‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 12 sur 34 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, Je n'ay pas receu de lettre vostre depuis celle du raoys de febvrier qui accompagnoit les exemplaires du livre de M' Naudé^, que je ne manquay pas de Mre tenir incontinant à leur adresse, comme je le vous manday aussytost, vous ayant depuis escript diverses foys par ceux qui accompagnoient M*" ie duc de Grequi et auparavant, ^'ayant pas oublié ce qu'il vous pleut me mander concernant M' de Nouailles' envers lequel s'il passe par icy comm'on l'attend cette automne, je feray tous les efforts à moy possibles pour vous rendre le service que vous desirez, et y employeray la faveur de M"^ le mareschal de VitryS si je puys, et de touts ceux dont je me pourray ad viser, comme j'en avoys desja faict donner quelque attainte à M*" le duc de Grequi, mais comme il ne pouvoit pas dire de vouloir faire là de grand sesjour, et qu'il avoit

' Bibliothèque de TEcole de médecine de fois dans les lettres suivantes le nom de ce

Montpellier, vol. H 97 1, fol. 317. Auto- diplomate, auquel Bouchard fut recom-

graphe. mande non seulement par Peiresc, mais

* Bibiiographia polkica (Venise, i633, aussi par Chapelain. Voir une note h ce

in-i 9 ). sujet dans le fascicule III des Correspondants

^ Le comte de Noailies, ie futur ambas- . de Peirese, p. h, sadear de la cour de France auprès de la * Nicolas de THospital , maréchal de

cour de Rome. Nous retrouverons plusieurs France, alors gouverneur de Provence.

afforcc gentz de lettres prez de luy, la place n y sembloit pas en estât d'estre remplye, cestpourquoy je m'adressay à eux mesmes pour voir s'ils vous y vouldroiént procurer l'employ en asseiirance pour vous obliger» comme ils en tesmoignoient une passion particulière et bien ardante.

Nous avons icy M' Tabbé du Til filz de M*^ le président du Til en la chambre des comtes de Paris, qui y est desja venu à Tadvance pour y attendre M' de Nouailles. C'est un trez galant gentilhomme, et grandement vertueux et courtoys, que je tascheray de mesnager pour le voui$ acquérir à l'advance, ayant desja de grandes habitudes avec ledict sieur de Noûailles, où je me promets de le faire agir Dieu aydant, attendant de meilleurs ressorts. Car de mon chef je n'y ay habitude quelquonque que je l'achepleroys bien chèrement à celte heure pour vous y pouvoir servir à souhaict. Et ose bien me promettre que quoy qu'il en puisse arriver il vous apparoistra tousjours qu'il n'y aura rien esté obmis de mon petit pouvoir et de mon industrie que je souhaicteroys bien plus grande et plus puissante à ce coup si faire se pouvoil pour l'amour de vous.

Au reste j'ay receu de la part de M' Holstenius un extraict d'un opuscule de Pondenbus tiré d'un si ancien ms. que j'en faics un grand capital. Et croys bien que comme vous disiez, la trop grande abondance vous a comme esblouys et osté le choil, au lieu de faciliter vos recherches. Et le bon M' Holstenius est si diverty ailleurs que malaisément pourra il perdre à cela le temps qu'il y fauldroit mettre. C*est pourquoy je vous supplie, si vous avez quelques heures à perdre, de faire un jour un peu d'indice de toutes les pièces de cette matière que vous y rencontrerez afin que sur iceluy je puisse voir ce qui paroistra plus sortable à mon dessein, comme j'ay faict de celles de la bibHothèque du roy. Mais si vous y en rencontrez d'autres de bien ancienne escritture quelles que ce puissent estre, je payeray volontiers les fraiz du coppiste, quand il n'y auroit à proffitter que la simple correction d'un nombre, ou d'un charactere, affecté à designer une certaine mesure. Principalement s'il y a quelque vieil exemplaire

du Nicandre et des fragments de cette matière qu'on a imprimez der^* riere, j'en feroys encores plus volontiers la despance, et vous supplie de ne pas espargner ma bource en cela, s'il vous'plaict, dont M' d'Espiots fournira les fraiz que vous ordonnerez ou M' de Bonnaire.

