‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 13 sur 34 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

vous me daignerez coopiroander. Gepeudaot je voos envoyé une lettre de M' Gassend , et de sou ordre je vous faicts Taddressé d'un sien paequel pour faire tenir, s'il vous plaict, par quel({ue voye asseurée au s' Galilée en main propre , s'il est possible , soit qu'il ay t eu la permission de se retirer chez luy, ou bien qu il soit encoreis à Sienne chez M' rArclievesque, où M" de S^ Amand me dict l'avoir veu en revenant de ce païs^ Et s'il trouve bon de vous respondre, et adresser sa re&ponce aux lettres cy joinctes de ses amys» vous me les pourrez faire tenir, s'il vous plaict, soubs les enveloppes du s' Gavai, del Pozzo. Et si c'estoit chose de plus gros vplume que des lettres, il faudroict se servir des adresses de M*^ de Bonnaire, du s' Guillaume d'Ëspiols, et du s** de Gastines par lesquels le tout me sera fidèlement envoyé , et par moy à M. Gassendi ^. Sur quoy je finis et demeure Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DB Pbirbsc.

A Aix, ce 37 janvier i63â.

Si vous n'avez faict travailler à transcrire cet opuscule de l'Aristarchus Samius de differentiis solis et lunœ, il ne sera plus besoing de le faire, s'il vous plaict, car ou me le transcript d'ailleurs, et vous prie de donner le mesme advis à M' Naudé, à qui je ne puis escrire présentement, afin qu'il ne s'en mette en peine de son costé nomplus. Que si cela estoit desjà transcript, ne laissez pas de me l'envoyer, car je ne seray pas marry d'en pouvoir faire faire la coUation sur l'aultre que l'on m'envoye d'ailleurs *.

' Savait-on que le poète Saint-Amant avait en Thonnenr de voir Galilée à l'arehe* véché de Sienne? Je ne trouve aucune mention de cette visite ni dans les œuvres de Tacadémicien, ni dans les notices de ses biographes. On trouvera plus de dëtails sur les communications de Saint-Amant rela-

tives h Galilée dans deux lettres de Peiresc i Gassendi, vers la 6n du préaent volome.

' Sic, Ainsi dans la même lettre Peiresc écrit une fois Gasseni, et une aqtre ibis Gaiêendi, le tout très lisiblement.

' Bibliothèque de TÉcole de médecine de Montpellier, H 971* fol. 998. Autographe.

xn[

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENÂY BOUCHARD

À ROME

Monsieur,

Suyvant ce que vous oi'aviet ordonné je nay pâs voulu manquer de vous tenir adverty de ce que m'a escript M*" l'Evesque de Vaison de la part de TEni™ Card*^ patron, en responce de ce que j'avoys requis à S. Em** pour vostre employ, et de ce que je luy en ay escript par réplique avec la présente despesche. Que si je pouvois contribuer de mon sang pour vostre satisfaction plus entière, je vous asséure que je ne l'y espargnerois nullement, et que je suis tout à faict à vostre service, sans reserve quelquonque d'aulcune chose qui me puisse estre loisible. Nous n'avons encore aulcunes nouvelles bien certaines du temps de la venue de M' de Nouailles, et je seray en grande impatience jusques à tant que j'entende que vous ayez esté effectivement receu à l'employ que vous pouvez désirer en ce païs là, le plus conforme à vos mérites qu'il sera possible, estant de tout mon cœur.

DB PfilRBSC.

A Aix, ce fia fi^vrîor i63i.

Depuis avoir escript, je viens d'apprendre tout présentement qu'il est arrivé un aumosnier de M' le comte de Nouailles, qui a dict à l'oreille à quelque sien amy que son maistre vonloit passer incogneu, n'estimant pas que M"" le Mareschal de Vitry veuille aller au devant de luy pour le traicler en Ambassadeur comme il présuppose luy estre deub, et qu'il se velilt embarquer à Marseille incontinant que le temps le luy permettra. De façon qu'à ce compte nous n'aurons pas le bien de voir icy ce jieigneur, dont j'auray un extrême regret pour l'amour dé vous, et que mes infirmitez ne me puissent permettre de l'aller voir

à Marseille, et pour comble de malheur mon frère de Vallavez, qui y exerce la charge de vighier cette année, et qui eusse peu en quelque façon suppléer à mon deffault, se trouve engagé à un voyage pour une quinzaine de jours, par commandement de mondict seigneur le Gouverneur, durant lesquels je crains bien que M" de Nouailles ne nous eschappe. Ce que j'y trouve de pix est cette semence de malentendu entre luy et Mp nostre Gouverneur, lequel je pensoys faire agir envers luy en vostre faveur. Car je n'y ay du tout poinct d'habitude de mon chef, tellement que si cela va de longue, je ne voys pas qu'il me reste aulcun moyen de vous y servir à mon trez grand regret, dont je vous crie mercy, et ne sçauroys qu'y faire de plus. Que si la proposition de l'Eminentissime cardinal Barberin pouvoit réussir, je n'y plaindroys du tout rien , estimant qu'en toute façon auriez vous bien de la peine de vous rien promettre de bien solide auprez de cet Ambassadeur puisque les parents que vous avez à Paris, avec toutes leurs habitudes chez luy, n'y ont sceu rien ad* vancer de bien formel et bien précis, comme il eust esté à désirer.

Ce a& rebvrier.

M** l'Ëvesque de Vaison m'ayant escript deux lettres de mesnie datte dont l'une (que je vous envoyé cy joincte) est que des chefs que l'Eminentissime Cardinal patron luy avoit commandé de m'escrire principalement, ce semble, pour l'amour de vous et de ce qui vous pouvoit concerner, comme s'il .en avoit voulu faire la lecture à S. Ëm. avant que me l'envoyer, sans y rien mesler de ce qu'il avoit à m'escrire en son particulier en response de mes lettres, qu'il a mis en feuille et en un pacquet à part, où il m'accuse aussy pour vostre regard sa précédente lettre, je luy ay pareillement escript deux lettres séparées, et vous envoyé coppie de celle qui vous touche , afin que s'il en vouloit monstrer l'original à son maistre , il le puisse faire sans luy rompre la teste des autres chefs qui le peuvent toucher luy en son particulier K

^ Bibliothèque de TÉcole de médecine de écrite par Peiresc aa cardinal François Montpellier, H 971, foi. a3/i. Autographe. Barberini et dont il parle h Bouchard. Cette Au folio a3a se trouve la lettre en italien lettre est du aS février i63A.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, Depuis la réception de vostre despesche du xi febvrier, avec les cahiers transcripts du Vatican dont je vous suis bien redevable, et dont je vous respondray par le prochain un peu plus à loisir Dieu aydant, nous avons eu le bien de voir icy aujourd'huy M^' le comte de Nouailles, avant qu'il en soit party pour Marseille, et aprez un discours de diverses persones xle lettres de grand mérite en ce siècle, je vous ay mis sur le tapis, pour tascher de recognoistre s'il estoit en bonne disposition de vous employer ou favoriser. Âussytost il a tesmoigné l'estime qui luy avoit esté faicte de vostre mérite et de vostre [vertu], et qu'il en feroit encores davantage dezhormais aprez l'approbation qu'on en faisoit icy. J'ay adjousté ce que je sçavoys de vostre passion particulière à son service et combien vous vous tiendriez honoré d'estre employé chez luy. Il a reparty avec des termes de compliments fort honnestes et fort obligeants, mais sans rien déterminer pour vostre employ, dont je n'ay pas lors osé faire de plus grande instance. J'avoys M' d'Ampus (qui l'a fort gouverné en Avignon) * et mon frère de Vallavez (avec qui il avoit d'assez grandes habitudes depuis la tenue des derniers Estats Generaulx)^, lesquels vous y ont rendu quant et moy touls les bons offices et touts les services qu'il estoit possible. Enfin comme je prenoys congé de S. Exe" il m'a tiré à part pour me faire de grandes offres de son honnesteté pour mon regard, dont je luy ay rendu touts les compliments et actions de grâces que j'ay peu, mais je l'ay conjuré d'agréer que j'en receusse les effects en vostre persone, s'il y avoit moyen de vous admettre à son service. Il m'a lors demandé si je sçavoys bien à quoy vous pouviez eslre propre. Je luy ay dict tout ce que j'en

^ Le genlilhomme comtadin dont il a été question plus haut (lettres à Borriily). — * Les Etats gënërauxde 161 &.

