‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 9 sur 75 · AUX F H K U ES DU F U Y · texte numérisé non relu

AUX F H K U ES DU F U Y

qui est merveilleusement délicate, puis qu’elle a prias la petite en si grande amitié.

Je ne doubte pas que M*" de Cordes et d’aultres ne trouvent de Irez bonnes choses à observer dans cez volumes de Panvinius ^ et si voz libraires ont le courage d’en entreprendre l’édition'-^, je ne pense pas qu’ils n’en fassent une trez grande debitte^, par toute l’estendiie du commerce plus ordinaire des livres. Vous en ordonnerez ce qu’il vous plairra. Le Pentateuque Arabe des Samaritains sera inutile si l’on ne faict estât d’im])rinier tout le tritaple des dicts Samaritains tant en Arabe et Syriaque (ou Samaritain comme le veult nommer le P. Morin) qu’en Hébreu, ce qui eust mérité un volume entier à part, imj)rimé par colonnes triples, avec les versions latines de cliascun texte ou paraphrase. Au<[uel cas, ce qui manque en mon tritaple, qui est le plus ancien de touts les manuscrits qu’on a en main, se pouvoit suppléer, poulie Syriaque du texte du cavalier P[ietr]o délia Valle, et pour l’Arabe de celuy cy que je vous ay envoyé en dernier lieu. Mais si M'' Le Jay se trouve tant surchargé de fraiz et de pertes ou gain cessant dillicilement pourra t’il faire cette entreprinse, et quelque aultre un jour sera plus courageux que luy.Et y a des gents d’honneur qui m’en ont faict faire quelque ouverture si je veulx soulfrir que l’édition s’en fasse hors du Royaulme, à quoy je ne consentiray pas volontiers (jue je ne voye (|ue l’on n’y veuille poinct entendre à Paris C’est pourquoy je vous supplie de vous en informer soubs main, et m’en escrire vostre ad vis.

Le filz de \itray est party de Marseille depuis hier pour aller à Paris avec touts ceulx qui y restoient du train de M‘' de Marclieville, excepté le sieur Augus et son filz qui demeurent à cause de certains

‘ Des volumes manuscrits (rOnu])lire Panviuio qui contenaient son important traité de cærimoniis curiw rommue.

* Les libraires de Paris n’eurent pas ce courage, et les manuscrits du savant antiquaire sont encore inédits.

■’ Nous avons déjà vu plus haut débite pour l’eate (lettre IV).

* On aime à trouver d'aussi patiiotiques sentiments nuis à tant d’autres belles qualités.

arrestetnents ^ qui ont esté judiciairement formez sur ses hardes, ])our le payement des Nolis^ du navire sur lequel il s’en est revenu de Gonstantino])le jusques à Malte, et tout son train jusqu’à Marseille.

Monsieur Moreau aura de la peine à persuader son advis contre celuy de M‘' de Saulmaise^. Je ne vous sçauroys envoyer de ce coup cy les desseins des libules que j’ay faict portraire par ce que je les fais coppier, et le peintre n’y a ])as faict la diligence qu’il avoit promise. Je me resjouys bien de l’employ de M"" Rigault en cette charge de procureur general en la chambre souveraine de Nancy, et encores plus de celuy de M’’ du Puy voslre frere en la visite et examen des papiers, m’imaginant qu’on y debvroit retrouver le mariage de nostre Roy René avec riieriliere de Bar et de Lorraine, et l’erection de la duché de Bar que l’on avoit tant cherché jusques icy. Je crains bien toutefoys qu’on ne les ayt voulu faire perdre et possible brusler, à cause des clauses de reversion à la couronne en deR’ault d’hoirs masles. Vous m’avez bien laict plaisir de m’envoyer cez aultres troys exemplaires en fin papier du libvre de M'' de Valoys, qui ])ourroient bien passerai! loing; espérant (juc M*' de Rossy aura soing de les nous envoyer icy bien tost et vous remercie de la peine et des aultres livres que vous y avez joincts, tant du P. Me rcene que aultres. J’ay veu bien volontiers la petite relation (pie je vous r’envoye et la suitte ne seroit pas moings bonne à voir s’il esLoit loisible. Si nous voyions le sieur Mazzarini'*, je la luy feroys laire insensiblement, et prendrais volontiers la peine de l’escrire ajirez sur son récit, comme je prétends bien avoir de luy, quand il fera sa charge de vice légat d’Avignon, sa relation entière des Iraictez de la

‘ Liltre, sous le mot firrestation , fait remarquer que le vieux français avait aresloison, arestenient, aveslance, arestée.

^ Pendant que Peiresc écrivait nolis ( Li ttré ne cite sous ce motcjue l'Ordonnoiice pour lu marine (V août 1 08i), Malherbe écrivait tantôt nnulis et tantôt noie (de Pitalien iwlo). Voir le LcjcKjue de la langue de Malherbe (tome V des OE livres complètes, i8ü(), j). Ô07). Le

Dictionnaire de Trévouæ indique les variantes naulage , naulis, naulisseinent , nolis, et ajoute qu’on appelle ainsi sur la Méditerranée ce (îu’on appelle/ret sur l’Océan.

^ Son avis relatif à la signiücation du mot acia, lequel, comme on l’a déjà vu, fut l’objet d’une interminable querelle entre les savants de la première moitié du xvii' siècle.

'* Le futur cardinal et ministre.

[1634] AUX FHKRES DUPUY.

paix d’Italie où il est intervenu si souvent. Cependant je vonldrois bien savoir au vray tout ce ([ue M'' de Lomenie a recueilly, pour me servir de subject et de matière à s’enquérir et enjjager si je puis à une plus exacte relation. J’en ay bien eu les articles cy devant à diverses ))ieces à mesure qu’on les lascboit, mais cela qui est advenu de nostre temps, et qui estoit d’une si grande importance meriteroit bien d’estre mis en un recueil de suitte, avec touts les pouvoirs et actes en dépendants, et surtout avec touts les articles secrets et enregistrations s’il en a esté faict aulcune quelque part à cause de l’acquisition de Pignerol. Et je feray volontiers la despence de cette transcription bien au net et de suitte, et le plus tost que vous me le pourrez envoyer sera le meilleur. Je vous remercie trez humblement de la lettre de Constantinople que je vous r’envoye avec la relation de Rome et vous suis plus redevable que je ne sçauroys dire de tant de bienfaicts. Le supplément du factum de Grandie!’^ est encore bien joly, et me faict estonner de riiumeur de M’’ de l’Aubardemont '^. Vous verrez une relation de la mort de Valstain

’ Sur Urbain Grandier, qui allait monter sur le bûcher (juatre jours plus tard (i 8 août), on trouvera de très nombreuses indications dans une plaquette qui contient une relation de son supplice par Ismaël Boulliau, tirée des manuscrits de l’Inguimbeitine, et imj)rimée sous ce titre : Document relatif à Urbain Grandier (Paris , Alpb. Picard ,1879, in-8"). Les pièces publiées sur ce sujet en i634, i635, sont énumérées dans le Cataloffiie de la Bibliothèque nationale , llintoirede France ( t. II, n”’ 3oi5 à 3o98). Le supplément du factum est ainsi indiqué sous le n“ 3017: Remarques et considérations serrant à la justification du curé de Loudun, autres que celles contenues en son factum (s. I. n. d. , in-4°). Le factum (n“ 3oiG) porte ce titre : Factum jmir maître Urbain Grandier, prêtre, curé de l’église S. Pierre du Marché de Loudun, et l’un des chanoines en l’église de Saincle-Croix dudit lieu (s. I. 11. d., in-4”).

ni .

^ Sur le conseiller d’Etat Jean Martin, baron de Laubai'demont, mort en mai i653, aucune notice spéciale n’a encore été publiée. A propos de ï humeur dont Peiresc s’étonnait, rappelons la célèbre phrase de Sainte-Beuve, toute jileine d'une éloquente indignation {Porl-Roijttl , t. I, p. ûgS): «M. de Laubardemont, ce commissaire de nom infamant et d’odieuse mémoire, encore tout noirci du bûcher fumantd'Urbaiu Grandier, les y vint interroger tous, depuis Le Maître jusqu’aux enfants de huit ou dix ans qu’on y élevait. . . n — üe[)uis (|ue celte nob' a été rédigée, une petite notice sur frJehan de Martin de Laubardemontr) par M. Hovyn de Trauchère a paru dans la Statistique générale du département de la Gironde, de M. Edouard Feret (Bordeaux, 1889, grand in-8*, p. ^87).

Voir encore sur ce personnage une note des Petits mémoires inédits de Peiresc ( Anvers, 1889, p. 19).

ai)

IVPItlMCAiC RATlONALt.

bien particulière; je ne sçay si elle est bien véritable. Et suis tousjours avec M*' Gassend,

DE Peiresc.

A Aix, ce i4 aoust i634 *.

