‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 7 sur 75 · AUX FR K 11 K S DU PU Y · texte numérisé non relu

AUX FR K 11 K S DU PU Y

l/il

neveu qu’en luy faisant quel(jue l)onneste ieco|][Uoisçance. C’est ])our- (juoy il ne fault pas trouver estrange que le dict sieur sacristain ait faict scrupule de vous nommer le personage. Ce pauvre bon vieillard n’avoit jamais esté guere bon mesnager, et se laissoit fort gouverner à ses domestiques, et ne deferoit guieres à ses parents, et est rnoit dans un aage fort vieil et fort caduque et par consequant cappable de mauvais conseil. Et ce que j’y trouve de pix est que cette femme est desja bien vieille aussy à ce que me dict le dict sieur sacristain et s’il venoit faulte d’elle Dieu sçait où passeroient touts cez papiers. 11 ne me la voulut pas nommer, mais je ])ense que le sieur Gras la debvra cognoistre, et je veux tascber de le sonder un peu là dessus, car en un besoing, il les fauldroit faire saisir judiciairement pour ne pas souffrir une telle vollerie, et une telle ordeure. Cez moynes ont d’estranges routlines. Mais dez que vostre expédition sera veiiiie les armes tomlieront des mains de touts ceux qui pensent proffitter sur vous et il y aura moyen d’agir en vostre nom un peu plus hardiment qu’en tout aultre, car lors tontes jalousies des gents du païs cesseront et ils verront bien (ju’il leur fauldra passer par voz mains veuillent-ils ou non. Mais tandis qu’il leur reste tant soit peu d’esperance que la piece passe en aultres mains que les vostres, ils sont en perpétuelle deffiance les uns des aultres.

Monsieur Gassend vous remercie trez humblement de l’honneur de vostre souvenir; il a receu depuis peu unedespesche du sieur Guillaume Schikard de Tubingen bien curieuse, où il y a eu des lettres poui‘ moy fort obligeantes et qui tesmoignent que ce personage est merveilleusement docte en toute sorte de bonnes lettres, et mesmes aux langues estrangeres et aux choses les plus incogueües. Et qu’il scayl bien se prevalloir et tirer des advantages des moindres fragments qu’on arrache de cez peuples d’Orient, et ([ue l’on puisse avoir de la bonne antiquité. .le suis en ])eine de luy faire tenir seurenient un rnanuscril où il trouveroit, je m’asseure, de trez bonnes notices ([ue peu d’aultres auroient la patiance d’espluscher comme luy. .le ne sçay si ])ar l’enl remise des Ambassadeui’s ou ageants que le Rov tient à Franclorl on ne

pourroit point ouvrir quelque commerce avec luy plus asseuré que celuy des simples marchands. Sur quoy je finis demeurant,

DE Peiresc.

A Aix, ce 4 juillet i634 ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAINT-SAULVEUR

ItüE DES POITHEVINS PREZ SAINT ANDRE DES ARTZ, CHEZ Jp DE THOU ,

À PARIS

Monsieur,

Avec la presante vous recevrez de la main de M’’ le Prothonotaire Aguillenqui, mon cousin, non seulement les deux volumes de Cencius Camerarius et d’Onuphrius, mais aussi le Pentateuque Samaritain de la version Arabique toute entière, par le moyen duquel se peult sup- ])leer la seconde colonne de mon grand volume tritaple, comme par celuy du sieur P® délia Valle se peult suppléer la troisiesme ou dernière édition, quand il se trouveroit quelqu’un qui eusse le courage d’entreprendre les troys ensemble. Vous en userez selon que trouverez pour le mieulx, et des uns et des aultres. Et pense que les gents de mon dict cousin se cbargeront enfin de la petite chatte de M" de Thou avec laquelle j’en leray mettre une aultre qui n’est que de l’année présente, mais de la mesme race, pour voir si elle pourroit reuscir aussy bien ou mieulx que l’aultre ; elles sont fort délicates de leur naturel et les caresses leur font aultant et plus de secours que les viandes; quand cez animaulx sont malades, ils abhorrent le potage comme les hommes, et j en ay saulvé souvent avec un moyeau d’oeuf et quelque bien petite

' Vol. 718, fol. 03.

[1634] AUX FRÈRES DUPUV. 143

souris à devorer, ou pour le moiiigs tuer et succer le sang, .le vous escriray par aultre voye de la poste et seray à jamais,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 8 juillet i634 *.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAINT-SAÜLVEUR

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu avec vostre despesche du 29“° celle du So™'^ du passé, avec le pacquet de M*' du Mesnil Aubery et les graveures de M"" Rourdelot y contenues en nombre de plus de 2 5 ou 3 o , pièces fort curieuses , et dont je me trouvay bien surprins, à l’ouverture des enveloppes de vostre pacquet, ne m’attendant rien moings qu’à cela, où je trouveray bien de l’exercice non seulement pour ma curiosité, mais aussy pour celle de plusieurs amys. Gela m’ayant remis en goust de revoir celles que j’ay de pareille nature et qualité, maintenant que nous avons un peu plus de relascbe que de coustume, où j’ay leu des choses quoiqii’en courant auxquelles je n’estoys jamais peu parvenir cy devant, tant les jours ont d’advantage les uns sur les aultres. J’en ay bien prez de deux cents pièces, dont l’assortiment avec des empreintes de plusieurs aultres que j’ay tirées de divers cabinets d’amys sera cappable de donner un jour du plaisir à bon nombre de gents curieux si je ne me trompe, car elles ont toutes des inscriptions notables et ([ui ne seront peult estre pas mesmes hors de vostre goust quand vous en verrez l’induction. J’ay receu par mesme moyen les articles de M*" de Chartres, et aultres pa-

