‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 11 sur 34 · À NAPLES · texte numérisé non relu

À NAPLES

Monsieur, Je ne faisois que sortir du lict, aprez une trez longue et griefve maladie quand le neveu du s' d'Arène m'apporta vostre despesche du 1 II mars qu'on luy a voit baillée à Rome à son retour de Naples où il me dict vous avoir veu fort gaillard, et en trez bonne disposition ^^ et souvenance de vostre serviteur, dont je vous suis trop redevable aussy bien que de la peine que vous avez daigné prendre à me transcrire cez rares pièces tant des vieux Mss. de Terence et de Virgile que de cette inscription du palais de Cesi, et de ces Mss. grecs de l'auteur de la navigation de la mer Erythrée et des évangiles de S* Chrysostome que je tiendray entre les plus précieuses reliques que j'aye de la meilleure antiquité, bien désireux de vous pouvoir servir en revanche et bien

' Bibliothèque de TÉcoIe de médecine de Montpdlier, vol. H 371, fol. a 10. Autographe.

' M. Lucien Marcheix, sous-bibliothécaire de rÉcole nationale des beaux-arts, a Tintention de publier, d'après le manuscrit autographe que possède la bibliothèque à laquelle il est attaché, la relation du voyage de Bouchard à Naples en i633. Voir une très intéressante note analytique du futur

éditeur k la suite de mon édition du testament de J.-J. Bouchard {Deux testaments inédits. Alexandre Scot, 1616, J.-J. Bou* chard,i6iii. — Tour8,i886,in-8*,p. 16).

Du résumé des impressions de voyage si bien donné là par M. Marcheix, on rapprocherait avec plaisir et profit une Notice sur vn manuscrit inédit de J.-J. Bouchard insérée par M. Eugène Muntz dans la Revue critique du 9 janvier 1889 (p. iâ-16).

ir.

tarusMa iatioiau.

là LETTRES DE PEIRESC [1632]

honteux d'en avoir eu si peu de moyen jusques à présent. Cependant je vous en remercie de tout mon cœur et des relations qu il vous a pieu me faire tant de la représentation de S^ Alexis à Tantique, laquelle meritoit bien d'estre faicte devant vous S plustost que de tout autre, que de tout ce qui regardoit voz intérêts, auxquels je prends toute la part que je doibs, louant grandement vostre générosité, de n'avoir poinct voulu vous engager en des servitudes si mal compatibles à rhumeur françoyse et à la profession que vous faictes de tant de franchise et de tant d'assuidité aux meilleures estudes, qui ny sont guieres compatibles, estimant que vous avez choisy la meilleure part quand vous vous estes arresté à celle de spectateur, plustost que d'acteur, vous pouvant asseurer que c'estoient les regrets du pauvre feu M^' le garde des sceaux Du Vair, tant qu'il demeura en cette charge, de ce qu'il se trou voit engaigé à l'un des personages de la Tragédie, et qu'il avoit perdu toute la liberté et commodité de la vie qu'il savouroitsi doucement en ce païs, d'où il n'estoit que simple spectateur du train de la Cour, comme d'une comédie beaucoup plus agréable à voir de loing, que quand on s'y voit embarrassé dedans. . J'ay trouvé plus estranges les deffaults de correspondance que vous avez rencontrez en la persone du s' S.^ qu'en celle de son maistre, veu les fascheuses affaires que les grands ont souvent dans la teste, qui ne leur permettent pas de respondre comme ce seroit leur intention à toutes ces demandes qu'on leur faict, tant sont fortes les imaginations des grandes affaires qui travaillent et traversent souvent leur esprit comme leurs dessains. Ayant plusieurs foys veu ledict s' Du Vair si abstract', qu'il ne me cognoissoit presque pas encores qu'il me respondisse. Et toutefoys il mefmoit la faveur de maymer beaucoup pluê

^ Sur celte représeatotion de Saint Alexis , trait fort hostile à son oompatriole. Ayait-il ,

due à rioltiative d*ua des princes de TÉglise plus dairvoyant que Peiresc, devine toute

les plus ëciairës de tout le xvii* siède, le llndignitë morale de Bouchard? cardinal Fr. Barberini, voir les Lettres de ' Le DtctMmnatrv de Littré rappelle qu au

Peiresc aux frites Ih^y, t III, p. 348. xvu* siècle, k c&të A' abstrait on disait aussi