À .MONSIEUR, MONSIEUR DU PUV

PRIEUR DE SAINT-SAULVEER

À PARIS

Monsieur,

Vostre despesclie du 17“*^ est vende accompagnée comme de coustunie de tout plein de belles curiositez aussy bien que de bons advis dont je vous remercie trez humblement, comme faict mon frere de ce que M”" de Thou et M‘‘ du Puy vostre frere et vous Monsieur avez tant de bonne volonté pour luy, et vous donnez tant de peine à toutes heures sans que nous Payons mérité. Si j’en eusse esté creu, il eust faict instance pour empescher qu’il ne fusse mis sur le tapis, pour laisser là ce monde (jui ne vault pas la peine d’estre servy, et qui persequte tousjours ceulx qui le servent. Mais il y a de la fatalité quelque foys en la rencontre de telles occasions dont on a peine de se despestrer, cette lascbeuse affaire^ ayant esté en partie cause de tout plein de mal entendu tout de nouveau entre les puissances qui ont de la direction en ce païs, dont j ay grand regret. Et suys bien aise que M’’ de Thou ne se soit pas trouvé en cour en cette conjoncture. Je vous remercie aussy trez humblement de la communication que vous m’avez voulu procurer de cez beaux vases antiques nouvellement desterrez à Quentin^,

‘ Vol. 718, fol. 7g.

’ Le coiillit entre le gouverneur de Provence et le parlement d’Aix.

^ Probablement Saint-Quentin, chef-lieu d’arrondissement du département de l’Aisne , à 5o kilomètres de Laon.

[I63'i] AUX KHÈHUS DÜPÜY.

mais s’ils sont de matière fragile, j’auroys grand regret qu’ils se rompissent par les chemins, s’ils ne viennent par aultres voyes que celles du charroy, et vauldroit mieux faire de par delà des modelles de fei‘ blanc de la mesure de leur cappacité, pour ne pas courir cette fortune de les perdre ou voir casser par les chemins, car sur les modelles je verray bien s’il y a rien qui ayt apparance d’affectation d’aulcune mesure. Ce fut M'" Valois de vray qui m’envoya dernièrement un dessein d’un vase, mais il estoit de bronze et par conséquent moings fragile et avoit son ance aboutissante à une main qui presse ou tient une graspe de raisin. Mais sans voir le modelle de sa contenance je n’en sçaurois rien dire qui vaille. Ce vase de verre où le R. P. Sirmond a trouvé l’empreinte de la médaillé de Vespasian recognoissable mérité bien d’estre conservé, et de n’estre pas bazardé à un si long chemin. J’en donnay un à M*" de Lomenie un jour qu’on m’avoit apporté d’icy dans un grand estuy par un homme de pied, qui arriva fort bien conditionné quoy que le plus grand que j’eusse jamais veu de verre, et si jamais je refaisoys de voyage de par delà, j’auroys la curiosité de le faire mesurer, s’il est demeuré jusques à cette heure en son entier, pour voir si ce n’eust poinct esté la mesure de l’urne ou de l’amphora. Car cez anciens ohservoient souvent les mesures réglées aux vases de verre et de terre comme en ceux d’aultres matières plus solides et moings fragiles, quand c’estoient ouvrages de bonne main; ceux qui estoient plus grossiers, pour l’usaige de gents rustiques, ii’y regardant pas de si prez au moings si constamment. Je feray faire le dessain du trépied, et seroys bien aise d’apprendre si le AP Buysson qui le demande n’est pas celuy que M" du Ghesne m’avoit une foys adressé, qui fit le voyage d’Italie avec le cardinal de Bagni et un gentilhomme llamand. Cez peintres sont si faultifs en leur parole que je n’ay encores peu venir à bout des desseins de cez fibules antiques dont ils m’avoient faict esperer l’expedition troys semaines ou un moys y a. Je croys pourtant que dans cette semaine nous en pourrons sortir Dieu aydant une bonne foys pour toutes, si je ne me trompe. Aprez cela je verray de faire coppier le griffonnement que j’ay faict retenir de cet Alzaron que le mar-

chaMcl est venu reprendre pour l’emmener en Italie, ne doublant pas ([ue le voyage de Paris ne luy eusse peu estre plus utile, mais je pense (ju’il debvoit estre engagé de parole en quelque façon du costé d’Italie. Je plains bien le pauvre ]\P Pelaut, mais puis qu’il estoit réduit à cette extrémité, il falloit desirer qu’il en fusse quitte de quelque façon que ce peust estre.

M*" de Fayette [sic) et Gassend vous ressaluent et je demeure de toute mon alfection.

Monsieur,

vostre irez bumble et liez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 29 aoust i63A ‘.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUV

PRIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

Par vostre despesche du 2 5“*® j’ay apprins le favorable accueil que vous avez daigné faire au sieur Gras, et le pardon que vous luy avez si libéralement octroyé de son mauvais procédé, en quoy vous avez monstré vostre générosité et desbonnaireté tout ensemble, et avez obligé quant et luy touts ceux qui luy appartiennent, dont je vous remercie Irez liumblement. Mais . je suis tousjours de mon premier advis, que la persévérance vaincra toutes les diliicultez que vous avez rencontrées à Rome sur vostre commande et que vous l’aurez infailliblement. Nous attendrons de par deçà le cardinal Bischy, et si nous avons le bien de voir M"^ de Guibbeville vostre neveu il ne tiendra pas à

' ^ol. 718, fo'. 81. la dcsaj’réable ailaire que ce neveu eut à

Sur ce neveu de MM. Lupuy, qui tHail Carpentrns au sujet de l’enlèvement d’une attaché a la maison du cardinal Richi, et sur jeune lille de cette ville, M**' de Valerne,

[103/1] AUX URKHKS DÜPUY. 173

nous que ne le «servions s’il nous est possible Je vous renvoyé la lellre de M'' Saulmaise, où j’ay veu bien volontiers rainandeinent de sa santé, et l’esperance de l’einploy de M"" Grottius si bonorableinent en Fiance où je Taymeroys bien mieux de beaucoup que dans la vicissitude de cez guerres civiles d’Allemagne où l’on tient qu’il y a bien de la peine à r’adjuster bien cez aversions des protestans de la confession d’Auspourg contre les Calvinistes, m’estonnant que le Duc de Saxe se face tant tirer l’oreille puis que le cbancellier Oxenstern est des siens et n’est pas liiy mesines, ce dict on, bien exempt de cette aversion. Et je sçauroys volontiers si cez Ducs de Weimar sont Calvinistes ou non, et enfin lesquels sont les plus opiniastres à la confession de Geneve, et lesquels non. M'’ Godefroy eust bien sceu cela s’il n’est party pour la Motte mais je croys qu’il s’y sera desja acheminé puis qu’il a voit touché argent et que cez choses là ne doivent pas estre différées tant qu’on peult. INe voyant l’heure d’entendre qu’il en soit de retour et si les pièces du Bar s’y seront trouvées ou non, et spécialement le premier mariage de nostre bon Boy René. Je seray bien aise d’avoir ce livret in h° de diverses relations de Pignerol, de l’autheur du Mercure Françoys*, n’ayant aulcune souvenance de l’avoir reccu. Et attendray en bonne dévotion l’extraict que vous me promettez de voz recueils sur ce subjet.

On me demande d’Italie le XIX tome du Mercure Françoys, et croys bien qu’il n’est pas encor achevé d’imprimer, au moings on n’en sçait rien icv.

voir le fascicule VIII des Corrcxpoudaiils du Peiresc (i 885 , p. 6-i ^ ).

' Peiresc, lenant, un peu plus tard, sa promesse, travailla avec tout le zèle imaginable à arranger l’alTaire dont il vient d’être (|ueslion dans la note pr»-cédente.

* La locution n’a été trouvée par Littré (pie dans des écrivains postérieurs. Dancourt, llamilton , Molière, Scarron.

’ I-a place forte qui venait d’être prise et

où Godefroy était chargé d’examiner les [lapiers des Archives relatifs aux choses de Lorraine.

'* Un des frères Richer, continuateur (de i6o5 à i6.35) de la Chronologie de V.-P. Cayet. Le Mercure françots lut continué par Eusèbe Henaudot. f.es volumes |)uhliés par J. et E. Richer, puis par Renaudot forment une série de aS volumes in-8°.