‘ V'^ol. 718, fol. GY

piers courants Irez curieux dont je vous remercie trez liuniblenient ensemble des lettres de Messieurs du Gbesne et Aubert, auxquels je crains bien de ne pouvoir pas escrire par cet ordinaire, mais ce sera par le prochain Dieu aydant, ayant esté bien ayse d’apprendre par vous. Monsieur, que Messieurs Lumaga ayent receu l’argent du pauvre Eliingerus et que le dict sieur Aubert puisse avoir d’ailleurs ce qu’on luy a soubstraict et au public. Et vouldroys bien avoir un mémoire de toutes les pièces qu’il a du Cyrille pour son édition, et de ce qui luy manque, et qu’il se promet d’avoir d’ailleurs, car possible l’y pourroys je servir, et le l’eroys bien volontiers. Je suis bien aise que le P. Alercene ayt veu l’extraict de la lettre du sieur Dony et que vous l’ayez trouvé de si bonne humeur en commune conversation et correspondance, m’estonnant qu’il ayt tant de peine à se temperer en escrivant, ce que j’excusoys plus facilement quand il estoit plus jeune que je ne puis faire ])resentement qu’il a de plus grandes habitudes, et qu’il a esprouvé le danger qu’il y a de heurter toute sorte de gents sans nécessité. Si vous in’aydez un peu de vostre costé, possible en arresterons nous le cours sinon en tout, au nioings en quelque notable partie. A quoy M‘’ Gassend me promet de ti-availler aussy de son costé. Je m’estonne bien aussy que le sieur Morisot ne vous soit plus cogneu que vous ne dictes, et que ses vers soient si ditliciles à recouvrer comme ceux de M‘’ Borbonius. 11 fault fpie jeu lasse deniander à M"" de S‘ Geosmes Pietrequin, bon amy de M'' du Mesnil Aubery, qui est assez curieux de toutes cez petites iiouveaultez L Dont je ne vouldroys pas l'ompre mes assortiments et vouldroys bien ])ourtant en (aire passer les monts à (|uel(pies exem- ])laires. Monseigneur 1 eminentissime cardinal Barbeiin m’ayant cez jours cy faict de grands rernerciments du poeme de M"' d’Andilly '^, qu’d me mande avoii’ leu bout à bout avec grandissime goust et qu’il le porloit au Pape, estimant quil le verroit aussy volontiers que luy pour

' On conserve dans le registre 1 des Minâtes de la corres|)ondanee de Leiresc, à Larpentras, deux lettres écrites à cet ainalenr, lune le i8 juillet l’autre le

8 août de la niêine année (fol. 55o, 552 ).

® Le poème sur Jésus-Christ d(gà mentionné plusieurs fois.

[163/i] AUX FUKUlîS DUPÜY. l/i5

le moitiés. Je vous eu avoys demandé d’aultres exemplaires, ce me semble. Quant au libvre des Eclogues de M’’ Valoys, il ne m’en fault pas inoings de troys à Rome pour troys cardinaulx qui m’en ont demandé, et le pour moy; des anltres deux M‘' Valoys en a destiné l’un à Al*' Petit. Et je vouldroys bien en envoyer deux ou troys exemplaires en Allemagne plus tost en fin papier que aultre, l’un pour la Bibliothèque d’Auspourg, en eschange de leur catalogue, et l’aultre pour une aultre Bibliothèque dont on me faict l'este, avec od’re d’une disposition fort lioneste, garnie de 3o mille volumes. C’est pourquoy, si vous m’en pouvez retenir quelques aultres exemplaires en fin papier, vous m’obligerez grandement, s’il estoit possible jusques à une demy douzaine. Que s’ils ne peuvent touts estre en fin papier, il les fauldra prendre comme nous pourrons. Maintenant que je voys l’intention de Al*' de la Ville aux Clercs je tascheray de luy jirocurer quelque chose qui ne soit pas si commune, si je puis. J’ay escript à Geneve que s’il y avoit esté apporté des livres de la Foire comme le catalogue, l’on m’en prenne quelques uns. Il me reste à vous dire que je viens de recevoir une despesche du sieur de Beaucastel, avec les lettres que luy escript AF Boule, où il semble en alléguer une de luy à moy que je n’a y pas leceiie soit qu’elle soit demeurée sur la table du dict sieur Boule ou du dict sieur de Beaucastel, tant est que j’ay creu vous devoir envoyer celles cy pour y suyvre voz ordres punctuellement selon qu’il vous plairra me les prescrire. Alais je m’estonne bien fort cjue cez Alessieurs de Rome soient allez si imprudemment en voslre affaire; il ne se fault pas rebutter pour cela. C’est l’air de ce pais là, où la patiance et l’argent viennent à bout de tout. J’auroys bien à vous entretenir des differents ariâvez à l’assemblée d’Apt, entre M*' l’ArcIievesque d’Aix pour sa croix et l’Evesque d’Apt \ et l’Evesque de Sisteron^ qui s’estoit joinct à luy, mais le temps me conimance à faire faulte de crainte que le cour-

* Modeste de Villeneuve des Arcs siegea de 16-29 ® 1670. Voir Gal/ia chrisliam, 1. 1, col. 372-.373; Les évêques (VApl, leurs blasons et leurs familles, par Jules de Terris

(Avignon, 1877, in-/i’, j). tià-117).

** Toussaint de Glandevès de Gujes, dont l'épiscopat se prolongea de 1Ü07 à i6à8, coiniue nous l’avons déjà vu.

IMPniMEftie KATIOÜALE.

LETTRES DE REIRESC

[163Zi|

rier ne parte ; aussy bien m’en a t’on promis une relation plus particulière que tout ce que j’en puis sçavoir, ce qui me fera remettre au premier jour, demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 11 juillet i634.

M*' le prothonotaire Aguillenqui, mon cousin, archidiacre de Roan, partit d’icy sammedy pour aller attendre sa compagnie en Avignon, et se chargea de quelque chose que le bon P. Mercene attendoit quelque temps y a. Ayant faict mettre dans sa male non seulement les deux volumes manuscrits de Panvinius, mais aussi le Pentateuque des Samaritains de la version Arabe. Toute sa trouppe doibt partir demain et emporter la petite chatte de M*’ de Thon ou de M'' de Bellievre avec une aultre plus petite de cette année pour luy tenir compagnie et suppléer l’une l’aultre s’il en venoit faulte. Nous n’avons point eu cette année de la race de ceux qui ont le manteau de la couleur de gris de rat, à faulte de inasle, car on nous avoit desrobé nostre DamasquinL Mais j’en ay recouvré un aultre du Levant qui commance de s’apprivoiser, et si tost que nous pourrons avoir de la race, j’en envoyeray à M*' du Mesnil Aubery, puis que mon frere a apprins de M*" de la Fayette à Apt que les siens se sont touts noyez, le dict sieur de la Fayette ayant laict son voyage avec Madame en dix jours tout heureusement.