Pour le Vésuve j'ay apprins depuis peu qu'en ^Ethiopie sur les confins de l'empire Turquesque en veûe de Suachem sur la mer rouge, il s'est ouvert une gueule de feu qui a faict les mesmes ravages et deso* lations du pais à l'entour à deux ou troys lieues loing, et quasi en mesme temps que celle du Vésuve, dont j'ay envoyé demander une relation des jours précis du commencement et progrez et des noms des lieux dont je vous feray part en son temps, et seray à jamais,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresg.

A Aix, ce 1 3 juillet i633 ^

k MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD,

À ROME

N'ayant pas de temps pour un grand entretien parce que le pa^ sage de l'ordinaire presse , ayant apprins par les dernières lettres de Mess" Du Puy ce que vous desirez de moy, je me suis trouvé un peu empesché à cause des advis qu'on nous a donnés de la subrogation de M' Holstenius à la charge de la bibliothèque de l'Ëminentissime cardinal Barberin. Mais d'aultant que l'advis ne venoit que d'un moyne, qui ne le circonstantioit pas assez et que je n'ay pas creu que vous eussiez de dessein d'entrer en competance avec luy, au cas qu'il y eust du dessein, j'ay escript selon voz intentions le plus ardament que

' Bibliotlièque de TÉcole de médecine de Montpellier, vol. H 971, fol. si . Autographe.

j*ay peu, au cas neantmoings que Ton n y voulust pas employer ledict s^ Hoistenius ne autre des domestiques actuels de ce prince, contre lesquels il n'est pas loisible ne quasi honneste à une ame franche et honneste comme. ia vostre, de disputer rien de semblable, m'asseurant que la lettre ne laisra pas de faire son effect si elle en peult estre capable , et qu'elle vous conservera et à moy par mesme moyen l'observance du respect qui est deub aux domestiques d'un tel prince, par touts ceux qui ne le sont pas, et qui neantmoings sont ou pencent estre advouez pour ses serviteurs. Si vous ne la voulez donner vous mesmes, M' le caval*^ Del Pozzo le fera volontiers, je m'asseure, et de bonne grâce, ou bien M' le conte de Ghasteau Yillain^ puisqu'ils sont de voz amys. Et si j'ay de meilleur moyen de vous servir vous pouvez croire que je ne m'y espargneray jamais, et que vous me trouverez tousjours absolument et sans reserve qui ne soit inesvitable comme à ce coup. Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE PsiBESG.

A Aix, ce a8 juillet 1633*.

k MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD,

À ROME

Monsieur, Tay receu depuis le partement du dernier ordinaire de Lyon à Gènes deux despesches vostres venues ensemble du 1 6 juillet et 1 3 aoust, par la dernière desquelles vous révoquez l'ordre que vous me donniez par

' Fraocois-Lottis, comte de Château-Vil- Château- Villain mise par André du Chesne

iain , est meatiomië dans la lettre de Bouchard à la fin de 8<m HUtoire de la matstm de Dreux. dui3juilleti633(p.t3dufa8ciculeIII).Il * Bjbliothèqne de YÉccie de médecine

avait épouse Anne d*Aquaviva, fille du duc de Montpellier, vol. H ^71, fol. as. Auto-

d'Atrie. Voir la généalogie de la maison de graphe.