' L'initiale désigne Snarez , bibliothécaire abstraet. du caitlinal Fr. Barberini. Suaret se mon-

que je ne valoys. Je veux dire que si vous aviez envie d'estre courtisan , il nefalloit pas se rebutter par ces froideurs, ains les prendre comme la probation en ce mestier, et possible estoit-ce à ce dessein qu'on le faisoit afin d'esprouver si vous auriez assez de patience pour excuser toutes ces incommoditez ^ et particulièrement l'empire de telles gents, qu'ils n'estimeroient du tout rien s'il n'estoit absolu, et à l'espreuve de toute sorte de froideur voire de rebut. C'est pourquoy je n'ay pas trouvé si estrange ce procéder, comme vous avez faict, et estime que vous ferez mieux de n'en rien laisser paroistre, en aulcun temps, que si en le marquant vous y blessiez quelqu'un de tel qualibre, estant certain que les grands ont bien à essuyer des incommoditez et des desgoutz, sans oser le demonstrer, et à souffrir souvent de leurs serviteurs des manquements qu'on ne s'imagineroit pas. Le s' Menestrier, qui est maintenant icy, m'a dict avoir veu beaucoup de foys que }fl^ le cardinal Barberin aimoit mieux donner au cavalier dei Pozzo ^ des curiositez qu'on luy apporloit, que de les consigner aux officiers de sa maison, daultant que quand il les vouloit revoir il n'avoit poinct de difficulté de les trouver incontinant ez mains dudict sieur cavalier de ce que^ s'il lès falloit faire apporter par ses officiers, avant qu'ils eussent trouvé leurs clefs, ou qu'ils se fussent accordez entre eux de la préséance en cez ministères, avec les jalousies qui les rongent la pluspart, le pauvre seigneur avoit tant languy qu'il avoit perdu la commodité de veoir ce qu'il desiroit, et bien souvent la volonté', par où vous pouvez comprendre que l'usaige de ses livres ne peult estre guieres libre aux estrangers, puisqu'il ne l'est pas à luy mesmes toutes et quantes foys il en a affaire, de quoy j'ay grande compassion.

* Dans le document cite plus haut, Bou- reux et fidtie ami sea livres, ses inetru-

ehard donne au cavalier dd Pozzo uQ triple ments, tables et frag^ments antiques, ses

ëloge qu'il accompagne d'une remarque médailles, etc. assez inattendue dans un testament (p. 6) : * C'e6t-4-dire ; tandis qu^.

(f Cassiano Puteali, viro n<^ilissimo eruditis- ' I/anecdofte est piqnanie et fait penser

simo et homanissimo, quai tria raro simul au mot célèbre : plus on a de serviteurs,

habitant,» etc. Bouchard, pour le réeom- plus on est mal servi, penser de ses bons oflSces, laisse à ce géoë-

76 LETTRES DE PEIRESG [1632]

' Quant à ce que vous me demandez de mes livres et de mon cabinet, je seroys bien empesché de vous en rendre ce compte que vous en attendiez parce que je n ay que fort peu de pièces qui puissent tomber dans vostre estime, et ne les ay jamais rédigées par Tordre qu'il y fauldroit, ayant gardé fort peu de livres Mss.\ desquels je nay jamais faict de difficulté de me priver, quand il a esté question d'en servir le public ou les gents de lettres qui en pouvoient mieux proGtter que moy dans mes infirmitez. Mes antiquailles et autres curiositez n ont jamais esté inventoriées^, et nen vallent possible pas la peine, si ce n estoit pour servir aux persones qui y prennent un goust particulier, qui ne se rencontre pas seulement dans les livres. sans une longue practique, trop pénible et indigne des esprits sublimes comme le vostre, qui sçavent prendre de meilleures occupations. Il fauldroit vous tenir et gouverner à loisir, pour voir si Tobject des choses qu on vous monstreroit pourroit toucher vostre goust, auquel cas tout seroit tousjours à vostre disposition absolue.

Des livres d'Italie je n'en ay pas de si grand assortiment que M' du Thon', et n'ay jamais faict dresser de roUe de mes livres, mais je tascheray pour l'amour de vous de faire faire celuy des livres de ce païs là, aussytost que je seray à Aix, Dieu aydant, qui sera cette automne, marry que vous n'y pourrés pas trouver la satisfaction que vous vous en pourriez promettre, mais si vous desirez vous en servir au dessein

' Le catalogue des maDuscrits de la bibliothèque de Garpentras dressé, eu 3 volumes grand in-S"* par M. Lambert, et dont nn volume tout entier est rempli par la liste des manuscrits de Peiresc, montre combien était modeste le possesseur de tant de trésors.