Le P. Archange du Fossé Gappucin est revenu de Constantinople depuis peu à Marseille et a veu M^’ le Maresclial et M*’ de la Fayette, mais il estoit party avant 1 embarquement de M*^ de Marcheville

‘ C’est-à-dire le chat venu de Damas. — - Vol. 718, fol. 65.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

J’ay esté si mallieureux qu’on m’a desrobbé quasi tout le temps qui me pouvoit rester pour vous escrire, de sorte que je crains bien de n’y pouvoir satisfaire à ce coup à mon grand regret. Tousjours vous doibs je des remerciments tout particuliers de la bonne nouvelle de la naissance d’un filz a M"" de la Ville aux Clercs^ dont je l’ay félicité etM’’ de Lomenie de tout mon cœur, comme je vous en félicité encores et tous les vostres, sçaichant la part que vous prenez dans cette maison. J’ay envoyé bailler en main propre la lettre que vous escriviez à M‘' le sacristain de Valbelle, et crois bien qu’il vous en aura peu faire la responce. L’on m’a mis en main un mémoire concernant de bien notables griefs inferez à un pauvre moine de Leons, pour implorer vostre secours en justice, s’il y en a aulcun lieu; vous le pourrez voir, et si trouvez bon d’en faire escrire quelque mot sur les lieux, vous obligerez de bien lionnestes gents, qui ont interest à faire demeurer le pauvre moine dans son Abbaye, et j’y prendray grande part à la grâce comme je le doibs. Mais si l’afl’aire estoit plus grave que cez gents ne disent, je ne vouldroys pas vous avoir donné la peine de vous entremettre, estimant qu’il ne se peult exercer trop de sévérité pour entretenir la discipline reguliere dans les cloistres. J’ay prins grand plaisir de voir la lettre de Constantinople que je vous renvoyé avec mes trez burnbles

* Henri- Auguste de Loménie, comte de Brienne, seigneur de la Vilie-aux-Clercs, avait ëpousfi, en 1628, Louise de Be'on, dont il eut trois fils et trois filles. Ce fut après plus de dix ans de mariage que l’ami de Peirescvit naître son fils aîné, dont

(pielques-uns mettent h tort la naissance en i635 : ce futlIenri-Louis, comtede Brienne, qui fut secrétaire d’Etat comme son père el son grand-père el qui ïnourut le 17 avril 1698 à l’abbaye de Cbâtcau-Landon.

LKTTIIKS DE PEIHESC

renierciments sans que persone l’ayt veüe que mon frere tout seul, et sans en avoir tiré que l’extraict d’un article ou deux où je n’ay rien voulu laisser paroistre de ce qu’il y a contre l’un et l’autre des Aml)[assadeurs]^ : vous n’en ouyrez jamais parler. Je suis bien aise que les livres Cophtes marchent quand l’occasion s’en pourra [)resenter, selon les supplications que je vous en avoys tousjours l’aictes; et vous réitéré mes humbles remerciments de voz exemi)laires du Glossaire'^ qui est bien commode en la forme qu’il est, mais ce que j’en disoys de le desirer in fol° n’est que pour faire que l’un se conserve mieulx prez des aultres volumes quand ils sont d’esgale grandeur, estant certain que la dispro- ])ortion des grandeurs faict souvent esgarer les pièces d’un mesme au- Iheur, qui ne s’esloigneroient peult estre pas l’une de îaultre, comme je l’ay esprouvé desja quelque foys. J’ay escript au P. Mercene sur tout plein de petites curiositez; si vous voulez jetter les yeulx sur ma lettre, vous le pourrez faire avant que la faire rendre parle sieur Gailbard ou aultre, vous remerciant trez humblement de ce qu’avez contribué pour le desmouvoir d’une partie de l’austérité de son procédé^ avec les gents de lettres dont il n’approuvoit pas les sentiments, dont il se trouvera mieux sans doubte. Vous aurez un extraict de la derniere assemblée tenüe en ce païs pour toutes nouvelles et responce aux vostres du 6 et 7 de ce moys, l’ordinaire d’Italie ayant esté retardé, possible ])ar les vents de bise trop grands, et possible qu’on aura voulu faire saulter l’expédition d’Avignon d’une semaine plus tard sur le coup du partement de Mazarrini qui vient

' li’iin, ie coinle de Marcheville, l’autre, Philippe de Harlay, comte de Cézy. Marcheville, eml)ar({iié par Force, fut encore bien moins maltraité que le prédécesseur du comte de Gézy, Achille de Harlay-Sancy, qui s’était livré eu Turquie à de telles exactions, que le sidtan ordonna de le hàtonner.

“ l.e {flossaire de VUisloire du président de Thou.

’ Ce que Peiresc appelle par euphémisme

austérité de procédé était une fâcheuse acerbité. Le P. Mersenne prodiguait avec un zèle intenq)érant les invectives à ses adversaires, et sa plume était aussi terrible que son cœur était excellent. M. IL Ilauréau remarque à cette occasion ( Nouvelle biographie générale , t. XXXV, col, 1 1 y) qu’ffil n’est pas rare que les hommes les plus aimables soient des écrivains pleins d'amertume 5).

[1634] AUX FIIÙIIKS DUPUY. 149

vice-legat en Avignon \ et devoit partir au commancement de ce moys. Sur quoy je demeure,

Monsieur,

voslre trez liuinble et trez obéissant serviteur,

A Aix, ce i8 juillet iG3/i,

Je VOUS supplie d’agreer i’addresse que je faicts à M'' Gailhard de certaines expéditions qui importent à des bonnes gents (|ui m’ayment plus que je ne vaults.

Vous aurez encor un pacquet pour M*" le Premier Présidant de Provence qu’on m’a dict mériter de liiy estre promtement rendu et en main propre pour un de Messieurs ses enfants

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAINT-SAULVEÜR

A PARIS

Monsieur,

L’ordinaire nous apporta sammedy vostre despescbe du i 3'"®, avec tout ce que vous y aviez joinct, dont je vous remercie trez humblement et spécialement de l’advis de l’Ambassade de M® d’ Avaux ^ dont j ay félicité le bon homme M"" de Roissy en prenant l’occasion pour luy

* Jules Mazarin, le futur cardinal (décembre 1 64 1) et ministre (décembre i64>2), lequel , cette même année 1 634 , devint nonce extraordinaire en France. Né le i 4 juillet 1 6o9 , Mazarin avait à peine trente-deux ans quand il vint à Avignon. On a plusieurs lettres de Jules .Mazarin à Peiresc, encore inédites, dans le volume g537 du fonds français : elles sont, les unes en italien, les

autres en français. Toutes ont été écrites à Avignon, moins la dernière qui est datée de trRuel, 1 9 juillet 1635^).

^ L’ambassade en Danemark, dont il a été question dans une note d’une des lettres jirécédentes.

‘ Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissy, était alors âgé de soixante-<piinzc ans.