la première concernant vos prétentions à la charge de bibliothécaire de S. Em~ pour laquelle je vous avoys desja envoyé une despesche expresse sur ce que Mess" Du Puy m'avoient donné à cognoistre du désir que vous en aviez, croyant bien que vous aurez eu mes lettres plustost que moy les vostres et que vous y aurez trouvé une bonne partie de ce que vous desiriez que je luy disse, et n'auroys pas manqué de luy en faire une recharge dans mes autres lettres ordinaires h Son Em** sans que vous aymez mieux tenter au préalable vostre establissement chez M' de Nouailles, auquel pourtant je ne voys gueres d'apparence, puisque M' vostre père et M' le baron de Magaias, qui poursuit de s'allier à vous\ n'en ont retiré aulcune response sui* l'instance qu'ils luy en ont faicte à Paris. Car j'estime que cez seigneurs veullent avoir Testât de leur maison tout faict avant que partir du Royaulme. Et de mon chef je n'ay pas grande espérance d'y pouvoir rien opérer, n'ayant pas l'honneur d'estre cogneu de luy que je scaiche. Toutesfoys nous n'y espargnerons rien si nous le pouvons voir à son passage , et aprez il sera possible encor assez à temps d'escrire de rechef au cardinal Barberin pour son employ. Car il n'y a gueres d'apparance qu'il veuille remplir cette place tant que M' l'evesque de Vaison sera en cour de Rome et par conséquent chez Son Em^. Que si vous voyiez que l'affaire pressas! , et que l'humeur vous en revinst, je ne pense pas que vous debviez faire difficulté de faire rendre la lettre que j'ay escritte à Son Era*^ sur ce subject, encores que ce soit tout exprez pour vous, car elle ne laisroit pas de faire aultant d'effect à mon ad vis, que si c'estoit

' Bouchard avait écrit à Peiresc (lettre plusieurs fois dtëe dëjà du 16 juillet i633, fascicule III , p. 1 5 ) : rr Le baron de Magaias, qui est cousin de M. de Nouailles, recherche à cette heure que je parle , ma sœur en mariage.)» Je crois devoir reproduire ici les renseignements fournis sur ce point, en 1881, par Tëditeur des Correspondants de Peiresc: tr Henriette Bouchard, qui, si Ion en croyait la relation de son misérable frère,

aurait été sa complice dans qaelquos-imefl de ses intrigues, n'épousa pas M. de Magaias; elle se maria deux fois, comme nous rapprend M. P. Paris d'après les dossiers du cabinet des titres {Historiettes, L Vil, p. 169): d'abord avec Gaspard du Lac de Ghemerolles, sieur de Gourbanton, ensuite avec Charies de Saint-Quentin, goayemear deBonrbourg.9

parmy d'autres affaires, car cez lettres courent fortuné d'estre long temps toutes clozes sur leur tapis, faulte de loisir de les lire. Et quand vous sçavez qu'une lettre est pour vostre affaire, vous la pouvez faire porter en temps et lieu opportun, auquel il la puisse lire. Que si Tune et lautre condition vous manquoient, et que vous partiez au voyage de Gonstantinople, je ne manqueray pas d'escrire à M' le comte de Marcheville, toutes et quantes foys il vous plaira. Et pense que les lettres de ce bon père Hiacynthe^ seront encores plus puissantes que les miennes sur son esprit pour vous faire trouver le plus favorable accueil que vous sçauriez désirer chez eux. Mais pour vous faire donner de Tentretien j en doubte grandement, principalement pour les miennes, car il a bien eu des affaires sur les bras, et il avoit mené d'icy des gents dont il ne fut pas marry de se descharger, si je ne me trompe, ce que je dis à vous confidament, et vous prie que ce ne soit qu'entre nous deux pour vous monstrer seulement la franchise de mon naturel. Il vauldroit bien mieux avant que vous embarquer à un si long et dangereux voyage, d'attendre la responce qu'il pourroit faire sur cela au bon P. Hiacynthe afin de ne vous pas mettre en mer sans biscuit.

Je croys bien que si vous faictes le voyage, il ne vous sera pas malaisé de flatter un peu le patriarche Cyrille^, et d'acquérir ses bonnes grâces en sorte que vous puissiez mettre le nez dans ses libvres mss. et par son intercession dans bien des monastères du Mont Athos, qui meriteroitun voyage exprézet un sesjour considérable, auquel je croys bien que M*" l'ambassadeur vous assisteroit volontiers et de sa faveur et de son crédit. J'en ay bien peu; mais encores auroys-je courage de vous faire fournir quelque partie, pour vous en prévaloir en une si bonne occasion, sans qu'il fust de besoing de recourir à d'autres. Mais