102 LETTRES DE PEIRBSC [16Si]

pouYoys sçavoir au moings mal qu*il m'a esté possible, et lors luy ay nommé non seulement le H. P. Hyacynthe, et M"" le baron de Magalas, mais aussy les sieurs de Murât \ d'Audiguier^ et de Luzarches II s'est incontinent ressouvenu des instances qui luy en avoient esté faictes par le P. Hyacynthe et par ledict b[aron] de Magalas , aussy bien que de M*^ vostre père, mais des autres il ne m'en a rien dict expressément, ouY bien du grand concours qu'il y avoit eu en cour de ceux qui luy avoient esté présentez pour l'exercice de la charge de seci*etaire et de la peine où il s'estoit trouvé, et où il en estoit encores. Il m'a encores demandé si je pensoys que vous peussiez bien vous charger du travail des lettres missives, et si vous possédiez bien la langue de ce païs là. Je luy en ay dict ce que je pouvoys et vouldroys bien avoir eu de meilleur moyen de m'acquiter dignement de cet office, m'ayant certainement iaict cognoistre tout plein de bonne volonté pour vous, mais aussy un peu de regret que cela n'eust esté poursuyvy et déterminé avant son départ de la Cour, qui est ce qui me faict le plus appréhender qu'on ne l'aye faict engager de parole de quelque autre costé, aprez quoy j'ay creu qu'il y eust eu de l'incivilité de le presser davantage ^ de crainte de faire anticiper quelque responce d'exclusion, estimant qu'il valioit mieux laisser faire au temps une parlye de ce qui y reste et que possible la veûe de vostre persone et l'essay qu'il en pourroit faire vous y donneroieut plus d'ouverture que nous ne pensons, principalement si vous vous estes acquis de par delà quelque réputation de fiegma que

' Il s'agit d'Antoine de Murât, lieutenant général en la sénéchaussée d* Auvergne et au pr^dial de Riom, conseâler d^État en juin 1610. Voir le Moréri de 1769 qui ajoute qu il mourut à Riom, qu'il fut enterré dans IVglise de Saint-Amable et que sa famille (re^t représentée à Riom par celle des stenrs Chabrois qui descendent de Catherine de Murât, sa sœur».

^ Je suppose que Peiresc veut parler de Pierre d'Audiguier, neveu du romancier Vital d'Audiguier, seigneur de la Menor. Il ne

peut être question ici de ce dernier écrivain , car il avait été assassiné déjà depuis plusieurs années au bubourg Saint-Germain, non en i63o, conmie on Ta souvent dit, mais en i6â5, comme l'atteste Guillaume Colletet qui lui avait consacré une si curieuse notice dans ses Vies des poètes françoie, notice dont quelques fragments nous ont été conservés par le bibliographe A.-A. Barbier, dans l'article Audiguier de ï Examen, critique et eampUmeiU des Dietientmires kisKytiques les plus répandus (i8âo, in^S").

les Italiens désirent tant à ceux de nostre nation , pour les rendre plus agréables aux négociations.

Que si vous ne songiez poinct à un employ formel de présent en la fonction de secrétaire, ains que vous vous contentassiez d*une place honoraire pour vacquer tousjours aux belles-lettres et aux meilleurs livres, je ne pense pas qu'il ne vous fusse fort aisé d'entrer chez luy sans obstacle quelquonque. Et par aprez vous verriez tout à loisir d'essayer si vous pourriez vous astreindre à un labeur si différant de celuv de la lecture des bons livres anciens.

Il a prins à son service W Bourdelot en qualité de médecin qui est bien jeune \ mais neantmoings trez bien versé en la théorie de la science dont il faict profession et en la cognoissance des bonnes lettres de toute sorte, avec une rare et bien recommandable curiosité et modestie. Testime que si vous avez du moyen de l'obliger vous le ferez volontiers, car il le mérite, et que les habitudes que vous pourrez prendre avec luy ne vous nuyront pas, ains que vous y trouverez une digne correspondance et peult estre bien utile quelque jour. C'est tout ce que je vous puis dire dans la presse où nous sommes présentement de crainte que le beau temps ne fasse mettre les galères à la voille dez demain. C'est pourquoy je finiray par la continuation de mes vœux pour vostre prospérité conforme à ce que mérite vostre vertu, et que le vous souhaitent voz plus fidèles serviteurs du nombre desquels sera toute sa vie,

vostre trez humble et Irez obéissant serviteur,

DB Pbiresc.

A Aix, ce 18 mai's i63^ ^

^ Pierre Michon, dit Y abbé Bourdelot, son dëpart pour l'Italie, «r il prinl uu régime

ii*avait alors que vingt-quatre ans, ëlaut de vivre en ces climats chauds que lui coni-

në le a fëvrier 1610. Ce correspondant de posa exprès son bon ami Bourdelot le nië-

Peiresc flgure souvent dans les LeUres aux decinn.

yMretAKpi^. Bouchard ëtaitdëjh très lie avec ' Bibliothèque de TÉcole de mëdecine

Isiqvand il en hitee bel ëloge, car il raconte de Montpellier, H ayi, fol. qSS. Auto-

( Voyage de Paris à Rame, p. 8a ) , qu'avant graphe.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur,

Vous aurez cette lettre de la main de M** Bourdeiot, qui a desja Thonneur, je m'asseure , d'estre cogneu de vous aussi bien que M'.son oncle ^ et leur érudition singulière, avec tant de mérite , et d autres recommandables parties, qui leur ont acquis tant d'amys et serviteurs, entre lesquels si bien je suys des moyndres en moyen de mériter Tbonneur qu'il y a pour moy, je ne cederoys pas facilement à d'autres en dévotion toute entière à leur service, et en cette qualité vous ne les sçauriez obliger que je n y praignelapartqueje doibs, vous suppliant de Tagreer ainsin que de leur faire cognoistre par vostre bonne correspondance à l'estime qu'ils font de vostre vertu , que quoyque je ne soys pas digne de cette intervention, ce neantmoings ma considération ne desroge pas à l'amitié que vous leur portez, et qu'elle y contribue tout ce qui y peult escheoir de ma part, à tout le moings pour ma satisfaction particulière.

J'ay prins un indicible plaisir à gouverner ici quelque petite heure à la desrobee ce jeune gentilhomme, et vouldroys bien avoir peu jouyr un peu plus à souhaict d'une si doulce conversation, mais encores estoit ce trop de bonheur pour moy, qui ne pou voys mériter cet honneur et advantage, dont je loue Dieu de tout mon cœur, le suppliant de luy estre propice en ce voyage et de me fournir des occasions de vous pouvoir monstrer par mes services, comme à eux, que je suis de toute mon affection.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce 18 mars i63/i.

Jean Bourdeiot, {^éditeur de Lucien, vec Peiresc qui cite souvent son nom en d'Hâiodore et de Pëtrone, eut, comme son écrivant aux frères Dupny et à ses autres neveu, Thonneur d'être en correspondance amis.

Je ne vous doibs pas celer que M^ l'Ambassadeur m'a tesmoigné d'avoir eu de trez bonnes relations de vostre. mérite et d'avoir des grandes inclinations d'honorer vostre vertu ' .

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, J'avoys faict retenir ce duplicata de la lettre que je vous escrivis par les galères^, pensant le vous pouvoir envoyer par la poste, et par voye plus briefve, mais si le temps leur a esté aussy favorable en chemin qu'à leur départ, vous en aurez long-temps y a receu l'original, depuis l'expédition duquel sur ce que M' le comte de Nouailles*me tesmoigna en partant le désir qu'il eust eu d'avoir des nouvelles d'Italie avant son embarquement, l'ordinaire d'Avignon estant revenu de Gènes le mesme jour, je prins volontiers l'occasion (pour l'amour de vous plustost que par envie que j'eusse de me faire de feste , et pour m'acquérir quelque habitude plus particulière qui m'ouvrit d'autres moyens de vous servir auprez de S. Ex~) de luy faire part des nouvelles qu'il m'avoit apportées de la révolte et mort de Valstain ^, dont il me sceut

^ BiUiothèqae de TÉcole de médecine de Montpellier, H 971, fol. 336. Autographe. * * Le duplicata de la lettre du 18 mars 163/1 , que f on vient de lire sous le n"* XV.