* Ce travail fut fait plus tard sous le titre que voici : Inventaire des médailles, graveures, pierres pretieuses et poids antiques du cabinet de feu M. de Peirese (sans date) , dans le volume gSSA du fonds français, à la Bibliothèque nationale. Je reproduirai, en

Tannotant et le complétant, cet inventaire dans une étude développée que je voudrais consacrer, plus tard , aux Colketians de Peirese.

' H est possible que la bibliothèque de Messieurs de Thon fût encore mieux fournie de livres italiens que celle de Peiresc, mais celte dernière était singulièrement riche en ouvrages imprimés de Taulre c6té des Alpes , comme on le verra dans le catalogue que j*en donnerai quand j'écrirai Thistrare et la description des collections formées par le plus ardent des curieux.

que vous me mandez il fauldroit vous adresser à Mess** Du Puy, qui vous peuvent fournir ce que vous cherchez beaucoup plus accomply que moy, et du soir au lendemain, car les inventaires sont touts dressez.

Au reste je vous remercie trez humblement des bons offices que vous m'avez voulu rendre envers M' de la Berchere et en la persone du s' d'Arène, regrettant les importunitez que vous avez receues de luy ou pour luy et pour la fascheuse affaire qui luy survint bien malheureusement.

La relation que vous me faictes espérer du mont Vésuve me tiendra en grande impatianceS pour la confiance que j'y prendray, surtout je vous supplie de vérifier, s'il est possible, si la montagne a revomy (par sa gueulle principale, ou autre par où elle vomissoit des fiammes) aulcune portion de l'eau de la mer, qui sembloit s'estre engouffrée dans ses abysmes enflammez lorsqu'elle se retira de ses bords, ou bien si les inondations des eaux qu'elle causa ne vindrent que du passage et desgorgement des rivières dans la mer que le Vésuve pouvoit avoir rebouschez avec ses cendres, en sorte que l'eau remontast en arrière ou à conlremont des rivières petit à petit. Car il y a des gents qui ont soubstenu que la montagne avoit revomy de l'eau par ses gueules, aussy bien que des flammes, et de la matière bruslante et fluide comme metail ou bitume. Or pour s'en esclaircir il fauldroit faire marquer précisément l'heure de la retraicte de la mer et l'heure que les inondations commancerent, et si elles se firent précipitamment ou non, estimant que ce soit une des plus notables remarques qui se puissent faire, et des plus dignes de vostre recherche, si ce n'est qu'il vous pleust d'y adjouster encores s'il est vray qu'on ayt mesuré avec quelques bons instruments de mathématique jusques à quelle haulteur montoient dans l'air vers le ciel , les niies et ruisseaux de cendres

^ Voir, sar rembrasemeot da Vësave, un homme de si cr grande impatience» la re-

une lettre de Bonchard , du 1 8 février 1 633 , lation qu'il lui promettait dëjà en juillet 1 63a

dans le fiascicule III des Correspondants de et qu'il ne lui envoya que sept mois plus

Peirese, p. 9. Bonchard fit bien attendre à tard.

que Yomissoit cette montagne et à quelle proportion par dessus la haulteur ordinaire des nues. Excusez-moy de celte peine et croyez que si M^ le cardinal de Lyon ^ ou autre grand de ma cognoissance passe en Italie, je vous y rendray les offices et services fidelles que je doibs comme , Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DB PbIRBSC.

A Boysgency, ce 1 6 juillet i639 '.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME OU À MAPLES*.