* Dans la lettre dont il vient d*étre ques- Marcheville , qu*il me donnera entretien diës

tion , Bouchard s'était ainsi exprimé ( p. 1 5 ) : soy tant que je voudray. d irLe P. Hyacinthe, capucin, qui &it les af- * Cyrille Lucar, patriarche de Constan-

faires du P. Joseph, et qui est fort de mes tinople, plusieurs fois mentionné dans les

amis, m'ayant assuré que sur les lettres que Lettres de Peirese auxfrèree Ih^wf, je porteray de sa part k H. Tambassadeur

IT. ti

laraïaïut RATioiâti.

90 LETTRES DE PEIRESC [lôSÎ]

ee ne seroit pas jamais sans regret des dangers que vosfare persejae pourrait courrir de par de là à toute momente parmy des peuples aï barbares et si desEants. Vous en userez comme il vous plairra.

U me reste à vous remercier, cwoime je faîctz trez humblement, des bons offices que vous avez daigné rendre à Mess" de Boissieu , Yidel et Hugoa (auxquels j^e ne prends, pas moings de part queux), et des Douvelles des livres du s' Léo Allatius, Gremonin, Spinelli, Gamilli, Gravina, et Thomas Vaira de l'histoire de NaplesS lequel noas avons interest de voir quand il sera en vente , à cause que les roys de Napks durant 3oo ans ont esté noz comtes de Provence la pluspart.

M"^ Gassend a voit veu la crisis contre le pauvre Ëryçius Puteanus^ il y a assez long temps, mais nous ne vous sommes pas moins redevables de vostre bonne volonté, comme je m asseure qu il le vous tesmoignera, quand il respondra à vostre pacquet lequel je luy ay fiaiict tenir seu* rement. Mais je ne vous sçaurois exprimer combien je vous suis redevable de la recherche que vous avez daigné faire dans le Vatican de toute cez petite fragmente de Ponderibus et Mensuris, lesquels ne seroient pas de grande constance à faire transcrire s*il est loisible, je veux dire les anciens qui sont de si peu de feuillete. Ils se pourroient toute mettre dans une coupple de cahiers escripts en des feuilles de papier à peu prez de la grandeur de cette feuille, et y cotter les nombres des volumes d'où ils seront extraictz en teste de cliascun pour y avoir re* cours en cas de besoing de conférer quelque mot ou quelque note particulière, et quand on y joindroit le Volusius Metianus', il est de si

^ Sur ces divers ëcrivainB, voir, outre les Lettres de Peiresc aux frères Ditpuy, les Lettres de Bouchard à Peiresc et celles de Gabriel Naudë au même (fascicule XIII , 1 887). Je rappellerai seuiemeut, au sujet du premier nom de cette liste, que Bouchard, dauB son testament, a très honorablement mentionné Léo Allatius, l'appelant «rGrœcorum hujus sœculieruditissinioetoptimo».

Avec ce témoignage doublement flatteur

Bouchard iftissa an bibliothëcaire du Vatican les portraits du pape Urbain Vill et des deux cardinaux Barberini.

* Uhumaniste Van de Pulte au sujet duquel je me contenterai de renvoyer aux Lettres de Peiresc aux frères Dufmy*

^ Volusius (Lucius) , surnommé Meiianus, fut un jurisconsulte contemporain de l'empereur Antonin , qui le protégea beaucoup i comme nous Tapprend Jdius Gapitdlinus,

peu de femliets qu'il n'y auroit pas grand danger, pour peu que le oop^te sait soigneux de bien imiter les notes et qu'il vous plaise de cotter de quelle antiquité à peu prez est ce ms. car les diverses leçons pourroient bien secourir l-edition qui en a besoing en plusieurs lieux où elle semble fort incorrecte.

