À AI
Monsieur, J'ay receu voz deux despesches du 18^ et âo"" de ce mois, ensemble un vaze de marbre gris et noir, mais non pas le couvercle que j'y pensois trouver eu esgard à ce que vous m'en escripviez, y ayant seulement un caillou capable de servir de bouchon plus tost que de couvercle qui n'est pas de mesme matière comme vous avez creu, car c'est de marbre
^ Le maréchal de Viiry, gouverneur de tion aussi dans la eorreapondanœ de Peiresr
Provence,. dont il est si souvent question avec Palamède de Pabri, sieur de Valavei. dans la correspondance de Peiresc avec les * Fonds français, iSaoS, fol. 60. De la
frères Dupuy et dont il sera si souvent ques- main d'un secrétaire.
vert et noir qui ne monstre pas d avoir guieres plus de façon que la simple rondeur que la nature luy a donnée dans le cours des. rivières ou torrentz où il peut avoir esté traisné longtemps ^ Mais je ne vous en ay pas moins d'obligation de la bonne volonté que sy le vase estoit accomply et assorty de son vray couvercle^, attendant de le vous renvoyer au premier jour, Dieu aydant, avec les remerciements que je doibs. Je ne verray point M' Peyssonel^ que ne lu y face les reproches de son indeube jactance de libéralité puisqu'elle estoit si vénale. H me dict en mesme temps qu'il avoit donné à M** de BandoUe et au filz de M*" le conseiller Ollivier* le choix de toutes ses n>edailles, ce qui me faict croire que c'aura esté comme à vous en bien payant. Pour le moins vous debvoit il dire combien de temps il Tavoit gardé à peu prez et s'il ne sçavoit point en quel lieu il avoit esté trouvé ou de quel païs il estoit venu et s'il n'avoit point esté apporté de Levant. Je pensois vous avoir veu^ de certains petits escuellons de jaspe ou d'agathe dont j'ay veu aultrefois grande quantité en plusieurs cabinetz qui ne sont pas de plus grande contenance que de deux ou trois plaines cuilliers d'eau , dont je ne sçavois pas lors l'usage auquel cela pouvoit avoir servy et pensois que la pluspart n'eussent esté faictz que pour servir de couppes à des sallieres tant je les voyois petitz, mais à ceste heure, sy
^ Cette Gn de phrase a été supprimëe par F. de Saint- Vincens (p. 19) et remplacée par une autre phrase que nous retrouvons un peu plus loin , dans h dernière lettre à Borrilly (du 19 août iGSa).
* Variante ( ibid. ) : rr Je ne vous en suis pas moins reconnoissant, ainsi que cette petite pierre à broyer, » etc.
' Quelque membre de la famille provençale qui a produit tant d^hommes distingues, notamment Tarchëologue Charies de Peyssonnel, membre de TAcadëmie des inscriptions, mort en 1767, et son frère, Jean -André, le célèbre voyageur, membre de PAcadémie des sciences, mort
en 1759. Le Peyssonel ici nommé iîit un des correspondants de Peiresc. Voir une lettre de lui h ce dernier dans le manuscrit 9S&â du fonds français. F. de Saint- Vincens a supprimé le passage relatif h Peyssonei.
* Sur le conseiller Jean-Pierre d'Olivier ou d'Olivari et sur sa famille , ^ir divers passages du recueil des Lettres de Peiresc aux frères Dtqtuy, notamment t. I, p. 71, 77, 78, etc.
^ Sic, Mot mis par inadvertance pour parlé, entretenu. La faute a été rospeetneusèment reproduite par F. de Saint- Vincens
[1632] X B. BORRILLY. 53
j'en rencontix>is qui fussent antiques, possible^ y trouverois je de quoy fonder quelque joilie observation. Sy vous avez mesmes des cuilliers qui tiennent quelque chose de la façon des anciens soit qu'ils soient de marbre ou de jaspe ou de christal ou de verre ^, je prendray plaisir d'en examiner la contenance, et sy les voHeurs ne les vous ont retenuz, il rae semble vous en avoir veu deux ou trois de pierre verte comme de là presme d'esmeraude* que je verrois* volontiers s'il ne vous estoit incommode^ sauf de les vous renvoyer avec vostre vase, vous priant d'excuser Timportunité de mes libertez*. Je vous remercie trez humblement du soing que vous avez eu de mener l'homme que je vous avois recommandé à son commerce [en abrégé] et vous serviray en revanche quand je le pourray. Le P. Théophile^ m'a envoyé un dessein de la figure de bronze dont on vous a parlé, laquelle est de si goffe® main qu'elle ne touchera pas, je m'asseure , vostre curiosité quelque extravagance qu'il y aye en certaines lettres grecques qui y sont gravées en divers endroictz. Je vous remercie encores des honnestes offres de vostre cycle, mais je crains bien que ce soit chose moderne, puisque vous dictes qu'il y a des Bammes sur le calice et que l'escripture est en lettres hébraïques ordinaires, car les vrays cycles sont en lettres samaritaines. Je n'ay point sceu deviner^ en lisanLla lettre que vous escript Bontemps
^ Le mot posnblê a été négWg*^ daiis la version de F. de Saint- Vincens.