Cet arrest contre le curé de Loudun ^ est bien fulminant^ et mémorable et la confession de son mariage prétendu ne l’est pas moings, en consequance de son livre contre le célibat des prebstres. Je suis bien aise que M‘’ des Cordes ayt trouvé du goust dans les volumes du Panvinius^ et déploré bien vostre pauvre université dans sa calamité prescrite qui accroche tant de bons ouvrages. Ayant esté bien aise d’apprendre l’esperance que M*’ Le Jay a prinse d’achever sa Bible avant l’assemblée. Car on m’avoit dict qu’il y en avoit encores pour dix huict moys pour le moings. Et croys prou qu’il n’y aura pas grand danger de retirer si faire se peult les livres que Vitray avoit de vostre main, s’ils ne luy servent plus comme il y a apparance, ou du moings qu’il les vous baille sauf à les reprendre chez vous s’il en avoit encor afl'aire, de peur de touts sinistres événements. Il ne m’a jamais escript depuis les avoir receus. Ce qui ne sentoit pas trop bon. Et ne pense pas que le sieur Gabriel Sionita s’en serve plus que luy ne que le P. Morin songe plus guieres à cez Pentateuques Samaritains tant du s" P° délia Valle que des miens. Toutefoys je pense qu’il sera de meilleure foy que les aiiltres. On me demande d’Italie le portraict de Nicolaus Boerius^ qui

' Arrest de condemnation de mort, contre maistre Urbain Grandier, prestre-curé de l’église Sainct-Pierre du Marché de Louduii , et Vun des chanoines de l’église Sainte-Croix dudit lieu, altaint et convaincu du crime de magie, et autres cas mentionnés au procès (Paris, Estioniie Hebeii et I. Poullard, i634, in-S”).

■ Accablant, écrasant. Dans le même sens Bossuet a dit : tr cette censure ne laisse pas d’être fulminante Par l’arrêt du 1 8 août 1634, Urbain Grandier fut déclaré rr atteint et convaincu du crime de magie, maléfice et possession arrivée par son fait ès personnes d’aucunes religieuses Ursulines et autres séculières Par cet arrêt, exécuté le même jour, il fut condamné ffà faire amende bonorable, ensuite à être brûlé vif avec les pactes et caractères magiques qui étaient au

greffe, et le livre manuscrit qu’il avait com- [)osé contre le célibat des prêtres^. Ce manuscrit a, de nos jours, été publié par R. Luzarebe: Traité du célibat des prestres (Paris, Pincebourde, i866,in-i8).

^ Les manuscrits d’Onuphre Panvinio, déjà souvent mentionnés.

'* Nicolas Bobier, Boyer, où mieux Bouyer, naquit à Montpellier en mai 1 4 ûq , fut avocat à Bourges, j)uis conseiller au grand conseil, enfin président au parlement de Bordeaux. Il mourut dans cette ville le i3 juin iSBg. Son testament a été publié dans le tome XXlll des Archives historiques du département de la Gironde (111-4“, i883, p. 273-280). Dans ce document le magistrat prend les noms et litres de Nicolas Bouyer, cbevalier, vicomte de Poumys [alias Pomiers).

[1634] ALX FRÈRES DUPUY.

a escript en droict^; s’il se trouve je pense bien que ce sera dans la bibliothèque de M" de Tliou plus tost qu’ailleurs, auquel cas je seroys bien aise d’en pouvoir envoyer une coppie à buille, ou en telle aultre façon que se trouvera cette image Nous n’avons icy aulcunes nouvelles du païs, quoy qu’on face bruict de certaines trouppes Espagnoles du costé de Barcellone où le Roy d’Espagne estoit attendu. Et adjouste t’-on que M" de Savoye arme puissamment, mais tout cela n’a pas encores de grand fondement, et je demeure.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc. ’

A Aix, ce 5 septembre i63/i

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUV

PRIEUR DE SAl?iT-SAULVEÜR ,

À PARIS

Monsieur,

J’ay esté bien aise d’apprendre par voz dernieres du 3 o du passé le relasche agréable que vous alliez vous donner aux cbatnps aprez des occupations si serieuses et si charmantes qui vous debtiennent si continuellement chez vous dans l’air de la ville, et dans les incommoditez qu’il traisne quant et luy. Cependant je vous ay bien de l’obligation des beaux vers de M*^ Bourbon à M'" de Roissy que j’ay incontinant faict

* Voir la liste de ses ouvrages dans les Mémoires du P. Niceron (t. Xldll, p. 5à). Le plus connu fut celui-ci : Decisiones aureie in Burdigalemi scnatu discussœ ac promulgatœ (Lyon, i558, 2 vol. in-fol.). En tète est Vita Nicolai Boern, celebris jurisconsull' , par le conseiller Jean d’Alesine, éditeur du recueil. Cette notice a été reproduite dans

les éditions de Francfort (1674), de Lyon (iSgS), dans le: De vitis junscomultorum que publia Leicker (Leipsick, i686,'in-8°).

^ Le portrait du président Bouyer (donnons-lui le nom qu’il se donnait lui-môrae) n’est pas mentionné dans la liste du tome IV de la Bihlioth'cque historique de la France.

^ Vol. 718, fol. 82.

passer les monts, sur les remerciments que m’avoit faict le cardinal Barberiii des aultres pour M" le p[re]s[ident] de Mesmes^ si particuliers qu’il estoit bien aisé à juger sans qu’il le dist plus expressément que le Pape son oncle les avoit \eu volontiers et j’ay creu qu’il les verroit encores plus volontiers assemblez comme ils sont à cette beure^ avec ce beau préambule pour la poesie des vieillards, qui lu y peult si bien convenir, J’ay creu que puis que l’imprimeur y est nommé Robert Sara au bras d’HerculeS vous m’en pourrez obtenir quelques aultres exemplaires comme je vous en supplie. Je vous remercie trez bumblement de cez nouvelles dont il vous a pieu nous faire part, lesquelles en peu de paroles présupposent bien des alfaires de grande conse- (piance. Et mesmes aussy de celles que nous avons apprinses dans la lettre de M‘‘ Groltius qui est si belle à voir, et où le vray succez et motif des alfaires d’Allemagne est escript si naifvement.

Il est arrivé depuis hier un extraordinaire du 5"’*^ de ce moys, qui dict la résolution de Fi-ancfort pour la l’emise de Pliilipsbourg, de Golmar, et aultres places de l’Alzace au Roy, moyennant l’entretien de '2 0 mille hommes aux Suedoys, qui leur peuvent estre aussy bien employez du moings que les 1 2 mille hommes que promet l’Espagne à Monsieur contre la France par un traicté qui s’est veu de par deçà, grandement scandaleux et déplorable. 11 adjouste que Puylaurens se marie à l’une des tilles de la Princesse de Chiniay'^, ])our mieux lyer

' Messieurs de Mesmes dtaient les dé- ^oués protecteurs de N. Bourbon. M. R. Ker- \ iler, dans son étude sur la vie et les travaux de cet académicien (Paris, 1878, p. 38), a rappelé que, dès iGa3 , le poète, composant une épître élégiaque sur la mort de Scévole de Sainte-Marthe, s’était jdaint de la violence (pie J.-J. de Mesmes et le conseiller au parlement Jean Pinon lui faisaient en l’obligeant à rompre le silence, à invoquer de nouveau les muses.

^ Urbain VIII, poète lui-même, aima les beaux vers jusqu’à ses derniers jours. Il dut

être charmé de trouver parmi les nouvelles poésies de N. Bourbon un chant de triomphe en l’honneur de saint Jean à la Porte latine.

^ Poematia exposita ( Paris , Robert Sara ).

La marque typographique de Robert Sara n’a pas été figurée dans le Manuel du libraire.

“ Puylaurens, réconcilié avec Richelieu, allait épouser, au mois de novembre suivant, M“' de Pontchâteau, nièce du cardinal. Le 7 décembre , il prêta le serment de duc et pair, la terre d’Aiguillon (Lot-et-Garonne) ayant, en sa faveur, été érigée en duché-pairie.

[1634] AUX FRÈRKS DUPUY.

la partie de ce costé là. Et une roiitte de l’arrière garde du Hoy de Hongrie par Weimar joinct à l’Horne et aultres du party et le siégé par l’Infant d’une place sur le lac de Constance, dont le temps nous esclaircira bientost Dieu aydant, alléguant l’arrivée d’Arnand à la Cour pour ce subject du costé d’Allemagne. Pourveu que ce ne soient les advis du sieur de l’Isle de Strasbourg, il n’y aura pas à se plaindre de celuy cy comme de l’aultre.

Vous avez fort bien jugé que le livre de AP Bergeron méritera de passer en Italie b où je seray bien aise d’en envoyer s’il vous plaict jusques à troys exemplaires, en diverses mains de persones qui ayment grandement de telles relations principalement de celles qui viennent de si bonne main que de Alonsieur Bergeron, à qui je ne manqueray pas d’en faire mes humbles remerciments, par cette mesme voye si je peus. Vous remerciant encores du soing de bailler mon mémoire aux libraires de Francfort; si j’eusse creu qu’ils eussent eu tant de courage, je vous eusse prié de les charger d’une coupple d’exemplaires de cez eclogues de Polybe, pour le bonhomme Scbikard, et un aultre bien curieux de cez pais là, mais possible que le commerce sera dezborsmais plus libre jusques là, si le Roy est une foys en possession de l’Alzace anssy bien que de la Lorraine. Pour le moins l’addresse de AP Grottius y sera bien commode, pour de là faire tenir quelque cbosette aux environs de Francfort. Sur quoy je finiray demeurant tousjours.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce xii septembre

.le vous recommande le pacquet pour AP Gaillard où je luy recommande une afl'aire qui importe bien à un de mes meilleurs parens et amys. J’escripls à AP Valloys, à AP Bergeron et à AP Petit, et croys que

‘ Relation des voyages en Tarlarie de frère Guillaume de Rubruquis , fr. Jean de Plan- Carpin,fr. Ascelin, etc., le tout recueilly par Pierre Bergeron (Paris, L. de Ileucjueuvillc, i634, petit in-8°).

in. 2 3

INPItlIlCBIE lATlONALB.

ledict sieur Gaillai d seroit bien aise de se charger de leurs lettres j3our avoir occasion de les aller voir.