' Aibert-Venceslas-Eusèbe de Walstein ou Wallenstein fut assassine par l'ordre de Tempereur Ferdinand à Egra, au moment où il allait se réfugier chez les Suédois. Le comte de Noailles remercia ainsi Peiresc de lui avoir transmis avec tant d'empressement cette grave nouvelle : ir Monsieur, vous me tesmoignés trop d'affection et je vous suis infiniment redevable du soin que vous avés voulu prendre de me faire part des bonnes

nouvelles que vous avés receues de Gennes , véritablement si importantes que j'aurois bien du regret de n'en avoir pas esté informé avant mon embarquement Cette courtoisie, Monsieur, me faict espérer que vous continuerés lorsque je seray arrivé h Rome d'où je ne manqueray point de vous escrire fort souvent et vous oflfrir à toutes les occasions le crédit et la feveur qu'un ambassadeur de France y peut avoir, duquel vous pouvés disposer absolument et le croire, Monsieur, vostre 1res humble serviteur. Noailles. Mar- 8eSIe,ceaamars i636.DLalettreautographe de l'ambassadeur, envoyée par Peiresc à

kU.

si bon gré qu'il me voulut honorer, en partant de Marseille , de la lettre que vous trouverez cy joincte, et dont les protastattons me furent aussy confirmées par lettre de M*" Bourdelot qui m'y voulut rendre un trez bon office en entretenant son maistre un jour qu'il avoit prins médecine \ avec la liberté permise à ceux de sa vocation. Je pensoys vous envoyer aussy sa lettre, mais je l'ay laissé esgarer sur ma table, non sans quelque regret, d'aultant que j'eusse désiré de vous faire apparoir de sa bonne volonté en mon endroict en cette rencontre que j'avoys affectée pour acquérir plus de moyen de vous servir en chose que vous desiriez si passionement, car sans vostre considération je me seroys bien gardé de m'ingerer si avant en cette cognoissance. Je pensoys voiis pouvoir escrire sur des extraits du Vatican, mais le courrier d'Avignon vient de me surprendre tellement qu'il fault clorre sans Tarrester, et je demeure, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DB Pbiresg ^.

A Ail, ce 7 avril i63&.

Boachard , est conaervée dans la bibliothèque de rÉcole de médecine de Montpellier, au foiio agi du volume Q71. Noailles, qui pro-. mettait k Peii^esc dé lui éeiirejôrt uttvent, tint-il sa promesse? Je n*ai retrouve qu'une seule lettre adressée de Rome par Tambassadenr à Peiresc. Cette lettre, qui appartient au fonds français de la Bibliothèque nationale (vol. 9537, (oL 93), a été publiée par M. Luigi Âmabile dans son grand ouvrage sur Gampanella (t. II, 1887, p. aag). J'en donne ici la reproduction : «r Monsieur, le P. Gampandia ayant par l'assistance que nous luy avons donnée , évité les hasards qu'il couroit en ce pays par la supercherie des Espagnols et trouvé moyen de s'en aller en France, il a ordre de vous voir, en passant, et vous assurer de mon service. Le sieur Bourdelot vous escrit si amplement les mentes de ce

personnage, que je ne vousen diray rien par celle-cy. — De Rome, 3 novembre, lôSû." M. Amabile (en la même page), a rapproché de ce billet les lignes suivantes adressées k son frère Charles de Noailles, évéque de Saintr-Flour, par le protecteur de Campanella : crVoua verres bientoet à Paris on des plus sçavpnts hommes da siècle nommé le Père Campanella que les Espagnols ont martyrisé à Naples en une longue et rigoureuse détention et qu'ils vouloient perdre encore aujourd'hny parce qu'il a le cœur françois. »

^ S'il m'était permis d'emprunter h Voltaire une de ses spirituelles plaisanteries, je citerais ici le molHë/andi tempera.

* Bibliothèque de l'Éoole de médecine de Montpellier, vol. H 971, fol. a&o. Autographe.

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xvn

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

AROME

Monsieur,

L'anticipation du passage de 1 ordinaire d'Avignon, de plus d'un jour et demy, ne m'ayant pas donné le moyen de vous rescrire, en response de vostre dernière du 8 may, je le faicts maintenant par la voye de Lyon quoyque plus longue que celle de Gènes, parcequ*elle est plus fréquente , car â fauldroit attendre un moys entier pour escrire p«ir le suyvant ordinaire d'Avignon. J'ay donques à vous rendre nriHe trez humbles remerciments du soing et de la peine qu'afez prins à me faire extraire eez chroniques de Farfa et de S* Vincent de Vulturne ^ que j'ay receues fort bien conditionnez par la voye de Marseille, con* joinctement avec le S^ Cyrille Ms. de M' Holstein, depuis le temps mesmes que le courrier d'Avignon estoit céans pour prendre mes lettres, par qui j'en accusay seulement la réception à la desrobée, à M^de Bonnaire, qui m'en avoit faict l'adresse, et à M' l'Evesque de Vaison, lequel je suppliay de vous faire mes eicuses, de ma surprinse, mais je ne manquay pas pourtant dé le remercier cependant des bons offices qu'il vous avoit rendus auprez de FEiiiînentîsaime cardinal Patron, à qui j'en touchay aussy quelque chose. Et lorsque j'apprendray, les effects de la parole qu'il vous a donnée en partant pour Gastel Gan* dolfo , je redoubleray toutes mes petites forces pour l'amour de vous et de tout ce qui regardera voz interests, en son endroict, et de touts les siens. Et n'oublieray pas nomplus d'en remercier comm« je doibs M*" le cavalier del Pozzo qui est la fleur des bons amys ^.

Le bon P. dom du Puy n'a peu mesme se tenir de prendre part en

^ Sur ces cbronicjaes, et sur la chronique * Charmaate expression ^i mérite d'être

de Subiaco, dont il va être question un peu rappeltfe dans tous les âoges de ce cavalier

plus iom, voir plusîeurspassages du tome III del Pozzo en qui le cœur fut à la hauteur

des Lettreis oMxfrin» Jhfuf. du fatest.

108 LETTRES DE PEIRESG [\6U]

vostre empioy, et de m'en tesmoigner beaucoup plus de bon gré que je n'en sÇauroys mériter, dont je luy suys infiniment redevable, en qualité de vostre serviteur comme je le suis sans reserve y voyant bien en cela quelle est la cordiale affection qu'il vous porte. Il me mande que par Gènes je debvois recevoir des lettres de M"^ Holstein que je n'attends que dans 1 5 jours par le retour de l'ordinaire d'Avignon. Et croys bien que vous y tiendrez le tapis principalement, et qu'il n'aura pas manqué, s'il a peu, de contribuer à vostre introduction dans la famille de Son Ëminence pour y acquérir un telamy et collègue comme vous. Espérant que par la mesme voye je pourray avoir d'autres nouvelles plus fraisches de vostre affaire, et qu'à cez heures, elle aura esté conclue, au retour de la Cour dans Rome, avec ces festes. Ce qui me fera demeurer en grande impatiance durant cette quinzaine. Louant grandement vostre resolution à la Sottane puisque vous preniez ce party, et la sage conduicte avec quoy vous avez mesnagé non seulement voz amys , mais ceux mesmes qui pouvoient avoir d'autres pensées que de vous y servir, qui est tout le secret plus nécessaire à vivre en ce pais la. Aultrement il fauldroit estre en continuelle lutte, au lieu d'advancer son chemin , et soyez asseuré que je ne me dispenseray poinct d'escrire de vostre affaire, ne à Rome, ne à Paris, en autres termes que ceux que vous me prescrivez, désirant vous complaire en tout et par tout, sans reserve aulcune de rien qui me puisse estre loisible , ce que les effects vous tesmoigneront mieux que les paroles, quand j'en auray les moyens et les occasions.

Au reste, vous m'avez faict un singulier plaisir de laisser payer par M*" de Bonnaire le coppistë de cez chronique», pour esviter l'obligation des domestiques de cèz grands, de faire article dans les contes de leur despance, où il fallusse mettre mon nom. Et m'obligerez bien fort d'en user tousjours ainsin. Mais il fault que je vous die que j'attendoys plus impatiemment celle de Subiaco en quelque façon que les autres, à cause de la retraicte de S* Benoist, dont il y pouvoit avoir quelque chose de plus que le commun, et que cette considération pourroit avoir attiré quelque prédilection , ou vénération plus particu-

liere de noz princes de la seconde race en ce lien là , puisqu'ils avoient tant de pieté et d'inclination à tout cet ordre. Et me suis estonné de n'en rien trouver en voz cahiers, d'auitant que ç'avoit esté la première pièce dont on m'avoit faitt feste et vous supplie d'en faire une exacte perquisition dans la bibliothèque de Son Eminence puisque vous y avez de l'accez, et si le. voyage sur les lieux se propose de rechef, d'accepter tant plus librement la courvée pour l'amour de moy, s'il ne vous est incommode, estimant que puisque Son Eminence en est maintenant l'abbé, comme on m'a dict, vostre voyage n'y sçauroit jamais estre inutile, et vous n'y sçauriez avoir qu'une fort favorable réception. El malaisément en reviendrez vous sans y trouver quelque fragment digne de payer vostre peine. Mais songez surtout à conserver vostio santé, pendant le voyage, principalement durant les chaleurs.

Je vous rends grâces des favorables correspondances que M' Bourdelot a trouvées prez de vous et de la protection que vous avez entreprinse du louable travail de M' Rigault, ensemble du soing qu'avez daigné prendre des lettres du pauvre Galilée, que je plains grandement. J'ay receu l'Âristarchus de la part de M*^ Holstein, vous priant m'excuser de la peine que je vous en donnoys, et de l'omission que j'avoys faicte de vous escnre dez le commancement, ce que je pensois neantmoins avoir faict.