Quant à ces Colketanea Avgelt Colotii^j je n en serois pas si friand, si ce n'est de ses experiances comme je crois qu'il y en aye plusieurs, et qu'il ayt examiné plusieurs vases antiques et faict portraire divers monuments de l'antiquité. Que si vous ne jugiez pas qu'il y eust trop de difficulté de les faire transcrire bout à bout, je n'y plaindrois pas la despence, mais je vouldroys tousjours estre nanty des autres opuscules anciens, avant que tenter la transcription de celuy-là. M*" de Bonnaire fera fournir par M' d'Espiots tout ce que vous ordonnerez pour le coppiste et je vous serviray partout où vous me commanderez comme,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur,

DE Peiresc.

A Aix,ce ai septembre i633.

Le livre trouvé au corps d'une mommie est de feuillets d'anciens papyrus, escripts de caractères hiéroglyphiques touts pareils à ceux des obélisques où il se void des taureaux et autres animaulx, et mesmes des figures humaines ensemble d'autres plus menus caractères comme de la table Bembine du Pignorius^, mais point de lettres grecques. Si Monsieur le cavalier P*" Délia Valle nous laissoit voir son dictionnaire', il en auroit, comme j'espère, de la satisfaction toute autre qu'il

* Ange Coloeci, ne on ne sait trop en quelle année dans la Marche d'Ancône, fut ëvéque de Nocera et mourut à Rome le 1*' mai i5&9. Ginguené {Biographie universelle) déclare que ses ouvrages sont plus nombreux qu'importants. Voir une mention de Coloeci k la page 1 9 du fascicule 111.

* Lorenzo Pignoria. Voir le recueil des

Lettres de Peiresc aux frères Dupuy où il est question de cet antiquaire dès les premières pages (t. I,p. 3 et 4).

^ Le voyageur Pietro deila Valle et le dictionnaire copte manuscrit qu'il avait rapporté >de 8es voyages en Orient, et dont il était le très jaloux possesseur, sont souvent mentionnés dans les Lettres auxfrrères Dufuy.

92 LETTRES DE PEIRESG [1633]

ne pense , mais j'en attends un du Gayre , qui arrivera possible aussy tost et croys que le public tirera bien du fruict de la communiquation de toutes ces pièces, Dieu aydant. Vous m'obligerez bien fort de m'entretenir en l'honneur de ses bonnes grâces , et de l'asseurer que s'il veult caution de son livre, je la luy feray bailler telle qu'il jugera pouvoir estre de mon crédit et que son libvre luy sera fort Gdelement rendu, ne prétendant pas le garder plus de deux moys tout au pix, et espérant de luy en pouvoir un jour confier d'autres des plus rares que je puisse avoir, s'il nous tesmoigne d'en vouloir des nostres^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, Je receus hier au soir une despesche du i s novembre veniie par conteroHeur de chez M' de Crequy, lequel je n'ay pas veu, pour ne m'estre rencontré chez nous à mon grand regret, car j'eusse bien prins du plaisir à luy demander de voz nouvelles, mais en revanche, j'eus l'honneur d'entretenir une bonne heure M' de S* Anian^, avec une consolation nompareilie, ce qui ne fut pas sans parler de vous, avec les éloges d'honneur que mérite vostre vertu et vostre candeur, comme aussy du vénérable P. Dom Du Puy', et des bons offices que vous

^ Bibliothèque de l'École de médecine de Montpellier, vol. H ayi, fol. 99 3. Autographe.

' Il s'agit là du futur académicien, Marc- Antoine de Gérard, sieur de Saint-Amant. Voir sur le séjour du poète k Belgentier les Lettres de Peiresc auxfrires Dupuy. Le bon Peiresc fut enthousiasmé de son h6te qui mettait dans ses récits de voyage la verve spirituelle qui étincelle dans sa Rame ridi' eu!e et dans son Poète crotti.