J’offre à M*" Petit un Plaute manuscrit recouvré depuis peu, pour luy r’amentevoir le sien, et vouldrois bien que M*" MoreP luy eust remis l’autographe de Passerat^ et qu’il songeast tout à bon d’en faire une édition digne de l’nn et de l’aultre; aydez moy à l’y disposer.

M*’ de la Fayette et M‘' Gassend vous ressaluent de bon coeur comme faict mon frere lequel est bien incommodé d’une Gholique Renale depuis quelques jours, et est bien tousjours vostre serviteur^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

PRIEUR DE SAINT-SAÜLVEÜR

À PARIS

Monsieur,

Depuis l’arrivée de nostre dernier ordinaire qui m’apporta voz despesches du i et 1 5“®, il n’a pas esté en mon pouvoir de songer à faire une pance d’A^ pour respondre aux amys, tant on m’a diverty ailleurs quoy que bien contre mon gré, dont je vous supplie de me vouloir excuser et faire tenir pour excusé à ceux qui s’en pourront plaindre. A la bonne heure je m’estois mis à escrire à M*" de Saulmaise le jour de S‘ Mathieu^ une assez longue lettre que j’achevay le lendemain, car je n’y eusse peu vacquer depuis, comme j’ay eu de la peine à pouvoir seulement lisre la lettre qu’il vous a pieu m’envoyer en dernier lieu de sa part, à laquelle je respondray Dieu aydant par le prochain, et ne manqueray de luy envoyer le manuscrit Arabe par le

‘ Le célèbre imprimeur déjà mentionné.

* Le savant humaniste avait eu le projet de donner une édition de Plaute, et le travail qu’il avait préparé était resté aux mains de ses amis Morel.

^ Vol. 718, fol. 83.

' Littré n’a cité, au sujet de cette locution, qu’une phrase de Voiture tirée de la lettre CLXXXIV.

^ septembre.

[1634] AUX FHÙHUS DUPUY.

premier amy rpii partira . J’ay aussy receu par un homme de pied le vase de verre fort bieti conditionné, et par le sieur Gassend marchand de cette ville le livre des Médaillés de France du sieur de Bié\ n’ayant eu loisir d’examiner le dict vase comme je feray Dieu aydant bientost pour le vous renvoyer incontinant qu’il s’en présentera de commodité, lesquelles il ne fault pas laisser eschapper, car elles sont plus rares que pour l’envoy d’aultres choses moings fragiles. Cependant je vous en remercie trez humblement à l’advance, ayant pris grand plaisir de le voir, et ne pouvant assez admirer vostre courtoisie à m’en procurer la communication nonobstant le grand danger de sa fragilité par un si long chemin, dont je vous suis et seray à jamais redevable et à celuy ù qui il appartient, qui est trop noble et trop genereux d’avoir ainsin bazardé chose si exquise et dangereuse. Et quand il vouldra que je sçaiche son nom, je tascheray de le servir en revanche si je peus aussy bien que vous. J’ay receu d’Autun des lettres des sieurs Venot et Montaigu, avec des modelles de ces deux cueillers que je n’ay encores peu examiner non plus que vostre vase non sans mortification, je vous en asseure, mais j’espere demain ou aprez demain. Dieu aydant, d’y passer quelque heure et à la visite d’une caisse de vases nouvellement arrivée de Rome depuis deux jours, quoy qu’elle fust à Civita Vecchia puis la fin de juin, crainte des corsaires; encores la barque eut la chasse par les galères de Bezerty^ assez prez de nostre coste. EU’ est venue avec le caresse et les hardes du sieur Mazzarini que l’on dict avoir prins aultre routte. Nous attendrons en bonne dévotion l’Em, cardinal Bischy et encores plus M"" de Guibbeville vostre neveu, et vouldrions bien avoir les moyens de le bien servir icy et à Rome.

Mon frere, nonobstant son indisposition de colique renale qui l’oj)pressoit fort, n’a pas laissé de vouloir aller à Tarascon voir M" le Mareschal où il l’aura trouvé en bien mauvaise humeur, je m’asseure, dans toutes cez révolutions. 11 y avoit arresté le courrier du ParlemenI, mais ce ne fut qu’aprez (ju’il s’estoit dessaisy du pacquet du Roy le-

■ Les familles de la France illustrées par les médaillés (Paris, iü36). — ‘ Bizerlp (Tiiiiisin).

LETTRES DE PEIRESG

(|uel a esté ouvert ce matin dans la compagnie, avec grande joye de la ])luspart de Messieurs. Car l’authorité de la cour y est restituée en son entier, et le Roy mande à la cour de luy députer des conseillers avec instructions, pour les ouyr sur toutes les plaintes et faire un bon réglement pour une bonne foys avec M"" le Gouverneur qui est mandé pour cet elTect. Cependant il a trouvé bon que l’eslection se fit à la maniéré introduicte depuis un an ou deux, dont je vous asseure que je ne suis pas marry pour ce qui nous pouvoit toucher, car c’estoit fort contre mon cœur que j’avoys veu mettre mon frere sur le tapis en cette conjoncture, etloüe Dieu qu’il en soit dehors, car il faict mauvais avoir affaire à des grands qui ne se veullent payer de raison ne contenir dans aulcunes formes de justice, dont ceux qui les approchent sont par aprez tenus pour garents en quelque façon, de sorte que bien heureux sont ceux qui en sont plus loing que prez. J’avoys dict mon sentiment sur toute cette proposition dont vous avez ouy parler, et je pense que mon frere n’en avoit dict gueres moings, mais nous n’en fusmes pas creus, et qui pix est on voulut que mon frere y parust contre mon voeu, dont je suis bien fasclié, mais je le seroys encores plus s’il eust esté dans cet ernploy, en un si mauvais temps, et parmy un tel monde. Tellement que à quelque chose malheur est bon. Et je demeure.

Monsieur, vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce 26 septembre i634.

Les tonnerres ont bien faict du ravage en cette province depuis quelque temps à Grâce b Draguignan, coste de S‘ Tropez'^, Rama-

tuelleb Reillaneb La Verdiere^ et

* Grasse, Alpes-Maritimes, à 36 kilomètres (le Nice.

’ Saint-Tropez est im chef-lieu de canton de rarrondissement de Draguif>nan, à 5 kilomètres de cette ville.

^ Commune du canton de Saint-Tropez, à 9 kilomètres de cette vil'e.

cette ville, ayant arraché pour plus

' Chef-lieu de canton du département des Basses-Alpes, arrondissement de Forcalquier, à 18 kilomètres de cette ville.

La Verdière est une commune du département du Var, arrondissement de Brignoles, canton de Bians,à 60 kilomètres de Draguignan.

[163/i] AUX FHKRES DUP U Y.

de 5o mille escus d’olliviers au cartier de Grâce à ce qu’on dicl, tué 8 persones à Draguignan et blessé a 5 ou 3o aultres dont aulcunes ont les os brisez sans que la chair soit intéressée et une lemnie deux dents * aussy brisées dans la bouche close sans intéresser les levres. A la Madrague^ de Troppez^ il fit un pelotton de touts les retz et de toutes les grosses pierres où ils estoient attachez, qui eust pesé 3o cbarrettées et le porta à une grande lieüe de là ou il les avoit j)rins au delà d’une montagne, mais au bord de la mer à Ramatuelle on parle d’une es|)ée avec le fourreau, fichée dans un gros mur comme dans du beurre, sans gaster le fourreau; à Reillane le feu mis aux quattre coings de la ville avec grand danger d’un embrasement général ; à la Verdiere bruslé et reduict en cendres le papier de certains gobelets pleins de pouldre pour la chasse, sans mettre feu à la pouldre. En cette ville il tomba vendredy au soir en troys lieux bien esloignez l’un de l’aultre sans aultre extravagance que d’avoir abattu la croix du clocher de S' .lean de Hierusalem ensemble un grand coq sur lequel estoit posée ladicte croix, ayant seulement couppé la teste au coq, ce que les païsans interprètent au dezadvantage de M*" le Gouverneur qui a un coq et une croix dans ses armes. 11 fauldra bien vérifier cez extravagances du papier bruslé sans enflammer la pouldre (jui y estoit ployée, et de l’espée dans le mur avec tout le fourreau.