* F. de Saint-Virjcens ajoute : ou de cuivre (p. 70).
^ P. de Saiul-Vincpiis a îinprimfÇ : de la prisme d'emeraude. Voir sur lexprpssion presme t^emeraude une note du tome II des Lettres de Peiresc aujo frères Dupuy, p. 3o4.
* Variante du premier éditeur : que je reverrws»
^ Ces cinq mots ne se trouvent pas dans ie texte arrangé par F. de Saint- Vincens.
* Même observation pour ces derniers mots. La phrase suivante a ëtë également supprimée par F. de Saintr-Vincens
jusqu'aux mots : je vous remercie encore, ' D s'agit là du père Théophile Minuti si souvent mentionné dans les lettres de Peiresc et dans celles de ses correspondante. ' Grossière. Cette expression figure souvent dans les trois tomes des Lettres de Peiresc aux frères Dupuy,
* Celte phrase n'a pas été admise dans le recueil de F. de Saint-Vincens : elle y est remplacée (p. ai) par une phrase sur les vases qu'avait «rfeu M. Templery?» et sur irnu certain petit vase d'argent ?) que M. de Saint-Jean avait donné à Borrilly. Ou retrouvera en tète de la lettre suivante le texte estropié par F. de Saint-Vincens»
de quelle pierre il vous veolt parler et m'imagine que ce soit quelque morceau de pierre isade; vous en pouvez mieux juger que nous; tant est que je sçay fort bon gré à ce bon cocher de s'estre ainsy souvenu de vous; faictes luy mes recommandations quant vous luy escriprez et me commandez tousjours librement, Monsieur, comme
Yostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiiesg.
A Beangentier* oe t6 join 1 639 ^
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SEGBETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY
À AIX
Monsieur, Depuis vous avoir escript m*estant souvenu des vases de feu Monsieur Templery, dont je voudrois bien avoir examiné et comparé la contenance avec les miens, je me suis dispensé de prier M^ le Recepveur son filz d'aggréer qu'on me les puisse apporter icy à la charge que je les luy renvoyeray par voye bien asseurée comme j'espère de le faire sans qu'ilz reçoivent aulcun dommage par ce transport, mais je n'ay pas voulu que ma lettre luy fusse rendue sans que M"" le Prieur de Roumoules^ praigne vostre advis au préalable sur ce subject, car si vous estimez que ce fusse chose qu'il n*eusse pas agréable , j'aymerois beaucoup mieux me passer du contentement que j'en attendz; c'est pourquoy je vous prie de voir la lettre que je luy en escriptz et de dire librement au dict sieur Prieur de Roumoules sy vous estimez que la chose soit faisable ou non avec son bon gré et non aultrement. En un
^ Fonds français, iSaoS, fol. 6s. De la main d'un secrétaire. — * Denis GniUemin, dont le nom est plasieiirs fois meottonnë dans les Lettres de Peiresc aux frères Ihpm^,
[1632] A B. BOHRILLY. 55
besoing sy vous trouviez bon de ie pressentir à Tadvance le dict sieur Prieur de Roumoules luy poarroit rendre par aprei plus librement ma lettre selon la disposition que vous y auriez trouvée^. Vous m avez aultresfois monstre un certain petit vase d'argent que Monsieur de S^ Jehan vous avoit donné, lequel je reverrois encores volontiers^ en ceste occurence, et je vous asseure qu'il vous sera fort fîdellement renvoyé et restitué avec l'aultre petit vase de marbre que j'ay desja receu de vostre part et avec les aultres petitz escuellons et cuiliiers de jaspe ou aultre pierre précieuse ou d'ivoire ou de vieux cuivre que vous y pourrez joindre, estant marry de vous donner toute ceste incommodité, mais Dieu me fera s'il lay piaist la grâce de m'en pouvoir revancher quelque jour et de vous pouvoir servir comme, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresg.
À Beaugeotier, ce 37 juin iGSa'.
À MONStElIR, MONSIEUR BORRILLY»
SSCKETAIRB OaOlNAlRB DB LA OHAMBRB MJ ROT,
À ÂIX.
Monsieur, Vous recepvrez ceste lettre par un des gentilzhommes de la maison du cardinal Barberin , chanoine de Besançon , nommé le »eur Menéstrier ^, l'un de mes meilleurs et plus anciens amis, lequel estoit venu
' Toat ce long paragraphe a ëtë ainsi ' Ponds français,. 1 5 âo5, foi. 6&. De la
inexactement réramë par F* de Saint-Vin- main d'un secrétaire^ oens (p. 91): crJe voudrois que vous le de- * Sur Claude Mâaestrier, voir le tome U
mandiez à son fils pour moi. » des Lettres de Peiresc aux frhres Dvpvy,
* Tout ce qui suit a ëtë laisse de o6të p« Sog. par F. de Saint- Vincens.
sur les gaileres du pape et ma faict l'honneur de demeurer icy avec moy trois sepmaines ou un mois durant lequel temps j'ay prins un grand plaisir à l'honneur de son entretien à cause de la grande cognois* sance qu'il a de toutes sortes de bonnes curiositez et surtout de tout ce qu'il y a de meilleur en l'antiquité , ne cognoissant aujourd'huy personne vivante qu'en aye plus de notice que luy. Je vous supplie de luy faire la plus favorable réception que vous pourrez pour l'amour de son mérite et pour l'amour de moy, car vous m'obligerez beaucoup plus en sa personne si vous en trouvez des moyens que vous ne sçauriez faire en la mienne propre et je tascheray de vous rendre toute la revanche qu'il vous plaira d'en tirer de moy et de vous tesmoigner en tout et partout que je suis et sera y à jamais inviolablement, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresg.
