LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIHESC
Je doihs response à deux des voslres du 12 et 20 du courant et ne puis assez dignement vous remercier du soin qu’il vous plaist prendre de l’aflain; de mon neveu de Guiheville et de la mienne du costé de Rome; mais pour cette dernière j’ay de la peine à croire que les exemples de la comande accordée y apportent de la facilité, l’Evesque d’Auxerre ^ pourveu depuis [)lus d’un an de l’abbaye de S'-Jean d’Amiens tenue en comande par un de son nom et son cousin germain, n’en ayant peu jusques icy obtenir les Bulles, quoy qu’appuyé de la recommandation de M'' le Chancelier, son frère, parce que par les Bulles du dernier titulaire qui la tenoit en comande il est porté qu’aprez sa mort elle retournera en titre, et je vous puis assurer qu’on n’a rien omis en Cour de Rome pour favoriser cette expédition, et jugez aprez cela ce que je puis espérer. Pour ce qui est de mon neveu, il vous doit remercier de tant de peine que vous vouiez prendre pour le sortir d’un si fâcheux embarras. Si ce iVP de Valerne est bien conseillé, il doit suivre voz bons avis: car faisant éclater l’affaire, je doute qu’il y trouve son conte. M*' le cardinal Bichi ne part pas si tost de nos quartiers qu’il a publié au commencement, remettant son voyage au mois de mars, et vous sçavez les sujets qui l’y retiennent. vostn; neveu est parti depuis quatre jours pour aller vers vous. Je l’ay chargé de deux exemplaires d’un petit traitté in-/i" qu’a fait imprimer M" Justel en faveur de la maison Palatine contre l’usurpation du Duc de Bavière. La piece est histol'ique et du teins. Je vous envoyé la tragi'die de M" Heinsius qui a donné lieu à cette dispute entre luy et ]\P de Balzac. Peut eslrc que je vous l’ay déjà envoyée, mais dans cette incertitude, la piece estant fort rare, j’ay creu que vous ne seriez pas marri de l’avoir encore une fois. Les Ephemerides d’Origan delà derniere impression sont fort rares, et quand on en rencontre, on ne les a pas à moins de 80 livres. M" Boulliau m’a dit qu’un nommé Laurent Eichstadius a continué les Ephemerides de Keppler depuis i636 jusques en 1 6/16. Le livre est imprimé en petit et il s’est chargé d’en faire la perquisition. L’Origan ne se trouve jilus (pie par liazard. Je n’av point eu nouvelles
Dominique S(;guier fut évêque d’Auxerre de 1602 à 16.37.
APPENDICK.
<le l’arrivée de AP Saumaise en Hollande, mais seulement de son [jartement de Dieppe. de Thou, qui est présent dans nostre cabinet, a dit qu’il vous vouloit escrire, n’ayant pas mesme voulu souffrir que je vous fisse ses baise mains.
Pou r ce qui est de noz affaires publiques, l’on tient constant l’accord signé entre le Roy et Alonsieur et que l’entreveiie se doit faire à Orléans, où les deux freres communieront. On ne sçait point encore le particulier, ni si AP le Comte y est compris. Par l’ordinaire prochain je vous avertiray de ce ([ui sera venu à ma connoissance. AP le cardinal de la Valette est avec le Roy. Gallas assurément a repassé le Rhin pour s’opposer aux progrez des Suédois qui ont pris depuis peu la ville d’Erfurt, capitale de la Turinge, ce ([ui leur donne de grands avantages. Al*' le Cardinal de Lion n’ira point à Cologne; AP le Cardinal son frere a dit tout haut que AP de S‘-Chaumond iroit en sa place. On dit que les passeports pour la seureté de noz députez sont arrivez, mais je ne vois pas pour cela qu’on se haste beaucoup. Cependant nous périssons à petit feu. Dieu par sa miséricorde aura , s’il luy plait, pitié de nous et nous envoyera ce qui nous est necessaire. AP vostre neveu est parti d’icy avec un esprit fort soumis, et’ je suis le plus trompé homme du monde si vous et AP vostre frère n’en recevrez satisfaction entière.
Je suis de tout mon cœur,
Alonsieur,
vostre, etc.
De Paris, ce 3o janvier 16.37*.