LETÏHES DE PEIIIESC

faire présenter un exemplaire du livre de M*’ Valoys dont j’ay prié M* Gaillard de vouloir prendre la peine, vous suppliant de l’agreer et ce (]ui y pourra escheoir eji suitte pour l’arnour de vostre serviteur trez humble et d’excuser mes foiblesses tousjours plus grandes et moings supportables et toutefoys plus importunes que jamais. J’attends le sieur Fredreau’, peintre, de jour à aultre et luy feray portraire quelques unes des fibules antiques plus estranges que je puisse avoir, et une qui semble jiendiie au balanus ou prepuce d’uii Fascinus, pour voir si AF Aloreau y trouveroit ce qu’il chercbe, n’estant pas bien facile de distinguer celles qui peuvent avoir servy à l’usage des comédiens et des esclaves, d’avec celles des habillements. Guy bien aulcunes qui véritablement ne peuvent, ce semble, avoir servy qu’aux habillements; mais pour la plus part il semble que l’usaige pouvoit estre aultant pour les uns que pour les aultres. Je seray bien aise de voir en son temps ce qui sera des sentiments de M*' Moreau , aussy bien que de ceulx de M‘' de Saulmaise. J’avoys bien tousjours creu que riuimeur du R. P. Dom du Puy vostre frere estoit entièrement aliénée de toute sorte d’ambition et de vanité et ne doubte nullement qu’il n’ayt esté non seulement bien surprins, mais bien fasché de ce changement d’employé, parce que je tiens qu’il estoit trez contant de celuy qu’il avoit et du repos qu’il y mesnageoit. Mais je croys bien aussy qu’il se resouldra à vouloir ce que ses supérieurs ont voulu, et à y cbercber et mesnager aussy la satisfaction et tranquillité qu’il y pourra espargner de la foulle des alTaires de sa charge.

Pour S‘ Iléons, il fault se resouldre de faire mettre une piece d’argent ez mains'* de quelqu’un de cez domestiques du Dataire ou du Pape pour faire signer la supplique à part de tant d’aultres qui vous y ont

^ Christoplie Du pu y avait dté nommé prieur de la Chartreuse de Rome , monastère qu’il ne cessa d’embellir jusqu’à sa mort (28 juin iG54).

'* C’est ce qu’un spirituel voyageur appelait le fléau de la buona inano.

‘ Nous avons déjà trouvé le nom de ce peintre (l. II, p. 22/1), car je crois pouvoir idenlilier Fredreau avec Perdreau.

’ A rapprocher de cette phrase de Fénelon : frComhicn voyons-nous de chrétiens aliénés de la vie de Dieuln

[163^] AUX FRÈnUS DUPIJY. If)]

laict lonner la clifïiculté, et ])arce que Dom du Pu y ii’esl pas bon à cela, il y fault employer par M*‘ de BonnevaP quelque squaltrilo'^ à la mode du pais, car cela surmonte toutes difficultez; si vous eussiez faict envoyer une petite lettre du Roy, vous l’eussiez incontinant faict séparer de la foulle des aultres. Cependant je ne sçay si vous avez laisse esventer cez diflicultez, mais le sieur Gras a aujourd’liuy dict à mon Irere qu’il y a lettre du païs de Rouergue, portant que le viconte de Panat a esté sur les lieux et y a dict que la piece n’estoit plus à vous ne à M'' de Tliou, nom plus qu’au sieur de Valbelle, et qu’elle seroit au plus offrant. Je luy ay mandé qu’il y avoit eu de l’ei [invoque, et que ce que disoit ce seigneur ne regardoit que la lerme, ([u’il avoit promis faire monter à plus de deux mille libvres, car pour cet effect il la falloit faire dellivrer au plus offrant. Gela vous pourra neantmoings servir d’advis. Mon frere alla voir Monseigneur le Marescbal sammedy à la Tour d’Ayguez, et y fit voz salluts à M"" de la Fayette, comme j’ay faict icy à M‘‘ Gassend, qui vous ressalüe avec mon dict frere trez humblement. Nous avons cez jours passez avec le dict sieur Gassendi laict l’experiance des venes lactées sur le corps d’un homme, plus d’une grande heure aprez qu’il avoit esté pendu par arrest de la coiir^, lequel corps j’avoys faict donner à Messieurs de la Faculté avec ordre d’anticiper un peu l’execution et permission de commancer dez ce soir mesmes la dissection, qui s’en fit dans le tlieatre publique à ce destiné en l’université en presence de plus de 3o ou ko tesrnoings, ce que l’on avoit creu jusques à cette heure estre imperceptible, ([ue dans les corps des animaulx esventrez touts vivants. Mais j’y avoys faict user d’une precaultion, à laquelle j’en attribüe une partie du bon succez, car j’avoys moyenné qu’on fit bien et copieusement disner le patient avant

* Jacques-Auguste de Thou, abbt^ de Bonneval, déjà mentionué, notamment t. II, p. aGG.

■ Scaltrito, c’est-à-dire un homme habile, sagace.

■’ Voir sur cette me'morable expérience le

récit de Gassendi (f. V, p. 4i5-4iG). Peiresc entretint plusieurs autres de ses corres- ])ondants des n'sultats de la dissection dont il avait eu l’idée et qui fut un des grands événements de sa vie de curieux et de chercheur.

LETTRES DE PEIRESG

qu’il eusse notice de sa condamnation. Et cliargeay le chirurgien d’ouvrir le plus diligemment qu’il pourroit le corps , et d’y chercher d’abbord touts les rameaux qui s’inseroient au foye, pour les attacher tant venes, arteres, que aultres vases, et que par ce moyen le chile ou le laict qui estoit dans les venes lactées n’eust pas moyen de s’escouller dans le foye et nous donna le loisir de le voir et considérer en diverses branches prez d’une heure entière, en estant sorti quantité partout où nous les fismes piquer, en sorte qu’il s’en seroit peu recueillir avec une cueiller si nous nous fussions advisez de la faire apprester, mais à vous dire la vérité, nous n’esperions pas de les y rencontrer, et n’avions principalement alfecté cette Anatomie que pour les ieulx; il est vray que je fus d’advis de tenter cela, et n’en fus pas marry. Ce fut mecredy dernier 19“® de ce moys sur les 5 heures et demy jusques aprez six heures. Vous en aurez en son temps les relations. Cependant je seray bien ayse que vous en lassiez advertir Ab Moreau et M'' Bourdelot, à quoy M'' Gaillard , et possible M*’ du Alesnil Aubery seront bien aises de s’employer à vostre descharge, croyant bien que le bon P. Mercene en sera tout aussy aise que les aultres.