Monsieur, Escrivant à Monsieur Holstenius à ce coup cy, je n ay pas voulu que ce fust sans vous salluer comme je faicts trez humblement, et me r'amentevoir en l'honneur de vos bonnes grâces. Je le prie d'une petite faveur, pour coUatiônner un petit passage du Marcellus Y. I. de Medicamentis et de Remius Fannius concernant cez petits bordereaux qu'ils ont escript de Ponderibus et Mensuris, au cas qu'il s'en trouve quelques exemplaires mss. soit dans la Vaticane, ou dans quelque autre de cez belles Bibliothèques, tant de Rome que de Florance, ou Venize lorsque vous y passerez, et à Naples mesmes si par hazard vous y en aviez rencontré *. Surtout je desirerois avoir extraict prout jacet

^ Alphonse de Ridbdieu, le frère du sar les recherches de Peiresc relatives aux

grand minislre. poids et mesures de l'antiquité , voir, outre

' Bibliothèque de l'Écoie de médecine les LeUres h Dupuy, les lettres de Bouchard

do Montpellier, vol. H 971, fol. 9 19. Auto- et ceUes de Claude de Saumaise, notamment

graphe. la lettre de Bouchard du 16 juillet i633

' Recommandé h la courtoisie de M. de (p. 18-90 du fascicule III) et la lettre de

Bonnaire. [Note mise sur Teaveloppe.] Saumaise, du 99 janvier i633 (p. 19-97

^ Sur Marcellus, Fannius et en général du fascicule V).

8ur les mss. tant du texte grec que du latin, des paroles qui regardent les mesures que Marcellus appelle CHEME , CLTSCION , CO- TTLOS, COTTLVS TRIVNGIARUS, GTATHVS, COGHLEARIVM, DEGTHE, ROTUAE, KTAGOG, et pareillement dans le Fannius celles qui regardent les mesmes sortes de mesures dont il a faict mention, et ce qui est du MTSTRVM , de la GTANE, et du GOGHLEARE. Que si d'advanture vous trouviez en cherchant autre chose quelques pièces mss. tant du Dioscoride , du Galien , et de Cleopatras , où ils font mention des susdictes mesures, et de l'Ëpiphanius, et autres Grecs et Latins anciens qui ont traicté cette matière, je vous auroyâ* une insigne obligation , s'il vous plaisoit d'en faire extraire les passages bien exactement sur tout pour les nombres ou notes proutjacet aux originaux concernant les susdictes mesures, et particulièrement le META MTGTPOV, et le GOGLEARE, ou la LIGVLA et autres moindres mesures. Vous aurez bien du subject de blasmer mon indiscrétion à vous endosser de si importunes courvées, mais je sçay que vous y prenez plaisir et je feray tout mon possible pour m'en revancher par toute sorte de services qu'il vous plairra tirer de moy.

Au reste nous avons veu sur la Gazette que depuis peu le mont Vésuve a recommancé de vomir ses flammes et ses cendres, et qui plus est quantité d'eau, qui est principalement ce qui me sembloit avoir plus de besoing d'esclaircissement que tout le reste, à cause que les premières frayeurs avoient chassé le monde si loing qu'il sembloit qu'il n'y eusse aulcun tesmoing oculaire de ce regorgement des eaux, pour estre assuré si la naisçance de leurs ruisseaux estoit fort basse aux racines de la montaigne, ou s'il en est descendu de bien bault, comme des ruisseaux de feu ou de matière coulante et embrasée. Désirant de sçavoir punctuellement si à celte foys icy l'embrasement de ce mont avoit esté précédé par grandes pluyes ou inondations, ou par tremblement de terre qui se fusse ressenty sur la mer, surtout s'il n'y a paru aulcune retraicte des ondes marines auprez des bords, comme l'autre foys. Et s'il avoit régné des vents de syroc ou contraires, pour juger si aulcune cause extrinsèque pouvoit avoir rien contribué à ce nouvel

embrasement. Ne doublant poinct qu'il ne se soit trouvé des gents plus hardis que 1 autre foys, qui auront observé quelque chose de plus prez, dez endroicts qu'on sçavoit n'avoir pas esté attaincts par les précédants ravages, et que vous aurez eu la curiosité de vous en enquérir soigneusement, et de nous en mander un jour un peu de relation à vostre comodité, comme je vous en supplie.

Je suis attendant les ordres que vous me vouldrez donner concernant vostre pérégrination orientale, d'où M^ le comte de Marcheville m'escript du i6 septembre, qu'il a souffert fort impatiemment que le s' de Ghastueil qu'il avoit emmené d'icy luy soit enfin eschappé pour aller passer quelques moys dans le mont Liban ^ Mais il se promet d'aller bientost faire un voyage en la Terre Saincte, et de l'aller prendre de haulte lutte pour le ramener en Gonstantinople avec luy *. Je m'asseure qu'il sera infiniment aise de vous y tenir, si vous continuez en ce dessain, auquel je ne suis pas neanmoings résolu de vous induire, au contraire je vous en desmouvroys trez volontiers si je pouvoys, pour les grands périls qu'il y fault passer et les incommoditez inesvitables, qu'il ne fault point esprouver tant qu'on s'en peult deffendre.