J’avoys voulu avoir le Mercure Françoys accomply qui me fut envoyé, et mon relieur fut si négligent avec la peste qui survint à la ville qu’il n’en vérifia pas les imperfections, que je recouvreroys bien volontiers s’il estoit possible, selon le memoii’e qu’il m’a dix^ssé, lequel sera cy joinct, mais le pix est qu’en transportant mes livres il a laissé esgarer troys tomes, à scavoir le quattriesme, le treiziesme et le

‘ Peiresc a écrit deux fois le mol dents.

* Pêcherie (c’est la définition du Dictionnaire de Trévoux) faite de cables et de filets [>our prendre les thons et qui occupe près d’un mille en carré. Littré cite seulement au sujet de ce mol une phrase

de l’ordonnance pour la marine d’aoùl iG8i.

^ Peiresc, (pii vient d’(*crire six lignes plus haut S' Tropez, donne ici deux p au nom de celte ville.

* Dans le sens de (rchoseexlraordinairc".

qiiatorziesme, que je r’achetteroys bien volontiers s’il s’en peult trouver à vendre, mais qui soient bien complets.

Vous pouvez faire voir à M*" Moreau si bon vous semble les desseins des fibules et ce que j’en dis k M*" de Saulmaise, et aprez en avoir retenu coppie des dessins que vous vouldrez, pourrez faire clorre le pacquet avant que l’envoyer à M*' de Saulmaise. Cependant au prochain ordinaire vous aurez le surplus L

V MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PRIEUR DE SAINT-SAULVEUR

À PARIS

Monsieur,

Avec vostre lettre du 2 i du passé j’ay receu le célébré arrest de l’an lAiQ qui meritoit bien de revoir le jour en cette conjoncture, dont je vous remercie trez liumblement, et de la lettre de Poitiers que j’avoys oublié de vous renvoyer l’aultre semaine, comm’ aussy du soing de m’envoyer des vers de M*" Bourbon et de recevoir les lunettes de M*’ Luillier qui sont venues fort bien conditionnées Dieu mercy. M*" Gassend vous remercie de l’iionneur de vostre souvenir; M*' de la Fayette et mon frere sont à Tarascon où Monseigneur le Mareschal attendoit I arrivée de M*' Talion'^, pour se desbarrasser des prisonniers qu’il n’a pas voulu laisser juger à Messieurs du Parlement, et aprez s’en venir au long delà Marine où 1 on nous menasse fort d’une descente d’Espagnols et Napolitains, de quoy les advis arrivent l’un sur l’aultre de touts costez. Et qu ils se jactent^ de venir bastir aux isles d’ieres; on marque entre

' Vol. 718, fol. 86.

^ C’était Jacques Talon, qui avait été nommé avocat général au parlement de Paris en 1 62 1 et conseiller d'Etat en 1 63 1 . Il était le frère aîné du célèbre Orner Talon, qui devint son successeur dans la charge d’avocat

général au parlement de Paris (1 5 novembre i63i) et qui, comme s’expriment les rédacteurs du Moréri, fffut un des plus grands magistrats du xvii' siècle «.

^ Nous employons le moi jactance , mais nous ne nous servons pas du verbe se jac-

Hultres choses qu’ils ont laict embarquer jusques à sept caisses de clouds de fer de cheval, mais les isles d’Ieres ne sont gueres propres à la cavallerie. Cependant nous avons desja bien des trouppes qui ne nous leront poinct de bien et le Marescbal n’aura que trop de subjecl de différer son voyage de la cour, si cez advis avoient lieu, dont Dieu nous veuille bien deffendre, car ce seroit pour faire bien fouller el ruiner ce pauvre païs. Je vous félicité l’heureux retour de Ab de Tbou de son dernier voyage de Bourgoigne. Et vous supplie de m’excuser si j’abrège, ayant consumé une bonne partie du temps que je vous reservoys, à escrire à M'" de Saulmaise; vous pourrez voir ma lettre à la charge de m’ayder à estre excusé de luy, s’il vous plaict ; vous verrez par mesme moyen les lettres qu’il m’escrivoit et les desseins que je luy envoyé de l’Abacus que vous pourrez faire voir à ce gentilhomme qui le vous dernandoit, et pour qui je vous envoyeray le Trepied si tost que je le pourray tirer des mains du peintre, de qui il fault prendre ce que je puis avoir et s’en contenter. M*" Gaffarel de Venize arriva liier icy, et faict estât d’aller en cour bien tost, où il faict transporter de beaux libvres manuscrits de la bibliothèque des ducs de Mantoüe pour Monseigneur le cardinal de Richelieu^ et une caisse d’aultres manuscrits pour M*" Bourdelot, sans ce qui le peult toucher, en son particulier, il est fort gaillard ^ et je suis tousjours.

Monsieur,

vostre Irez humble et trez obéissant serviteur,

A Aix, ce 3 octobre i63^.

ter. Littré ne t’a signalé que dans une épigramme de Piron contre Labarpe. D('jà le Dictionnaire de Trévoux le disait vieux. La Gurne de Sainte-Palaye a retrouvé se jacter dans La Sagesse de Charron.

‘ C’est ce qui a fait croire que Gaffarel fut bibliothécaire du cardinal de Richelieu. Il fut non son bibliothécaire, mais son commissionnaire en livres et manuscrits. Voir à

ce sujet Quatre lettres inédites de Jacques Gajfarp/( Digne, i88G), p. 7. — Sur les richesses de la bibliothèque du cardinal de Richelieu, voir Le Cabinet des manuscrits , par M. L. Delisle(t. Il, p. 9o4-2o6). Les manuscrits y (•taient au nombre de neuf cents environ.

* Gaffarel, né en 1601, n’avait alors (|ue trente-trois ans. C’est le cas ou jamais d’êtn' fort gaillard.

Je viens de recevoir de la part de mon IVere les articles des Genoys qu’il n’avoit peu vous envoyer par le précédant ordinaire qui passa cà Tarascon, ainsin que je l’avoys esperé, et les vous envoyé encores sans les avoir leus. Il est vray que je tascheray d’escrire pour en avoir un aullre exemplaire s’il est possible. Et si le courrier me donne le loisir de laisser transcrire un advis de la mer Rouge, vous l’aurez encores icy L

XEVIII

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

PlUEUn DE SAIXT-SAIJLVEUR ,

À PARIS

Monsieur,

11 m’a fallu pour ce coup employer le temps que j’avoys pour escrire à Rome et suis constraint de trancher bien court vous remerciant tousjours par un million de Toys de la continuation de voz seings à nous faire part des choses du temps plus remarquables, ayant prins grand plaisir à toutes cez relations et au moyen que vous nous fournissez de pouvoir donner nostre jugement sur le choix des meilleures et plus vraysemblables. M*" Talion est arrivé et a envoyé au Parlement et Chambre des comptes les lettres de creance du Roy, qu’il a accompagnées d’une sienne lettre du v"'® portant advis de son arrivée et qu’aprez avoir mis quelque ordre au sel, et aux affaires que le Roy luy a commandées, il les viendra voir. Le Parlement luy respondit qu’aprez avoir ouy la creance que le Roy luy avoit confiée, il contribueroit tout ce ({ui seroit de son autborité. La Chambre des contes ne voulut pas délivrer de responce par escript, de crainte qu’elle fusse interprétée pour un Pareatis de sa commission sans la voir. Il a depuis faict ordonnance du y™® portant renvoy au Roy de l’affaire de Tarascon et cependant (letlences aux parties de se pourvoir ailleurs qu’au Conseil de S. M. et dellences a touts officiers, huissiers et sergents d’execuler les arrests et

Vol. 718, fol. 88. — ■ On a dit pins souvent : couper courl.

decrets, dont la cour se lient fort olfencée et a receii le procureur general du Roy appellant de cette ordonance pour la venir plaider avec les ])arties à vendredy ])rocliain. Cependant il ne laisse pas d’aller ])ar les bureaux du sel, establissant un augment* du ])rix, dont la clameur est bien grande. Et M*" le Maresclial l’accompagne partout; ils estoient hier à Berre, et aujourd’buy sont à Marseille d’où l’on avoit cez jours passez envoyé alîorce pouldres à Tollon pour se prémunir contre un insult de cette armée navale qui tient le monde en grande allarme. M' de S^CIiaumont a escript aux consuls de cette ville qu’il s’en venoit et avoit desja prins congé du Roy, et a escript à d’aultres en mesmes termes, et (pi’il partoit dans k jours, ce dict on, ayant mesmes envoyé ses armoiries [)our les entrées. Ce neantmoings Monseigneur le Maresclial ne le croid pas encore, comm’ on dict. Nous avons veu quelques pièces de Bordeaux .qui sont bien de vostre curiosité, mais je ne sçay si je les pourray retirer à temps pour les vous envoyer par cet ordinaire, sur le subject de l’acte d’absolution de M'' d’Kspernon qui se devoit solemniser le i 9"“' septembre. Si vous recevez des pacquets du Prieur de Roumoides en cette conjoncture, ne laictes pas fie dilliculté d’ouvrir et les enveloppes et ses lettres à moy pour y voir la relation qu’il me promet de toute celte alTaire, et aprez vous me l’envoyerez soubs vostre cachet, s’il vous plaict. 11 me lauldra un second exemplaire de cette France metalli(pie pi‘etendüe, n’ayant peu garder le premier ipic m’avez envoyé. Et s’il se trouvoit ])ar bazard quelque exemplaire de l’édition ipie Ht davernier in 8° du voyage de Guillaume Scliouten, je serois bien aise de lavoir, soit flippé ou neuf. M*' Galfarel de Venise a retardé le voyage de son cousin, et le moyne Gras Hlz de mon cousin m’avoit promis de venir prendre aujourd’buy le manuscrit Arabe ipie vous attendez jiour M'' de Saulmaise, ce (ju’attendant je suis tousjours.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE PEinESC.