Quant à cez cahiers de Ponderibus et Mensuris que vous m'avez daigné faire extraire du Vatican, j'espère d'en faire mon proffit beau* coup mieux qu'on ne le jugeroit de prim'abbord, mais je n'en ay peu faire l'examen pendant les occupations du palais, ayant différé à noz prochaines vacations dans lequel temps j'attends encore quelque chose sur cette matière de la part de M' de Saulmaise. Et s'il ne vous estoit trop incommode de me faire transcrire encores cez mémoires que vous aviez cottez en vostre bordereau du volume ,^ en la page soi de mensuris Âgrorum aliarumque reruni, que vous avez obmis en voz extraictz, je ne m'en servirois possible pas moins que des autres. Voire ne serois je pas marry d'avoir en un petit cahier à part les six pages que vous dictes avoir faict obmettre, du S. EVCHERIVS DE VARIIS VO-

GABVLIS, encores que ce ne soit de la matière des poids et mesures, pour y pouvoir recognoistre les dictions du siècle de lautheur et en pouvoir mieux fonder la conjecture de son temps. G est derrieire le Volusius Mecianos, au volume 385a. Mais surtout ii n*y a rien que je plaigne davantage que ce qui manque de ce M. IVNIVS NYPSVS au volume /i&qS. Car cet autheur semble estre du temps de Trajan, et grandement intelligent de ce qu'il entreprend de traicter. Estant grand dommage que les suittes s'en soient perdues, où pouvoient estre les aultres mesures et proportions plus importantes. Je ne regrette que vostre importunité en cette fascheuse perquisition.

Et si vostre coppiste vouloit-entreprendre, k condition honneste et en bloc, toutes ces mémoires et collections d'Ângelus Golotius sur cette matière, puisqu'il n'y a pas plus de deux à trois cents feuilletz d'escritlure, en touts cez troys volumes cottez par les nombres BS^A, SSgS et 3906, y comprins mesmes l'evesque alemand de Wormes^ qui a traicté la mesme matière, en ce mesme dernier volume 3906, je n'y plaindrois pas 1 o ou 1 a escus ou environ , pour voir tout Puis mesmes que vous aviez une foys trouvé à propos de les faire transcrire, liais si cela vous debvoit apporter aukune incommodité , ou un trop fascbeux divertissement de meilleures affaires, j'aymeroîs beaucoup mieux m'en passer, vous suppliant d'excuser la p^ine que je vous donne si souvent pour des choses si basses et si indignes d'interrompre vos sérieuses occupations, et de me commander en revanche, comme.

vostre très humble et trez obéissant serviteur,

DB PSIEBSC.

A Aix, ce 5 juia i63&.

Du 6 juin. — Je vis hier les deux chroniques deFarfa et de S* Vincent, et y trouvay tout plein de bons indices de très anciennes et ^1rieuses origines, fort honorables pour la France, dont beaucoup de

^ Voir sur ce point la page 19 du fascicule- III des Corre^xmdantt de PeirêiC (lettre do 16 juillet i63& , laquelle répond ë celle-d).

[1634] X i.4. BOUCHARD. 111

galants hommes se pourront grandement prévaloir, et en faicts les actions de grâces à Son Ëmioence les plus humbles et affectueuses que je puis, avec prière de vouloir interposer son authorité pour nous faire avoir encores la chronique de Subiaco, et vous commander d'y aller faire un voyage exprez le plus tost que vous pourrez, si les meilleures et plus dignes occupations que cela empescheut M' TËvesque de Vaison d'estre de la partie. Car M' du Ghesne m'ayant escript qu'il faict un second volume des mémoires de la if^ race, je vouldroys bien qu'il Gst la dédicace à Son Eminence pour prendre plus d'occasion de luy rendre les remerciments et éloges que mérite sa personne, et l'hon* neur qui en peut redonder à la France, et seroit bien meilleur que ces troys pièces fussent ensemble en teste de ce volume là, puisque ledict second volume n'est desja qu'un appendice du premier. Et vous supplie de vouloir prendre les frais de vosb*e voyage audict lieu de Subiaeo, et pour vous et pour un homme, s'il vousplaicf , et mesmes pour vostre coppiste , si le jugez à propos , de la main de M" de Bonnaire ou de M' Despiots, pour ne rejecter cette despence, s'il est possible, sur des comptes des argentiers <le Son Eminence ^

xvni

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Ayant apprins par une lettre de M' l'Evesque de Vaison du a de ce moys par le dernier ordinaire de Gènes, que vous aviez eu la parole de Son Eminence, je n'ay pas voulu manquer de m'en conjouyr de rechef avec vous, comme je le faicts du meilleur de mon coeur^ priant Dieu qu'il dirige voz louables intentions et actions méritoires, en sorte que vous y trouviez la recognoissance que vous souhaictent voz servi-

^ BibUotbèqne de TÉcoie de médecioe de MontpeUier, vol. H 971, fol. sia. Autographe.

teurs plus affidez , et qu'il vous garentisse des traicts de l'envie qu'il vous fauldra essuyer, en sorte que les effects en soient vains de sa part. A quoy vous avez besoing, surtout à ce commancement, d'aller avec une merveilleuse reserve et retenue, et de vous contenter de la subsistance quasi toute seule, plustost que de vouloir vous advancer tant soit peu au delà du lieu ou de Testât auquel vous vous trouverez appelle. Car on ne sçauroit marcher trop doucement, cpiand il est question de s'insinuer aux bonnes grâces de ces Mess** qui aiment tant de leur naturel la modération toute contraire aux promtitudes de l'humeur de nostre nation. Et quelque sorte d'employ que l'on vous veuille donner, l'accepter avec tout l'honneur et reverance possible , sans tesmogner d'en affecter d'autre plus grand, ou plus digne, sans occasion fort opportune, et comme née inopinément, comme je m'asseure que vous le sçaurez bien mieux practiquer et faire valloir par modestie beaucoup mieux qu'il ne m'appartient de le vous dire, et que je ne sçaurois faire aiissy, vous suppliant d'excuser en cecy la liberté que je me donne de m'ingerer à cez petits advis, par infirmité mienne, de ne sçavoir mesurer mes amys à une aulne moings -foible que la mienne propre, quoyque je ne double nullement de la force de vostre esprit et que vous n'avez nul besoing de tels advertissements. Mais c'est principalement la naive bonté de vostre naturel qui me faict de la peur et de l'appréhension, que d'autres gents plus artiBcieux ne praignent sur vous trop d'advantage, si vous allez trop confidament avec un chascun, estant bien nécessaire de bien cognoistre vostre monde avant que d'y prendre de confiance plus grande que le commun, et bien peser les advis qui vous pourront estre suggérez aulcunes foys pour vous fournir de la matière d'achoppement, si vous n'y prenez garde de bien prez, avant que de vous descouvrir et d'agir, soit pour vous ou pour aultruy. Surtout esvitez toute sorte de prinses et de rupture avec qui que ce puisse estre, de quelle condition qu'il soit, principalement entre ceux de la famille, et dissimulez plustost toute sorte de mauvais offices, dont vous pourrez pretandre cause d'ignorance, d'où qu'ils viennent, et quelque certitude que vous en ayiez, attendant que vous soyiez si

bien estably que vous soyiez du tout hors d'attainte , auquel cas ii seroit plus loisible de se déclarer et de s'en faire à croire.

Au reste j*ay inesperement rencontré en fouillant parmy mes papiers une lettre que M** de Saulmaise m'escrivoit autresfoys, concernant Texemplaire dont s'estoit servy feu M" délia Scala, pour restaurer le texte grec de son Ëusebe, et l'extraire ou distinguer d'avec celuy du Georgius Syncellus et du GedrenusS que j'ay creu que vous ne seriez pas marry de voir, vous en ayant faict coppier tout ce qu'il me mandoit à ce propos là, pour en prendre les advautages que vous jugerez à propos. G'estoit du temps que je faisois la recherche d'un exemplaire du Syncellus que je fis chercher jusques dans l'Escurial , mais il ne s'en trouva rien qui eusse de commancement plus hault que celuy que vous m'avez«veu escript par Andréas Darmarius qui n'est que depuis Pompée ^. Que s'il estoit de besoing possible auroys-je le courage de luy demander ce qu'il en a conféré et corrigé et pense qu'avec vostre considération, nous aurions peult estre le crédit d'en obtenir non seulement la communication, mais aussy la disposition et faculté de le joindre à vostre édition. Vous y pourrez adviser et me mander vostre ad vis là dessus, car puisque vous n'avez du Georgius Syncellus que de Pompée en bas, il vauldroit encores mieux emprunter le commancement de ce MS. qui a esté fourré dans le Gedrenus, si je ne me trompe, que si la pièce est imperfecte d'une si grande partie de son commencement. J'en attendray vos ordres et si ne vouliez pas qu'on agist envers M' de Saulmaise à cause des subjects d'aversion que peult fournir le climat où. vous estes ^, il fauldra tascher de tirer de la Bibliothèque du Roy ce qui se pourra, avec le secours de ce que M*" délia Scala en a imprimé dans son Ëusebe. Je vouldroys avoir

^ Voir au sujet de Joseph Scaliger, de de nous dire que soo hôte lui avait montre

ses travaux sur Eusèbe et des recherches à Belgentier ia transcriptioa faite par le

de Saumaise sur les auteurs byzantins, célèbre calligrapbe grec,

les Lettres de Peire$c aux frères Dupuy, ^ Allusion à ThostOitë qu*un huguenot

fMMtm. tel que Saumaise devait infailliblement trou-

' Bouchard, dans son Journal, a ouUië ver dans le pays d outre-mont.