' Voir dans le testament de Bouchard

(p. 6) rhommage rendu à Christophe du Puy, (rvirum nobilem et doctum». Le testateur, en souvenir des bienfaits reçus du prieur de la chartreuse de Rome, laissa à ce monastère tout Targent qu'il possédait : kgo univeream peeuniam quam nune Ronue kabeo. Rien ne pouvait être plus agréable à Tatné des frères Dupuy qu'un tel legs qui lui permettait de continuer la décoration de sa chère chartreuse, d^h embellie par ses soins avec un filial amour.

m'aviez rendus l'un et l'autre auprez de ce gentilhomme, qui m'ont procuré le bien de sa cognoissance , que je ne sçauroys assez prixser, mais je crains qu'il m'aura trouvé bien eslogné des termes auxquels vous luy aviez parlé de moy, et bien indigne de la bonne opinion que vous luy aviez faict concevoir, s'il ne se paye de ma bonne volonté aultant et plus que des effects , parmy mes foiblesses qui n'en peuvent guieres produire.

Quant au subject de vostre lettre j'ay esté marry que vostre pacquet ne soit arrivé un jour plus tost, car je l'auroys peu envoyer par l'ordinaire à M' de Digne ^ à Paris où il s'est acheminé. Il fauldra attendre le prochain. Cependant je me suis dispancé de l'envoyer à M' Gassend à Digne, sur l'opinion que j'ay prinse, puisque vous l'adressiez en ce lieu là, qu'il y pouvoit avoir des lettres pour luy, à celle fin qu'il en ouvre l'enveloppe pour les prendre, et me renvoyé le reste qui appartiendra à M" de Digne pour le luy faire tenir par la poste, croyant bien qu'il aye ce crédit la auprez de luy et davantage, et que vous n'aurez pas dezagreable que j'aye prins cette liberté, puisque nous en avions le loisir, en attendant la commodité de l'ordinaire et que vous tesmoignez tant d'amitié envers M' Gassend, jugeant par la forme du pacquet que vous y aurez mis les mesmes petits livretz que vous m'avez daigné despartir tant delà bibliographie politique de M'Naudé' et de son action de grâces^, que de cette Republique de S^Marino, dont

' Raphaâ de Bologne, qui siëgea de 1638 (p^ge 90 an fascicule XIII dëjà cite): «rMa à 1 653 , el qui fut le protecteur et i*aini de bibliographie aussy commence de rouller Gassendi, est souvent mentionne dans les sonbs presse et quant elle sera achevée je Lettres de Peiresc aux Jrires Dupy et iatiB donneray CMtbe que vous en ayea des les Lettres de Bouchard. Sur le séjour de ce premiers afiin d'en reeepvoir vostre jugeprélat À Rome en 1 63a -1 633, j'ai cité ment.n

(page i& du fascicule III des Correspondant» ' Cette action de grâces du nouveau doc-

de Pehresc) les indications fournies par le leur venait de paraître en une plaquette

Gallia Christiana ( t. III , col. 1 1 35 ). Cf. mon intitulée : Gratiarwn actio hafnta in cottegio

petit recueil des Lettres inédites de Jacques Patavino pro Philosopkia et Medecinœ laurea

Gafarel (Digne n 1886, in-8*, p-8). ibidem impetrata anno i6S3 die a S Maii.

* Naudé, dans une lettre écrite de Pa- Cumjaustis amicorum acclatnationibus, (Ve-

doue à Peiresc le 16 juin i633, disait nise, i633,in-8'.)

nous n'avions pas encores veu la première pièce ne M' Gassend ne moy ^ C'est pourquoy je vous en remercie trez humblement, et ne manqu«ray pas d'en remercier ledict s' Naudé la première foys que je loi escriray, comme je vous remercie aussy trez affectueusement de la continuation que vous me promettez de vos bons offices, et dont vons m'avez donné de si dignes prémices, tant envers le s' Pietro Délia Valle que autres, pour raison de quoy je tascheray de faire mon proffit des bons advis qu'il vous plaict me donner, et feray solliciter à Pjarîs la restitution de son Pentateuque, conmie il est trez juste et raisonable, laqueUe ne seroit pas à faire, je m'asseure, s'il l'cusee faict passer par mes mains, comme il l'avoit tesmoigné désirer. Mais le P. Bertin, à qui il l'avoit consigné, eut quelque jalousie de moy, puisqu'il ne voulut pas que j^en eusse la veûe seulement à son passage par Boysgency, bien que c'eust esté par mon moyen que ledict s' P® Délia Valle avoit consenty à la communication de son livre, de quoy je ne voulus pas pourtafnt me formaliser, de peur d'interrompre le fruict qui pouvoit revenir au public