Au surplus le Navire Daulphin arriva devant hier à Marseille avec une partie du train de M*' de Marcheville où est entr’ aultres le filz du sieur \itray, mais je ne l’ay pas encore veu, ains seulement le sieur de la Riviere qui ma laict la relation de tous cez desordres de Constantinople grandement ample; M’’ de Marcheville mit pied à terre le jour

Jean Baptiste à Malte, où il print la croix de l’ordre et fut régalé par le Grand Maistre durant une quinzaine de jours fort magnifiquement, j)uis se rembarqua et laissa son train à Messine , ayant prins une felouque pour s acheminer a Rome et de là en cour, d’où il ne debvroit mesbuy estre guieres loiug, s il 11 a faict grand sesjour en Italie, auquel cas il aura envoyé des siens en poste au Boy qui vous pourront mieux faire tontes ces relations que je ne les sçauroys mettre par escript. Et possible ([ne de ceux mesmes qui sont desbarquez à Marseille quelqu’un prendra la poste, ayant appris que le sieur Augus est du nombre, et un filz de l’ambassadeur de Pologne à la Poi-te que son pere bailla à AP de Marche-

ville pour le faire passer en France. Vous verrez des vieilles i-elations que je n’ay pas voulu retenir puis que je les vous avoys une foys destinées, encor qu’elles ne soient guieres de mise aprez les instructions de bouché si an>ples, pour acte au moings de ma bonne volonté à laulte de meilleure matière de revanche de voz continuels bienfaicts. Mon Irere a laict un voyage à Peiresc ^ et y faict une percpiisition non commune sur le mont du Grand Goyier situé dans nostre territoire de Peiresc, que l’on tient estre la jdus haute montaigne de Provence'^. 11 y a trouvé une quarriere de pierres à ayguiser quasi tout au plus hault de ce mont, d’où sort un vent perpétuel qui servira bien aux aultres relations du Ponthiaz et aultres sources des vents J’y renvoyé exprez un mien neveu pour y aller faire d’aultres observations et experiances tant de nuict que de jour, espérant d’en tirer de grandes lumières*. Quand mon frere estoit là liauct, ils avoient les nües et les tonnerres soubs leurs pieds, mais le soleil n’y estoit pas pourtant plainement à descouvert en air pur et serain, ains y avoit des ])etits brouillards à travers lesquels paroissoit le corps du soleil. La liaulteur du lieu et proximité de la moyenne région de l’air faict que le vent s’engendre et se forme

‘ Rappelons que c'est aujourd'lmi une commune du département des Basses-f\l|)es, arrondissement de Caslellane, à 54 kilomètres de Digne. Notons que plusieurs de nos Dictionnaires de géographie, notamment te D/caoHJiaùe d’Ad. Joanne, ont ajouté d'inutiles complications h l’orthographe du nom que Claude-Nicolas de Fahri devait rendre si célèbre. Pourquoi donc, en remplaçant l’î par l’ÿ et le c final par le ijr, se mettre en désaccord avec le propriétaire même de la t'erre de Peiresc, lequel avait dù emjirunter cette dernière forme à de vieux papiers de famille?

^ Le Grand-Coyier a près de 3,ooo mètres de hauteur (en réalité 2,996 ).

^ D’après le Dictionnaire d’Ad. Joanne cité [)lus haut, on remarque dans la commune

de Peiresc mine caverne à deux ouvertures, d’où sort tous les soirs, au coucher du soleil, un petit vent qui augmente jusqu’à minuit et diminue à partir de minuit pour cesser eulièrement au lever du soleiU. Voir dans le registre LUI de la collection Peiresc, à ringuimhertine de Carpenlras (fol. i55- 1 58) . une relation intitulée : Vent du trou du Grand-Couijer, au terroir de Peiresc, etc., 1 634.

' Ou lit dans De cita Peireskii (liv. V, [). 4 16) : ff Heine destinavit Peirescum {sic) versus erurlitum medicum nomine Maliauum, qui in Coyero monte ohservaret antrum, e quo frigidus prodit ventus, tanto minus sensibilis, quanto ad originem acceditur jiropius : cujus modi eli m ohservatus est in liiatu boreo Montis Venlosi."

tvtT.iMi nir *(ATio\.«tr.

non seulement à l’embouclieure de ce trou, mais bien avant dans la quarriere, et fault aller quasi au fonds pour y allumer du feu avec un fusil, auquel endroict il n’y a vent quelquonque, ne trou ou fente qui vienne de plus proffond, la quarriere n’estant gueres plus grande ([u’nne sale de six toises de long. Je ne desespere pas de pouvoir un jour penetrer avec cez experiances différantes, à une bonne partie de la cause des vents. Et ay eu de belles relations du flux et reflux, qui donneront bien de l’exercice aux curieux en son temps. Cependant je fini ray demeurant.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 5 juillet i63/i.

11 fauldra avoir le livre de la France métallique, quelque futilité <iu’il y aye.

J’ay receu le verbal de Bordeaux et le livre de M*" BaudierC que je garderay soigneusement pour l’amour de l’autbeur, bien niarry que par niesme voye ne soit venu un exemplaire des Eclogues de Polybe pour luy faire passer les monts, vous remerciant trez humblement de tant de soing et de bienfaicts.

J’oublioys de vous dire que la chatte est fort bien allée jusques en Avignon , entrant sans constrainte soir et matin dans sa cage avec son ])etit norrisson qu’elle allete puis quattre moys sans jamais avoir faict des petits ne qu’il y ayt eu apparance quelle eust esté pleine. Mais comm’elle se soumit à caresser les petits d’une aultre chatte ainsin que les fillettes à leurs poupées, il semble (jue les petits en la tétant luy ayent faict venir du laict, dont AP Gassend a esté aussy ravy que moy.

Vous aurez des nouvelles du sieur Aguilenqui (lequel s’en est cliai’gé) chez M*' Tiercelin où est adressé un pacquet cy joinct. Je

Siii' lo (■,ai'(liiial d’Anihoise.

