de l’ordinaire de Dijon qui part tous les mercredis sur le midi, et de Dijon à Lion l’on a estahli un courrier qui y porte vostre pacquet. Je ne me suis point encore servi de cette voie, quoy ([u’elle soit pratiquée les deux ordinaires derniers; je la suivray neantmoins mercredy prochain. J’escris celle cy par l’ordinaire de Lion et prie M" du Lieu de me mander si l’on luy faira l’adresse de vos pacquets comme de coustume. Ce changement sera cause que vous ne dépendrez plus de la tyrannie du gazetier, car les mercredis, qui seront les jours destinez pour vostre ordinaire, toutes les gazettes sont communes à tous et n’y a lieu de preference, si ce n’est ([ue du costé de Lion il en peut faire couler par des voies extraordinaires. Mais cela est fort casuel. Il sera bon que vous cscripviez un mot à M" du Lieu sur ce changement alFin de sçavoir comment on aura à se gouverner.
Pour la réponse à vostre lettre touchant le Theophanes de Georgius Syncellus, de M'' Haultain, j’ay bien sceu qu’il avoit du dessain sur ces auteurs et qu’il y avoit fort travaillé, mais comme il est d’une humeur fort sombre et peu communicative \ je ne sçay pas où il en est maintenant. Je ne crois pas (|ue l’ouvrage soit fort avancé pour estre mis sous la presse et que M' Bouchard peut travailler de son costé, et d’espérer que M*" Haultain communique ce (ju’il a, c’est chose que je juge du tout impossible. Si M' Rigaut estoit icy, je pourrois en tirer éclaircissement de luy plus certain. J’avois ouï dire que (juel-' que Aleman demeurant à Basle avoit ce dessein et travailloil à la traduction, mais ces malheureuses guerres d’Allemagne, avec beaucoup de maux qu’elles traînent après elles, font encore celuy cy, qu’elles ruinent tout le trafic et communication des lettres.
Il enseignement bon à recueillir au sujet d’un érudit sur lequel nous savons si pou de choses. .
APPENDICE
Je fairay part à M'' de Tolose et à Aubert de la nouvelle du S‘ Cvrille qui sera bien receue d’eux. Vous pouvez asseurer i\I‘' Holstenius de son costé que la transcription de ses Astronomes se faira fort soigneusement. J’ay communi([ué vostre billet touchant le [)rocez de Madame de Bouleville à ceux qui prenent part à ses interets. AP le sacristain Valbelle m’a envoyé le désistement du Religieux Gras en bonne forme, de sorte (|ue voyla le procez fini, et suis bien aise qu’il en avt usé ainsy, ce (jui obligera AP de Thou et nous à le gratifier en tout ce qui dépendra de nous. On me fait bien espérer du costé de Rome pour la commande : nos lettres de faveur n’avoyent pas neantmoings encore esté présentées à AP le cardinal Rarberin, et la vostre n’estoit pas aussy arrivée; AP l’Abbé me mande qu’il ne partira point de Rome qu’il n’ayt obtenu cette grâce. Je n’ay peujus(jues icy avoir aucun éclaircissement de la valeur et consistance de ce bénéfice, AP Alaran estant absent de Tolose pour ses alfaii ■es. Quand j’auray mes provisions, je poursuivray cela un peu plus vivement, encore (jue le bien me touche fort peu. Le prieuré de S‘ Laurent dont je suis paisible possesseur, toutes les charges acquitées, qui sont grandes, y ayant une pension de ([uatre mil livres, me pouroit apporter au moins huit cent escus, au cas (|ue j’augmente mon bail, comme l’on me fait espérer, et j'ay l’obligation toute entière de ce bienfait à AP l’Abbé de Bonneval qui m’oblige si puissamment, que je me sens incapable de me pouvoir reveneber de toutes ses courtoisies.
Pour ce qui est des nouvelles de nostre Cour, ce (ju’il y a de plus certain, c’est la disfu'ace de AP de Rordeaux ' (jui s’est enfin retiré à son Abbaye de S‘ Joïn en Poitou le Roy ne le pouvant soufrir plus longuement icy. AP le Cardinal a fait tout son possible pour détourner ce coup mais le Roy estant abeurté là, il ne l’a pas voulu presser davantage'^. Alondict sieur le Cardinal est venu faire un tour en cette vdle pour y tenir sur les fons un des enfans du marquis de Pont de Courlay, son neveu. Il s en doibt retourner a Chantilly au premier jour. Il ne se parle point jusques icy de plus grand
‘ Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux depuis 1629.
^ Sainl-Jouin de Marnes, aujourd’hui commune du departement des Deux-Sèvres, canton d’Airvault, arrondissement de Parthenay, à 'ih kilomètres de ^iorl.
^ Plus lard , ce fut tout diflérent , et Biclielieu , loin de protéj"er Henri de Sourdis, le poursuivit de sa haine et le lit interner à Carpenlras.
Ce qui prouve une fois de plus que Richelieu, loin de faire tout ce qu’il voulait, avait souvent à compter avec la résistance de Louis XIH.
APPENDICE
[163Zi]
voyage. Tous les bruils qu’on en faict courir et dont je vous toucbois quelque chose par ma precedente se sont trouvez faux et n’y a que Madame de Guise qui se soit retirée. Je vous envoyé la lettre du Roy à M"* les Prélats touchant leur dilTerent avec les moines. Ils se prétendent bien grevez par ce renvoy au Pape veu le crédit qu’ont leurs parties en cette Cour. l’Evesque de Bellay ^ est en cette ville et ses amis lasclient deluy persuader à ne plus rien mettre sur cette matière au jour de peur d’irriter davantage les puissances souveraines, mais il est d’une humeur peu déférente aux conseils des gens sages Jamais Luther et Calvin n’ont esté persécutez et aboiez des Moines comme celuy-cy l’est, car il sappe leurs fondemens.
Le Gazetier a publié une relation assez bonne touchant la mort de Valestein que je vous envoyé. Mon frere d’Ingray^ escript à M"" de Valavez pour le remercier des boules et manches de mail qu’il a fait la faveur de luy envoyer. Je vous prie de luv faire mes baise mains, comme aussy au bon M'' Gassendi qui vous doit visiter.
Je suis et serai toute ma vie,
Monsieur,
voslre, etc.
De Paris, ce ai mars i63i*.
J. DU Pu Y.