IMPailIRlilt RATlOilAtl.

tu LE1TRES DE PErKESG [\6U]

moyen de vous rendre ^elque HMlleor servke, estant de tc^ut mon coeur, Monaieur,

v«rtre tre» biimUe et irez obéissant serviteur,

ofe PaiRtsc.

A Âix, e9 %S juin t63&.

Entretenefl moy toosjours tant que vous pourrez aBx bonnes grâces de M' i'Ëvesque de Vaison, à qni nous sommes st obligés Tun et i aultre, et en celles de M' le eavaV del Pozio , de M' Holslein , et de M' Boor* deiot, sans oublier M" Doni et M' le eaval" Pietro délia VaHe, nomplus que le bon P. dom du Puy.

[Sur un billet séparé.^

Monsieur, Excusez iai liberté de vostre serviteur qui croiroit de commettre une trop lourde faidte et trop mal pardon^bte, voua estant ce qu'il vous est, s'il a voit manqué de vous advertir qu'un de voa amis et des miens m'a donoé advis que l'on avoit desja diot cbea vous que vous alliez trop visteS et que vous suyviea des conseils qui vous nuiraient, dont on estimoit estre fort expedknt que vous eussiez quelque notice. C'est pourquoy je vous ay esoript aux termes que vous venez ma lettre estre concède, à celle fin que si vous la monstrez à quelqu'un de vos amys eonfidants, persone ne puisse prendre de l'ombraige que j'aye affecté de vous tenir cez propos par aulcun ordre. Mais vous profiterez, s'il vous plaict , Fadvis et le mesnagerez en sorte que vous n'en faciez rien paroistre que persone puisse prendre pour soy, demeurant dans des termes generaulx ^.

^ On reprochait à Bouchard de se laisser trop entraîner par \BjuriaJraneese. — * Bibliothèque de l*École de médedne de Montpellier, vol. H ayi, fol 9 46. Autographe.

À MONSIEUR t MONSIEUR DE FONTSNAY BOUCHARD,

À BOME.

Monsieur,

J'ay receu vostre despi^ehe dn ^t juillet et y peiisoys respondne par le dernier ordinaire d'Avignon à G^ne^ qui ps^a vendredy, mais je fus un peu surprîns de son passage , et destovnaé par des mites bien importunes , puîsqu elles m ostereat le moyen de vous rendre ce |>ettt debvoir, lequel aiaiM|UieiQieiitt « esté la cause que je feray Dieu aydant ce jourd'huy une autre despesche à Boine par la voy€ de Lyon pour lamour de vous, que j'eusse remise au passage de i'ordî»aire d'Avignoa du moys prochain. Il faolt dionc que je vous die que je n ay poioct receu vostre despescbe du 3 3 juin, que vous disiec avoir apprestée pour le Minime et puis baillée au sieur Menestner^ de qui je r^eeus des lettres du 3o juin et d juillet, mais il n'y en avoit poinct des vostrès avec. Il est vray qu'il me maodoit qu'il m'avoit appresté une caisse de Médailles et antioailles, poar l'envoyer par Ci vite V^cchia, laquelle n est pas. encore arrivée, ne possible partie de là, et si vostre pacqvet estoit accompagné d'aulcun libvret, il pourroit bien l'avoir mis dans la dicte caisse au lieu de me l'envoyer par la poste. Si vous eussiez marqué le temps précis auquel vmis luy avez remis voz lettres, j'eusse mieux jugé de ce qui en ^st, car véritablement par Iw ordinaires du moys d'aouât tant de Gènes que de Lyon, j'ay neceu âffonee lettres de Rome de divers amya^ mais il n'y en avoit potnct de la part dudict sieur Menestrier, quoy qu'il eusse aceoustumé d'estre aasez «exaete d'escrire par lous les ordinaires puis cpielque temps. Ge qui me faisait appréhender qu'il n'ayt esté malade, <>u qu'il ne soit allé faire quelque voyage là «ux environs » car je ne pense pas que Ton n'eusse voulu retenir aui*cuue 4e oàes lettres.

Je vous remercie des tesmoignages de bonne volonté que vous me donnez tant pour le recouvrement des mémoires de Subiaco, que pour

116 LETTRES DE PEIRESC [16Si]

les traictez Mss. de la Vaticane dont je vous ay bien de Tobligation. Vous pourrez asseurer Son Ëminence que M' du Ghesne luy desdiera un volume des Historiens de Gharlesmagne qui ont escript en Italie, où il mettra en teste les Groniques de Farfa, Saint Vincent et Subiaco, si nous l'avons, et y joindra le Luitprandus, le Léo Ostiensis, et autres dont nous ne pouvons pas nous passer, et qu'il fault emprunter de là les monts. Et qu'il m'envoyera sa dédicace, avant que la faire imprimer, laquelle j'envoyeray à Rome au préalable. Mais je vous supplie de n'y perdre poinct de temps, à cette automne, pour ne re* tarder davantage l'édition qui chaume aprez cela depuis quelques jours. Il est vray qu'il y est survenu un autre prétexte de i'impos nouvellement mis sur le papier à dix francs pour Rome, lequel a faict besser toutes les presses de l'Université par les saisies et contremarquement de tout le papier qui s'y est trouvé en estât, qui est arrivé jusques à quarente mille rames. Et me mande y6n que les supposts de la pauvre université courent les rues pour mendier l'entretien de leurs exemptions anciennes, ou quelque modération. Mais s'ils eussent eu cez mémoires de Subiaco, possible auroient ils commancé ce volume auparavant tout ce desordre. Et suis bien marry que M' l'Evesque de Vaison , qui m'en avoit faict feste, les aye laissé confondre de la sorte parmy d'autres choses si différantes de son subject, puisque dez lors mesmes qu'il en avoit la mémoire fraische je l'avoys comme faict engager de paroUe de le faire contribuer au public par Son Ëminence.

Quant au Georgius Syncellus, si M' de Saulmaise a prins la peine de le transcrire tout de bout à autre, je croys bien qu'il ne seroit pas impossible de l'avoir de ses mains comme de celles de M** Haultin ^ Mais j'en doubte fort, car relisant les termes de sa lettre, il semble qu'il se soit contenté de conférer tout ce que Scaliger en avoit faict tirer. Et pour M' Haultin je suis bien asseuré qu'il ne l'a pas sceu lisre tout entier, car il m'avoit fort pressé de m'enquerir si dans l'Escuriai et dans Rome il n'y en avoit pas quelque exemplaire qui commançast

^ Sur ce docte conseiller au Ghâteiet de Paris, voir les Lettreide Peirue auxfrèrei Dupwf et les Lettres de Bouchard à Peireee, pmnm.

au dessus de Pompée, ne se soussiant guieres de ce qui estoit au dessoubs de ce temps là, parce qu'il avoit d'autres exemplaires fort lisibles et fort nettement escripts et bien corrects. Je luy offris aussy le mien qui est de ce mesme temps là seulement, et luy fis envoyer les commancementz tant du Georgius que du Theophanes, mais il ne s'en soussia guereà.

Je crains fort, si M' Saulmaise a prins la peine de transcrire tout le Syncellus, qu'il n'aye dessein de le faire imprimer luy mesme, auquel cas il seroit bien difficile de le luy arracher. Mais s'il n'avoit pas ce dessein, je pense qu'il seroit plus aisé de le vaincre. EnGn, puisque vous le voulez, je tenteray s'il nous le vouldroit confier. Et s'il le nous laissoit à discrétion, je seroys bien tousjours d'advis de chercher quelque moyen de luy laisser quelque part de l'honneur qu'il y pourroit prétendre. Car de le luy desrober tout, j'y feroys bien du scrupule. N'estimant pas qu'il aye tant à horreur ce que vous appréhendez nomplus qu'il ne seroit pas expédiant de le traicter trop mal sur ce subject si de bonne foy il se rend à vostre désir. Je n'y oublieray rien de ma petite industrie pour vostre service et satisfaction.