A Aix, ce 10' octol)re iG3i.

* Sous le mot augmeiit I. litre ii’o cité aucun écrivain plus moderne ipi Amliroise 1 are.

l\li>ntULriC ^ATIOXALS.

[lG3/i]

J’oublioys de vous dire que ia Chambre des comptes et Cour des aydes fit hier arrest pour supplanter l’execution de la commission de M'" Talion pour le sel, et envoyèrent des commissaires à Berre pour restablir les vieilles mesures, et le vieil cours du prix du sel, lesquels y auront encores trouvé M" Talion et M*" le Mareschal. Nous ne sçavons pas encores le succez de cette concurrance; il y avoit un conseiller et Tadvocat general des Contes et Aydes. Ledict sieur Talion avoit auparavant retenu prisonnier à sa suitte le solliciteur du païs, sur quelques procedures qu’il avoit poursuyvies. Ce sera grande merveille s’il n’arrive du malheur en tout cecy. Dieu nous en veuille préserver.

Si lorsque vous aurez veii cez advis de l’armée navale vous trouviez bon de les envoyer au Prieur de Roumoiiles, un de cez Messieurs de delà par devant qui nous avons des all'aires en a demandé quelque instruction. Mais quand vous ne l’y envoyeriez j)as, il n’y auroit pas aussy trop grand danger L

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

PRIEUR DE SAIM-SAULVEUR,

A PARIS

Monsieur,

Je baillay hier le manuscrit Arabe à M' GalTarel de Venise^ qui est party ce jourd’huy sur le midy, jiour aller à ses journées^, avec un aultre Gallarel, son cousin, qui s’estoit ofi'ert de le porter, dez qu’il me fit parler de son voyage, mais l’aultre avoit droict de preferance, estant de longue main cogneu de vous. Ils pourront estre là dans 1 5 ou

‘ Vol. 718, fol. 89.

^ G’esl-à-dire habitant de Venise, où cet érudit séjourna pendant plusieurs années et où il fut même question de le nommer conservateur de l’admirable bibliothèque de

Saint-Marc, comme nous le verrons dans une lettre de Peiresc en un des volumes ([ui suivront celui-ci.

^ A ses libres journées, à son gré, sans s’assujettir à faire tant d’heures par jour.

AUX FlIKlUvS DUPUA.

2 0 jours, et lie double point ([u’ils ii’ayent le soing qu’il lault de la conservation de ce volume. Et me suis pourtant bien repenty à ce soir de le luy avoir baillé, parce que M‘' Sançon, neveu du delluntU m’est venu dire qu’il partoit demain en poste, lequel l’eusse porté bien volontiers et j’en eusse faict l’adresse à ]\P' de Lomenie chez qui il a esté norry. Mais j’espere que cet Ambassadeur de Hollande ne sera pas si tost jiarty, et qu’il en pourra encores estre le porteur. Cependant je vous supplie de ne jioint dire que je vous envoyé ce libvre pour l’envoyer })riiicipalement à M‘’ de Saulmaise, afin d’esviter les jalousies que vous pourrez bien imaginer. Je n’ay pas mesme dict à M*" GalTarel ce que c’estoit, de peur qu’il ne luy escbappast d’en parler à son retour en Italie. Bien luy ay-je dict que c’estoit un livre manuscrit curieux, et de vostre goust. Ce c|ui vous servira d’advis,pour ne pas ouvrir le pacquet, s’il vous plaict, lorsque vous le recevrez, que vous soyez retiré dans vostre cabinet. Et si M*' de Saulmaise s’en veult servir, je seray bien ayse qu’il ne m’allegue poinct en cela, pour ne me surcharger d’envie n’en estant desja que trop chargé.

Ce qu’il vous escript d’animadversions sur si peu de feuilles de M‘‘ \aloys monstre bien l’advantage des ieulx qu’il a de son costé, et combien il importe aux jeunes gents^ de se contenir dans les termes de la modestie et du respect envers cez grands hommes de lettres, où ils ne peuvent trouver et recognoistre des faultes, qu’ils ne soient obligez de se desfier plus qu’ils ne font de leurs forces et de leur cappacité^. Je vouldroys que vous eussiez veu la lettre que j’escrivis au dict sieur Valoys sur sa liberté de reprendre M‘' Casaubon et aultres, aprez qu’il m’eust pressé de luy dire mes sentiments avec liberté*. Il a

‘ Neveu (le Sanson Nopollon , si souvent luenlioniui déjà.

^ Henri de Valois, né en iGo3, n’avait alors qu’une trentaine d’années, tandis que Sauniaise, né en i588, en a\ait près d’une cinquantaine.

^ Considérations bien sages, toujours opportunes, et dont la présomptueuse jeunesse

des apprentis de l’érudition devrait sans cesse se souvenir.

' Celte longue et belle lettre est conservée à la bibliotluique d'Inguinibert, dans le registre VI des Minutes (loi. 471-/175); elle est datée du 1 4 août 1 G34. Les reproches adressés par Peiresc au jeune et téméraire érudit sont aussi justes qu’éloquents.

ait .

LETTRES DE PEIRESG

esté longtemps à me respondre et me faict à cette heure la dessus une longue lettre ou plus tost une apologie ^ que je vous envoyeray aprez que je Inv auray répliqué, ce que je n’espere pas pouvoir faire de cet ordinaire. Mais le meilleur mot que je trouve tout au bout de sa lettre est une soumission fort ample aux advis et conseils de ses amys, où je le prendray au mot, afin qu’en son Ammian il aille encores plus l'eservé.

Je ne pourray pas aussy vous renvoyer la lettre de M*" de Saulniaise qui mérité bien d’estre transcritte et correctement tout é loisir, mais je n’ay garde de m’en vanter ne d’en faire de monstre puis que vous ne trouvez pas bon que nous en fassions rien sçavoir à M*' Valloys, de peur (pje le vent n’en peusse arriver jusques à luy de quelque costé. 11 importeroit pourtant bien qu’il en peusse voir quelque chosette, c’est à dire les é([uivoques principales, sans aulcuns termes subjects à sinistre interprétation neantmoings, à celle fin de luy faire voir comme dans un miroir, qu’il n’est pas si exempt de reproche comme il |)resuppose et (pie cela luy servisse à l’advenir. Et semble que je pourroys bien faire cela avec un peu plus de conlidance qu’un aultre, en conséquance de sa lettre où il semble qu’il me donne barres sur luv^. Car je ])ourroys faindre que cela vient d’un de mes amys (pii l’estime et honore, et qui ne veult point estre nommé. Et y a de l’apparance que cette allaire pourroit frapper un plus grand coup sur luy (jue toute aultre pour le r’addoucir et l’arrester, pour ne dire qu’elle soit cappable

‘ I.etlre du ai septembre i63/i, qui fait partie du volume gSGy du fonds français (fol. 197) et que je publierai dans un fascicule du l’ccueil des Vjorrespondanls de Peircsc, fascicule ([ui sera exclusivement consacre aux lettres de Henri de Valois.

■ J’ai eu le regret de ne pas retrouver cette lettre si importante, quand j’ai publié le lascicule V des Correspotulduls de Peircxc (1889), où existe une grande lacune (du 20 juillet iG33 au 1" juin i635). Ainsi

toutes les lettres écrites dans l’année i634 par Sauniaise à Peiresc ont été perdues. Voir sur la disparition de la plus grande partie de la correspondance du grand érudit bourguignon avec le grand érudit provençal, deux notes dans Y Avertissemcnl du fascicule qui vient d’être cité, la note 2 de la page 1 et la note 1 de la page 2.

■’ Littré cite l’expression avoir barres , sans nommer un seul écrivain. Le Dictionnaire de Trévoux n’invoque non plus aucune autorité.