De Boisgentier, ce 3* aoust i639\
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE L\ CHAMRRE DU ROY
À AIX
Monsieur, J'ay receu vostre lettre et ay esté bien ayse d'apprendre l'acquisition que vous venez de faire de ceste teste coiffée d'une si longue creste comme vous dictes, que je ne sçaurois concepvoir sans la voir, mais je me doubte bien que vous voulez que je l'aille voir sur les lieux en vous reportant voz cuilliers et voz vases qui m'ont bien donné de l'entretien agréable dans ma solitude, ce qui augmente de tant plus mou obligation en vostre endroicl de n'avoir pas voulu attendre que je les
^ Fonds français, i5ao5, fol. 66. De la main d'un secrétaire.
[1632] À B. BORRILLY. 57
aille voir chez vous^ Mais je vous conseille bien de faire retirer et sauver tout ce que pourrez des os de ce serpant ou aultre animal quel que il puisse estre dont il faudra examiner la figure en son temps si Dieu nous faict la grâce d'en avoir la veue. Mais si c'est chose qui ne soit pas tant dans vostre curiosité, je vous prie de croire qu'elle est grandement de la mienne et que je ne seray pas bien en repos que je n aye veu ceste creste si extraordinaire comme vous dictes, sur quoy je demeure ,
DE Peiresc.
A Boisgentîer, ce 8 aouBt i63a ^
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY
A AIX
Monsieur, Je viens de recevoir la vostre du xi* avec la boitte, ne pouvant vous rendre d assez dignes remerciementz en premier lieu du bon accueil que vous avez faict à Monsieur Menestrier avec de si honnestes offres que je vous en demeureray à jamais redevable ', comme aussy de ce squelette que vous m'avez envoyé, lequel mérite bien d'estre examiné de plus prez et comparé aux aultres os s'il s'en peut trouver pour juger de quel animal ce peut estre, car pour un serpent il y a fort peu d'ap-
* A la place de cette dernière phrase, * Fonds fr., 1 5 3o5, fol. 68. Autographe.
F. de Saint- Vincens a imprime ceci (p. ai): * F. de Saint-Vincens, après avoir sup-
(rj'en ai bien saisi les mesures exactes et en prime tout le commencement de la lettre,
ai remarque qui doivent ne se rapporter reproduit assez exactement (p. 19, sous la
qu*à des mesures di^nommëes par les Ro- date du 96 juin i63a) ce qui suit jusqu'au
mains , etc n . mot comparaison.
If.
IMrklMCHIC 1l«Tte«4tC.
58 LETTRES DE PEIRR8C À B. BORRILLY. [1632]
parence, les dents ne se pouvant' nullement accorder ^ ce qui me faicf craindre que ce ne soit quelque race de foultre* ou d'hérisson, ce qui me rendra plus curieux désormais d'en rechercher quelque teste pour en faire la comparaison. Monsieur Menestrier vous a dict vray que la pierre noire estoit un poidz antique qui avoit esté faict pour le poidz d'une livre ', mais elle se trouve un peu courte pour la comparer à sa juste proportion, ce qui peut estre advenu par le trop long usage qui en a diminué comme des testons qui sont trop uzez et lissez et par conséquent trop courtz, mais je ne vous en demeure pas pour tant moins redevable ehsemble de l'autre petite pierre à broyer et de tous les aultres excez d'honnesteté dont vous comblez tous mes amis aussy bien que moy et dont nous rendrons un jour la revanche si Dieu nous faict la grâce de le pouvoir comme je n'en désespère pas et de vous tesmoigner tost ou tard à bonnes enseignes que je suis tout à vous sans aulcune reserve et que vous pouvez disposer de moy et par conséquent de tout ce qui en peut dépendre comme, Monsieur, de
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peirksc.
A Beaugentier, ce lu aoust i639*.
* Mon devancier a mis soas ce passage (p. 19), le nom d^ Menesiriei* a disparu et h note que voici : ffCeci prouve que Pèiresc la pierre noire a été mëtamorphoBée en nn avoit déjà conçu qu'il falloit surtout 8*atta- vase de marbre gris et noir. Il est vrai que cher aux dents, comme le caractère le plus la pierre reparaît un peu plus loin et que certain pour connoltre les animaux. » la méprise ne se continue pas.
* C'est-à-dire Imtre. * Ponds français , iSaoS, fol. 70. Aulo-
' Dans la version de F. de Saint- Vincens graphe.