Au reste, comme les habitudes que j'avoys affectées avec Mf^ l'Ambassadeur pour l'amour de vous, n'y sembloient plus nécessaires, je ne m'estoys pas mis en grande peine de les entretenir, la foiblesse de ma santé ne me laissant guieres espérer de moyens de les mériter par mes services. Mais les recommandations que vous m'avez faictes de la part de Son Excellence m'ont engagé à l'en remercier puisque vous y estiez meslé, et luy fis une despesche pour cet effect par le dernier ordinaire d'Avignon S ayant prins occasion de fuy envoyer un chetif livre, qui nous estoit nouveau, et qu'il avoit interest de voir, si desja il ne l'avoyt, comme j'estime qu'il le debvoit avoir receu, auquel cas vous luy ferez mes excuses à la première veue. Ayant appréhendé que des lettres de simples compliments à des personnes si relevées ne fussent

^ CeUe lettre ne se retrouve pas dans les registres de minutes de la bibliothèque de Garpentras, registres où fon chercherait vainement, du reste, toute autre lettre de Peiresc au comte de NoaiUes.

trop à charge, venants ée telle part que la mieftne où il nescheoit aulcune sorte de nécessité de commerce ne d'habituée.

h vous remercie <les compliments <pi'ii vous a pieu faire de ma part à tant de b raves hommes, et apeeiaieroent envecs M' i'Ëvesqme de Vaison , que je n ay pas manqué de remercier des bons offices qu'il vous a rendus et qu'il continue tousjours de vous rendre, comme je 1 ay conjuré de le faire^ et d'en prendre la revanche sur moy qu'il luy plaira tirer de mon service.

M** Gassend vous escrivit, la semaine passée, par l'ordinaire d'Avi-* gnon et me promit de vous faire mes excuses, sa lettre estant allée soubs l'enveloppe Àe M' Bourdelot dans le pacquet de M^ l'Ambassa* deur. Vous me ferez igrande faveur de me conserver en l'honneur de son souvenir aux occurances et de touts cez autres Messieurs et de me tenir tousjours,

Monsieur,

pour vostre, etc.

A Aix, ce 10 s^tembre 4634 \

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, Je fus si pressé lors du passage du dernier ordinaire que j'oubliay de vous envoyer ce que vous me demandiez du commancement et fin de mon Ms. de Georgius et du Theophanes, qui sera cy joinct, et de vous accuser la réception de vostre lettre du â3 juin qui est enfin ai^ rivée dans une caisse de vases où je ne sçay comment on l'avoit engagée. Vous remerciant trez humblement des tesmaign^ges que voue me donnez tousjours plus grands de l'honneur de vostre bienveillance

* Bibliothèque de TÉcoie de médecine de Montpellier, vol. H 971 , fol. fkàà, Autqgnipbe.

[f6S4] À J.-J. BOUCHARD. 119

que J€ tascheray de mteiix mériter à Tadvenir^ si je le peus, que par te paasé, ayant esté bien aise d'apprendre touice qu il vous a plen aous enseigner par vostre lettre.

Au reste j'ay demandé à M' de Saulmaise son extraict dudiet Georgius Syncellus et autres continuateurs. Et cela s'est rencontré tout à poinct en luy respondant à la demande qu il m'a faicte eez jours cy de l'vn de mes Mss. que je luy ay envoyé et dont il tesmoignoit avoir bien grande envie. De sorte qu'il sera malaisé qu'il me puisse esconduire de celuy qni vous faict besoing, et ay creu qu'il valloit mieux ne vous pas nommer que nous ne tenions la pièce, de crainte qu'il ne fisse ks diiïienltea qui s'y pourroient rencontrer, comme elles (soient peult estre; au cas contraire, nous en attendrons la responce et je demeureray,

Monsieur,

vosire, etc.

A Aix, oe 9 OQlofare i63i.

W l'Evesque de Vaison me mande qoe la chronique de Subiaco est peu de chose, mats telle qu'elle est, je seroys bien aise de là voir, s'il est loisible, et que vous n'osbliez pae ce petit voyage là, quand vous pourrez y donner un coup d'esperon , à œlk fin qne ce n'aye pas esté en vain que Ton a attendu quelque chose ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsêeur, Vons recevre» cette lettre de la main du sieiur Maiian de Retat remont en Lorraine, docteur en médecine de nostre université de cette ville

^ BiUiothèqae de TÉcole de médecine de Montpellier, vol. H 971 , fol. ^k^ Autographe.

120 LETTRES DE PEIRESG [1634]

d'Aix S où il a faict la plus part de ses esludes et acquis une trez honorable réputation de son sçavoir et de sa curiosité nom pareille pour la cognoissance des plantes et autres raretez de la nature. Il a désiré, devant que prendre aulcun establissement, d'aller faire un voyage en Italie, et parce qu'il m'a rendu tout plein de bons offices, je ne l'ay peu laisser aller sans l'accompagner de quelques lettres à mes amys et patrons, auxquels il puisse recourir aux occurrances qu'il en pourroit avoir besoing de par delà. Il désire niesmes d'avoir quelque petite dispence de mariage au 3® degré, pour l'expédition de laquelle il m'a demandé quelques adresses que je m'asseure que vous luy pourrez donner à quelqu'un de voz amys entre cez Messieurs les expéditionnaires, qui la veuille entreprendre avec le soing et le bon mesnage qui y peult estre requis, et où il n'avoit trouvé difficulté quelconque de par deçà si la légation d'Avignon eusse peu s'estendre jusques à -son païs. Sur lequel il ne semble pas qu'on doive user, maintenant qu'il est entre les mains du Roy, des mesmes rigueurs qu'on y exerçoit auparavant, et s'il estoit nécessaire d'y faire agir M^ le comte de Nouailles, ambassadeur de Sa Majesté, je croys bien qu'il n'y espargneroit pas son intervention, à vostre prière et de M' Bourilelot, comme je crois aussy que vous luy despartiriez volontiers vostre favorable intercession , comme je vous en supplie trez humblement, et de vous asseurer que je recevray comme faicte à moy mesme toute la bonne adsistance qu'il aura de vous, dont je vous supplie de prendre la revanche en me commandant,

Monsieur,

comme vostre, etc.

A Aix, ce 93 octobre i63ii.

J'ay escript à mesmes fins à l'illustrissime cavalier del Pozzo, et à Mess" Bourdelot et Naudé, et eusse volontiers escript à d'autres si

^ Je ne trouve aucune mention du docteur Halian, pas même dans ies lettres de son confrère Guy Patin.

M' Malian m'en eusse donné le loisir, mais il estoît pressé de sa compagnie, et je croy bien que vous luy ferez la faveur de l'introduire et recommander de vostre part et de la mienne, comme je vous en supplie, envers le R. P. Dom Dupuy, rillustrissime sieur Dony, M' l'abbé de la Berchere et autres où vous le jugeriez à propos et qui le pourroient ayder à trouver quelque employ de sa vocation soit dans quelque hospital ou maison religieuse, ou aultrement^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À BOME,

ROE FERaATINI , DD COST^ DU COURS VOISIN OU ESTOIT LE MARQUIS DE PERAUT.

Monsieur, » n ,., ,. ,

Je ne sçay si je ne vous avoys poinct cy devant prié, ou. bien M' Holstenius, de me faire transcrire un bordereau ou indice des 1 5oo epistres du Libanius qui sont en un exemplaire Ms. grec du Vatican, dont nous desirions voir les adresses de chascune et les premiers mots, pour y recognoistre s'il y en a aulcune qui me manque pour Tedition qu en a préparée M' Yalloys^, à la suite et si tost qu'il aura achevé Tedition de TAmmien Marcellin , qui est à cette heure soubs la presse ', et où il trouve bien de quoy esclaircir par mesme moyen beaucoup de pas-< sages de TAmmien Marcellin qui estoit contemporain. C'est pourquoy lobligation nous en sera bien plus grande si nous pouvons recevoir plustost que plus tard cette faveur de vous, vous suppliant trez humblement dy employer quelque copiste un peu exacte et curieux, qui veuille faire ledict inventaire de toutes les dictes epistres, et m'envoyer Textraict à mesure que vous en retirerez des feuilles. M' de Bonnair e

^ Bibliothèque de TÉcoie de médedae de ' VAnmien MareeUm ne p^nit qae cin-

Montpdiier,voI.Ha7i,fol.35o.Aatographe» quante ans plus tard, doq ans après

' Le LAamus ainsi préparé a*a jamais la mort de Henri de Vdois (Paris, i68ii,

paru. in-fol.).

MPBIBIMB RATtOSAU.

123 LETTRES DE PEIRBSG [163i]

faira payer le tout et je vous serviray en revanche quand je le pourray comme, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

M Pimisc.