[163/i] AUX FRÈRES DUPUV. 189

(le le faire sage. Mais je n’ay gar(je de l’enlreprendre sans vostre ])arealis^ et voslre adveu bien exprcz. J’appreliende que Ab de Saulrnaise ne puisse pas se contenir à mesure qu’il en verra davantage, d’en escrire aullant ou plus à quelque aultre de ses arnys (pii ne soit si continant^ que vous, et que cez corrections paroissant avec (jiielqnes ternies d’aigreur, ne cabrent ce jeune bomine s’il en a notice comme il sera possible dillicile de l’empescber, si cela passe par plus d’une ou de deux mains. Et si nous l’avions prévenu dans des termes de civilitii cappables de l’obliger à des tesmoignages de bon gri*, on Inv pouri’oit avec le temps faire sentir que c’est à Ab de Saulrnaise qu’il en a l’obligation, afin de l’astraindre à luy en tesmoigner de la gratitude, au lieu d’y ebereber des excuses ou eschapjiatoircs et d’en prendre occasion de rupture et de mezintelligence, qui est si messeante entre les persones de lettres à mon gré. An contraire je vouldroys bien l’engager à honorer le plus que faire se pourra et le dict sieur de Saulrnaise et Ab Godefroy, avec qui peu de chose les brouilleroit dans la concurrance de leur Animian^, et seroys bien aise qu’il clioyast aussy le bon Ab Petit sur l’occasion des loix Attiques où ils se trouvent avoir concurramment travaillé, car si bien ce bon homme n’est pas dans l’exactesse qui seroit à desirer, comme l’ont recogneu ses amys, et mesmes le dict sieur Valoys, ce neantmoings il travaille avec tant d’ardeur, de bonne foy, de modestie et de respect envers les aultres, et rencontre par foys des conceptions dont le public peult tirer de l’utilité suflisante pour qu’on luy sçaiclie du gré de ses travaulx, comme on sçait à tant d’aultres, soit Allemans ou d’aultres nations, qui n’y regardent pas de si pi'ez et desquels on a tousjours appidns d’assez bonnes choses pour les i-endre recommandables parmy les gents de lettres.

‘ Perinission. Peiresc avait d(^jà employé, par plaisanterie, ce terme de cliancellerie, dans nne lettre dn 97 février iG33 (t. II, p. et, de nouveau, dans une lettre

(pie nous venons de trouver plus haut.

’ Pour réservé. Ce sens de continent ne

me semhle pas avoir (*td indiqifé par les iexicopp-aphes.

Je puhîierai, dans V Appendice du fascicule des Correspondants de Peiresc relatif à Henri de Valois, deux lettres de Godefroy h son concurrent.

Pour le vase antique de verre, je nay garde de le retenir, et ne seroit pas raisonable. J ’espieroy quelque commodité bien propre pour le renvoyei' si laire se peult par bomme de pied , a celle lin qu il arrive aussy entier de par delà qu’il en estoit party. Ce seroit un trop grand daumage s’il se cassoit aprez avoir duré tant de siècles nonobstant sa fragilité. Et sur ce je demeure,

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 17 octobre i634.

Je n’ay pas trouvé dans vostre pacquet la lettre de M‘" Grotius que vous m’alleguiez, et vous respons que je déploré grandement de voir que la fortune liiy soit si peu favorable. Un lionneste homme qui est un peu plus sujierstitieux que moy en telles matières me dict, lorsque je liiy donnay cette nouvelle de la vocation * de M*’ Grotius auprez du Chancelier Oxenstierne, qu’il prenoit cela à mauvais augure pour ce party suédois de voir employer à leur service une persone si malheureuse, et me lit resouvenir qu’il m’avoit dict quasi la mesme chose, quand M*' de Nevers (nouvellement receu et mis en possession de la duché de Mantoüe) y avoit appellé à son service le pauvre M" Simon, aultrement du Boulay, jadys receveur des deniers ordinaires du Boy à Paris, qui se tenoit prez Eustaclie, de qui l’on avoit faict les lunerailles en sa parroisse, aprez la mort de sa Fortune , comme s’il eust esté luy mesme réellement enterré. Je pense bien que vous le pouvez avoir veu et cogneu, à tout le moings de réputation, car il estoit tort curieux des mathématiques, et de tout plein de bons livres, et estoit grandement ofiicieux^. Je prie à Dieu que la suitte de la disparité de l’Augure soit tout à fait contraire au succez du malheur de M‘ de Mantoüe et des siens. Mais ce siégé d’Heilbron me faict grand mal de

Vocatmi pour appel, mvilation. — ^ Je regrette fort de n’avoir trouvé aucun renseignement sur ce bibliojdiile, dont Peiresc seul sans doute nous a conservé le nom.

ALIX FUERKS DURÜY.

teste, et me i'aict bien craindre (|iie si on oste Francfort, tonte la Franconie ne se destaclie, et que la residance choisie pour ce nouvel establissement de Dinastye’ venant à manquer, il n’y ayt bien de la dilliculté d’en establir le siégé et le conseil ou renq)ire ailleurs en un lieu bien stable et bien cappable de faire front et la résistance requise à cez vaultours insatiables, déplorant inliniment le coup en dernier lieu frappé sur la consciance d’une persone de telle importance, (|ui est un merveilleux dezservice à la couronne, ayant ap])rins de bon lieu (ju’à Rome ceux mesmes qui alloient au Te Deutn pour cez prosperitez presantes avoient bien de la peine à celer leur doeuil intérieur. Je suis en peine surtout du pauvre bon homme W. Schikard à Tnbinge où je n’espere quasi pas qu’il aye peu se garantir d’un tel orage s’il n’y a pourveu quelque temps à l’advance pour se pouvoir retirer à Strasbourg. Et le plaindroys aultant qu’aulcun aultre homme de lettres, tant de sa nation que aultres, n’ayant pas de pareils à mon ad vis pour les plus curieuses parties des mathématiques et de la meilleure philosophie et littérature en toute sorte de langues plus excellentes. Il me reste à vous dire que j’ay apprins que le bon M'" Petit a quelque dessein de travailler sur le Joseph ainsin qu’il me l’avoit dict aultres loys, mais cela m’estoit escbappé de la mémoire. Or je pense que ce sera là son vray talent à examiner les époques de la Chronologie, et qu’il y pourra reuscir plus à souliaict qu’en tonte aultre entreprinse, mais il le fauldra ayder de tout ce que faire se pourra. Et je croys bien que vous ne vous y espargnerez pas comme je vous en supplie et conjure de tout mon coeur. Et pour cet elFet, il fauldra luy donner moyen de se prévaloir de touts les advantages qu’il pourra tirer des manuscrits Grecs de cet autbeur qui sont dans la Bibliothèque du Roy, et des Latins mesmes, entr’ aultres de cette version Latine ancienne qui est dans la Bibliothèque de jVP de Tbou, à qui j’en escriray un mot à tout hazard, bien que je l’estime inutile puisqu’il a tant d’inclination d’ayder les gents d’estude, et que vous y contribuez si volontiers le crédit (|ue vous y avez tout puissant. Mais je seray bien ay.se que cela serve de j)rete\le de remettre cette entreprinse sur le tapis et de la promouvoir, car sou-

vent il importe de mouvoir ainsin le lievre^ pour animer les chasseurs aussy bien que les lévriers. Voire je luy en adresseray la lettre et possible une pour vous afin de l’obliger de la rendre et d’en parler sur le champ. Et par occasion je vous prie d’envoyer quérir chez M*' Valoys le volume de mes eclogues pour le remettre au dict sieur Petit, à celle fin qu’il y praigne ce que luy pourra servir du Joseplie, ou aultres auteurs quoy qu’imprimez. J’en avoys touché un mot au dict sieur Valoys quelque temps y a sans qu’il en ayt rien faict. 11 fauldra prendre ce que nous pourrons avoir du Mercure Francoys et s’en contenter.

Je n’ay plus le livre fie l’arrest du Duc Cdiarles II de Lorraine et vous supplie de m’en faire envoyer un second exemplaire '^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

PRIEUR DE SAIXT-SAULVEUR ,

À PARIS

Monsieur,

\ ostre despescbe du 1 3“*" nous a apporté une si bonne nouvelle et si plausible, et conlorme aux soubaicts de touts les gents de bien que de longtemps il n’en vint de ])lus agréable, ne qui apportas! plus de resjouyssance et de consolation parmy noz malheurs presants^. Mais les nouvelles allarmes que l’on nous donne des desseins des ennemys de lEstat'^ sur la coste de nostre mer et le voyage que M*' le Marescbal^ y est allé laire à 1 inqiourveu, au lieu de continüer son voyage en cour, ont

‘ Nous (lisons aujourd’liui : faire lever le lièvre, lancer le lièvre.

^ Vol. 718, fol. yo.

^ L’accominodeiiicnt do Gaston d’Orléans avec le roi son frère (i" octobre). Il y avait eu aussi, huit jours plus tard, une autre

bonne nouvelle, celle du traité avec la Suède, |)ar lequel la ville de Pbilipsbourg était remise à Louis Xlll (y octobre).

Les Espajjnols , qui sont nommés un peu plus loin.

Le maréchal de Vitry.

