TROISIÈME PARTIE
LETTPiE DE GASSENDI.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR
PARIS
Je prenoys la plume pour faire sçavoir à Monsieur de Valavez l’estât de la maladie de Monsieur de Peiresc son frere. quand Monsieur le Baron de Rians est survenu et s’est chargé de le faire luy mcsrne. Au defaut de cella M" de Peiresc a trouvé bon que je vous escrivisse un mot pour vous faire ses excuses, et accuser la réception de vostre de.spesche du 6 de ce mois, c’est donc ce que je fay et y adjouste pour vostre satisfaction que par la grâce du bon Dieu ceste njaladie n’est point dangereuse, ny de la malignité de ces autres qui sont en grand nombre en ceste ville et en beaucoup d’autres lieux de la Province. Aujourd’buy mesme qui est le septiesme, le repos a été plus doux et la.fievre moindre que de coustume, et avec cella la nature s’est tellement descbargée par des sueurs, par des urines et par quelques petits exanthèmes, que le médecin nous asseure que dans demain ce bon seigneur commencera de reprendre ses forces. Les autres malades n’en sont pas quittes à si bon marché que cella, n’y en avant point dont le septiesme no soit très fascheux, et dont le quatriesme ne porte l’esprit à des resverles fort extravagantes. M'' de Peiresc Dieu mercy n’a rien esprouvé de semblable, comme ayant la plus grande fièvre esté tousjours beaucoup temperée, au prix de ces autres qui sont à bon droit qualifiées chaudes. En un mot. Monsieur, tout va bien, et j’ose vous donner parole qu’il n’y a rien à craindre. Je me suis tantost dispensé d’escrire à Monsieur Luilller quelques particularités de ceste maladie en son commencement et en son progrès. Si vous dezirez les apprendre il les vous pourra dire luy mesme, il sulïit que pour vostre consolation et du reste des amis de ce ])on seigneur je vous en aye fait ces lignes.
APPENDICE
Je ne vous diray rien du bruit qui court de la nouvelle descente des Espagnols en noz costes, et de ce que l’on particularise qu’ils ont deschargé six mil hommes pour attaquer Tropes par mer et par terre. Quelqu’un m’a dict que les consuls du Luc l’ont ain.si escrit aux procureurs, et que c’est pour cella que l’on a à ce matin assemblé extraordinairement le conseil de la maison de ville. Je m’en r’apporte à ce qui en est, et je ne doute point que si la nouvelle est véritable vous ne l’apprenniez par quelque courrier extraordinaire.
J’ay appris par la vostre le jugement que l’on a faict des vers de nostro poete de Rians, et à la vérité s’il est pris pour un docteur, je trouve que l’on a raison de trouver à redire en sa poésie, mais si on le consideroit comme un jeune garçon de quinze à seize ans, qui ne fait que d’achever son cours de philosophie et s’est jetté despuis quelques mois dans celluy de Théologie, qui n’a receu aucune Instruction aux bonnes lettres que par soy mesme et n’a pas moins acquis de facilité pour les vers grecs que pour les latins, je croy que pour le moins on auroit de quoy bien esperer de son esprit. M’’ Fahrot se publie bien fort vostre obligé pour l’honneur de vostre souvenir et la peine que vous daignez prendre pour l’amour de luy. 11 s’attend à vous voir bien tost pour ce qu’à mesure que l’un de ces conseillers de nouvelle creue dont il a soin aura esté receu, il fait estât de partir pour Valence, et y ayant fait quelque acte de possession pour sa nouvelle chaire, en repartir pour Paris.
Il y auroit bien d’autres choses à vous dire sur le sujet de vostre lettre, mais il les faut reserver pour le bon Monsieur de Peiresc. J’espere qu’il vous en pourra d’autant mieux entretenir par l’ordinaire prochain, qu’il vient de dicter quelque chose pour Monsieur son frere. J’ay fait cecy à diverses reprises, mais et plus je vay et plus je trouve qu’il y a d’occasion de bien esperer. Permettez, je vous supplie, que je baise trez humblement les mains à Messieurs voz freres et à tous ces Messieurs de l’academie, en demeurant tousjours,
Monsieur,
vostre très humble et très affectionné serviteur, Gassend.
A Aix,
ce XVI juin mvi' xxxvii *.
* Bibiiolhèque nationale, fomls français, volume 718, fol. 388. Aulographe. En regard delà date de celte lettre, écrite avec toutes les illusions d’une extrême amitié, Pierre Dupny a
mis ces mots : cil mourut le 2 A juin 1687." J’avais publié les premières lignes de cette lettre dans les Dociimentu inédits sur Gassendt, p. 17, note 2.
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CORUECTIONS ET ADDITIONS.