A Aix, oe 7 novembre i63â^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

À ROME

Monsieur, Vous verrez la responce que j'ay receiie de M' Saulmaise sur ce que vous desiriez de son extraict du Georgius Syncellas. Sur quoy je me trouve bien empescbé de ce que je doibs accepter de ses oflres. Car quand j'accepteray lea feuillets qu'il offre de coupper de son Ëusebe, je ne vois pas que cela vous puisse suffire, pour ce que vous en vouldriez avoir et joindre en teste de vostre volume. Il fauldroit avoir quelque coppiste plus exacte que le commun pour faire transcrire tout ce qu'il pourroit lisre de ce volume si antique et si effacé, et puis en un besoing envoyer la copie telle qu'elle sera joincte à l'original , audict sieur Saulmaise pour l'embarquer à le conserver et suppléer le Manc et les lacunes que le coppisle n'aura sceu lisre. Auqudl cas je tascheray d'employer mon crédit, et me rendray caultion de la resti-^ tution du volume, si j'en puis obtenir l'usage originellement pour l'amour de vous. Sinon ce sera tousjours quelque chose d'avoir le texte qu'en a emprunté Scaliger, le plus correct que faire se pourra, pour en boniGer d'aultant la coppie que vous en pourriez faire extraire. Ce sera à vous à m'en ordonner ce que vous trouverez bon et je suivray purictuellemént voz ordres en cela et en toute autre chose. Cependant

' Bibliothèque de TÉcole de mëdecÎDe de Montpellier, vol. H 971 , fol. 961. Aatogra[]lie.

je tiendray en haieme M' Saulmaiae, et ne rehiseray. pas absolument i'offre de ses corrections sur le texte de Sealiger. Ains les accepteray au cas du besoing seulement, pour estre tousjours sur pieds à les prendre quand vous vouldrez.

Au reste nous n'avons poinct veu icy M' de Vaison, qui passa avant festes en grande haste, par un bien mauvais temps à Sisteron\ doù it m'envoya des recommandations et excuses de ce qu'il se hastoit pour faire feste avec ses ouailles, et qu'il ne m'envoyoit poinct les lettres qu'il avoit pour moy. Je luy ay escript incontinant, et en attends encores la responce, m'imaginant que nous ne le verrons que pour aller reconduire le cardinal Bichi lorsqu'il se viendra embarquer pour l'Italie, et lors nous le pourrons gouverner et apprendre des nouvelles de tout vostre monde. Cependant je vous souhaicle la bonne année et augmentation de fortune et de contentement, demeurant,

vostre , etc.

A Aix, ce â8 décembre i6àâ.

Je ne vous sceus pas escrire cez jours passez par le sieur Bouche pour le vous recommander tant il fut pressé de partir, mais si vous le voyez, je vous supplie de le favoriser pour l'amour de moy de tout ce que vous pourrez. Il est fort vertueux, fort studieux et fort modeste, et de noz meilleurs amys^.

J'escript à l'Ëminentisame cardinal Patron et à l'Ëminentissime car* dinal Antoine, légat, son frère, pour la charge de Viguier d'Avignon qu'ils a voient conférée à M*^ de Monde vergues, lequel, se voyant moribond, desireroit que son filz la pousse exercer à son deffauit^. M' de

' Chef-lieu d'airoadisaement des Basse»- la Provence ait ëtë roljjel : Ckorofraphie ou

Alpes, k ^0 kilomètres de Digne. deêcription de Provence, et Histoire ehrono-

' Je suppose que le personnage tant kgifue du mime fMyê (Aix, 166&, a vol.

vanlë par Peinssc n'est autre que i*ami de in-fol.).

Gassen.di «Honoré Bouche, ne à Aix en 1598, ' M. Léon de Beriuc Perussis, dont la

mort en la même ville le 9 5 mars 1671, famille a été alliée à la Jhmille de Montde-

Tauteur d'un des meilleurs ouvrages dont vergues, a Tamabilitë de me fournir sur le

124 LETTRES DE PEUESG [1634]

Bonnaire etleR. P. Maynier^ vous en pourront donner des instructions. Je vous supplie de vous y employer aux occasions pour Tamour de moy, mais avec ardeur, s'il vous plaict, et de procurer les au* diances nécessaires au besoing audict Père Maynier ou autres pour ce subject.

[S'il vous plaiel de tourner.]

Depuis avoir escript l'ordinaire d'Avignon ayant erté retardé à la semaine prochaine, comme je croys, j'ay receu par Lyon vostre despesche du 26 novembre qui eUst esté icy i5 jours y a si elle eust esté envoyée par Gènes à Taccoustumée. Et ay par mesme moyen receu celle de M' Naudé, que je seray trez aise de pouvoir servir sans reserve quelconque; si vous voyez la lettre que j'escriptz i TEminentissime cardinal Patron de ce jourd'huy U janvier vous verrez sur la fin en quels termes je luy parle de M' Naudé et en

père et le fils les excdients reDseigDements que l'on va lire : frLes deux Montdevergues dont il est question, sont Jérôme de Lopès, sieur de Montdevergues, et Françob de Lopès, marquis de Montdevergues, le célèbre diplomate, dont M. Girard de Rialle, ministre plénipotentiaire, directeur des archives du Ministère des affaires étrangères, recueille en ce moment la correspondance pour la publier. La nidation entamée auprès de rÉminence patronne pour faire passer le bâton de Viguier d'Avignon , des mains de Montdevergues père, aui mains de son fils, ne dut pas aboutir, car en 1 636 le titre de Viguier et la qualité de gentilhomme de la chambre qui s'y trouvait, semble-t-il, attachée, appartiennent h Gaspard de Perussis, beau -frère de Jérôme de Lopès.

Les Perussis étaient, d'ailleurs, destinés à hériter des Montdevergues : le 9& novembre 167/i (notaire Blanc, à Tlrie), François de Perussis, sieur de Montdevergues, con-

seiller du Roi en ses conseils, héritier de François de Lopès, lieutenant général en Dauphiné, faisait une donation h la Chartreuse de Bonpas (Archives des Bouchesda*RhAne,in8inuatioQ8d*Aiie8i XIV, 1 97&).

Ce François était le propre fils de Gaspard , et fut viguier comme lui, Tan 1 658. Jeanne de Perussis, sa tante, veuve de Montdevergues le père, acquit, après la mort de celui-ci, la baronnie de Bardes en Provence, et la légua . audit François de Perussis, qui en fit hommage h la Chambre des comptes d'Aix le 3 février ifiyS. Cette branche des Perussis Montdevergues est actuellement représentée par le comte de Caritat de Perussis , bourgmestre de Lanaken en Limbonrg bdge, et par le marquis de Montalet Alais, ancien conseiBergénérd du Gard, au château de Potelières, près Saint- Ambroix.^

' Sur le bénédictin provençal Dom Maynier, voir les Lettres de Peiresc anx frtree Dupuy.

toucheray encore un mot à l'illnstrissime cavaiier del Pozzo, et vos mémoires de Subiaco que j'ay esté bien aise de voir, mais ils m'ont bien faict regretter la peine que vous en avez prîns. Ce qui me faict apprebender pour le voyage de Mont Gassin et de la Cava^ d<Mit vous me pariez , et dont je regretteroy s bien que vous eussiez eu la courvée , si vous n en deviez tirer de meilieui^s instructions. Et neantmoings je vouldroys bien que vous y peussiez rencontrer quelque pièce bien digne de vous faire rendre des éloges proportionnez à Thonneur que vous y pournez procurer pour la France, comme si vous y rencontriez des autheurs cbronologistes qui nous enseignassent, comme ceux de Farfa et de S* Vincent, quelque chose de nostre histoire dont la mémoire fusse perdue.

Je n'ay pas encores eu responce de la lettre de bienvenue que j avoys envoyée à M' TËvesque de Vaison. Il aura esté si occupé à son entrée pontificale et aux félicitations et compliments de présence , qu'il n'aura peu songer à ceux qui estoient plus loing. Je n'ay pas mesmes receu des lettres qu'il a dict avoir à moy vraysemblablement du cardinal de Bagny puisqu'il l'est allé voir chez luy et de M' Naudé. Possible que ses bardes et valises ne l'ont pas peu suy vre , car il passa à SisteroD avec fort petit train à cheval, venant de passer -les Alpes. Et je croys qu'il laissa son train derrière.

Vous n'avez rien trouvé que je ne vous en eusse predict une bonne partie, et suys bien aise que vous vous soyez si bien payé. Si je le voys je croys bien qu'il m'en parlera et voz advis sont venus opportunément pour me fournir des répliques nécessaires. Mais possible que l'appréhension de cette affaire nous a desrobé cette entreveue,pourne se trouver si descontenancé. 11 fault tousjours estre prest à toutes cez traverses et autres plus grandes et louer Dieu quand on en eschappe à si bon marché. Surtout gardez vous bien de rompre avec M'^ Holstein, et y laissez plustost de voz interests tout ce que vous y pourrez

' Deax des monastères les plus câèbres de Naples, le premier à 8o kîlemètres de possèdes en Italie par Tordre de Saint-Be- cette dernière viiie, le second à 6 kilonoit, Tan et Tau Ire dans Tancien royaume mètres de Salerne.