[163/i] AUX FRÙHKS DUPUY. 155

viens d’avoir un volume manuscrit Arabe des conciles de Nicée, Constantinople et Epbese, et la préfacé promet encores ceux d’Ancyre, d’Antioche, de Gangres et aullres avec les canons des Apostres, les canons de S‘ Clement et un discours de la vie de Constantin et de la vie de Théodose, mais le livre est assez petit in pour tout cela; vray est que l’Arabe est fort pressé. Ce ne sont que les seuls canons, mais tousjours y pourroit il avoir quelque bon mot et l)ien notable*.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

PRIEUR DE SAIXT-SXULVEÜR,

À PARIS

Monsieur,

Le passage et sesjour de M*" de Marclieville en cette ville depuis mecredy dernier jusqu’à hier au soir qu’il print la poste pour la coui-, m’emporta jusqu’alors tout le temps que j’eusse peu prendre pour vous respondre et entretenir de diverses occurrances, mesmes du maiiuscril Arabe où nous avons trouvé les canons des Apostres en nombre seulement de 3o à la suitte desquels il y en a 84 soubs le nom de S‘ Clement, puis les 20 du concile de Nicée, les 21 de celuy de Sardes, et ainsin des aultres de Constantinople, d’Epbese, de Laodicée, de Gangres et de tout plein d’aultres, mesmes de Cesarée en Afrique. Ajirez quoy il y a comm’ un extraict du code Tlieodosian ou du moins touts les filtres entiers des loix de Constantin, Valentinian, de Tbeodose sur les matières ecclesiastiques de la foy, des églises, et persones ecclesiastiques, des mariages, légitimations et aultres matières qui tiennent du droict divin, ou qui en peuvent dépendre, où les curieux trouveront bien, je m’asseure, de l’exercice tost ou tard; et comme j’estois encor avec luy. Monsieur Petit arriva, et n’est party que depuis quel-

QO .

LETTRES DE PEIRESG

1 üf)

([lies heures ])our vous aller voir aussy, nous ayant eschappé coinm’ un esclair.

Aprez quoy il m’a fallu travailler à des instructions pour une chambre de nosti-e compajpiie sur certaines procedures du conseil, lesquelles m’ont achevé de consumer tout le peu de temps qui me pouvoit rester avant le partement du courrier, de sorte que je ne sçaurois pas seulement relire vostre lettre, ne d’aulcun aultre des amys. J’ay mesmes un ])acquet de M*' Boule avec des mémoires aussy que je ne sçauroys lisre, mais je ne laisray pas de les vous envoyer soubs vostre bon plaisir, croyant bien que vous ne le prendrez pas en mauvaise part, comme je vous en supplie.

J’ay enfin receu le fagot des exemplaires du livre de i\l*' Valoys', avec le volume de AB du Ghesne^, que je l’emerciray au premier jour. Dieu aydant, bien fasché de la perte de sa femme ^ qui me faict le plaindre jusques au dernier poinct que le peult estre celuy qui en recevoit tant de soulagement, et dont le public se prevaloit tant.

M*" Gassend a eu ce qui luy appartenoit, et en escript, je m’asseiire, à M‘ Lhuillier. M'' de la Fayette a ouy voz salluts et céans et chez luy. Je vous addresse un pacquet pour AB le nonce Bolognetti, (jue AI'’ le prevost Aguillenqui ou le lilz du sieur de Gaillard seront bien aises d’aller rendre en main propre si vous ne le voulez faire vous mesmes, à pre-

‘ Les exemplaires des extraits de Polybe, Diodore, etc., destinés aux lettrés de Rome.

^ Scries inictorum omnium, qui de Franconim historia et de rcbun Francivis , cum ccc/esiasticis tum secularihus , ah erordio regni ad noslra usque tempora , etc. (Paris, Cramoisy, iii-tbl.). I.a Jhhliothèque historique de la France {n° i5()36) indi(|uc deuxédilions, une de 103.3, I autre de i035, [dus une troisième édition donnée par le Ois de l’auteur, François (Paris, i6G3, in-iâ), enlin une quatrième édition donnée par Jeau-AIherl Fahricius (Hambourg, 1708).

^ André du Cliesne s’tAait marié en 1 G08 ,

avec Suzanne Soudain; ce lut pour .sa future lemme qu’il a couqiosé l’ouvrage singulier intitulé : Figures mpstiqurs du riche et précieux Cabinet des Dames; où sont représentées au l'if, tant les beautés, parures et pompes du corps féminin, que les perfections et atours spirituels de l’âme (Paris, iGo5, petit in-i 9 ). Suzanne étant morte en 1 63/1 , laissant deux enfants. Du Chesne, comme nous rap[)rend une note de la main de Gaignières conservée, au Cabinet des titres, dans le Recueil do D’Hozier, et dont M. L. Delisle a bien voulu me transmettre co[)ie, respousa, le 9 0 aoust iG35, Valenline de Vaucorlieilî).

AUX FIIKHUS DUP U Y.

sent (jue M^' (le S‘ Snulveiir a prins la sotlaiie (oui de l)oii, à ce (jiie le dict sieur de la Fayette nous en a asseuré, laquelle semble vous ol)li<jer à ([uelquc deflerance à cette charge de Nonce, à tout le inoings jusques à tant que vo/ commissions puissent venir de Rome, ayant envoyé vostre lettre à M*' le sacristain de Valbelle par son neveu le con[seill|er (lez avant hier de sorte qu’il pourra vous escrire par cet ordinaire s’il veult. La pierre nageante du P. Mercenc sera trez belle à voir en son temps avec la relation du lieu d’où elle vient et de la (jualité du terrain (i’alentour. AP de la Fayette m’a dict avoir veu en vostre |)resencc la cueiller d’argent antique du sieur de Alontagu d’Autun. Si AP Gaillard eust envoyé quérir le sieur SuchetL d l’auroit fort facilement nmulée chez le sieur Sergent, et en auroittiré un petit modèle de la juste contenance, dont nous vous eussions bien eu de l’obligation à trez touts. Et si par bazard l’iiomme estoit encores là, possible le permettroit il, quelque jalousie qu’il en puisse avoir, en faisant travailler en sa presance. Il m’a dict encores comme M*" Guiet - trou voit estrange que je m’amusasse à

‘ C’était Joseph Souchet, ou Sucliet, maître fondeur à Aix, qui est mentionné, avec son fils Nicolas, filleul de Peiresc, dans le Testament de ce dernier (à la suite de l’élude de 51. L. Delisie sur Un grand amateur français dit rviT siècle, Toulouse, i 889, p. 3i). Gassendi nomme Joseph Suchel à côté de Jean Lomhard, dans le récit du pesa,qc de l’éléphant amené à Aix en 1 03 1 ( p. 367 ). Lambert ( Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras , t. II, p. 333) indique, dans le registre LUI de la collection Peiresc, une note sur ffle ciment du s' Sucheli). Un archéologue plein de zèle et de mérite, M. Sabalhier (d’Aix en Provence), qui descend par les femmes des Suchel de Peiresc, a bien voulu me communi((uer des papiers de famille où j’ai trouvé les plus exacts renseignements sur les cidèbres fondeurs, ses aïeux, depuis Pierre Suchet, qui obtint le ih décembre 1 627, de Maximilien

de Béthune, grand maître et capitaine général de l’attillerie de France, un brevet de fondeur ordinaire de l’artiliorie, jusqu’à Jaccpies- Joseph -Michel Suchet, fondeur, dernier du nom, décédé à Aix, le 5 juillet 182'). Parmi les papiers de M. Sahathier, où je n’ai rien trouvé sur le filleul de Peiresc, Nicolas, mort peut-être en sa jeunesse, j’ai remarqué, à la date de 1 64 2 , une exemption du logement des gens de guerre accordée par Louis de V alois, comte d’Alais, -colonel général de la cavalerie h“gère de France, gouverneur et lieutenant général pour le Boy en ses pais et armée de Provence, « au profit des hoirs de Joseph Souchet, trvivant fondeur de canons ipii est décédé à Casai en Italie au service du Boy^.