' de la publication de cette pièce. Mais à cette heure que je voids qu'ils tardent tant 'de la rendre, je veux en poursuyvre la restitution pour conserver le crédit de la nation pafmy les estrangers. Il est véritable

^ que ledict s' P° délia Valle avoit employé le P. Thomas de Novarra, cordelier, à l'entreprinse de l'édition de son dictionnaire cophte, mais il est mort, et je ne pense pas qu'il se fust mis en peine d'en imprimer autre chose que le simple alphabet avec l'assemblage que j'ay veu de quelques syllabes, et un petit pseaulme de David dont il avoit faict imprimer le texte, mais il n'avoit pas encore osé y joindre aulcune version, tant il estoit encores esloigné d'une cognoissance entière de cette langue. C'est pourquoy ces Mess" sont encores bien esloignez de par delà de cette entreprinse qui est plus grande encores qu'ils ne pensent et qu'ils ne disent et digne d'y employer les plus doctes hommes du siècle , estant trez véritable qu'il y fault toutes les qualitez que re-

^ Dell' origine egovemo délia Republiea di préface latine de Naudé adressée à son ami S, Marino brève relaûone di Matteo ValU se" F. de la Mothe-le-Vayer. (Padoue, i633, cretario e cittadino de essa Republiea, avec in-/i*.)

quiert le sieur DeUa Vaile, et beaucoup d'autres qui se trouveront plustostde deçà que de delà les Monts, quelque espérance qu'il en aye peu concevoir, et ne suis poinct résolu de cesser mes instances en leur endroict, s'ils ne m'en veuUent exclure tout à plat, quelque espérance que je puisse avoir de recouvrer des pièces pareilles aux leurs, quand mesmes je les auroys desja receues, pour me coufierver ce moyen de les faire collationner les unes aux autres avant que les mettre soubs la presse, et vous me ferez un singulier plaisir d'embrasser toute sorte d'occasions que vous rencontrerez de m'entretenir aux bonnes grâces du s' V^ Délia Valle, et de luy faire cognoistre combien je Festîme et l'bonnore, et le plaisir, que j'auroys de le pouvoir servir et luy rendre quelque digne revanche de l'a&ction qu'il luy a pieu me tesmoigner.

le seray attendant ce que vous pourrez arracber des traictez de Ponderibus et Mensuris du Vatican , me recognoissant infiniment redevable à vostre desbonnaireté , du soing que vous avez daigné en.prendre sur vous, aussy bien que de l'advis des pièces antiq^ies du cabinet du feu cardinal BorgheseS maiâ puisque Mf Holstenius ne le &' Meneslrier n*onl peu en avoir la veûe, je ne pense pas que j'en puisse espérer aulcune communication. Et de faict j avoys désiré quelque examen d'une seule pièce en forme de Trépied, que je n'ay peu obtenir du vivant de ce personage, encores qu'il eusse tesmoigné quelque inclination à me faire plaisir, ayant prins excuse que la pièce ne se trouvoit poinct encores qu'elle eustesté veûe peu de temps auparavant,. ce que j'imputoys à la jalousie de ceux qui en pouvoient avoir la garde, plus tost qu'à autre chose. Et Dieu sçaict si ceux qui auront succédé à ce cabinet seront plus accostables et plus traictabies I

C'est la mode en ce païs là de ceux qui veullent tenir en plus de réputation leurs œuvres d'en faire imprimer un si petit nombre d'ejcemplaires, que le» curieux soient consti^ainctz de les payer au quadruple de leur valleur, pour en avoir, et quand on a cet advis, il s'en fault pourvoir dez le commancement, avant que ce petit nombre soit dis-

' Scipion Gaffarelli-Borgbèse, neveu du pape Paul V, fut revêtu de la pourpre romaine le 1.8 jufliât i6o& ânmocmifile s octobre i633 à TAge.de cinquiiQte-9ept ans.