On m'escript de Paris que M" Rigault est bien avant de l'édition de ses notes sur tout le TertuUien', que M** Du Chat entreprend l'édition du Gallien grec et latin ^, le P. Sirmond advance fort la sienne du

^ François de Galaup-Chasteufl, le Soli* taire da mont Liban. Voir le fascicule XVII des Correspondants de Peiresc {Digne, 1 890) , où l*on trouvera beaucoup de renseignements sur le voyage fait par le pieux et savant orientaliste en compagnie du comte de Marcheville.

* François de Galaup-Chasteuil ne devait jamais revenir k Gonstantinople. Il Tavait, du reste, annoncé en ces termes dans une lettre du 1 1 septembre i63q adressée à son frère, le procureur général (p. 99 du fascicule qui vient d'élre cité) : rrll croit [l'am-

bassadeur Marcheville] dans un ou deux ans de venir en ces quartiers et me ramener à Gonstantinople, mais c*est chose assez esloignée de mon esprit, d

' Les œuvres complètes de Tertullien furent publiées par Nicolas Rigault en 1 689 (in-f). Voir sur les éditions suivantes le Manuel du libraire (t. V, col. 799).

* Ge Gallien a-t-il jamais paru? Les bibliographes ne le mentionnent pas, et, d'autre part, les biographes ne disent rien de Du Ghat.

Theodoret S et M' Le Jay sa grande Bible Archiroyale, où le P. Morin met le Pentateuque Samaritain ^. M*" Gassendy est arrivé à Digne chez luy avec ses livres et papiers^, et s'est remis sur son Epicure, tout résolu de ne point cesser son travail, qu'il n'y ait mis la dernière main entre cy et Pasques *, dans lequel temps il sera bien eslogné de toutes occasions de divertissements. M' de Mezeriac en Bresse a son Apollodore tout prest à voir le jour ^^ et fort advancé son Plutarque, où il a trouvé des merveilles à glaner aprez tant d'autres^. Quelque jour vous tiendrez le day à vostre tour, et nous honorerez de voz commandements quand il vous plaira comme celuy qui est et sera inviolablement.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce a décembre i63a'.

^ Le P. Sinnood, tout en avançant fort son édition des œuvres de Theodoret, ne la termina qu'eu lôAa (Paris, à vol. in-f).

* La Bible polyglotte de Guy-Michel Lejay, commencée en 1698 , ne devait être achevée qu*en i6&5. U est souvent question de cette œuvre monumentale dans les Lettres de Peiresc aux foires Dupuy, et nous en retrouverons de fréquentes mentions dans les volumes qui suivront celui-ci, car Peiresc s'intéressa toujours beaucoup à la noble entreprise de Lejay.

' On voit dans les Documents inédits sur Gassendi ( 1 877, p. 1 5 ) qu'au mois d'octobre 1 63a ce philosophe retourne en Provence, qu'en décembre il observe l'écluse à Digne et qu'il prolongea pendant plusieurs années son séjour en Provence.

* Les travaux de Gassendi ne commen-

cèrent à paraître qu'en 16&6 et la publication s'en continua en 16^7 et 16&9.

* Que d'espérances trompées I V Apollodore de l'académicien Glande -Gaspard Bachet, sieur de Mezeriac ou mieux Meyzeria , qui était tout prit à voir le jour, ne l'a jamais vu.

^ Les observations sur Plutarque du savant helléniste n'ont été publiées qu'en petite partie et plus d'un siècle après sa mort. Pour Bachet comme pour tous les érudits qui viennent d'être mentionnés, voir la Table des Lettres de Peiresc aux fohres Dupuy, On trouvera souvent le nom du commentateur de Plutarque dans la partie du présent volume qui contiendra la correspondance de Peiresc et de Gassendi.

^ Bibliothèquo de l'École de médecine de Montpellier, vol. H 971 , fol. ai 4. Autographe.

nirKIVSMB VATIOSAkI.

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À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

i ROME.