’ Sur François Guiet, voir l. I. p. 643. Après l’impression de cette note, a paru un ouvrage intitulé : Un cercle savant au mu' siècle [le cabinet Dupuy]. François

vous escrire des observations de l’oeuil, mais s’il luy doibt estre permis d’avoir un goust diflerant du mien et qui ne peult ramper si bas, pour avoir de eoustume de voler plus liault, il ne doibt pas estre moings permis de m’en contenter, l’estimation plus ou moings grande de la délectation de l’iin ou de l’anltre ne dépendant que de l’opinion des hommes ^ qui est si subjecte à se laisser emporter au torrent du plus grand concours^ plus tost qu’à une mesure bien examinée et adjustée, ceux qui ne boivent (jue de l’eau n’estants pas pour cela bannis du rang et de l’employ des aultres hommes, bien qu’ils ne jouyssent pas de la doulceur du nectar de la vigne. Je ne pensoys pas pouvoir vous escrire et desja j’en suis à un excez peult estre inexcusable dont je vous crie mercy, demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 1 aoust i634.

Le pacquet pour Monseigneur le Nonce m’a esté envoyé par homme exprez du s*' Honoré de Lirins, et m’escript on que c’est de la part de l’Eminentissime cardinal Barherin. Mais la lettre adressée à moy estoit

(lu 5 avril de Rome, celle de Lirins

(jmjet (tSjS-iGSS) d’après des documents inédits, par Isaac Uri (Paris, Hachette, i886, in -8°). Voir le compte rendu de cette thèse pour le doctorat ès-lettres, dans la Revue critique, en novembre i88G, par le pi'ésent éditeur.

‘ Peiresc a mis en prose le trahit sua queinque voluptas fin bon Horace.

n’estant que du 92 juillet^.

■ L’expression métaphorique a été retrouvée par Littré dans les deux Corneille, La Fontaine, Bossuet, Fléchier, M'"' de Sévigné, M'"' de Maintenon. Cette dernière a dit : rrne nous laissons pas emporter au torrent de la coutume.

^ Vol. 718, fol. 78.

AUX FKÈHES DUPLV.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUV

PRIEUR DE SAINT-SAUVEUR

À PARIS

Voicy Gras mon cousin qui a esté député pour aller deffendre au Conseil à la poursuitte de certaines coinniunautez de cette province qui veullent payer leurs créanciers en fonds de terre. Il a esté bien aise , d’accepter cet employ, oultre le notable interest qu’il y peult avoir en son particulier, pour avoir le bien de vous aller revoir maintenant que le temps a faict r’allentir une bonne partie du sentiment de la douleur de sa perte en la mort desrobée du Prieur de Leons, son cousin, dont il avoit esté si surprins qu’il en avoit esté quasi perclus des principales fonctions de son ame, ce qui le pouvoit avoir faict tomber en des manquements en vostre endroict dont il a depuis eu trez grand regret, et dont il sera bien aise ([u’il vous plaise luy octroyer le pardon que je vous en requiers trez humblement quant et luy, ne passionnant rien plus que de pouvoir dezbormais mériter quelque part en riionneur de voz bonnes grâces en vous servant, s’il le peult. Je vous supplie de l’y vouloir recevoir et me commander aussy bien que luy partout où vous nous jugerez propres à vostre service, comme.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant ser\iteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 2 aoust i634 *.

‘ Vol. 718, fol. 7^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAINT-SAULVEUR

Je vous rends mille Irez humbles actions de grâces de toutes cez belles lettres de Messieurs Grottius et Saulmaise et de M'' de Bonneval que je vous renvoyé, y ayant trouvé une infinité de belles choses à apprendre et que M‘‘ Gassend a esté bien aise de voir aussy, lequel m’a . chargé de vous remercier trez humblement de sa part de l’bonneur de vostre souvenir que vous avez tesmoigné si souvent dans les lettres qu’il vous plaict m’escrire, où je suis certainement bien aise de luy taire voir son nom de vostre main. Cez arretz du Parlement sur les delîaults obtenus contre cez princes et princesses de Lorraine sont bien d’importance et la nouvelle en dernier lieu venue de la réduction de la Motte ^ à l’obeissance du Roy vient merveilleusement à poinct pour l’entiere execution des dicts arrêts. On en a veu icy une relation venue de Dijon qui contient des particularitez assez notables si elles sont bien vrayes com’ il semble qu’on en doive estre assez bien informé là, n’y ayant qu’une journée et demy de distance. Je la vous envoyeray à tout hazard au cas qu’aulcune chosette lust eschappée aux aultres. Car de celles là il semble qu’il n’en lauldroit rien ignorer s’il estoit possible. 11 est venu de Lyon par un courrier extraordinaire de marchands une aultrc nouvelle qui n’est gueres moings importante que celle de la Motte, que Weimar et Home ont faict lever le siégé de Ratisbone et

‘ La Motlie-en-Blézy, commune de la llaute-Mariie, arrondissement de Chaumont, à 25 kilomètres de celte ville. Ràlie au sommet d’un roc escarpé, celte place passa loujj'lemps pour imprenahle. Le sièg-e et la réduction (26 juillet) de la Mothe sont

peut-être, après le fameux siège de la Rochelle, ceux des événements militaires du règne de Louis XIII qui ont fait éclore le plus de plaquettes. Voir dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale [Histoire de France) les n'” 2987, 2990, 2996 h 3oi3.

[163'i] AUX FUÙIIES DUPUY.

faict laisser 8o canons et tout l’altirail Si cela est, le passajje du Cardinal Iid’antne sera j^ueres ouvert. En Alsace le siejje de la Motte a tout liny. Et l’armée du Hoy est en estât de l’empesclier ou de l'avoriser le inaresclial Horn, s’il s’y vient opposer avec les aultres (pii vesloienl desja logez aux advenües. Je me resjouys grandement de l’iionoralde employ de M*’ Grotlius^ et rpie ce soit pendant des heureux succez du ])arty où il s’attache. Quand vous luy escrirez, je vous supjilie de luy faire mes trez humbles recommandations et l’asseurer de mon fidele service.