96 LETTRES DE PEIHESG [1633]

tribué. C'est pourquoy je ne doubte pas qu'il ne me soit bien difficile à présent d'avoir jamais un exemplaire de cette histoire de Naples de Thomas Vaira dont vous me faictes feste, si ce n'est par grand hazard, qu'il s'en trouve à revandre quelque exemplaire de ceux qui ojat esté distribuez les premiers ^ Et vous m'obligerez bien d'y tenir la main à cause que je suis obligé d'avoir tout ce qui se peult en cette matière pour la meslange de nostre histoire avec celle de Naples.

Nous n'avons encor icy aulcunes nouvelles certaines de la venue de M*" de Nouailles, pour juger du temps de son passage, mais noussçavons bien que M*^ le mareschal de Vitry l'attend en bonne dévotion et en ung besoing nous tascherons de le faire agir pour vous, attendu que je nay aulcunes habitudes avec luy. Cependant puisque vous l'avez ainsin désiré, j'escripts à l'Ëminentissime cardinal Barberin, en remerciment de l'intercession qu'il vous a promise envers l'Ëminentissime cardinal Antoine, son frère. Bien raarry qu'il ne vous ayt employé à l'intendance de sa bibliothèque et qu'il ayt mis en cette place un homme d'une profession si différente et si mal compatible à celle de la culture des bons livres. Il semble qu'il y ait de la fatalité en ce monde pour empescher que ceux qui ont de quoy vivre ne se sçaichent pas traicter et que ceux qui ont ou peuvent avoir des livres n'en veuillent pas user, ne faire user ceux qui s'en pourroient le plus dignement acquitter. Mais c'a esté de tout temps que Ton s'en est plaint, et pense qu'on sera tousjours en la mesme peine pour nous faire trouver la chose meilleure , quand il arrive quelque succez plus conforme aux souhaits des galants hommes, lesquels je vouldrois bien voir accomplys, en vostre digne empioy, et y pouvoir contribuer de quoy vous faire croire de combien bon cœur je suis ,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DB Pbuesg.

A Aix, ce i5 décembre i633.

^ Quoique si rare, Touvrage de Th. Vaira n'est pas indiqué dans le Mwuel du libraire.

Tenvoye présentement à rEminentissime cardinal Barberin les premières feuilles *du second volume des anciens historiens françoys de Tedilion de M' du Ghesne^ qui est soubs la presse. Et daultant qu'il m'avoit promis des extraicts de troys chroniques anciennes de sa bibliothèque des siècles de la race de Gharlemaigne , des monastères de Subiaco et deux autres abbayes des environs, j'escripts à Son Ëm""^ que vons ferez volontiers le choix et la transcription de ce qu'il y aura dans ces troys volumes qui regarde la France ou les affaires de cez princes françois, et avec cette occasion je le prie de les vous faire mettre en main, pour soulager d'aultant M** de Vaison à cette heure que sa prelature f occupe davantage, et le remercie de l'intercession qu'il vous promet envers son frère, avec supplication d'achever l'affaire et de vous fournir cet employ sur l'occasion de sa protection^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, Je respondis à vostre dernière despeche plus d'un mois y a, et taschay de satisfaire à ce que vous me commandiez selon qu'il me fut possible. Nous attendons à cette heure M' de Nouailles avec un peu plus, d'asseurance que nous n'avions faict jusques à présent , parce qu'on nous mande de Paris qu'il'avoit prins congé de Mess** les Ministres. Je ne manqueray poinct de vous faire rendre icy auprez de luy tous les bons offices que je pourray par M»' le Mareschal de Vilry, et de vous y servir tout le mieux que je pourray, co'mme en toute autre chose où

' Historiœ Franeorum seriptores eoœta- commençait dëjà à être imprime à ia fia

nei, etc. Paris, Cramoisy, in-fol. Le il/a- de i633.

nuel du libraire place la publication des * Bibliothèque de l'École de médecine de

cinq volumes de ce beau recueil entre Montpellier, vol. H ayi, fol. ss&. Auto-

i636 et 16&9. On voit que le tome II graphe.

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