Monsieur, Selon vostre désir Monsieur Hugon, premier Auimosnier, et Monsieur Vîdel S premier secrelaire de l'Ambassade de M^ le duc de Grequi^, vous rendront touts les bons offices nécessaires auprez de S. Ëxc^ pour vous faire advoûer du nombre de ceux de sa suitte et de son train , en telle qualité qui vous puisse estre sortable. Et seront bien aises d'avoir Thonneur de vous cognoistre, et de vous servir en tout ce qu'ilz pourront et selon que le mérite vostre vertu et vostre rare érudition. Gomme réciproquement je m'asseure que serez infiniment aise de les honnorer et servir Tun et l'autre selon les rares mérites de leur profunde doctrine et de leurs louables curiositez, et de les introduire chez les meilleurs amys que vous avez acquis de par delà, dont je me tiendray infiniment redevable en mon propre, par le service trez humble que je leur ay voué, et pour les insignes obligations que je leur ay. Vous suppliant de tout mon cœur de leur faire cognoistre l'honneur que vous me faictes de m'aymer plus que je ne vaulx, en leur

^ Louis Videl, ne à Briançoa en iBgS, mort à Grenoble en 1676, fut successivement secrétaire des ducs de Lesdiguières, de Gréquy et du maréchal de rHôpital. Voir Tarticle que son compatriote Rochas lui a consacré dans la Nouvelle biographie ginérvde. Contentons-nous de rappeler que Ton doit à Videl un curieux roman ( Le Mêlante, amoureuses aventures du temps , Paris , 1 6a & , in-S"*) et un excdlent livre d'histoire {La vie dueonestable de Lesdiguières , depuis sa naissance jusqu'à sa mort, Paris < i638, in-P). Vide) et ses compagnons de voyage sont

mentionnés dans une lettre de Bouchard à Peiresc, du 1 6 juillet 1 633 , qui est une réponse à la présente lettre (fascicule III des Correspondants de Peiresc, p. lâ). Voir une plaisante anecdote sur Videl à propos de son roman, dans les Historiettes de Tailemant des Réaux (t. III, p. 9A8-

^ Charles de Créquy, prince de Poix, duc de Lesdiguières, paii* et maréchal de France, présenta ses lettres de créance au pape Urbain VIII le qS juillet i633.

rendant ce qui iear est si légitimement deub, et de me tenir tous^

jours,

Monsieur,

pour vostre trez humble et trez obeyssant serviteur.

DE Peiresc.

A Aix, ce 9 may i638 \

VU

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

AROME

Monsieur, Depuis celle que je vous €scri vis cez jours passez, et dont Mess" Hugon et Videl se voulurent conjoinctement charger, j'ay eu l'honneur de voir icy Monsieur de Boissieu, gentilhomme des meilleures maisons, et des mieux alliées du Daulphiné, qui est doué des^plus dignes parties d'érudition, de valleur et d'honnesteté que puisse avoir aulcun autre do sa condition ^, dont je ne doubte pas que vous ne soyez bientost amoureux, et que vous ne me sçaichiez bon gré de l'occasion que je vous donne par cette adresse, et de le voir possible un peu plustost, et avec un peu plus de confiance que vous n^eussiez faict. Il sera trez aise d'avoir le bien de vostre cognoissance , aussy bien que vous de la sienne et je prendray grande part k voz réciproques contentementz et bons

' Bibiiolhèqae de i'Éoole de mëdecine de Montpellier, vol. 11971,^31 6. Autographe,

^ Sur Deoys Salvaiog de Boissieu, ne au château de Vourey (Dauphinë) le 31 avril 1 600 , mort dans le même château le 1 o avril 1 683 , voir la monc^raphie de M. de Terrebasse : Relation des prineipaux événements de la vie de Salvaing de Boissieu (Lyon , 1 85o , in-8*). Pendant son séjour à Rome, et depuis son retour, dans diverses hautes situa*

tions (conseiller d'État, ambassadeur à Venise, premier président de la Chambre des comptes de Dauphiné), Boissieu justifia les grands éloges de Peiresc qui ne vécut pas assez longtemps pour admirer la description des merveilles du Dauphiné (i638), V Histoire du chevalier jBayarrf(t65i), sur* tout le beau et mémorable travail : De l'usage des fiefs (166&), le chef-d'œuvre du savant auteur.

Sa LETTRES DE PEIRESC [1633]

offices, que vous luy pourrez rendre à cet abord, dont je vous auray toute 1 obligation qui y peult escbeoir et vous serviray toute ma vie, Monsieur,

comme vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresg.

A Aix, ce i3 may i633 '.

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