[163'i] ALX FRÈRKS DUPUY.

un peu troublé le monde qui a j»raud subject de craindre bien du mal si les Espagnols faisoient une descente en ce pais, d’aultant que si biim ils ne peuvent pas y prendre pied gueres stable, ce nous seroit une estrange nécessité de souffrir de grandes trouppes pour les en faire desloger.

M’’ de Chaumont s’en venoit et l’attendoit on dans deux jours et qu’il allast luy mesmes visiter la coste, sans faire son entrée en cette ville, mais je ne scay s’il n’aura pas changé d’advis, attendu les nouveaux ordres apportez par un courrier qui n’estoit party de la cour que le i8 au matin, ce qui nous faict conjecturer ([ue ce pourroit bien estre quelque advis pressant donné, possible par Monsieur frere du Roy, depuis son évasion, ou par M’’ de Guise qu’on dict avoir envoyé courrier exprez en cour, comme il avoit envoyé en cette province le consul des Françoys résidant à Ligourne, pour convertir ceux qui a voient le commandement des places, et les consuls des lieux maritimes.

Il nous tardera bien de voir les suittes de cette grande affaire , et ce que deviendront cez princesses, qui pouvoient bien esviter les malheurs où elles se sont volontairement plongées \ et dont la France se seroit bien passée. Mais Dieu leur reservoit cette punition de n’avoii' sceu recognoistre les grâces du ciel dont elles pouvoient jouyr plus ])aisiblement si elles eussent voulu, sans en venir à des conseils si dangeureux.

•le suis bien aise que la relatioti de l’acte de M‘' de Bordeaux'^ ayt esté à vostre goust, aussy bien qu’à celuy de M*" de Lomenie. Et ne devez pas avoir du regret de l’avoir gardée une semaine, car c’est le plus grand plaisir et advantage que j’y puisse ])retendre que d’avoir peu contribuer chose qui fusse de son goust et du vostre. Il me semble que je vous avoys mesmes supplié d’ouvrir ses despesches et d’en user et disposer tant que bon vous sembleroit , comme je vous supplie de faire encores pour l’advenir. Je ne sçauroys escrire à ce coup à M’’ de Saulmaise, mais j’en prendray occasion par le prochain Dieu aydant

* Les princesses de Lorraine. — * L’archevêque Henri de .Sourdis.

lUpniMtnit NATtOXALC.

pour iuy recommander sa santé selon qu’il vous plaict me l’ordonner. Cependant il poiirroit arriver quelque chose de son goust. J’ay de l’obligation à M*" Moreau de sa courtoisie, et suis demeuré assez mal satisfaict à l’ouverture de l’intitulation mesme du livre de ce pauvre Habicot^; mais puis que nous n’avons poinct d’aultre tesmoing du temps si l'auldra t’il voir ce qu’il en escript^, pour en prendre ce qui nous pourroit servir et laisser courir le reste à vau l’eau et ne manqueray pas de remercier M‘' Moreau de la laveur en luy renvoyant son libvre, que je ne garderay que le moings que je pourray.

Je ne m’estonne pas que M*' Gras ayt eu mauvais traictemeut de l’homme que vous me nommez, estant de rbumeur que je l’ay cy devant ezprové. Je vous remercie trez humblement de la lettre de M‘’ Grottius que je vous renvoyé avec celle de M*’ de Saulmaise du précédant ordinaire. Et vous envoyé par mesme moyen une petite relation d’Italie, qui nous console un petit, attendant plus d’asseurance, et demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Feiresc.

A Aix, ce 9 4 octobre i63/i '‘.

' L’aiiatornisle Nicolas Rabicot était né vers i55o à Bourg, dans le Gâtiiiais; il mouriil le 17 juin iGai, ayant été attaché comme cbirurgien, tantôt aux armées, et tantôt à rHôlel-üieu. Voir sur Habicot et ses ouvrages l’article du Moréri, extrait en trois grandes colonnes d’un mémoire très détaillé inséré dans les Recherches sur l’origine et les progrès de la chirurgie en France (Paris, 1744, in-4'’),les articles de Weiss {Biographie universelle)^ de Brunet [Manuel du libraire), etc.

^ Aucun des auteurs cités dans la note précédente n’indâjue un livre d’Habicot publié en i634. Si je comprends bien le sens de la phrase de Peiresc, il s’agirait ici non d’un ouvrage d’anatomie, mais bien d’un ouvrage d’histoire de son temps.

^ L’expression a été employée, comme le rappelle Littré, par Rabelais, La Fontaine, M”' de Sévigné, c’est-à-dire, ajoulerai-je, par trois des plus pittoresques écrivains de toute la littérature française.

' Vol. 718, Col. 99.

AUX FRÈRES ÜUPUY.

À AIONSIEÜR, MONSIEUR DE SVINT-SAULVELR,

À PA lus.

Monsieur,

Nous avions esperé, voyants que M‘‘ de S‘ Gliauniont s’en alloit voir M" le Mareschal de Vidrv à Toullon, que leur entrevue et conférance sirr les ordres qui se pouvoient prendre en la conjoncture présenté, nous inettroient à couvert de toutes les apjirehensions d’une descente d’estraïqjers en nostre coste. Mais AU le Mareschal a esté si jaloux des prérogatives de sa cliarge, qu’il n’a pas rnesmes voulu soullrir que les consuls de Toullon allassent au devant de M*" de Chaumont ne fissent tirer le canon pour luy (lequel neaiitmoins il avoit faict tirer pour M‘‘ Talion^) ne que les soldats du corps de garde des portes de ville se levassent et prinssent leurs armes quand il passeroit, et avoit faict marquer la plus part des logis ])our ceux de sa suitte à peine ayant soulïert qu’il s’en reservast un pour le dict sieur de Chaumont qui, resputant cela à trop de mesprix, s’en alla vers leres (au lieu de continüer le chemin de Toullon) où il trouva quattre compagnies des recriies de cez régiments. Dont les chefs eurent la nuict un commendement d’en desloger de la part de M*" le Mareschal pour se rendre prez de sa persone. Mais M*" de Chaumont leur ayant laict voir un article de ses instructions portant pouvoir de faire les fonctions de sa charge en presence rnesmes du dict sieur Mareschal, ils ne bougèrent. Depuis AU de Solliers, ayant trouvé moyen de sortir de Toullon et de venir salluer M'' de S‘ Chaumont à leres, avec quelques députez de la ville de Toullon aultres que les consuls, M' de Chaumont leur ayant exhibé son pouvoir leur fit défiances de laisser sortir de leur ville M'' le Mareschal ne par mer ne par terre. Dont il a adverty le Roy pai' courrier exprez, et cependant en ayant donné ad vis à la cour de Uar-

L’inleiidant déjà tnentionné plus haut.

ieineiit, elle a l’aict farrest que vous verrez cy joinct les cliambres assemblées, à ce malin, quoy que la veille de la feste ne portas! pas d’entrer au Palais. Et a député un Présidant, deux conseillers et un des gents du Roy, poui- aller faire des compliments à M"' de Chaumont sur cette occurrance et informer des contreventions s’il y escbeoit, avec pouvoir de décréter et saisir. Enfin M’’ le Marescbal s’est luy mesmes voulu desfaire, et a voulu se faire rogner ce qu’il eust encores peu conserver d’autliorité dans la Province, pour esprouver à son daumage qu’il est meilleur de prendre conseil d’aultruy que de suyvre touts ses mouvements, comme il faisoit.

Sur vostre despesche du 90“® j’ay bien des remerciements à recommancer avec vous de la communication de tant de bons et curieux ad vis, et de tant de pièces des plus rares et plus remarquables du temps, cez sentences des prélats estants bien dignes de tenir rang entre les plus considérables, et cez commissions si extraordinaires comme les livres que vous m’avez retenus d’Elzevir et autres ne sçauroient estre mieulx choixsis ne plus dignes, regrettant seulement la peine et le soing qu’il vous en couste, et dont le temps seroit beaucoup mieulx enqjloyé en quelque aultre part que ce peusse estre. Mais vous l’avez ainsin voulu absolument sans souffrir que je vous lisse descharger de toutes cez importantes recherches comme j’avoys désiré et qui pix est sans vouloir seulement recevoir un si petit tesmoignage de ma gratitude qu’estoit ce chétif volume que le sieur Gailhard vous avoit présenté de ma part, qui n’estoit pas certainement digne de vous, principalement estant comparu si tard, et si à contre temps. Mais je n’avoys pas preveu que M*" Valloys en eusse présenté chez vous plus d’un exemplaire, et suis bien empesclié à trouver de quoy fournir à aulcime marque apparante de mon debvoir en vostre endroict. Vous suppliant d’excuser mon impuissance et mon peu d’industrie à trouver mieux de quoy m’acquitter de quelque parcelle de mes debtes. 11 ne sera pas de besoing de presser le P. Morin pour les Pentateuques, croyant que 1 assemblée du clergé presse assez l’accomplissement de cette besoigne. J’ay céans de cette heure un Maronite nommé Moyse

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