J’envoyay par voye asseurée à M'’ le sacristain Valbelle vostre pacquet le jour mesmes de l’arrivc'e de l’ordinaire, de sorte qu’il vous aura peu respondre aujourd’buy. Le sieur de Villernus me lit voir l’aultre jour une lettre que le dict sieur sacristain luy avoit envovéc sur les, recommandations à luy faictes de la part de AL de Thon et de vous, dont il estoit fort satisfaict et contant et dont je ne vous doibs pas moings de remerciments.

Au reste le sieur Gras a esb^. député par les créanciers de certaines communautez de ce païs qui les veullent payer en fonds de terre pour se dellendre au conseil du Roy. Et croys bien qu’il ne manquera pas de vous aller voir, et crier mercy de ses desportements trop austères^ et mal gracieux pour tascher de r’aquerir, s’il pouvoit, quelque part eu rhonneur de voz bonnes grâces.

J’oubliay dernièrement de vous advertir (|ue nous avons eu céans (juehpies jours un animal estrange venu de la Nubie, que l’on menoit en Italie, et le marchand me l’a laissé en depos tandis qu’il ap])r(istoit le chargement de la barque sur laquelle on le doibt porter, pour en examiner le naturel aultant que nous pourrions. Il a le corsage ou cor-

‘ La nouvelle élait fausse, et loin de faire lever le siège de Ualishonne, le iluc de Weyiiiar et le maréchal de llorn durent se nisigner à laisser les Impériaux renverser de leur puissante artillerie les fortifications de cette ville (20 juillet t:l jours suivants). '

* Grotius venait d’étre nommé amhassadeur de la reine de Suède auprès de la cour

de France. Il lit son entrée solennelle à Paris le 2 mars de l'année suivante.

^ Aml'ere est ici employé dans le sens primitif A'àpre, aslriiiirent. Liltré rappelle (|u’Amhroise Paré a parlé d’un gros vin noir et austère et (jue Du Gange a cité un texte du xiv* siècle où austère signifie violent.

IMPRIIILIIIS XATIO^ALC.

])uleiice et gracilité ^ des membres d’un cerf, le manteau, la queüe et les cornes d’un boeuf, et le nomme t’on sur les lieux, un AL- Zx\RO]\ Ses cornes ont des nerveures tournées en limaçon c|ui leur donnent quelque ornement; elles sont posées sur une base couverte du mesnie poil de la beste, d’extraordinaire baulteur pour la petitesse des cornes qui ne sont pas de plus d’un pan de long, et cette commune base a quasi un demy pan de baulteur. L’animal a esté prins fort petit au laict et dict on qu’il n’a pas un an entier. Mais noz bergers plus expérimentez sont d’accord qu’il nepeultpas avoir deux ans et le jugent d’un an et demy sur les marques des dents, des cornes, des bouttons et des ongles. On escript de Thunis que les cornes croissent à une desmesurée longueur, ce quej’ay de la peine à croire, parce que plusieurs en ont veu qui ne les avoient guieres plus longues. Tant est que je l’ay faict portraire de la main de M*' Fredreau qui est venu exprez en cette ville, et par occasion je luy ay faict desseigner les fibules antiques et l’infibulation^ représentée sur un ouvraige antique, mais com’il est fort petit, s’il se veult donner la patiance je le luy feray réduire'^ en grand. Je differeray à une aultre commodité pour en envoyer les desseins. Aussy bien me fauldroit il escrire à M’’ de Saulmaise, dont je n’ay sceu desrober le temps à mon grand regret. Je luy envoyeray par mesme moyen le dessein du Papyrus avant que sa houppe se soit confondüe. Et cependant je vous supplie d’excuser le papier qui me manquoit, ayant prins une leuille couppée que je pensois estre entière. Et mon homme n’est pas icy pour m’en donner d’aultre, demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 7 aoust i63/i.

' Sous le mot gracilité Littré n’a cité aucun auteur.

^ Sorte d’antilope, {jazelle. Voir la description qu'en donne Gassendi (livre V, p. On trouvera diverses par-

ticularités sur ['aluiron dans les Lettres de

Thomas d’Arcos (fascicule XV des Correspondants de Peiresc, Alger, i88^ , passim).

^ Au sujet de ce mot (s’appliquant à un cas tout particulier), Littré n’allègue qu’une phrase de lîuiïdn.

Réduire , dans le sens de ramener.

[IGS'i] AUX FKÈllES DUPUY. I(i3

Encores que le sieur Perrin soit de retour icy, Messieurs les Moreaux ne laissent pas de recevoir des balles aussy souvent que de coustume, par le moyen du sieur Guillebauld à la Balance, dans la Vallée de misere où logeoit le dict sieur Perrin, de sorte que quand vous aurez quelque chose à me faire tenir, il ne fauldra que le faire consigner au dict sieur Guillebauld, M'' Gailhard s’en chargera volontiers, son logis n’en estant pas esloigné. Il y a encor un aultre marchand nommé Prosper Gassendi, vostre voisin, qui a ses adresses à la rüe Aubery le Boucher à l’enseigne de la ville de Gambray, (pii envoyera diverses balles entre cy et la S‘ Michel, et sera bien aise d’y mettre tout ce qu’on vouldra pour mon compte.

Je vous recommande la lettre pour M*" le Premier President et les paquets pour Bordeaux et pour M*" Gailhard V

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAIM-SAULVEUR ,

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despesche du x""^ où nous avons apprins une infinité de bonnes choses et eu la commission de M*" Barrillon^ qui est bien importante et la harangue de Francfort qui ne l’est pas moings, iNPde Feuquieres^ y ayant dict et porté des paroles de grande consequance de la part du Roy. Nous avons depuis apprins par des courriers extraordinaires des lù et 1 que la pauvre ville de Ratisbonne avoit esté con-

‘ Vol. 718, fol. 76.

’ Jean-Jacqiies de Barillon, président au parlement de Paris, père de Henri de Barillon, le fameux évêque de Luçon.

’ Manassès de Pas, marquis de Feuquières, né à Saumur le 1" juin iSqo, mort h Tliionville le 1 A mars 1 64 0 , avait été

envoyé comme ambassadeur extraordinaire près des cours protestantes de l’Allemagne. Voir sur le général diplomate un article de M. C. Port dans le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et- Loire (t. in, 1878, p. 55-56).

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