126 LETTBJSS DE PEIfiESC [1634]

kscher^car il vous £iiilt maintenir avec iny voulus! il on non, si vous m en croyez, et aller tousjours au devant de toutes les occasions de le servir, sans attendre qu'il vienne à vous, ne pouvant assez trouver d'indignation pour le traict de la proposition du Georgins Syncellns afin de vous comoiettre 1 un contre Taatre.

Je me suis plaint de ce que M' Valoys a bdssé le petit firagment du Syneellus de mon volume des Ëclogues qui n est pas imprimé nomplus que 4e Jo. Mftlela, mais il s'est: excusé sur'ce qu'il n'y avoit pas des choses bien notables, comme en effect ce n'est pas grande fritture. Je le vons^feray transcrire sitost que j auray recouvré mon Ms. mais M' Valoys ne Ta pas encor remis à M' Petit (comme je l'en avoys prié), lequel entreprend le Josephe et achevé maintenant d'imprimer à Paris un grand volume in-folio des loyx Attiques chez MoreP.

Je n'escriray point à ce coup à Son Emineuce de vostre voyage du Subiaeo, ne de vostre persone et de ce qu'il tesmoigne vouloir vous contribuer du costé de Bretaigne , pour n'accumuler tout d'un coup trop de recommandations, attendu que celle de M' Naudé ne se pouvoit pas différer commodément et encores moings celle de ce M' de Mondevergues, comme sera la vostre qui sera tout aossy bonne pour l'ordinaire prochain, à quoy je n'ay garde de faillir Dieu aydant.

J'envoyay hier au bon P. Gampanella vostre lettre avec tout plein d'autres que j'avoys receues en mesmes temps pour luy. Il ne s'arresta ioy que dix ou douze jours durant lesquels nous le gouvernasmes fort à souhaict M*" Gassendy et moy^. 11 ne se voulut pas laisser surprendre de la rigueur de l'hyver sans aller saliûer le Roy et les ministres, où il a esté fort bien receu et logé au faubourg S^ Honoré dans le couvent de ceux de son ordre en quartier à part. On luy faict

^ Sur Samuel Petit et seB ouvrages voir, ' Voir sar le séjour de Gampandia è Aii

sampsiAerdes Lettres aux frèreê Dmniy,ie le douUe récit de Peiresc, Lettrée aux

fascicule spécial qui lui est consacré daiis frirtê Dupwf, ei deGasBeadi {Vie de Peireic ,

la série des Correspondants de Peirese ( n** XIV, livre V, p. à 95*&Q7 ). Nîmes, 1887).

espérer beaucoop, et la patience iuy fera, je masseure, avoir qudqae chme.

Je serviray trez volontiers M' Valeran , dont le mérite est si cdebre , en tout ce qui pourra dépendre de mon foible crédit anprei de M^ TEminentissime cardinal de Lyon à son passage \ mais comme il a déclaré son maistre de cbambre le commandeur de Videville, frère du comte de Videville, gouverneur de Montelymar, qui est une branche de la famille du marquis de Bressieux, je ne vois pas que persone autre puisse prétendre à cette charge en chef. Nous verrons s'il la vouldroit partager pour son soulagement \

À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD

AROME

EN LA COUR t^E .L^IHDIIIITISSIIIB CARDINAL RARRBRIR.

Monsieur, J'escriray à M' Rigault et à cez Mess" de Paris, pour tenter si lori* ginal de Sy ncdius pourra sortir de là pour passer les monts , et pense que si Ton offre la revanche de quelque pièce du Vatican au besoing, que la chose sera fort Eaisable. En un besoing nous y ferons intervenir un commandement du Roy. Et pense que M' de Thou sera bien aise de rendre ce service à S. Em^ et de chercher toutes les voyes possibles pour sa descharge et pour tesmoigner en cela sa dévotion envers Son Ëm**. En un besoing i offre du volume des i5oo epistres de Libanius pour l'édition qui s'en prépare à Paris, seroit une sorte darres de bonne volonté cappable de frapper un coup tel qu'on le désire. Je pense que Mess" du Puy seront bien aises aussy d'y trouver de quoy faire voir combien ils se tiennent redevables aux honncstetez de S. Em^.

* Valeran, comme Bouchard, vivotait è * BiUiothëqae deTÉcole de mëdedne de

Rome, attendant toujours on emploi qai ne MontpeHier, vol. H 971, fol. 9 Sa. Autovenait jamais. graphe.

Vous l'en pouvez asseurer et ^e pour mon chef il ne tiendra jamais à moy nom plus qu'en toute autre chose que je ne tasche de le servir de tout mon petit credict, et sur ce je finis demeurant, Monsieur;

vostre trez humble et très obéissant serviteur,

Di Panssc.

A Aix, ce dernier decemhre i63& \

À MONSIEUR, xMONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD,

A ROMB.

Monsieur, Je ne manquay d'escrire à M*" Rigault de la grâce que demandoit rEminentissime cardinal Barberin pour le SynceHus, et par mesme moyen en escrivis aussy à M'' de Thou et à M' de Saint Saulveur du Puy. Je suis attendant la responce sur ce subject des deux premiers. Cependant M' du Puy m'a escript ce qu il vous en a mandé à peu prez, dont j'ay esté un peu mortifié, et à ne vous pas mentir, je ne voys pas que le prétexte que pregnent cez officiers de la Chancellerie de refuser les grâces que bon leur semble en France, à cause de leurs prétentions pour la Lorraine, soit recepvable contre M" du Puy pour son expédition, si ce n'est que les choses fussent esgales et générales, et qu'on volust refuser absolument toutes expéditions en France, auquel cas ils seroient peull estre bien tost prins au mot. Et quand .pour toutz autres on voul droit prétendre occasion de négative, la vertu de M' de Saint Saulveur sembioit devoir prévaloir, et estre hors de toute sorte de consequance et je croys qu'il en fauldroit dire quelque mot à Son Epiinence, le plus reveremment et discrètement que faire se pourra. Je faisois estât de luy en escrire présentement, mais il est survenu quel* que autre chose qui me fera possible différer jusqu'au prochain ordi*

* Bibliothèque de TÉcok de médeeiDe de MontpeHier, vol. H 971, fi>l. 953. Autographe.

naire. que j'auray la responce de cez autres Messieurs. Cependant je vous diray que M' du Puy m'a faict une difficulté sur ce que vous avez demandé Textraict de tout ie volume indifferamment du Georgîus Syncellus, et toutefoys que ce seroit une grande descharge de temps et de despence, si vous vous contentiez de ce quil y a au commencement du volume, auparavant le temps de Pompée, auquel commancement les autres exemplaires du mesme autheur qui se trouvent en si grand nombre dont quelqu'un s'y pourroit conférer pour abréger matière (sic). Mais je ne sçay qui en vouldroit prendre la peine sur les lieux. C'est pourquoy je luy ay respondu que j'estoys d'advis qu'on vous envoyast ce commancement là , qui supplée le deffault des autres Mss. aussytost qu'il seroit transcript, pour vous donner moyen de gaigner temps, sauf de transcrire le reste plus à loisir, si vous percistez à le désirer comme je pense que vous le vouldrez, puisque le copiste qu'on y employé ie sçaict mieux iisre qu'on n'eust pensé, et qu'il s'y pourra trouver de bonnes corrections attendu l'antiquité du Ms. C'est celuy mesmes qui a transcript les Astrobomes grecs que j'envoyay dernièrement à M' Holstenius, et je me resoulds de demander à M' Saulmaise les feuiiletz de ses corrections qu'il m'avoit offerts, où vous pourrez bien juger si ce coppiste aura sceu Iisre aussy bien que luy.

J'ay receu par la voye de Lyon vostre despesche du 18 décembre, et consequamment le cahier du commancement de l'indice des Epistres de Libanius dont je vous remercie trez humblement et du soing qu'il vous plaict avoir de me faire transcrire le reste par ce grec^ et les mémoires d'Angelus Colotius par ce garçon de Troyes, qui dict avoir escript pour moy en cette ville, dont il est -mal aisé que je me souvienne sans en sçavoir le nom. Celuy qui est maintenant à. mon service est Champenoys et a nom ParrotS mars il ne se souvient uomplus que

* Gassendi (livre VI de la Vie de Peiresc, de ses bons services ( TestametU du a a juin

p. 547) ie mentionne ainsi : «rfidissimus 16.37, pu^^'i^ P^ ^^^ ^ ^^ ^^^ ^^ Tëtade

patientissimusqae Fraociscus Parrotos ». de M. Lëopold Delisle sur Un grand amateur

Peiresc laissa à son secrétaire Parrot une françaU du xfii' tikk (Toulouse, 1889,

somme de 5oo livres pour le récompenser p. 3i).

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